Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mardi 13 avril 2021

Pierre Dac. Du côté d’ailleurs

Le musée d’art et d’histoire du Judaïsme (mahJ) présente « Pierre Dac. Du côté d'ailleurs », 
première exposition consacrée à Pierre Dac (1893-1975), humoriste français juif, ancien combattant de la Première Guerre mondiale, résistant durant la Deuxième Guerre mondiale, et inventeur d’émissions radiophoniques au succès durable. « Plus de 250 documents issus des archives familiales, extraits de films, émissions télévisées et radiophoniques, contribuent à éclairer le parcours personnel et l’oeuvre de ce maître de l’absurde, qui présida notamment à la naissance de l’humour contemporain ».

Raymond Aron (1905-1983) 
« ENS : L'école de l’engagement à Paris » par Antoine de Gaudemar et Mathilde Damoisel
Archives de la vie littéraire sous l'Occupation 

« Qui sait que dans les années 1950, Pierre Dac (1893-1975) fut l’inventeur du « schmilblick », cet objet au nom yiddish « qui ne sert absolument à rien et peut donc servir à tout » ? Qui se souvient qu’il créa le biglotron, « la découverte la plus scandaleusement oubliée par les autorités scientifiques, militaires et religieuses de notre époque » ? Qui a en mémoire les scènes de la désopilante série radiophonique Bons baisers de partout diffusée sur France Inter de 1965 à 1974, dont il fut coauteur ? »

« Des années 1920 au milieu des années 1970, l’imagination et l’inventivité de Pierre Dac ont nourri la culture française savante et populaire d’un extraordinaire arsenal humoristique, que l’exposition fera redécouvrir. »

« Né André Isaac à Châlons-sur-Marne, Pierre Dac est issu d’une famille juive alsacienne qui choisit la France après l'annexion allemande de 1871 ». 

« Il s’engage durant la Première Guerre mondiale, animé du désir de rendre l’Alsace-Lorraine à la France ». 

« Après l’Armistice, il se tourne vers le cabaret ; ses sketchs, chansons, et surtout ses « pensées », lui valent un succès immédiat ». 

« Dans les années 1930, il produit les premières émissions d’humour à la radio (La Société des Loufoques, La Course au Trésor...), puis fonde l’hebdomadaire L’Os à moelle, dont le tirage atteint 400 000 exemplaires ». 

« Résistant de la première heure, il rejoint Londres en 1943 : dans Les Français parlent aux Français, au micro de la BBC, il mène une impitoyable guerre des mots contre Radio Paris. »

« Après la guerre, il rencontre Francis Blanche, avec lequel il monte Sans issue ! aux Trois baudets, crée le célèbre « Sâr Rabindranath Duval », puis Signé Furax, le feuilleton le plus écouté de l’histoire de la radio ». 

« Il se présente à l’élection présidentielle de 1965 à la tête du Mouvement ondulatoire unifié ou MOU ». 

« En 1972, trois ans avant sa mort, celui qui s’était autoproclamé « roi des loufoques » publie ses Pensées, qui touchent une nouvelle génération ». 

S'articulant autour de neuf parties, « l’exposition éclaire la créativité musicale et littéraire de Pierre Dac, ses sources, le rôle de la parodie et de la satire, ses modes d’expression très divers – et notamment l’utilisation de tous les nouveaux médias (film, radio et télévision) tout en restant attaché au cabaret et au théâtre) ». 

« Elle évoque également plusieurs générations d’humoristes, qui ont été, un jour ou l’autre, ses compagnons de route. Certains d'entre eux, notamment Francis Blanche, Jean Yanne et René Goscinny, figurent au Panthéon de l’humour ». 

« Enfin, elle restitue l’œuvre de Pierre Dac parmi celles des maîtres de l’absurde (Samuel Beckett, Eugène Ionesco, Roland Dubillard…), redevable tant à l’argot des bouchers qu’au mot d'esprit freudien, et aborde les résonances de sa judaïté dans son parcours personnel, de citoyen et ses choix artistiques ». 

« Une série de manifestations à l’auditorium et des visites guidées accompagnent l’exposition. 

Le catalogue est publié avec les éditions Gallimard ». 

Le commissariat est assuré par Anne Hélène Hoog et Jacques Pessis. 


Accompagne l'exposition, le catalogue "Pierre Dac. Du côté d'ailleurs" sous la direction d’Anne Hélène Hoog et Jacques Pessis (Coédition mahJ-Gallimard, 2020).  Sommaire :
Pierre Dac en images 
PIERRE DAC, QUI ÊTES-VOUS ? 
Pierre Dac, du côté d’ailleurs, par Anne Hélène Hoog, musée de la Bande dessinée, Angoulême 
Résistant, par Jean-Michel Ribes, théâtre du Rond-Point, Paris 
Pierre Dac, Mémoires. Monologue, 1925-1935 
L’ENGAGEMENT CITOYEN 
Pierre Dac, de l’israélite français, au juif… converti, par Gérard Unger, Mediatransports, fondation Pro-mahJ 
Pierre Dac antiraciste, un engagement contre l’oubli, par Emmanuel Debono, historien 
Pierre Dac, Écoute, Israël, 1968 
EN SCÈNE 
Le monde selon Pierre Dac, par Pascal Ory, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne 
En France, tout commence et tout finit par des chansons, par Juliette, auteure, compositrice, interprète 
Pierre Dac, Les Points d’un pacte, septembre 1928 
RADIO LONDRES 
Juin 1940 – août 1945, un loufoque s’en va-t-en guerre…, par Philippe Landau, archives consistoriales 
Pierre Dac à l’école, par Alexandre Bande, docteur en histoire 
Pierre Dac, Bagatelle sur un tombeau, 1944 
DE LA TSF AU TRANSISTOR 
Le pionnier de l’humour à la radio, par Jacques Pessis, journaliste, écrivain, scénariste, légataire universel de Pierre Dac 
Pierre Dac et Francis Blanche aux Trois Baudets, par Françoise Canetti, Éditions et Productions Jacques Canetti 
Pierre Dac et Francis Blanche, Signé Furax – 1er épisode, lundi 15 octobre 1956 
PIERRE DAC PRÉSIDENT ! 
« L’étendard du M.O.U est levé ». Pierre Dac candidat à l’élection présidentielle de 1965, par Bertrand Tillier, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne 
Pierre Dac, président du M.O.U., conférence de presse, 9 février 1965 
LE ROI DES LOUFOQUES 
« Échangerais n’importe quoi contre ce qu’on voudra. Très pressé. », par Thierry Grillet, Bibliothèque nationale de France 
Pierre Dac, un structuraliste de l’humour ?, par Étienne Ghys, CNRS 
Pierre Dac, Le Schmilblick, 1951 
ANNEXES 
Autour de Pierre Dac, biographies 
Sont parus autour de Pierre Dac en octobre 2020 : 
- Pensées éternelles, Paris, Le Cherche-Midi 
- Le meilleur de Pierre Dac, EPM 
  - Pierre Dac et Francis Blanche. Leurs sketches Inoxydables enregistrés au Théâtre des Trois Baudets, Paris, Productions Jacques Canetti.

« Les jeunes années d’André Isaac (1893-1919) » 
« Après l’annexion de l’Alsace-Lorraine en 1871, la famille maternelle d’André Isaac opte pour la France et s’installe à Châlons-sur-Marne, où elle ouvre un magasin de chaussures. Berthe Kahn y rencontre et épouse Salomon Isaac, un boucher venu de Nancy. Ils auront deux fils ». 

« André, le cadet, naît le 15 août 1893 à Châlons-sur-Marne. En 1896, ses parents s’installent à Paris. Bon élève, André est doté de talents artistiques dont la musique. Nourri à l’humour, il baigne dans les langues familiales : le judéo-alsacien et le français, auxquels s’ajoute le louchébem, l’argot des bouchers parlé par Salomon Isaac ». 

« Après la déclaration de guerre par l’Allemagne le 3 août 1914, André et son frère aîné Marcel sont mobilisés et envoyés au front. Ils sont animés du désir ardent de reconquérir l’Alsace- Lorraine. Blessé par un éclat d’obus lors de la bataille de l’Artois, André perd 12 centimètres au bras gauche. Difficilement rétabli, il insiste cependant pour repartir au front. La mort de Marcel pendant les attaques de Champagne, puis une seconde blessure reçue en 1917 (il recevra la Croix de guerre) laisseront de profondes marques sur l’homme sans pour autant entamer ses convictions patriotiques et humanistes ».
 
« Celui qui, dans la vie, est parti de zéro pour n’arriver à rien dans l’existence n’a de merci à dire à personne. »

« Chansonnier dans l’entre-deux-guerres » 
« Après sa démobilisation en 1919, André Isaac exerce des petits métiers avant de débuter en 1922 comme chansonnier à La Vache enragée. Il y adopte le nom de scène Pierre Dac. Ses sketchs et chansons, et surtout ses considérations sur l’humanité, qu’il nomme « Pensées » en hommage à Blaise Pascal, le révèlent comme un maître de l’absurde ». 

« Il rencontre un succès immédiat auprès du public des théâtres et des cabarets, de Montmartre à la République, tels Les Deux Ânes, Le Coucou, Le Caveau de la République ou la Lune rousse. »

« Les débuts du cinéma parlant voient Pierre Dac interpréter divers rôles dans Le Fada de Léonce-Henri Burel (1932), Le Bidon d’or de Christian-Jacque (1932) ou Les Deux Monsieur de Madame d’Abel Jacquin et Georges Pallu (1933). »
  
« Lorsqu’on dit qu’une salle de spectacle est à moitié vide, cela signifie en même temps qu’elle est à moitié pleine. » 

« Un loufoque à la radio. L’invention d’un genre » 
« Avec des camarades chansonniers, comédiens et musiciens (Fernand Rauzéna, Lionel Cazaux…), Pierre Dac explore le domaine de l’humour absurde qu’il qualifie de « loufoque », un terme issu du louchébem, l’argot des bouchers. »
« À la fin des années 1920, la France compte plus de trente stations de radio publiques ou privées. La TSF entre dans la plupart des foyers français. Cette nouvelle technologie invite à la créativité. En 1936, Pierre Dac débute comme humoriste sur les ondes de Radio Cité, antenne rachetée l’année précédente par le publiciste Marcel Bleustein-Blanchet. Il invente la première émission d’humour, L’Académie des travailleurs du chapeau. En 1937, sur Le Poste parisien, il crée et anime La Course au trésor et La Société des loufoques (ou SDL, parodie de la SDN, Société des Nations) avec Fernand Rauzéna. »
« Ses revues et spectacles sont diffusés en direct et gagnent en popularité. Avec le comédien Raymond Souplex, il écrit le scénario des Surprises de la radio (1938), un film réalisé par son ami Marcel Aboulker, qui évoque cette époque. En 1938, il crée Les Chercheurs d’or, un jeu radiophonique au cours duquel les participants doivent trouver et rapporter des pièces frappées à l’effigie de « Pierre Dac Ier, Roi des Loufoques » semées dans Paris ». 
« Se laisser aller à la facilité, c’est faciliter le laisser-aller. » 

« L’Os à moelle » 
« Le succès radiophonique rencontré par Pierre Dac le pousse vers la presse écrite. Il reste dans le domaine de l’absurde et contribue à l’adaptation française des dialogues farfelus de Smokey Stover, une bande dessinée populaire américaine signée par Bill Holman (« docteur en foulosophie » selon Pierre Dac), publiée sous le titre Popol, le joyeux pompier dans l’hebdomadaire L’Épatant de la Société parisienne d’édition de la famille Offenstadt. » 
« Quelques mois plus tard, sollicité par Moïse et Nathan Offenstadt, Pierre Dac lance l’hebdomadaire L’Os à moelle, organe officiel des loufoques. Rédacteur en chef, Pierre Dac y est entouré de Fernand Rauzéna, Jean Marsac, Raymond Schalit (qui signe Albin Jamin), Maurice Henry, Claude Dhérelle, Charley Williams et Robert Rocca, des dessinateurs Bugette, Pruvost et Jean Effel, ainsi que du feuilletoniste Roger Salardenne. » 
« Tiré à 400 000 exemplaires le 13 mai 1938, le premier numéro est rapidement épuisé. Les petites annonces de Gaston Berger et Ribette remportent un franc succès et sont lues à voix haute dans les collèges et les lycées. L’hebdomadaire popularise l’humour loufoque et organise la « Nuit des Loufoques » en mars 1938, au Moulin de la Galette, ainsi qu’une première exposition d’art loufoque en mai. Très populaire, le titre est aussi politiquement engagé, raillant Hitler et Mussolini ainsi que les compromis, la lâcheté et l’incompétence de certains hommes politiques. L’occupation de Paris par la Wehrmacht en juin 1940 met un terme à la parution. »
« 14 juin 1940 : les Allemands entrent dans Paris. L’Os à moelle disparaît parce qu’il se dissout au contact du vert-de-gris. » 

« La Seconde Guerre mondiale et Radio Londres » 
« Pierre Dac, opposé au nazisme depuis 1933, est mobilisé brièvement à la suite de la crise des Sudètes. Durant la conférence de Munich en septembre 1938, il poursuit le combat dans les colonnes de L’Os à Moelle. Dès que la guerre éclate entre l’Allemagne et la France, en septembre 1939, il soutient le moral des troupes engagées dans la « drôle guerre » en participant à diverses tournées organisées par Le Poste parisien puis par le Théâtre aux armées, en particulier sur la ligne Maginot. »
« Averti du danger qu’il court comme auteur de textes antinazis, il quitte Paris avec Dinah Gervyl à la veille de l’entrée de la Wehrmacht, et se réfugie en Bourgogne. Ayant entendu parler de l’appel lancé par le général de Gaulle le 18 juin, il part pour Toulouse, où la mère de Dinah est proche d’un réseau de résistants, avec le projet de rejoindre Londres. Jacques Canetti lui trouve des engagements pour des tournées en zone libre et en Afrique du nord jusqu’en novembre 1941. Résolu à passer en Angleterre, il traverse les Pyrénées, arrive en Espagne où il est arrêté et jeté en prison. Il revient en France quatre mois plus tard et entre dans la clandestinité. Il repart en Espagne où, après trois autres séjours en prison et grâce à un faux passeport canadien, il est échangé par l’intermédiaire de la Croix-Rouge, contre des sacs de blé. Enfin libre, il gagne Alger puis l'Angleterre ». 
« À Londres, Pierre Dac apprend l’étendue des crimes des miliciens et des nazis, et déclare : « Tout juif qui aurait la possibilité de faire de la résistance et qui n’en fait pas, je le méprise d’office. » À la BBC, dans l’équipe de l’émission « Les Français parlent aux Français » qu’il rejoint le 30 octobre 1943, il côtoie Jacques Duchesne, Jean Oberlé, Jean Marin et Maurice Schumann. Il passe à l’attaque avec La défense élastique contre la Wehrmacht et La ronde du chanvre contre les pétainistes. Pierre Dac écrit aussi pour France, le journal de la France libre. Sur les ondes, jusqu’en août 1944, il écrit plus de quatre-vingts éditoriaux et chansons fustigeant Pétain, les collaborateurs et les occupants. Son célèbre texte Bagatelle sur un tombeau, conclut une joute verbale avec Philippe Henriot, secrétaire d’État à l’Information et à la Propagande du gouvernement de Vichy et orateur de Radio-Paris ». 
« Fin août 1944, Pierre Dac revient à Paris, théâtre des combats de la Libération. En octobre, il reprend ses spectacles à l’ABC, participe à divers galas au bénéfice des victimes de guerre et épouse Dinah Gervyl. En janvier 1945, il accepte un poste de correspondant de guerre pour la Radiodiffusion française. Suivant les progrès de la 1re Division française libre puis de la 9e Division d’infanterie coloniale, il assiste à la libération des Vosges et de l’Alsace, ainsi qu’à la débâcle allemande en Rhénanie avant d’atteindre le Tyrol. Le 1er mars 1945, il réalise des entretiens avec des prisonniers allemands dont Leni Riefenstahl, la réalisatrice du Triomphe de la volonté (1935) et le beau-frère de Hitler. Après la capitulation de l’Allemagne, Pierre Dac revient à la vie civile. Son activité de résistant est reconnue officiellement par le général de Gaulle ; il reçoit la médaille de la Résistance française ainsi que des témoignages de reconnaissance de divers groupes de maquisards. Il est nommé chevalier de l’ordre de la Légion d’honneur en 1946. »
« Les résistants de 1945 sont, parmi les plus glorieux et les plus valeureux combattants de la Résistance, ceux qui méritent le plus d’estime et le plus de respect parce que, pendant plus de quatre ans, ils ont courageusement et héroïquement résisté à leur ardent et fervent désir de faire de la résistance. » 

« De L’Os Libre à Signé Furax » 
« En octobre 1945, Pierre Dac lance avec Marcel Bleustein-Blanchet L’Os libre, un hebdomadaire humoristique dont il entend faire un outil politique qui doit « marquer le tournant décisif de la remise en marche de nos institutions démocratiques ». On y lit des textes signés entre autres par René Lefèvre, Jean Nocher, Fernand Rauzéna, rejoints par Bourvil et un jeune humoriste, Francis Blanche. Mais, faute de succès, L’Os libre cesse de paraître en octobre 1947. « 
« Débutée par une dispute, la rencontre de Pierre Dac et Francis Blanche est fructueuse : ils créent ensemble l’émission Le Parti d’en rire (plus tard Faites chauffer la colle) sur Paris Inter. Les deux humoristes forment dès lors le plus célèbre duo des années 1950 et jonglent entre la scène et la radio. Leurs revues (Sans Issue !, Chipolata 58) et leurs émissions radiophoniques (Le Parti d’en rire, Malheur aux Barbus !) sont très populaires. Le sketch « Madame Arnica », deviendra le célèbre « Sâr Rabindranath Duval ». Pour Europe n° 1, ils écrivent et interprètent Signé Furax, le feuilleton le plus écouté de l’histoire de la radio. Le cinéma fait appel à eux et Francis Blanche s’y consacre de plus en plus. En 1960, le duo Pierre Dac et Francis Blanche met un terme à sa collaboration. » 
« Pierre Dac ne destine pas seulement son art de l’absurde au théâtre ou à la radio. Il s’essaie enfin au roman et, en 1952, écrit Du côté d’ailleurs, qui sera publié l’année suivante par André Martel. L’ouvrage plonge ses lecteurs dans une fable où l’étrange et l’absurde le disputent au comique. Le livre est adapté pour la télévision en une suite de sketches retransmis en direct du cabaret Le Tabou. Un an après la parution, Pierre Dac publie un second roman, Les Pédicures de l’âme, oeuvre complexe plus philosophique que loufoque. » 
« Quand on dit d’un artiste comique de grand talent qu’il n’a pas de prix, ce n’est pas une raison pour ne pas le payer sous le fallacieux prétexte qu’il est impayable. » 

« Du loufoque au philosophe » 
« Ancien combattant de 14-18, Pierre Dac a surmonté l’expérience des batailles, ses blessures et la mort de son frère en gardant une pointe d’optimisme dans son humour. Sa vision du monde s’est transformée entre 1940 et 1945. Il répugne désormais à faire rire de la même manière. Loufoque mais écœuré par la lâcheté des compromis face aux horreurs de l’Occupation et de la collaboration, révulsé par la barbarie nazie, son humour s’est assombri. Pierre Dac radicalise son engagement pour la cause antiraciste et contre l’antisémitisme en publiant une série de billets dans Le Droit de vivre, organe de la LICA. Ses textes, tel « Du droit d’être un salaud », expriment son dégoût. »
« La reprise de L’Os à moelle en 1964-1965 témoigne moins de son attachement à l’esprit loufoque que de son mépris de l’opportunisme et de la médiocrité politique et intellectuelle des élites. Il formule désormais ses critiques en toutes occasions sur et hors de la scène ou du micro. Sa candidature à l’élection présidentielle de 1965 à la tête du Mouvement ondulatoire unifié ou M.O.U. (« Les temps sont durs, vive le M.O.U. ») parodie les rites politiques : conférence de presse, meetings, gardes du corps, futurs ministres (Jacques Martin, Jean Yanne et René Goscinny). Les Pensées, qu’il publie enfin, en 1972 en référence à Blaise Pascal, touchent une nouvelle génération et consacrent son regard de « philosophe ». 
« Lorsque la version française de L’Instruction (Die Ermittlung) du dramaturge juif berlinois Peter Weiss est créée au Théâtre de la Commune à Aubervilliers en mars 1966 par Gabriel Garran, Pierre Dac tient le rôle du président de tribunal : « Je suis avec vous, car c’est mon devoir. Cette aventure est indispensable ! Il faut par tous les moyens que la trace de faits aussi dramatiques demeure présente dans toutes les mémoires, afin qu’ils ne se reproduisent jamais. » Le texte de Weiss est scrupuleusement tiré des minutes du procès de Francfort-sur-le-Main jugeant, de décembre 1963 à août 1965, vingt-deux responsables et gardiens du camp d’extermination d’Auschwitz. En cinquante représentations, le spectacle attire quinze mille spectateurs. 
« L’âme des justes qui ont péri dans les fours crématoires est immortelle. La preuve, dans le ciel, j’ai vu briller des étoiles jaunes. » 

« Pierre Dac aujourd’hui »
« Pierre Dac meurt à Paris le 9 février 1975 et ses cendres sont déposées au columbarium du cimetière du Père-Lachaise. De son vivant, en 1972, la ville de Meulan dans les Yvelines lui dédie un square et une statue. Sa popularité et son action dans la Résistance lui valent une reconnaissance posthume : une dizaine de rues portent aujourd’hui son nom, en particulier à Châlons-en-Champagne, sa ville natale, à Paris et à Nancy. » 
« Sans lui, Coluche, Pierre Desproges, les Guignols et beaucoup d’autres n’auraient sans doute jamais existé. Mais avec la disparition de Francis Blanche, de Jean Yanne ou de Pierre Desproges (même face lunaire de comique sérieux), l’héritage s’est estompé. » 
« Aujourd’hui, l’image de Pierre Dac est présente sur Internet où l’on peut visionner des archives de la télévision des années 1950 et 1960. Pourtant, les deux ou trois sketches qui captent la majorité des « vues », ne représentent qu’une infime partie de la trajectoire de Pierre Dac. C’est davantage par ses textes comme l’anthologie de L’Os à moelle, les émissions de Radio Londres, les romans et les Pensées que l’on peut aujourd’hui mesurer l’ampleur de son œuvre ». 
« Il vaut parfois mieux passer hériter à la poste que passer à la postérité. » 

« L’homme derrière l’humoriste » 
« Les centaines de portraits photographiques issus des archives de Pierre Dac montrent un homme élégant, soucieux de son apparence, qu’il soit vêtu d’une robe de chambre ou d’un complet, contrôlant son image. Mais Dac est aussi un être introverti, portant de profondes blessures qui lui vaudront après 1945 un état dépressif durable et quatre tentatives de suicide à la fin des années 1950. Solitaire et mélancolique, il est pourtant fidèle en amitié même s’il ne se mêle que peu aux chansonniers ou aux comédiens. Il passe ses nuits à écrire et à fignoler des textes qu’il veut parfaits. Très cultivé, il aime tant apprendre que, à soixante ans, il se met à l’étude des mathématiques. Il voue à sa seconde épouse, la comédienne et résistante Dinah Gervyl, un amour éperdu et se convertit au catholicisme pour l’épouser religieusement en 1954. C’est à elle qu’il dédicace son roman Du côté d’ailleurs : « À toi ma Dinah bien-aimée, sans qui je serais sans doute resté du côté de n’importe où. » 
« Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ? En ce qui me concerne personnellement, je suis moi, je viens de chez moi, et j’y retourne...» 


« Repères biographiques »

« 1893 Naissance d’André Isaac, futur Pierre Dac, à Châlons-sur-Marne ; Berthe Kahn, sa mère, est originaire de Niederbronn-les-Bains en Alsace, et Salomon Isaac, son père, de Nancy ; André a un frère, Marcel, de six ans son aîné. 

1896 La famille s'installe à Paris, où Salomon ouvre une boucherie dans le quartier de la Villette. 

1914-1918 Mobilisé en 1914, André Isaac rejoint le régiment d’infanterie de Toul ; en 1915, son frère Marcel est tué durant la bataille de la Marne ; André est blessé à deux reprises : en 1915, un éclat d’obus lui brise le bras gauche, il échappe à l’amputation mais son bras est raccourci, et, en 1917, il souffre de brûlures d’ypérite (gaz moutarde) au crâne ; au lendemain de l’armistice, il est décoré de la Croix de guerre. 

1919 Démobilisé, André vit de petits métiers : coursier dans une entreprise de tissus d’ameublement, vendeur de savonnettes à la sauvette, représentant de commerce, homme-sandwich, chauffeur de taxi… 

1920 Il commence à écrire des textes en s’inspirant de l’humour et du vocabulaire louchebem, l’argot des bouchers, qu’il a appris de son père ; sa vocation, née lors d’une permission durant laquelle il a découvert la Boîte à Fursy, un cabaret de chansonniers à Montmartre, le pousse vers la scène. 

1922 Débuts à La Vache enragée sous le nom de Pierre Dac ; entre deux numéros de chansonniers traditionnels, il déclame ses premiers monologues, ses premières « pensées ». 

1924-1934 Il se produit à La Lune rousse, au Moulin de la chanson, au Perchoir, aux Noctambules, au Coucou, au Théâtre de dix heures, à l’Olympia ou aux Deux Ânes, et devient le « Roi des loufoques ».
 
1932 Pierre Dac tourne dans plusieurs courts et longs métrages dont on a, pour la plupart, perdu toute trace : Y’a erreur ou Gilberte exagère de Jospeh Tzipine, Le Fada de Léonce-Henri Burel, Les Gaietés de l’escadron de Maurice Tourneur et, ici, Bidon d’or, premier film de Christian-Jacque en 1932. 

1934 Pierre Dac se produit à La Lune rousse dans Greta Garbo et sa doublure avec Dinah Gervyl, qu’il épousera en 1945 ; il participe aux manifestations antifascistes ripostant à celles des ligues de l’extrême droite antiparlementaire. 

1935 Pierre Dac rencontre Fernand Rauzéna ; quelques mois plus tard, au Liberty’s, ils proposent une parodie de Phèdre avec O’Dett. 

1936 Pierre Dac fait ses débuts au micro de Radio Cité, fondée un an auparavant par le publicitaire Marcel Bleustein-Blanchet ; il présente chaque dimanche L’Académie des travailleurs du chapeau, puis anime sur Le Poste parisien La Course au trésor, jeu qui consiste à rapporter au studio, en un minimum de temps, le plus grand nombre d’objets insolites ; des « Courses au trésor » sont organisées le dimanche dans toute la France. 

1938 Avec Fernand Rauzéna sur la radio Le Poste parisien, Pierre Dac anime La Société des loufoques (SDL) ; l’émission, composée de chansons délirantes et de sketches, parodie la Société des Nations ; la fête se prolonge avec des « Nuits loufoques », retransmises sur le Poste Parisien en direct du Moulin de la Galette. 
Création de l’hebdomadaire L’Os à moelle, organe officiel des « loufoques », avec Fernand Rauzéna, Jean Marsac, Raymond Schalit dit Albin Jamin, Maurice Henry, Claude Dhérelle, Roger Salardenne, Charley Williams, Robert Rocca et les dessinateurs Buguette, Pruvost et Jean Effel ; les cent mille exemplaires imprimés sont épuisés le jour même ; au total, quatre cent mille sont vendus ; la crise des Sudètes, région tchécoslovaque menacée d’annexion par l’Allemagne nazie, provoque en France une mobilisation partielle en septembre et octobre ; Pierre Dac est affecté à la caserne de Reuilly. 

1939-1940 Dac est à l’affiche des tournées du théâtre aux Armées, aux côtés de Fernandel, Charles Trenet, Tino Rossi et Maurice Chevalier ; en septembre 1939, les collaborateurs de L’Os à moelle sont mobilisés, à l’exception de Jean Marsac et de Pierre Dac ; la parution du journal, qui intensifie sa politique de soutien des troupes, se poursuit jusqu’au numéro du 7 juin 1940 ; risquant une arrestation par la Gestapo, Dac fuit avec Dinah Gervyl ; ils se réfugient en Bourgogne, puis à Toulouse chez Rose Schouver, la mère de Dinah, qui tient un café, point de rencontre de membres de la Résistance ; Dac participe à des spectacles produits par Jacques Canetti en zone libre et en Algérie, aux côtés de Jean Marsac et Raymond Souplex jusqu’à l’automne 1941 ; la tournée est interrompue au printemps en raison d’une plainte déposée contre Dac qui avait ri des fascistes italiens sans autorisation de la censure ; il est condamné à une amende. 

1941-1943 En novembre 1940, alors que Pierre Dac tente de rejoindre l’équipe de Radio- Londres, par l'intermédiaire du comédien René Lefèvre, un agent du réseau de résistance Mithridate, il est arrêté et emprisonné à Barcelone, puis transféré, à sa demande, à la prison de Perpignan en 1942 ; au printemps 1943, avec de faux papiers canadiens au nom de Pierre Duval, il tente à nouveau le voyage mais est incarcéré à Barcelone, puis à Valencia de Alcántara, à la frontière hispano-portugaise ; en août, Dac est échangé contre des sacs de blé, conformément aux accords conclus entre l’Espagne et le Royaume-Uni ; il arrive à Londres en octobre. 

1943-1944 De novembre 1943 à août 1944, sur Radio Londres, dans Les Français parlent aux Français, Dac écrit plus de quatre-vingts sketches et chansons au ton incisif ; il brocarde le gouvernement de Vichy, les collaborationnistes et le régime nazi. 

1945 Durant les opérations de la Libération, Pierre Dac accepte un poste de correspondant de guerre pour le compte de la Radiodiffusion française et effectue plusieurs reportages auprès de la 1re Division française libre puis aux côtés de la 9e Division d’infanterie coloniale ; 

1945-1947 D’octobre 1945 à octobre 1947 paraît L’Os libre, journal qu’il crée grâce au soutien de Marcel Bleustein-Blanchet, avec une équipe renouvelée, à l’exception de Fernand Rauzéna et du dessinateur Buguette. 

1946 Pierre Dac reçoit les insignes de chevalier de la Légion d’honneur et se voit attribuer la Croix de guerre avec palmes. 

1949-1950 mars 1949, première de 39°5 aux Trois Baudets, qui se joue à guichets fermés pendant quatre cent quarante soirs ; le spectacle est remplacé en avril 1950 par Sans issue !, écrit par Pierre Dac et Francis Blanche, qui se sont rencontrés l’année précédente ; ensemble, ils créent d’innombrables sketches, des émissions de radio et des feuilletons : Le Parti d’en rire, qui devient Faites chauffer la colle, Malheur aux barbus et Signé Furax, dont 1 034 épisodes sont diffusés entre 1956 et 1960 sur la station Europe n° 1. 

1951 Pierre Dac crée le sketch du « Schmilblick », dont il attribue la paternité aux frères Fauderche ; une dizaine d’années plus tard, il le perfectionne en inventant le Biglotron du professeur Slalom Jérémie Ménerlâche ; le terme « schmilblick » est repris par Guy Lux en 1969 pour un jeu télévisé qui sera parodié par Coluche à partir de 1975. 

1965 Pierre Dac se déclare candidat à l’élection présidentielle sous l’étiquette du M.O.U. (Mouvement ondulatoire unifié) lors d’une conférence de presse à l’Élysée Matignon ; le Tout-Paris est là et applaudit le canular ; Pierre Dac fait son entrée avec ses gardes du corps, Bollet et Valois, deux célèbres catcheurs ; il nomme Jacques Martin premier ministre, Jean Yanne et René Goscinny ministres. 

1966 Pierre Dac tient le rôle du président du tribunal dans L’Instruction, une pièce de Peter Weiss évoquant le procès des bourreaux d’Auschwitz, créée au théâtre de la Commune d’Aubervilliers dans une mise en scène de Gabriel Garran ; il renoue avec l’art du feuilleton en parodiant les premiers films de James Bond dans Bons Baisers de partout ; 740 épisodes sont écrits avec Louis Rognoni et diffusés entre 1966 et 1973 sur France Inter. 

1972 Pierre Dac publie ses Pensées aux éditions du Cherche midi.
 
1975 Atteint d’un cancer du poumon, il meurt le 9 février ; l’humour de Pierre Dac a ouvert la voie à une nouvelle génération d’humoristes. »

« Bagatelle sur un tombeau »

Pierre Dac, 1944 
« M. Henriot s’obstine ; M. Henriot est buté. M. Henriot ne veut pas parler des Allemands. Je l’en ai pourtant prié de toutes les façons : par la chanson, par le texte, rien à faire. Je ne me suis attiré qu’une réponse pas du tout aimable – ce qui est bien étonnant – et qui, par surcroît, ne satisfait en rien notre curiosité. Pas question des Allemands. 

C’est entendu, monsieur Henriot, en vertu de votre théorie raciale et nationale-socialiste, je ne suis pas français. À défaut de croix gammée et de francisque, j’ai corrompu l’esprit de la France avec L’Os à moelle. Je me suis, par la suite, vendu aux Anglais, aux Américains et aux Soviets. Et pendant que j’y étais, et par-dessus le marché, je me suis également vendu aux Chinois. C’est absolument d’accord. Il n’empêche que tout ça ne résout pas la question : la question des Allemands. Nous savons que vous êtes surchargé de travail et que vous ne pouvez pas vous occuper de tout. Mais, tout de même, je suis persuadé que les Français seraient intéressés au plus haut point, si, à vos moments perdus, vous preniez la peine de traiter les problèmes suivants dont nous vous donnons la nomenclature, histoire de faciliter votre tâche et de vous rafraîchir la mémoire : 
1. Le problème de la déportation ; 
2. Le problème des prisonniers ; 
3. Le traitement des prisonniers et des déportés ; 
4. Le statut actuel de l’Alsace-Lorraine et l’incorporation des Alsaciens-Lorrains dans l’armée allemande ; 
5. Les réquisitions allemandes et la participation des autorités d’occupation dans l’organisation du marché noir ; 
6. Le fonctionnement de la Gestapo en territoire français et en particulier les méthodes d’interrogatoires ; 
7. Les déclarations du Führer dans Mein Kampf concernant l’anéantissement de la France. 

Peut-être me répondrez-vous, monsieur Henriot, que je m’occupe de ce qui ne me regarde pas, et ce disant vous serez logique avec vous-même, puisque dans le laïus que vous m’avez consacré, vous vous écriez notamment : « Mais où nous atteignons les cimes du comique, c’est quand notre Dac prend la défense de la France ! La France, qu’est-ce que cela peut bien signifier pour lui ? » 

Eh bien ! Monsieur Henriot, sans vouloir engager de vaine polémique, je vais vous le dire ce que cela signifie, pour moi, la France. 

Laissez-vous vous rappeler, en passant, que mes parents, mes grands-parents, mes arrière-grands-parents et d’autres avant eux sont originaires du pays d’Alsace, dont vous avez peut-être, par hasard, entendu parler ; et en particulier de la charmante petite ville de Niederbronn, près de Saverne, dans le Bas-Rhin. 

C’est un beau pays, l’Alsace, monsieur Henriot, où depuis toujours on sait ce que cela signifie, la France, et aussi ce que cela signifie, l’Allemagne. Des campagnes napoléoniennes en passant par celles de Crimée, d’Algérie, de 1870-1871, de 1914-1918 jusqu’à ce jour, on a dans ma famille, monsieur Henriot, lourdement payé l’impôt de la souffrance, des larmes et du sang.
 
Voilà, monsieur Henriot, ce que cela signifie pour moi, la France. Alors, vous, pourquoi ne pas nous dire ce que cela signifie, pour vous, l’Allemagne.
 
Un dernier détail : puisque vous avez si complaisamment cité les prénoms de mon père et de ma mère, laissez-moi vous signaler que vous en avez oublié un : celui de mon frère. Je vais vous dire où vous pourrez le trouver ; si, d’aventure, vos pas vous conduisent du côté du cimetière Montparnasse, entrez par la porte de la rue Froidevaux ; tournez à gauche dans l’allée et, à la 6e rangée, arrêtez-vous devant la 8e ou la 10e tombe. C’est là que reposent les restes de ce qui fut un beau, brave et joyeux garçon, fauché par les obus allemands, le 8 octobre 1915, aux attaques de Champagne. C’était mon frère. Sur la simple pierre, sous ses nom, prénoms et le numéro de son régiment, on lit cette simple inscription : « Mort pour la France, à l’âge de vingt-huit ans. » Voilà, monsieur Henriot, ce que cela signifie pour moi, la France. 

Sur votre tombe, si toutefois vous en avez une, il y aura aussi une inscription : elle sera ainsi libellée : 
« Philippe Henriot 
 Mort pour Hitler, 
Fusillé par les Français… » 

Bonne nuit, monsieur Henriot. Et dormez bien. Si vous le pouvez. »

DU SCHMILBLICK AU BIGLOTRON...

« En 1949, à la radio, Francis Blanche et Pierre Dac débordent d’imagination et d’impertinence. Ils ne laissent aucun sujet pratique ou scientifique de côté. L’invention des frères Jules et Raphaël Fauderche, que Pierre Dac nomme « schmilblick », naît ici, au coeur d’un monologue. Au théâtre, la revue du duo, Sans issue ! aux Trois Baudets, dont Jacques Canetti est le directeur artistique, remporte un immense succès. Lorsqu’ils jouent au Potaufou, les spectateurs se délectent des interruptions de Jean Carmet au milieu d’un de leurs sketches : « Pardonnez-moi de vous interrompre. D’aucuns m’ont dit qu’il y avait un bidule dans le schmilblick. Dois-je y croire ? » 

En 1954, sur la scène du Tabou, une insolite construction de ferraille, flacons de verre et cuillers à café et de fioles nommée « schmilblick » tient la vedette du spectacle de Pierre Dac et Léo Campion. Le 27 janvier 1966, à l’École polytechnique, c’est le biglotron, apparu dans le feuilleton radiophonique Bons baisers de partout, qui est le sujet d’une conférence de Pierre Dac devant les étudiants qui ont composé un biglotron de ferraille, flacons et tuyaux… Mais le mystère demeure : qu’est-ce que le schmilblick et qu’est-ce que le biglotron ? Les définitions que Pierre Dac donne de l’un et de l’autre se ressemblent, mais tandis que le second est la contraction improbable de « bigleux » et de « synchrotron », le premier pourrait être la juxtaposition des termes yiddish blick (« regard ») et schlemiel (« idiot »). Le mot, grâce à lui, est entré dans la langue française pour désigner un « machin ». En 1969, l’animateur Guy Lux lance un jeu télévisé imaginé par Jacques Antoine, inspiré du sketch de Pierre Dac et que Coluche parodiera plus tard. »


Sous la direction d’Anne Hélène Hoog et Jacques Pessis, "Pierre Dac. Du côté d'ailleurs"Coédition mahJ-Gallimard, 2020. 192 pages. 29 € 

Du 15 octobre 2020 au 24 avril 2021 
Au Musée d’art et d’histoire du Judaïsme  
Hôtel de Saint-Aignan 
71, rue du Temple. 75003 Paris 
Du mardi au vendredi de 11 h à 18 h. Nocturne le mercredi jusqu'à 21 h. Samedi et dimanche de 10 h à 19 h. 
Tél. : 01 53 01 86 53 
Visuels :
Affiche
Brassaï, Pierre Dac devant son micro
Paris, 1935
Collection particulière
© Estate Brassaï - RMN-Grand Palais
Photo ©RMN-Grand Palais / Jean-Gilles Berizzi

André Isaac
Sans lieu, 1920
Archives Jacques Pessis

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Les citations sont extraites du dossier de presse.

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