dimanche 9 juin 2013

Les Orientales


Cet article est republié à l'approche de la lecture de poèmes des Orientales de Victor Hugo et de la présentation d'anciennes éditions de ce livre lors de la visite de la Maison de Victor Hugo, le 12 juin 2013 à 14 h, dans le cadre du Festival des cultures Juives.
 
La Maison de Victor Hugo présente l’exposition éponyme dont le titre est emprunté au recueil hugolien de poèmes (1829). Environ 140 œuvres, dont des dessins de Victor Hugo, des peintures et œuvres sur papier (Delacroix, Chasseriau), sculptures, livres illustrés et gravures (Vivant Denon, Dupré), évoquent ces lieux que les artistes ont « livré à l’imagination et au rêve des lecteurs ». L’exposition souligne « l’intime correspondance » entre ce livre et la peinture, au-delà du romantisme : sujets, couleurs, flamboyance, rythme, etc. Elle esquisse l’image complexe de l’Orient, source d’inspiration et de renouvellement artistiques, mystérieux et sensuel, fascinant et redouté, largement tributaire des récits de voyageurs.

« L’orient ! L’orient ! Qu’y voyez-vous poètes ? »
(Victor Hugo, Les Chants du crépuscule)

Après l’exploration du chef d’œuvre Les Misérables (2008), la maison de Victor Hugo s’intéresse à l’Orient rêvé par le poète.

L’Orient, « une sorte de préoccupation générale » (Hugo)
L’Orient, c’est le berceau de la civilisation juive et chrétienne, et l’Oriental – Maure, Ottoman - si différent.

« L’Orient est devenu pour les intelligences autant que pour les imaginations, une sorte de préoccupation générale », écrit Victor Hugo dans sa préface à son deuxième recueil de poésie Les Orientales.

Le poète reconnaît son éblouissement : « Les couleurs orientales venues comme d’elles-mêmes empreindre toutes ses pensées, toutes ses rêveries ; et ses rêveries et ses pensées se sont trouvées tour à tour hébraïques, turques, grecques, persanes, arabes, espagnoles même, car l’Espagne c’est encore l’Orient ».

Tout débute par « Le Feu du ciel (octobre 1828), placé sous le signe de la Genèse et de l’alliance judéo-chrétienne... Le recueil sera hors normes, monstrueux, tonitruant, coloré, rythmé, ouvert à la démesure et à la confrontation des pouvoirs de l’humain et du divin » (Danielle Molinari).

Ce qui déconcerte les critiques.

« D’abord, la couleur, l’intensité chromatique de cet univers poétique, qui a tant choqué les critiques du temps, peu habitués à cette débauche de jaune et de rouge, de violet et de vert – une palette empruntée à Delacroix, couleurs pures et tons sombres… L’abondance des emprunts lexicaux aux langues « orientales » : au turc, à l’arabe, au persan, au grec aussi, mais au grec moderne... Mufti, icoglan, heiduque, vizir, semoun, timariots, spahis, klephte, etc. Si certains de ces mots étaient déjà intégrés à la langue française, la plupart étaient de nouveaux venus, et bien peu habitués à figurer dans un recueil de vers » (Franck Laurent)

Que reprochent les critiques ? A Delacroix, sa « trop grande liberté de pinceau, au poète, l’abus de « coups de pinceau rouges, bleus, verts, violets, etc. [qui] donne à certaines strophes l’aspect d’une palette de couleurs » (Arlette Sérullaz).

Les poèmes hugoliens surprennent « par la nouveauté des images, la variété des rythmes et des procédés narratifs, l’abondance des couleurs, la richesse du vocabulaire, la virtuosité de la versification. Dans cet Orient réel et rêvé, les terres bibliques sont voisines des monuments égyptiens et des sérails stambouliotes, les rois maures côtoient le Bonaparte de la campagne d’Egypte et les héros de la guerre de Grèce. Les sources sont historiques, livresques et picturales ».

L’exposition met en résonance ces « couleurs orientales » définies par Hugo comme un oxymore, « éclatant » et « sombre ».

Elle se décline en quatre parties : « les grands précurseurs, la guerre d’indépendance de la Grèce contre les Turcs, une certaine grâce sauvage, le harem et les femmes ».

Les précurseurs

L’exposition débute par les grands précurseurs : poètes, explorateurs, voyageurs, scientifiques et conquérants tel Bonaparte.

L’Itinéraire de Paris à Jérusalem et de Jérusalem à Paris (1811) de François-René de Chateaubriand (1768-1848) fixe le parcours des voyages en Orient de peintres et d’auteurs du XIXe… Chateaubriand effectue ce voyage de juillet 1806 à juin 1807. Il arrive à Jaffa le 1er octobre, se rend à Jérusalem, Bethléhem, puis se dirige le 16 octobre vers Alexandrie. Il écrit :

« La vallée de Josaphat semble avoir toujours servi de cimetière à Jérusalem … Les Juifs viennent y mourir des quatre parties du monde ; un étranger leur vend au poids de l'or un peu de terre pour couvrir leur corps dans le champ de leurs aïeux. Les cèdres dont Salomon planta cette vallée, l'ombre du temple dont elle était couverte, le torrent qui la traversait, les cantiques de deuil que David y composa, les lamentations que Jérémie y fit entendre, la rendaient propre à la tristesse et à la paix des tombeaux… Les pierres du cimetière des Juifs se montrent comme un amas de débris au pied de la montagne du Scandale… Faudrait-il s'étonner qu'une terre féconde [royaume de Jérusalem] fût devenue une terre stérile après tant de dévastations ? … A la droite du Bazar, entre le Temple et le pied de la montagne de Sion, nous entrâmes dans le quartier des Juifs. Ceux-ci, fortifiés par leur misère, avaient bravé l'assaut du pacha : ils étaient là tous en guenilles, assis dans la poussière de Sion … et les yeux attachés sur le Temple. [Les Juifs] de la Palestine sont si pauvres qu'ils envoient chaque année faire des quêtes parmi leurs frères en Egypte et en Barbarie ».
Le soutien de Lord Byron en faveur des Grecs et les épopées orientales influent sur le romantisme européen et exaltent Delacroix, Ary Scheffer, Géricault.

De la campagne d’Egypte (1798-1801) à la mort de Byron à Missolonghi (1824), via le voyage de Chateaubriand en Orient et en Espagne, les rives orientales méditerranéennes fascinent.

Malgré la défaite militaire française de l’expédition française en Egypte, ce « rêve d’Orient » perdure, entretenu par une « campagne d’hommages orchestrée par Vivant Denon » : les tableaux célèbrent le général et les batailles, « dans lesquels on a vu l’origine de la peinture orientaliste ».

En hommage à Bonaparte et à Byron, les Orientales « résonnent de l’éclat de ces gloires, de ces batailles, de la force des légendes, des martyres ».

« En Grèce ! En Grèce ! »
Les poèmes guerriers des Orientales font écho à la guerre d’indépendance des Grecs contre les Turcs (1821-1829).

Une cause philhellène qui inspire Delacroix, Ary Scheffer et David d’Angers.

Des artistes qui, dans les années 1820-1830, disposent des « costumes, aux armes et aux accessoires qui circulent d’atelier en atelier » pour brosser les portraits d'un Oriental au regard sombre, pacha inquiétant, guerrier aguerri qui les fascinent.

« Une certaine grâce sauvage »
Puis une « séquence évoque une certaine grâce sauvage …dont le poème Mazeppa paru à Londres en 1819, impose Byron en figure épique de l’Inspiration ».

Elle présente aussi un bestiaire fougueux de fauves, de chevaux et cavaliers (Géricault, Delacroix) en mouvement, en chasse, en rugissements ou hennissements, en violence.

Captives, baigneuses, sultanes
L’exposition s’achève par l’univers clos, secret et fantasmé du harem et des femmes sensuelles et envoûtantes : captive, sultane, odalisque, baigneuse (Delacroix, Colin, Deveria, Boulanger, Chassériau, Cabanel, Portaels).

 
Jusqu’au 4 juillet 2010
6, place des Vosges. 75004 Paris
Tél. : 01 42 72 10 16
Ouvert tous les jours sauf lundis et jours fériés de 10 h à 18 h


Visuels de haut en bas :
Couverture du catalogue
Théodore Chassériau (1819-1856)
Intérieur de harem ou Femme mauresque sortant du bain au sérail, 1854, huile sur toile, Strasbourg, musée des Beaux-Arts © Musées de la Ville de Strasbourg/N.Fussler

Auguste Couder (1789-1873)
Mehemet-Ali, Vice-Roi d’Egypte, 1841, huile sur toile musée national des châteaux de Versailles et de Trianon © RMN/Gérard Blot

David d’Angers (Pierre-Jean David, dit, 1788-1856)
La jeune grecque au tombeau de Botzaris, 1827, plâtre, musées d’Angers © Musées d’Angers/Pierre David

Eugène Delacroix (1798-1863)
La Chasse au lion, esquisse, 1854, huile sur toile, musée d’Orsay © RMN (Musée d’Orsay)/Gérard Blot

Jean-François Portaels (1818-1895)
Portrait d’une jeune nord-africaine, 1874, huile sur bois, Charleroi, musée des
Beaux-Arts © Collection Musée des Beaux-Arts de Charleroi/Photo Alain Breyer


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Citations du dossier de presse et du catalogue.
Cet article a été publié le 26 juin 2010

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