lundi 10 octobre 2016

Musique & cinéma : le mariage du siècle ?


La Cité de la musique a présenté l’exposition éponyme. L’histoire de rencontres sensibles et artistiques, l’exploration des fonctions de la musique dans le film, de la conception à la sortie du film, via son tournage et la postproduction. Le 9 octobre 2016, Vladimir Cosma donnera un concert au Palais des Congrès. Prélude à sa tournée en France. 


« La bonne musique de film doit autant servir le film que la musique », résume Michel Legrand.

Plus de cent extraits de films projetés dans de petites salles, interviews de Lalo Schifrin, Miklós Rózsa, David Raskin, Georges Delerue, Michel Magne, Claude Bolling, Vladimir Cosma, Pierre Jansen, Philippe Sarde, témoignages de compositeurs et de réalisateurs, extraits sonores, partitions originales, manuscrits de compositeurs, dessins et story-boards, photos, pochettes de disques, instruments, documents de tournage, costume de Ruggero Raimondi dans Don Giovanni, modules interactifs… Tous ces documents révèlent les relations entre cinéma et musique, entre deux arts aux modes d’expression distincts, parfois complémentaires, et à la puissance force d’émotion, de suggestion, d’évocation.

La première musique de film fut écrite en 1912 par Camille Saint-Saëns pour L’Assassinat du duc de Guise. Que serait la magie du septième art, muet et parlant, « sans l’émotion de la musique ?

De cette rencontre sensible entre deux arts » sont nées des œuvres majeures, des sentiments légers ou profonds.

Une rencontre féconde, intime, parfois conflictuelle, popularisant des œuvres de la musique classique et créées pour le cinéma.

Cinéphiles et mélomanes sont invités à « se plonger dans les coulisses de la fabrication des grands films qui ont marqué l’histoire du cinéma, en rendant perceptible le rôle de la musique dans leur élaboration ».

Duos célèbres
« Partant de thèmes fédérateurs (le rire, l'épopée, l’amour, le suspense...), de duos célèbres de cinéastes-compositeurs (Prokofiev/Eisenstein,

Hitchcock/Hermann, Leone/Morricone), le parcours de l’exposition démontre le rôle que peut jouer la musique à toutes les étapes de la fabrication d’un film, dès sa conception ».

Cette exposition s’articule autour de quatre parties - avant le tournage, le tournage, la post production et après la sortie du film –, quatre étapes dans la vie d’un film durant lesquelles la musique inspire, irrigue, infléchit ou structure le processus créatif cinématographique.

Se lisent et s’entendent dans les œuvres cinématographiques les évolutions musicales ; rag time, jazz - Autour de minuit (1986) de Bertrand Tavernier avec François Cluzet en amateur de jazz, d’après le livre autobiographique de Francis Paudras La Danse des infidèles -, rock, musique pop - Le Sous-Marin jaune (Yellow Submarine) film d'animation de George Dunning (1968) fondé sur la musique des Beatles -, variété - Gainsbourg (vie héroïque) de Joann Sfar en 2009 -, reggae, etc.

Avant le tournage
« C’était vraiment comme un opéra, entièrement chanté, et cela posait des problèmes a priori insurmontables. Ce qui est étonnant, c’est la magie avec laquelle tout cela s’est fait, puisque le film est entièrement tourné en play-back… La mise en scène était donc établie sur un minutage prévu d’avance, sans savoir dans quel décor et dans quel lieu nous allions tourner à ce moment-là. Toute la musique était enregistrée. Le film existait sur disque avant même d’être tourné. C’était très étrange », se souvient Catherine Deneuve, rendue célèbre par Les Parapluies de Cherbourg, de Jacques Demy sur une musique de Michel Legrand (1964).

La musique de certains films préexiste parfois à la réalisation du film.

Écrite en 1931, mais popularisée par le film Casablanca (1942) de Michael Curtiz, avec Humphrey Bogart et Ingrid Bergman, dans lequel Arthur "Dooley" Wilson l’interprète, la chanson « As Time Goes by » joue un rôle majeur dans le scénario, et est insérée dans le score original du compositeur Max Steiner, né à Vienne et émigré aux Etats-Unis en 1914. Max Steiner, compositeur d'origine viennoise ayant créé les thèmes musicaux notamment de Casablanca et Gone with the Wind (Autant en emporte le vent), et Dimitri Tiomkin, né en Russie et compositeur oscarisé pour High Noon (“Do Not Forsake Me O My Darling”) , sont nés un 10 mai, respectivement en 1888 et 1899.

Citons aussi Un Américain à Paris (An American in Paris) de Vincente Minelli (1951) sur une musique de George Guershwin et avec Gene Kelly, Leslie Caron, Oscar Levant et Georges Guétary. "Jerry, un ex-G.I., est resté à Paris pour étudier la peinture. À Montmartre, il rencontre un chanteur qui doit épouser Lise, une jeune fille que Jerry a sauvée durant la guerre. Courtisé par une riche héritière, le jeune homme choisit pourtant d'aimer Lise. Pourra-t-il la détourner de ses projets de mariage ? . Vincente Minnelli transforme le poème symphonique de George et Ira Gershwin en une comédie lumineuse et sophistiquée, portée par Gene Kelly. Incarné par l'acteur et danseur virtuose Gene Kelly, Jerry se libère littéralement de la vie par le rêve, dans la plus pure tradition "minnellienne". Sésame qui le fait accéder à un autre monde, la chorégraphie devient l'instrument de ce passage merveilleux : le cinéaste la magnifie par des mouvements de caméra d'une rare sophistication. Car, pour Minnelli, la comédie musicale est un moyen d'accéder à la beauté et à la perfection. Un art complet, mettant tous les sens en éveil. Un Américain à Paris est à ce titre représentatif : pièce maîtresse de l'œuvre du cinéaste, c'est aussi un film rêvé sur l'absence, la recherche impossible de l'être aimé, d'un pays qui n'existe pas. On touche une fois de plus chez Minnelli à la déchirante poursuite d'un bonheur impossible à atteindre, mais que la comédie musicale permet d'effleurer, le temps d'une représentation".

Et Fantasia des studios Disney (1940, Amadeus de Milos Forman (1984)… 

Le tournage
A l’époque du muet, les musiciens interprètent des morceaux pour indiquer aux acteurs l’atmosphère de la scène, tandis que le réalisateur peut tonitruer ses directives.

Une photo montre le réalisateur Victor Fleming observant les acteurs Ernest Torrence, Percy Marmont et Clara Bow ; près de la caméra, le chef opérateur James Wong Howe ; au premier plan, les deux musiciens de plateau, dont un violoniste.

Le passage au parlant en 1929 met un terme à l’activité de ces « musiciens de plateaux ».

A Hollywood, les acteurs/chantent interprètent en play back leurs chansons (Judy Garland dans Une étoile est née de  George Cukor, 1954).

Dans L’homme qui en savait trop (The Man Who Knew Too Much, 1956), d’Hitchcock, un coup de cymbales est le signe musical attendu par l’assassin. Quant à Claude Lelouch, il fait entendre à ses acteurs la musique de Francis Lai lors du tournage de ses films. Autres modalités techniques : le son direct et la post-synchronisation.

« Sergio Leone avait commencé par me raconter le film. J’y ai réfléchi, puis j’ai écrit la musique, que j’ai ensuite fait écouter à Sergio. Comme il a aimé, je l’ai enregistrée avant qu’il donne le premier clap. Je ne sais pas dans quelle mesure ma musique, pour laquelle Sergio avait beaucoup de respect, a influencé l’ensemble mais, d’après ce qu’on m’a dit, Nino Baragli, le monteur, a fait attention à suivre le rythme de mes morceaux », confie Ennio Morricone compositeur de la musique d’Il était une fois en Amérique de Sergio Leone. Arte a diffusé les 7, 14 et 19 septembre 2014 Il était une fois dans l'Ouest, western réalisé par Sergio Leone (1968) et dont la musique a été composée par Ennio Morricone.

Lors de la postproduction, le réalisateur choisit des titres existants ou dialogue avec le compositeur.

Le choix du compositeur incombe longtemps au studio de production hollywoodien, ou/et au réalisateur.

En 1934, à la demande de Max Reinhardt, qui travaillait déjà aux Etats-Unis, Erich Wolfgang Korngold (1897-1957) s'est rendu à Hollywood pour écrire les arrangements d'une musique de Mendelssohn dans A Midsummer Night's Dream (Le Songe d'une nuit d'été). En 1935, lors de son deuxième séjour en Amérique, Korngold a composé les musiques de films pour deux des principaux studios hollywoodiens, la Paramount et la Warner Bros. Peu après, il a signé un contrat d'exclusivité avec la Warner Bros. Ce qui a fait de lui un des premiers compositeurs mondialement connu à travailler pour l'industrie cinématographie hollywoodienne. Premier film dont il compose la musique originale : Captain Blood, qui a contribué à lancer la carrière d'Errol Flynn en 1935. Il est distingué par l'Oscar de la meilleure musique de film en 1936 pour Anthony Adverse.

Après avoir pressenti Max Steiner, le studio Warner Brothers opère un choix surprenant pour le film d’action Les aventures de Robin des Bois (The Adventures of Robin Hood, 1938) de Michael Curtiz : Erich Wolfgang Korngold. Réticent, ce compositeur autrichien d'opéras et de symphonies décline la proposition.

Mais l’Anschluss – annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie –, le 12 mars 1938, l’incite à s’installer définitivement aux Etats-Unis et à accepter de composer comme exilé la musique de ce film devenu mythique. Il reçoit l'Oscar pour la meilleure musique de film pour The Adventures of Robin Hood (Les aventures de Robin des bois).

 L’avènement du nazisme en Europe contraint nombre de compositeurs Juifs de musique classique – Darius Milhaud, etc. - ou de variétés, à fuir pour se réfugier souvent en Amérique du Nord.

Grâce aux revenus procurés par son activité de compositeur de films hollywoodiens, Erich Wolfgang Korngold aide financièrement des artistes européen exilés en Amérique après avoir fui le nazisme.

En mai 2015, lors du spectacle musical “Before the Night: Jewish Classical Masterpieces of Pre-1933 Europe,” l'ARC Ensemble a interprété au Kennedy Center de Washington la musique, composée entre 1928 et 1931 de trois compositeurs de la “wandering race”: Jerzy Fitelberg (1903-1951), Mario Castelnuovo-Tedesco (1895-1968), et Erich Wolfgang Korngold (1897-1957). Trois pionniers de la musique de film symphonique.

Le compositeur, pianiste et chef d'orchestre Marvin Hamlisch est né le 2 juin 1944, à Manhattan, dans une famille de Juifs viennois. Enfant prodige, il est admis à la Julliard School. Il a écrit la musique notamment du spectacle A Chorus Line (1975) pour BroadwayIl a aussi composé la musique de Nutty Professor Musical (2012 TPAC, Nashville, TN) d'après le film de Jerry Lewis.

Il a composé la musique de longs métrages célèbres - The Way We Were de Sidney Pollack (Nos plus belles années, 1973) avec Robert Redford et Barbra Streisand qui en interprète la chanson principaleTake the Money and Run et Bananas de Woody Allen, The Spy Who Loved Me de Lewis Gilbert (1977) dont la chanson du générique Nobody Does It Better, interprétée par Carly Simon, est demeurée n°2 durant trois semaines au Billboard Hot 100 américain -, et a adapté la musique de Scott  Joplin pour The Sting (L'Arnaque, 1973) de George Roy Hill avec Paul Newman et Robert Redford, pour lequel il a reçu son troisième Oscar. Il a aussi dirigé des orchestres symphoniques de Pittsburgh, Dallas, Pasadena, Seattle, San Diego et Washington. Il est l'un des douze artistes à avoir reçu ces quatre célèbres Prix - Emmy, Grammy, Oscar, et Tony Awards (ou EGOT). Marvin Hamlisch a été le directeur musical et l'arrangeur de la tournée de concerts de Barbra Streisand aux Etats-Unis et en Angleterre en 1994 ainsi que de l'émission télévisée spéciale Barbra Streisand: The ConcertMarvin Hamlisch est l'un des dix artistes à avoir gagner trois Oscar et plus en une nuit et le seul dans une catégorie autre que réalisateur ou scénariste. Il est l'un des deux seuls artistes, avec Richard Rogers) à avoir gagné ces quatre Prix et un Pulitzer Prize. Hamlisch a reçu aussi trois Golden Globes. Il est mort le 6 août 2012.

Parmi les tandems cinéastes/compositeurs unis par une complicité, fidélisés au fil des œuvres : René Clair/Georges van Parys, Federico Fellini/Nino Rota, Hitchcock/Bernard Hermann, Blake Edwards/Henry Mancini, Roman Polanski/Krzyztof Komeda, Steven Spielberg/John Williams, Yves Robert/Vladimir Cosma…

Arte a diffusé le 24 mai 2015 à 17 h 35 John Williams Across the Stars (100 min) : "À 83 ans, John Williams, compte parmi les grands compositeurs de musique de film de l'histoire du cinéma. Un répertoire unique comprenant les thèmes de la plupart des chefs-d'oeuvre de Steven Spielberg. Au cours de sa longue carrière, il a réalisé les bandes originales de plus de quatre-vingts longs métrages, notamment les thèmes des sagas La guerre des étoiles, Indiana Jones ou Harry Potter. En septembre 2014, le Los Angeles Philharmonic Orchestra, dirigé par Gustavo Dudamel, célébrait son œuvre dans un exceptionnel concert de gala au  Walt Disney Concert Hall de Los Angeles. Avec, notamment, les musiques originales de La liste de Schindler, Un violon sur le toit, Les aventures de Tintin, Arrête-moi si tu peux, La guerre des étoiles, Amistad, Les dents de la mer, L'empire contre-attaque…" 

La post-production
Discrète, décorative ou entêtante, soudaine, facilitant le passage de séquences, surprenante par son anachronisme – musique rock de Marie-Antoinette -, mêlée de bruits d’ambiances ou empiétant sur les dialogues – centaines de pistes sonores actuellement -, référentielle – La chevauchée des Walkyries -, soulignant ou contrariant l’émotion ou le rythme, calée aux images, la musique est l’objet d’attention au montage et lors du mixage.

La voix du chanteur n’est pas toujours celle de l’acteur d’Hollywood ou de Bollywood, et parfois celles de « doublures » professionnelles dont les noms sont cachées du public.

Une photographie montre la séance d’enregistrement de la musique du film Le Narcisse noir (Black Narcissus, 1947) de Michael Powell et Emeric Pressburger, avec le London Symphony Orchestra dirigé par le compositeur Brian Easdale.

Quant au compositeur François de Roubaix (1939-1975), il travaille dans son “home studio” pour Le Samouraï de Jean-Pierre Melville (1967), Dernier domicile connu de José Giovanni (1970), Le Vieux fusil de Robert Enrico (1975)…

La sortie du film
A la sortie du film, des orchestres dans les salles de cinéma interprétaient des airs afin de créer une ambiance similaire à celle du film muet.

A l’avènement du parlant, et l’essor de l’industrie discographique, la musique de film (score, bande originale) est exploitée pour elle-même, dans des circuits distincts : vente de partitions, diffusion en radios, juke-box, CD ou télévision, sur Internet, etc.

Certaines chansons de films enrichissent le patrimoine de la variété nationale : la Complainte de la butte composée par Georges van Parys sur des paroles de Jean Renoir pour le film French Cancan (1955), et créée par Cora Vaucaire.

L’air entêtant interprété à la cithare par le compositeur autrichien Anton Karas (1906-1985) pour Le Troisième Homme (The Third Man) de Carol Reed (1949) a assuré la célébrité du soliste. Interprété par Joseph Cotten, Alida Valli, Trevor Howard et Orson Wells, ce film britannique reçoit le Grand Prix au festival de Cannes en 1949.

La Salle Pleyel a présenté Fantasia en concert (1er et 2 mars 2014). "De L'Apprenti sorcier (Paul Dukas) à Casse-Noisette (Piotr Ilitch Tchaïkovski), de L'Oiseau de feu (Igor Stravinski) aux Pins de Rome (Ottorino Respighi), tout l'univers de Disney défile dans ce ciné-concert".

Le 17 janvier 2016 à 11 h 30, le Musée d'art et d'histoire du Judaïsme (MAHJ) proposa, dans le cadre de Leçon de musique en famille par Stefan Cassar, La musique à l’âge d’or de Hollywood. Bernard Herrmann, Leonard Bernstein, Irving Berlin, Max Steiner. "Quelle filiation existe-t-il entre les compositeurs de musiques de films ou de comédies musicales et les musiciens classiques qui les ont inspirés, et qu’ils ont parfois connus ou fréquentés ? Voyage en musique à travers les œuvres de ces héritiers de Debussy, Brahms, Bartók et Rachmaninov, mais aussi de la musique dite « de la rue »...(Irving Berlin, avant de devenir, selon Gershwin, « the best songwriter ever », était chanteur de rue)".

Vladimir Cosma
Le 9 octobre 2016, Vladimir Cosma donnera un concert au Palais des Congrès. Prélude à sa tournée en France. Il "revient en 2016 sur scène et sera pour la première fois en tournée dans toute la France. A la direction d’orchestre, il partagera avec le public les grands moments de sa carrière et ses musiques de films les plus emblématiques, telles que Rabbi Jacob, La Boum, Diva, Le Grand blond avec une chaussure noire, La Gloire de mon père, Le Dîner de cons... "Les concerts me permettent de développer et donner une nouvelle vie à des morceaux inscrits dans les mémoires grâce au cinéma. Cette première tournée en France est une expérience formidable qui m'offre l'occasion d'aller à la rencontre de mon public en dirigeant moi-même un grand orchestre symphonique, des chœurs, des solistes et chanteurs aux talents exceptionnels."

"Ces cinquante ans correspondent à ma carrière en France. J’ai commencé la musique bien plus tôt, en Roumanie, que j’ai quittée à 22 ans... À l’âge de 13 ou 14 ans, j’écrivais de la musique pour l’orchestre de mon père en Roumanie. Le cinéma était très local ou soviétique de propagande. Je ne connaissais pas l’importance de la musique de film en Occident. Je n’aurais donc pas pu rêver de cela avant. Je voulais simplement composer et faire de la musique. Puis le cinéma est venu comme une sorte de récompense. D’abord comme arrangeur puis comme compositeur... Il y a quarante ou cinquante ans, je ne faisais pas de rock, ni de musique dodécaphonique. J’ai plutôt visé la cohérence. Je crois qu’un compositeur exprime ce qu’il est et ce qu’il devient. On me dit parfois : « Dès que j’entends une musique, je sais que c’est vous. » Or, rien ne rapproche la musique de Rabbi Jacob de celle de Diva car je change les couleurs en permanence pour ne pas me répéter. Si le public ressent une constante, cela tient sûrement à ma personnalité", a déclaré Vladimir Cosma au Monde (7 octobre 2016).

Et d'expliquer : "Il n’existe pas de traité « Comment composer un opéra » ou « Comment composer une musique de film ». Cela relève des choix du compositeur. Le mien a été de ne pas faire une musique trop descriptive. Je veux souligner la couleur du film mais pas surligner ce que l’on voit à l’image. Mon premier grand succès par exemple est Le grand blond avec une chaussure noire. Les deux instruments forts sont la flûte de pan et le cymbalum. Pour accompagner l’arrivée de Pierre Richard à l’aéroport, le metteur en scène voulait un pastiche de James Bond. Je n’aime pas les parodies ou les pastiches. Alors je me suis dit qu’un espion n’était pas forcément anglo-saxon, qu’il pouvait venir du froid, de Russie ou de Roumanie par exemple. Je suis certain que personne n’y a pensé en l’écoutant mais moi, c’était ma démarche. La musique est un caméléon. Elle prend la couleur de l’image, plus que le contraire. Si vous mettez un andante d’un concerto de Mozart sur une scène d’amour, cette musique devient une musique romantique, alors que sur un film d’Hitchcock, avec un assassin qui vient tuer le personnage, cette musique très douce et lente devient vicieuse".

Comment Vladimir Cosma travaille-t-il ? "Il arrive que j’intervienne très en amont quand je connais le metteur en scène comme c’était le cas avec Gérard Oury ou Yves Robert qui me parlaient de leur projet avant même l’écriture du scénario. Et parfois, je suis appelé comme un artisan, une fois le film terminé. Je vois le film, on détermine les endroits où il faudra de la musique et j’écris. Il est même arrivé que je fasse la musique une fois le film complètement terminé, musique comprise. Ce fut le cas avec le film d’Ettore Scola, le Bal. Il avait travaillé avec son compositeur habituel Armando Trovajoli. Or, ce film est particulier car c’est un film musical, sans parole. Bref, une fois le film fini, le distributeur et les producteurs n’ont pas aimé la musique. Il a donc fallu la remplacer. Dans ce cas exceptionnel, j’ai dû refaire la musique avec des gens qui dansent sur une autre musique ! Parfois les acteurs dansaient une valse et j’ai écrit un rock ! Il a donc fallu synchroniser, ce n’était pas simple... J’aime aussi choisir des solistes particuliers ou des chanteurs différents comme dans La Boum où je voulais un inconnu dont la voix était comme un instrument. Un chanteur qui n’interprète pas trop. Ce choix a pris sept mois et des centaines d’auditions... Le tempo est très important. Au départ, je l’imagine au piano en me projetant sur l’orchestre de 80 musiciens. Or, ce que l’on fait au piano n’a rien à voir avec ce qui sera enregistré par l’orchestre. En général, l’orchestre ralentit et supporte un tempo beaucoup plus lent. C’est toute une cuisine. Dans le temps, on avait toujours l’image. Il y avait beaucoup plus de moyens pour la musique. On passait deux à trois semaines à enregistrer avec les musiciens, le monteur, le réalisateur. Maintenant, on fait tout en deux heures, trois maximum !... [Les producteurs et le réalisateur] font des achats de droits. Personnellement ça ne me gêne pas car ils achètent mes musiques et je suis payé grassement (rires). Mais s’ils mettaient cet argent-là pour développer des musiques originales ça serait formidable ! Du coup on a des génériques qui durent 8 minutes avec des listes interminables de musiques additionnelles… (rires) Les contraintes de temps sont consubstantielles au métier de compositeur. N’oubliez pas qu’avant on était tenus par l’exigence de la lumière et la longueur des bougies au théâtre. Ces contraintes sont bénéfiques. Si l’on me donnait un temps infini pour écrire, je pourrais travailler sur la même minute de musique toute ma vie. Alors que si je sais que j’enregistre à la fin de la semaine, je dois la finir impérativement. Ça me stimule et ça m’angoisse. Je me dis : « Et si cette fois je ne trouvais pas d’idées… » Récemment je déjeunais avec Guillaume Connesson. Il est le plus grand compositeur français de musique symphonique. Il me dit : « J’ai profité du mois d’août pour travailler sur une nouvelle pièce. » « Tu as été productif, lui demandais-je. Combien de temps as-tu écrit ? » Il me répond : « Une minute trente, mais pas encore orchestrée. » Et moi : « En un mois ? Mais ta pièce va durer combien de temps ? » « 8 ou 9 minutes, je pense. » Autrement dit, il va travailler un an sur cette pièce (rires). Il fait un chef-d’œuvre.


Jusqu’au 18 août 2013
A la Cité de la musique
221, avenue Jean Jaurès. 75019 Paris
Tél. : 01 44 84 44 84
Du mardi au samedi de 12 h à 18 h, le dimanche de 10 h à 18 h.

Visuels :
Affiche. Jerry Goldsmith affublé d’un masque durant la session d’enregistrement de la musique du film La Planète des singes (1968) de Franklin J. Schaffner

Le compositeur James Horner (Le Nom de la rose, Titanic, Avatar) en 2003.

Séance d’enregistrement de Sans frontière de Martin Campbell.
Crédit: © Sally Stevens Photography

Charles Chaplin dirigeant les musiciens pour l'enregistrement de la musique de son film Un Roi à New York le 21 juin 1957 au Palais de la Mutualité à Paris.
Crédit: © Rue des Archives/AGIP

Duke Ellington, compositeur et acteur du film Autopsie d’un meurtre (Anatomy of a Murder, 1959) d’Otto Preminger, avec la comédienne Lee Remick pendant le tournage.
Crédit: © Carlyle Productions © Sony Pictures

Affiche du film Goldfinger de Ian Fleming, 1964
Crédit: © Jean Mascii / SESAM-ADAGP

Photographie du film Gainsbourg, vie héroïque de Joann Sfar, 2009 Crédit: © 2010 ONE WORLD FILMS - STUDIO 37 - UNIVERSAL PICTURES INTERNATIONAL FRANCE - FRANCE 2 CINEMA - LILOU FILMS - XILAM FILMS

Tournage de Aimez-moi ce soir (Love Me Tonight, 1931), réalisé par Rouben Mamoulian, avec Maurice Chevalier dans le numéro « Poor Apache »
Crédit: Collection Joel Finler et Martin Masheter © Paramount Pictures © Universal Pictures

Alfred Hitchcock lors du tournage de la séquence du concert à l’Albert Hall, à Londres, dans L’Homme qui en savait trop (The Man Who Knew Too Much, 1956)
Crédit: Courtesy of Academy of Motion Picture Arts and Science © Paramount Pictures © Universal Pictures

Feuille de timbres édités par la poste américaine en 1999, sur six grands compositeurs hollywoodiens, dans la collection « The Legends of American Music » : Bernard Herrmann, Erich Wolfgang Korngold, Alfred Newman, Max Steiner, Dimitri Tiomkin et Franz Waxman.
Illustrations : Drew Struzan ; design et graphisme : Howard Paine.

Robin des Bois
© Arte

Le cinéaste Steven Spielberg et le compositeur John Williams, et la chanteuse Lisbeth Scott (dont on entend la voix sur la bande-son de Munich, 2005)
Crédit: © Sally Stevens Photography

John Williams
© Craig T. Mathew/Mathew Imaging

Séance d’enregistrement de la musique du film Le Narcisse noir (Black Narcissus, 1947) de Michael Powell et Emeric Pressburger, avec le London Symphony Orchestra dirigé par le compositeur Brian Easdale Crédit: Collection Joel Finler
© The Archers © Carlton International Media

A lire sur ce blog :

  Les citations proviennent du dossier de presse. Cet article a été publié le 13 août 2013, puis le :
- 30 octobre 2013 : le Festival des musiques à l'image 2013 a proposé d'écouter les hommages rendus à Steven Spielberg et à John Williams ;
- 10 janvier 2014. A l'occasion de son 10e anniversaire, l'Union des compositeurs de musique de films (UCMF) présente le B.O. Concert. Au cœur de la musique de film française le 10 janvier 2014 à 20 h au Grand Rex ;
- 27 février, 11 mai, 2 juin et 5 septembre 2014 ;
- 20 octobre 2014. Les 24 et 25 octobre 2014, Vladimir Cosma a présenté deux concerts au Grand Rex à Paris. Au programme : des musiques de films, dont Les aventures de Rabbi Jacob, de Gérard Oury et Le Jouet, de Francis Veber, et des inédits ;
- 8 décembre 2014. Les 8, 11, 17 et 22 décembre 2014, Arte a diffusé Robin des bois (1938), réalisé par Michael Curtis, sur une musique signée par Erich Wolfgang Korngold et avec Errol Flynn, Olivia de Havilland et Basil Rathbone ;
- 29 mars 2015. Arte a diffusé les 29 mars et 8 avril 2015 Un Américain à Parisde Vincente Minnelli ;
- 21 mai 2015 et 15 janvier 2016.

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