Citations

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« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
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lundi 15 janvier 2018

Samuel Fuller (1912-1997)


Samuel Fuller est un réalisateur, scénariste et écrivain américain (1912-1997) né dans une famille juive. Orphelin à onze ans, il travaille dès ses douze ans, essentiellement dans la presse. Dès 1931, il écrit des romans et dès 1936 débute à Hollywood une carrière de scénariste, puis de réalisateur. Engagé dans l'armée américaine pendant la Deuxième Guerre mondiale, il a filmé des images d'un camp de concentration nazi allemand. La Cinémathèque française lui rend hommage par une rétrospective de ses films. Au programme : films, conférences, ateliers, spectacles.

Filmer les camps, John Ford, Samuel Fuller, George Stevens de Hollywood à Nuremberg 
Fred Astaire (1899-1987)
Lauren Bacall (1924-2014)

Samuel Fuller est un réalisateur, scénariste et écrivain américain (1912-1997) né dans une famille juive d'origine polonaise et russe.

Orphelin de père à onze ans, il travaille dès ses douze ans, essentiellement dans la presse.

Dès 1931, il écrit des romans et dès 1936 débute à Hollywood une carrière de scénariste, puis de réalisateur.

Deuxième Guerre mondiale
Pendant la Deuxième Guerre mondiale, Samuel Fuller est muté dans la 1ère division d'infanterie américaine, la « Big Red One ». Il y sert comme soldat et reporter de guerre.

Dans Falkenau, vision de l’impossible, documentaire d'Emil Weiss (1988, 52 min), Samuel Fuller témoigne. "Mai 1945, la célèbre “Big red one” – première division d’infanterie de l’armée américaine – livre son dernier combat en Europe dans les Sudètes en Tchécoslovaquie et libère le camp de concentration de Falkenau. Samuel Fuller, alors sous les drapeaux, filme cet épisode. C’est un document unique (16mm, noir et blanc, muet), resté jusqu’à ce jour inédit, qui est repris dans “Falkenau, vision de l’impossible”. Après une courte introduction présentant les conditions du tournage et l’épisode de la libération de ce camp ordinaire, Samuel Fuller commente les images qu’il a enregistrées quarante ans plus tôt. “C’est le seul film où l’on voit des civils dans un camp faisant ce qu’ils font. C’est la première fois et la dernière fois que cela se produit pendant la guerre." Ce grand cinéaste aujourd’hui disparu s’interroge également sur l’honnêteté des images, sur la possibilité de représenter l’univers concentrationnaire et sur la nécessité d’en transmettre la mémoire aux jeunes générations".

« Falkenau – Vision de l'impossible (Samuel Fuller témoigne) », explore "l'univers concentrationnaire et réunit dans son sein plusieurs formes de témoignages : un document filmique resté inédit, tourné par Samuel Fuller  lors de la libération d'un camp « ordinaire », Falkenau, le 8 mai 1945, le témoignage verbal concernant la description des événements, dont la mémoire, pour certains, a été oblitérée ou refoulée, et les réflexions d'un grand cinéaste qui durant tout son parcours n'a cessé de peaufiner le langage cinématographique ».

Acuité
"L'œuvre de Samuel Fuller (1912-1997), enrichie de ses propres expériences biographiques (journalisme, militaire durant la Deuxième Guerre mondiale), fait exploser toutes les catégories existantes, qu'elles relèvent du western (I Shot Jesse James, Le Jugement des flèches), du film de guerre (J'ai vécu l'enfer de Corée, Les Maraudeurs attaquent, Au-delà de la gloire) ou du film noir (Le Port de la drogue, Les Bas-fonds new-yorkais), en se mettant aussi au service d'histoires paradoxales (Shock Corridor, Naked Kiss) gorgées de violence et d'émotion", a analysé Jean-François Rauger.

 « Shock Corridor »
« Celui qu’il veut détruire, Dieu le rend fou ». (Euripide)

« Shock Corridor » est réalisé en 1963 par Samuel Fuller. « Un journaliste aux dents longues simule la folie pour résoudre une affaire de meurtre dans un hôpital psychiatrique. Aussi dérangeante que virtuose, une plongée allégorique dans une Amérique désaxée, signée Samuel Fuller ».

« Johnny Barrett, un journaliste carburant à l’ambition, rêve de décrocher le prix Pulitzer en enquêtant sur un meurtre non résolu survenu dans un asile. Sa fiancée, Cathy, accepte à reculons de lui prêter main-forte en se faisant passer pour sa sœur, victime de ses penchants incestueux. Interné, Johnny commence à sonder les autres patients, mais, entre leurs bouffées de délire et le piège de sa propre comédie, le jeune homme est bientôt happé par une folie contagieuse… »

« Racisme, appétits bellicistes dévastateurs, ambition démesurée… : d’un étudiant noir qui se prend pour le fondateur du Ku Klux Klan à un ex-engagé volontaire en Corée qui s’imagine en chef des Confédérés, le franc-tireur Samuel Fuller (Au-delà de la gloire, Dressé pour tuer) ausculte, à travers les âmes tourmentées qui déambulent dans « la rue », le couloir de promenade de l’établissement, les rouages de la médecine psychiatrique en même temps que les névroses de l’Amérique des années 1960 ».

« Ce huis clos féroce et oppressant bénéficie d’un traitement visuel audacieux, avec successions frénétiques d’images, irruptions de la couleur dans un noir et blanc puissamment contrasté – que l’on doit à Stanley Cortez, le directeur de la photographie de La nuit du chasseur, notamment – ou visions innervées de symbolisme. Un électrochoc ».

Tourné en une dizaine de jours, ce film résulte d’un projet écrit sous le titre Straitjacket par Fuller à la fin des années 1940 pour Fritz Lang.

En 1996, Shock Corridor a été choisi pour être préservé par le National Film Registry de la Library of Congress comme étant « significatif culturellement, historiquement ou esthétiquement ».

"Tourné en 1963, Shock Corridor est le 17e film du réalisateur américain Samuel Fuller. Aux États-Unis, il est censuré dans les états du Sud. Mais, singulièrement, c’est aussi le cas en Suède et en Grande-Bretagne, tandis qu’en France, le film reste pendant deux ans sans distributeur, et ne sort que le 15 septembre 1965, sur deux écrans parisiens, le Napoléon et le Saint-Séverin, après une avant-première à la Cinémathèque française. Shock Corridor apparaît alors d’une brûlante actualité, après les émeutes raciales d’août 1965 qui se sont déroulées dans le quartier de Watts à Los Angeles. Qualifié de « chef-d’œuvre du cinéma barbare » par Jean-Luc Godard, qui revendique Fuller comme l’un de ses inspirateurs, Shock Corridor s’inscrit pour les critiques français dans le fil de la réflexion du cinéaste sur la violence et les valeurs morales de l’Amérique", a écrit Véronique Doduik, le 5 janvier 2018.

Tell Me, Sam
En 1989, Emil Weiss a consacré à Samuel Fuller, le film Tell Me, Sam. "Dans ce film, Samuel Fuller retrace l’itinéraire de sa vie, le journalisme, la guerre, puis le cinéma , plus particulièrement appréhendé au travers des films traitant du racisme aux U.S.A. : « Shock corridor », « Crimson kimono », « Le jugement des flèches », « Dressé pour tuer ». Celui qui reste un des premiers « indépendants » du cinéma américain évoque ses idées sur l’écriture, la production, le choix des acteurs et de la musique, et sa conception du cinéma, de l’histoire, de l’homme. Le tournage du film s’est déroulé à travers l’Europe. Nous suivons Samuel Fuller de Paris à Prague, en passant par Nuremberg, Bamberg, Bayreuth, Cheb et Sokolov".

"Bien que le film obéisse à une construction chronologique et thématique, intégrant notamment une documentation photographique et cinématographique, il nous a semblé important de cerner la personnalité de Fuller dans l’espace – temps propre à la tradition orale d’un conteur-né : « Je suis un conteur… Tout raconte une histoire, les histoires sont la sève de nos civilisations et sans elle, nous n’aurions plus d’enfance. »

Rétrospective
La Cinémathèque française lui rend hommage par une rétrospective de ses films. Au programme : films, conférences, ateliers, spectacles. "De tous les cinéastes américains dont la carrière débute après la Seconde Guerre mondiale, Samuel Fuller est sans doute le plus compliqué, le plus énigmatique, le plus difficile à appréhender. Il sera l'objet d'un engouement cinéphilique particulier en France, d'autant plus fort sans doute, que les quelques films « anti-rouges » qu'il réalisa lui valurent longtemps un rejet relatif au nom d'un certain prêt-à-penser idéologique. Le début du fameux texte de Luc Moullet paru dans les Cahiers du cinéma de mars 1959 donne une idée de l'impression que fit le cinéma de Fuller à ceux qui le découvrirent alors. On y apprend que « les jeunes cinéastes américains n'ont rien à dire, et Sam Fuller encore moins que les autres. Il a quelque chose à faire, et il le fait naturellement, sans se forcer. », a observé Jean-François Rauger.

Et de poursuivre : "Samuel Fuller est avant tout un formidable raconteur d'histoires. Mais les histoires qu'il raconte sont le produit d'une expérience biographique unique. Il est peut-être le dernier grand cinéaste américain dont la vie fut le carburant authentique d'une œuvre unique en son genre, une œuvre qui se nourrira des doutes d'un système avant qu'elle ne puisse plus y trouver sa place. C'est dans le journalisme qu'il débute, très jeune, à 17 ans. La vie est elle-même une mine d'histoires à raconter. Il commence à écrire des romans. Il se trouvera aux premières loges de la grande catastrophe du XXe siècle, le second conflit mondial, qu'il expérimentera en fantassin, en première ligne de plusieurs grandes batailles (le débarquement en Afrique du Nord, en Italie et en France) et en premier témoin de l'existence des camps d'extermination. Dès lors, son cinéma sera avant tout marqué par ce souci, obsessionnel, de montrer et, surtout, d'informer. La clé de son œuvre se situe sans doute ainsi dans ce moment, crucial pour la compréhension de celle-ci, de Verboten! où la jeune Allemande traîne son frère, activiste nazi, au procès de Nuremberg et l'oblige à voir les images des charniers prises lors de la libération des camps, témoignage filmé de la barbarie. Il convient dans le cinéma de Samuel Fuller de ne pas détourner le regard du spectacle du Mal. Ironiquement sûrement, Larry Cohen, qui lui donne le rôle d'un chasseur de nazis et de vampires dans Les Enfants de Salem (1985), imagine une scène où son personnage contraint des enfants à regarder en face les assauts brutaux des créatures de la nuit. Comment mieux définir l'impératif qui fonde son œuvre ? Provoquer une sidération qui paralyse momentanément toute raison consolante, dévoiler ce qui, du monde, relève d'une apparente aberration mais qui en désigne la nature cachée".

Et de relever : "Le concept d'information est en effet au centre d'un art qui sait que la perception de la réalité au cinéma est le produit d'un jeu dialectique entre le réel et sa représentation. Mais il y a, dans les films de Fuller, la conscience d'une insuffisance essentielle de la fiction à produire l'exact sentiment du vrai. Elle sera donc marquée par une violence inédite, celle de situations extrêmes ou paradoxales, celle construite par un montage discordant. Il faut avec Fuller en passer par le choc pour atteindre une forme souterraine de douceur et, surtout, de vérité. Son premier film prend déjà à rebours certaines mythologies du western. Le douteux héros de I Shot Jesse James, tourné en 1947, est justement l'assassin d'une légende, le traître qui abattit le célèbre hors-la-loi, objet d'un culte lui-même ambigu. Tout le cinéma de Fuller va provoquer chez le spectateur le sentiment d'une inversion des valeurs. C'est un art du paradoxe qui est aussi un art du chaos. Les figures humaines construites par le cinéma hollywoodien se retrouvent lestées de qualités contradictoires : le sudiste raciste devient Indien (Le Jugement des flèches), le petit malfrat et la prostituée se révèlent patriotes (Le Port de la drogue), l'intolérant xénophobe est aussi héroïque, tout comme le bourreau stalinien s'affirme particulièrement sentimental, détaché, contrairement à lui, de tout préjugé racial (China Gate). Pour l'antipathique héros des Bas-fonds new-yorkais, venger son père est une manière d'effacer la veulerie de celui-ci, quête dérisoire à laquelle il sacrifie son humanité. L'escroc cynique prend conscience de l'amour qu'il porte à sa femme et renonce à son obsession (The Baron of Arizona). À cet égard, sans doute peut-on réduire le héros fullerien à un obsessionnel dont la quête s'inscrit au-delà de toute morale, au-delà du bien et du mal. La question de la culpabilité et de l'innocence est ainsi rendue singulièrement complexe notamment par la présence fréquente de personnages d'enfants, entre pureté et désillusion. Et sans doute le chien psychopathe de White Dog apparaît-il ainsi comme une figure extrême, celle d'un conditionnement insensé et sans rédemption possible. Un écheveau d'affects complexes et intenses relie sans cesse les protagonistes par d'invisibles et indicibles liens (La Maison de bambou)".

Et de conclure : "Le cinéma de Samuel Fuller aura sans doute dessiné l'une des frontières, certes poreuse, d'un système hollywoodien qui, pour reculer le moment de la fin, avait, à partir de la fin des années 1940, accueilli toutes sortes de façons d'introduire le doute, l'angoisse et même la névrose dans ses fictions (Anthony Mann, Nicholas Ray), tentant ainsi de se survivre avec ce qui participera de sa destruction. Ne trouvant plus sa place au cœur d'une machine qu'il avait contribué à saborder, Fuller trouvera en Europe une manière de faire quelques ultimes films, jouera son rôle d'icône d'une certaine conception, devenue mythologique, du cinéma (son apparition dans Pierrot le fou) mais trouvera encore le temps de signer deux titres-sommes et récapitulatifs, Au-delà de la gloire en 1980 (pour le fondement biographique de son œuvre) et White Dog, en 1981 (pour l'impossible retour à une innocence perdue), témoignant d'une vision du monde, de l'existence et de l'art cinématographique singulièrement lucide".

         
 Du 3 janvier au 15 février 2018
A la Cinémathèque française
51 rue de Bercy. 75012 Paris

Tél. : 01.71.19.33.33
Du mercredi au lundi de 12 h à 19 h

« Shock Corridor » par Samuel Fuller
1963, 98 Min
Sur Arte le 5 juin 2017 à 22 h 50
Image : Stanley Cortez
Montage : Jerome Thoms
Musique : Paul Dunlap
Production : Leon Fromkess-Sam Firks Productions, Allied Artists Pictures, F&F Productions
Producteur/-trice : Samuel Fuller
Scénario : Samuel Fuller
Avec Peter Breck, Constance Towers, Gene Evans, James Best, Hari Rhodes, Larry Tucker, Paul Dubov, Chuck Roberson
Visuels : © Wilde Side
John Matthews et Constance Towers
Peter Breck

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Les citations sir le documentaire sont d'Arte. Cet article a été publié le 5 juin 2017.

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