Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
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vendredi 24 juillet 2026

"Dirty Dancing". Comédie romantique engagée » de Leni Merat et Joséphine Petit

« Dirty Dancing » est un drame musical réalisé par Emile Ardolino (1987) avec Patrick Swayze et Jennifer Grey. Succès commercial et film devenu culte, ce film américain relate l’éveil à la sexualité d’une adolescente juive américaine, surnommée Bébé, durant son séjour familial estival dans la pension de famille Kellerman située dans la région des montagnes Catskill de l'État de New York. Arte diffusera le 26 juillet 2026 à 23 h 10, dans le cadre du « Summer of Disco », "Dirty Dancing". Comédie romantique engagée », documentaire de Leni Merat et Joséphine Petit.


« Cinquante ans après son avènement, la chaine franco-allemande ARTE consacre tout un « Summer of Disco » à ce genre musical influent. Des films, des documentaires et des captations de concerts retracent l’histoire du disco en tant que son d’une époque, espace d’émancipation et phénomène culturel mondial – entre paillettes, évolution sociale, hédonisme et histoire de la pop, dont l’influence perdure encore. »

« Il y a un demi-siècle, la vague disco faisait du dancefloor un joyeux et fiévreux espace d’émancipation. Du 28 juin au 9 août 52026, les mercredis et dimanches soir, à l’antenne et en ligne, ARTE célèbre par une programmation spéciale cette vibe libératrice et déroule sur la piste films cultes, musiques groovy et sagas documentaires. » 

Arte diffusera le 26 juillet 2026 à 23 h 10, dans le cadre du « Summer of Disco », "Dirty Dancing". Comédie romantique engagée » de Leni Merat et Joséphine Petit.

« Qu'est-ce qui rend "Dirty Dancing" culte ? Sous ses dehors d'irrésistible bluette, le film cache en creux un message politique détonnant, à rebours des comédies romantiques de l'époque. »

« Les jeunes femmes se succèdent à l'écran. À la question : "Combien de fois as-tu vu Dirty Dancing ?", les réponses s'enchaînent : "Trente à quarante fois", "soixante fois", "six fois au cinéma et six fois en VHS"… »

« Long métrage devenu culte pour plusieurs générations, Dirty Dancing a connu un succès stupéfiant en 1987 grâce à une recette simple : une héroïne qui n'a pas froid aux yeux (Jennifer Grey), un sex-symbol planétaire (Patrick Swayze), une passion dévorante, des chansons devenues des tubes et un porté mythique qui sera honoré par la pop culture au fil de détournements et d'hommages dans les films et les séries des années 2000, puis sur les réseaux sociaux. »

« Mais au-delà de l'irrésistible bluette, ce petit film indépendant réalisé par Emile Ardolino propose des éléments aux antipodes des comédies romantiques de l'époque, bien éloignés de la tiédeur hollywoodienne : un éveil sexuel et la présence en creux d’une pensée féministe (Frances porte son nom en hommage à Frances Perkins, la première femme à être entrée au gouvernement américain, en 1933), sans compter l'allusion à un avortement, illégal encore dans les années 1960 où se situe l'action du film… »

« En pleine vague viriliste (L'arme fatale, Predator, Robocop…), le succès de cette romance produite par deux femmes (Linda Gottlieb et Eleanor Bergstein) mettant en scène une jeune héroïne au physique atypique pour l'époque, détonne. »

« Les documentaristes Leni Mérat et Joséphine Petit ("Thelma et Louise" – Un western féministe) interviewent les protagonistes qui ont permis à Dirty Dancing d'exister malgré les écueils opposés à ce film fauché devenu triomphe surprise, retournent sur les lieux du tournage et éclairent une facette de ce petit ovni aux millions de fans : son propos féministe bien trempé. »

Arte, comme des critiques, omettent d'indiquer que la famille de l'adolescente est juive et que l'histoire se déroule dans le lieu de villégiature de la bourgeoisie juive newyorkaise, les montagnes Catskill.

Âgé de cinq ans, Joey Lewis, puis Jerry Lewis débute avec ses parents dans les spectacles organisés pour les estivants new-yorkais Juifs, pour la plupart ashkénazes, passant, leurs vacances dans les hôtels cacher de la populaire Jewish Borscht Belt (Ceinture Juive du Borscht), ou Jewish Alps (“Alpes juives”), désignant ces localités des montagnes Catskill, près de New York. Là, ont joué des artistes du stand-up : Mel Brooks, Woody Allen, Rodney Dangerfield, Joan Rivers, Lou Goldstein, etc. Un des hôtels de la chaîne Kutsher dans cette Ceinture a été démoli en mai 2014. 

Dans l'article "Skiing Through Sour Cream. How the Borscht Belt paved the way for Jewish athletes (Skier à travers la crème sure. Comment la Borscht Belt a ouvert la voie aux athlètes juifs) publié par Lilith (26 novembre 2025), Eileen Pollack évoque le rôle, dans l'entre-deux-guerres et après la Deuxième Guerre mondiale, des stations touristiques situées dans les montagnes Catskill, dans la Borscht Belt (« ceinture du bortsch ») de l'Etat de New York; dans l'intégration ou l'assimilation à l'american way of life - de juifs ashkénazes qui apprennent là un mode de vie différent de celui de leurs parents en Europe. Dans ces stations touristiques, ces Américains, immigrés européens ou enfants, voire petits-enfants de rescapés de la Shoah, souvent issus de la bourgeoisie petite ou moyenne, ont appris des sports : 


Par Delphine Simon-Marsaud, chargée de production web à la Cinémathèque française. 8 février 2024

« Le succès surprise de l'été 1987 auquel personne ne croyait, juste avant Prédator, Les Incorruptibles, Full Metal Jacket, et juste après Robocop et James Bond. L'une des comédies romantiques les plus populaires au monde doit sa réussite à l'authenticité du travail d'écriture, des interprètes et à sa réalisation, autant qu'à un gros coup de chance... Le destin de Dirty Dancing, sauvé in extremis d'une carrière directe en vidéo, raconté par ceux qui l'ont vécu.

Avec Eleanor Bergstein (scénariste), Kenny Ortega (chorégraphe), Emile Ardolino (réalisateur), Linda Gottlieb (productrice), Jennifer Grey (actrice), Mitchell Cannold (producteur), Dori Berinstein (productrice), Patrick Swayze (acteur), Miranda Garrison (assistante chorégraphe), Jimmy Ienner (coproducteur de la BO), Franke Previte (compositeur), David Chapman (décorateur), Jane Brucker (actrice), Samuel G. Freedman (journaliste au New York Times).
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DIRTY DANCING, UN TITRE A UN MILLION DE DOLLARS
Eleanor Bergstein (scénariste) : On m'a appelée Bébé jusqu'à mes 22 ans. Dirty Dancing s'inspire de ma vie, de ma famille et de mes vacances dans les Catskills avec mes parents : un père juif, médecin, les concours de mambo et de cha cha pendant que les adultes buvaient du champagne... Plus tard, les soirées à danser dans les sous-sols avec les jeunes de mon quartier... J'étais une très bonne danseuse et je pense que c'est l'idée de cette fille dans sa robe à volants en organdi, exécutant des danses sulfureuses avec détermination, qui faisait vibrer la salle tous les soirs.
Kenny Ortega (chorégraphe) : La danse dite dirty est essentiellement une danse de la rue. Collé, cambré, on est très proche l'un de l'autre. C'est comme une sorte de conversation entre les corps. L'expression verticale des désirs horizontaux.
Emile Ardolino (réalisateur) : C'est une danse de couple très sensuelle. Imaginez ça en 1963 avant la révolution sexuelle. Les gens voulaient se serrer les uns contre les autres, alors ils dansaient. D'une certaine manière, ça ressemble à des caresses sexuelles. À la fois romantiques, très physiques et bouleversantes.
Eleanor Bergstein : J'ai mixé et assemblé tous ces souvenirs. Je voulais écrire un film qui soit une célébration de la période de la vie où l'on croit à la possibilité de refaire le monde à son image. L'histoire devait se passer au cours de l'été 1963 – pas plus tôt, pas plus tard -, l'été du mouvement de la paix et du discours de Martin Luther King, avant l'assassinat du Président Kennedy et l'avènement des Beatles.
Linda Gottlieb (productrice) : Je travaillais pour la MGM. Eleanor est venue me voir et m'a parlé de son envie de faire un film sur deux sœurs en vacances dans les Catskills dans les années 60. J'ai d'abord été sceptique, jusqu'à ce qu'elle me raconte ses virées de dirty dance. Là, j'ai littéralement fait tomber ma fourchette. J'ai dit : « Ça, c'est un titre à un million de dollars ! »
Jennifer Grey (actrice) : Personne ne pensait que ce titre allait marcher. Dirty Dancing, ça faisait un peu scandale. Beaucoup ont cru qu'il s'agissait d'un film pornographique.
Linda Gottlieb : La MGM a renoncé au projet, on a alors décidé de faire le film Eleanor et moi. J'ai appelé la Paramount : non merci. Puis d'autres studios en Californie : non merci. Je l'ai ensuite proposé à de plus petits studios, des indépendants... Quarante-deux lettres de refus. Ils avaient peur d'un film de filles. Les studios étaient dirigés par des mecs, qui voulaient des films de gros durs.
Eleanor Bergstein : Pour convaincre les producteurs, j'envoyais le script avec une cassette audio de ma bande-son idéale. Je leur disais : « Quand vous lisez le scénario, écoutez la musique en même temps ». Tous les studios ont refusé. Selon eux, les jeunes n'allaient pas aimer cette musique ou l'histoire n'avait aucun sens. Ils n'aimaient pas.
Mitchell Cannold (producteur) : Je venais d'être embauché comme chef de production chez Vestron, une société de films vidéo spécialisée dans les films de série B.
Dori Berinstein (productrice) : Vestron recevait tous les scénarios rejetés par les studios. Il y en avait des bennes entières... On a lu, et lu, et lu... Un jour Mitchell est tombé sur Dirty Dancing...
Mitchell Cannold (producteur) : Forcément le titre a attiré mon attention. Et puis, comme mes parents m'emmenaient dans des clubs de vacances dans les Catskills, cette histoire m'était familière.
Jennifer Grey : Dans les années 50 et 60, les centres de villégiature des Catskills accueillaient essentiellement des familles juives new-yorkaises qui fuyaient en été la chaleur de la ville. On les appelait les Alpes juives. Elles ont une connotation particulière pour toutes les familles juives américaines comme la mienne.
Mitchell Cannold : En lisant le script, je riais, je pleurais, j'ai immédiatement appelé son agent. J'ai demandé : « Est-ce que ce film a été fait ? » « Non, personne ne veut le faire ». J'ai dit : « Moi, je veux le faire. »
Linda Gottlieb : J'ai cru à un canular téléphonique. C'était une petite société de production VHS, c'était leur premier film de cinéma, ils n'y connaissaient rien. Mais je me suis dit que c'était une belle opportunité...

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BEBE ET JOHNNY
Eleanor Bergstein : La première chose à faire était de trouver le bon réalisateur. Quelqu'un qui savait filmer les chorégraphies et surtout l'émotion qui passe par la danse.
Emile Ardolino : Je n'avais jamais tourné de long métrage, mais un documentaire, He Makes Me Feel Like Dancin', pour lequel j'avais remporté un Oscar en 1984. Je suis fan de danse et de musique, et Dirty Dancing en offrait un parfait ensemble sur fond de drame et de comédie. J'ai donc immédiatement adhéré.
Eleanor Bergstein : Ensuite, ç'a été très difficile de trouver qui allait jouer Bébé, parce que Vestron devait approuver le casting. J'imaginais une fille mince avec de longs cheveux dans le dos, comme moi. Et eux imaginaient Winona Ryder ou Jessica Parker. Mais lorsque Jennifer Grey s'est présentée au casting, j'ai su que c'était elle.
Jennifer Grey : À l'époque, je me sentais comme une sorte de vilain petit canard. J'étais trop « juive » pour Flashdance, pas assez jolie pour Endless Love de Zeffirelli. On ne voulait pas non plus de moi dans Le Clochard de Beverly Hills pour jouer la fille de Bette Midler et de Richard Dreyfuss. Ça m'avait achevée, pourquoi est-ce que je faisais ce métier ? Et puis ils m'ont choisie pour jouer Bébé, avant même de trouver l'interprète de Johnny Castle.
Eleanor Bergstein : Pour le rôle de Johnny, Linda Gottlieb pensait à Billy Zane qu'elle pensait être le nouveau Brando. Mais je trouvais qu'il dansait comme quelqu'un qui avait très bien appris à danser pour sa Bar Mitzvah. Nous avions besoin d'un très bon danseur, et je voulais qu'il ait un regard énigmatique. Parmi les photos du fichier, celle de Patrick Swayze est sortie du lot, mais malheureusement il était inscrit qu'il n'avait pas de compétences en danse.
Patrick Swayze : Je ne voulais plus danser à cause d'une blessure au genou faite au football. Et il était temps de me concentrer sur ma carrière d'acteur...
Emile Ardolino : Ce qu'Eleanor ne savait pas au sujet de Patrick et de ses beaux yeux, c'est qu'il était avant tout danseur, et que sa mère était la plus grande professeure de danse du Texas.
Kenny Ortega : Patrick était un excellent danseur. Il a fait autant pour la danse que n'importe quel chorégraphe de notre génération.
Jennifer Grey : Kenny Ortega, qui avait travaillé sur plusieurs films de John Hughes, dont La Folle Journée de Ferris Bueller, venait d'arriver de Los Angeles. Il avait apporté sa collection de vieux 45 Tours pour nous faire danser et il montrait des bases latines aux interprètes potentiels de Johnny, tandis que le reste de l'équipe, assise sur des chaises pliantes, vérifiait leur niveau de danse. La question clé était : une fois réunis, le gars et moi aurions-nous l'air sexy ensemble ? Ils recherchaient une créature insaisissable, qui n'existait peut-être même pas : un homme au magnétisme animal, un jeune Brando qui savait vraiment danser.
Mitchell Cannold : On a auditionné Benicio del Toro, Billy Zane... Mais dès que Patrick est entré, on a su que c'était Johnny. Lors des auditions, l'alchimie avec Jennifer était indéniable. Il y avait des étincelles entre eux. Le genre d'étincelles qui pouvaient très bien se traduire à l'écran.
Jennifer Grey : Quand ils m'ont parlé de Patrick, j'ai pensé qu'il était dans l'intérêt de tous qu'ils connaissent mon histoire avec lui. On avait déjà travaillé ensemble sur L'Aube rouge de John Milius. J'avais passé deux mois avec lui. Je leur ai dit : « Croyez-moi, ça ne va pas le faire. »
Eleanor Bergstein : Il y avait eu des antécédents entre eux sur le tournage de L'Aube rouge. Patrick était très macho, faisait de mauvaises blagues. Jennifer ne pouvait pas le supporter. Mais ils se sont mis à danser et c'était une évidence. Ils étaient extraordinaires ensemble. Avec eux, j'avais toute mon histoire qui défilait devant mes yeux.
Patrick Swayze : Au départ on m'a conseillé de ne pas faire Dirty Dancing (oh, je déteste ce titre), qui passait pour une simple histoire de danseur sexy. Mais je ressentais quelque chose pour le personnage de Johnny Castle, ce type issu de la rue, qui se bat d'abord pour s'aimer lui-même et pour croire qu'il existe autre chose que ce que la société lui promet.
Jennifer Grey : Patrick était une combinaison rare et magnifique de masculinité brute et de grâce étonnante. Superbe et fort, c'était en fait un vrai cow-boy au cœur tendre, mais tellement macho. Il n'avait peur de rien et était prêt à tout pour réussir. Il m'a emmenée à part et m'a dit : « Je t'adore et je suis vraiment désolé de t'avoir fait souffrir sur L'Aube rouge. Je sais que tu ne me veux pas avec toi sur ce film. » Il avait les larmes aux yeux. « Je te jure que je me rattraperai. Tu ne le regretteras pas. » Il a souri et a tenté de me faire sourire à mon tour. « Allez, tu sais bien que si on fait ça ensemble, on va tout déchirer ». Il m'a prise dans ses bras et je me suis dit : « Ok, c'est mort pour moi. »
Patrick Swayze : Jennifer avait très peur car elle n'était pas danseuse au départ. Mais son père l'était et elle possède un talent naturel phénoménal. On a travaillé ensemble pendant six semaines avant le tournage. Après j'ai laissé la responsabilité des chorégraphies à Kenny Ortega.
Jennifer Grey : Les semaines de répétitions de danse avant le début des prises de vue ont été, pour moi, le point culminant de tout le tournage. Kenny, très généreux, m'a enseigné avec amour les bases du mambo. Dans la danse en couple, il y a un courant presque électrique qui transmet tout ce qui existe entre le meneur et le suiveur. À l'intérieur de ce système fermé, il y a une conversation intime, improvisée, sans paroles. De l'extérieur, la danse semble d'une simplicité déconcertante, mais à l'intérieur, il se passe beaucoup plus de choses. Kenny et Emile formaient un duo de choc. Ils ont réussi à faire de la danse un langage capable de superposer différents niveaux de narration émotionnelle (intimité, érotisme, identité). Ils ont su parfaitement intégrer la danse dans l'intrigue d'Eleanor qui, pour moi, relève du génie. À travers la danse, elle parle de justice et de classes sociales.
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DERRIERE LA COMEDIE ROMANTIQUE, UN FILM ENGAGE
Miranda Garrison (assistante chorégraphe) : Les différentes classes seraient divisées en trois types de danse. Les frottements de la danse dirty pour la classe inférieure, le foxtrot pour les riches d'en haut, et entre les deux, vous avez Johnny Castle et Penny, duo de danseurs prêts à tout pour réussir.
Emile Ardolino : La danse était utilisée pour faire avancer l'intrigue, pour révéler des personnages en train de découvrir l'amour et la sexualité.

Jennifer Grey : Derrière le conte de fées romantique et cotonneux, Dirty Dancing apparaît comme un film féministe. Le personnage de Johnny est féministe. Il croise mon personnage, Bébé, et il change sa réalité, il débloque bien plus que sa sexualité, il débloque son pouvoir de séduction en tant que femme, elle qui avait peu d'estime de soi au départ. Je pense que pas mal de femmes se retrouvent dans ce personnage. Bébé était une fille à papa et elle devient une femme qui découvre sa libido en un éclair. Le film comporte en outre une intrigue secondaire qui est malheureusement toujours d'actualité : Penny (Cynthia Rhodes), l'ancienne partenaire de Johnny, lutte pour avoir accès à un avortement sûr.
Eleanor Bergstein : J'avais peu d'espoir que quelqu'un voie le film et encore moins qu'il influence qui que ce soit, mais juste au cas où, j'y ai mis des choses qui étaient importantes pour moi. Je pense que l'on peut faire un brillant documentaire sur l'avortement en noir et blanc, mais tous ceux qui le verront seront probablement déjà acquis à la cause. En revanche, si vous faites un film en couleurs avec des personnes sexy, de la musique, des danses sensuelles et une belle jeune fille blonde au visage de princesse délicate, qui n'a pas le choix et qui crie dans un couloir devant un couteau sale, cela peut faire changer d'avis certains opposants.
Jennifer Grey : Le film aborde les avortements illégaux en 1963, nous l'avons tourné à la fin des années 80, et c'est un thème très inhabituel dans une comédie romantique, non ? C'est un sujet assez lourd mais qui n'empêche pas le spectateur d'être emporté dans cette délicieuse histoire de plaisir sensuel.
Eleanor Bergstein : Afin d'obtenir le sponsoring d'une grande marque de cosmétique, les producteurs m'ont demandé de retirer l'avortement du scénario. J'étais sûre que ça arriverait, j'avais donc tout prévu et je leur ai répondu : « J'aurais été heureuse de le faire mais sans l'avortement illégal, il n'y a plus aucune raison que Penny arrête de danser avec Johnny, que Bébé aide Penny et qu'elle danse avec Johnny, ou qu'il se passe quoi que ce soit. Tout s'effondre. » Sans l'avortement, il n'y avait tout simplement pas de film.
Jennifer Grey : « On laisse pas Bébé dans un coin ». Si Patrick Swayze, à de nombreuses reprises, a tenté de faire supprimer cette réplique qu'il jugeait idiote, elle a eu une résonance incroyable. Cette phrase signifie tellement de choses. Il y a tellement de façons de se mettre au coin ou de penser que les autres nous mettent au coin. Nous devons être capable de reconnaître que notre place n'est pas dans un coin. 
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« TOUT CE QU'ON AVAIT DANS LE BUDGET, ON L'A MIS DANS LA MUSIQUE. »
Mitchell Cannold : Tout le monde s'est donné à fond. Mais Vestron n'avait jamais réalisé de film auparavant et disposait d'un très petit budget de 4,5 millions de dollars. Il était fort probable que le dévouement de chacun ne suffise pas à sauver le film du destin embarrassant d'une série B.
Eleanor Bergstein : Le film devait contenir d'anciennes chansons provenant de ma collection personnelle. J'avais divisé les sélections musicales en trois groupes : le latin mambo pour le dancefloor de la résidence, la pop propre aux adolescents pour le bungalow des Houseman, et la soul rock érotique pour les salles du personnel de la station. Je voulais trouver la musique la plus sexuellement évocatrice, la plus choquante pour une jeune femme qui n'en avait jamais entendue auparavant. Parce que j'imaginais que dans la chambre de Bébé, à la maison, on n'écoutait pas autre chose que les premiers Joan Baez, The Weavers ou Harry Belafonte.
Jimmy Ienner (coproducteur de la BO) : Si j'ai réussi à obtenir les licences de certaines chansons, il fallait cependant en créer de nouvelles, et donc trouver des auteurs et des interprètes...
Mitchell Cannold : Trois jours avant le début du tournage, on n'avait aucune musique. J'étais paniqué, car sans musique on ne pouvait rien tourner. Il se trouve que le compositeur qu'on avait au départ avait fini par dire : « C'est un petit film, j'ai autre chose à faire. » Je l'ai donc viré à deux jours du tournage.
Franke Previte (compositeur) : Quand Jimmy Ienner m'a appelé à la rescousse, je n'avais plus que 100 dollars sur mon compte en banque. Il m'annonce : « Il y a un petit film pour lequel je voudrais que tu écrives une musique, ça s'appelle Dirty Dancing. » J'ai pensé : « Oh, le pauvre Jimmy, il fait du porno ! » Je lui dis : « Écoute Jim, je ne sais pas si j'ai le temps pour ce genre de film. » Il répond : « Non, c'est la rencontre d'un garçon et d'une fille. C'est un bon petit film. Il faut que tu trouves du temps, ça va changer ta vie. » J'accepte mais il précise : « La mauvaise nouvelle, c'est que la chanson doit durer sept minutes. » Ok, il n'y avait aucune chance que ça devienne un single. J'ai écrit Time of My Life sur la route qui m'amenait au studio, griffonné sur une enveloppe dans la voiture sur une aire d'autoroute. Pendant ce temps, Patrick a proposé She's Like the Wind qu'il avait écrite quelques années plus tôt et qu'il interprète lui-même.
Jimmy Ienner (coproducteur de la BO) : L'album a reçu 85 disques d'or et de platine, plusieurs Grammys et deux Oscars, dont un pour la bande originale, qui reste l'un des albums les plus vendus de tous les temps. Un tournage électrique
Eleanor Bergstein : On avait très peu d'argent, surtout pour un film d'époque, car tout devait ressembler aux années 60 : les costumes, les décors...
Dori Berinstein : Pour le cadre, nous n'avions absolument pas les moyens de payer une résidence dans les Catskills, qui plus est pendant l'été avec tous les vacanciers. On a donc dû aller plus au sud.
David Chapman (décorateur) : On a trouvé refuge en Virginie, sur une montagne au bord d'un lac, Mountain Lake Lodge. Ce coin des États-Unis est normalement le dernier endroit du pays où les feuilles commencent à jaunir. Mais comme ils ne pouvaient se payer que 14 jours de tournage à cet endroit, ils ont dû trouver un deuxième camp de vacances en Caroline du Nord, avec de petites maisons et un pavillon où l'on pouvait faire les séquences de danse. On a réutilisé les mêmes lampadaires, les mêmes détails, ce qui fait qu'on ne se doute jamais qu'il s'agit de deux endroits différents.
Mitchell Cannold : Le tournage a commencé le 5 septembre 1986 en Virginie. Les résidents saisonniers et les campeurs étaient partis. Malheureusement, il commençait à faire froid et les feuilles tombaient des arbres. Elles étaient rouges orangé et le film est censé se passer en été. On a donc ramassé les feuilles, on les a peintes en vert à la bombe, puis on les a scotchées aux arbres.
Jennifer Grey : Il a beaucoup plu. Vraiment beaucoup. Et quand il a cessé de pleuvoir ? Il y avait des moustiques. Et comme je suis un aimant à moustiques et qu'il ne s'agissait pas d'un film sur une fille atteinte de la variole, la maquilleuse a dû recouvrir les marques rouges entre chaque prise, y compris pendant les scènes d'amour entre Bébé et Johnny, en tamponnant du maquillage sur presque toutes les parties de mon corps nu.
Patrick Swayze : Jennifer était particulièrement émotive, éclatant parfois en sanglots si quelqu'un la critiquait. D'autres fois, elle se laissait aller à des humeurs ridicules, nous forçant à refaire des scènes encore et encore.
Linda Gottlieb : Patrick et Jennifer ne s'aimaient pas. La scène où Johnny apprend à Bébé à se tenir en équilibre sur le tronc d'arbre au-dessus du ruisseau est la quintessence de leur différence. Jennifer disait : « Mais je pourrais tomber, même pas en rêve ». Et Patrick n'aimait pas ça.
Jennifer Grey : C'est une des seules scènes pour lesquelles j'ai utilisé une doublure. Patrick, lui, n'avait peur de rien. Son audace et ma trouille, son absence de judéité et ma super judéité... Tout nous opposait. Il aurait fait n'importe quoi et j'avais peur de faire quoique ce soit. Je suis convaincue qu'il me trouvait pénible. Moi aussi, je le trouvais pénible. Ce n'était pas fluide entre nous mais on n'en parlait pas. On ne cherchait pas à crever l'abcès.
Jane Brucker (actrice) : Patrick voulait tout faire tout seul et c'était un vrai macho. On lui disait : « Oh mais on sait que tu es l'homme le plus parfait, le plus sexy, tu n'as pas besoin de faire des cascades de macho, tu es parfait ! »
David Chapman : La scène du tronc d'arbre était vraiment dangereuse. Il y avait un ravin en dessous. J'ai dit à Patrick : « Si tu te trompes, tu as 100 personnes au chômage. »
Jennifer Grey : Patrick avait une ancienne blessure au genou, mais il a insisté pour faire les cascades sur le tronc d'arbre. Il est tombé et s'est blessé à nouveau. Son genou était gonflé comme un pamplemousse et il devait s'absenter pour se faire drainer. Le calendrier de tournage a été modifié, sans parler des jours de récupération, les maladies, la météo...
Miranda Garrison (assistante chorégraphe) : Patrick prenait le film vraiment sérieusement, beaucoup plus que Jennifer. Vous voyez, cette séquence du cours de danse, oùil fait glisser son bras sur le sien et elle commence à rigoler ? En fait, il était très tard, on tournait depuis longtemps, et cette chatouille et cette exaspération n'étaient absolument pas prévues. Et le réalisateur a dit : « Laissez la caméra tourner, c'est super ! »
Dori Berinstein : C'était un vrai moment de vérité entre eux deux. Les tensions étaient finalement bénéfiques au film. Ça renforçait l'alchimie du couple au cinéma. Ils avaient du mal à s'entendre, à être ensemble sur le plateau. Exactement comme ce que nous voulions raconter dans le film. Tout ça a finalement apporté une vraie authenticité à leur jeu.
Kenny Ortega : Ils amenaient avec eux tellement de choses chaque jour. Parfois, c'était un conflit, parfois c'était de l'amour. Il y avait quelque chose d'inexplicable entre eux, une énergie électrique.
Emile Ardolino : La scène où ils rampent sur le sol l'un vers l'autre n'était qu'un échauffement. J'ai trouvé la performance tellement géniale que j'ai décidé de la garder au montage.
Dori Berinstein (productrice) : Il suffisait de les regarder... La dynamique entre eux était de l'ordre du professeur-élève. Patrick était vraiment frustré quand Jennifer n'y arrivait pas, c'était très authentique. Ce que Jennifer apportait, c'était sa vulnérabilité et une maladresse qui était nécessaire au film.
Jennifer Grey : J'avais dans la vie les mêmes problèmes que Bébé. Par exemple, l'idée de pratiquer le « porté », ce vol audacieux dans les bras levés de Johnny qui constitue le point culminant du film, me terrorisait.
Eleanor Bergstein : Pour la scène du porté dans le lac, l'eau était si glaciale qu'ils étaient bleus en sortant. Jennifer m'a épatée, c'était un vrai soldat. Il faisait si froid qu'il a fallu cacher la fumée de leur souffle à l'image.
Patrick Swayze : On était en hypothermie ! On a joué et rejoué la scène avec nos vêtements mouillés. On a même dû être filmés de loin, car nos lèvres devenaient bleues.
Eleanor Bergstein : Parmi les nombreux aspects du film évoqués dans la culture populaire, c'est le porté qui revient le plus souvent. Au moment du tournage, nous n'avions pas conscience de l'impact que ce mouvement de danse aurait pendant tant d'années.
Jennifer Grey : Dès le premier jour de répétition et tout au long du tournage, Patrick voulait qu'on répète la scène de danse finale avec le porté. Je ne voulais pas la faire, j'avais trop peur de me faire mal. Il me disait : « Allez ! Tu peux y arriver. Je fais ça depuis toujours. Je n'ai encore jamais fait tomber personne et tu es toute légère ». Je savais qu'il me disait la vérité. Il soulevait des danseuses dans les airs depuis qu'il était enfant. Mais ça ne me rassurait pas. Et le jour de la prise, nous ne l'avions jamais répétée. Trois caméras étaient pointées sur nous, nous n'avons fait qu'une seule prise et c'était la bonne. C'était tellement émouvant que ça se voit sur mon visage : « Oh mon Dieu, je l'ai fait ! »
Patrick Swayze : J'étais fier d'elle. Tout au long du film, on la voit progresser, son personnage évoluer de gamine à jeune adulte. Elle a vraiment fait du bon boulot.
Jennifer Grey : Ce que vous voyez entre nous dans cette scène était réel. Il y avait un vrai respect. Une vraie attention. Si ça, ce n'est pas de l'amour, qu'est-ce que c'est ? Avec lui, j'ai réussi des choses que je ne savais pas faire, parce que je l'ai laissé prendre soin de moi. Je ne sais pas comment tous ces gens qui rejouent cette scène ont le courage de se jeter dans les bras de qui que ce soit d'autre que Patrick Swayze. C'est fou !
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« BRULEZ LES PELLICULES ET TOUCHEZ LES ASSURANCES ! »
Mitchell Cannold : La première version était terminée. On ne savait pas à quel point, mais on pensait que le film était réussi. On était plutôt fiers. Fiers comme des gens qui n'avaient jamais fait de film.
Jane Brucker : On a fait une première projection avec les pontes du studio. Pour eux, le film était insortable. C'était le pire film qu'ils aient jamais vu.
Mitchell Cannold : On a alors fait appel à Aaron Russo, le producteur d'Un fauteuil pour deux, pour avoir un autre avis. On s'est tous assis au fond de la salle, on a projeté le film. Les lumières se sont rallumées et il nous a dit : « Brûlez les pellicules et touchez les assurances ! Récupérez l'argent car vous n'allez jamais faire un centime avec ça. » On était anéantis.
Eleanor Bergstein : Tout le monde nous disait que c'était nul...Tout le monde a détesté : les patrons, les distributeurs et même le studio. On pensait qu'on allait être humiliés, que ça allait être horrible, que le film allait être mis direct dans les bacs vidéo. Et que ce serait difficile pour nous de retravailler un jour.
Mitchell Cannold : Et puis un journaliste du New York Times a écrit un article juste avant la sortie du film...
Samuel G. Freedman (journaliste au New York Times) : Dirty Dancing m'a tout de suite séduit par son aspect hybride. D'un côté ça me rappelait Flashdance ou Footloose, un divertissement sur le plaisir de la danse. Mais il y avait aussi une partie moins évidente du scénario qui donnait au film une profondeur inattendue. Le petit copain imprésentable, l'histoire d'amour transgressive, le milieu populaire et le milieu aisé. Bébé juive, pas Johnny. Et tout ça était transcendé par la nuit, où les barrières de classes et de religion étaient dépassées pour laisser place à une alchimie sexuelle.
Mitchell Cannold : Cet article donnait tout à coup au film une importance et une légitimité. Nous étions vraiment reconnaissants au New York Times, car il a eu un impact énorme. Les studios étaient tellement impressionnés qu'ils ont envoyé l'article à des milliers de journaux à travers le pays. Et alors qu'on s'attendait à être marketé comme un film pour ados, on a eu de vraies critiques d'adultes. Ç'a été le succès surprise de l'été 1987. Dirty Dancing avait coûté 5 millions de dollars, et allait en rapporter plus de 250 à travers le monde.
Samuel G. Freedman : Imaginez en 1987 la portée du New York Times qui mettait en lumière un tel film. Cela devenait un signal pour tous les autres médias du pays qui se disaient : «  Ouh là, attention à ce qu'on va écrire, si on n'est pas sur la même ligne que le Times. » Ou : « Peut-être qu'on devrait finalement écrire un article sur ce film. »
Dori Berinstein : Ce film parlait à tout le monde. On trouvait que Bébé, c'était la girl next door. Elle était jolie mais pas magnifique, elle était un peu gauche. Tout le monde pouvait s'identifier à elle et à l'histoire. Et puis elle arrive à avoir le beau gosse, donc c'était une histoire positive, pleine d'espoir.
Samuel G. Freedman : Bien que le film se déroule en 1963, la prise de position féministe participe au charme du film. Mais sa force est aussi d'avoir une résonance actuelle, car Bébé fait partie de ces personnages auxquels toutes les jeunes filles d'hier et d'aujourd'hui peuvent s'identifier.
Eleanor Bergstein : C'est aussi grâce au merveilleux public que le film est resté à l'affiche aussi longtemps, et qu'il est toujours en vie après toutes ces années. Et cela fait maintenant plusieurs générations... »
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« Propos extraits de :
Out of the Corner : A Memoir, Jennifer Grey, Ballantine Books, 2022
The Movie That Made Us (Ép. 1) : Dirty Dancing, 2020 (Netflix)
Patrick Swayze, acteur et danseur par passion, Derrik Murray, 2019 (Arte)
Dirty Dancing's Jennifer Grey on the enduring relatability of 'I carried a watermelon', Kristen Baldwin, August 19, 1922 (ew.com)
Patrick Swayze: Friends and colleagues pay tribute, September 14, 2009 (ew.com)
7 Secrets From Behind the Scenes of Dirty Dancing, Anya Jaremko-Greenwold, June 1, 2022 (firstforwomen.com)
Interview Jennifer Grey on her turbulent life – and the film that made her a star, John Crace, September 15, 2022 (theguardian.com)
20 Secrets About Dirty Dancing Revealed, January 25, 2024 (eonline.com)
Interview Kenny Ortega, October 20, 2017 (thesun.co.uk)
15 secrets sur le film Dirty Dancing (magazine.lecranpop.com)
How we made Dirty Dancing's (I’ve Had) The Time of My Life. Itw Franke Previte by Henry Yates, April 9, 2019 (theguardian.com)
Behind the Scenes of Dirty Dancing. An Interview with Eleanor Bergstein, Lauren Stannard (greenwichfilm.org)
Risky Business: Rock in Film, William D. Romanowski, Transaction Publishers 1991
Emile Ardolino, Director, Is Dead. Specialist in Dance Films Was 50, Jennifer Dunning, November 22, 1993 (nytimes.com)
Making of Dirty Dancing, Entrevistas de Cine (youtube.com)
The ‘Dirty Dancing’ Soundtrack: 10 Things You Didn’t Know, David Browne, August 21, 2017 (rollingstone.com)
Dirty Dancing, Emile Ardolino, 1987, Podcast (rts.ch) »


"Dirty Dancing". Comédie romantique engagée» de Leni Merat et Joséphine Petit
France, 2026, 52 min
Coproduction : ARTE France, Agat Films
Sur Arte le 26 juillet 2026 à 23 h 10
Sur arte.tv du 28/06/2026 au 27/03/2027
Visuels :
© John Barrett - Everett Collection - Bridgeman Images
© Yoan Crez - AGAT FILMS


samedi 11 juillet 2026

James Gray

Né en 1969 à New York (Etats-Unis), James Gray est un réalisateur - 
Little Odessa (1994), The Yards (2000), La nuit nous appartient (We Own the Night, 2007), Two Lovers (2008), The Immigrant (2013), The Lost City of Z (2016), Ad Astra (2019), Armageddon Time (2022) -, scénariste et producteur juif américain. Arte diffusera le 12 juillet 2026 à 21 h « La nuit nous appartient » (We Own the Night) de James Gray avec Joaquin Phoenix, Mark Wahlberg, Eva Mendes et Robert Duvall, puis le 16 septembre 2026 à 22 h 42 « James Gray, l'odyssée intérieure », documentaire de Claire Duguet.
  
Fred Astaire (1899-1987)

James Gray est né en 1969 à New York (Etats-Unis).

Son arrière-grand-père paternel avait été tué par les Cosaques lors d'un pogrom tsariste. Ses grands-parents paternels ont fui la guerre civile à Ostropol (Ukraine) pour immigrer aux Etats-Unis. Russophone, yiddishophones, ses grands-parents ne maîtrisent pas l'anglais. Leur nom patronymique - Greyzerstein - est américanisé en « Gray » quand ils s'installent à Brooklyn en 1923.

Américaine bourgeoise, sa mère décède quand il a 19 ans. 

Diplômé d'un doctorat en génie électrique, son père enseigne à New York, puis il deviendra entrepreneur, mais sans succès. 

James Gray Gray a étudié à la University of Southern California School of Cinematic Arts.

Il a réalisé Little Odessa (1994), The Yards (2000), La nuit nous appartient (We Own the Night, 2007), Two Lovers (2008), The Immigrant (2013), The Lost City of Z (2016), Ad Astra (2019), Armageddon Time (2022).

Cinémathèque française
En octobre 2019, la Cinémathèque française a présenté une rétrospective des films de James Gray. Jérôme Momcilovic a écrit :

« LA LUTTE QU'ETRE UNE PERSONNE IMPLIQUE
La formule est ample et précise, simple et complexe, en tous points fidèle à ses films dont elle entend ramasser l'immuable enjeu : « The struggle of what it means to be a person. » James Gray l'employait à deux reprises voilà deux ans, à la Cinémathèque, où il était venu présenter The Lost City of Z. Il faut l'entendre prononcer ces mots, dûment pesés, pour reconnaître leur double poids de mélancolie. Celle des personnages de ses films d'abord, tous alourdis du fardeau de cette lutte, tous maudits d'être nés sans avoir choisi leur place, et de grandir sans savoir jamais la trouver. Cette mélancolie, celle des désillusionnés, est l'objet de toute l'œuvre de James Gray à ce jour, dessinant un ensemble très cohérent de mélodrames existentialistes tortueux, dans les habits classiques du film noir (Little Odessa, The Yards, La Nuit nous appartient), de la romance (Two Lovers), du film d'époque (The Immigrant) ou d'aventures (The Lost City of Z). Mais il faut entendre aussi la mélancolie, maintes fois ressassée, du cinéaste lui-même, tant il sait inactuelle son ambition d'explorer ces gouffres avec les moyens qui furent ceux d'un grand cinéma populaire et adulte, subtil mais spectaculaire, auquel les studios hollywoodiens (ou ce qu'il en reste) ont renoncé en entraînant le public avec eux.

LA VOLUPTE DE LA MORT
Cette lutte, dit-il, le questionne depuis l'enfance. Dans l'appartement du Queens où il a grandi, enfant de l'immigration juive russe, il redoutait, les soirs, de voir s'éteindre sous la porte de la chambre des parents le mince filet de lumière qui les disait encore debout. Dans The Yards, un poste de télévision fera la réclame d'une comédie oubliée avec Doris Day, Where Were You When the Lights Went Out? Et dans Two Lovers, c'est une mère inquiète (elles le sont toutes, douloureusement) qui guettera le même filet de lumière sous la porte de son fils. Tous les films reviendront explorer cette pénombre, qui tombe comme une malédiction pour vous abandonner à la solitude. C'est d'abord le climat sépulcral de décors filmés comme autant de caveaux – tunnels (The Yards) et souterrains (The Immigrant), boîtes de nuit ou tripots comme des cryptes (La Nuit nous appartient), et bien sûr ces appartements familiaux, asphyxiants et viscontiens (pour guider la photographie sublime d'Harris Savides sur The Yards, il convoque un mot du Guépard : la « volupté de la mort »), où toute lumière est bue par la surcharge des bibelots et des papiers peints (autre souvenir d'enfance : l'appartement des grands-parents). Et l'on ne sort de ces décors que pour s'enfermer dans des extérieurs complices, guère plus respirables, jour laiteux et ciels bas d'hiver (Two Lovers, The Immigrant), ou jungle lointaine qui est le contraire d'une évasion car elle ne pousse en vérité qu'entre les boiseries d'un intérieur anglais (The Lost City of Z).

ON ERRE
C'est l'hiver que tout commence, dans la blancheur aveuglante et paradoxale d'un film qui reste le plus funèbre de tous. Sorti en 1994 et distingué par un Lion d'argent à Venise, Little Odessa fut à la fois porté et masqué par la vogue d'un cinéma « néo-noir », dont il se distingue par une gravité radicalement étrangère à l'ironie postmoderne qui accompagne alors le sacre du cinéma indépendant américain. Miramax, la société des frères Weinstein qui triomphe alors avec Pulp Fiction, produit le deuxième film de James Gray, The Yards, mais en massacre la sortie après avoir lui imposé de renoncer à une fin jugée trop sombre. C'est à la lumière de ce cruel malentendu (The Yards est sifflé à Cannes, et Gray devra attendre sept ans pour tourner de nouveau) qu'il faut envisager la suite de sa carrière, pour y admirer l'entêtement de ce cinéaste trop raffiné pour l'époque, et condamné par la désuétude de ses préoccupations – la lutte des classes, l'opéra, la grande forme narrative que lui ont inspirés Coppola et Visconti. L'entêtement se lit, avant tout, dans le sujet des films. D'un genre l'autre, il n'aura cessé de situer la lutte du côté des fils, sur le seuil où des familles claniques leur refusent la paix en les empêchant d'entrer (Little Odessa, The Yards, The Immigrant) ou de sortir (La Nuit nous appartient, Two Lovers) – et quand ils quittent la famille, c'est seulement pour aller chercher, à l'autre bout du monde, la possibilité de la rêver (The Lost City of Z). Irrémédiablement retenus par le passé, condamnés par lui à l'errance dans un monde qu'ils n'ont pas choisi (« On est des Juifs, on erre », dit Tim Roth dans Little Odessa), les personnages de Gray ne font qu'un avec son cinéma.

REMONTER LE TEMPS
Inactuelle et mélancolique, la filmographie de James Gray l'est aussi d'avoir gardé une idée du cinéma qui est celle de la mort au travail. Son attachement au 35 mm en est un signe. Un autre, moins explicite, tient dans son plaisir à filmer la photographie (les somptueux diaporamas disséminés dans La Nuit nous appartient, Two Lovers, The Lost City of Z) pour y voir vibrer le grain du temps. Complétant la minutie documentaire, très scorsesienne, avec laquelle ses films ont remonté l'histoire de sa famille comme celle de son pays, ce geste d'archiviste trouve une destination naturelle dans The Immigrant et The Lost City of Z, tous deux situés à l'aube du XXème siècle. Et il faut se garder de voir seulement, dans leurs dimensions réduites de fresques à l'élan brisé, l'absence de moyens à laquelle se heurte ce cinéma fait pour un autre temps. Car autant que la contingence, c'est le mouvement interne de l'œuvre qui leur dicte cette retenue, et retient leurs personnages sur de nouveaux seuils – pour l'immigrante : un cruel purgatoire au bord de l'Amérique ; pour l'explorateur : une jungle purement mentale, par définition introuvable. La grande histoire et le film d'aventure n'y sont que de nouveaux chemins pour explorer la même lutte, et régler toujours mieux la mécanique qui donne aux films de James Gray, depuis plus de vingt ans, les finales les plus subtils et bouleversants du cinéma contemporain. Preuve, peut-être, que sa tristesse sincère d'être né trop tard n'est qu'une ruse de son génie pour tracer le sillon qui lui convient. »

« James Gray, l'odyssée intérieure »
Arte diffusera le 16 septembre 2026 à 22 h 42 « James Gray, l'odyssée intérieure », documentaire de Claire Duguet qui a rencontré le réalisateur américain chez lui.

« Âgé de 55 ans, James Gray est l’un des chefs de file de la nouvelle génération du cinéma indépendant américain. De « Little Odessa » à « Armageddon Time », en huit films seulement, il a exploré tous les genres, policier, science-fiction, aventures, comédie intimiste. Et il a imposé son style, à la fois classique et ancré dans l’époque, entre nostalgie du grand rêve américain et acerbe critique sociale. Son refus des règles hollywoodiennes fait de lui un artiste à part, et sans doute le plus européen des cinéastes américains. »

«  Le réalisateur James Gray fait découvrir ses archives personnelles, ses premiers story-boards, ses scénarios et ses photos de plateau. »

« The Yards »
« The Yards » est un film de James Gray avec Joaquin Phoenix, Mark Wahlberg, James Caan, Charlize Theron.

« Un jeune repris de justice est témoin des pratiques mafieuses de son oncle pour assurer la prospérité de l’entreprise de maintenance ferroviaire qu’il dirige. Après "Little Odessa", James Gray dénonce l’avidité des élites dans un polar à la noirceur tragique. Avec Mark Wahlberg, James Caan et Joaquin Phoenix. »

« Libéré de prison après avoir purgé une peine pour un vol de voiture, le jeune Leo Handler n’a qu’un souhait : rester dans le droit chemin. Au cours de la fête familiale organisée par sa mère pour son retour, il retrouve son ami Willie Gutierrez. Filant le parfait amour avec sa cousine Erica, ce dernier travaille désormais pour Frank Olchin, le nouveau beau-père de la jeune femme, qui dirige l'Electric Rail Corporation, une entreprise bénéficiant de contrats de la ville pour l'entretien du métro dans le Queens. Prêt à aider Leo à se réinsérer, Olchin lui propose de suivre une formation pour devenir machiniste. Mais ayant besoin d’argent rapidement pour aider sa mère à la santé fragile, Leo préfère suivre Willie, généreusement payé pour graisser la patte des fonctionnaires municipaux et intimider les sociétés concurrentes. Une nuit, le sabotage de rames confiées à la Weltech, auquel Leo participe, tourne mal… »

« Cinq ans après Little Odessa, le coup de maître qui l’a révélé, James Gray s’inspire de faits réels – un scandale de corruption autour du métro new-yorkais vécu de l’intérieur par son propre père – pour dénoncer un ordre social défaillant sur fond de guerre entre les acteurs du monde ferroviaire. »

« Dans sa quête de rédemption, Leo (Mark Wahlberg) incarne la figure du naïf, manipulé avant d’être lâché par son oncle par alliance (James Caan) et surtout par Willie (Joaquin Phoenix, flamboyant), ce presque-frère pour lequel il s’est sacrifié en allant seul en prison et qui lui a aussi pris celle qu’il aimait en secret. Dans un polar à la noirceur tragique, le tableau d’une famille décomposée au sein d'une société décadente, rongée par l’avidité de ses élites. »

Compétition officielle, Cannes 2000


« La nuit nous appartient »
Arte diffusera le 12 juillet 2026 à 21 h « La nuit nous appartient » (We Own the Night) de James Gray.

« Quand la loi du sang, affaire de famille et de violence, s’empare de la nuit à New York... Nerveux, sombre et virtuose, le troisième film de James Gray ("Little Odessa", "Two Lovers") impressionne par son génie immersif et brutal. Un chef-d'œuvre du polar avec Joaquin Phoenix, Mark Wahlberg, Eva Mendes et l'impeccable Robert Duvall. »

« New York, 1980. Au club El Caribe, des centaines de corps s'oublient dans la musique chaude et l'alcool. Flamboyant, radieux, Bobby Green navigue entre ses convives et sa maîtresse, la sculpturale Amada, le nez blanchi par la cocaïne. Gérant de la boîte de nuit, il est proche du propriétaire, un mafieux d'origine russe. À quelques rues de là, la police de New York s’épuise dans une lutte inégale. Sous l'uniforme, le père de Bobby et son frère Joseph cherchent à démanteler un réseau de drogue dans le quartier slave. Une nuit qui danse contre une autre qui tue, deux frères comme les deux facettes d'une même pièce, et la violence qui engendre la violence... Entre le pouvoir de l’argent et sa famille, Bobby devra choisir. »

« Pour son troisième film, chef-d’œuvre tendu de bout en bout, James Gray (Little Odessa, Two Lovers) fait montre d’une maîtrise absolue, tant dans l’écriture que dans la précision du cadre. »

« À travers le parcours de deux frères que tout oppose, par-delà les frontières de la morale et des territoires, il suit une sanglante et implacable passation de pouvoirs. D’un meurtre à l’autre, l’autorité du père, commandant de police (impeccable Robert Duvall), glisse sur les épaules du fils Joseph, l’héritier justicier, puis sur celles de Bobby, fils indigne et intense (Joaquin Phoenix, une fois encore habité), guidé par son seul instinct de survie. »

« Un polar traité comme un drame shakespearien, où s’entremêlent rivalité, cruauté et loyauté. Dos au mur, les protagonistes sont précipités vers leur destin, emportés par la terreur et la violence brute. Entre les chaudes couleurs des clubs où l’argent, l’alcool et la drogue coulent à flots, et l’austérité glacée des postes de police, deux univers se heurtent. Peu à peu, l’image se ternit et projette son aura, malade et blafarde, sur les mauvais choix, deuils et renoncements. »

« Le son nous immerge au cœur de l'action. Scène culte, la course-poursuite en voiture est filmée sous des trombes d'eau. Souffles courts, martèlement de la pluie, chuintement lancinant des essuie-glaces... : tout suggère l'étouffement et cette hyperconscience qui précède le désastre. Une leçon de cinéma, tout à la fois d'auteur et d'action. »

Sélection officielle, Cannes 2007. César 2008 : Meilleur film étranger

« Ce troisième long métrage impose James Gray comme l’un des auteurs majeurs du nouveau cinéma américain, et un maître du polar, du moins en Europe où sa réputation est bien plus grande que dans son pays d’origine. Le film baigne dans le climat d’insécurité du New York de la fin des années 80, décrivant un état d’impunité où les truands ne craignent plus la loi et peuvent condamner à mort les flics qui se dressent sur leur chemin », a analysé Olivier Père.

Et Olivier Père de poursuivre : « La nuit nous appartient comme Little Odessa et The Yards, précédents films de Gray, est avant tout une histoire de famille et de fratrie. Les trois films peuvent d’ailleurs s’appréhender comme une trilogie explorant les mêmes thématiques. L’enquête policière intéresse moins Gray que les émotions. Le film explore le cruel dilemme vécu par son personnage principal et les relations conflictuelles qu’il entretient avec son frère et son père, puis sa décision de les rejoindre dans leur croisade contre le crime organisé »

« Gray part d’un matériau documentaire – un article de journal, une longue préparation immersive, les photos en noir et blanc du générique sur les policiers de la brigade criminelle de New York, dont la devise « we own the night » donne son titre au film – pour déboucher, comme à son habitude, sur une véritable tragédie shakespearienne, peuplée d’âmes perdues et de créatures de la nuit. Vadim, le terrifiant trafiquant russe, est filmé comme un vampire, à l’instar de Tim Roth dans le premier long métrage de Gray, Little Odessa. La dramaturgie est la grande préoccupation de Gray, des scènes d’affrontements verbaux jusqu’à l’impressionnante fusillade lors d’une poursuite de voitures sous une pluie torrentielle. La mise en scène de Gray est superbe, privilégiant le cadre plutôt que le mouvement, instaurant une lenteur funèbre contrariée par des accès de violence névrotique. On pourrait aussi citer l’électrisante séquence d’ouverture au son du « Heart of Glass » de Blondie dans les coulisses d’un gigantesque night-club, dernier moment d’hédonisme et d’insouciance de Bobby avant que son destin ne le rattrape. Interprétation magistrale de Joachin Phoenix, figure très moderne et tourmentée de la masculinité que l’on retrouvera dans les films suivants de Gray, Two Lovers et The Immigrant », a conclu Olivier Père.



"Two Lovers"
Arte diffusa les 07 août 2022 à 21 h, 11 août 2022 à 13 h 35, 19 août 2022 à 13 h 35 "Two Lovers" de James Gray.

"Un trentenaire est tiraillé entre deux femmes que tout oppose. Par James Gray, un drame romantique émouvant avec Joaquin Phoenix, Gwyneth Paltrow et Vinessa Shaw."

"Vieux garçon vivant encore chez ses parents, Leonard Kraditor peine à se remettre d'une douloureuse rupture qui l'a dévasté quelques années auparavant. Après une tentative de suicide ratée, il rencontre Michelle, la nouvelle voisine de ses parents. Leonard devient le complice et le confident de cette séduisante jeune femme blonde, dont il ne tarde pas à tomber éperdument amoureux. Il n'en continue pas moins de courtiser la brune et touchante Sandra. Entre ces deux femmes que tout oppose, Leonard devra faire un choix."

"Pour son quatrième long métrage, James Gray (Little Odessa, La nuit nous appartient, The Immigrant...) laisse de côté le polar pour s'essayer avec brio au mélodrame. Joaquin Phoenix y campe un célibataire un brin névrosé, qui travaille dans la laverie familiale de Brighton Beach. Solitaire un peu gauche, ce personnage attendrissant est écartelé entre sa passion dévorante pour sa sensuelle voisine et la promesse de stabilité affective d'un mariage avec l'aimante fille du futur associé de son père. Dans la peau de la girl next door, Gwyneth Paltrow interprète une jeune femme à la vie dissolue, entre prise de drogues et relation avec un homme marié. En parfait contrepoint, Vinessa Shaw revêt les atours de la fiancée idéale, sensible et attentionnée." 

"Si Gray abandonne le film policier, il en conserve néanmoins les ingrédients, en mettant en scène un huis clos étouffant où les personnages passent leur temps à s'espionner l'un l'autre. Pour ce faire, le cinéaste filme une nouvelle fois le monde de la nuit new-yorkaise, devenu le refuge d'un héros qui fuit un cocon familial à la fois rassurant et oppressant. Une solitude qui contraste avec la cohésion de la communauté juive de Brooklyn dont il est issu, et dont le réalisateur se plaît une fois de plus à dépeindre affectueusement les petits travers."

"Two Lovers est sans doute le meilleur film de James Gray, du moins notre préféré. Pour la première fois de sa carrière le cinéaste américain se débarrasse des oripeaux du film noir ou du thriller pour mettre en scène un pur mélodrame, sans conteste la plus belle et la plus triste des histoires d’amour du cinéma contemporain. La plus belle rencontre aussi, fugace mais inoubliable", a écrit Olivier Père.

"New York est la ville de James Gray et il continue de la magnifier dans Two Lovers, en la filmant dans sa quotidienneté, ses multiples facettes. Malgré son charme et sa sensibilité artistique Leonard est un jeune homme fragile, suicidaire depuis une rupture douloureuse, qui vit et travaille encore avec ses parents. Ce sont eux qui lui présentent la belle Sandra, car elle est la fille de l’homme avec qui sont père est en affaires, et les deux familles appartiennent à la communauté juive de la ville. Presque au même moment, Leonard fait la connaissance de sa ravissante voisine, la blonde Michelle qui semble traverser une mauvaise passe. Michelle est le genre de femme qu’on a envie de protéger, et d’aimer malgré où à cause de tous les obstacles et complications qui rendent cet amour impossible. Car l’amour, dixit Truffaut, « c’est une joie et une souffrance… », analyse Olivier Père.

"Leonard est partagé entre ces deux femmes, l’une qui représente la tradition, la complicité et la stabilité dont il aurait besoin, l’autre l’aventure et la passion qui lui manquent et lui permettraient de s’évader d’un cocon parental étouffant d’une manière bien plus radicale. L’une est brune, l’autre est blonde, l’une est sage, l’autre est volage, mais James Gray a l’intelligence de faire de Sandra une amante tout aussi désirable que Michelle", poursuit Olivier Père.

Et Olivier Père de conclure : "James Gray est aujourd’hui l’un des seuls (le seul ?) cinéaste américain de sa génération qui puisse revendiquer l’héritage de Michael Cimino, Francis Coppola, Elia Kazan. L’héritage, mais aussi l’ambition et le talent. La principale différence avec ces cinéastes et leur position dans les années 60 et 70 est que les studios américains n’accordent pas beaucoup de crédit à James Gray qui doit se battre pour produire chaque nouveau film, avec des moyens modestes par rapport à ceux de ses collègues célèbres, malgré la notoriété méritée dont il jouit en Europe. Gray confirme avec Two Lovers ses renversantes qualités de scénariste et de cinéaste. La lumière, le rythme, la dramaturgie du film sont inhabituels car ils renvoient à une forme de classicisme qui n’est plus de mise dans le cinéma contemporain, en Amérique et ailleurs. Mais la magie du film émane avant tout de ses trois comédiens principaux : Joachin Phoenix, déjà dans The Yards et La nuit nous appartient, Vinessa Shaw (découverte dans Eyes Wide Shut et qui ne tourne pas assez à notre goût) et Gwyneth Paltrow sont magnifiques. Cette dernière est sans doute la merveilleuse surprise du film, car elle ne s’était pas beaucoup fait remarquer auparavant par la qualité de sa filmographie et ses talents d’actrice. Dans Two Lovers, elle est belle et émouvante, on comprend les sentiments qu’elle inspire à Leonard, et on regrette que cette performance en tous points remarquable soit restée sans lendemain. Mais elle restera aussi, à tout jamais, dans les souvenirs des amoureux du cinéma et donc de ce film."


« The Immigrant »
« The Immigrant » (2013) est un film réalisé par James Gray. 

Un « mélo déchirant, signé James Gray, qui met en scène l’envers du rêve américain, l’âpreté de l’exil et la force de l’espoir ». 

"1920, deux sœurs polonaises arrivent à New York après un long voyage. À Ellis Island, Magda, atteinte de tuberculose, est placée en quarantaine tandis qu’Ewa fait la connaissance de Bruno, un souteneur sans scrupules. Dans l’espoir de sauver sa sœur, Ewa se livre à la prostitution pour le compte de Bruno. L'arrivée d'Orlando, le cousin illusionniste de Bruno lui redonne confiance". 

« New York, 1921. Ewa et sa sœur Magda, qui émigrent de Pologne, débarquent à Ellis Island, la Terre promise au fond des yeux. Mais Magda, tuberculeuse, est aussitôt placée en quarantaine, avant son expulsion programmée, au grand désespoir d’Ewa, qui jure de la sortir de là. Isolée et désemparée, cette dernière est bientôt recueillie par Bruno Weiss, un proxénète, homme tout à la fois providentiel et vénéneux, qui lui propose du travail en échange de la libération de sa sœur. Pour sauver Magda, Ewa, la catholique, consent alors à se prostituer avant qu’Orlando, illusionniste et cousin de Bruno, ne fasse renaître en elle un espoir, sous le regard fou de jalousie du maquereau ».

« Épopée tragique aux accents dostoïevskiens, The immigrant suit le sacrifice sublime de son héroïne comme un long chemin de croix, jusqu’à la rédemption et la grâce. Car en acceptant la souillure par amour pour sa sœur, Ewa n’en finit plus de s’élever ». 

« Dans le New York corrompu des années 1920 aux allures de XIXe siècle, porte d’un dévorant mirage américain, c’est aussi la rencontre de deux âmes perdues – Ewa, la catholique, que Marion Cotillard incarne avec force, tout en douleur retenue, et Bruno, le maquereau, en proie au désir, incarné par Joaquin Phoenix » [frère de River Phoenix], « touchant d’ambivalence et de fragilité. Des êtres qui se déchirent pour se révéler et peut-être mieux se pardonner ». 

« Liens du sang, conflits intérieurs, âpreté de l’exil et perversion du capitalisme : James Gray met en scène, dans un très religieux clair-obscur, un bouleversant mélo ».

James Gray considère que c'est son film « le plus personnel ». Il « avait évoqué les racines juives russes de sa famille dans son tout premier film, Little Odessa (1994) ». Il « s’est inspiré de photos prises par son grand-père, arrivé de Russie à Ellis Island en 1923, ainsi que des anecdotes de l’un de ses arrière-grands-pères, tenancier de bar dans le Lower East Side à New York, à la même époque ».

« Mes grands-parents sont arrivés aux Etats-Unis de Russie – ou d’Ukraine, selon l’époque dont on parle. Ils venaient d’Ostropol, une ville proche de Kiev. Les parents de ma grand-mère ont été assassinés par l’armée russe blanche pendant la guerre civile, lors d’un pogrom. Et en 1923, mon grand-père et ma grand-mère sont arrivés aux Etats-Unis en passant par Ellis Island. J’ai entendu, bien sûr, d’innombrables anecdotes sur Ellis Island, et le lieu m’a longtemps obsédé. J’y suis allé pour la première fois en 1988, avant la restauration de l’île. Tout était resté intact, comme figé par le temps. C’était une vision troublante, ces formulaires d’immigration à moitié remplis, répandus par terre… Ellis Island m’est apparue comme un endroit hanté par des fantômes, ceux de toute ma famille. J’ai donc conçu le projet d’un film qui viendrait de cette histoire. Et puis j’avais aussi, du côté de ma mère, un arrière-grand-père qui tenait un restaurant dans le Lower East Side et y côtoyait tout un tas de personnages douteux. Je me suis renseigné sur ce monde, et j’ai découvert un souteneur local qui s’appelait Max Hockstim. C’est ainsi qu’est né Bruno, ce personnage qui recrute à Ellis Island les femmes célibataires auxquelles on refuse l’entrée aux Etats-Unis et les enrôle dans son harem. Je trouvais que cette histoire pouvait être passionnante, si on l’alliait à l’expérience de l’immigration que mes grands-parents avaient vécue, ce sentiment déchirant d’avoir été arraché à l’Europe de l’Est. Émigrer pour les Etats-Unis était un processus plein de regrets et d’angoisse, et bien sûr d’impatience », a déclaré James Gray.

En 2013, le film a été présenté au Festival de Cannes dans le cadre de la Sélection officielle. Marion Cotillard a reçu le New York Film Critics Circle Award 2014 et le Toronto Film Critics Association Awards 2014 de la Meilleure actrice.




« James Gray, l'odyssée intérieure » de Claire Duguet
France, 2025, 52 min
Production : Folamour
Sur Arte le 16 septembre 2026 à 22 h 42
Sur arte.tv du 01/04/2026 au 30/09/202
Disponible à partir du 09/09/2026

« The Yards » de James Gray
Etats-Unis, 2000, 111 min
Production : Miramax, Industry Entertainment
Scénario : James Gray, Matt Reeves
Avec : Mark Wahlberg, James Caan, Charlize Theron, Ellen Burstyn, Faye Dunaway, Tony Musante, Steve Lawrence
Sur arte.tv du 01/04/2026 au 30/09/2026
Visuel : © DR
 

« La nuit nous appartient » de James Gray 
États-Unis, 2007, 1 h 53 mn, 
Production : 2929 Productions, Industry Entertainment
Producteurs : Nick Wechsler, Marc Butan, Mark Wahlberg, Joaquin Phoenix
Scénario : James Gray
Image : Joaquin Baca-Asay
Montage : John Axelrad
Musique : Wojciech Kilar
Avec Joaquin Phoenix (Robert Grusinsky/Bobby Green), Mark Wahlberg (Joseph Grusinsky), Eva Mendes (Amada Juarez), Robert Duvall (Burt Grusinsky), Moni Moshonov (Marat Buzhayev), Alex Veadov (Vadim Nezhinski)
Sur Arte le 12 juillet 2026 à 21 h
Sur arte.tv du 12/07/2026 au 18/07/2026
Visuels : © 2929 Productions


"Two Lovers" de James Gray

États-Unis, 2008, 1 h 42 mn
Production : 2929 Productions
Scénario : James Gray, Richard Menello
Avec : Joaquin Phoenix (Leonard Kraditor), Gwyneth Paltrow (Michelle Rausch), Vinessa Shaw (Sandra Cohen), Moni Moshonov (Reuben Kraditor), Isabella Rossellini (Ruth Kraditor), John Ortiz (Jose Cordero), Bob Ari (Michael Cohen), Elias Koteas (Ronald Blatte), Julie Budd (Carol Cohen) 
Sur Arte les 07 août 2022 à 21 h, 11 août 2022 à 13 h 35, 19 août 2022 à 13 h 35
Sur arte.tv du 07/08/2022 au 13/08/2022
Visuels : © Wild Side Films


« The Immigrant » par James Gray
Etats-Unis, 2013, 110 min
Image : Darius Khondji
Montage : John Axelrad, Kayla M. Emter
Musique : Christopher Spelman
Production : Worldview Entertainment, Keep Your Head, Kingsgate Films
Producteur/-trice : James Gray, Anthony Katagas, Greg Shapiro, Christopher Woodrow
Scénario : James Gray, Richard Menello
Avec Marion Cotillard, Joaquin Phoenix, Jeremy Renner, Dagmara Dominczyk, Jicky Schnee, Angela Sarafyan
Sur Arte le 14 décembre 2016 à 20 h 55
Sur OCS City le 3 novembre 2017, à 9 h 45
Sur TCM Cinéma les 18 mars 2019 à 15 h 30, 22 mars 2019 à 11 h 30 et 28 mars 2019 à 17 h 25
Sur Ciné + Emotion les 21 janvier 2020 de 18h45 à 20h50, 23 janvier 2020 de 01h55 à 03h50, 25 janvier 2020 de 10h25 à 12h20, 31 janvier 2020 de 02h00 à 03h55


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Les citations sur le film sont d'Arte et du dossier de presse.
Cet article a été publié le 14 décembre 2016, puis les 31 octobre 2017 et 19 mars 2019, 23 janvier 202, 7 août 2022.