samedi 1 octobre 2016

« La figue, fruit du paradis », de Marlinde Krebs


Arte a diffusé « La figue, fruit du paradis » (Paradiesische Verführung. Die Feige), documentaire de Marlinde Krebs. Un « faux fruit » du bassin méditerranéen, domestiqué depuis l'Antiquité et cité dans la Bible. Article republié à l'approche de Roch HaChana 5777 (nouvel an juif) les 1er et 2 Tichri (3 et 4 octobre 2016). Cette fête juive rappelle "la création d'Adam et Eve, créés à l'image divine, et dont descend l'humanité tout entière, et la ligature d'Isaac, quand l'Eternel refusa le sacrifice humain pour le sacrifice animal".

La figue ou Ficus carica est le « faux fruit » du figuier. Elle n’est pas un fruit stricto sensu, mais un réceptacle renfermant des fleurs, et, au terme du processus de maturation, une infrutescence d’akènes (fruits secs à graine unique) dans une pulpe comestible. Un "figuier peut donner 100 kg fruits frais, soit 30 kg de fruits secs", et produire des figues jusqu'à trois fois par an.

Figues vertes (ou blanches), grises (ou rouges) et noires (ou violettes)… Les variétés femelles donnent une à deux récoltes par an. C’est un « fruit » domestiqué depuis l’Antiquité. La figue verte sèche facilement.

Avec l’olivier, le grenadier et la vigne, le figuier est un des arbres bibliques.

Pour certains sages du Talmud, la figue est le « fruit défendu  » de la Bible hébraïque. « De l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n’en mangeras pas. Car du jour où tu en mangeras, sûrement tu mourras » (Genèse 2, 17), avait intimé Dieu. La source de cette interprétation ? Un autre verset (3, 7) de la Genèse : après avoir goûté le fruit défendu, Adam et Ève, nus, « se cousent des tuniques avec des feuilles de figuier » pour couvrir leurs corps. Interprétant des versets différents, d’autres sages du Talmud privilégient soit la vigne soit le blé comme « fruit défendu ». Alors pourquoi l’iconographie représente-t-elle traditionnellement ce « fruit défendu » par une pomme ? Rabbin du Mouvement Juif libéral de France (MJLF), Delphine Horvilleur précise que la Vulgate, traduction en latin de la Bible à la fin du IVe siècle, a traduit cet arbre en « lignum scientiae boni et mali ». Or, mali a un double sens : mal et pomme.

Dans les "Grèce et Rome antiques, les hommes aimaient offrir des figues fraîches aux Dieux" dans des temples magnifiques. Le sanctuaire d'Artémis, déesse de la fertilité, a été saccagé avec l'expansion chrétienne. Ses admirateurs ont continué à l'adorer par le culte marial.

Énergétique, riche en eau, glucides, minéraux (potassium, calcium, magnésium, et en vitamines B3 et C, « appréciée aussi pour ses vertus médicinales », notamment anti-infectieuses - transit intestinal favorisé -, la figue, fraîche ou sèche, « constitue un aliment de base dans les pays du bassin méditerranéen où elle est appréciée aussi pour ses vertus médicinales ». Elle a un "goût de musc et de vanille". Elle "se gâte vite. Séchée, elle se garde longtemps". 

La figue a gagné les tables occidentales – au Château de Versailles, le potager du roi Soleil Louis XIV réunissait plus de 700 figuiers aux variétés distinctes – où elle est consommée pour agrémenter le plat, une pâtisserie, ou adoucie en confiture.

Les natures morte hollandaises du XVIIe siècle représentent la figue à la chair humide. Sa forme a une connotation érotique - un aspect féminin (bulbe) et un côté masculin (testicule) - qui imprègne ces tableaux.

Au XVIIIe siècle, le roi de Prusse Frédéric II a fait planter des figuiers à Potsdam. Au Palatinat, un vinaigre est fabriqué notamment avec des figues. Un "liquide délicieux à boire".

"C'est un fruit délicat, qui se combine avec la viande ou le poisson, avec des plats asiatiques en faisant une purée de figues. On remplace la tomate par la figue dans la tomate/mozzarella", explique le chef cuisinier Holger Jacobs. Il bénéficie d'une pépinière près de son restaurant.

En Turquie, Dudu Aslan vit aisément de la culture de la figue. Cette propriétaire se réjouit d'avoir vu ses vœux être exaucés. Au dessert des repas familiaux : des figues.

L'Institut public de la figue conseille les paysans, notamment dans la taille des figuiers, et tente de promouvoir une culture biologique. Les paysans se plaignent des prix trop bas d'achat de leurs figues.

Izmir, ancienne Smyrne où vivaient juifs, chrétiens et musulmans, a été longtemps une ville active dans le commerce. C'est le deuxième port de Turquie. La firme familiale Gabay sélectionne les figues sèches, les calibre, les vend. Une tonne de figues peur rapporter 2 500-6 000 dollars. "Ma famille a quitté l'Espagne voici cinq siècles. L'important est d'éviter toute interférence entre la famille et le travail", raconte Menashe Gabay qui la dirige. La famille juive Gabay se réunit dans sa résidence d'un quartier résidentiel à Izmir. Rivka, dont les ancêtres venaient de Pologne, est l'épouse de Menashe Gabay. Leur fille a épousé un Juif turc, et leur nièce un musulman turc bien accepté dans la famille Gabay. Barish Cen, premier petit-enfant, a le choix entre reprendre l'entreprise paternelle de cuir, ou celle de son grand-père : les figues.

L'exportation des figues rapporte un milliard de dollars à la Turquie. Dans les confiseries turques, se vendent des figues sèches et des doners aux figues truffés de pistaches.

« Le plus grand producteur de figues » (environ 260 000 tonnes), la Turquie, « exporte dans le monde entier ce fruit à l’odeur subtile qui a même inspiré des parfumeurs européens » : Roger & Gallet (Fleur de figuier), Diptyque (Philosykos), Symrise...


« La figue, fruit du paradis », de Marlinde Krebs
2009, 44 min
Sur Arte les 24 septembre à 15 h 40, 8 octobre 2015 à 7 h 45 et 15 octobre 2015 à 10 h 25

Visuels :
© Merlinde Krebs Fernsehproduktion

A lire sur ce blog :
Les citations sont extraites d'Arte et du documentaire. Cet article a été publié le 22 septembre 2015, puis le :
- 24 janvier 2016. Ce 24 janvier 2016 au soir débutera Tou Bichevat ou Nouvel an des arbres..

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