dimanche 24 septembre 2017

« Lauren Bacall, ombre et lumière » par Pierre-Henry Salfati


Arte diffusera le 24 septembre 2017 à 22 h 30 « Lauren Bacall, ombre et lumière » (Lauren Bacall - Die diskrete Verführerin), documentaire par Pierre-Henry Salfati. Née Betty Joan Perske dans une famille juive new-yorkaise, Lauren Bacall (1924-2014) débute comme mannequin, puis à Hollywood dans Le Port de l’angoisse (1944) avec Humphrey Bogart (1899-1957) qu’elle épouse en 1945. Surnommée « The Look » (le regard), star démocrate, veuve en 1957, persévérante et exigeante, elle parvient à relancer sa carrière cinématographique et à affirmer ses talents de comédienne à Broadway.
Billy Wilder (1906-2002)


« J'ai passé une grande partie de ma vie à essayer de trouver ma propre identité. Et ça n'a pas été facile », a confié la star Lauren Bacall (1924-2014).

« L’histoire d’amour mythique avec Humphrey Bogart a imprimé à jamais la pellicule de chefs-d’œuvre du film noir ».

Le documentaire évoque rapidement la relation qui aurait unie, selon elle, la coiffeuse de Humphrey Bogart, Verita Bouvaire Thompson, et l'acteur.

« À son image », « Lauren Bacall, ombre et lumière », documentaire par Pierre-Henry Salfati est « un classieux portrait intime de Lauren Bacall. Son regard, magnétique, qui lui vaudra son surnom, « The Look », sa classe et son timbre de voix éraillé l’ont propulsé, dès son premier film, « Le port de l’angoisse », dans la mythologie hollywoodienne ».
   
Star
Betty Joan Perske est née en 1924, dans le Bronx, au sein d’une famille juive newyorkaise : sa mère Natalie, née Weinstein Bacal, d’origine roumaine, est secrétaire et changera son patronyme en Bacall, et son père William Perske est un vendeur dont les parents étaient originaires de Biélarussie, alors dans l’Empire russe. Betty Joan Perske a pour cousin  germain, Shimon Peres né Szymon Perski, qui deviendra président d’Israël et lauréat du Prix Nobel de la Paix.

Cinq ans après sa naissance, ses parents divorcent, et Betty grandit auprès de sa mère qui l’oriente vers la comédie et la danse. La jeune Betty ne voit qu’épisodiquement son père qui disparaît de sa vie, et elle adopte comme nom de scène Bacall.

Grâce au soutien de sa famille maternelle, elle est scolarisée dans un pensionnat huppé, The Highland Manor Boarding School for Girls, à Tarrytown, New York, et à la Julia Richman High School à Manhattan.

Adolescente, elle mène de front une carrière de mannequin et de comédienne à Broadway. Elle rencontre la comédienne Bette Davis en 1940.

En 1941, Betty Joan Perske entre à l’American Academy of Dramatic Arts tout en travaillant comme ouvreuse dans un théâtre. Elle s’y lie d’amitié avec Kirk Douglas, issu d’un milieu très pauvre, et auquel elle donne gentiment le manteau d’un de ses oncles.

En 1942, élue Miss Greenwich Village, elle est remarquée par le célèbre magazine Harper’s Bazaar qui la choisit pour une couverture en mars 1943, et par Vogue. Sa « grâce féline, sa chevelure blonde et ses yeux bleu-vert » la distinguent des autres modèles.

Betty Joan Perske est choisie pour jouer dans un théâtre de Broadway Johnny 2 X 4, et retourne vivre chez sa mère.

La « petite fille du Bronx, élevée par sa mère après l’abandon paternel, courait jusque-là les cachets à Broadway entre deux séances de mannequinat, quand Nancy Hawks, l’épouse du cinéaste, la repère à la une de Harper’s Bazaar ».

Le réalisateur Howard Hawks fait signer à la débutante un contrat de sept ans stipulant un salaire hebdomadaire de cent dollars. Premier film de l’actrice appelée désormais Lauren Bacall : Le Port de l'angoisse, adaptation du roman d'Ernest Hemingway, En avoir ou pas. Nancy Hawks conseille la comédienne débutante en matière vestimentaire pour adopter un style sophistiqué et élégant, et son époux lui impose des cours de comédie visant à la faire parler sur un ton plus grave.

Lauren Bacall « a 19 ans, et la passion naissante entre la débutante et son partenaire adulé, Humphrey Bogart, 44 ans, irradie l’écran ». Surnommée « The Look » - par timidité, non habituée jouer devant une caméra, elle maintient la tête baissée, et ne lève les yeux que pour donner la réplique à Bogart (1899-1957) -, elle incarne un nouveau genre de femme, déterminée, calme, audacieuse, sensuelle.

Réplique-culte du film To Have and Have Not? « Si vous avez besoin de moi, vous n'avez qu'à siffler. Vous savez siffler, Steve ? Vous rapprochez vos lèvres comme ça et vous soufflez  ! » (« You know you don’t have to act with me, Steve,” her character says to Bogart’s in the movie’s most memorable scene. “You don’t have to say anything, and you don’t have to do anything. Not a thing. Oh, maybe just whistle. You know how to whistle, don’t you, Steve? You just put your lips together and blow »).

« Avec son sens de l’autodérision, celle qui se décrit comme « une grande perche plate avec de grands pieds » s’étonne de cette gloire précoce ».

« Mais plus encore que son talent, c’est son histoire d’amour fou avec « Bogie » qui fonde sa légende, la condamnant du même coup au rôle d’épouse de l’icône ».

Le « couple le plus glamour de l’histoire du cinéma tourne trois joyaux noirs encore » : Le Grand Sommeil (The Big Sleep), les Passagers de la nuit (Dark Passage) et Key Largo de John Huston.

Marié en 1945, Humphrey Bogart et Lauren Bacall ont deux enfants : Stephen - prénom du personnage incarné par l'acteur dans Le Port de l'angoisse, né en 1949, producteur et documentariste, et Leslie - prénom du comédien Leslie Howard, née en 1952, professeur de yoga.

Ils les élèvent dans la religion épiscopalienne, celle de Humphrey Bogart. « Ma mère pensait que cela rendrait notre vite plus facile, à Leslie et à moi, durant ces années post-Deuxième Guerre mondiale », a écrit Stephen Bogart.

Kirk Douglas a écrit que Humphrey Bogart était membre d’un club interdit aux Juifs.

Femme au foyer, mère, Lauren Bacall  retrouve Kirk Douglas dans La Femme aux chimères (Young Man with a Horn, 1950), et alterne comédies - Comment épouser un millionnaire (How to Marry a Millionnaire, 1953) de Jean Negulesco avec Marilyn Monroe et Betty Grable, et Les femmes mènent le monde (Woman's World) de Jean Negulesco, Designing Woman (La Femme modèle) de Vincente Minnelli avec Gregory Peck (1957)  – et drames : La Toile d'araignée (The Cobweb) de Vincente Minnelli (1955) avec Richard Widmark, Charles Boyer et Lillian Gish, Écrit sur du vent (Written on the Wind) de Douglas Sirk (1956) avec Rock Hudson, Dorothy Malone et Robert Stack.

A la télévision, elle joue dans The Petrified Forest, avec Henry Fonda et Humphrey Bogart.
   
Démocrate
La photographie la montrant en février 1945, au National Press Club Canteen, assise sur le piano sur lequel joue le vice-président Harry S. Truman, devient rapidement célèbre.

Dès les années 1940, Lauren Bacall soutient les candidats démocrates aux élections présidentielles.

Lorsque le Comité de la Chambre des Représentants sur les activités anti-américaines (House Committee on Un-American Activities, HCUA ou HUAC) enquête sur l’influence et la propagande communistes au profit de l’Union soviétique à Hollywood, Lauren Bacall milite en tant que membre du Committee for the First Amendment (Comité pour le premier amendement de la Constitution), créé en septembre 1947 par le scénariste Philip Dunne, la star Myrna Loy, et les réalisateurs John Huston et William Wyler en soutien aux Hollywood Ten – dix artistes ayant refusé de répondre aux questions sur leur éventuel engagement dans le Parti communiste (Dalton Trumbo, Edward Dmytryk, etc.) – lors de leur audition par l’HCUA.

Laurent Bacall et Humphrey Bogart signent, avec environ 80 personnalités de Hollywood un télégramme protestant contre les investigations de l’HCUA à l’égard d’Américains soupçonnés de communisme. Les signataires avancent que ces enquêtes fondées sur des opinions politiques individuelles violent les principes basiques de la démocratie américaine.

En octobre 1947, le couple Bogart/Bacall se rend à Washington avec d’autres stars hollywoodiennes - Danny Kaye, John Garfield, Gene Kelly, John Huston, Ira Gershwin, Jane Wyatt - membres du Comité pour le premier amendement (CFA).

En mai 1948, le magazine Photoplay publie l’article de Humphrey Bogart I’m No Communist illustré par une photo du couple. Cet article viset à contrer la publicité négative induite par son apparition devant le HUAC. Le couple s’éloigne des Hollywood Ten et dit : « Nous sommes autant en faveur du communisme que J. Edgar Hoover », alors directeur du Federal Bureau of Investigation (FBI).

Le couple Bogart soutient la candidature du candidat démocrate Adlai Stevenson lors de la campagne électorale pour la présidence en 1952.

Lauren Bacall soutient aussi Robert Kennedy lors de sa campagne avant les élections sénatoriales en 1964.

En 2005, Lauren Bacall répond à Larry King : « Je suis anti-républicaine… Je suis une libérale… Etre libérale est la meilleure chose sur terre que vous puissiez être. Vous êtes accueillie par tout le monde quand vous êtes libérale. Vous n’avez pas un esprit étroit ».

Broadway
Au décès de Bogart en 1957, Lauren Bacall est considérée comme la veuve d’un grand acteur, une quasi-has been, et non l’actrice trentenaire ayant une personnalité spécifique.

Elle entame une liaison avec Frank Sinatra. Mais la nouvelle de leur prochain mariage ayant été éventée, Frank Sinatra en impute à tort la responsabilité à Lauren Bacall, et met fin à leur relation.

De retour à New York, Lauren Bacall « change de registre, basculant dans la comédie, avant d’être délaissée par les studios. Mais son triomphe tardif sur les planches de Broadway » - Goodbye, Charlie en 1959, Cactus Flower (1965-1968), Applause, comédie musicale en 1970 d’après All about Eve, film de Joseph L. Mankiewicz avec Bette Davis – « You're the only one who could have played the part » (Vous êtes la seule qui pouvait jouer ce rôle), lui confiera Bette Davis -, et Woman of the Year en 1981 – « sonnera comme une revanche », saluée par deux Tony Awards.

En 1961, Lauren Bacall épouse le comédien Jason Robards (1922-2000) dont elle a un fils Sam Robards, acteur. Le couple divorce en 1969 en raison de l’alcoolisme du comédien.

Lauren Bacall vit d'autres histoires d'amour, notamment avec l'acteur James Garner.

Au cinéma, Lauren Bacall alterne les genres cinématographiques : Aux frontières des Indes (North West Frontier) de  J. Lee Thompson avec Kenneth More (1959), Une Vierge sur canapé (Sex and the Single Girl) de Richard Quine (1964) avec Henry Fonda, Tony Curtis, Natalie Wood et Mel Ferrer, Détective privé (Harper) de Jack Smight (1966) avec Paul Newman, Shelley Winters, Julie Harris, Robert Wagner et Janet Leigh, Leçons de séduction (The Mirror Has Two Faces) de Barbra Streisand en 1996 – Lauren Bacall remporte un Golden Globe Award. Elle demeure une mère et grand-mère inconsolable ayant mûrement élaboré sa vengeance dans Le Crime de l'Orient-Express de Sidney Lumet (1974) avec Ingrid Bergman, Albert Finney, Vanessa Redgrave, Martin Balsam et Sean Connery, et tourne avec Robert Altman (Health en 1979, Prêt-à-porter en 1994), et Lars von Trier (Dogville en 2002).

Lauren Bacall rédige deux livres : Par moi-même (Lauren Bacall By Myself) en 1978 - National Book Award en 1980 - réédité en une version augmentée d’un chapitre en 2006 sous le titre By Myself and Then Some, et Seule (Now) en 1984.

En 1996, elle est distinguée par un César d’honneur et en 2009 un Oscar d’honneur « reconnait sa place centrale dans l’Age d’or cinématographique ».
     
En 1999, Lauren Bacall figure au 20e rang dans la liste des 50 plus grandes actrices de légende au cinéma dans le classement AFI's 100 Years... 100 Stars de l'American Film Institute (AFI). Première ? Katharine Hepburn. Le premier des cinquante plus grands acteurs de légence au cinéma est Humphrey Bogart, suivi de Cary Grant et de James Stewart.

Actrice célébrée dans de nombreux festivals, livres et cérémonies, raréfiant ses apparitions à la télévision, Lauren Bacall décède en 2014 dans son appartement de l’immeuble The Dakota qui donne sur Central Park. A la cérémonie au funérarium Frank E. Campbell, assistent notamment les acteurs Anjelica Huston et Michael Douglas.

« Au travers d’extraits cultes de sa filmographie, d’archives et d’entretiens délicieux, entre insolence et humilité, ce film part en quête de Betty derrière Bacall. Laquelle, timide et vulnérable, ne se reconnaissait pas dans cette image de femme fatale aux nerfs d’acier composée par les studios ».

« Celle qui disait avoir vécu sa vie à l’envers – star à 19 ans, presque oubliée à 32 – regrettait aussi de ne pas avoir davantage affiché ses origines juives ».

« Le portrait intime d’une « lady » new-yorkaise disparue en 2014, qui avait prédit avec un humour lucide : « Ma nécrologie sera pleine de Bogart. »


« Lauren Bacall, ombre et lumière » par Pierre-Henry Salfati
Siècle production, 2015, 53 min
Sur Arte le 24 septembre 2017 à 22 h 30

Visuels :
To Have And Have Not, Humphrey Bogart, Lauren Bacall, 1944
To Have And Have Not, from left, front, Humphrey Bogart, Lauren Bacall, director Howard Hawks, on-set, 1944
The Big Sleep, from left: Lauren Bacall, Humphrey Bogart, John Ridgely, director Howard Hawks on set, 1946
L'actrice Lauren Bacall assise sur un piano pendant que le Vice Président Harry Truman joue, au National Presse Club Canteen, le 10 février 1945
Lauren Bacall, 1940
Lauren Bacall, en 1945
Humphrey Bogart, Lauren Bacall sur le torunage de KEY LARGO en1948
Credit : © Courtesy Everett Collection

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Les citations sur le documentaire sont d'Arte.

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