dimanche 4 juin 2017

Orson Welles (1915-1985)


Enfant prodige devenu réalisateur novateur influençant des générations d’artistes, acteur, scénariste, dessinateur et magicien amateur, Orson Welles (1915-1985) était particulièrement intéressé par le judaïsme. Le 4 juin 2017, Toute l'Histoire diffusera This is Orson Welles. "Génie incompris, ange déchu d'Hollywood, Orson Welles a marqué d'une pierre blanche le 20ème siècle. Mais comment parler de Welles sans tomber dans la surenchère ou la démesure ? Découvrez l'homme derrière le mythe à travers une interview rare de Welles et les témoignages exclusifs de ses admirateurs et ses proches. Martin Scorsese, Henry Jaglom, sa fille ainée Chris Welles ou encore ses amis de longue date, Peter Bogdanovich et le critique Joseph Mc Bride nous livrent un portrait intime de celui qui fit voler en éclat toutes les règles du cinéma américain. Du scandale de La Guerre des Mondes, aux années RKO jusqu'à son exil en Europe, Orson Welles revient avec humour et émotion sur ses erreurs, ses réussites, ses débuts sur scène ou son apprentissage du cinéma".

« J’aime me cacher. C’est un camouflage. Je me cache de ma propre image que je n’ai aucun plaisir  à voir », aimait à dire Orson Welles

Citizen Kane, Macbeth, Othello, Un homme pour l’éternitéOrson Welles aimait se métamorphoser, en usant de toute la palette des techniques du maquillage et des possibilités des costumes.

« Très injuste, très généreux, très tendre, très violent, il est très tout ». C’est ainsi que la comédienne et réalisatrice Jeanne Moreau décrivait son ami, Orson Welles.

Orphelin
Orson Welles est né dans une famille bourgeoise : père industriel, mère pianiste concertiste.

Enfant précoce et doué pour les arts, il débute à trois ans dans Samson et Dalila à l’opéra de Chicago.

Après la séparation de ses parents en 1919, Orson Welles est élevé par sa mère. Il aime se métamorphoser et l’illusionnisme...

Orphelin de mère à 9 ans et de père à 15 ans, Orson Welles est élevé par un ami de ses parents, le Dr Maurice Bernstein, pédiatre.

En 1930, cet étudiant à la Todd School est distingué par le Prix de la meilleure mise en scène de l’Association dramatique de Chicago, pour son Jules César.

Cet adolescent entame un séjour en Europe. A Paris, il rencontre le magicien Harry Houdini, et débute au Gate Theatre de Dublin. A Séville, il se passionne pour la tauromachie.

En 1932, il réalise un film court.

De retour aux Etats-Unis, il travaille pour le off-Broadway, organise un festival théâtral au cours duquel il rencontre Virginia Nicholson, sa première femme dont il divorce en 1939, et réalise un court métrage.

En 1935, dans le cadre du Federal Theatre Project issu du New Deal et à la demande du directeur de théâtre John Houseman, Orson Welles prépare une adaptation de Macbeth de Shakespeare pour un théâtre de Harlem. Sa voix au timbre grave lui vaut de débuter à la radio, à laquelle il collabore dans le cadre de March of Time.

Le succès vient en 1937 avec The Craddle will rock, opéra de Marc Blitzstein. Un spectacle satirique moquant la vie politique américaine qui suscite une forte opposition politique et contraint Houseman et Welles à démissionner.

« La guerre des mondes »
En 1937, Orson Welles et John Houseman, producteur, fondent à New York le Mercury Theatre, compagnie indépendante de théâtre de répertoire, principalement shakespearien, qui présente des pièces de théâtre – Jules Caesar (1937–1938), The Shoemaker's Holiday (1938), comédie élisabéthaine de Thomas Dekker, Native Son (1941), adapté du roman de Richard Wright -, des programmes radiophoniques et des films, enregistre sur disques des oeuvres de Shakespeare pour un public scolaire.

Cette compagnie compte dans ses rangs Joseph Cotten, Everett Sloane, Agnes Moorehead, Paul Stewart, Dolores del Rio… Des comédiens auxquels Orson Welles demeurera fidèle lorsqu’il dirigera à Hollywood Citizen Kane ou The Magnificent Ambersons.

Aux succès à Broadway de cette compagnie, le Mercury Theatre on the Air dès l’été 1938 et jusqu’en 1940, puis brièvement en 1946, ajoute sur CBS des séries radiophoniques populaires, et des adaptations de grands classiques de la littérature britannique – Jane Eyre, Oliver Twist – et française : Les Misérables, Le Comte de Monte Cristo.

“30 octobre 1938. À la veille d'Halloween, des millions d'auditeurs américains sont rivés à leur poste de T.S.F. Média de masse, la radio convoque alors le monde et la fiction dans le salon et s'écoute en famille. Dans une Amérique tout juste sortie de la Grande Dépression, tandis que la guerre menace en Europe, l'Amérique s'inquiète de l’avenir”.

“L’audacieux Orson Welles, jeune et génial réalisateur âgé de 23 ans, a adapté pour CBS, dans le cadre du Mercury Theatre on the Air, The War of the Worlds” (La guerre des mondes), célèbre roman de H. G. Wells. Il “invente une attaque de martiens. Un moyen prodigieux pour faire la promotion de son adaptation du célèbre livre de H. G. Wells, “la guerre des mondes. Orchestrant une interruption exceptionnelle des programmes, il met en scène sa fiction sonore comme un bulletin d'alerte, et annonce à l'antenne, à 20.15, que les Martiens ont débarqué dans le New Jersey !”

La “panique s'empare du pays, la nouvelle faisant resurgir les angoisses profondes de la nation. Les réservistes de la région inondent même les casernes d’appels pour proposer de se battre... Ce prodigieux scénario catastrophe a réussi au-delà de toute espérance”.

Illustrée par d’abondantes archives, La guerre des mondes selon Orson Welles “retrace et explore cet événement, à l’origine d'une hystérie collective sans équivalent dans l'histoire. “Immortalisées par des milliers de lettres, les réactions du public, entre fascination pour la vie sur Mars et sidération devant sa propre crédulité, sont restituées de façon originale”.

Une “hystérie collective sans équivalent dans l’Histoire” exagérée par la légende entourant le “jeune prodige Orson Welles, qui a d'emblée compris combien l'avènement du direct recèle de pouvoir de suggestion, dirige le spectacle avec maestria. Celui qu'un juge traitera de "furoncle sur le postérieur des théâtreux dégénérés" recourra ensuite à ses talents d'acteur pour feindre des regrets lors d'une conférence de presse non moins spectaculaire”.

Cette émission élargit la célébrité d’Orson Welles qui signe en 1939 un contrat avec le studio de cinéma hollywoodien RKO.

Citizen Kane
Couronné par Life comme le “nouveau Max Reinhardt”, Orson Welles amène sur la côte Ouest l’essentiel des membres de sa troupe, dont le compositeur Bernard Herrmann (1911-1975).

Après plusieurs projets refusés par la RKO, Orson Welles et John Houseman se séparent professionnellement.

Orson Welles co-écrit avec Herman Mankiewicz le scénario de Citizen Kane. Pour nombre de spectateurs, le personnage principal est inspiré du magnat de la presse William Randolph Hearst. Ce que nie Welles.

Premier film réalisé en 1940 par Orson Welles pour la RKO et sa maison de production Mercury Production, Citizen Kane révolutionne le cinéma par ses techniques narratives et son utilisation systématique de procédés : flashbacks, voix off, etc. Un film loué par la presse unanime en 1941 et oscarisé.

Artiste engagé
« Être au service de la cause de la liberté contre ce qui est réactionnaire et rétrograde est le travail le plus sérieux que je puisse faire aujourd’hui. Le reste attendra quelques mois, jusqu’à ce que je vois quel rôle je dois jouer dans ce drame plus grand, peu importe si ce rôle est petit », déclare  Orson Welles.

En raison de diverses pathologies l’affligeant, il ne peut s’engager dans l’armée américaine lors de la Deuxième Guerre mondiale.

Aussi, il participe à l’effort de guerre en tant qu’artiste engagé, proche du président Franklin D. Roosevelt et du parti démocrate, en donnant des conférences et en retrouvant le chemin des studios de radios : il conçoit, produit et anime des émissions patriotiques – Ceiling Unlimited (1942-1943) - en retrouvant sa troupe du Mercury Theatre, son compositeur de musique Bernard Hermann.

Sans bénéficier de la même liberté, Orson Welles réalise à Hollywood La Splendeur des Amberson (1942), et poursuit plusieurs projets parallèlement, dont It’s All True, film inachevé.

La dame de Shanghai
En 1943, Orson Welles épouse Rita Hayworth. Le couple a une fille, Rebecca (1944-2004).

Orson Welles joue dans Jane Eyre, Hollywood Parade, et réalise Le Criminel (1946) montrant des images de camps de concentration.

Tourné en 1946, La Dame de Shanghai (The Lady from Shanghai) est adapté librement d’un roman policier de Sherwood King.

Le “marin Michael O'Hara vole au secours d'Elsa Bannister, aux prises avec des malfaiteurs. Le lendemain, le mari de celle-ci embauche le matelot sur son yacht pour une croisière... Une idylle naît entre Michael et Elsa, bientôt découverte par Grisby, l'associé de Bannister. Celui-ci veut conclure un étrange marché avec le jeune marin…”

Orson Welles surpend “par sa liberté créatrice, l'originalité de ses cadrages et de ses angles de vue. À savourer pour son charme vénéneux et ses scènes cultes. Un style baroque, une mise en scène exceptionnelle. “Au-delà des règlements de comptes avec l'industrie du cinéma et avec sa femme, Rita Hayworth - le couple est alors en plein divorce -, le cinéaste excelle une fois encore à sonder l'âme humaine et la tentation de la chute, en défiant avec une classieuse désinvolture les règles classiques de la narration".

"Le public goûta peu à l'époque qu'on joue avec l'image d'une de ses stars favorites (qui avait insisté pour que son mari dirige le film) et bouda La dame de Shanghai” lors de sa sortie en 1948".

"Endossant le rôle d'une femme peu fiable au charme vénéneux, sacrifiant pour la première fois sa chevelure rousse au profit d'une coupe courte et blonde, l'actrice, fragilisée, n'en est pas moins belle, et le célèbre final aux miroirs, maintes fois parodié, au cours duquel son image vole littéralement en éclats, sonne aussi comme un narcissique et fascinant cri de dépit amoureux.

Après des tentatives de réconciliations, le couple divorce en 1948.

Le Troisième homme
Ses ennuis financiers – fisc, échec commercial de Macbeth – et la méfiance née de sa supposée sympathie pour le communisme, incitent Orson Welles à accepter des propositions en Europe.

A Vienne, il incarne Harry Lime dans Le Troisième homme de Carol Reed (1949), et en France Benjamin Franklin dans Si Versailles m’était conté, de Sacha Guitry (1954).

 Réalisé par Carol Reed, Le Troisième homme (1949) est interprété par Orson Welles, Joseph Cotten, Alida Valli, Trevor Howard. "Holly Martins, écrivaillon américain sans le sou, débarque dans la Vienne dévastée et occupée de l’après-guerre, pour retrouver son vieil ami Harry Lime, qui lui a promis un job. Mais ce dernier vient de passer l’arme à gauche, écrasé par une camionnette. Désœuvré, Holly Martins assiste à son enterrement, avant de tenter d’éclaircir les circonstances troubles de l’accident, en partant à la recherche d’un troisième homme… Dans la Vienne ruinée de l’après-guerre, la quête désespérée d’un homme sur les traces d’un ami disparu".

"Sur un scénario tordu de Graham Greene, un film noir mythique de Carol Reed, habité par les fulgurances d’Orson Welles. Le troisième homme met en scène avec brio la quête désespérée d’un loser dans les ruines et les poussières d’empire de Vienne, en proie à la misère et à des trafiquants sans foi ni loi, qui profitent de la division de la cité imposée par la guerre froide. Cadrages obliques vertigineux, puissance expressionniste des images tournées en décors réels et cithare entêtante de la bande originale racontent un monde urbain angoissant où le mal fascine et prospère".

"À l’instar du "troisième homme", splendidement incarné par Welles, qui surgit en milieu de film, un sourire cynique aux lèvres, dans le halo de lumière d’une porte cochère. Sans cesse pris de court, désenchanté et hésitant, l’antihéros (Joseph Cotten) se heurte à l’indifférence, au mépris et à la trahison. Jusqu’à la scène légendaire des égouts, course noire haletante d’un "Aime le Maudit" traqué, qui précipite le film vers la dislocation confuse du bien et du mal, sans gloire ni vainqueur.

Orson Welles réalise aussi des émissions radiophoniques policières au succès mondial.

Othello
Tourné de 1948 à 1951, son film Othello, d'après la tragédie de Shakespeare Othello, The Moor of Venice, nécessite quatre ans de tournage, reçoit le Grand Prix à Cannes en 1952. Alexandre Trauner est crédité comme l'un des deux auteurs des décors du film. Le rôle de Desdémone est finalement incarné par Suzanne Cloutier.

"Sur l'île de Chypre, deux processions mortuaires simultanées. Deux corps portés dans leur linceul, ceux du général vénitien Othello et de sa jeune épouse Desdémone. Que s'est-il passé ? Il y a peu, le couple nageait dans le bonheur. Guerrier couvert d'honneurs, le Maure a épousé en secret la fille du sénateur Brabantio. Mais leur union a déclenché les jalousies de deux sinistres conspirateurs : Roderigo, amoureux de Desdémone, et Iago, le lieutenant d'Othello, dévoré par l'ambition..."

Après "Macbeth", Orson Welles "s'empare fiévreusement et librement d'une autre tragédie shakespearienne, dont il tient aussi le premier rôle.  Le tournage de la deuxième adaptation shakespearienne d'Orson Welles (après Macbeth, en 1948) s'est avéré aussi tourmenté que son héros rongé par les affres de la jalousie et du doute. Persona non grata à Hollywood, Welles tourne cahin-caha au Maroc et en Italie pendant quatre ans, avant de se plonger durant de longs mois dans un montage frénétique".

"Comportant quelque 2 000 plans (il y en a 500 dans Citizen Kane), ce monument shakespearien porte les stigmates de sa genèse (raccords difficiles entre les différents lieux, absence de moyens....). Mais l'ex-enfant prodige du cinéma sublime ces contraintes dans un expressionnisme visuel, esthétiquement assez proche de ses plus grands films. Dans un noir et blanc contrasté (plus économique que la couleur), contre-plongées majestueuses, décadrages osés et perspectives tronquées dessinent l'écrin baroque de ces destins qui basculent. Dans ce monde qui se resserre autour de lui, et ne semble plus offrir la moindre échappatoire, Othello/Welles se recroqueville sur lui-même, passant de la plus virile des gloires militaires à une déchéance intime d'autant plus tragique qu'elle n'a aucun fondement".

En 1978, Welles "tirera de son film un documentaire sur ce tournage et montage homériques, Filming Othello".

Orson Welles enchaîne des réalisations pour la télévision et des spectacles pour le théâtre.

La soif du mal
En 1953-1954, Orson Welles dirige Confidential Report (Dossier secret, Mr Arkadin) avec sa deuxième épouse et mère de leur fille Béatrice, Paola Mori,

Puis Orson Welles réalise pour Universal La soif du mal, avec Charlton Heston, Janet Leigh, Akim Tamiroff et Marlene Dietrich.


 “Un notable meurt dans un attentat à la frontière entre les États-Unis et le Mexique. Pour l'enquête, deux policiers s'opposent : le Mexicain Mike Vargas et l'Américain Hank Quinlan, qui veut faire porter le chapeau à un innocent pour assurer sa gloire personnelle. Vargas et son épouse se retrouvent bientôt pris au piège d'une ville gangrenée par le mal…”

Adapté “d'un roman de Whit Masterson, ce film noir transfiguré par une mise en scène magistrale, illustre le génie technique d'Orson Welles, à l'image du plan-séquence d' ouverture devenu anthologique. Alors qu'Orson Welles est d'abord pressenti comme acteur, c'est Charlton Heston qui suggère aux studios de confier la mise en scène de ce film noir basique au réalisateur de Citizen Kane. Lequel s'empresse de réécrire le scénario, en situant l'action dans la moiteur d'une ville-frontière entre le Mexique et les États-Unis et en le dotant d'une profondeur métaphysique inédite. Filmé en noir et blanc au grand angle, dans un jeu d'ombres et de lumières, reflets du mal et du bien, le dernier opus hollywoodien d'Orson Welles avant son nouvel exil cinématographique en Europe a, comme la plupart des autres, souffert de coupes imposées par ses producteurs”, supprimant notamment son humour inhabituel à l’époque. Orson Welles “avait protesté en adressant à Universal une note passionnée de cinquante-huit pages pour demander le remontage de son film. Il fallut attendre 1998 pour que Walter Murch – connu notamment comme le monteur de Francis Ford Coppola (Conversation secrète, Apocalypse now) – exauce son souhait. Avec cette version fidèle à sa vision esthétique, justice est rendue au génie d'Orson Welles, qui éclate dès la scène d'ouverture, culte, tournée en un vertigineux plan-séquence”.

Orson Welles poursuit sa carrière sur plusieurs continents, en travaillant pour le cinéma et la télévision (Une histoire immortelle). 

A sa mort en 1985 à Los Angeles, des problèmes juridiques – titularité des droits d’auteurs sur ses films inachevés pour sa dernière compagne Oja Kodar niée par Béatrice Welles – ou pour déterminer où se trouvent ses archives, etc. ont surgi.

Oeuvre prolifique
Welles est aussi un homme de théâtre et de radio. Parmi sa vingtaine de spectacles théâtraux, nous ne connaissons qu’une captation de quatre minutes de son Macbeth de 1936, mais quelles minutes fracassantes ! Le Macbeth filmé de 1948 est le prolongement de celui que Welles venait de monter pour un festival de théâtre à Salt Lake City afin de mettre à l’épreuve son scénario, ses décors et sa troupe. Et quantité de traces visuelles ou sonores nous font rêver. Welles est le metteur en scène et la vedette de cent cinquante dramatiques radiophoniques, dont beaucoup sont inventives et flamboyantes. On peut aujourd’hui en écouter la plupart sur Internet, avec souvent une musique de Bernard Herrmann et une distribution où règnent Agnes Moorehead, Joseph Cotten, Everett Sloane et d’autres de ses acteurs cinématographiques. Il faut encore compter avec l’auteur d’enregistrements discographiques de pièces de Shakespeare, de textes patriotiques de Lincoln ou de poèmes de Whitman, avec un prestidigitateur professionnel reconnu par ses pairs, avec un éditorialiste politique, champion de la création de l’ONU".

"De toutes ces activités, ses émissions télévisées se font souvent l’écho. Car Welles a perçu très vite l’intérêt du petit écran. Les causeries d’Orson Welles’ Sketch Book (1955), les documentaires à la première personne sur des villes européennes pour Around the World with Orson Welles (1955), affirment l’image publique d’un globe-trotter charmeur et préparent les feux d’artifice de montage du film-essai Vérités et Mensonges (1973). La dramatique The Fountain of Youth (1956) est encore plus fondée sur l’illusionnisme. Avec Filming Othello pour la télévision allemande (1977), Welles nous offre le précurseur prestigieux des documentaires d’aujourd’hui sur la fabrication des films. Même ses prestations dans des talk shows sont parfois des sketches savoureux. Et n’oublions pas l’acteur ! Une soixantaine de rôles dans les films réalisés par d’autres, des interprétations télévisées, des commentaires off de films de fiction, de documentaires ou de publicités…"

Œuvres inachevées
Pour le centenaire de la naissance et les trente ans du décès d’Orson Welles (1915-1985), la Cinémathèque française rend hommage à cet artiste, notamment par une programmation incluant de "nombreuses raretés, aussi bien courts métrages, films de télévision, fragments d’œuvres inachevées, curiosités ou incunables". Orson Welles (1915-1985) "a connu à Hollywood le destin paradoxal que l’on sait : doté des pleins pouvoirs pour réaliser à vingt-cinq ans Citizen Kane, il accède en quelques années au statut peu enviable du « cinéaste dont les producteurs se méfient ». S’ouvre alors pour lui, de façon presque ininterrompue de 1947 à 1970, un long temps d’exil, ce que Youssef Ishaghpour a appelé sa « période nomade ». Puis quelques années encore à alterner entre le Nouveau et le Vieux Continent avant la réinstallation définitive aux États-Unis en 1975. Trois décennies d’une folle créativité aux quatre coins du monde". Et une oeuvre aussi éparpillée que traversée par une stupéfiante faculté d’adaptation".

"Entré à Hollywood par la grande porte en 1939, à l’âge de 24 ans, grâce à sa réputation de chef de troupe théâtrale et à l’émission radiophonique La Guerre des mondes, Welles cumule les fonctions de producteur, réalisateur, scénariste et vedette ; il obtient le final cut auquel tant de ses aînés aspirent. Rarement un premier film aura reçu une critique aussi enthousiaste et aussi clairvoyante que Citizen Kane (1941) : la quasi-totalité de ses grandes innovations stylistiques sont vantées dès le premier jour. Puis Welles abandonne le final cut sur La Splendeur des Amberson (1942), faute de pouvoir rester plusieurs mois sans salaire. Il garde le contrôle de Macbeth (1948), et dans une moindre mesure de Voyage au pays de la peur (1942), film qu’il supervise comme producteur sans le réaliser. Mais il perd la partie sur It’s All True (1942), que RKO préfère même ne pas monter, et Le Criminel (1946).

Quant à La Dame de Shanghai (1947), ce film ne comporte aucun nom de réalisateur au générique et Welles, inconscient de son aura future, le juge impitoyablement à sa sortie : « C’est une démonstration… de ce qu’il ne faut pas faire. » En 1947, Welles gagne l’Europe pour y passer l’essentiel des deux décennies suivantes avant d’alterner entre le Nouveau et le Vieux Continent dans les années 70. L’Europe représente la liberté, mais au prix de difficultés extrêmes pour financer ses films. Welles étend sa quête de producteurs à la Yougoslavie ou la Hongrie".

"Certains films sont tournés en plusieurs fois, le temps de compléter un budget, ou abandonnés en route. Plutôt que de laisser envenimer sa discorde avec son ami et producteur Louis Dolivet, Welles renonce au montage final de Mr. Arkadin (1955) et de plusieurs émissions de télévision. Les méthodes de travail et le style changent : petites équipes, décor naturel, montage morcelé, postsynchronisation, doublage par Welles lui-même de certains personnages secondaires, jusqu’à douze dans un même film. Après avoir été le roi du découpage technique prémédité, au point de rêver d’un film qui ne serait que l’exécution d’un plan préconçu, Welles repense de fond en comble le film au montage. Après Citizen Kane, Welles a donc connu bien des revers. Il les surmonte souvent grâce à une puissance de travail hors pair, qui lui vaut le surnom d’« énergie publique n° 1 », à sa vitesse de conception et d’exécution, à une faculté d’adaptation qui lui permet de se jouer des contraintes en arrivant au même but par des voies opposées. Obligé par Columbia de retourner un sixième de La Dame de Shanghai dans un style plus sage, il encourage les interprètes des deux avocats, Everett Sloane et Glenn Anders, à retrouver dans un jeu survolté la dimension grotesque qu’il avait initialement confiée aux angles de prises de vues et aux déformations des courtes focales".

Dans Othello (1952), "l’allure labyrinthique de la forteresse de Chypre aurait dû être inventée en studio, comme pour le château de Macbeth, mais, forcé de tourner en décors naturels, Welles crée la même impression de labyrinthe grâce à la multiplication des lieux de tournage disparates réunis au montage. Et, comme il ne croit pas à la distinction entre art noble et art populaire, Welles transforme en œuvre personnelle les commandes les plus diverses, d’un film criminel initialement routinier comme La Soif du mal (1958) à une adaptation du Procès de Kafka (1962). Treize longs métrages achevés seulement ? Certes, mais, depuis sa mort, nous sommes mieux informés du versant non cinématographique de l’oeuvre de Welles, et nous avons vu surgir tout un pan oublié ou inconnu de sa filmographie".

Welles "a laissé derrière lui quantité de films inachevés, au sort parfois rocambolesque. L’unique copie de son émission sur l’Italie et Gina Lollobrigida (1958), qu’il a oubliée dans un grand hôtel parisien, a refait surface en 1986. Des bobines de sa version condensée du Marchand de Venise de Shakespeare (1970) ont été volées. Après la mort du cinéaste en 1985, Oja Kodar, sa dernière compagne, légataire des œuvres inachevées, a confié les éléments dont elle disposait à la Cinémathèque de Munich, qui en a entrepris la restauration et leur a parfois donné une forme achevée. Dans ces myriades de bobines, les œuvres au sens fort (telles que The Deep ou The Other Side of the Wind) voisinent avec ce qui n’est qu’un matériau brut non destiné à être diffusé tel quel, par exemple cette conversation avec le vieux mentor Roger Hill (1978) ou ce débat filmé avec le public d’une projection du Procès (1981). On exhume encore et toujours d’autres morceaux, comme il y a deux ans les fragments filmés en 16 mm dont Welles n’avait pas bouclé le montage à temps pour les intégrer aux représentations de la pièce Too Much Johnson en 1938. Nous connaissons aussi de mieux en mieux les versions multiples de ses films. Sur l’insistance de ses producteurs ou distributeurs, Welles a signé deux montages de Macbeth, d’Othello et d’Une histoire immortelle (1968), film tourné en français pour l’ORTF, en anglais pour les salles de cinéma. Et certains films ont circulé dans plusieurs moutures, telle la version montrée en projection test de La Soif du mal retrouvée dans les années 70. Les mauvais traitements que Welles a subis de son vivant ont comme encouragé une tendance à considérer son œuvre comme remontable à volonté après sa mort. Plusieurs tentatives de créer des versions « améliorées» ont été menées. Walter Murch, le monteur et concepteur son de Conversation secrète et d’Apocalypse Now, a ainsi appliqué une partie des recommandations que Welles avait rédigées en sortant de la projection d’une mouture de La Soif du mal remontée par les producteurs. Mais une erreur de lecture du mémo a conduit Murch à penser que Welles s’opposait à la partition de Henry Mancini sur le plan d’ouverture, et le marketing de cette « version inédite telle qu’Orson Welles l’a imaginée » a voulu faire croire qu’on monte un film en vingt-quatre heures. Les responsables de la seule version d’Othello à circuler aujourd’hui sur les écrans commerciaux, ont jeté à la poubelle la musique et les bruitages de Welles et déformé électroniquement ses dialogues".

Orson Welles et les Juifs
Orson Welles était-il Juif ? Orson Welles aimait répondre : « Fifty-fifty ».

Selon son ami, l’acteur et réalisateur Juif américain né en 1941 à Londres Henry Jaglom, Orson Welles éprouvait  une affection particulière pour les Juifs.

Dans son livre My Lunches with Orson, Henry Jaglom relate leurs déjeuners réguliers, de 1978 à 1985, parfois dans des restaurants de nourriture juive : Bloom à Londre et Goldenberg à Paris. Orson Welles soupçonnait sa mère, Béatrice, une pianiste concertiste, d’avoir entretenur des liaisons durant son mariage. Il pensait que son père biologique était le Dr Bernstein, tuteur dont il se sentait très proche. Ses parents étant morts alors qu’il était enfant, Orson Welles n’a jamais pu lever les doutes qu’il éprouvait.

« Orson Welles était un grand fan du théâtre yiddish », a souligné le réalisateur américain Peter Bogdanovich.

En 1937, Welles a mis en scène Jules César de Shakespeare dans un décor contemporain, celui de l’Europe fasciste, en rendant particulièrement poignante la scène dans laquelle le poète Cinna est attaqué par une foule en colère. Après la première, Orson Welles a déclaré au New York Times : « C’est la même foule qui pend et brûle les Noirs dans le Sud, la même foule qui maltraite les Juifs en Allemagne. C’est la foule nazie partout ».

Hasard ? Le personnage le plus sympathique de Citizen Kane, a un patronyme Juif, Bernstein, interprété par Everett Sloane, comédien Juif américain : loyal à l’égard du magnat, philosophe, il prononce les meilleures répliques, co-écrites par Herman Mankiewicz, du film novateur. Un « acte politique » à Hollywood selon Harold Heft.

Après la Deuxième Guerre mondiale, Orson Welles était invité d’honneur dans un diner à Vienne (Autriche). A l’un des convives constatant « Vienne n’est plus ce qu’elle était ! Quelque chose a disparu de Vienne », il répliqua : « Oui. Les Juifs ». Une réplique mise à la Une des journaux le lendemain matin.

Parmi les films qu’Orson Welles a réalisés sans en être crédité : David et Goliath  (1960), film italien de Ferdinando Baldi et Richard Pottier, dont certaines séquences ont été tournées en Israël. Orson Welles y incarne le roi Saul.

Orson Welles a aussi réalisé Le Procès, d’après Franz Kafka, a tenté pendant des années d’achever la version cinématographique du Marchand de Venise de Shakespeare…

En 1981, Génocide, film du Centre Simon Wiesenthal  sur la Shoah, a reçu l’Oscar du meilleur documentaire. Son texte est dit par Elizabeth Taylor  et Orson Welles.

Pour le centenaire de la naissance et les trente ans du décès d’Orson Welles (1915-1985), la Cinémathèque française a rendu hommage à cet artiste, notamment par une programmation incluant de "nombreuses raretés, aussi bien courts métrages, films de télévision, fragments d’œuvres inachevées, curiosités ou incunables". Arte lui a consacré  un mini site, a diffusé plusieurs des films qu’il a réalisés - La dame de ShanghaiLa soif du mal -,  War of the Worlds. La guerre des mondes selon Orson Welles, documentaire de Catherine O’Connell. Enfant

Les 18e Rendez-vous de l'Histoire à Blois ont présenté les 11, 12 et 13 octobre 2015, au  Cinéma Les Lobis, Citizen Kane d'Orson WELLES (fiction, Etats-Unis, 1941, 1h59, VOSTF, Théâtre du Temple). "A la mort du milliardaire Charles Foster Kane, un « empereur » de la presse, disparu en prononçant un mot mystérieux, «Rosebud », Thompson, un reporter, enquête sur sa vie. Les contacts qu’il prend avec ses proches lui font découvrir un personnage gigantesque, mégalomane, égoïste et solitaire. Un chef d’œuvre du cinéma, réalisé par le génial Welles alors âgé de 25 ans, sous la forme d’un récit morcelé en flash-backs".

Le 9 août 2016, Arte rediffusa War of the Worlds. La guerre des mondes selon Orson Wellesdocumentaire de Catherine O’Connell.

Le troisième homme, de Carol Reed
Grande-Bretagne, 1949, 101 min
Sur Arte les 28 septembre à 20 h 55 et 30 septembre 2015 à 13 h 35
Visuels : © Studiocanal
Auteur  : Graham Greene
Image : Robert Krasker
Montage :  Oswald Hafenrichter
Musique :  Anton Karas
Producteur/-trice : Carol Reed
Production : London Film
Réalisation : Carol Reed
Scénario : Graham Greene
Avec : Joseph Cotten(Holly Martins), Orson Welles(Harry Lime), Trevor Howard(Calloway), Alida Valli(Anna Schmidt), Ernst Deutsch(Kurtz)

1947, 54 min
Sur Arte les 10 mai à 20 h 45 et 15 mai 2015 à 2 h 50 
Auteur : Sherwood King
Image : Charles Lawton Jr., Rudolph Maté, Joseph Walker
Réalisation : Orson Welles
Production : Columbia Pictures Corporation, Mercury Productions
Montage : Viola Lawrence
Scénario : Orson Welles, William Castle, Charles Lederer, Fletcher Markle
Producteur/-trice : Orson Welles, Harry Cohn
Musique :  Heinz Roemheld
Avec : Rita Hayworth, Orson Welles, Everett Sloane, Glenn Anders et Ted de Corsia

Othello, d'Orson Welles
Auteur : William Shakespeare
Image : Anchise Brizzi, G.R. Aldo, George Fanto, Oberdan Troiani, Alberto Fusi
Montage : John Shepridge, Jean Sacha, Renzo Lucidi, William Morton
Musique : Angelo Francesco Lavagnino, Alberto Barberis
Production : Mercury Productions, Les Films Marceau
Producteur/-trice : Walter Bedone, Patrice Dali, Rocco Facchini, Giorgio Papi, Orson Welles, Julien Derode
Réalisation : Orson Welles
Scénario : Orson Welles
Avec Orson Welles, Suzanne Cloutier, Micheal MacLiammoir, Robert Coote, Michael Laurence, Hilton Edwards, Fay Compton, Nicholas Bruce, Doris Dowling, Joseph Cotten, Joan Fontaine
Visuels : © Anchise Brizzi

107 min
Sur Arte le 11 mai à 20 h 50 et le 22 mai à 0 h 40 
Auteur : Whit Masterson
Image : Russell Metty
Montage : Walter Murch, Virgil Vogel, Aaron Stell
Scénario : Orson Welles
Réalisation : Orson Welles
Production : Universal-International
Producteur/-trice : Albert Zugsmith, Rick Schmidlin
Musique : Henry Mancini
Avec : Charlton Heston, Janet Leigh, Orson Welles, Victor Millan, Akim Tamiroff, Joseph Calleia, Marlene Dietrich et Zsa Zsa Gabor

War of the Worlds, de Catherine O’Connell
Etats-Unis, 2013, 53 min
Sur Arte les 12 mai 2015 à 23 h 50, 25 mai 2015 à 3 h 10, 9 août 2016 à 1 h 15

Visuels :
Mr Arkadin de Orson Welles, 1954© Carlotta Films

© CBS Radio/Photofest, Inc., National Archives et Corbis pour War of the Worlds

Citizen Kane de Orson Welles, 1940 © Warner Classics

Orson Welles à la radio © DR

La Dame de Shanghaï : © Columbia Pictures et © Park Circus 

La Soif du mal. © Sherman Clark

Une histoire immortelle de Orson Welles, 1966 © Gaumont

Othello de Orson Welles, 1949 © Carlotta Films

Vérités et Mensonges de Orson Welles, 1973 © Documentaire sur Grand Ecran

Le Salaire du diable de Jack Arnold, 1957 © Universal

La Splendeur des Amberson de Orson Welles, 1941 © Théâtre du Temple

Le Troisième Homme de Carol Reed, 1949 © Studio Canal

Mr Arkadin de Orson Welles, 1954© Carlotta Films

Le Procès de Orson Welles, 1962 © Tamasa Distribution

Articles sur ce blog concernant :
Cet article a été publié le 10 mai 2015, puis les 30 juillet et 24 septembre 2015, les 26 avril et 8 août 2016.

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