dimanche 3 avril 2016

« Feux croisés » d’Edward Dmytryk


Ciné + Classic diffusera les 3, 4 et 7 avril 2016 « Feux croisés » (Crossfire), film noir d’Edward Dmytryk (1947). Une œuvre cinématographique remarquable dénonçant l’antisémitisme, et la difficile réadaptation à la vie civile des soldats américains démobilisés.


Né au Canada dans une famille juive ukrainienne, Edward Dmytryk débute à la Paramount en 1923 comme coursier, puis chef monteur.

Promu réalisateur en 1935, il dirige notamment Les Enfants d’Hitler (Hitler's Children), adapté en 1943 du livre Education for Death de Gregor Ziemer.

Edward Dmytryk adhère au parti communiste américain (1944-1945) – selon d’autres artistes, il aurait assisté aux réunions du parti en soutien aux Dix de Hollywood de 1947 à 1950. Une adhésion qu’Edward Dmytryk explique par son adhésion à des idéaux de libertés, de justice économique, d’anti-fascisme.

Feux Croisés
« Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. Joseph Samuels, un soldat juif, est assassiné » à son domicile. Le capitaine Finlay, policier « chargé de l'enquête, apprend que la victime a passé les dernières heures de sa vie en compagnie de trois militaires, parmi lesquels Monty Montgomery et le caporal Arthur Mitchell, connu pour son antisémitisme. Finlay se lance à la recherche de Mitchell et fait ainsi la connaissance du sergent Peter Keeley, persuadé de l'innocence du caporal et bien décidé à le protéger à tout prix. Cependant, la découverte chez Samuels du portefeuille de Mitchell remet ses certitudes en cause... »

Signé par John Paxton, le scénario de Crossfire (« Feux croisés ») est inspiré du roman The Brick Foxhole (1945) de Richard Brooks. Celui-ci a rédigé son roman pendant son engagement dans l’US Marine Corps. Il y a décrit la victime comme un homosexuel. Son roman a plu à l’un de ses collègues, l’instructeur militaire et acteur Robert Ryan, avec lequel Richard Brooks s’est lié d’amitié. Robert Ryan a alors souhaité joué dans un film adapté de The Brick Foxhole.

John Paxton a écrit les scénarios de précédents films d’Edward Dmytryk (1908-1999) : Adieu, ma belle (Murder My Sweet), produit par Adrian Scott, première adaptation cinématographique en 1944 du détective privé Philip Marlowe créé par Raymond Chandler et interprété par Dick Powell, Pris au piège (Cornered) en 1945, So Well Remembered (1947).

Respectant le code Hays qui, mis en vigueur en 1934, prohibait implicitement l’homosexualité, l’adaptation cinématrographique du roman de Richard Brooks gomme ce facteur pour lui substituer l’antisémitisme.

« Combinards et planqués ». C’est ainsi que le suspect vomit sa haine des Juifs. Or la victime juive américaine est un vétéran de la Deuxième Guerre mondiale : il a été réformé après avoir été gravement blessé lors d’un combat lors de la guerre du Pacifique contre l’Empire du Japon ayant rejoint les forces de l’Axe (IIIe Reich et Italie fasciste).

A l’instar de Les Plus Belles Années de notre vie (The Best Years of Our Lives), film oscarisé de William Wyler (1946), « Feux croisés  » (Crossfire), film noir d’Edward Dmytryk (1908-1999) réalisé en 1947, met en scène aussi des soldats américains désemparés à leur retour à la vie civile aux Etats-Unis, leur difficulté à s’adapter à la vie quotidienne, à s’insérer socialement.

Ce film noir évoque aussi, via le policier, les persécutions des Irlandais catholiques par des protestants. Producteur de « Feux croisés  », Adrian Scott (1911-1972) est issu d’une famille irlandaise catholique.

Construit sur des flash backs, recourant à un style expressionniste, ce thriller est loué par la critique, notamment par le célèbre magazine Variety et The New York Times.

L’Armée américaine l’a diffusé dans ses bases sur le sol américain. Mais l’US Navy l’a exclu de sa programmation cinématographique.

« Feux croisés » est distingué par le Prix du meilleur film social au Festival de Cannes (1947) et en 1948 l’Edgar Allan Poe Award, décerné par Mystery Writers of America, association d’auteurs de romans policiers américains, est remis à John Paxton .

« Feux croisés » figure dans la liste des films sélectionnés pour les Oscar 1948 du meilleur film (producteur Adrian Scott), du meilleur réalisateur, du meilleur scénario (John Paxton), du meilleur acteur dans un rôle secondaire (Robert Ryan) et de la meilleure actrice dans un rôle secondaire (Gloria Grahame). Une première pour un film de série B au modeste budget (250 000 dollars) et au tournage rapide (20 jours).

Mais, les Oscars 1948 couronnent un autre film dénonçant l’antisémitisme : Gentleman’s Agreement, d’Elia Kazan pour la 20th Century Fox, avec Grégory Peck, Dorothy McGuire, Celeste Holme, Anne Revere.

« Feux croisés  » est inscrit en 1949 sur la liste des nominés établie par la British Academy of Film and Television Arts qui remet un Prix dénommé BAFTA.

Brisure
En 1948, Edward Dmytryk épouse l’actrice Jean Peter.

Son appartenance au Parti communiste s’avère, pendant la Guerre froide, source de problèmes graves et de césures dans sa carrière.

Avec notamment Adrian Scott, scénariste et producteur, et le scénariste Dalton Trumbo,  Edward Dmytryk est l’un des « Dix d’Hollywood » (Hollywood Ten), dix producteurs, scénaristes ou réalisateurs de cinéma convoqués en 1947 par la Commission sur les activités antiaméricaines (House Un-American Activities Committee, HUAC) de la Chambre des représentants des Etats-Unis.


Refusant de témoigner devant l’HUAC, Edward Dmytryk encourt une peine de six mois de prison et une amende de 500 dollars pour outrage au Congrès.

Licencié par la RKO, il fuit en 1948 en Grande-Bretagne. Là, il réalise deux films : L'Obsédé (Obsession) et Donnez-nous aujourd'hui (Give Us This Day).

Puis, il retourne aux Etats-Unis où il exécute sa peine.

Faiblesse à l’égard de pressions ? Peur d’être blacklisté ? Perte de ses illusions concernant le communisme ? Conscience du danger de l’emprise de l’Union soviétique via l’influence du parti communiste américain dans le milieu culturel américain ? En 1951, Edward Dmytryk témoigne devant la HUAC, et livre, comme Elia Kazan, les noms d’artistes présentés comme (ex-)membres du Parti à Hollywood : Adrian Scott, qui avait rejoint le Parti communiste en 1944 et accusé de l’avoir incité à inclure des éléments communistes dans ses films, les réalisateurs Jules Dassin et John Berry.

Son attitude lui vaut le ressentiment de contempteurs du maccarthysme (Second Red Scare).

Ayant refusé de témoigner devant l’HUAC, après avoir purgé sa peine en prison, Adrian Scott est blacklisté à Hollywood. Il use de pseudonymes pour signer ses scénarios pour la télévision naissante.

Edward Dmytryk poursuit sa carrière, et dès 1952 réalise des films, souvent des succès commerciaux, d’abord pour le producteur indépendant Stanley Kramer puis pour les major studios : L'Homme à l'affût (The Sniper, 1952) avec Adolphe Menjou, fervent anti-communiste, Le Jongleur (The Juggler) dans lequel Kirk Douglas incarne un survivant de la Shoah qui, établi en Israël, souffre d’un sentiment de culpabilité pour n’avoir pas fui à temps l’Allemagne nazie, La Lance brisée (Broken Lance, 1954) avec Spencer Tracy, Robert Wagner, Jean Peters, Katy Jurado et Richard Widmark - film dénonçant le racisme à l’égard des Indiens -, Ouragan sur le Caine (The Caine Mutiny) avec Humphrey Bogart, José Ferrer, Van Johnson et Fred MacMurray, L'Homme aux colts d'or (Warlock), L’Arbre de vie (Raintree County, 1957) avec Montgomery Clift, Elizabeth Taylor, Eva Marie Saint, Lee Marvin, Agnes Moorehead, Le Bal des maudits (The Young Lions) avec Marlon Brando, Montgomery Clift, Dean Martin, Hope Lange…

La filmographie d'Edward Dmytryk associe dès les années 1950 personnages à la psychologie complexe et une fidélité à ses idéaux.

Dans les années 1970, ce vétéran de Hollywood enseigne dans des départements Cinéma à l'Université du Texas à Austin et à l'Université de Californie du Sud, et donne des conférences.

Il consigne l’essentiel de son expérience dans divers livres didactiques.
       

« Feux croisés » d’Edward Dmytryk
1947
Avec Robert Young, Robert Mitchum, Robert Ryan, George Cooper, Gloria Grahame, Paul Kelly, Sam Levene, Jacqueline White, Steve Brodie, Richard Benedict.
Sur Ciné + Classic, les 3 avril à 20 h 45, 4 avril à 13 h 30 et 7 avril 2016 à 8 h 30

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Les citations sont de Ciné + Classic.

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