jeudi 11 janvier 2018

Lieux saints partagés. Coexistences en Europe et en Méditerranée


Le Musée national de l’histoire de l’immigration  présente l’exposition itinérante partiale « Lieux saints partagés. Coexistences en Europe et en Méditerranée » assortie d’un catalogue intéressant et dotée d’un mini-site Internet. Une exposition « islamiquement et palestinement correcte », consacrant un "chrislam", et louée par des médias juifs français.


Il fut un temps où l’on se rendait en toute confiance dans les musées parisiens.

Hélas ! Depuis quelques décennies, des commissaires d’exposition substituent à l’Histoire et à l’Art le « politiquement correct » habillé en discours prétendument objectif et à visée morale, « sociétale », de « paix sociale », pour le « vivre ensemble ». Sans parler du prétentieux abscons « d’avant-garde », provocateur.

Placée sous le patronage de l’UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture), l’exposition itinérante « Lieux saints partagés. Coexistences en Europe et en Méditerranée » présentée au Musée national de l’histoire de l’immigration illustre ce triste constat : politisation, syncrétisme dans un "chrislam", Histoire sacrifiée... Une exposition dans le cadre d'Eurabia ? Le Commissariat général est assuré par Dionigi Albera, anthropologue, directeur de recherche au CNRS, et Manoël Pénicaud, Anthropologue, chargé de recherche au CNRS.

Ainsi, le dossier de presse évoque les « trois religions du Livre » !? Comme si le judaïsme, le christianisme et l'islam étaient uniquement des religions, et avaient en commun le même Livre !? La Bible hébraïque est commune au judaïsme et au christianisme. Mais l'islam se fonde sur le Coran incréé.

L'exposition demeure biaisée par son manque de rigueur dans la terminologie, trop souvent biaisée, erronée. Ainsi, une carte désigne la région formée par la Judée et la Samarie sous le nom de "Palestine". Abraham est présenté comme "un des pères fondateurs des religions monothéistes", or le patriarche biblique Abraham n'est pas le prophète Ibrahim islamique. Le Caveau des Patriarches est localisé à "Hebron, Palestine" ou en "Cisjordanie". La Basilique de la Nativité à Béthléem, en "Palestine", même pour décrire une photographie datant de la fin du XIXe siècle. Une photographie de la barrière de sécurité anti-terroriste est appelée uniquement "mur de séparation" !

A travers une "crèche, des artistes palestiniens s'inspirent de l'artiste contemporain Banksy pour dénoncer l'érection du "mur de séparation"  qui empêche les Rois Mages de venir présenter leur hommage à l'enfant Jésus". Les exemples de "coexistence pacifique" en Terre Sainte prouvent uniquement que seul l'Etat d'Israël assure la liberté des cultes au Moyen-Orient.

Selon le catalogue de l'exposition, la "figure de Marie est un dénominateur commun important entre le christianisme et l’islam". Quelle Marie ? Dans le Coran, Maryam ou Meryem est présentée comme la "sœur de Aaron", donc de Moïse, et la mère de Issa. Celui-ci n'est pas, par ailleurs, le Jésus des chrétiens.

"Barque avec la sainte Famille sauvant un migrant", oeuvre de Benito Badolato et Pasquale Godano, représente la "Sainte Famille (Marie, Joseph et Jésus) portant secours à un migrant" !

L'exposition permanente sur l'immigration en France aux XIXe et XXe siècles ? Elle présente des caractéristiques similaires. Les passages sur les Juifs sont affligeants.

Ces approches s'avèrent d'autant plus dangereuses qu'elles sont destinées au public scolaire, "captif", et à des visiteurs souvent peu érudits.

Curieusement, des médias juifs français - Actualité juive hebdo, RCJ, radio de la fréquence juive francilienne financée par le Fonds Social Juif Unifié (FSJU), à deux reprises - ont loué cette exposition. Le 9 janvier 2017, Sandrine Sebbane a interviewé Benjamin Stora, historien, président du conseil d’orientation du Palais de la Porte Dorée, et les deux commissaires de l'exposition pendant environ 45 minutes sans les interroger sur cette politisation partiale de l'exposition. Paule-Henriette Lévy, directrice d'antenne sur RCJ, ne tarissait pas d'éloges sur cette exposition.

Quant à Marc Knobel, historien et essayiste, directeur d'études au CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), il a interviewé Benjamin Stora sans soulever ces points problématiques.

La « question des identités religieuses est l’une des plus sensibles du 21e siècle : à chacun son Dieu, ses écritures, ses saints, croit-on. Pourtant, depuis leurs origines, les trois monothéismes (judaïsme, christianisme, islam) partagent des croyances, des valeurs, des rites, des figures tutélaires mais aussi des sanctuaires. Il existe donc des lieux et des pratiques partagés ».

« Traversée contemporaine ayant comme départ Jérusalem et cheminant vers l’Europe continentale en passant par différentes îles de la Méditerranée, Lieux saints partagés interroge : par qui et comment sont rendues possible ces passerelles entre les trois religions monothéistes alors que le cloisonnement semblerait a priori infranchissable ? »

« Malgré les dissensions théologiques, les circulations des populations d’une rive à l’autre de la Méditerranée ont favorisé et parfois nourri l’essor de lieux saints communs et certains bâtisseurs de paix - Louis Massignon, André Chouraqui, Paolo Dall’Oglio… - ont œuvré à la coexistence des communautés de croyance et au partage de lieux emblématiques ».

Destinée à « un large public », Lieux saints partagés  « réunit des œuvres d’art, des objets ethnographiques des photographies, des films documentaires, et des archives. » L’exposition « offre un regard éclairé et subtil sur la société contemporaine et de nouvelles clefs pour comprendre la complexité de la société, des rites et des croyances ».

« Présentée au MuCEM à Marseille en 2015, l’exposition a fait l’objet d’une profonde réécriture afin d’élargir le propos à l’Europe. Elle présente une maquette inédite du projet House of one , commandée à ses architectes Kuehn et Malvelzzi, qui rassemblera à Berlin une synagogue, une église et une mosquée sous un même toit ».

« La présentation, au Musée national de l’histoire de l’immigration, d’une exposition sur les religions peut surprendre : la mission de l’institution, qui est de “rassembler […] et rendre accessibles les éléments relatifs à l’histoire de l’immigration en France”, n’a que peu de liens avec le sacré. Ce choix de programmation était pourtant logique. Il se justifie par un contexte où, depuis une quinzaine d’années, l’on constate, en France et partout en Europe, une réapparition des identités religieuses dans l’espace et le débat public qui génère à son tour de multiples interrogations. Car ce retour ne va pas sans poser de difficultés dans nos démocraties fondées sur la nette séparation des sphères politiques et religieuses et où le mouvement de la sécularisation avait fait oublier l’importance et parfois les difficultés que peut générer la coexistence. Il réinterroge donc, non seulement les règles de la vie commune et de l’usage des espaces – la laïcité en France, mais aussi les comportements, les pratiques et les opinions », a écrit Hélène Orain, Directrice générale du Palais de la Porte Dorée.

Et de poursuivre : « C’est justement du “terrain” que sont venues les interrogations les plus sérieuses. Face à cette résurgence du religieux, les acteurs locaux (professeurs, infirmiers, bénévoles associatifs et personnel aux guichets des administrations publiques) sont quotidiennement confrontés à une infinité de situations complexes, parfois conflictuelles – port du voile intégral, contestation de la parole enseignante, refus de soins, etc. –, pour lesquelles ils considèrent, à juste titre, n’être pas formés et laissés sans réponse. Ces questions, parce qu’elles sont légitimes, doivent être prises au sérieux, notamment par les institutions muséales. Au cours des dernières années, par l’entremise de son réseau associatif, le Musée national de l’histoire de l’immigration a fréquemment été sollicité par des administrations, des collectivités, des organismes privés pour accompagner ces acteurs, fournir des ressources, etc. »

Et de préciser : « L’exposition Lieux saints partagés est une modeste contribution à la nécessité d’un débat public apaisé et aux interrogations que le retour du religieux a soulevées dans le grand public. Présentée au MuCEM en 2015 et issue de travaux de recherche anthropologiques menés pendant plusieurs années par les deux commissaires, elle présente une réalité méconnue, qui concerne pourtant plusieurs millions de croyants : celle des modalités de rencontre et de croisement entre les trois religions monothéistes dans des espaces sacrés – les lieux saints. L’approche anthropologique est particulièrement adaptée à l’étude et à la présentation de ces phénomènes. Elle permet de décrire le réel et de dépasser les stéréotypes et les postures qui encombrent le débat public. Elle démontre la variété des modalités de ces rencontres qui, tantôt débouchent sur une nette partition de l’espace religieux, quand les divergences et les conflits dominent, tantôt produisent des porosités stimulantes ».
Et de conclure : « Pour produire cette nouvelle version de l’exposition, le Musée national de l’histoire de l’immigration a engagé une collaboration ambitieuse avec le musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MuCEM) à Marseille, avec lequel il avait déjà organisé des séminaires pédagogiques sur le thème des migrations et des religions. L’exposition mobilise d’autres orientations scientifiques. Bien plus qu’une réplique, elle est le fruit d’une profonde réécriture et il faut ici saluer le travail et l’ouverture d’esprit des commissaires Dionigi Albera et Manoël Pénicaud, qui ont accepté ce jeu de la réécriture. Le choix des œuvres a été également largement revu pour entrer en résonance avec les collections du musée, en particulier la collection ethnologique et celle d’art contemporain. Les prêts du MuCEM ont été complétés par ceux de grandes institutions (musée d’art et d’histoire du Judaïsme, musée du quai Branly - Jacques Chirac, Bibliothèque nationale de France, musée d’Orsay, musée de l’Armée, etc.) pour illustrer les nouvelles séquences thématiques de l’exposition... Si une place importante est laissée à l’art du XIXe siècle et à l’art contemporain, des objets dévotionnels de provenances géographiques multiples sont complétés par des films documentaires, des photographies, des archives de presse, des enregistrements sonores, issus principalement de collectes effectuées par les commissaires. Ils permettent d’immerger les visiteurs in situ, d’incarner les thèmes traités à travers des récits concrets et de contextualiser les pratiques religieuses et les objets de culte ».

Le Musée national de l’histoire de l’immigration a élaboré un « parcours jeune public accessible aux enfants dès 6 ans. Dans ce livret, l'enfant trouvera des informations sur les lieux saints des trois religions du livre et un plan qui lui permettra de retrouver des cartels spécialement écrits pour lui dans l'exposition ».

Autour de l’exposition, une programmation associe concert - Waed Bouhassoun, oudiste et chanteuse syrienne -, conférences sur Abd el-Kader (1808-1883) et Louis Massignon (1883-1962), projections de films - Les hommes libres d’Ismaël Ferroukhi -, ateliers pour enfants – vitrail de soie, initiation à la gravure, création d’une guirlande de fête -, visites guidées par des historiens, théologiens, philosophes, artistes, écrivains, diplomate - Jacques Huntzinger, ancien ambassadeur de France en Israël -, Pauline Bebe, rabbin de la communauté juive libérale d’Ile-de-France, Père Eric Morin, prêtre et directeur de l’Institut Supérieur de Sciences Religieuses, Père Ambrosio, intervenant au Collège des Bernardins et engagé pour le dialogue inter-religieux, Isabelle Saint-Martin, directrice de l’Institut Européen en Sciences des Religions, Dominique Borne, historien, ancien président de l’Institut Européen en Sciences des Religions et membre du conseil scientifique de l’ICI…

« Organisées en partenariat avec l’Office de tourisme de la Seine-Saint-Denis et le Syndicat national des Guides-Conférenciers, le Palais vous propose des visites de lieux de cultes emblématiques à Paris et en région parisienne. Lieux méconnus ou célèbres, ils sont tous liés à l’histoire de l’immigration en France et participe à faire de Paris une « ville monde » : église Notre Dame des Missions d’Epinay-sur-Seine, temple Sikh de Bobigny, église orthodoxe russe Alexandre Nevsky, hôpital Avicenne de Bobigny, quartier des Buttes de Chaumont, avec ses synagogues et ses écoles, nombreux témoignages de la présence des communautés juives dans le 19e arrondissement, église du Saint-Esprit, église orthodoxe russe Saint Serge, cimetière franco-musulman de Bobigny ».

Une Terre sainte saturée de sens
« Berceau des monothéismes, la Terre sainte est marquée par l’exacerbation des frontières, la concurrence des corporations religieuses et l’enchevêtrement des lieux saints. Pourtant, on y observe encore – au niveau des pratiques plus que des dogmes – des formes de porosité inter-religieuse ».

« Ainsi à Hébron, en Cisjordanie, deux sites liés à la vie d’Abraham – considéré comme le premier pèlerin par les traditions monothéistes – relèvent de deux attitudes antagonistes : le partage ou la partition. La chênaie de Mambré est, d’après la Bible, le lieu de la rencontre d’Abraham avec les trois anges. Cet épisode, qui illustre le thème central de l’hospitalité, est mentionné à la fois dans la Genèse et le Coran. Le Caveau des Patriarches, quant à lui, est le lieu où auraient été inhumés Abraham, Sarah et leur descendance".

"Si le site de Mambré porte encore la tradition de l’hospitalité issue de la rencontre d’Abraham avec les trois anges, le caveau des Patriarches offre en revanche un exemple de partition sans échange : aujourd’hui, l’intérieur est physiquement divisé, un espace étant réservé aux musulmans, l’autre aux juifs ». L'exposition occulte les atteintes aux lieux saints juifs par les Palestiniens.

« D’autres lieux encore montrent en contrepoint des situations de mixité pacifiée comme le mont Carmel dominant la ville d’Haïfa et partagé depuis le Moyen-Âge par les trois monothéismes en dépit d’appropriations confessionnelles successives. De nos jours, le sanctuaire est juif, mais les chrétiens, les druzes et les musulmans s’y croisent régulièrement dans une atmosphère apaisée, sans contrôle militaire ni check-point. Le lieu saint est d’ailleurs géré par un gardien juif et un gardien musulman ».
Jérusalem, trois fois sainte
« Jérusalem est le grand foyer commun des monothéismes. Pour les chrétiens, la ville est liée à la mort et à la résurrection de Jésus. Pour les juifs, elle est la cité fondatrice où fut bâti le premier Temple par le roi Salomon. Pour les musulmans, elle est le départ du « Voyage céleste » du prophète Muhammad, ce qui en fait la troisième ville sainte après La Mecque et Médine ».
La « superposition de ces récits fondateurs explique la concentration des sanctuaires. Cette proximité est source de tensions, un même lieu saint pouvant être reconnu par plusieurs religions pour des raisons différentes. De nos jours, Jérusalem fait l’objet de dissensions politiques entre Israël et Palestine. Le partage de l’espace public comme celui des lieux saints prend ainsi la plupart du temps la forme d’une partition ».
Hébron, partage et partition
« Abraham est l’un des pères fondateurs des religions monothéistes qui reconnaissent plusieurs lieux saints liés aux épisodes de sa vie. C’est dans les environs d’Hébron qu’Abraham et les siens auraient établi leur campement, sous les chênes de Mambré. Aujourd’hui, un monastère russe orthodoxe abrite l’un des deux sites considérés comme le lieu où Abraham aurait offert l’hospitalité à trois étrangers, souvent associés à des anges dans la Genèse et le Coran ».
« Abraham, Sarah et leur descendance auraient été inhumés non loin de là, dans le Caveau des Patriarches, qui pendant les siècles a attiré les fidèles des trois monothéismes. Aujourd’hui, les relations entre les pratiquants sont tendues et exacerbées par le conflit israélo-palestinien. Au cœur de la ville d’Hébron, l’édifice est aujourd’hui physiquement divisé : un espace est réservé aux musulmans, l’autre aux juifs, sauf pour dix jours de fêtes religieuses où l’espace est occupé en totalité par l’une ou l’autre confession ».
Le mont Carmel, un lieu ouvert
Le « mont Carmel, situé au-dessus de la ville d’Haïfa et éloigné des zones de conflit, est un exemple de partage pacifié. D’après la Bible, ce serait le lieu du combat entre le prophète Élie et les adorateurs du dieu Baal. Les musulmans associent Élie au mystérieux personnage islamique Al-Khidr (« Le Verdoyant »), considéré comme un prophète ou un saint qui aurait bu à la source de la vie éternelle, le rendant immortel, comme Élie ».
« Au pied du promontoire se trouve une grotte où aurait vécu le saint homme. Depuis le Moyen-Âge, ce site est partagé par les trois monothéismes, en dépit d’appropriations confessionnelles successives. Aujourd’hui ce sanctuaire est juif, mais toujours également fréquenté par chrétiens, musulmans et druzes, dans une atmosphère apaisée ».
Bethléem, autour de la Nativité
La « basilique de la Nativité a été bâtie au IVe siècle sur le lieu présumé de la naissance de Jésus à Bethléem. Située au coeur de la ville, l’église peut être considérée comme un haut lieu islamique : une tradition rapporte que le prophète fondateur Muhammad y aurait fait escale lors de son « Voyage nocturne », pour prier là où était né « son frère Jésus ». Jusqu’aux croisades, l’église comportait une section réservée aux musulmans marquée par un mirhab (espace indiquant la direction de La Mecque). Un nombre important de musulmans fréquente aujourd’hui ce lieu, combinant curiosité et dévotion. Tel est également le cas de la Grotte du Lait à proximité, où la Vierge Marie aurait allaité : elle est visitée depuis des siècles par de nombreuses femmes chrétiennes et musulmanes pour des demandes liées à la fécondité et à la montée du lait maternel ».

Des îles carrefours
« Tout au long de l’histoire de la Méditerranée, beaucoup d’îles ont été des zones de contact entre les civilisations, malgré les rivalités et les guerres. Elles ont été des noeuds stratégiques de circulation pour le commerce et la navigation, mais aussi souvent la cible de razzias et de conquêtes par les puissances continentales ».
Le « paysage insulaire, de Lampedusa au golfe du Bosphore, est caractérisé par une forte hétérogénéité religieuse. Dans ces espaces éloignés, le contrôle des États et des institutions religieuses a souvent été moins strict que sur le continent, ce qui a pu faciliter le développement de formes d’échanges entre des religions différentes. Par conséquent, les manifestations de convergence et de partage interconfessionnels y ont été particulièrement intenses. Loin d’être effacé des mémoires, ce riche passé façonne encore la complexité des réalités humaines insulaires, souvent marquées par l’entrelacement ».
« De l’autre côté de la Méditerranée, au large d’Istanbul sur l’île de Büyükada, le monastère grec orthodoxe de Saint-Georges attire chaque 23 avril (fête de Saint-Georges) et chaque 24 septembre (Sainte Thècle), plusieurs dizaines de milliers de musulmans qui viennent faire des vœux matérialisés par des messages, des dessins, des cierges, des bobines de fil, des pièces de monnaie, etc. »
« En Crète, Nikos Stavroulakis (1932-2017) a restauré en 1999 la synagogue de la communauté juive de La Canée, décimée pendant la Seconde Guerre mondiale. Il en a fait un lieu particulièrement ouvert aux fidèles d’autres religions ».
Convergences à Lampedusa
Lampedusa « est aujourd’hui associée aux tragiques traversées de la Méditerranée par les migrants. Mais l’on ignore souvent que du XVIe au XVIIIe siècle, la Lampédouse était un lieu de trêve, d’approvisionnement et de refuge en cas de naufrage. Une grotte – visitée pendant des siècles par des marins chrétiens et musulmans – abritait un oratoire dédié à la Vierge et à un saint musulman. Cette coexistence a inspiré des philosophes des Lumières comme Jean-Jacques Rousseau et Denis Diderot, pour qui l’île représentait un idéal utopique.
Aujourd’hui, la mémoire de ce partage est en quelque sorte revitalisée par les habitants de l’île, notamment les marins et les pêcheurs qui ont maintenu le code de sauvetage des naufragés ».
Djerba, creuset judéo-musulman
« Malgré une émigration massive dans la seconde moitié du XXe siècle, il subsiste sur l’île de Djerba une communauté juive. Pour la fête annuelle du Lag Ba’omer, de nombreux juifs tunisiens ayant émigré en Europe et en Israël reviennent chaque année en pèlerinage ».
Le « centre des célébrations est la célèbre synagogue de la Ghriba. Ce mot arabe signifie “mystérieuse”, “étrangère”, “solitaire”, une appellation qui désignerait une femme sainte inconnue, qui aurait péri dans un incendie à une époque indéfinie. Les habitants d’un village juif auraient ensuite construit une synagogue en sa mémoire ».
« En dépit de l’attentat meurtrier qui a frappé la synagogue en 2002, l’indétermination confessionnelle de cette figure peut sans doute contribuer à expliquer la fréquentation de ce lieu saint par des juifs et des musulmans, qui continue encore de nos jours ».
Büyükada et le monastère des musulmans
La « figure de Saint-Georges compte parmi celles qui occasionnent le plus de croisements entre chrétiens et musulmans en Méditerranée orientale. Un exemple majeur est celui du monastère grec orthodoxe de Saint-Georges, qui se dresse au sommet de l’île de Büyükada, la plus grande de l’archipel des Princes, au large d’Istanbul. Ce sanctuaire attire de nombreux pèlerins de plusieurs confessions ».
« Chaque année, la fête du saint, célébrée le 23 avril, rassemble plusieurs dizaines de milliers de personnes, en large majorité musulmanes. Tous viennent adresser des voeux qui prennent des formes rituelles très variées: amulettes, messages, dessins, cierges, fils de coton à dérouler le long du chemin… »
Nikos Stavroulakis, dernier rabbin de Crète
« Au fil de son histoire, l’île de Crète a abrité une importante population juive (romaniote depuis le Moyen-Âge, puis sépharade après l’émigration massive d’Espagne au XVIe siècle). À la fin du XIXe siècle, la plupart d’entre eux ont quitté l ’île, hormis la communauté de l a ville de La Canée. Mais en 1 944, presque tous ont tragiquement disparu en mer lors de leur déportation par les nazis ».
« L’un des héritiers de cette communauté décimée, Nikos Stavroulakis (1932-2017), est revenu en Crète dans les années 1990 et a restauré l’une des deux synagogues historiques, y fondant un lieu de culte ouvert aux fidèles d’autres religions comme aux non-croyants ».
Marie des deux rives
« Mère du fils de Dieu pour les chrétiens, du prophète Jésus pour les musulmans, Marie ou Maryam est vénérée par les fidèles des deux religions et son culte est une passerelle entre les rives de la Méditerranée ».
« Pendant la colonisation de l’Algérie, les Français bâtirent des sanctuaires mariaux, investis par les musulmans sans qu’ils ne se convertissent, comme le prévoyait pourtant le projet d’évangélisation de l’Afrique du Nord. Certaines de ces églises sont aujourd’hui fréquentées par des musulmans, comme Notre-Dame d’Afrique à Alger ou Notre-Dame de Santa-Cruz à Oran ».

D’une rive à l’autre
Le parcours « approfondit les questions de circulation humaine et religieuse sous l’angle de l’immigration, notamment en France. Des cultes catholiques implantés au Maghreb lors de la colonisation ont généré des croisements interreligieux jusqu’à nos jours ».
« Pendant la colonisation de l’Algérie, les Français ont bâti des sanctuaires mariaux, investis par les musulmans sans que ceux-ci ne se convertissent comme le prévoyait pourtant le projet d’évangélisation de l’Afrique du Nord. Paradoxalement, les sanctuaires fondés à cet effet sont devenus des lieux multiconfessionnels, à l’instar de Notre-Dame d’Afrique à Alger ou de Notre-Dame de Santa-Cruz à Oran. Par la suite, ces pratiques se sont diffusées sur l’autre rive : à Notre-Dame de la Garde à Marseille et à Nîmes, à l’occasion des vagues d’immigration successives ».
« Autre exemple abordé ici, l’Italie contemporaine est investie par des flux multiples se traduisant aussi par des formes de mixité religieuse, qu’il s’agisse de ceux des Roms provenant des Balkans, des Tamouls du Sri Lanka ou des réfugiés africains ou moyen-orientaux ».
L’exposition évoque « ensuite l’émir Abd el-Kader (1808 - 1883), connu pour avoir été un chef politique engagé contre la colonisation ».
Marie des deux rives
« Mère du fils de Dieu pour les chrétiens, du prophète Jésus pour les musulmans, Marie ou Maryam est vénérée par les fidèles des deux religions et son culte est une passerelle entre les rives de la Méditerranée ».
« Certaines églises en Algérie sont aujourd’hui fréquentées par des musulmans, comme Notre-Dame d’Afrique à Alger ou Notre-Dame de Santa-Cruz à Oran ».
« Par la suite, ces pratiques se sont reproduites sur l’autre rive, notamment à Notre-Dame de la Garde à Marseille et à Notre-Dame de Santa-Cruz à Nîmes, dans un contexte marqué par des vagues d’immigration successives en France ».
Palerme et Riace, croisements dans le Sud de l’Italie
« Hederlesi, fête typique des Balkans commune aux musulmans et aux chrétiens orthodoxes, a été importée en Italie par des groupes de Roms. À Palerme, la fête s’étend sur trois jours, et une partie importante des célébrations se déroule dans le sanctuaire catholique de Sainte-Rosalie (patronne de Palerme) qui domine la ville du haut du mont Pellegrino, ainsi que dans les forêts environnantes ».
« Le reste de l’année, des Tamouls chrétiens et hindous originaires du Sri Lanka se rendent à leur tour au sanctuaire pour y prier, incorporant sainte Rosalie dans leur panthéon syncrétique ».
« Non loin des côtes siciliennes, le village calabrais de Riace accueille des migrants, en réponse à l’exode rural massif qui a frappé cette région. Cette hospitalité se manifeste également sur le plan religieux ».
Abd el-Kader, résistance et ouverture à l’autre
« L’itinéraire biographique de l’émir Abd el-Kader (1808-1883) se partage entre l’Orient et l’Occident. Chef militaire engagé contre le colonialisme et homme politique précurseur de l’unité nationale algérienne, il fut également un penseur habité par une intense spiritualité, prônant une religiosité ouverte et tolérante ».
« Héros de la résistance contre les Français, il est forcé de se rendre en 1847, et retenu en captivité en France, d’abord à Pau puis à Amboise. Libéré en 1852, il a ensuite vécu à Damas jusqu’à sa mort. Dans son exil, Abd el-Kader se consacre à la méditation, à la prière et à l’écriture, se faisant l’apôtre d’un islam ouvert ».
« De nos jours, son héritage spirituel est précieux, et reconnu par de nombreux adeptes du soufisme contemporain (branche mystique de l’islam) sur les deux bords de la Méditerranée ».

Bâtisseurs de paix
« L’hospitalité à l’égard des fidèles d’une autre religion est une caractéristique commune des lieux saints partagés. L’autre devient l’hôte, celui qui est reçu mais aussi celui qui reçoit, de sorte que le visiteur étranger ne se voit pas demander son appartenance quand il franchit le seuil d’un sanctuaire. Cette ouverture est généralement présentée comme un héritage d’Abraham recevant trois inconnus sous la tente, épisode majeur dans la Bible et le Coran ».
« Parfois, la fraternité à l’égard des étrangers aboutit à l’apparition de lieux de partage et d’hospitalité interreligieuse. Bien souvent, à l’origine de ces espaces de rencontre, on trouve des figures exemplaires, célèbres ou anonymes, hommes de religion ou intellectuels, qui ont en commun de pratiquer et de perpétuer cette tradition de l’hospitalité ».
« Récemment, en Europe, des initiatives sont également nées de ce désir d’accueillir l’autre. De nouveaux lieux de culte apparaissent. Ouverts à tous, ils affichent leur volonté d’allier modernité religieuse et universalisme ».
Une galerie de portraits d’hommes « bâtisseurs de paix » qui ont tous à leur manière œuvré au dépassement des clivages de religion » accorde une large place à Louis Massignon, « l’inventeur » du « pèlerinage islamo-chrétien des Sept Dormants, que nous expliquons également dans le parcours ».
Louis Massignon, le « catholique musulman »
Louis Massignon (1883-1962) est « l’un des plus grands islamologues et arabisants français du XXe siècle. Professeur au Collège de France, il a voué sa vie à la connaissance et à la compréhension de l’islam ».
« Disciple du prêtre Charles de Foucauld (1816-1916), il fut surnommé le « catholique musulman » par le pape Pie XI. Secrètement ordonné prêtre en 1950, il devient un précurseur du dialogue interreligieux ».
En 1954, il « fonde ainsi en Bretagne le pèlerinage islamo-chrétien des Sept Dormants. À la fin de sa vie, il participe à de nombreux comités œuvrant pour la paix et n’a de cesse de prendre position contre la guerre en Algérie ».
« À sa disparition, il a été dit de lui au Caire qu’il était « le plus grand musulman parmi les chrétiens et le plus grand chrétien parmi les musulmans ».
Le pèlerinage islamo-chrétien des Sept Dormants
Le « mythe des Sept Dormants raconte comment au IIIe siècle, sept jeunes chrétiens de la ville d’Éphèse refusèrent de renier leur foi et furent emmurés vivants dans une grotte, avant de se réveiller plusieurs siècles plus tard. Signe de la résurrection, ce récit occupe une place centrale dans le Coran (sourate al-Kahf, « La Caverne ») ».
En 1954, « dans le but d’œuvrer « pour une paix sereine en Algérie », l’islamologue catholique Louis Massignon greffe le pèlerinage islamo-chrétien des Sept Dormants sur une fête catholique traditionnelle du hameau des Sept-Saints dans les Côtes d’Armor (Bretagne). De nombreux ouvriers musulmans sont alors invités depuis la région parisienne. Louis Massignon souhaitait par là préparer concrètement la réconciliation des trois religions d’Abraham ».
Cet « événement inattendu a persisté et prospéré, notamment dans le contexte du concile Vatican II, et est toujours actif à ce jour, chaque quatrième weekend de juillet ».
Paolo Dall’Oglio. Monastères en Syrie
« Jésuite italien, Paolo Dall’Oglio (1954-?) se déclarait « amoureux de l’Islam et croyant en Jésus ». En 1982, il commence à restaurer le monastère de Mar Mûsa dans une montagne de Syrie. En 1991, il y fonde avec le père Jacques Mourad (né en 1968) une communauté prônant l’hospitalité et le dialogue interreligieux. Expulsé de Syrie en juin 2012, il y retourne clandestinement en juillet 2013 et se présente au siège du « califat » autoproclamé de l’« État Islamique » pour faire libérer des otages chrétiens et musulmans, en s’offrant comme « otage volontaire ». Il n’en est jamais ressorti à ce jour ».
« En 2015, le monastère de Mar Elian au sud-ouest de Palmyre a été détruit par l’« État Islamique » parce que c’était un sanctuaire ouvert aux musulmans. Jacques Mourad a été prisonnier pendant plusieurs mois mais a pu s’échapper grâce à l’aide d’un musulman. Il est aujourd’hui réfugié au Kurdistan irakien ».
André Chouraqui. Savant et traducteur
« Né en Algérie dans une famille sépharade, André Chouraqui (1917-2007) n’a pas fondé à proprement parler de lieu d’hospitalité, mais a œuvré toute sa vie au dépassement des conflits et des clivages confessionnels en tant que savant, traducteur, homme politique et acteur du dialogue interreligieux ».
« Après la Seconde Guerre mondiale, son rôle au sein de l’Alliance israélite universelle a consisté à reconstruire le judaïsme français et à combattre l’antisémitisme. Installé en Israël en 1958, il est devenu conseiller du premier ministre Ben Gourion puis maire adjoint de Jérusalem ».
« Homme de lettres, son œuvre maîtresse est la traduction en français de la Bible et du Nouveau Testament depuis l’hébreu, et du Coran depuis l’arabe. Homme de dialogue, il l’est l’un des fondateurs en 1967 de la Fraternité d’Abraham, association œuvrant pour la connaissance réciproque et respectueuse des trois religions monothéistes ».
« House of One »
« En 2018, sera construite à Berlin une « Maison de prière et d’enseignement des trois religions », appelée « House of One ». Mis en œuvre par des représentants des communautés chrétienne, juive et musulmane, l’édifice réunira une église, une synagogue et une mosquée.
Situé sur l’emplacement d’une ancienne église du XIIe siècle, en plein centre historique, ce projet questionne le rôle et le sens d’un lieu religieux aujourd’hui ».
Les « architectes Kuehn Malvezzi ont mis la dimension collective au centre du programme, en adoptant un code esthétique neutre pouvant convenir aux trois religions. Un espace commun est destiné à faciliter les rencontres et événements interreligieux. Ouvert sur la ville, l’édifice permettra la visite du site archéologique de l’ancienne église au rez-de-chaussée, et l’accès à la vue sur Berlin au dernier niveau ».

Dictionnaire des idées non reçues
« Bousculer les certitudes, déconstruire les préjugés et s’interroger sur ce que nous partageons, dans tous les sens du terme, voilà l’ambition de cette exposition qui, de témoignages contemporains en exposition de pièces historiques, vous propose une immersion au cœur de ces lieux saints partagés. Lieux saints partagés, l’exposition grâce à laquelle vous apprendrez notamment que :
1. Le Coran conçoit Marie comme un symbole de la confiance en Dieu et relate plusieurs épisodes communs avec la tradition chrétienne : la Présentation au Temple, l’Annonciation, la conception virginale et la naissance de Jésus.
2. Chaque année, le 23 avril, des dizaines de milliers de musulmans se rendent en pèlerinage dans un monastère chrétien de l’île des Princes au large d’Istanbul.
3. Le personnage saint de Marie est cité 34 fois dans le Coran, contre 19 fois dans le Nouveau Testament.
4. Les lieux saints partagés ne se situent pas seulement en Terre sainte, mais dans toute la Méditerranée.
5. Jésus est l’un des plus grands prophètes de l’islam.
6. A Djerba, en Tunisie, juifs et musulmans fréquentent la synagogue de la Ghriba et se déchaussent en y entrant.
7. Le prophète Elie et Saint Georges se métamorphosent en un saint musulman.
8. Lampedusa, connue aujourd’hui pour la tragique actualité des migrations, a abrité pendant des siècles un lieu saint partagé entre chrétiens et musulmans.
9. Il existe un pèlerinage islamo-chrétien en Bretagne depuis plus de 60 ans.
10. A Berlin, un nouveau lieu va bientôt rassembler une synagogue, une église et une mosquée sous le même toit ».


Sous la direction de Dionigi Albera et Manoël Pénicaud. Coexistences. Lieux saints partagés en Europe et en Méditerranée. Coédition Musée national de l’histoire de l’immigration / Actes Sud Beaux Arts, 2017. 19,6 x 25,5. 128 pages. ISBN 978-2-330-08626-8. 22 €

Du 24 octobre 2017 au 21 janvier 2018
Au Musée national de l’histoire de l’immigration 
Palais de la porte dorée
293, avenue Daumesnil - 75012 Paris
www.histoire-immigration.fr
Du mardi au vendredi, de 10 h à 17 h 30. Le samedi et le dimanche, de 10 h à 19 h. Fermé le lundi.

Visuels :
Maquette représentant l’arrivée des Rois mages bloqués par le mur de séparation, Banksy (d’après), Bethléem, Palestine, 2014, balsa ©Mucem /Yves Inchierman

Crèche de la Sainte Famille sauvant un migrant en Méditerranée, 2017 © Manoël Pénicaud / Le Pictorium

L'arbre d'Abraham à Hébron, Félix Bonfils (Saint-Hippolyte-du-Fort, 1831 - Alès, 1885), Hébron (Palestine), Jérusalem (Isräel), fin du XIXe siècle, photographie, épreuve sur papier albuminé collée sur carton, 19,1 x 25,2 cm, Musée d'art et d'histoire du Judaïsme, Paris © MAHJ / Photo Arnold Flies

Abraham et les trois anges, Marc Chagall © Adagp, Paris, 2017 / RMN-Grand Palais (musée Marc Chagall) / Gérard Blot

Vue de Jérusalem, Jérusalem, école allemande du XVIIe siècle, vers 1740, peinture, huile sur toile marouflée, 63,5 x 112, 5 cm, inv.2016.13.001, Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme, Paris © RMN-Grand Palais (musée d'art et d'histoire du judaïsme) / Franck Raux

Portrait d'Abd-El-Kader © Paris - Musée de l'Armée, Dist. RMN-GP image musée de l'Armée

Paolo d’all’Oglio © Ivo Saglietti / Zeitenspiegel

André Chouraqui à son bureau © D.R.

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Les citations sont du dossier de presse.

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