samedi 17 décembre 2016

Tony Curtis (1925-2010)


Arte diffusera les 18 et 20 décembre 2016 Les Vikings, par Richard Fleischer avec Kirk Douglas et Tony Curtis, et les 18 et 21 décembre 2016 « Tony Curtis, le gamin du Bronx » (Tony Curtis - Der Kerl Aus Der Bronxpar Ian Ayres. Né aux Etats-Unis dans une famille juive pauvre d’origine hongroise, Tony Curtis  (1925-2010) débute à Hollywood après la fin de son engagement dans l’US Navy. Il excelle dans la comédie et le drame. Une star politiquement engagée pour le parti démocrate, dans le mouvement des droits civiques, et un philanthrope ayant financé la réhabilitation du patrimoine juif en Hongrie.

Ingrid Bergman (1915-1982)
« Marlon Brando, un acteur nommé Désir », par Philippe Kohly
Frank Sinatra (1915-1998)
Barbra Streisand
Orson Welles (1915-1985)

« Yeux de braise, coiffure de rebelle et torse lisse, qu'il dénude volontiers : à l'aube des années 1950, à 24 ans, Tony Curtis, né Bernard Schwartz, fut l'un des premiers sex-symbols masculins d’Hollywood » auprès des adolescentes, et une star ayant excellé dans la comédie et le drame, au cinéma et à la télévision.

Témoignent de sa célébrité : la série Les Pierrafeu qui le croque en Stony Curtis (1965), son portrait en couverture du célèbre album Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band (1967) des Beatles, l'influence de sa coiffure rebelle sur Elvis Presley et James Dean…

Du Bronx à Hollywood
C’est une Rags-to-riches story comme les affectionnent les Américains.

Bernard Herschel Schwartz naît en juin 1925 dans une famille juive pauvre aux origines hongroise et slovaque. Son père Emanuel est tailleur. Bernie Schwartz grandit dans le Bronx, à New York.

« Quand j’étais enfant, ma mère me battait et était très agressive », se souvenait Tony Curtis. Sa mère et son frère Robert souffraient de schizophrénie. Son frère Julius décède âgé de neuf ans, fauché par un camion en 1938. C’est Bernie Schwartz, âgé de douze ans et parlant l’américain, qui est appelé à l’identifier à la morgue.

"Les Jeunesses allemandes défilaient, faisaient les salut nazi. Avec des copains, armés de préservatifs remplis de cadeaux précieux, et on attendu. On les a fait tourner dans les airs, et ils sont tombés sur ces nazillons", raconte Tony Curtis.

Sur les conseils d’un ami de la famille, il est envoyé dans un camp scout. Ce qui canalise son énergie, l’apaise et lui évite de tomber dans la délinquance.

Adolescent, Bernie Schwartz joue un petit rôle dans une pièce de théâtre dans le cadre scolaire.

Après l’attaque japonaise contre le port de Pearl Harbor, inspiré par les rôles interprétés par Cary Grant dans Destination Tokyo et Tyrone Power dans Crash Dive (1943), cet adolescent de 16 ans s’engage dans la Marine contre le Japon impérial, et sert dans un sous-marin envoyé dans le Pacifique. 

Le 2 septembre 1945, du pont du navire américain, il assiste à la capitulation japonaise.

Démobilisé, ce vétéran reprend ses études grâce au G.I. Bill. A la New School of Social Research de Greenwich Village, ce cinéphile enthousiaste suit des cours de comédie. Parmi les autres apprentis comédiens : Walter Matthau, Beatrice Arthur, et Rod Steiger. Tony Curtis doit se débarrasser de son accent du Bronx.

La talent agent et directrice de casting, Joyce Selznick repère ce jeune acteur séduisant et charmant.

Âgé de 23 ans, il arrive à Hollywood où il complète sa formation : cours d’escrime, d’équitation, de danse, etc. Il signe un contrat de sept ans avec la firme Universal et prend pour nom d’artiste Tony Curtis. Il fréquente des acteurs qui cherchent aussi à percer : Rock Hudson, Julie Adams et Piper Laurie. En 1948, il noue une relation amoureuse avec Marilyn Monroe dont il apprécie la gentille et la générosité, et dont il perçoit la fragilité. La starlette porte des cheveux auburn et des chemisiers transparents.

Criss Cross et City Across the River  (1949)… Il débute dans des swashbucklers (films de cape et d’épée), des westerns et des comédies légères.

A 24 ans, Tony Curtis devient un phénomène de société : ses fans adolescentes déchirent ses vêtements. Universal lui confie des premiers rôles avec Piper Laurie.

Dans une soirée de la RKO, il rencontre l'actrice Janet Leigh, plus connue que lui et sous contrat avec le prestigieux studio MGM. En 1951, malgré les menaces du studio, il épouse Janet Leigh, une des stars de la MGM, et a pour témoin Jerry Lewis. Le couple a deux filles : Jamie Lee Curtis, qui deviendra actrice, Kelly Curtis. Il tourne dans plusieurs films à succès : Houdini. Il pose avec Harry Belafonte en couverture du magazine le plus important des Afro-américains, Ebony

Lew Wasserman, agent de son épouse, insiste pour qu'Universal autorise Tony Curtis à tourner dans des films hors de ce studio.

Les années 1950 et 1960 voient l’apogée de sa carrière cinématographique.

Tony Curtis aborde des rôles de composition dans Trapèze, de Carol Reed (1957) avec Burt Lancaster et Gina Lollobrigida, puis Le grand chantage (Sweet Smell of Success) de Alexander Mackendrick (1957), avec Burt Lancaster.

Les Vikings (Die Wikinger)
« Au temps des Vikings, deux frères ennemis, incarnés par Kirk Douglas et Tony Curtis, se disputent la même femme, la belle Janet Leigh... Signé Richard Fleischer, un grand classique du film d’aventures en Cinémascope ».

« Vers l’an 900, les Vikings envahissent l’Angleterre. Leur chef, Ragnar, tue Edwin, le roi de Northumbrie, et viole son épouse, la reine Enid. De cette barbarie naît un fils, Eric, envoyé dans un monastère pour le préserver de la colère d’Aella, le nouveau roi tyran. Celui-ci accuse son cousin Egbert de conspirer contre lui et le jette en prison. Parvenu à s’enfuir, Egbert rejoint Ragnar, qui lui présente Einar, son fils. Ce dernier est bientôt éborgné par le faucon d’Eric, devenu esclave des Vikings. Peu après, Einar enlève la fiancée d’Aella, la princesse Morgana, qui parvient à s’échapper avec la complicité d'Eric… »

« Mésestimé par la critique, oublié par le public, Richard Fleischer eut pourtant une longue carrière riche d’une cinquantaine de films, dont 20 000 lieues sous les mers et Soleil vert. Quand il se lance dans le tournage en Cinémascope des Vikings, il fait appel à Kirk Douglas, à la fois comme acteur et producteur, lui-même séduit par ce récit d’aventures tragique au motif simple et beau : deux frères ennemis qui se disputent la même femme ».

Le « temps aurait pu ternir l’éclat de cette fresque flamboyante aux somptueux décors naturels, il n’en est rien. Le souffle épique qui s’en dégage demeure intact ».

Fervent démocrate
Ce fervent démocrate - il assiste à la convention nationale démocrate en 1960 - s’engage pour le mouvement des droits civiques, et met sa célébrité au service du combat contre la ségrégation : il tourne dans La chaîne (The Defiant Ones, 1958), de Stanley Kramer avec Sidney Poitier – nomination à l'Oscar) - Tony Curtis insiste pour que le nom de Sidny Poitier soit placé en haut de l'affiche, au côté du sien -, ou « à défendre l'ambiguïté sexuelle d'un rôle (Spartacus) » de Stanley Kubrick avec Kirk Douglas, Laurence Olivier, Peter Ustinov, Jean Simmons, Charles Laughton. Laurence Olivier et Tony Curtis nouent une profonde amitié lors du tournage. Ils parviennent à convaincre le producteur Kirk Douglas de remettre au planning la scène du bain.

Et « son irrésistible prestation" dans Certains l'aiment chaud (Some Like It Hot, 1959), de Billy Wilder aux côtés de Jack Lemmon et de Marilyn Monroe, "qu'il en vient à haïr pour ses retards légendaires, est entrée au panthéon du septième art ». Une "comédie risquée dans une oeuvre hybride". Un chef d'oeuvre.

Tony Curtis crée sa maison de production. Mais il connait un succès moindre que Kirk Douglas et Burt Lancaster, acteurs-producteurs.

Opération jupons
« 1941. Une énième attaque japonaise vient de saborder le sous-marin Tigre des mers, que son capitaine tient à relancer de toute urgence dans la bataille. Un jeune lieutenant, dandy et escroc hors pair, vient à sa rescousse, flanqué de cinq auxiliaires... féminines ».

Ce « premier opus hollywoodien de Blake Edwards, le maître américain de l'absurde, est un pastiche jubilatoire des films de guerre des années 1950. Le capitaine affiche une détermination farouche et son beau lieutenant (Tony Curtis dans un rôle taillé sur mesure), une effronterie sans égale. Mais la situation sombre très vite dans la loufoquerie la plus totale. Les vains efforts de Cary Grant pour garder à bord de son submersible un semblant de conformisme militaire sont délicieusement jouissifs. Détournant les codes de virilité et d'héroïsme en vigueur, le réalisateur de The party évite l'écueil de la farce sexiste et développe ce qui deviendra sa marque : le génie du choc situationnel ».

Tony Curtis confiait avoir quasiment tout appris comme spectateur de films américains : les règles de la courtoisie et de galanterie à l’égard des femmes, un savoir-être, l’élégance vestimentaire, etc. Et Cary Grant a personnifié pour le jeune new yorkais cette quintessence masculine. Ce film de Blake Edwards réunit Cary Grant et l’étoile montante qui l’avait gentiment parodié  dans Some Like it Hot de Billy Wilder.

Sérénité

Tony Curtis divorce en 1962. "La pression du métier rendait la situation difficile". Lors du tournage de Taras Bulba, il s'éprend de Christine Kaufmann.

Tony Curtis forme aussi un couple glamour avec sa deuxième épouse, l'actrice Christine Kaufmann (1963-1968) ; le couple a deux filles Alexandra et Allegra. 

Tony Curtis vit ses « années flamboyantes » : Taras Bulba (1962) de Jack Lee Thompson avec Yul Brynner et Christine Kaufmann, Sex and the Single Girl (Une vierge sur canapé, 1964) de Richard Quine avec Natalie Wood, Lauren Bacall, Mel Ferrer et Henry Fonda, etc.

La Grande course autour du monde

En 1965, Blake Edwards réalise The Great Race (La Grande course autour du monde)  avec Tony Curtis, Natalie Wood, Jack Lemmon, et Peter Falk...


"1908. Six voitures prennent le départ de la première grande course automobile autour du monde qui va de New York à Paris. Parmi les concurrents, l'ignoble professeur Fate et son âme damnée, Max, sont prêts à tout pour éliminer leurs adversaires. Bientôt, ils n'ont plus qu'un seul concurrent : le séduisant Leslie. Ce dernier voyage dans sa "Leslie spécial" en compagnie de Maggie DuBois, une jolie journaliste new-yorkaise et féministe..."

 "Une course-poursuite hilarante et échevelée autour du monde, entre l'ignoble professeur Fate et l'élégant Leslie... Un film culte signé Blake Edwards, avec une distribution éblouissante".

Cette "comédie échevelée inspirée du slapstick (burlesque muet) est hilarante de la ligne de départ à celle d'arrivée. Des sabotages à répétition aux bagarres de tartes à la crème (celle du palais de Carpania est directement inspirée de La bataille du siècle réalisé par Laurel et Hardy en 1927), des courses-poursuites en Alaska et dans la jungle jusqu'à l'écroulement de la tour Eiffel, Blake Edwards ne s'autorise aucun temps mort. Il réalise là un de ses meilleurs films, servi par une époustouflante distribution - notamment Jack Lemmon, parfait en ignoble professeur Fate, et Tony Curtis, irrésistible en pilote de charme d'une élégance à toute épreuve".

En 1968-1969, Hanna et Barbera se sont inspiré du film pour créer Wacky Races (Les Fous du volant), dessin animé américain.

Maturité
A la maturité d'acteur « succède un long et douloureux déclin » du à la crise des studios hollywoodiens, et aux mutations de la société américaine.

Même si Tony Curtis « tourne encore quelques grands films - L'étrangleur de Boston (The Boston Strangler 1968) de Richard Fleischer avec Henry Fonda et Sally Kellerman, Le dernier nabab (Last Tycoon, 1976d'Elia Kazan avec Robert de Niro, Robert Mitchum, Jack Nicholson, Dana Andrews, Ray Milland, Peter Strauss, Jeanne Moreau et Theresa Russell.

De son troisième mariage avec Leslie Allen (1968-1982), naissent deux fils Nicholas (1970-1994) qui décède une overdose d’héroïne et Benjamin.

Il savoure de grand succès de télévision avec Amicalement vôtre » (The Persuaders!) avec Roger Moore et Mc Coy, il « est rattrapé par les fantômes de l'enfance ». Il voit sa célébrité décliner.

Dans les années 1980, il surmonte ses addictions à l’alcool et à la drogue lors de séjours à la Betty Ford Clinic.

Tony Curtis s’adonne à la photographie et à la peinture : il revendiquait Van Gogh, Matisse, Picasso, et Magritte parmi les artistes qui l’avaient influencé.

Dans les années 1990, Tony Curtis et Jamie Lee Curtis contribuent à la reconstruction de la grande synagogue de Budapest (Hongrie) endommagée lors de la Deuxième Guerre mondiale. Tony Curtis fonde en 1998 le Fondation Emanuel pour la culture hongroise, dont il a été le président honoraire. Cette institution vise à la restauration et à la préservation de synagogues et de 1300 cimetières juifs en Hongrie. Tony Curtis a dédié cette Fondation aux 600 000 victimes juives de la Shoah en Hongrie et dans les territoires occupés par l’Armée hongroise.

Après deux mariages qui finissent par deux divorces - Andrea Savio (1984-1992) puis Lisa Deutsch (1993 – 1994), Tony Curtis épouse Jill Vandenberg (1998-2010).

En 2008, Ian Ayres réalise The Jill and Tony Curtis Story. Un documentaire retraçant les efforts du couple Curtis pour sauver des chevaux des abattoirs. Satisfaite par de film, la famille Curtis a invité le réalisateur à réaliser un documentaire  sur la vie de Tony Curtis.

Archives filmées inédites, confidences émouvantes et intimes de Tony Curtis, témoignages de Hugh Hefner, Debbie Reynolds, Piper Laurie, Harry Belafonte, Mamie Van Doren, Theresa Russell, Jill Curtis, Jamie Lee Curtis, Christine Kaufmann, Roger Moore, Nicolas Roeg... « Tony Curtis, le gamin du Bronx  » de Ian Ayres (2010) offre un « voyage intime avec l'une des dernières icônes de l'âge d'or hollywoodien… Entre ombre et lumière ».

Tony Curtis s’y livre, avec ses regrets de n’avoir eu aucun Oscar. 

Il a été distingué par le Lone Sailor Award de l’US Navy et l’Ordre des Arts et des Lettres en 1995 et figure dans le Hollywood Walk of Fame.


Les Vikings, par Richard Fleischer
Bryna Productions, 1958, 112 min
Auteur : Edison Marshall
Image : Jack Cardiff
Montage : Elmo Williams
Musique : Mario Nascimbene
Producteur/-trice : Jerry Bresler
Scénario : Calder Willingham, Dale Wasserman
Avec Kirk Douglas (Einar), Tony Curtis (Éric), Janet Leigh (Morgana), Ernest Borgnine (Ragnar), James Donald (Egbert), Maxine Audley (Enid), Alexander Knox (le père Godwin), Frank Thring (Aella)
Sur Arte les 18 décembre à 20 h 50 et 20 décembre 2016 à 13 h 35

La Grande course autour du monde, de Blake Edwards
Warner Bros., Patricia, Jalem Productions, Reynard, Martin Jurow, 1965, 146 min
Auteur : Arthur A. Ross, Blake Edwards
Image : Russell Harlan
Montage : Ralph E. Winters
Musique : Henry Mancini
Scénario: Arthur A. Ross
Avec Jack Lemmon, Tony Curtis, Nathalie Wood, Peter Falk, Arthur O'Connell, Dorothy Provine, Larry Storch, Ross Martin
Sur Arte les 25 mars à 13 h 35 et 13 avril 2016 à 13 h 35

« Opération Jupons » de Blake Edwards
Universal International Pictures, Granart Company, 1959, 77 min
Sur Arte les 21 mars à 20 h 55 et 23 mars 2016 à 13 h 35
Auteur : Paul King, Joseph Stone
Image : Russel Harlan
Montage : Frank Gross, Ted J.Kent
Musique : David Rose, Henry Mancini
Producteur/-trice : Robert Arthur, Cary Grant
Scénario : Stanley Shapiro, Maurice Richlin
Avec Cary Grant, Tony Curtis, Joan O'Brien, Dina Merrill, Gene Evans, Dick Sargent, Virginia Gregg

« Tony Curtis, le gamin du Bronx » (Tony Curtis - Der Kerl Aus Der Bronxpar Ian Ayres
2011, 56 min
Sur Arte le 21 mars à 22 h 50, 18 décembre à 22 h 40 et 21 mars 2016 à 22 h 50

Visuels : © WDR/Degeto et © French Connection Film

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Les citations sur les films sont d'Arte. L'article a été publié le 21 mars 2016.

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