Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

lundi 31 octobre 2022

« Un siècle de céramique d’art en Tunisie. Les Fils de Jacob Chemla, Tunis » par Jacques Chemla, Monique Goffard et Lucette Valensi


Les éditions Déméter et les éditions de l’éclat  publient Un siècle de céramique d’art en Tunisie. Les Fils de Jacob Chemla, Tunis, par Jacques Chemla, Monique Goffard, Lucette Valensi. « L’histoire d'un artisanat méditerranéen d'une extraordinaire richesse en même temps que le parcours d’une famille remarquable qui s’est illustrée dans la céramique d’art ». Les Chemla se sont inscrits dans une activité traditionnelle remontant au Moyen-âge, tout en réinventant, innovant, exportant jusqu’aux Etats-Unis leurs œuvres, et collaborant avec de célèbres architectes. Un livre passionnant magnifiquement illustré retrace cette aventure familiale, entrepreneuriale, artistique, juive et tunisienne. Le 1er novembre 2022, Harif proposera la Zoom conférence "Jews of Tunisia" par Lyn Julius à 20 h 30 (France). Heure : 19h30 UK, 20h30  Europe, 15h30 ET, 12h30 PT, 21h30 Israël. Lien : https://us02web.zoom.us/j/89444397504?pwd=ajE5c2V6UWpMcXJtSFc2TW1uYnpCUT09

« Je fais partie de la troisième génération de céramistes qui se lancèrent vers les années 1880, dans la grande aventure de la rénovation de la céramique tunisienne », me racontait André Chemla (Ndlr : un homonyme sans lien de parenté avec l’auteur de l’article) en 2004 lors d’une de ses expositions parisiennes où il présentait près de 160 vases, plats, hanap, coupes et carreaux. Des céramiques aux dessins animaliers ou floraux, aux décorations géométriques, allégoriques, vivantes ou juives. De remarquables poteries de style Iznik, gloire des palais ottomans.

Et le peintre Michel Fedi, qui exposait ses œuvres orientalistes dans cet espace, avait rendu hommage à Jacob Chemla (1858-1938), le grand-père, premier artisan et artiste de la famille : il avait retrouvé à l’aube du XXe siècle les émaux et couleurs oubliés. Ses enfants Victor décédé en 1954, Albert disparu en 1963 et Mouche (1897-1977) ont perpétué cet art.

Renaissance et essor
La "céramique tunisoise, riche d’une longue tradition, est revivifiée, au tournant du XXe siècle, par Jacob Chemla  et ses fils, qui avaient retrouvé les techniques, renouvelé formes et motifs, et collaboré avec les architectes les plus prestigieux". L'entreprise familiale connait une apogée vers 1920-1930. Elle produit pour le marché tunisien, exporte vers la France, des pays Arabes - Algérie, Irak, Libye -, les Etats-Unis, de New York à la Californie. Elle expose aux Expositions universelles et coloniales, et est distinguée par des Prix. L'usine familiale est abandonnée en 1966, mais l'activité continue en France grâce à Mouche et à son neveu André jusqu'en 1996.

Les « fils de Jacob » - le fondateur vers 1860 était Haï Chemla - fut « un cas unique d’une entreprise juive engagée dans la production de céramique d’art, une activité régulièrement exercée exclusivement par les musulmans depuis le Moyen-Age. Les Chemla l’ont revivifiée et l'ont inscrit durablement dans l'art et le paysage tunisiens. Des années 1860 à la fin du XXe siècle, c’est l’aventure de cette entreprise unique que le livre présente, en même temps que le souvenir d'une Tunisie plurielle que la nouvelle Constitution du pays tente, avec bien des difficultés et bien des efforts, de faire revivre ».

Jacques Chemla, "petit-fils de Jacob Chemla, est à l’origine de l’ouvrage et il a constitué de son vivant une importante collection de céramiques Chemla".

Actifs jusqu’en 1966, « Les fils Chemla » sont "les derniers représentants de la tradition tunisoise de la céramique d’art, dont le Mahj conserve et expose dans ses collections un ensemble de pièces".

Leurs créations ? Poteries d'art, décoration de jardins, vases, panneaux...

André Chemla « a poursuivi avec passion la recherche des procédés de couleurs et des techniques pour retrouver les secrets des merveilleuses céramiques Iznik », qui ont notamment orné les palais ou mosquées turcs. 

Pour ses vases, coupes et kholla tunisienne, ce retraité avait retrouvé le fameux « rouge tomate », vermillon-rouille, qui accompagne les bleus, merveilleux marine et turquoise, et blanc de céramiques de style Iznik (XV et XVIes siècles). 

Deux Grands plats magnifiques constituaient des prouesses techniques : l’un a un décor noir sur fond turquoise et l’autre un décor bleu polychrome..

Cet artiste affectionnait les « poissons rieurs » et un « lapin coureur », guettés par un loup féroce. 

Il puisait aussi son inspiration dans la Bible (panneau en lave émaillée « Les 12 tribus »). Parfois en usant de lave émaillée, il illustrait Les 7 fruits d’Israël, avec figues, orge, blé, dattes, raisins, olives, grenade, ainsi que la prière une semaine après la cérémonie du mariage (Sebrabrahout).

Le judaïsme était illustré dans sa diversité avec une « Main de Fatma » et une « grande poterie aux danseurs hassidiques »…

Les Chemla ont été les talentueux, illustres, mais derniers représentants d'une tradition artisanale élevée au rang d'art.

Le 2 novembre 2015, à 19 h 30, le musée d’art et d’histoire du Judaïsme (MAHJ) proposa la rencontre Les Chemla, une dynastie de céramistes à Tunis, avec la participation de Lucette Valensi et Monique Goffard, filles de Mouche Chemla, et des éditeurs français et tunisien, et la modération de François Pouillon, anthropologue du monde arabe.

A l'occasion du mois du Patrimoine, l'Association tunisienne de promotion et de sauvegarde des métiers et du Patrimoine artisanal HIRFA et les éditions Déméter proposèrent au Palais El Abdellia  l'exposition "Un siècle de céramiques d'art en Tunisie, Aouled Chemla" (16 avril-8 mai 2016). Vernissage le samedi 16 avril 2016 à partir de 18 h. Des "œuvres originales des frères Chemla prêtées par l'ONA et par des collectionneurs et des interprétations et reproductions contemporaines réalisées par l'Atelier de céramique AD 93 (ATELIER DRIBA) et par Mimo Palmizzi seront présentées".

Les Journées européennes des métiers d'art se déroulent du 31 mars au 2 avril 2017.

Le 22 octobre 2018, à 14 h 30, la synagogue Adath Shalom à Paris proposa la conférence "Une famille de céramistes tunisiens", avec Monique Chemla-Goffard. "La céramique tunisoise, riche d’une longue tradition, est revivifiée, au tournant du XXe siècle, par Jacob Chemla et ses fils, qui retrouvent les techniques, renouvellent formes et motifs, et collaborent avec les architectes les plus prestigieux. Actifs jusqu’en 1966, "Les fils Chemla" sont les derniers représentants de la tradition tunisoise de la céramique d’art".

Le 21 mai 2019 à 14 h 30, la synagogue de la rue Copernic (Paris) organisa la rencontre "Une famille de céramistes tunisiens", avec Monique Goffard-Chemla. Monique Goffard-Chemla raconte comment, en 1860, une famille juive de Tunis crée une fabrique de céramique traditionnelle et la développe. Aujourd’hui, ces œuvres sont dans les musées d’Afrique du Nord, d’Europe et des Etats-Unis." A 16 h, le témoignage d’un ancien déporté avec David Perlmutter autour de son livre «Une enfance à nulle autre pareille ou une survie incompréhensible». 

Le 1er novembre 2022, Harif proposera la Zoom conférence "Jews of Tunisia" par Lyn Julius. Heure : 19h30 UK, 20h30  Europe, 15h30 ET, 12h30 PT, 21h30 Israël. La conférence sera diffusée en direct sur la page Facebook d'Harif, filmée et enregistrée. Seuls seront admis les participants identifiés par des noms (pas "Superwoman").
 "Sandwiched between Algeria and Libya, Tunisia has had a millennial Jewish history. It was a centre of medieval scholarship, but also saw periods of repression.  The arrival of Livornese Jews exiled from Spain after 1492 gave the community a unique character.  After the French protectorate was established in 1881, Jews became the vector of modernity. Thousands were sent to forced labour camps during the six months of direct f Nazi occupation of Tunisia in 1942 and the community declined rapidly during the 1950s and 60s. Lyn Julius of Harif will  give an overview,  from the arrival of Jews on the island of Djerba 2,000 years ago to the community’s near-demise in the 21st century".
Meeting ID: 894 4439 7504
Code : djerba
One tap mobile
+441314601196,,89444397504#,,,,*835432# United Kingdom
+442034815237,,89444397504#,,,,*835432# United Kingdom
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Meeting ID: 894 4439 7504
Passcode: 835432
Find your local number/Trouvez votre numéro local : https://us02web.zoom.us/j/89444397504?pwd=ajE5c2V6UWpMcXJtSFc2TW1uYnpCUT09
IMPORTANT: Please note that no registration is required but for security reasons, only participants identified by name (ie not 'Ipad' or "Wonderwoman') will be admitted. The event will be livestreamed to the Harif Facebook page and recorded.

Jacques Chemla, Monique Goffard, Lucette Valensi, Un siècle de céramique d’art en Tunisie. Les Fils de Jacob Chemla, Tunis. Ed. Déméter-Éditions de l’éclat, 2015. 224 p. ISBN : 9782841623778

Visuel :
Céramique des Chemla. © DR
Cet article a été publié le 30 octobre 2015, puis les 15 avril 2016, 3 avril 2017, 22 octobre 2018, 21 mai 2019.

dimanche 30 octobre 2022

Annie Ernaux

Née en 1940, Annie Ernaux est professeure agrégée de lettres modernes retraitée et a signé des récits généralement autobiographiques
. C'est une militante anti-israélienne. En 2022, le Prix Nobel de Littérature lui est décerné. 
Arte diffuse sur son site Internet « Les années Super 8. Annie Ernaux se raconte » (Annie Ernaux’ Super 8 – Tagebücher) de David Ernaux-Briot.

Raymond Aron (1905-1983) 
« ENS : L'école de l’engagement à Paris » par Antoine de Gaudemar et Mathilde Damoisel
Archives de la vie littéraire sous l'Occupation 

Née en 1940 dans une famille de modestes commerçants, Annie Ernaux est professeure agrégée de lettres modernes retraitée et a signé des récits souvent autobiographiques : Les Armoires vides (1974), La Femme gelée (1981), La Honte (1997), Les Années (2008). En 1984, elle est distinguée par le Prix Renaudot pour La Place.

Annie Ernaux est engagée contre l’Etat d’Israël. En 2018, elle s’était opposée à la Saison interculturelle Israël France. Autres opposants : Simone Bitton, cinéaste, Valérie Dréville, comédienne, Jean-Luc Godard, cinéaste, Eric Hazan, écrivain-éditeur, Nicolas Klotz, cinéaste, Leslie Kaplan, auteure, Gérard Mordillat, écrivain, Bernard Noël, écrivain, Ernest Pignon-Ernest, plasticien, Eyal Sivan, cinéaste, Tardi, dessinateur, Martin Winckler, écrivain (et médecin).

En mai 2019, "avec plus de cent artistes français dont Willem, Tardi et Willis From Tunis, dessinateurs, Yvan Dautin, chanteur, IMHOTEP, du groupe IAM, musiciens, Sarah Lecarpentier, comédienne et metteure en scène, Elli Medeiros, chanteuse, Annie Ohayon, productrice, Mireille Perrier, comédienne, metteur en scène ; Ernest Pignon-Ernest, artiste plasticien, Luc Quinton, plasticien, Eyal Sivan, cinéaste ; Francesca Solleville, chanteuse,  elle a signé une lettre exhortant au boycott de l’Etat Juif lors du concours de l’Eurovision à Tel Aviv :
"Discrimination et exclusion sont profondément ancrées en Israël, où notamment la loi « Israël, État-nation du peuple juif » a été adoptée le 19 juillet 2018, proclamant que seuls les Juifs ont le « droit à l'autodétermination nationale », entérinant ainsi officiellement l'apartheid... 
En 2017 par exemple, le festival de théâtre de Saint Jean d’Acre a dû retirer une pièce consacrée aux prisonnier·e·s politiques palestinien·ne·s pour éviter les coupures budgétaires gouvernementales. 
Israël est un État qui considère officiellement la culture comme un instrument de propagande politique: son Premier ministre, Benjamin Netanyahou, a félicité l’israélienne Netta Barzilai, lauréate de l’Eurovision 2018, pour avoir « accompli un travail exceptionnel en matière de relations extérieures ». 
Nous, artistes et travailleur·se·s culturels français qui signons cet appel, n’irons pas à Tel Aviv blanchir le système de discriminations légales et d’exclusion qui y sévit contre les Palestiniens, et nous appelons France Télévisions et la délégation française à ne pas servir de caution au régime qui  envoie ses snipers tirer tous les vendredi contre les enfants  désarmés de la marche du retour à Gaza. Un divertissement qui se respecte ne se joue pas en terre d’Apartheid. Nous ne l’aurions pas accepté pour l’Afrique du Sud , nous ne l’accepterons pas pour Israël".
En octobre 2021, avec Angela Davis, Noam Chomsky, 
Bruno Gaccio, Robert Guediguian, Pierre Laurent, Corinne Masiero, Toni Negri, Mumia Abu-Jamal, Annie Ernaux a demandé la libération de Georges Ibrahim Abdallah, terroriste libanais, chef de la Fraction armée révolutionnaire libanaise (FARL), emprisonné en France en 1984 et condamné en 1986 à la réclusion à perpétuité pour complicité dans l'assassinat de diplomates israélien et américain, Yacov Barsimentov et Charles Ray, à Paris. Un texte qui occulte les violences commises par des Palestiniens au Liban, notamment contre les chrétiens, les actions terroristes du Hezbollah soutenu par l'Iran...

Le 7 juin 2021, Annie Ernaux a apposé son nom parmi les soutiens de la « Lettre contre l'apartheid: en soutien de la lutte palestinienne pour la décolonisation » publiée après le déchainement de violences palestiniennes véhiculant durant le mois du Ramadan la rumeur infondée "al-Aqsa est en danger" (13 avril-21 mai 2021). l’opération israélienne « Gardien des murailles » (« Bataille Épée d’al-Quds » selon des Palestiniens). Parmi les signataires : Ahlam Shibli, Annemarie Jacir, Bella Hadid, Clara Khoury, Elia Suleiman, Elias Sanbar, Kamilya Jubran, Le Trio Joubran, Rana Bishara, Ruanne Abou-Rahme. Parmi les soutiens : agnès b., Angela Davis, Annie Sprinkle, Bernie Bonvoisin, Eyal Sivan, Jacques Testard, Joe Sacco, John Cusack, Julie Christie, Ken Loach, Mariam al Ferjani, Marianne Faithfull, Naomi Klein, Nathalie Khankan, Omar Bishara, Simone Bitton. Extrait de cette « Lettre »:
« Nos communautés ont été systématiquement et brutalement fragmentées et effacées depuis la Nakba, le début de la colonisation israélienne en 1948, mais ce récent rassemblement nous donne courage et confiance. Ces sentiments sont essentiels pour porter la rage et le chagrin que nous ressentons ces deux dernières semaines. Naît en nous, en dépit de ces années de déshumanisation, un véritable espoir.
Le monde commence enfin à nommer le système israélien par son nom. Au début de cette année, l'organisation israélienne de défense des droits humains B'Tselem a suivi l’exemple donné par des décennies de travail intellectuel et légal palestiniens en réitérant qu’il n'y a pas de séparation entre l'État israélien et l’occupation militaire : les deux forment un seul système d'apartheid. Human Rights Watch, à son tour, a publié un rapport détaillé accusant Israël de « crimes contre l'humanité d'apartheid et de persécution. » (...)
Nous demandons à tous les gouvernements qui permettent ce crime contre l’humanité de mettre en place des sanctions, de mobiliser les instances internationales de responsabilité, et de mettre un terme à leurs relations commerciales et économiques. Nous appelons les activistes et citoyen·ne·s, et tout particulièrement nos pairs dans les arts, à encourager dans la mesure du possible leurs institutions et leurs localités, à soutenir au mieux la lutte palestinienne pour la décolonisation. L’apartheid israélien est soutenu par la complicité internationale. Il en va de notre responsabilité collective de réparer ce mal...
Nous avons constaté que les gouvernements en Europe et au-delà ont mis en place des politiques de censure, et encouragé une culture de l’autocensure concernant la solidarité avec les Palestinien·ne·s. Or, il est cynique de confondre toute critique légitime de l'État d'Israël et de ses politiques envers les Palestinien·ne·s avec de l'antisémitisme. Le racisme, dont l'antisémitisme et toutes les formes de haine, nous sont odieux et ne sont pas les bienvenus dans notre lutte. Il est temps de s'opposer à ces tactiques de silenciation et de les surmonter. Des millions de personnes à travers le monde voient dans les Palestinien·ne·s un microcosme de leur propre oppression et de leurs espoirs, et des alliés tels que Black Lives Matter et Jewish Voice for Peace, ainsi que des militant·e·s des droits des peuples autochtones, des féministes et des mouvements queer, parmi beaucoup d'autres, expriment de plus en plus leur soutien. »
Le 6 octobre 2022, le jury du Prix Nobel de Littérature lui décerne ce Prix prestigieux pour « le courage et l’acuité clinique avec laquelle elle découvre les racines, les éloignements et les contraintes collectives de la mémoire personnelle ». Il lui a manqué le courage nécessaire au choix de Salman Rushdie.

Le 16 octobre 2022, Annie Ernaux a défilé aux côtés de Jean-Luc Mélenchon "contre la vie chère".

« Les années Super 8. Annie Ernaux se raconte »
Arte diffuse sur son site Internet « Les années Super 8. Annie Ernaux se raconte » (Annie Ernaux’ Super 8 – Tagebücher) de David Ernaux-Briot.

« Annie Ernaux pose sa voix sur des bribes d’images muettes provenant de films de famille des années 1970. La chronique d’une époque tout autant qu’un puissant récit d’émancipation féminine. »

« En 1972, Annie Ernaux (La place, Prix Renaudot) et Philippe, son mari, font l’acquisition d’une caméra Super-8, "objet désirable par excellence", confie l’écrivaine, aujourd’hui âgée de 82 ans. Parents de deux garçons de 7 et 3 ans, Éric et David, le jeune couple vit alors à Annecy où Philippe a décroché le poste de secrétaire général adjoint de la mairie, tandis qu’Annie enseigne les lettres dans un collège ». 

« Les premières images, muettes et en couleurs, tournées par Philippe, captent le retour des courses d’Annie et des enfants : "Nous vivons un moment inouï, à la fois heureux et empreint d’une certaine violence. On ne sait pas quoi faire de cette durée nouvelle, arrachée à notre vie", se souvient l’écrivaine. »

« La caméra saisit aussi les éléments du décor, "tout ce qui nous classait parmi la bourgeoisie de fraîche date", constate Annie Ernaux ». 

« La décennie 1970 est aussi marquée par le désir de partir, de voyager loin. Le couple se rend en Albanie, en URSS, visiter le Chili d’Allende et découvrir ses mesures révolutionnaires… "Je sentais que ce voyage était en train de bouleverser quelque chose dans ma vie, de m’obliger à me rappeler la promesse que je m’étais faite à 20 ans : j’écrirai pour venger ma race."

« Car derrière l’image lisse de la jeune mère de famille filmée aux anniversaires, à Noël, aux sports d’hiver, aux grandes vacances, se dissimule une autre femme ». 

« Celle issue d’un milieu populaire, taraudée par la nécessité d’écrire, de "regrouper tous les événements de [sa] vie en un roman violent, rouge". 

« Alors, en secret, Annie écrit une œuvre "qui raconte comment les études, la culture, [l’]ont séparée de [son] milieu populaire d’origine". 

« Il est publié en 1974 par Gallimard sous le titre Les armoires vides. »

« Dès lors, l’écrivaine ne cessera de creuser ce sujet ». 

« Si les bribes de films pris entre 1972 et 1981 constituent d'émouvantes archives familiales et un témoignage sur une époque, ils deviennent surtout le support d’un puissant récit écrit et dit par Annie Ernaux ». 

« En donnant ainsi sens à ce défilement d’images muettes, elle convoque et revisite une décennie qui fut déterminante dans sa vie, celle de son émancipation en tant que femme et en tant qu’écrivaine ». 

« Présenté à Cannes à la Quinzaine des réalisateurs, Les années Super-8 sortira en salles le 14 décembre 2022. »



« Dans Les années Super-8 réalisé par son fils David, qui retrace les années 1970 au fil d’archives de famille, l’écrivaine Annie Ernaux évoque, alors qu’elle vit un quotidien banal de jeune mère et d’épouse, l’impérieuse nécessité d’écrire, qui a donné naissance à ses trois premiers romans. »

"Les armoires vides" (1974)
« Annie Ernaux achève en secret son premier roman, juste avant un séjour à Tanger, dont on découvre dans le documentaire d’émouvantes images tournées par Philippe, son mari. Dans ce livre, publié par Gallimard en 1974 sous le titre Les armoires vides, une femme, Denise Lesur, attend seule dans sa chambre de cité universitaire l’issue d’un avortement clandestin qu’elle vient de subir. Pourtant, de ces jours immobiles faits d’inquiétude, naît un monde trépidant, bruissant de fureur. Celui d’une jeune femme qui évoque avec poésie et rage ses sentiments ambivalents pour son milieu populaire d’origine où se mêlent honte, mépris et amour. Mais aussi la fascination et la méfiance que lui inspire la classe petite-bourgeoise qu’elle intègre de fraîche date ou sa condition féminine au mitan des années 1960. Annie Ernaux reviendra en 2000 sur cet avortement de manière autobiographique avec L’événement adapté au cinéma en 2021 par Audrey Diwan et récompensé d'un Lion d’or à Venise »  
 
"Ce qu’ils disent ou rien" (1977)
"La sortie de mon premier roman me paraît alors lointaine, presque irréelle. Un livre ne change pas la vie, pas comme on espère, ou croit", analyse l’écrivaine dont la voix se pose sur des images tournées en Ardèche pendant les vacances de février 1975. Elle a débuté l’écriture d’un deuxième roman qui met en scène Anne, adolescente rebelle tentant de s’émanciper de la cellule familiale, qui s’éveille à l’amour dans la torpeur caniculaire de l’été 1976. Dans ce court récit écrit à la première personne, qui analyse avec justesse la montée du désir, l’écrivaine continue d’explorer le thème du trajet social entre son milieu d’origine et celui de la petite-bourgeoisie. Annie Ernaux reviendra sur ce premier amour avec Mémoire de fille (2016) après avoir, durant plusieurs décennies, abandonné la fiction au profit du genre "auto-socio-biographique", terme qu’elle invente et qui lui permet de fusionner en un seul récit la vie d’une femme et sa perception du monde. »

"La femme gelée" (1981)
« Dans La femme gelée, paru en 1981 et qu’elle dédie à Philippe, son mari, dont les images prises sur le vif des événements familiaux se font plus rares, signe implacable d’un éloignement physique, Annie Ernaux décortique les mécanismes socioculturels à l’œuvre dans la construction des stéréotypes de genre, principalement ceux de la féminité. L’héroïne y découvre notamment les pièges du couple qui la réduit à la vie domestique et l’éloigne de ses aspirations. Dans ce récit, une gamine rieuse et rêveuse se métamorphose en femme gelée, recluse dans une rage muette, soumise à la domination d’une société patriarcale et à la violence des inégalités qu’elle engendre. Une œuvre inspirée à Annie Ernaux par la découverte du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir. »


France, 2021, 61 min
Commentaire écrit et dit par Annie Ernaux 
Coproduction : ARTE France-La Lucarne, Les Films Pelléas
Disponible du 14/09/2022 au 31/10/2022

vendredi 28 octobre 2022

Edward G. Robinson (1893-1973)

Edward G. Robinson (1893-1973) était un comédien juif américain né dans le royaume de Roumanie. Il est devenu célèbre par ses rôles de durs-à-cuire, notamment de gangsters dans les années 1930 et 1940 : 
Little Caesar, Key Largo. Collectionneur d'art, il s'est engagé politiquement. Arte diffusera le 28 octobre 2022 à 13 h 35 « Soleil vert » (Soylent GreenJahr 2022 ... die überleben wollen), film américain de science fiction de Richard Fleischer, avec Charlton Heston, Edward G. Robinson, Leigh Taylor-Young, Chuck Connors, Joseph Cotten.


Edward G. Robinson (1893-1973) était un comédien juif américain né dans le royaume de Roumanie. 

Il a débuté au théâtre, à Broadway, à New York.

Il est devenu célèbre par ses rôles de durs-à-cuire, notamment de gangsters dans les films hollywoodiens des années 1930 et 1940 : Little Caesar, Key Largo

Il s'est engagé politiquement contre le fascisme et le nazisme, et a aidé financièrement des associations d'aides aux Juifs.  

Durant la Guerre froide ayant opposé le monde libre à l'Union soviétique communiste et les pays de sa sphère d'influence au début des années 1950, il a témoigné devant la House Un-American Activities Committee (Comité des activités anti-américaines de la Chambre des Représentants du Congrès) en affirmant avoir été trompé par des amis ou connaissances, dont il a livré les noms. Il a figuré sur le liste grise (graylist) de Hollywood et a joué pendant plusieurs années dans des films plutôt mineurs produits par des studios de la Poverty Row.

Dans sa filmographie, citons Little Caesar (1931), The Little Giant (1933), Confessions of a Nazi Spy (1939)The Woman in the Window (1944), House of Strangers (1949), The Ten Commandments (1956) - rôle de Dathan -, The Cincinnati Kid (1965) 

Collectionneur d'art moderne - Matisse, Picasso -, il a du se séparer d'une partie de ses tableaux lors de son divorce.

« Soleil vert »
Arte diffusera le 28 octobre 2022 à 13 h 35 « Soleil vert » (Soylent GreenJahr 2022 ... die überleben wollen) de Richard Fleischer.

« New York en l'an 2022. La mégalopole est en proie à la famine et aux déchets, et l'alimentation synthétique généralisée... Réalisé en 1973 par Richard Fleischer, un film étonnamment visionnaire, devenu une référence du cinéma de science-fiction. Avec Charlton Heston et Edward G. Robinson. »

« New York, 2022. Les ressources naturelles sont épuisées. La population se nourrit exclusivement d’aliments synthétiques : des doses de "soleil vert" fabriquées par la compagnie Soylent. Le détective Thorn, qui partage son appartement avec un vieillard, Sol Roth, enquête sur la mort suspecte de Simonson, un haut dirigeant de l'entreprise. Mais l’affaire est subitement classée par la police, et les témoins gênants disparaissent… »

« Les premiers plans, vertigineux, qui plongent sur New York, s’écrasent dans des poubelles remplies d’ordures, dans des carrières submergées de déchets, qui rappellent certaines images actuelles. Pour accéder à son appartement, Thorn escalade des hommes tassés les uns contre les autres ». 

« Ses richesses naturelles épuisées, la planète se réduit à un terrain vague pollué et surpeuplé ». 

« Le "soleil vert", petit carré de nourriture synthétique, est devenu le nec plus ultra de la gastronomie. « Seuls les anciens ont connu le temps des vraies saveurs. Roth, l’ami de Thorn, peste sans arrêt contre "ces cochonneries sans odeur et sans goût". 
« Le vocabulaire même est déshumanisé : les plus nantis se réservent le "mobilier", c’est-à-dire de jolies poupées de luxe... » 

« Magnifiquement servie par un Charlton Heston convaincant en privé opiniâtre, approchant, à ses risques et périls, l’abominable vérité, cette vision cauchemardesque du XXIe siècle désormais advenu résonne étrangement en cette année 2022 ». 

« Puissant par sa force évocatrice, Soleil vert offre aussi enfin un dernier rôle au grand acteur Edward G. Robinson, vu notamment dans Le vaisseau fantôme de Michael Curtiz, La femme au portrait de Fritz Lang et Key Largo de John Huston. »




« Soleil vert » de Richard Fleischer
 
Scénario : Stanley R. Greenberg
Etats-Unis, 1973
Production : MGM
Producteurs : Walter Seltzer, Russell Thacher
Auteur : Harry Harrison
Image : Richard H. Kline
Montage : Samuel E. Beetley
Musique : Fred Myrow
Avec Charlton Heston (Détective Thorn), Edward G. Robinson (Sol Roth), Leigh Taylor-Young (Shirl), Chuck Connors (Fielding), Joseph Cotten (William Simonson), Brook Peters (Hatcher), Paula Kelly (Martha)
Sur Arte le 28 octobre 2022 à 13 h 35