Citations

« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

mercredi 25 juillet 2018

James Nachtwey, photoreporter


James Nachtwey est un photoreporter engagé américain né en 1948. La qualité artistique - composition soignée, contrastes accentués noir/blanc… - de ses œuvres lui a valu de nombreuses distinctions, une célébrité mondiale et des expositions Pourtant, ses clichés n’expliquent guère l’événement saisi, révèlent ses partis pris et véhiculent la propagande anti-israélienne. La Maison européenne de la photographie (MEP) présente la rétrospective « Memoria, photographies de James Nachtwey ». 

« War Story, 1995-1996 » de Mikael Levin

« J’ai voulu devenir photographe pour saisir la guerre. Mais j’étais poussé par le sentiment inhérent qu’une image qui dévoilerait sans détour le vrai visage d’un conflit se trouverait être, par définition, une photographie anti-guerre », a déclaré James Nachtwey, photoreporter.

Et d’ajouter : « J’ai été un témoin. Un témoin de ces gens à qui l’on a tout pris - leurs maisons, leurs familles, leurs bras et leurs jambes, et jusqu’au discernement. Et pourtant, une chose ne leur avait été soustraite, la dignité, cet élément irréductible de l’être humain. Ces images en sont mon témoignage. ».


Maître du noir et blanc, dont il accentue souvent les contrastes, et des couleurs dont il sature les rouges vifs ou oranger, les bleus du ciel, unanimement loué, souvent primé, James Nachtwey a parcouru le monde pour couvrir des conflits. Mais qu’en a-t-il compris ? Les rend-il compréhensibles ou entend-il seulement jouer sur l’émotion ? Il ne « documente » pas un conflit, une famine. Il se place sur le registre de la « compassion ». La sienne, partiale, qu’il entend faire partager, imposer comme seule réalité.


C’est un photographe engagé, mais de quels côtés ? Et pourquoi ? Au Proche-Orient, il a choisi son camp : celui des anti-Israéliens. Sa célébrité aurait-elle été si grande sans ses clichés héroïsant les jeunes « Palestiniens » en « David-lançant-des-pierres-contre-le-Goliat-soldat-israélien ». Les victimes israéliennes amputées, handicapées, des attentats terroristes islamistes « palestiniens » ? Il les ignore.

BnF et film
2002. Quelques années après le déclenchement de l'Intifada II par Yasser Arafat, le photographe James Nachtwey était au centre d’une actualité culturelle en France. Dans l’exposition « L’œil témoin », la prestigieuse Bibliothèque nationale de France (BnF) présentait les clichés dont il lui avait fait don. Documentaire de Christian Frei (2001) « War photographer » était diffusé sur Arte puis dans les salles de cinéma.

Dans l’exposition « L’œil témoin », les photographies de James Nachtwey illustrait le stéréotype du jeune Palestinien luttant sans arme contre les soldats israéliens, et ne montraient aucun Israélien. S’il photographiait les enfants roumains, il ne s’était pas intéressé aux enfants israéliens, mutilés par le terrorisme islamiste palestinien. Il a sélectionné son camp. C’est son droit. Mais les visiteurs ne semblaient pas avoir saisi sa partialité.

Selon un adage maintes fois répété, un dessin ou une photo, par leur puissante concision, remplacent avantageusement le meilleur éditorial. Cette exposition contredisait cette assertion. Si ces photos étaient celles de « l’œil témoin », on aurait aimé voir aussi celles de l’autre œil. Foin d’ironie.

La raison de cette double désinformation réside peut-être dans l’appareil : sa mise au point, la distance et l’objectif. Mais comme l’ont confié les photographes que j’ai interviewés : ce n’est pas l’appareil qui importe, c’est celui qui photographie...

Avec James Nachtwey, le lanceur de pierre via une fronde est un double cliché, dans la mesure où la propagande palestinienne a retourné contre l’Etat juif ses hauts faits, ses caractéristiques, ses mots et maux. Le Palestinien lanceur de pierres contre un soldat israélien invisible reproduit le cliché David contre Goliath. Mais dans l'affrontement existentiel né du refus par le monde arabe ou/et musulman de l'Etat Juif, qui est David et qui est Goliath ? La perception du conflit dépend aussi de l'échelle de la carte que l'on choisit.

James Nachtwey fixe le mythe palestinien et fournit des images d’Epinal propres à conforter les stéréotypes imaginés, construits et diffusés par la propagande palestinienne, dans le cadre fixé par l'Autorité palestinienne (AP). Mais ce cadre du travail des photographes, James Nachtwey et les autres commissaires de l'exposition l'éludaient. En août 2002, le Syndicat des journalistes palestiniens "a interdit absolument", à peine de sanctions disciplinaires, aux photoreporters de photographier ou filmer des enfants portant des armes car ces images desservent leur cause.

Ce cliché de James Nachtwey correspond à l'allégation de la propagande palestinienne, reprise par des diplomaties occidentales, que l'Intifada II aurait été un soulèvement populaire spontané causé par l'arrivée d'Ariel Sharon sur le mont du Temple ("Esplanade des mosquées") avec l'autorisation du WAQF. Or, cette guerre d'attrition a été planifiée par Yasser Arafat. Dès 2001, le ministre des Communications de l'Autorité palestinienne 'Imad Al-Faluji a déclaré au Liban : "Whoever thinks that the Intifada broke out because of the despised Sharon's visit to the Al-Aqsa Mosque, is wrong, even if this visit was the straw that broke the back of the Palestinian people. This Intifada was planned in advance, ever since President Arafat's return from the Camp David negotiations, where he turned the table upside down on President Clinton. [Arafat] remained steadfast and challenged [Clinton]. He rejected the American terms and he did it in the heart of the US." (Al-Safir, 3 mars 2001, traduction de MEMRI) Et le 16 décembre 2012, sur Dubaï TV, Souha Arafat, veuve de Yasser Arafat, a déclaré : "Yasser Arafat a pris la décision de lancer l’Intifada. Immédiatement après l’échec [des négociations] de Camp David, je l’ai rencontré à Paris à son retour, en juillet 2001 [sic]. Camp David a échoué, m’a-t-il dit: « Tu dois rester à Paris ». Je lui ai demandé pourquoi, et il m’a dit: « Parce que je vais déclencher une Intifada. Ils veulent que je trahisse la cause palestinienne. Ils veulent me faire renoncer à nos principes, et je ne le ferai pas. Je ne veux pas que les amis de Zahwa disent à l’avenir que Yasser Arafat a abandonné la cause et les principes palestiniens. Peut-être serai-je un martyr, mais je dois léguer notre patrimoine historique à Zahwa et aux enfants de Palestine. »

Quid des Palestiniens torturés pour une prétendue collaboration avec "l'entité sioniste" ou pour leur opposition à Yasser Arafat ? Quid des femmes victimes de crimes "dits d'honneur" ? Quid des villas somptueuses des millionnaires enrichis par la corruption de l'AP ? Quid des deux soldats israéliens Yossi Avrahami et Vadim Nurzhitz qui, égarés près de Ramallah, ont été torturésassassinés, mutilés, par des Palestiniens ? Photographe du Sunday Telegraph, Mark Sieger, alors âgé de 29 ans, a assisté à cette scène barbare :  « J’ai reçu un coup de poing en pleine figure et un Palestinien m’a averti : “Ne pas photographier”. Ensuite, plusieurs autres Palestiniens m’ont agressé, m’ont confisqué mes films et une partie de mon matériel. J’ai photographié beaucoup de scènes de violences à travers le monde, notamment au Congo et au Kosovo, mais c’est ce que j’ai vu de pire dans ma vie. J’ai couru, j’ai couru, pour m’échapper, car j’ai senti qu’ils reportaient leur rage contre moi ». Depuis leur arrestation et leur détention dans les prisons israéliennes, l'Autorité palestinienne a alloué généreusement à chaque assassin - Habbes Bayyoud, Muhammad Nawarah, Jawad Abu Qara - le salaire prévu par la loi palestinienne. Leurs salaires, calculés par Palestinian Media Watch à juin 2018, a atteint le montant total de 2 023 600 shekels (583 606 dollars).

Dans le Livre d’or de l'exposition, des visiteurs avaient écrit : « Il souffre pour nous ». Une opinion quelque peu christique. D’autres lui exprimaient leur gratitude pour cette souffrance « par procuration » et son courage sur des lieux dangereux. Mais à l’époque, où était le danger : photographier les djihadistes palestiniens ? Se déplacer en bus, déjeuner dans une pizzeria ou parcourir les allées d’un centre commercial en Israël où plusieurs fois par semaine, parfois plusieurs fois par jour, survenait un attentat terroriste islamiste palestinien ? James Nachtwey eût-il voulu photographier les enfants palestiniens lors de leur entrainement para-militaire ou lorsque leur mère leur ceinturait la taille d'une ceinture explosive, aurait-il reçu l'autorisation de l'Autorité palestinienne (AP) ? Les visiteurs avaient-ils compris que les Israéliens existent, qu’ils souffrent et qu’ils sont victimes d’une guerre existentielle imposée ?

A la suite de l’attentat terroriste palestinien du Seder de Pessah (Pâque juive) dans un hôtel de Netanya, Israël a lancé l’opération militaire « Rempart » (avril-mai 2002) afin d’éradiquer l’infrastructure des groupes terroristes palestiniens. Relayant la propagande palestinienne, des médias ont allégué des "massacres", voire un "génocide à Jenine", le « siège de l’Eglise de la Nativité par Tsahal » et couvert l’occupation de l’Eglise de la Nativité par des terroristes palestiniens. James Nachtwey a insisté sur les destructions à Jenine sans montrer qu'elles étaient limitées et correspondaient à des lieux de combats avec des terroristes palestiniens. 

Documentaire réalisé et produit par Christian Frei (2001, 1 h 36), « War photographer » a été tourné au au Kosovo, à Djakarta, à Ramallah... Il retrace le travail de James Nachtwey, ses motivations, ses peurs et sa vie au quotidien en tant que photographe de guerre. Il a été nominé aux Oscars 2002 dans la catégorie « meilleur documentaire ».

Dan David Prize
En 2003, dans la catégorie Dimension Présent - Presse écrite, Médias audiovisuels (Present - Print & Electronic Media), le Dan David Prize a été décerné à James Nachtwey et au documentariste Frederick Wiseman.
      
On peine à comprendre que ce Prix doté d’un million de dollars ait distingué un photographe si partial.

Les raisons avancées par le jury ? C’est un « journaliste-photographe qui a voué sa vie à couvrir les événements apocalyptiques de notre siècle: guerre, famine, exclusion et violents conflits sociaux dans le monde entier. A travers les yeux d'un artiste et avec l'instinct d'un journaliste, il a produit des images difficilement soutenables, mais impossibles à ignorer. Il réside aujourd'hui à New York ». Et d’expliciter : « James Nachtwey is no ordinary photojournalist. He has dedicated his life to documenting the apocalyptic events of our time: war, famine, man's inhumanity to man, the plight of the disenfranchised all over the world. With the eye of an artist and the instincts of a journalist, he creates images that are both appalling and profound. His photographs may not be easy to look at but they are impossible to ignore. This is Nachtwey's goal: to burden viewers with such an uncomfortable awareness that it will force them to seek justice and change. He says, "I have been a witness, and these pictures are my testimony. The events I have recorded should not be forgotten and must not be repeated." His photographs on AIDS in Africa were published in Time magazine and were shown in the U.S. Congress; they helped lead to legislation requiring drug companies to provide cheaper generic drugs to fight the disease. James Nachtwey's work is astonishing in its diversity, its beauty and in the electrical charge of Nachtwey's commitment to making incredible images even in the face of tremendous personal danger. He is an inspiration not only to photojournalists but to people everywhere. James Nachtwey grew up in Massachusetts and graduated cum laude from Dartmouth College, where he studied art history and political science. Images from the Vietnam war and the American Civil Rights movement had a powerful effect on him and were instrumental in his decision to become a photographer. Nachtwey has devoted himself to documenting wars, conflicts, and critical social issues. He has worked on extensive photographic essays in El Salvador, Nicaragua, Guatemala, Lebanon, the West Bank and Gaza, Israel, Indonesia, Thailand, India, Sri Lanka, Afghanistan, the Philippines, South Korea, Somalia, Sudan, Rwanda, South Africa, Russia, Bosnia, Chechnya, Kosovo, Romania, Brazil, and the United States. James Nachtwey has been a contract photographer with Time magazine since 1984. He has received numerous honors and awards. He is a fellow of the Royal Photographic Society and has an Honorary Doctorate of Fine Arts from the Massachusetts College of Art. »

MEP

James Nachtwey, « dont la carrière est jalonnée par de nombreux prix et récompenses dans des domaines variés, est mondialement reconnu comme l’héritier de Robert Capa  ». Il n’en a pas la stature, le regard humaniste et la variété de genres abordés. Robert Capa luttait par ses photographies contre le fascisme et espérait que la victoire des Républicains espagnols amènerait la chute du fascisme et du nazisme. James Nachtwey semble ignorer que c'est le même terrorisme qui assassine en Israël, aux Etats-Unis et en Europe.

« Sa force morale et ses engagements sociaux et civils l’ont mené à consacrer sa vie entière à la photographie documentaire. Il saisit les conditions les plus extrêmes de la vie humaine - qui ne prennent que trop souvent les formes d’un enfer terrestre - se faisant ainsi le témoin épique de la cruauté de la guerre ».

« Il n’a de cesse de photographier la douleur, l’injustice, la violence et la mort. Mais pour que jamais ne soient oubliées la souffrance et la solitude humaines, il crée des images d’une beauté vertigineuse, impeccablement cadrées et éclairées, et aux effets quasi cinématographiques. L’extraordinaire beauté et l’infinie tendresse qui en émanent sont autant de moyens de lutter et de résister ».

« Dans une posture toujours de compassion, il saisit des scènes et des contextes variés : en Bosnie, à Mostar, où un tireur d’élite vise à travers une fenêtre, la famine au Darfour, les malades de la tuberculose ou bien encore les terribles effets de l’agent orange au Vietnam. »

« Parmi ses images les plus emblématiques, on pense immédiatement à celle qui représente un jeune garçon rwandais, survivant d’un camp de concentration hutu, le visage balafré. Viennent également en tête les photographies de la deuxième Intifada en Cisjordanie, où Nachtwey était alors en première ligne ». Eh oui, James Nachtwey a beaucoup contribué aux stéréotypes anti-israéliens. Sa photographie ci-jointe est ainsi légendée : « Manifestants jetant des cocktails Molotov lors des heurts opposant l’armée israélienne à la population palestinienne locale. » Où sont les banderoles des manifestants ? Où sont leurs flyers ? Quelles sont leurs revendications ? James Nachtwey ne livre aucune information sur le contexte. Quid de l'enseignement de la haine des Juifs dans les manuels scolaires "palestiniens" ? Quid de l'incitation à la haine par l'Autorité palestinienne ?

Il « dépeint la guerre depuis 40 ans, montrant sans détour le sort des populations qui en font la terrible expérience. Comme le 11 septembre 2001, lorsque la guerre l’atteignit “chez lui”, sur le sol américain, lors de l’attentat des tours jumelles, suivi par la guerre en Irak et en Afghanistan. Les images de James Nachtwey révèlent une humanité mutilée par la violence, dévastée par les maladies et la faim, une humanité qui, par nature, semble se fourvoyer ». Pourquoi la MEP ne qualifie-t-elle pas cet attentat du 11 septembre 2001 d’attentat terroriste islamiste ? 

Cette exposition « est la plus grande rétrospective jamais dédiée au travail du photographe. À travers son regard personnel, elle propose une remarquable réflexion sur le thème de la guerre, dont la portée est nécessairement collective. »

Cette rétrospective se déroule en « dix-sept sections différentes, formant un ensemble de près de deux cents photographies » et offrant « un vaste panorama des reportages les plus significatifs de James Nachtwey : Le Salvador, les Territoires palestiniens, l’Indonésie, le Japon, la Roumanie, la Somalie, le Soudan, le Rwanda, l’Irak, l’Afghanistan, le Népal, les États-Unis avec entre autres un témoignage singulier des attentats du 11 septembre, ainsi que de nombreux autres pays ». Ce communiqué de la MEP s’avère partial : qu’appelle-t-il « territoires palestiniens » ? Les « territoires disputés » ?

« L’exposition s’achève sur un reportage traitant de l’immigration en Europe, aujourd’hui plus que jamais d’actualité ».

Elle « rassemble ainsi les photographies de celui que l’on peut considérer comme le photoreporter le plus prolifique de ces dernières décennies, un observateur exceptionnel de notre monde contemporain et probablement l’un de ses témoins les plus clairvoyants ». Oh, non !

Les commissaires de l’exposition, conçue et produite par Contrasto, sont Laurie Hurwitz, Roberto Koch et James Nachtwey.

« JAMES NACHTWEY, LE DEVOIR DE MÉMOIRE »
Par Roberto Koch, co-commissaire de la rétrospective à la MEP

« La mémoire est la chose la plus essentielle que nous ayons pour imaginer le futur et prévenir des erreurs du passé. À travers ses photographies et ses paroles, James Nachtwey nous rappelle ainsi que si nous sommes incapables de nous souvenir du passé, nous serons condamnés à sa perpétuelle répétition.

Depuis près de quarante ans, James Nachtwey photographie la douleur, l’injustice, la violence et la mort. Cette mort si particulière qui ne connaît ni la plénitude de la vieillesse ni la chaleur des êtres chers, mais qui a les yeux d’un enfant, les mains émaciées d’une femme ou le visage d’un homme que la pauvreté a ravagé.

Ce qui le fait tenir, coûte que coûte, au sein de cette “communauté affligée” que forme notre condition humaine, dans ce tourbillon “d’éternelle douleur”, c’est cette conviction infaillible que le photojournalisme, dans ce qu’il a de plus abouti, peut encore influencer l’opinion publique, comme les premiers jalons d’un livre d’histoire qui resterait à écrire.

Né à Syracuse dans l’État de New York en 1948, James Nachtwey grandit dans les années 1960. Ses yeux s’inondent des images de la guerre du Vietnam et des marches pour les droits civiques. Rapidement, il sent combien il est important de témoigner et, à travers son propre travail, il s’engage dès lors à combattre l’hypocrisie, celle qui si souvent nous fait détourner notre regard, tout autant que notre conscience.

Le reportage réalisé en Roumanie, qui suit la chute du mur de Berlin puis l’effondrement de l’URSS, marque un point de non-retour. Des portes commencent à s’ouvrir. Comme celles d’un enfer terrestre, un orphelinat où un dramatique crime contre l’humanité venait d’être commis.

L’insupportable réalité le bouleversa jusqu’à la moelle : “Je voulais m’enfuir, je ne voulais pas regarder plus loin. Mais c’était devenu un test. Devais-je me dérober ou bien assumer l’entière responsabilité d’être là, avec mon appareil photographique ?”.

Ces regards paniqués, saisis en gros plan, se succèdent comme autant de cercles infernaux : celui par exemple de la famine en Somalie, “où la privation de nourriture est utilisée comme une arme de destruction massive et où, depuis le milieu de l’année 1992, les épidémies et la faim ont causé la mort de plus de 200 000 personnes”. Le Soudan également, dévasté par la guerre et la famine, ainsi que la Bosnie en 1993, le Rwanda en 1994, le Zaïre ou bien encore la Tchétchénie.

L’objectif de James Nachtwey vise aussi la pauvreté en Inde et en Indonésie, le fléau du sida, de la drogue ou de la tuberculose, mais aussi les actes d’amour des proches qui restent au chevet des malades.

Puis vient le 11 septembre 2001. La guerre, qui n’avait pas touché la partie plus riche du globe depuis soixante ans, retourne à l’Ouest. Cette histoire marque un nouveau tournant. Nachtwey documente les guerres qui s’ensuivent en Afghanistan, en Irak, et qui rappellent amèrement les erreurs du passé.

Sa compassion lui inspire un sentiment indéfectible d’empathie envers ceux qui souffrent, des populations traumatisées par les tremblements de terre, comme au Népal, en Haïti ou au Japon, et par le tsunami qui frappe l’Indonésie. Puis il côtoie la terrible tragédie contemporaine des migrants  en Europe, chez nous, où des centaines de milliers de personnes sont obligées de fuir pour essayer de survivre dans un ailleurs qu’ils imaginent terre d’espoir et d’accueil.

Nachtwey écrit : “Mon travail photographique est fondamentalement lié à l’instinct humain, celui qui l’emporte lorsque les règles de la civilisation et de la socialisation volent en éclat. À ce moment-là, la loi de la jungle prend le dessus. Violence et revendications territoriales s’imposent alors, charriant avec elles leur lot de cruauté, de terreur et de souffrance, mais aussi un esprit de survie ancestral. C’est un mécanisme sombre et terrifiant, et je tente à travers mon travail d’y apporter une part de spiritualité. Essentiellement de la compassion.”

Un regard compassionnel est un regard de connaissance, de conscience et de mémoire : le seul antidote possible contre cette obscure étendue, ce cœur des ténèbres qui prend sa charge horrifique à l’aune de ce dont tout l’homme est capable. Nous regardons les images de Nachtwey et nous le savons désormais : nous ne pouvons plus jamais oublier. »

BIOGRAPHIE

« James Nachtwey est né en 1948 à Syracuse dans l’État de New York (USA).

Il étudie l’histoire de l’art et les sciences politiques au Dartmouth College de 1966 à 1970. En 1976, il travaille comme photoreporter pour un journal au Nouveau-Mexique puis, en 1980, il s’installe à New York en tant que photographe indépendant pour différents magazines.

C’est à partir de 1981 que James Nachtwey va se consacrer pleinement à photographier la guerre et les troubles sociaux majeurs. Il couvre les conflits dans le monde entier, convaincu que la sensibilisation du public demeure essentielle pour provoquer le changement, et que les photographies de guerre diffusées par les médias peuvent déclencher une réelle prise de conscience pour agir en faveur de la paix.

En Europe, il documente l’éclatement de l’ex-Yougoslavie, la guerre en Tchétchénie et les troubles civils en Irlande du Nord. En Afrique, il photographie le génocide au Rwanda, la famine qui devient une « arme de destruction massive » en Somalie et au Soudan et la lutte pour l’émancipation en Afrique du Sud. Il documente les guerres civiles qui engloutissent l’Amérique centrale dans les années 1980, du Salvador au Nicaragua en passant par le Guatemala, ainsi que l’invasion du Panama par les États-Unis. Au Moyen-Orient, il couvre le conflit israélopalestinien depuis plus de vingt ans ainsi que les guerres civiles au Liban et, plus récemment, la guerre en Irak, où il est blessé par l’explosion d’une grenade.

Il commence à travailler en Afghanistan pendant les années 1980, photographiant la résistance face à l’occupation soviétique, puis la guerre civile afghane et l’offensive contre les Talibans en 2001. En 2010, il photographie les combats militaires américains dans le Helmand, province du sud de l’Afghanistan. Ailleurs, en Asie, il documente la guérilla au combat au Sri Lanka et aux Philippines ainsi que la répression militaire sanglante contre des manifestants à Bangkok en 2010. Il a récemment témoigné de la crise des réfugiés en Europe, du tremblement de terre au Népal et de la « guerre contre la drogue » extrajudiciaire aux Philippines.

James Nachtwey couvre les sujets sociaux à travers le monde avec un dévouement toujours égal. Les sans-abris, la toxicomanie, la pauvreté ou bien encore le crime et la pollution industrielle se trouvent parmi les principaux sujets qu’il a largement photographiés. Depuis le début des années 2000, il porte un grand intérêt aux questions de santé à travers le monde, notamment dans les pays en développement, attestant ainsi du ravage des maladies dont les effets dévastateurs touchent un plus grand nombre de personnes que la guerre. En 2007, il reçoit le prix TED pour sa campagne mondiale de sensibilisation à la Tuberculose, fondée sur sa croyance que la prise de conscience collective peut encourager la recherche, faciliter le financement, mobiliser les donateurs et motiver la volonté politique.

De nombreuses distinctions sont venues couronner sa carrière de photojournaliste, mais aussi pour récompenser ses contributions à l’art et aux causes humanitaires. En 2001, il reçoit le Common Wealth Award.

En 2003, il reçoit le prix Dan David et, en 2007, le Heinz Family Foundation Award. En 2012, il est lauréat du Prix de la Paix de la ville de Dresde pour l’ensemble de ses reportages effectués depuis plus de 30 ans sur tous les conflits du monde. En 2016, James Nachtwey obtient le prix Princesse des Asturies.

Il remporte cinq fois la Médaille d’or Robert Capa, pour son courage et son travail exceptionnels. Il reçoit le titre de Photographe de l’Année à huit reprises ; le premier prix de la World Press Photo Foundation à deux reprises ; l’Infinity Award en Photojournalisme à trois reprises ; le Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre à deux reprises et le Prix Leica à deux reprises. Récompensé par l’Overseas Press Club, par le TIME Inc., et par l’American Society of Magazine Editors, il reçoit également le Henry Luce Award, le prix de la Fondation de Leipzig pour la liberté et l’avenir des médias et le Prix de citoyenneté mondiale Dr. Jean Mayer.

En 2001, War photographer, un long-métrage documentant la vie et l’œuvre de James Nachtwey, est nominé pour l’Oscar du meilleur documentaire. Ses livres incluent Deeds of War et L’enfer.

Les photographies de James Nachtwey figurent dans les collections permanentes du Museum of Modern Art et du Whitney Museum of American Art à New York, du San Francisco Museum of Modern Art, du Getty Museum à Los Angeles, du musée des Beaux-Arts de Boston, de la Bibliothèque nationale de France ou bien encore du Centre Pompidou. Ses images ont fait l’objet de nombreuses expositions personnelles dans le monde entier.

Il a été invité à présenter son travail lors de plusieurs événements internationaux, dont les TED Talks, la conférence Bill et Melinda Gates Grand Challenges, le Pacific Health Summit, la conférence mondiale sur la tuberculose à Rio de Janeiro, la réunion annuelle de la Young President’s Organization à Sydney et, à l’occasion de la Journée de la Paix en 2011, devant le Comité International Olympique.
Le titre de Docteur honoris causa lui est décerné par quatre universités américaines, y compris le Dartmouth College, qui a récemment acquis l’ensemble des archives de son œuvre ».


Du 30 mai au 29 juillet 2018
A la Maison européenne de la photographie 
5/7 rue de Fourcy, 75004 Paris
Tél. : 01 44 78 75 00
Du mercredi au dimanche de 11 h à 20 h

Visuels :
Affiche
Afghanistan, Kaboul, 1996 © James Nachtwey Archive, Hood Museum of Art, Dartmouth
Femme errant dans les ruines de la ville.

Soudan, Darfour, 2003 © James Nachtwey Archive, Hood Museum of Art, Dartmouth
Une mère se tenant au chevet de son enfant.

Territoires palestiniens occupés, Cisjordanie, 2000 © James Nachtwey Archive, Hood Museum of Art, Dartmouth
Manifestants jetant des cocktails Molotov lors des heurts opposant l’armée israélienne à la population palestinienne locale.

New York, 2001 © James Nachtwey Archive, Hood Museum of Art, Dartmouth
Une pluie de cendres et de fumée s’abat sur le quartier de Lower Manhattan suite à la destruction du World Trade Center.

Afghanistan, Kaboul, 1996 © James Nachtwey Archive, Hood Museum of Art, Dartmouth
Femme errant dans les ruines de la ville.

Bosnie-Herzégovine, Mostar, 1993 © James Nachtwey Archive, Hood Museum of Art, Dartmouth
Une chambre transformée en terrain de guerre par un milicien croate tirant sur des cibles musulmanes.

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Les citations sont extraites des communiqués de la MEP, du dite des Prix Dan David.

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