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mardi 29 août 2023

Anne Eisner (1911-1967)

Anne Eisner (1911-1967) était une peintre, collectionneuse d'art africain, et 
essayiste juive américaine méconnue. Durant des séjours au Congo, alors belge, entre 1947 et 1954, avec son époux anthropologue Patrick Tracy Lowell Putnam (1904-1953), elle s'est intéressée aux pygmées. Ce qui lui a inspiré son livre, traduit en plusieurs langues : Madami; My Eight Years of Adventure with the Congo Pigmies (1954). Le musée du quai Branly-Jacques Chirac présente, dans l'Atelier Martine Aublet, l’exposition « Anne Eisner (1911-1967). Une artiste américaine au Congo ». 


« Peintre de formation, l’Américaine Anne Eisner se rend pour la première fois en Afrique en 1946 avec son futur époux, l’anthropologue Patrick Putnam (1904-1953). Elle s’installe avec lui à Epulu, au nord-est de la colonie belge du Congo (actuel République démocratique du Congo), en bordure de la forêt équatoriale de l’Ituri. Elle y apprend à mieux connaître la forêt et documente la vie de ses habitants. Les années passées à Epulu de 1947 à 1954, ainsi qu’un second séjour en 1957-1958, auront un impact décisif sur l’évolution de sa peinture qui se nourrit de son environnement naturel immédiat. De retour aux États-Unis, Anne Eisner poursuit sa méditation picturale engagée au Congo, à l’orée de l’abstraction. »

« L’exposition rend hommage au parcours d’une artiste tombée dans l’oubli après sa mort en 1967, à travers une trentaine d’œuvres et de documents, dont treize peintures d’Anne Eisner acquises récemment par le musée du quai Branly – Jacques Chirac grâce à un don de la nièce de l’artiste, Christie McDonald. Les œuvres picturales d’Anne Eisner reflètent une vision esthétique de la forêt équatoriale de l’Ituri et de ceux qui y vivent. En ethnologue amateur, elle adopte dans ses écrits un registre plus objectif pour documenter la culture des Bambuti, en particulier leurs rites et leurs traditions orales. »

La Commissaire de l’exposition est Sarah Ligner, Conservatrice du patrimoine, responsable de l’unité patrimoniale Mondialisation historique et contemporaine, musée du quai Branly – Jacques Chirac.

L’exposition est présentée avec le soutien de la Fondation Martine Aublet, sous l’égide de la Fondation de France.

« La traversée de l’Afrique et le camp Putnam »
« Le destin d’Anne Eisner est intimement lié à celui de son compagnon, Patrick Putnam. Cet anthropologue de formation établit au début des années 1930 un modeste établissement hôtelier dénommé « camp Putnam » sur le site d’Epulu, au nord-est de la colonie belge du Congo. C’est là qu’Anne Eisner va vivre de 1947 à 1954, aux côtés des « pygmées » Bambuti. »

« Le terme « pygmée » est d’origine grecque et renvoie aux premières mentions dans l’Antiquité d’individus de petite stature. L’usage du terme par les Occidentaux s’est développé à partir du 19e siècle lors de l’exploration et de la colonisation du continent africain. Il regroupe diverses populations d’Afrique centrale. Chaque groupe porte un nom spécifique, comme les Aka, Baka, ou Bambuti. » 

« Le terme « pygmée » véhicule des connotations négatives. Il est aujourd’hui interdit d’usage par la loi en République démocratique du Congo. Il était toutefois utilisé lorsqu’Anne Eisner et Patrick Putnam vivaient à Epulu. Maintenu dans les circonstances de son emploi à l’époque coloniale, le terme apparaît dans l’exposition dans une perspective strictement historique. »

« Des années 1930 aux années 1950, le camp Putnam accueille des visiteurs du monde entier, comme le Baron von Blixen, époux de l’écrivaine danoise Karen Blixen, ou le photographe français Pierre Verger. Le lieu est entouré d’une station d’étude et de capture d’okapis, girafes des forêts tropicales d’Afrique. Le camp Putnam emploie des habitants du village Bira voisin, mais aussi de villages plus lointains. Des Bambuti établissent des campements temporaires près du camp Putnam et dans la forêt. Installation hôtelière atypique, le camp Putnam entretient un imaginaire touristique ambigu pour des visiteurs occidentaux à la recherche d’« authenticité », mais accueille aussi des anthropologues plus soucieux de renouveler l’image archétypale des « pygmées »*.

« Un cheminement pictural marqué par l’expressionnisme abstrait et la forêt équatoriale »
« S’engageant dans une carrière de peintre au début des années 1930, Anne Eisner est d’abord proche des courants réalistes qui marquent l’art américain de l’entre deux-guerres. Elle se rapproche ensuite des artistes américains de sa génération qui, dans l’après-guerre, deviennent les protagonistes de l’expressionisme abstrait, tels que Marc Rothko ou Adolph Gottlieb. La découverte du continent africain et son installation durant plusieurs années au camp Putnam auront un impact saisissant sur son travail artistique. Les premières toiles qu’elle réalise à son arrivée sur le site d’Epulu, représentations réalistes de la vie des Bambuti, laissent progressivement place à une épure des formes et une exaltation de la couleur. »

« Anne Eisner mûrit les leçons de l’expressionisme abstrait américain dans une série d’oeuvres peintes pour la plupart à son retour aux États-Unis. Ces œuvres interrogent la simplification formelle et le rôle émotionnel de la couleur pure. »

« Certaines toiles, comme L’Entrée au camp Putnam (vers 1960), sont marquées par la dimension gestuelle de l’action painting telle qu’on peut la retrouver dans les œuvres de Jackson Pollock. Loin de la forêt équatoriale de l’Ituri, à son retour à New York au milieu des années 1950, Anne Eisner se laisse guider par ses souvenirs et ses émotions pour créer, sans renoncer totalement à la figuration, un rythme pictural. Trois ans avant sa mort, en 1964, elle est toujours habitée par son expérience de la forêt de l’Ituri comme en témoigne Abstract Trees IV, Cranberry Island, Maine, tableau qui conclut l’exposition et qui mêle végétation américaine et souvenirs de l’Afrique. »

« Une ethnologue autodidacte : renouveler l’image archétypale des « pygmées »
« L’importante correspondance qu’Anne Eisner entretient avec sa famille aux États-Unis dévoile les mutations de son regard sur l’Afrique, au gré de ses expériences et de ses échanges. Y transparaît un intérêt pour les communautés Bambuti, partagé avec son époux Patrick Putnam. Cette approche ethnographique transparaît surtout dans les contes qu’Anne Eisner rassemble en 1953 et qu’elle nomme « légendes ». Elle recueille ces récits mythiques auprès de quatre chasseurs Bambuti, en kingwana, un dialecte swahili qu’elle maîtrise, puis les traduit en anglais. Le travail d’Anne Eisner sur les sociétés « pygmées », demeuré confidentiel, a été éclipsé par celui d’anthropologues comme le Britannique Colin Turnbull, qui a séjourné au camp Putnam. Il est l’auteur d’un livre consacré aux « pygmées » qui eut un grand succès aux États-Unis, The Forest People (Le Peuple de la forêt, 1961). »

« Anne Eisner, Patrick Putnam et Colin Turnbull n’ont pas décrit les Bambuti sous l’angle de la singularité physique, mais se sont intéressés à leur culture immatérielle, musique, danse, mythes et rites. Attirée par la musique des Bambuti, Anne Eisner lui consacre en 1955 une série de gouaches, dont le motif central est l’arc musical. Elle épure la silhouette du musicien et s’affranchit des proportions anatomiques. L’instrument, hymne aux lignes courbes épurées, conduit l’artiste vers une gamme de couleurs intenses. »

« Un intérêt pour l’art africain »
« Anne Eisner et Patrick Putnam ont constitué pendant leur séjour en Afrique une collection d’art africain, faisant l’acquisition d’artefacts pour leur propre compte, mais aussi pour les revendre à des collectionneurs et à des musées en Europe et aux États-Unis. À partir de 1955, Anne Eisner catalogue près de 400 objets de leur collection personnelle destinés à l’American Museum of Natural History de New York. La collection d’Anne Eisner et de Patrick Putnam est présentée à l’occasion de deux expositions aux États-Unis, en 1968 à la Jarvis Gallery à Woodstock et en 1969 au Queens College de New York. Des photographies et archives documentant la conception de cette collection et leurs expositions sont ici présentées. »

« La plupart de ces sculptures n’ont pas influencé directement Anne Eisner dans ses œuvres. En tant que peintre, elle était beaucoup plus préoccupée par les écorces battues peintes des Bambuti. Les écorces recueillies auprès de différentes essences d’arbres dans la forêt étaient battues par les hommes et ornées par les femmes. »

« Anne Eisner a été attirée par l’esthétique de ces peintures composées d’une grande variété de motifs géométriques, disposés de manière asymétrique. Le fait que ces peintures étaient exécutées par les femmes Bambuti était aussi très important pour elle. L’exposition présente quelques-unes des écorces peintes rapportées de la région de l’Ituri par des voyageurs occidentaux faisant partie de la collection du musée du quai Branly – Jacques Chirac. »

Interview de Sarah Ligner

« Qui est Anne Eisner ?
Sarah Ligner :
Anne Eisner naît à New York en 1911, dans une famille sensible à l’art. Elle commence sa carrière de peintre au début des années 1930.
L’art américain est alors marqué par un courant réaliste qui se ressent dans les vues urbaines et les paysages côtiers qu’elle peint et grave. Elle présente ses œuvres dans des galeries à New York, mais aussi aux expositions de la Société des artistes indépendants et de l’Association nationale des femmes peintres et sculpteurs. C’est une artiste engagée : à la fin des années 1930, elle prend part aux mouvements antifascistes dans la sphère artistique à New York. En 1940, aux côtés de Mark Rothko et d’Adolph Gottlieb, elle figure parmi les membres fondateurs de la Fédération des peintres et sculpteurs modernes, qui affirment la liberté des artistes, quelle que soit leur nationalité, origine culturelle ou religion.

Comment une artiste new-yorkaise reconnue s’est-elle retrouvée en Afrique ?
S.L. :
Par amour ! En 1945, Anne Eisner fait la connaissance aux États-Unis de Patrick Putnam, ancien étudiant en anthropologie de l’université de Harvard. Celui-ci est parti en mission en 1927 dans la colonie belge du Congo (actuelle République démocratique du Congo). À la suite de cette mission ethnographique, il travaille dans un dispensaire dans le nord-est de la colonie puis, en 1933, il décide de créer une structure atypique dans la forêt équatoriale de l’Ituri. Le « camp Putnam » est composé de chambres d’hôtes pour accueillir les voyageurs de passage, d’un dispensaire pour les habitants de la localité et d’une réserve d’okapis. Éprise de Patrick Putnam, Anne Eisner le suit en Afrique en 1946.
Après la traversée de l’océan Atlantique en bateau, ils voyagent pendant un an dans les colonies européennes du Nigeria, du Cameroun et du Congo, avant d’arriver au camp Putnam. C’est là que vivra Anne Eisner jusqu’en 1954.

Quel regard Anne Eisner porte-t-elle sur l’Afrique ?
S.L. : Anne Eisner n’est pas spécialement intéressée par l’Afrique avant son départ. Elle grandit aux États-Unis, où est alors appliquée la ségrégation raciale. Son regard, s’il n’est pas indemne de certains préjugés, n’est pourtant pas figé. Il varie au fil de ses expériences et de ses rencontres.
Durant les années passées dans la forêt équatoriale de l’Ituri, Anne Eisner se rapproche des habitants, et plus particulièrement des communautés Bambuti (que les Occidentaux appellent « pygmées »). Ces dernières vivent dans des campements nomades, pratiquent la chasse et la collecte.
Ils entretiennent des liens sociaux complexes avec les sociétés voisines.
Anne Eisner rencontre aussi de nombreux voyageurs séjournant au camp Putnam, une structure qui cultive un imaginaire touristique ambigu pour des visiteurs étrangers à la recherche « d’authenticité ».
Cependant, le camp Putnam accueille aussi des anthropologues soucieux de renouveler l’image archétypale desdits pygmées. C’est dans cette démarche que s’inscrit le travail d’Anne Eisner.

Quel est l’impact de ce séjour en Afrique dans le travail d’Anne Eisner, sur le plan artistique et sur le plan ethnographique ?
S.L. : L’oeuvre d’Anne Eisner se métamorphose lors de son séjour dans l’Ituri et dans les années qui suivent son retour aux États-Unis. Les thèmes de ses peintures sont ceux qu’elle a pu observer en Afrique. Ils servent de point de départ à ses recherches plastiques modernistes tournées vers l’exaltation de la couleur, l’épure des formes, la superposition des plans. Certaines toiles, comme L’Entrée au camp Putnam, sont marquées par la dimension gestuelle de l’action painting telle qu’on peut la retrouver dans les oeuvres de Jackson Pollock. Anne Eisner exécute également de nombreux dessins où le trait va à l’essentiel pour saisir une silhouette ou un geste. Dans ses écrits, c’est un autre versant de son travail qui s’affirme. En ethnologue amateur, elle observe et consigne avec précision différents aspects de la vie et de la culture des Bambuti. Elle documente notamment les rituels d’initiation féminine. Ce travail sur les sociétés dites pygmées a été éclipsé par celui d’anthropologues comme Colin Turnbull, auteur d’un livre à succès aux États-Unis, Le Peuple de la forêt (1961).

Cette expérience a-t-elle changé le rapport d’Anne Eisner à l’art africain ?
S.L. :
Lorsqu’elle arrive en Afrique en 1946, Anne Eisner s’intéresse particulièrement aux sculptures. Avec Patrick Putnam, elle commence à acquérir des œuvres. Ils en présentent d’ailleurs certaines dans les chambres d’hôtes du camp Putnam. Après la mort de mari en 1953, Anne Eisner contribue au classement de leur collection donnée au Musée américain d’histoire naturelle de New York.
La plupart de ces sculptures n’ont pas influencé directement Anne Eisner dans ses œuvres. En tant que peintre, elle était beaucoup plus préoccupée par les écorces battues peintes des Bambuti. Elle était attirée par l’esthétique de ces peintures abstraites composées d’une grande variété de motifs géométriques, disposés de manière asymétrique. Le fait que ces œuvres aient été exécutées par les femmes Bambuti était aussi très important pour elle. »


Du 4 avril au 3 septembre 2023
Atelier Martine Aublet
37 quai Branly, 218 et 206 rue de l’université. 75007 Paris
Tél. : 01 56 61 70 00
Mardi, mercredi, vendredi, samedi et dimanche de 10h30 à 19h. Nocturne le jeudi jusqu’à 22h.
Visuels :
Vue de l'exposition "Anne Eisner (1911-1967). Une artiste américaine au Congo"
© musée du quai Branly - Jacques Chirac, photo Léo Delafontaine

PYGMIES IN FOREST I
Anne Eisner © musée du quai Branly - Jacques Chirac, photo Pauline Guyon

INSIDE AND OUT
Anne Eisner © musée du quai Branly - Jacques Chirac, photo Pauline Guyon

WOMAN WORKING II
© musée du quai Branly - Jacques Chirac, photo Pauline Guyon

ENTRANCE TO CAMP PUTNAM
Anne Eisner © musée du quai Branly - Jacques Chirac, photo Pauline Guyon

MUSICAL BOW I
Anne Eisner © musée du quai Branly - Jacques Chirac, photo Pauline Guyon

MOTHER WITH CHILD II
Anne Eisner © musée du quai Branly - Jacques Chirac, photo Pauline Guyon

ABSTRACT TREES IV, CRANBERRY ISLAND, MAINE
Anne Eisner © musée du quai Branly - Jacques Chirac, photo Pauline Guyon

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jeudi 25 mai 2023

« Décolonisations » de Karim Miské et Marc Ball

Arte diffuse 
sur son site Internet, dans le cadre de son magazine « 27 », « Colonisation : faut-il s'excuser ? » et rediffusera le 31 mai 2023 dès 3 h 40 « Décolonisations » (Entkolonisieren), série documentaire partiale en trois volets de Karim Miské et Marc Ball. « Cent cinquante ans de combat contre la domination racontés du point de vue des colonisés ».


"Pauvre homme blanc occidental hétérosexuel", il est accusé de tous les maux. 

Un exemple ? L'évocation par Arte des "colonies" dans un film d'animation inclut les empires français et espagnol, mais omet curieusement l'empire ottoman. 

Les empires africains ? Les exactions des Barbaresques, en mer Méditerranée et en Afrique du nord, ayant provoqué l'intervention de la France au début du XIXe siècle dans l'actuelle Algérie où elle a mis fin aux marchés d'esclaves à Alger ? Les apports bénéfiques de la colonisation française : amélioration des conditions sanitaires - hôpitaux -, scolarisation et promotion d'élites locales fondée sur le mérite, fin de la dhimmitude, statut cruel et déshumanisant infligé aux non-musulmans (juifs, chrétiens), etc.

« Colonisation : faut-il s'excuser ? »
Arte diffuse sur son site Internet, dans le cadre de son magazine « 27 », « Colonisation : faut-il s'excuser ? »

« Animé par Nora Hamadi, le magazine « 27 » aborde l’Europe par le versant collaboratif. »

« Comme dans chaque édition de 27, nous entendons les analyses et les témoignages d'Européens ayant participé à une séance de réflexion collective ». 

« Puis, pour débattre du sujet du jour, Nora Hamadi reçoit Marianne Ballé Moudoumbou, cofondatrice du Comité des Africaines et Africains d'Allemagne et militante antiraciste. Sa famille est issue du Cameroun, un pays colonisé à la fois par le pays où elle a grandi, la France, celui où elle habite, l’Allemagne, et l’Angleterre. Pour elle, les excuses sont la première étape d’un cheminement commun vers la réconciliation. »

« Face à elle, Ivan Velez, directeur de la Fondation pour la défense de la nation espagnole et auteur de nombreux ouvrages sur la conquête des Amériques par l’Espagne. Pour lui, s’excuser serait un contresens aux conséquences délétères pour les sociétés européennes comme pour celles des anciennes colonies. »

« Notre reportage nous conduit en Belgique, où associations et musées luttent contre le silence des programmes scolaires sur l'histoire coloniale. »

« Et enfin dans le grand entretien, Nora Hamadi reçoit la réalisatrice Amma Asante, première femme noire à avoir remporté un Bafta (les César britanniques), et l’interroge sur le “privilège blanc” dans le milieu du cinéma – héritage, selon elle, du colonialisme. »

« Décolonisations »
« À contre-courant de l'histoire officielle des colonisateurs, cette fresque percutante inverse le regard pour raconter, du point de vue des colonisés, le combat contre la domination, et faire résonner au présent un déni qui perdure ». Donc une démarche non historique, puisqu'elle ne retient qu'un seul angle.

« Cent cinquante ans de combat contre la domination, racontés du point de vue des colonisés. »

« Comment synthétiser, en moins de trois heures, cent cinquante ans d'une histoire planétaire dont les non-dits, comme les dénis, réactivent au présent fractures et polémiques ? » 

« Pour retracer ce passé occulté qui continue de concerner intimement chacun d'entre nous, les auteurs ont choisi de tisser chronologiquement grande et petites histoires, continents et événements, avec des partis pris percutants ». 

« D'abord, en racontant l'histoire du point de vue des colonisés, ils prennent le contre-pied d'un récit historique qui jusque-là, si critique puisse-t-il être envers les crimes de la colonisation, reflète d'abord le regard de l'Europe colonisatrice ». 

« Ensuite, parce qu’embrasser l'essentiel des faits intervenus sur près de deux siècles dans des pays aussi différents, par exemple, que l'Inde et le Congo relève de l'impossible, ils ont préféré braquer le projecteur sur une série de destins et de combats emblématiques, certains célèbres, d'autres méconnus. » 

« De Lakshmi Bai, la princesse indienne qui mena la première lutte anticoloniale en 1857-1858, lors de la révolte des cipayes, aux vétérans Mau-Mau qui obligèrent en 2013 la Couronne britannique à reconnaître les atrocités perpétrées contre eux au Kenya soixante ans plus tôt, leur fresque en trois volets s'autorise l'ellipse pour mettre en évidence ces continuités et ces similitudes qui, d'hier à aujourd'hui, recoupent les lignes de faille de la mondialisation. » 

« Dit par l'acteur Reda Kateb – dont le grand-oncle Kateb Yacine est d'ailleurs l'une des figures du combat anticolonial ici ramenées au premier plan –, le commentaire coup de poing déroule un récit subjectif et choral. » 

« Portée aussi par des archives saisissantes et largement méconnues, des séquences d'animation, des extraits de films, de Bollywood à Nollywood, et une bande-son rock et hip-hop débordante d’énergie, cette histoire très incarnée des décolonisations met en évidence la brûlante actualité de l'héritage commun qu'elle nous a légué. »

C'est une histoire biaisée, dénonçant uniquement les empires européens, omettant le caractère djihadiste de certains mouvements indépendantistes, notamment en Algérie et dissimulant les conséquences tragiques de certaines indépendances : l'exode contraint de populations autochtones, vivant dans ces territoires avant la conquête islamique : juifs et chrétiens.

Dans un remarquable article, en citant les travaux de Jacques Marseille, Bernard Lugan a écrit :
"La France s’y est même épuisée en y construisant 50.000 km de routes bitumées, 215.000 km de pistes toutes saisons, 18.000 km de voies ferrées, 63 ports équipés, 196 aérodromes, 2000 dispensaires équipés, 600 maternités, 220 hôpitaux dans lesquels les soins et les médicaments étaient gratuits. En 1960, 3,8 millions d’enfants étaient scolarisés et dans la seule Afrique noire, 16.000 écoles primaires et 350 écoles secondaires collèges ou lycées fonctionnaient. En 1960 toujours 28.000 enseignants français, soit le huitième de tout le corps enseignant français exerçaient sur le continent africain.
Pour la seule décennie 1946 à 1956, la France a, en dépenses d’infrastructures, dépensé dans son Empire, donc en pure perte pour elle, 1400 milliards de l’époque. Cette somme considérable n’aurait-elle pas été plus utile si elle avait été investie en métropole ? En 1956, l’éditorialiste Raymond Cartier avait d’ailleurs écrit à ce sujet".

« Premier volet : 1858-1926, quand la violence et l'injustice coloniale nourrissent une colère sourde, des figures de la lutte émergent ». 

« C'est Mary Nyanjiru à Nairobi ou Lamine Senghor, tirailleur sénégalais devenu militant anticolonialiste en France. »

« De la révolte des cipayes de 1857 à l'étonnante République du Rif, mise sur pied de 1921 à 1926 par Abdelkrim el-Khattabi avant d'être écrasée par la France, ce premier épisode montre que la résistance, autrement dit la décolonisation, a débuté avec la conquête ». 

Pourquoi avoir débuté cette série par l'année 1858 ?

Quid de l'empire ottoman ?

« Il rappelle comment, en 1885, les puissances européennes se partagent l'Afrique à Berlin, comment les Allemands commettent le premier génocide du XXe siècle en Namibie, rivalisant avec les horreurs accomplies sous la houlette du roi belge Léopold II au Congo ». 

« Il retrace aussi les parcours de l'anthropologue haïtien Anténor Firmin, de la Kényane Mary Nyanjiru, de la missionnaire anglaise Alice Seeley Harris ou de Lamine Senghor, jeune tirailleur sénégalais devenu militant communiste et anticolonialiste. »

« La libération » (Befreiung) (2/3) 
« Deuxième volet : de 1927 à 1954, c'est le temps de l’affrontement, de l'Algérie à l'Inde, en passant par les figures de Hô Chi Minh, futur vainqueur de Diên Biên Phu, ou de Wambui Waiyaki, intrépide jeune recrue des Mau-Mau. »

« Que ce soit à travers la plume de l’Algérien Kateb Yacine, qui découvre à 15 ans, en 1945, lors du massacre de Sétif, que la devise républicaine française, tout juste rétablie, ne vaut pas pour tout le monde, ou celle de la poétesse Sarojini Naidu, proche de Gandhi, qui verra en 1947, dans le bain de sang de la partition de l'Inde, se briser son rêve de fraternité, un vent de résistance se lève, qui aboutira dans les années 1960 à l’indépendance de presque toutes les colonies. Mais à quel prix ? » 

« Cet épisode suit aussi les combats de l'insaisissable agent du Komintern Nguyên Ai Quoc ("le Patriote"), qui prendra plus tard le nom de Hô Chi Minh, futur vainqueur de Diên Biên Phu, ou celui de Wambui Waiyaki, intrépide jeune recrue des Mau-Mau. »

Quid du rôle efficace du grand mufti de Jérusalem, Mohammad Amin al-Husseini, à la conférence de Bandoung (Indonésie), qui marque en 1955 l'entrée dans la scène politique internationale des pays du Tiers monde, pour faire adopter une résolution anti-israélienne lors de cette réunion fondant le mouvement des non-alignés qui regroupait 29 pays africains et asiatiques ?
 

« Troisième volet, des indépendances à l’ère de la postcolonie, de 1958 à 2012, dans l'Inde atomique d'Indira Gandhi, dans le Congo sous influence de Mobutu ou dans un Londres secoué par les émeutes de ses quartiers d'immigration. »

« Ce dernier volet s'ouvre avec les mots du psychiatre antillais Frantz Fanon (Peau noire, masques blancs, 1952), qui rejoint les maquis du FLN en Algérie ».
 
« Il se poursuit dans l’Inde d’Indira Gandhi, qui se dote de la bombe atomique, dans le Congo sous influence de Mobutu ou dans le Londres de 1979, secoué par la révolte du quartier d’immigration de Southall, pour s'achever avec l'essor d'un cinéma 100 % nigérian dans les années 1990 et la victoire juridique des derniers Mau-Mau face au gouvernement britannique. »




« 1857 – Inde
Révolte des Cipayes contre la Compagnie Britannique des Indes Orientales. Émergence d’une figure héroïque de la lutte indépendantiste indienne : Manikarnika Tambe, la Rani de Jhansi.
1885 – Berlin
A la conférence de Berlin, après une vague de colonisations non-coordonnées, les Européens se partagent l’Afrique officiellement pour éviter les conflits entres puissances coloniales.
1904 – Congo
L’affaire des mains coupées au Congo belge éclate. La première prise de conscience en Occident des crimes de la colonisation.
1904 – Sud-Ouest Africain
Le premier génocide du XXe siècle perpétré contre les Hereros et les Namas par les Allemands, sur le territoire de l’actuelle Namibie.
1914 – 1918 – Europe
Mobilisation de millions de colonisés lors de la Première Guerre mondiale.
1926 – Maroc
La guerre du Rif oppose les puissances coloniales aux armées d’Abdelkrim el Khattabi.
La première véritable guerre de décolonisation.
1930 – Inde
La marche du sel effectuée par Gandhi, bientôt rejoint par Sarojini Naidu, est une action non-violente retentissante qui marque le début du processus de l’Inde vers l’indépendance.
1930 – Indochine
Nguyen Ai Quoc, qu’on appellera bientôt Ho-Chi Minh, créé le Parti Communiste Vietnamien.
1945 – Algérie
Le massacre de Sétif, perpétré par les forces coloniales françaises contre des Algériens marque le début officieux de la guerre pour l’indépendance algérienne.
1947 – Inde
L’Indépendance de l’Inde débouche sur la partition du pays en deux nations : l’Inde et le Pakistan. Une partition qui a des terribles conséquences humaines.
1952 – Kenya
La révolte des Mau Mau contre l’empire britannique est réprimée violemment, mais annonce l’indépendance à venir.
1954 – Indochine
L’armée de libération vietnamienne gagne la bataille de Dien Bien Phu contre l’armée coloniale française. Une victoire qui a un retentissement dans tout le monde colonisé.
1958 – Ghana
La conférence panafricaine d’Accra rassemble tous les leaders indépendantistes du continent et laisse entrevoir le rêve d’une Afrique libre et unie politiquement.
1965 – Congo
Joseph Désiré Mobutu prend le pouvoir au Congo après avoir fait assassiner l’icône indépendantiste Patrice Lumumba. Il instaure un régime autoritaire sous influence occidentale.
1974 – Inde
Trente ans après l’indépendance, Indira Gandhi fait exploser la première bombe atomique
indienne.
1979 – Londres
Les révoltes dans le quartier de Southall annoncent des décennies dans lesquelles les métropoles occidentales vont régulièrement s’embraser dans les quartiers peuplés par les immigrés issus des anciennes colonies.
1992 – Lagos
La naissance de Nollywood au Nigéria marque l’entrée de la culture africaine dans la culture de masse mondialisée
2012 – Londres
Les descendants des Mau Mau, accompagnés d’avocats et d’historiens, construisent le dossier de la dernière lutte : un procès contre l’État britannique. »


« Entretien avec Karim Miské et Marc Ball, les réalisateurs de la série documentaire Décolonisations. Propos recueillis par Laetitia Moller ».

« Face à l’ampleur de cette fresque historique, quels ont été vos partis pris ?
Karim Miské : Ce qui nous intéressait était de nous situer dans un processus long, pour montrer comment les peuples colonisés s’étaient libérés de la domination européenne, car la décolonisation commence en réalité au premier jour de la colonisation. Les révoltes du XIXe siècle sont le socle des indépendances à venir.
Marc Ball : Raconter cette histoire du point de vue des colonisés renverse la perspective. L'écrivain nigérian Chinua Achebe l'a résumé ainsi : "Tant que les lions n'auront pas leur propre histoire, l'histoire de la chasse glorifiera toujours le chasseur." C’était un défi, car cette histoire a aussi été filmée et photographiée par les colons. Pour donner vie à ces révoltes, il a fallu réinterpréter ces images, les faire parler autrement.

Vous croisez les portraits de celles et ceux, célèbres ou méconnus, qui ont combattu la colonisation, en assumant une écriture dramaturgique et un récit fragmenté...
K. M. : En abordant une histoire longue de cent cinquante ans et qui concerne trois continents, on savait qu’on ne pourrait pas être exhaustif. On a opté pour ce récit en forme de coups de projecteurs, qui fait que chacune de ces trajectoires individuelles parle pour le tout. Nous usons de codes narratifs contemporains, issus des séries et du cinéma, dont le spectateur est familier. L’essentiel est qu’il soit pris par cette histoire, qu’il l'éprouve d’un point de vue sensible pour se représenter ce qu’a été ce long mouvement de libération.
M. B. : Nous voulions rompre avec l’histoire officielle des grands hommes pour raconter aussi celle des oubliés, des "lambda". En assumant un ton subjectif, parfois même familier, la voix off dite par Reda Kateb casse les codes du commentaire didactique et omniscient. Elle crée un récit unificateur.

Pourquoi est-ce important de faire face à ce passé ?
M. B. : Tant qu’on ne sera pas clair sur cet héritage, on ne pourra pas avancer. Il ne s’agit pas de repentance mais de s’approprier ce passé pour mieux le dépasser. Des personnes ont réussi à briser ce système. S’ils veulent se dissocier du projet colonial, les Européens peuvent comprendre que ces héros sont les leurs. C’est tout le sens de cette série. »
 

« Dans Décolonisations, série documentaire événement en trois volets, dite par Reda Kateb, les réalisateurs Karim Miské et Marc Ball et l'historien Pierre Singaravélou racontent du point de vue des peuples colonisés une histoire inédite de leur émancipation. Entretien avec ce dernier. Propos recueillis par Laetitia Moller »

« Comment, en tant qu’historien, avez-vous contribué à l’écriture de cette série documentaire ?
Pierre Singaravélou
: Mon rôle ne s’est pas limité à celui, habituel, de conseiller historique. J’ai coécrit avec Karim Miské et Marc Ball ce film qui n’est pas une simple adaptation d’un travail de recherche universitaire. Il en est le prolongement, car le cinéma documentaire offre la possibilité d’explorer autrement le passé. Ainsi, dans sa façon de mettre l’histoire en intrigue, le processus de réalisation m’a poussé à interroger ma pratique. Là où la prudence historique incite, à juste titre, à établir et à juxtaposer les faits, la narration documentaire pose en permanence la question du sens de l’action et de la psychologie des protagonistes.

En quoi ce récit participe-t-il au renouvellement historique que vous prônez ?
Notre documentaire s’inspire des "études subalternistes" développées dans les années 1980 par des chercheurs indiens. Elles mettaient en valeur l’histoire des résistances paysannes à la domination britannique dans le sous-continent. Nous adoptons cette approche "par le bas" en tentant de donner une voix aux "sans voix" de l’histoire. Plusieurs dizaines de femmes et d’hommes méconnus, dans des situations coloniales très différentes en Asie, au Maghreb et en Afrique subsaharienne, ont incarné les multiples formes du combat anticolonial. Lequel a été par définition transnational : seule l’histoire globale nous permet de suivre la circulation de ces intellectuels, militants et travailleurs anonymes entre colonies et métropoles.

Faut-il aussi impérativement changer de focale ?
Pendant longtemps, l’historiographie s’est focalisée sur le point de vue des colonisateurs. À l’école, on apprenait par cœur les noms des héros – tous européens – de la colonisation et de la décolonisation, comme si les principaux concernés, les millions d’autochtones en Afrique et en Asie, étaient absents de leur propre histoire. Aujourd’hui, que ce soit pour déplorer la domination coloniale ou s’en féliciter, le débat public continue à adopter la même focale en enfermant les colonisés dans le rôle de victimes passives. Nous voulions au contraire restituer leur capacité d’action, en montrant comment ils ont constamment réagi à la domination à travers la lutte armée, mais aussi les pratiques sportives, le cinéma ou la littérature.

Le documentaire évoque également les exactions des colonisateurs, souvent passées sous silence ou minimisées…
Notre propos n’était pas de faire un film de dénonciation, et encore moins de dresser un bilan positif ou négatif de la colonisation, mais de mieux comprendre les ressorts de cette domination, c’est-à-dire la manière dont une minorité étrangère, parfois infime, a pu dominer une majorité autochtone. À ce titre, l’un des mythes à battre en brèche est celui de la paix coloniale et de l’ordre impérial. Contrairement à ce qu’ont relaté les propagandes coloniales, l’histoire de ces empires a été dès l’origine scandée par d’innombrables révoltes et rébellions. A contrario, une minorité d’"indigènes", notamment au sein des élites, a décidé de coopérer avec les colonisateurs afin d’asseoir son pouvoir social et économique.

De quelle façon cette histoire continue-t-elle de se jouer aujourd’hui ?
Des relations inégalitaires de dépendance entre anciennes métropoles et ex-colonies ont pu se perpétuer après l’indépendance. Laquelle ne signifie pas toujours la décolonisation : la mondialisation actuelle pose encore la question de l’impérialisme culturel et économique, et celle des capacités de résistance et d’adaptation des populations asiatiques et africaines. Par ailleurs, il reste à "décoloniser" une partie des savoirs et des imaginaires occidentaux, hérités de ces entreprises impériales. Non pas pour faire œuvre d’une quelconque repentance, mais pour mieux connaître la part manquante de cette histoire partagée. »


France, 2023, 45 mn
Coproduction : ARTE France, Magnéto Presse
Présentation : Nora Hamadi
Sur arte.tv du 16/04/2023 au 06/04/2026


« Décolonisations » de Karim Miské et Marc Ball
Auteurs : Karim Miské, Marc Ball, Pierre Singaravélou
France, 2019
Production : ARTE France, Program33, AT Production, RTBF, RTS Sénégal
Commentaire dit par Reda Kateb
Visuels :
Guerre d' Algérie : combattantes du FLN dans le maquis (1957)
© Zebar / Andia

Le dirigeant communiste vietnamien Ho Chi Minh, au premier plan, avec d' autres délégués du 5e Congrès international communiste, Moscou, 1924
© Sputnik / Bridgeman Images

Illoy Loubath Imumba Ier, " Makoko" de Mbé est le chef de la tribu téké de Mbé et le roi de Tékés (peuple du Gabon). " Makoko" est le titre donné au chef.
© Yale University

Sur Arte le 29 juin 2021 :
L'apprentissage (1/3, 53 minutes) : à 20 h 50
Visuels :
Pierre Savorgnan de Brazza (1852-1905), officier de marine française, et explorateur de l' Afrique centrale
© CNP Collection / Alamy Stock P

Alice Seeley Harris a dénoncé les atrocités de la colonisation au Congo. Le sujet de cette photographie représente un congolais nommé Nsala qui regarde le pied tranché et la main de sa fille morte Boali, âgée de cinq ans, tuée par la milice " sentries" au service de la Compagnie du Congo belge, en représailles de la mauvaise récolte de caoutchouc faite par Nsala et son village.
© Alice Seeley Harris / ANTI SLA

Alice Seeley Harris et les enfants congolais
© Alice Seeley Harris / ANTI SLA

La Libération (2/3, 54 minutes) : à 21 h 45 
Visuels :
Mahatma Gandhi Kasturba Gandhi et Sarojini Naidu avant d' embarquer sur le SS Rajputana pour l' Europe en 1931
© Dinodia Photos / Alamy Stock P

La poètesse indienne Sarojini Naidu lors d' une tournée de conférences à travers l' Amérique, vers 1930
© Imagno / Austrian Archives (S

Hô Chi Minh ou Nguyen Ai Quoc (le patriote)
© ANOM

Le monde est à nous (3/3, 55 minutes) : à 22 h 40
Visuels :
Camp de prisonniers pour les Mau Mau' s capturés par les Britanniques, Kenya
© Terrence Spencer/ The LIFE Ima
Disponible du 15/03/2021 au 27/10/2021

Les citations sur le film proviennent d'Arte. Cet article a été publié le 28 juin 2021.