mardi 4 avril 2017

« The Kid Stays in the Picture. L’incroyable histoire vraie de Robert Evans”, de Brett Morgen et Nanette Burnstein


Le producteur Robert Evans a publié son autobiograpie The Kid Stays in the Picture (1994), qui a inspiré The Kid Stays in the Picture. L’incroyable histoire vraie de Robert Evans (2002), documentaire de Brett Morgen et Nanette Burnstein et a été adaptée en pièce de théâtre par la compagnie Complicite au Royal Court Theatre à Londres (2017),  dans une mise en scène de Simon McBurney et avec Danny Huston. Ancien acteur, Robert Evans, vice-président de Paramount Pictures de 1966 à 1974, dirige sauve de la faillite les prestigieux studios Paramount qu’il sauve de la faillite en produisant des succès internationaux (Rosemary's baby, Love Story, Le Parrain, Chinatown). Sa dépendance à l’égard de la cocaïne, et son implication dans un scandale induiront sa chute dans les années 1990 suivie d'une nouvelle ascension… 

Ingrid Bergman (1915-1982)

Dans The Kid Stays in the Picture, titre de son autobiographie (1994), puis du documentaire adapté en 2002 de son livre, Robert Evans évoque sa rencontre décisive, en 1956, au bord de la piscine de l’hôtel Beverly Hills de Los Angeles avec Norma Shearer, "une des dernières icônes de l'aristocratie hollywoodienne". Cette ancienne star lui demande s’il est intéressé par le rôle de son défunt premier mari, génial producteur Irving Thalberg (1899-1936), dans le film Man of a Thousand Faces réalisé par Joseph Pevney avec James Cagney dans le rôle de Lon Chaney, pour la Universal. 

Alors qu’il travaillait dans l’entreprise de prêt-à-porter fémininin Evan-Picone, co-dirigée par son frère Charles et popularisant les pantalons, Robert Evans, né en 1930 Robert J. Shapera dans une famille Juive newyorkaise bourgeoise, se dirige alors vers une carrière d’acteur. Adolescent, il avait déjà joué pour des émissions radiophoniques à New York.

« The kid stays in the picture. And anybody who doesn't like it can quit » (« Le môme fait le film. Et quiconque n’apprécie pas peut partir »). Cette décision lapidaire de Darryl Zanuck (1902-1979), célèbre producteur américain longtemps à la direction de la Twentieth Century-Fox, scelle le maintien du jeune acteur Robert Evans, interprète d’un toréador, dans la superproduction hollywoodienne Le Soleil se lève aussi (The Sun also rises), réalisé par Henry King (1957), d’après un roman d’Ernest Hemingway (1926), avec Ava Gardner, Mel Ferrer et Tyrone Power. Convaincus que ce débutant conduiraient le film au désastre, ces stars et ce romancier avaient réclamé son éviction. En vain.

Impressionné par le “boss” Darryl Zanuck, Robert Evans envisage le métier de producteur, à l’instar de ce producteur au pouvoir décisif, et non celui d’acteur attendant un rôle. Pour lui, le plus grand producteur de l’histoire de Hollywood a pour nom David O Selznick. En février 2002, Robert Evans a été distingué par le Prix David O. Selznick.

Ascension et chute
Lors de son contrat de cinq ans - trois films - pour la Fox, son caractère déterminé lui vaut la suspension de son contrat. Le rôle qu’il devait jouer est confié à un comédien débutant : Peter Falk, qui est nommé pour l’Oscar.

Il retourne dans l’entreprise de son frère, et vit confortablement pendant quatre ans loin des plateaux de cinéma. En 1966, après l’achat de la société Evan-Picone par Revlon, Bob Evans ne s’entend pas avec les nouveaux patrons, et quitte définitivement l’entreprise.

Il achète les droits du roman The Detective, et signe avec la 20th Century Fox un contrat de trois films. Il envisage un film avec Alain Delon et Brigitte Bardot…

Un article de Peter Bart sur ce jeune producteur qui a déjà acheté les droits d’adaptation cinématographique de plus de romans en quelques mois que tous les studios réunis, publié dans l’édition dominicale du New York Times, attire l’attention de Charles Bluhdorn qui vient d’acheter le studio Paramount. Bluhdorn lui propose de de mettre un terme à la Paramount de Londres car elle perd de l’argent, puis de revenir à Hollywood diriger en toute liberté la Paramount. « Find beautiful girls, make pictures » (« Trouvez des jolies filles, faites des films »), lui intime Bluhdorn qui veut « des films avec un sentiment ».

« Propulsé à la tête de la Paramount à la faveur d'un rachat en 1967 », Bob Evans met un terme à son contrat avec la 20th Century Fox, et, encouragé par son mentor, le producteur Sam Spiegel - Bridge Over The River Kwai, Lawrence Of Arabia -, se rend en Grande-Bretagne. 

C’est l’époque du Swinging London, qui réunit de jeunes écrivains, réalisteurs et comédiens talentueux : Stanley Kubrick, Albert Finney, Terence Stamp et Michael Caine. Avec celui-ci, Bob Evans produit Alfie le dragueur (Alfie) réalisé par Lewis Gilbert (1966).

Il soustrait à la BBC le projet de Franco Zeffirelli d’adapter au cinéma Roméo et Juliette de Shakespeare avec, pour la première fois, des acteurs ayant l’âge des rôles : Olivia Hussey (17 ans) et Leonard Whiting (20 ans).

Il produit aussi Oh, What A Lovely War (Ah Dieu ! que la guerre est jolie), film musical realisé par de Richard Attenborough, avec Ralph Richardson, John Gielgud, Laurence Olivier, John Mills, Michael Redgrave, Dirk Bogarde, Jack Hawkins, Maggie Smith, Kenneth More, Susannah York. 

Malgré l’opposition des distributeurs, mais avec l’appui de Charlie Bluhdorn, Bob Evans cumule la direction de la Paramount à Hollywood et la supervision de ses films britanniques. Avec succès.

Il « affronte une presse exécrable, avant de retourner l’opinion grâce à son premier triomphe, Rosemary's baby. Il a eu le flair d'en confier la réalisation à Roman Polanski, alors peu connu aux États-Unis mais encensé en Europe ».

Sous sa férule, Paramount Pictures, neuvième studio hollywoodien en 1967, devient très rentable, sans associer Bob Evans aux succès, sans lui accorder de bonus.

Parmi les chefs d’oeuvres ou/et succès internationaux de Bob Evans : Barefoot in the Park (1967), The Odd Couple (1968) d’après la pièce de Neil Simon, The Detective réalisé par Gordon Douglas (1968), avec Frank Sinatra, Lee Remick, Jack Klugman, Robert Duvall et Jacqueline Bisset, Love story de Arthur Hiller (1970), Le Parrain (The Godfather) de Francis Ford Coppola (1970), Harold and Maude (1971), Serpico (1973), The Great Gatsby (1974), Chinatown de Polanski  (1974) – « Dans le Los Angeles des années 1930, un détective privé enquête sur une sombre affaire de meurtre, d'inceste et de corruption... » -… Alors que Roman Polanski veut quitter le plateau pour assister au Seder de Pessah (Pâque juive) en Pologne, Bob Evans le retient en lui promettant le « meilleur Pessah de sa vie ». Et « cela s’est terminé par un Seder mené par Kirk Douglas avec parmi les invités Polanski et Walter Matthau », raconte Brett Morgen.

Tout en produisant pour la Paramount, Bob Evans crée sa société de production, puis abandonne ses fonctions dans ce studio pour se consacrer à sa fonction de producteur indépendant.

A son actif : Marathon man de John Schlesinger (1976) pour lequel il persuade l’assureur Lloyds de couvrir Sir Laurence Olivier atteint d’un cancer et ayant besoin de gagner sa vie – l’enthousiasme de l’acteur pour ce film lui a procuré une rémission de onze ans -, Black Sunday, Popeye (1980), Urban Cowboy (1980), The Cotton Club (1984) et The Two Jakes (1990) qui ne rencontrent pas le succès espéré, Sliver (1993), Jade (1995), The Phantom (1996), The Saint (1997) loin du film dont il rêvait. How to Lose a Guy in 10 Days, son dernier film, remonte à 2003.

Un échec cruel : Le Petit prince, réalisé par Stanley Donen (1974).

Inculpé en 1980 de trafic de cocaïne, Bob Evans nie toutes les charges le visant, mais reconnait son addiction à la drogue.

En 1983, l’assassinat de Roy Radin, son partenaire dans la production de The Cotton Club, et le refus de Bob Evans de répondre aux questions de la justice lors du procès – Evans invoque le cinquième amendement – influent négativement sur sa vie et son image.

Bob Evans anime l’émission télévisée In Bed with Robert Evans.

Robert Evans « mena une vie de nabab et travailla comme un forcené – boulimie qui lui coûta son grand amour, Ali MacGraw, l’héroïne de Love story », la deuxième de ses sept épouses, et la mère de son fils Josh Evans, producteur. Pourtant; Robert Evans n’est pas enthousiaste par l’idée qu’Ali Mac Graw, une « shiksa (non-Juive, en yiddish) âgée de 28 ans », interprète le rôle d’une « Jewish American Princess gâtée de 18 ans » dans l’adaptation cinématographique de Goodbye Columbus de Philip Roth (1959). Mais les essais de l’actrice, née d’une mère Juive, convainquent le producteur qui tombe amoureux et épouse Ali Mac Graw en octobre 1969. Le couple divorce en 1972 après qu'Ali Mac Graw soit devenue la compagne de l'acteur Steve Mc Queen.

Un personnage qui a inspiré le réalisateur Orson Welles pour The Other Side of the Wind (1970–6) et la série télévisée Entourage pour le personnage d’un producteur incarné par Martin Landau.

« Narré comme un film noir, par une voix off au charme désabusé, ce documentaire nous immerge habilement dans le microcosme glamour et sans merci d'Hollywood. Un documentaire fitzgéraldien, truffé d'extraits, d'archives et d'anecdotes croustillantes, qui se conclut par une savoureuse imitation de Robert Evans par Dustin Hoffman ».

Ce documentaire a été projeté lors du Festival international de film à Cannes en 2002. Lors de sa projection au Sundance Film Festival de 2002, Robert Evans a été accueilli par une standing ovation de douze minutes.


Etats-Unis, 2002, 90 minutes
Sur Arte les 15 mars à 22 h 55 et 19 mars 2015 à 2 h 35

Visuels :
© USA Films

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Cet article a été publié le 15 mars 2015.

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