mercredi 4 octobre 2017

Chrétiens d'Orient - Deux mille ans d'histoire


L’Institut du monde Arabe (IMA) présente l’exposition Chrétiens d'Orient - Deux mille ans d'histoire. Une exposition « islamiquement et arabiquement correcte » ainsi que non historique, qui minore la dhimmitude, omet le judaïsme et les Juifs, élude les persécutions de chrétiens dans l’Autorité palestinienne, désigne sous une même entité « Israël et la Palestine ». La vérité affleure rarement.

« Les chrétiens d’Orient - Vitalité, souffrances, avenir » de Jean-Michel Cadiot
« Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? La nouvelle christianophobie » par Alexandre del Valle

L’exposition Chrétiens d'Orient - Deux mille ans d'histoire  « éclaire l'histoire d'une communauté plurielle et son rôle majeur au Proche-Orient, aux plans tant politique et culturel que social et religieux. Au fil du parcours, des chefs-d'œuvre du patrimoine chrétien sont à découvrir, dont certains montrés en Europe pour la première fois ».

Mille ans de christianisme en Orient – évangélisation, courants spirituels, conciles, etc. - ou histoire des chrétiens d’Orient ? L’exposition hésite, ou plutôt alterne ces deux sens en demeurant « politiquement correcte », en l’occurrence « arabiquement et islamiquement correcte ».

Tout d’abord, les chrétiens d’Orient sont arabisés. Or, des études génétiques ont révélé que les populations chrétiennes de pays du monde Arabe ne sont que faiblement Arabes. Ainsi, le Genographic project du National Geographic a révélé que l’Egypte « n’est arabe qu’à 17% et même un peu juive à 4% ». Ce projet  a mis au jour que des chrétiens au Liban ont une ADN originaire d’Europe occidentale, et probablement liée aux Croisés, alors que la signature génétique de musulmans au Liban est particulière, avec plus de probabilité d’être liée à l’expansion venant de la péninsule arabique en lien avec la conquête arabe liée à l’expansion de l’islam aux VIIe et VIIIe siècles.
  
De plus, l’Histoire est présentée du point du vue Arabe ou/et islamique. Ainsi, les Croisades semblent la cause d’« affrontements entre chrétiens et musulmans ». Or, la Première croisade à l’appel du pape Urbain II au concile de Clermont (27 novembre 1095) visait à aider l’empereur byzantin Alexis Ier Comnène, les chrétiens d’Orient et libérer la Terre Sainte. En effet, les Turcs Seldjoucides avaient pris Jérusalem aux Arabes en 1071 et  interdisaient aux chrétiens tout accès aux lieux de pèlerinage chrétiens en Terre Sainte. Noble champenois, vassal du comte de Champagne, le pape Urbain II « initie la première croisade en 1095. Dans un célèbre prêche en clôture du concile de Clermont, il exhorte les chrétiens d’Occident à s’unir pour délivrer leurs frères d’Orient de la menace des Turcs seldjoukides – en échange du pardon de leurs fautes ».

En outre, le dhimmi est présenté sommairement comme le « protégé ». Or, ainsi que l’a expliqué l’essayiste Bat Ye’or , la « dhimmitude est corrélée au jihad. C’est le statut de soumission des indigènes non-musulmans – juifs, chrétiens, sabéens, zoroastriens, hindous, etc. - régis dans leur pays par la loi islamique. Il est inhérent au fiqh (jurisprudence) et à la charîa (loi islamique). Les éléments [caractéristiques de la dhimmitude] sont d’ordre territorial, religieux, politique et social. Le pays conquis s’intègre au dar al-islam sur lequel s’applique la charîa. Celle-ci détermine en fonction des modalités de la conquête les droits et les devoirs des peuples conquis qui gardent leur religion à condition de payer une capitation mentionnée dans le Coran et donc obligatoire. Le Coran précise que cet impôt dénommé la jizya doit être perçue avec humiliation (Coran, 9, 29). Les éléments caractéristiques de ces infidèles conquis (dhimmis) sont leur infériorité dans tous les domaines par rapport aux musulmans, un statut d’humiliation et d’insécurité obligatoires et leur exploitation économique. Les dhimmis ne pouvaient construire de nouveaux lieux de culte et la restauration de ces lieux obéissait à des règles très sévères. Ils subissaient un apartheid social qui les obligeait à vivre dans des quartiers séparés [mellah au Maroc, Ndr], à se différencier des musulmans par des vêtements de couleur et de forme particulières, par leur coiffure, leurs selles en bois, leurs étriers et leurs ânes, seule monture autorisée. Ils étaient astreints à des corvées humiliantes, même les jours de fête, et à des rançons ruineuses extorquées souvent par des supplices. L’incapacité de les payer les condamnait à l’esclavage ».

Les persécutions des chrétiens sous joug islamique n’apparaissent guère dans l’exposition, hormis la partie sur le génocide commis à l’égard des Arméniens par les Turcs, donc pas par des Arabes. Le tour de passe-passe le plus cynique concerne les persécutions des chrétiens vivant dans les territoires sous contrôle de l’Autorité palestinien.

L’IMA les dissimule en associant Israël et l’Autorité palestinienne, le pays qui respecte les droits des chrétiens et reçoit des chrétiens palestiniens, et l’entité terroriste qui les persécute. On ne comprend donc rien aux dernières images de l’exposition sur les chrétiens de la bande de Gaza.

La vérité affleure en des « actes manqués ». Ainsi, en fin de parcours, des cartes colorées indiquent les lieux de refuge de chrétiens d’Orient exilés. Arméniens, orthodoxes, assyriens… Aucun d’eux n’a été accueilli par des pays Arabes.

Les rôles politique, intellectuel ou social de ces chrétiens n’apparaissent pas clairement.

Les Juifs ? Absents. Hormis un Pentateuque. Rien sur l’affaire de Damas, accusation de crime rituel portée au XIXe siècle contre les Juifs syriens. Rien sur l’antisémitisme et l’antijudaïsme de chrétiens d’Orient. 

L’Etat d’Israël disparait dans des cartes . Lors du vernissage presse, une commissaire d’exposition avait évoqué la « Palestine ». Je lui avais demandé de préciser ce qu’elle entendait par « Palestine ». Elle avait éludé en assénant : « Le mot « Israël » n’apparaitra pas à l’IMA ».

Ainsi, la rare carte mentionnant l’Etat d’Israël l’associe à la « Palestine » en un tracé étrange de limites territoriales.

Enfin, comme dit un adage « Après samedi, dimanche » (après l’exil contraint des juifs, celui des chrétiens), j’ai interrogé un responsable de l’Œuvre d’Orient : Quel avenir des chrétiens d’Orient dans leur berceau historique ? Il m’a répondu : « Il y a une différence. Les chrétiens ne réclament pas d’Etat chrétien ». Sa réponse m’a laissée médusée. Comme si l’exil des juifs du monde Arabe s’expliquait par la refondation de l’Etat d’Israël !

Quand les chrétiens comprendront-ils que la dhimmitude parait leur seul horizon dans ce monde Arabe, et ce, même s’ils adoptent les positions les plus anti-israéliennes ?

Associée à cette exposition, les Bibliothèques d'Orient - site Internet résultant de la coopération entre la Bibliothèque nationale de France (Bnf) et "huit bibliothèques patrimoniales et de recherche implantées au Proche-Orient" -  souffrent du même refus d'écrire l'Histoire en intégrant le fait juif comme réalité historique et spirituelle dans son berceau historique, Eretz Israël.

L’exposition « Chrétiens d’Orient – 2000 ans d’histoire » sera présentée au MuBA Eugène Leroy, musée des beaux-arts de Tourcoing, du 22 février au 12 juin 2018.


Du 26 septembre 2017 au 14 janvier 2018
A l’Institut du monde Arabe 
1, rue des Fossés Saint-Bernard – 75005 Paris
Tél. : +33 1 40 51 38 38
Du mardi au vendredi de 10 h à 18 h. Samedi - dimanche - jours fériés de 10 h à 19 h

Articles sur ce blog concernant :

1 commentaire:

  1. La societe francaise elude aussi l histoire de son pays , et creee , la nouvelle histoire de france que l institut du monde arabe serait capable d editer !

    RépondreSupprimer