dimanche 7 août 2016

« Marlon Brando, un acteur nommé Désir », par Philippe Kohly


Arte diffusera les 7, 16 et 25 août 2016 « Marlon Brando, un acteur nommé Désir » (Marlon Brando - Der Harte Und Der Zarte), par Philippe Kohly. Comédien génial oscarisé, militant de la cause des Amérindiens et des Afroaméricains, doté d’une personnalité complexe et souvent insaisissable, Marlon Brando (1924-2004) a popularisé la méthode Stnaislavski ou « méthode de l’Actor’s Studio. Il a soutenu la recréation de l’Etat d’Israël.

Frank Sinatra (1915-1998)
Barbra Streisand

« Je trouve le métier d'acteur détestable, désagréable ». 

L'affirmation peut sembler incongrue dans la bouche d'un monstre sacré du septième art.

« Avec sa présence irradiante et son phrasé unique, Marlon Brando a marqué le cinéma d'une empreinte indélébile ». 

Marlon Brando « a pourtant poussé la porte d'une école d'art dramatique presque par hasard. Débarqué à New York à l'âge de 19 ans, le petit paysan du Nebraska, dyslexique et solitaire, se forme à la méthode Stanislavski, basée sur la vérité des émotions, sous la houlette de Stella Adler ».  Le "choc de la grande ville". Brando vit à Greenwich village, avec ses deux sœurs mariées. "Marlon Brando ne savait pas qu'il voulait faire l'acteur, mais il est entrée dans une école d'art dramatique. Ma mère l'adorait. Il était espiègle. Il avait un tel humour... Marlon Brando était une figure tragique", se souvient Ellen Adler, compagne de Marlon Brando.

"Stella Adler sa muse. Marlon Brando est l'une des personnes les plus drôles que j'ai rencontrées... James Dean était obsédé par Brando. Il s'habillait comme lui", confie  Sondra Lee, amie de Marlon Brando. Celui-ci pratique la boxe, intègre la compagnie de Martha Graham. Fréquente la communauté haïtienne de Harlem. Les grands agents de New York repère cet acteur magnétique.

Sa « présence chargée d'électricité, sa beauté animale teintée de fragilité, alliées à sa capacité innée à vivre une scène plutôt qu'à l'incarner, suscitent immédiatement l'engouement ».

En 1949, Brando se rend en France. Il rencontre Christian Marquand. Un coup de foudre.

En quatre ans, d'« Un tramway nommé désir » (1951) à la comédie musicale « Blanches colombes et vilains messieurs » (1955) en passant par « L'équipée sauvage », « Sur les quais » (qui lui vaut l'Oscar du meilleur acteur) ou « Jules César », Marlon Brando précipite la fin de règne des grands acteurs britanniques shakespeariens et bouscule les codes de l'Amérique puritaine, en se forgeant une image de sex-symbol au tempérament rebelle ».

Lors de l’unique rencontre entre Audrey Hepburn et Marlon Brando, pendant un repas du Syndicat des acteurs, Audrey Hepburn dit à son voisin de table un timide « Bonjour », mais l’acteur débutant à Hollywood demeure silencieux. Pendant 40 ans, Audrey Heburn a cru qu’il voulait l’éviter. Mais, lorsqu’elle était hospitalisée à la fin de sa vie, elle a reçu une lettre de Brando. Celui-ci lui expliquait qu’il avait éprouvé un tel respect admiratif pour elle qu’il était demeuré sans voix.  Il n’avait pas trouvé un seul mot à lui dire.

« Sex-symbol à la puissance de jeu incontestée, Marlon Brando a bousculé lignes et codes dans les très puritaines années 50. Sacré roi des voyous, l'icône » d'« Un tramway nommé désir » s’engage la décennie suivante en faveur des droits des Noirs et des Indiens, « avant d'embraser d'une lumière crépusculaire « Le Dernier Tango à Paris » ou « Apocalypse Now ».  "C'est un acteur qui ne voulait pas apprendre par cœur ses répliques", déclare Bernardo Bertolucci.

"Tout était naturel chez lui. Il savait contrôler le silence", précise Patricia Bosworth, biographe de Marlon Brando, acteur instinctif.

Apprenant qu'Elia Kazan, son "père spirituel", a, "tel un mouchard", livré les noms d'artistes communistes, Marlon Brando pleure. Il tourne Sur les Quais, produit par Sam Spiegel et réalisé par Elia Kazan. Marlon Brando "y joue un salaud et un traître", résume le réalisateur qui réalise un plaidoyer en sa faveur. Le film s'achève sur Marlon Brando en "figure christique suivant un chemin de croix, par sa rédemption". L'interprétation remarquable vaut à Marlon Brando un Oscar.

La mort de sa mère l'anéantit... Il suit une psychanalyse.

Rita Moreno est foudroyée en rencontrant cet homme si charismatique. Elle vit une "passion sexuelle" pendant dix ans avec Marlon Brando. "Le problème, c'est trop de fantasmes... Un fois, j'ai été vraiment en colère. Il m'avait promis d'être fidèle. Il m'avait trompé. Je suis sortie avec Elvis Presley, mais cela n'a pas marché : c'était un petit paysan. Marlon Brando était un penseur original", conclut-elle. "Je suis incapable d'aimer" par manque de confiance dans les femmes, confie l'acteur à Truman Capote. Il craignait aussi d'être pris pour un "fils à maman".

Marlon Brando délaisse Hollywood pour ses engagements comme délégué pour l'UNICEF, fonds des Nations unies pour l'enfance, ou pour les droits civiques auprès de Martin Luther King lors de la Marche à Washington.

Il s'investit dans son personnage dans The Chase (La Poursuite impitoyable), d'Arthur Penn. Un fiasco commercial.

Après avoir soutenu les Black Panthers, il s'en éloigne. En sept ans, il accumule dix échecs commerciaux.

Sa « gloire absolue » ? Il « s'emploiera à la saboter dans les décennies suivantes, jusqu'à devenir une caricature de lui-même : plus concerné par ses engagements » politiques « que par les feux d'Hollywood, il enchaîne les échecs commerciaux au cours d'un lent suicide artistique, néanmoins ponctué de sublimes résurrections (Le parrain de Coppola, Le dernier tango à Paris de Bertolucci, Apocalypse now) ». Une jeune génération d'acteurs, tel Pacino, l'adule.

En 1973, c'est une Amérindienne qui vient chercher l'Oscar qui lui est décerné. Marlon Brando vit alors à Tétiaroa, près de Tahiti.

"Il est devenue une caricature de lui-même. Méchant. Sans amour", déplore Sondra Lee.

Marlon vit dans sa maison avec sa famille élargie. Et affronte les tragédies.

Philippe Kohly « explore les multiples facettes de ce génie torturé, disparu il y a dix ans, dans un passionnant portrait intime ».

De « son enfance dévastée - entre un père violent", alcoolique, coureur, ayant le souci des apparences et représentant en produits chimiques, "et une mère alcoolique mais vénérée », actrice et professeur de comédie d’Henry Fonda - « à sa vieillesse  recluse, Philippe Kohly (Gary/Ajar - Le roman du double) plonge dans les méandres d'une existence chaotique.

Convoquant ses proches (amis, amantes) et égrenant sa filmographie légendaire, éclairée par les commentaires de Robert Duvall - "Brando était l'acteur le plus singulier que j'ai connu. Quand je l'ai vu, c'était perturbant, mais bien" - et Elia Kazan - "Brando était un mélange de douceur et de mécontentement violent, parfois dangereux" -, ce film aux riches archives tisse un portrait intime de l'insaisissable Marlon Brando, séducteur compulsif et génie d'un art qu'il n'a cessé de dénigrer ».

Juifs/Israël
A Broadway, à l’aube d’une carrière prometteuse, Marlon Brando joue en 1946 dans A Flag is Born, pièce sioniste de Ben Hecht interprétée aussi par Paul Muni et Celia Adler, et sur une musique de Kurt Weill. 

Il interprétait le rôle d’un survifant du camp de Treblinka prénommé David et souhaitant se rendre en Palestine sous mandat britannique. La « Palestine » de l’affiche désigne donc l’Etat juif. Ben Hecht stigmatisait l’indifférence du monde lors de la Deuxième Guerre mondiale à l’égard de la Shoah. Hecht et Adler militaient au sein de l’American League for a Free Palestine ou Groupe Bergson, qui a produit la pièce de théâtre. Marlon Brando a participé à de nombreuses manifestations du groupe Bergson. Lors de réunions, il a évoqué la triste condition des survivants de la Shoah dans des camps de personnes déplacées en Europe et le besoin d’un Etat juif.

Brando a donné son salaire – il avait accepté le minimum syndical -dans cette pièce à l’Irgoun, groupe militaire sioniste créé en 1931 dans la Palestine sous mandat britannique.

En 1979 dans Playboy et en 1996 dans le Larry King Live, Brando a évoqué les Juifs d’une manière ayant suscité une polémique. Il a réitéré alors son admiration pour les Juifs et nié tout antisémitisme de sa part.

« Marlon Brando, un acteur nommé Désir  », par Philippe Kohly 
Roche productions, ARTE France, Angoa-Agicoa, Avro (Pays-Bas), Ciné +, CNC, Procirep,RTS (Radio Télévision Suisse), SBS Australia, 2013, 90 min
Sur Arte les 7 août à 23 h 10, 16 août 13 h 35, 25 août 2016 à 0 h 55

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Les citations sont extraites du site d'Arte.

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