Citations

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« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

lundi 7 décembre 2020

Les Juifs de Tunisie pendant la Seconde Guerre mondiale


L'histoire des Juifs de Tunisie durant la Deuxième Guerre mondiale est méconnue, voire ignorée. Pourtant, ils étaient visés par la Shoah, et ont subi l'occupation allemande nazie : rafle à Tunis par les SS le 9 décembre 1942, déportation, etc. Lpogrom commis par des Arabes à Gabès (Tunisie) est survenu le 20 mai 1941 ; sept Juifs ont été assassinés sur la place de la synagogue. Sur cette rafle à Tunis, deux évènements sont proposés : le 6 décembre 2020, de 10 h 45 à midi, au Monument du souvenir de la Grande Synagogue de Paris, sur inscription en ligne ou à contact@shjt.fr, à l'initiative de la Société d’histoire des Juifs de Tunisie et d’Afrique du Nord (SHJTAN), en partenariat avec le Mémorial de la Shoah,  une cérémonie en hommage aux victimes de la rafle des Juifs de Tunis par les SS, le 9 décembre 1942, et le 9 décembre 2020 de 19 h 30 à 23 h, le Centre français du Judaïsme tunisien (CFJT) organise un Facebook Live : la conférence de Claude Nataf, président fondateur et ancien président de la Société d'histoire des Juifs de Tunisie. La Claims Conference alloue un supplément d'aide financière aux rescapés de la Shoah en cette période de coronavirus.

Jewishrefugees.blogspot published WW2: 40 Tunisian Jews never returned 
« Les Juifs d'Afrique du Nord pendant la Seconde Guerre mondiale » de Claude Santiago et Antoine Casubolo 
« Les Juifs d'Afrique du nord face à l'Allemagne nazie » par Dan Michman et Haim Saadoun
« Tunisie, une mémoire juive », par Fatma Cherif et Saïd Kasmi
« La cuisine juive tunisienne » par Andrée Zana Murat

Le sort des Juifs de Tunisie pendant la Deuxième Guerre mondiale est peu connu.

Il présente une double singularité.

A la différence du Maroc et de l’Algérie, la Tunisie, alors protectorat français, a été occupée par les Nazis (novembre 1942-avril 1943).

De plus, des Juifs ont aussi été déportés de ce pays « vers les camps de concentration en... avion », a précisé Serge Klarsfeld, président des Fils et filles de déportés Juifs de France (FFDJF).


Le Centre de Documentation Juive Contemporaine (CDJC) avait accueilli en 2002 l’exposition "Les Juifs de Tunisie pendant la Seconde Guerre mondiale" conçue par la Société d’Histoire des Juifs de Tunisie (SHJT). Avec la cérémonie commémorative à la Mairie du IVe arrondissement et le colloque à l’Université Paris Panthéon-Sorbonne, cet événement avait commémoré le 60e anniversaire de la rafle des Juifs de Tunis le 9 décembre 1942. 

Cette exposition actualisée, intéressante et didactique "Les juifs de Tunisie pendant la Seconde Guerre mondiale (octobre 1940-mai 1943). Régime de Vichy et six mois d'occupation nazie", est présentée à la Mairie du IVe arrondissement de Paris. "Du 7 au 17 mai 2019, découvrez une exposition à la mairie du 4e qui rend hommage à la mémoire des victimes de Tunisie tuées parce que juives, sous le régime de Vichy et six mois d'occupation nazie, d'octobre 1940 à mai 1943. En partenariat avec le Mémorial de la Shoah et le soutien de la Fondation pour la mémoire de la Shoah, la SHJT a présenté pour la première fois en 2002, cette exposition fondée sur des documents d'archives publiques et privées, relatant la situation des Juifs de Tunisie sous le Régime de Vichy et la période d'occupation allemande. L'ouverture de nouvelles archives publiques, appuyée sur quelques fonds de journaux privés ont permis d'actualiser cette exposition. Elle apparaît à la fois informative et historique. Hommage à la mémoire des victimes de Tunisie tuées parce que juives. Respect et Volonté de ne pas oublier et de transmettre."

On ne peut que regretter que cette exposition claire, didactique, intéressante, soit "islamiquement et arabiquement correcte" : elle présente la dhimmitude, statut cruel et humiliant infligé aux non-musulmans (juifs, chrétiens, etc.) comme la tolérance du judaïsme !? Elle omet l'enthousiasme de nombreux Tunisiens musulmans à l'égard du nazisme, des victoires militaires du IIIe Reich, etc. Quid de la lenteur de la France à indemniser les Juifs tunisiens spoliés ? C'est d'autant plus surprenant que nombre de livres et documents ont évoqué ces thématiques. 


Les commissaires de l'exposition sont Claude Nataf et Claire Rubinstein-Cohen, respectivement président et vice-présidente de la SHJT. 

Entre engagements et persécutions 
À la veille de la Deuxième Guerre mondiale, 90 000 Juifs vivaient en Tunisie. Parmi eux, "une minorité italienne, importante par son poids économique et ses rapports avec l’Europe. Frappés dès 1938 par le statut des Juifs en Italie, les Juifs italiens sont en Tunisie considérés comme ennemis par le gouvernement français lors de l’entrée en guerre de l’Italie".

« En novembre 1940, l’amiral Esteva, résident général de France en Tunisie, édicte un statut applicable aux 69 500 Juifs. Discriminatoire, il diffère un peu de celui de Vichy », a indiqué Claude Nataf, président de la SHJT.

Mais la situation des Juifs empire vite. Éviction de la Fonction publique et d’activités libérales, numerus clausus, aryanisation des affaires, rackets par les Nazis, prises de notables en otages, camps d’internements, constitution d’un fichier Juif sous l’impulsion du colonel Hayaux du Tilly, action du colonel Rauff, chef de la SS, etc.

La liste est longue des souffrances des Juifs de Tunisie dont l’espoir de s’engager dans l’Armée française a été déçu par le gouvernement de la IIIe république et par le Comité de Libération nationale, comme l’a révélé l’historien Philippe Landau.

Lpogrom commis par des Arabes à Gabès (Tunisie) est survenu le 20 mai 1941 ; sept Juifs ont été assassinés par des musulmans sur la place de la synagogue. Un gendarme a aussi été tué. Le site Harissa présente des témoignages bouleversants de ce pogrom.


Le 9 novembre 1942, les Nazis envahissent la Tunisie. Ils "organisent des rafles dont la plus importante se déroule à Tunis.  Au total, près de 5 000 Juifs sont envoyés dans des camps de travaux forcés. À partir d'avril 1943, commenceront les premières déportations vers les camps en Europe".

Après "l’invasion germano-italienne de 1942", les Juifs italiens "subissent la persécution antisémite des occupants. La victoire alliée de mai 1943 ne met pas fin à leur situation"


Dans cette histoire douloureuse, il convient de relever l’action de Justes, tels ces Tunisiens musulmans qui ont hébergé à Mahdia la famille de l'ancien ambassadeur d’Israël, S.E. Nissim Zvili, qui, âgé d'un an, a porté l’étoile jaune.

Et comme le souligna Avraham Benabou, alors conseiller à l’ambassade d’Israël en France, il importe de mettre un visage derrière des chiffres, de décrire la vie des Juifs persécutés parce que Juifs, et non pour une quelconque revendication politique.

C’est ce que fait cette exposition claire qui se fonde sur des archives françaises, tunisiennes et allemandes, publiques et privées, et souvent inédites.

Ainsi sont présentées des figures de cette communauté, dont Moïse Borgel, son président.

C’est en hommage à ces Juifs persécutés que le rabbin Amos Haddad a récité les prières le 8 décembre 2002, lors d’une cérémonie particulièrement émouvante en présence de M. Zvili, Ridha Zguidane, conseiller à l’ambassade de Tunisie, d’élus et de représentants d’associations juives.

Ignorance du sort des Juifs en Afrique du nord pendant la Deuxième Guerre mondiale ? Absence de prise de conscience que leur sort était lié à celui de leurs coreligionnaires en Europe continentale ? Indifférence pour le sort des Juifs sépharades ? Jusqu'au milieu des années 2000, la cérémonie en hommage aux Juifs raflés se déroulait non pas au Mémorial de la Shoah, qui dans son espace temporaire durant les travaux accueillait des événements, une cérémonie en hommage aux combattants juifs du ghetto de Varsovie, mais par exemple à la Mairie du IVe arrondissement de Paris.

A quand une exposition au Mémorial de la Shoah sur la situation des Juifs dans l'Empire français, dans les empires coloniaux de puissances européennes - France, Italie, Pays-Bas, etc. -, en Afrique et en Asie, et sur le grand mufti de Jérusalem al-Husseini ?


Addendum
Claire Rubinstein-Cohen a publié "Portrait de la communauté juive de Sousse (Tunisie). De l’Orientalité à l’Occidentalisation. Un siècle d’histoire (1857-1957)"(Edilivre, 2011). "La communauté juive de Sousse constituée de 1500 personnes en 1857 était soumise au statut de la Dhimma, tolérance accordée par les Musulmans aux Gens du Livre, (Ahl el kittab), Juifs et Chrétiens. Le 10 septembre 1857, Mohamed Pacha Bey promulgua une constitution réformiste, le Pacte fondamental, qui introduisit l'égalité entre tous les groupes confessionnels. Le Protectorat français fut établi sur la Régence de Tunis, par le Traité du Bardo, le 12 mai 1881, et fut assorti de la Convention de la Marsa le 8 juin 1883. Il prit fin avec l'indépendance de la Tunisie, le 20 mars 1956. La République tunisienne fut proclamée le 25 juillet 1957. De 1857 à 1957, la communauté juive a présenté un fort enracinement en terre d'Islam, et a vécu ensuite dans le contexte colonial. Comment, cette communauté, liée à une culture séculaire, a-t-elle pu basculer d'un univers arabophone, immergé dans l'orientalité, vers une nouvelle culture tournée vers l'occident, en un siècle, de 1857 à 1957 ? L'étude de la communauté juive de Sousse de 1857 à 1957 montrera le passage de la tradition orientale à l'acculturation et à l'occidentalisation, à travers trois divisions majeures : La première partie (1857-1881) présente un portrait de la communauté juive de Sousse, composée de Juifs autochtones, les Swâsä et de Juifs ibéro-italiens les Grânä, de son orientalité ainsi que de son début d'ouverture face aux incitations venues d'Europe, depuis le Pacte fondamental de 1857, jusqu'à l'établissement du Protectorat français (1881). La deuxième partie (1881-1939) est consacrée à l'analyse des vecteurs sociaux, économiques, culturels et politiques, qui ont entraîné des mutations structurelles, poussant les Juifs de Sousse à délaisser une identité orientale encore très présente, pour une marche vers l'occidentalisation, au cours de la période 1881-1939, liée aux évènements internationaux, qui accentuent les clivages entre tradition orientale et modernité. Dans le même temps, le sionisme, nationalisme juif laïc d'Europe centrale, réclamait avec Théodore Herzl, (1860-1904), le retour du peuple juif en Palestine. Ce courant eut une influence constante sur les Juifs de Sousse. La troisième partie (1939-1957) précise le poids des mesures infligées à la communauté juive, pendant la Seconde Guerre mondiale, en raison de l'instauration du Statut des Juifs en Tunisie, de l'occupation de Sousse par les troupes italo-allemandes, et des conséquences de la politique raciale nazie appliquée en Tunisie de novembre 1942 à avril 1943. Après la Seconde Guerre mondiale, l'ébranlement des valeurs traditionnelles en Europe et dans le monde secoue la population de Sousse. Le mouvement d'occidentalisation continue cependant dans la communauté juive de Sousse qui se compose, en 1953, de 4415 personnes. Les Juifs du Sahel forment un groupe de 6000 personnes. Les départs pour Israël entraînent une première rupture de cette communauté. L'autonomie interne en 1954, l'indépendance en 1956 et la proclamation de la République tunisienne en 1957 transforment la situation des Juifs de Sousse et éveillent des inquiétudes, provoquant une fragilisation identitaire. Projetés dans l'histoire de la décolonisation, et dans le conflit israélo-palestinien en 1956, les Juifs de Sousse devront, comme l'ensemble des juifs de Tunisie, faire face à trois options en 1957 : Israël, la France, ou la nouvelle République tunisienne dirigée par Habib Bourguiba."

La Société d'histoire des Juifs de Tunisie (SHJT) et l'Alliance israélite universelle (AIU) ont projeté Histoire des Juifs d'Afrique du Nord pendant la Seconde Guerre mondialedocumentaire d'Antoine Casubolo Ferro (2014)le 16 février 2014, à 16 h, à la Médiathèque Alliance Baron Edmond de Rothschild - 6 bis rue Michel-Ange, 75016 Paris -. Un débat suivra la projection.

La Société d'histoire des Juifs de Tunisie (SHJT) a commémoré le 7 décembre 2014, à 10 h 45, au Mémorial de la Shoah.



Le 17 juin 2015, à 11 h, la Mairie du IVe arrondissement de Paris a accueilli, dans le cadre du Festival des Cultures Juives, la conférence de Jean-Pierre Allali, historien, ancien rédacteur en chef de Tribune Juive, auteur de Les Juifs de Tunisie sous la botte allemande. Chronique d’un drame méconnupréfacé par Élie Wiesel (Éditions Glyphe, 2014)Juifs de Tunisie : liberté retrouvée, liberté enlevée, liberté sous contrôleLa "conférence était suivie d’une visite guidée de l’exposition de photos Les Juifs de Tunisie, de la dhimmitude à la liberté, dans cette Mairie.

A l'initiative de la SHJT, lcérémonie commémorative de la rafle des Juifs de Tunis, a eu lieu le dimanche 4 décembre 2016 à 10 h 45, au Mémorial de la Shoah, 17 rue Geoffroy l’Asnier – Paris IVe, en présence de différentes personnalités civiles, militaires et religieuses. La lecture des noms des Juifs déportés de Tunisie et des victimes de la barbarie nazie décédés dans les camps de travail en Tunisie sera suivie de la récitation des prières d’usage. Heure limite d’arrivée : 10 h 40".

Le 10 décembre 2017, à 10 h 45, au Mémorial de la Shoah à Paris, la  Société d'histoire des Juifs de Tunisie organise, en partenariat avec le Mémorial de la Shoah, une cérémonie en hommage aux victimes de la rafle des Juifs de Tunis par les SS le 9 décembre 1942. 

"À la veille de la Seconde Guerre mondiale, 90 000 Juifs vivaient en Tunisie. Entre novembre 1942 et mai 1943, le pays fut occupé par les forces de l’Axe. Les Juifs connurent alors "l’angoisse, les rançons, les pillages, les souffrances du travail forcé et des dizaines de morts" (Serge Klarsfled). L’action anti-juive était dirigée par le colonel SS Walter Rauff. Ce dernier avait été responsable de la mort de centaines de milliers de Juifs, assassinés dans des camions à gaz (ancêtres des chambres à gaz) des pays Baltes à la Yougoslavie. En Tunisie, l’objectif était également de mettre en œuvre la "Solution finale". Quelques personnes furent ainsi déportées vers l’Europe. L’avancée des Alliés et leur domination militaire ont heureusement contrarié les plans nazis".

15 décembre 2017, à la Bibliothèque nationale de Tunis, "alors que la police était présente dans l’établissement public relevant du ministère de la Culture", une exposition sur la Shoah a été vandalisée. "Habib Kazdaghli, historien et universitaire tunisien, qui est chargé de la coordination de cette exposition, a été jeté dehors de la salle par un groupe d’antisémites fanatiques de la cause palestinienne. Cette exposition est le fruit de deux ans et demi de travail, et d’un investissement 35 000 euros de fonds européens et de l’UNESCO. L’idée était de faire venir des jeunes pour qu’ils voient ce qu’est le traumatisme de la Shoah. Les visiteurs sont invités à découvrir les moyens de propagande qui ont amené à un crime unique dans l’histoire en raison de sa particularité et de la façon dont il a été mené".

Le 20 décembre à 20 h, la loge George Gershwin du B'nai B'rith a organisé une soirée exceptionnelle autour du thème "Les Juifs de Tunisie sous le joug hitlérien", avec les témoignages de Jean-Pierre Allali, Frédéric Gasquet et Jacques Zérah. Dédicace des livres consacrés à cette époque accompagnée d'un buffet tunisien.

Le 9 décembre 2018, à 10 h 45, au Mémorial de la Shoah, a eu lieu la cérémonie coorganisée par la Société d’histoire des Juifs de Tunisie (SHJT) en souvenir de la rafle antijuive de Tunis. 


2019
Le 2 mai 2019, Jacques Benillouche a écrit dans l'article, révélateur au minimum d'ignorances et de mauvaise foi, et émaillés d'allégations fausses, infondées, "La "Shoah" en Tunisie" :
"Dans une sorte de jalousie morbide, certains séfarades de Tunisie cherchent à présent à mettre sur un même plan la Shoah des pays de l’Est et les exactions subies par les Juifs tunisiens durant six mois de novembre 1942 au 7 mai 1943. Ils s’invitent à Yad Vashem, le haut lieu de la Shoah, alors que les raisons de leur présence sont un peu exagérées...
Certes la Tunisie et la Libye sont les deux seuls pays d’Afrique du Nord à avoir subi la présence nazie mais la «solution finale» n’a jamais eu le moindre début de réalisation et l’horreur nazie à son paroxysme n’avait pas encore atteint ces deux pays. A de rares exceptions dues au zèle de fonctionnaires français, les Juifs n’étaient pas tenus de porter un signe distinctif ou une étoile comme en Europe. Dans certains villages lointains, certains fascistes français avaient voulu forcer les Juifs à la porter mais ce fut une minorité en Tunisie.
Certains camions d’extermination avaient certes été débarqués mais leur fonctionnement n’a jamais commencé. Comparer ce qui n’est pas comparable est une atteinte à la mémoire des six millions de Juifs assassinés dans les camps d’extermination. Et certains continuent à diffuser des fausses informations, pensant ainsi multiplier la souffrance juive tunisienne.
Alors des rêveurs peu attachés à la réalité de l’Histoire tentent de nous démontrer, sans base historique sérieuse, que la Tunisie a subi une situation comparable à celle des Juifs européens alors qu’il y a des degrés d’horreur qu’il faut éviter de dépasser. Ils parlent de «4.000 Juifs tunisiens déportés par les Nazis» alors que la notion de déportation n’a pas été la même.
Le 8 décembre 2013 au mémorial de la Shoah à Paris et à Jérusalem, puis à Yad Vashem, une partie de la communauté juive de Tunisie a en effet décidé de rendre un hommage, dans le silence, aux 4.000 Juifs Tunisiens déportés par les Nazis. Il s’agit d’une escroquerie intellectuelle car la notion de déportation ne doit concerner que celle qui envoyait les victimes dans les camps d’extermination. La vérité est toute autre, elle a été racontée par des témoins qui ont vécu les évènements.
L’armée nazie a occupé la Tunisie après avoir importé avec elle toutes ses méthodes coercitives et ses experts pour la construction de fours crématoires qui devaient fonctionner comme en Europe ; mais les alliés, arrivés fort heureusement à temps, ont réduit à néant ce projet d’extermination. En revanche, les menaces, le racket, la prise d’otages et les intimidations étaient devenus les attributs de la domination quotidienne. Les Juifs constituaient la cible principale des exactions parce qu’ils symbolisaient le Peuple Élu et ils devaient donc en assumer les conséquences.
Main-d’œuvre gratuite
Ils avaient reçu l’ordre non négociable de fournir une main d’œuvre gratuite à une armée d’occupation agissant en toute impunité. Les Maltais, les Italiens et les Arabes bénéficiaient d’une totale immunité qui leur donnait l’assurance d’une fierté déplacée et leur égoïsme leur interdisait de manifester une quelconque solidarité envers leurs amis d’hier. Les plus lâches se glorifiaient dans l’insulte en invectivant de vieux otages apeurés, défilant encadrés de soldats allemands qui les menaient vers l’inconnu. Fort heureusement les otages n’eurent pas à subir la mort.
La population juive de Tunisie avait reçu le choc de l’occupation comme une punition divine. Elle vivait jusqu’alors paisiblement et elle ne pouvait imaginer un jour être soumise à un malheur de cette envergure. Les armées allemandes, avec l’aide d’officiers S.S peu scrupuleux cherchant à s’enrichir au prétexte de la guerre, avaient exigé le financement de leur occupation par la seule population juive. Une minorité de civils devaient ainsi payer les frais de séjour et les dépenses personnelles d’invités non sollicités.
Les dirigeants de la communauté juive, réunis à l’école de l’Alliance israélite, s’étaient vus sommés, sous la menace de représailles ou d’exécution d’otages, de verser des rançons de plus en plus élevées. Le montant des amendes collectives disproportionnées augmentait à chaque versement. Le sinistre colonel S.S Rauff, qui avait fait ses premières armes dans le combat contre le Ghetto de Varsovie, avait exigé des responsables juifs qu’ils équipent en pelles, pioches et tenues de travail deux mille jeunes juifs pour être mobilisés dans les chantiers militaires.
Amendes collectives
Les responsables de la communauté de l’époque, dénués de charisme et d’autorité, ne disposaient d’aucune liste nominative. Aucun recensement communautaire n’avait été établi et ils ne pouvaient compter que sur la persuasion individuelle pour les sortir du mauvais pas. Peu de jeunes s’étaient portés volontaires pour manier la pelle et la pioche ; le quota de jeunes imposé par les nazis ne pouvait pas être atteint en si peu de temps. La solidarité juive restait un vain mot de littérature puisque chaque foyer défendait d’abord ses propres intérêts quand il n’essayait pas de soudoyer les responsables.
Les dirigeants juifs espéraient inciter la majorité des jeunes, oisifs depuis leur exclusion des lycées français en raison des lois pétainistes, à se présenter en leur proposant un salaire attractif. Mais malgré leur désœuvrement, les jeunes ne se faisaient pas à l’idée d’un travail forcé peu motivant et ils n’hésitèrent pas à user de tous les stratagèmes, corruption comprise, pour se soustraire à ce volontariat en mettant en danger la vie des notables emprisonnés.
Les femmes acceptèrent en revanche de se défaire de ce qu’elles considéraient comme une assurance-vie, un pactole pour la retraite ou tout simplement une réserve pour les mauvais moments. Elles abandonnèrent, au titre de la rançon, le petit bijou en or fêtant la naissance de chaque enfant dont la valeur dépendait du capital amour investi par le couple.
Pour concrétiser les exigences allemandes, les bagues, les colliers et tous les bijoux en or étaient collectés pour répondre au chantage des représailles collectives. Ces rançons calmaient la mauvaise humeur des Allemands et protégeaient tous les jeunes garçons réquisitionnés pour servir de travailleurs esclaves.
Pendant que les hommes de 18 à 45 ans étaient envoyés dans les ports pour aménager les quais, à la campagne pour consolider les bâtisses militaires, dans les aéroports pour colmater les trous des pistes d’atterrissage endommagés par les bombes et en périphérie pour creuser et bâtir des tranchées et des ouvrages défensifs, les rabbins se mobilisaient pour invoquer la clémence divine qui refusait de se manifester. Mais jamais les enfants, les femmes et les vieillards n’ont été envoyés dans ces camps comme à l’occasion de la rafle de Paris durant laquelle les policiers français investirent maison par maison, sans faire d’exception.
Les travailleurs forcés étaient convoqués près de l’école de l’Alliance comme le montrent les quelques photos d’époque. La liste était établie par les autorités juives elles-mêmes qui faisaient leur propre sélection. Les jeunes, qui travaillaient dur mais vivaient à quelques kilomètres de leurs familles, bénéficiaient de réseaux organisés pour leur venir en aide matérielle. C’est pourquoi les chiffres officiels citent, seulement, la mort de dix-sept travailleurs, chiffre beaucoup trop élevé aux yeux des familles, mais infime par rapport aux chiffres européens.
Bien que cela soit déjà trop, nous sommes loin de l’hécatombe de la rafle du Vel d’hiv ou des pays de l’Est. Les travailleurs n’ont jamais quitté la Tunisie comme pourrait le faire croire leur qualification de déportés et ils ont retrouvé leur liberté à l’arrivée des alliés. Les seuls Tunisiens qui ont fini dans un camp de concentration en Europe ont été ceux qui vivaient en France, à l’instar du champion du monde de boxe Young Pérez, et qui ont été raflés comme les autres Juifs français.
C’est pourquoi il y a une certaine indécence à vouloir grossir les faits des exactions tunisiennes, déplorables certes, parce que cela minimise d’autant l’horreur qu’ont subie nos frères des pays de l’Est. Il ne s’agit pas de minimiser les souffrances des Juifs de Tunisie pendant la guerre mais de les relativiser. Les notions de Shoah, de camps et de déportés ne doivent être utilisés qu’à bon escient. Il n’y a pas eu de Shoah en Tunisie contrairement à ceux qui se réunissent tous les ans à Yad Vachem."

Il ne s'agit pas de se placer dans une concurrence victimaire ou des mémoires. Mais d'indiquer que la Shoah visait, dans l'esprit et la mise en oeuvre par les Nazis et leurs complices, TOUS les Juifs, où qu'ils vivent : en Europe continentale ou dans des empires des Etats européens, en Amérique, en Eretz Israël, etc. Ce fait recèle une importance historique indéniable.

Ghettos polonais ou mellahs marocains, rackets, camps de travaux forcés, port de l'étoile jaune en France ou dans des villes tunisiennes (Sousse), persécutions sous diverses formes - application de statuts des Juifs par décrets beylicaux, spoliations, malnutritions, maladies graves et surpopulations dans les ghettos/mellahs, impératifs de trouver des caches pour des familles dispersées, peurs des dénonciations, déportations, viols de Juives et d'adolescents juifs -, construction de camps d'extermination (en Pologne, en Tunisie près de Tunis)... Les Nazis ont appliqué les mêmes pratiques envers les Juifs, ashkénazes et sépharades.

Le débarquement des Alliés et l'éloignement géographique des camps d'extermination en Europe continentale ont réduit le bilan humain de la Shoah en Tunisie. 

La description des camps de travail forcé par Jacques Benillouche fait penser à des centres aérés. Croit-il vraiment que les Juifs astreints à ce travail sous le contrôle des Nazis bénéficiaient de l'aide de réseaux de Juifs, persécutés eux aussi ? Alors comment s'expliquent les décès de ces Juifs dans ces camps ? 

Jacques Benillouche nie la déportation de Juifs à partir de la Tunisie !? A Tunis, le monument aux morts du cimetière du Borgel indique la liste de dix-sept Juifs déportés, dont Victor Cohen Hadria, ancien Bâtonnier de l’Ordre des avocats de Tunis, tué à Auschwitz.

Le reste de l'article est à l'avenant...

Le 8 décembre 2019, à 10 h 45, au Mémorial de la Shoah, Paris, la "Société d’histoire des Juifs de Tunisie et d’Afrique du Nord organisa, en partenariat avec le Mémorial de la Shoah, une cérémonie en hommage aux victimes de la rafle des Juifs de Tunis par les SS, le 9 décembre 1942. "Sous l’autorité du Colonel S.S. Walter Rauff, l’inventeur des camions à gaz (chambres à gaz mobiles utilisées sur le front de l’Est), les nazis ont en effet persécuté la population juive de Tunisie de novembre 1942 à la libération de Tunis par les Forces alliées, le 8 mai 1943. Serge Klarsfeld prendra la parole lors de la commémoration du 77e anniversaire de la rafle des Juifs de Tunis et de l’instauration de camps de travail sur le territoire tunisien". La cérémonie s'est tenue "sous la présidence du Grand rabbin de France, Haïm Korsia et il a été donné lecture des noms des Juifs de Tunisie morts au champ d’Honneur, des déportés non revenus des camps d’Europe et de ceux assassinés dans les camps de travail institués sur le sol tunisien par les nazis."

2020
La Claims Conference alloue un supplément d'aide financière aux rescapés de la Shoah en cette période de coronavirus.

Le 6 décembre 2020, de 10 h 45 à midi, en comité restreint en raison de la situation sanitaire au Monument du souvenir de la Grande Synagogue de Paris, et non dans la crypte du Mémorial de la Shoah, et sur inscription en ligne et à contact@shjt.fr, la Société d’histoire des Juifs de Tunisie et d’Afrique du Nord (SHJTAN) organisa, en partenariat avec le Mémorial de la Shoah, une cérémonie en hommage aux victimes de la rafle des Juifs de Tunis par les SS, le 9 décembre 1942. C'est la cérémonie commémorative du 78e anniversaire de la rafle des Juifs de Tunis par les S.S. (survenue le 9 décembre 1942) et de l’instauration de camps de travail sur le territoire tunisien jusqu’à sa libération par les Forces alliées le 8 mai 1943.

"
La cérémonie annuelle de commémoration s’est tenue ces dernières années au Mémorial de la Shoah à Paris, en présence de représentants du gouvernement, de représentants diplomatiques de Tunisie, d’Allemagne et d’Israël en France, et de différentes personnalités religieuses, civiles et militaires. Diverses personnalités publiques ont été invitées à la cérémonie de cette année, notamment Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, et Anne Hidalgo, maire de Paris. Les noms des Juifs de Tunisie morts au champ d’Honneur, des déportés non revenus des camps d’Europe et de ceux assassinés dans les camps de travail institués sur le sol tunisien seront lus."

"L’évènement a pour but de « faire connaître un épisode peu connu de la Shoah qui éclaire le dessein des nazis et son caractère planétaire et non pas seulement limité à l’Europe » et « permettre que le souvenir des victimes des nazis sur le territoire tunisien perdure au-delà de la dispersion d’une large partie de la communauté juive de ce pays après la décolonisation. 
Il s’adresse à « tous les originaires de Tunisie, mais également l’ensemble des membres de la communauté juive et de la communauté nationale ».

Des bougies ont été allumées à la mémoire des victimes, en particuliers celles juives en Tunisie, par diverses personnalités, dont le grand rabbin de France Haïm Korsia et l'historienne Mireille Hadas-Lebel et Noémie Madar, présidente de l'UEJF.

Le grand rabbin de France Haïm Korsia a fait part de ses "deux sentiments très violents. Cette synagogue a une tradition ashkénaze, et deux autres offices : tunisien et égyptien... Lisez "La société des belles personnes" de Tobie Natan [sur le rôle de Nazis dans l'exil des Juifs d'Egypte]... La semaine dernière, dans la Paracha, une maman Rébecca n'arrive pas à comprendre ce qui se passe... Je lis le livre du rabbin Klein, grand-père de Leonard Cohen... Anne Hidalgo va dénommer un gymnase Young Perez, honneur de la France et du Judaïsme".

La cérémonie s'est poursuivie par la lecture des noms des juifs tunisiens déportés et morts dans les camps de travail, et close par la prière pour la République française.

Le 9 décembre 2020 de 19 h 30 à 23 h, le Centre français du Judaïsme tunisien (CFJT) organisa un Facebook Live : la conférence de Claude Nataf, président fondateur et ancien président de la Société d'histoire des Juifs de Tunisie, sur cette triste journée du 9 décembre 1942 à Tunis marquée par la profanation de la Grande Synagogue et la rafle des jeunes juifs pour les enfermer dans des camps de travail sur la ligne du front. "Il y a 78 ans à Paris on raflait les Juifs et on les enfermait provisoirement au « Vel d’Hiver « avant Drancy puis Auschwitz. Il y a 78 ans à Tunis, le 9 décembre 1942, on raflait les Juifs avant de les envoyer dans des camps de travail, prélude à une élimination physique programmée. Il y a 78 ans en Tunisie, des Juifs ont été déportés, assassinés, fusillés, parce qu’ils étaient Juifs."

Le Mémorial de la Shoah a ainsi présenté sur Facebook cette rafle : 
"De novembre 1942 à mai 1943, la Tunisie est occupée par les Allemands qui mettent en place une politique violemment antisémite à l’encontre des 50 000 Juifs tunisiens. Confiscations, pillages, mauvais traitements, alternent avec des exécutions sommaires.
Le 6 décembre 1942, les Allemands annoncent la dissolution des instances dirigeantes de la communauté juive et leur ordonnent de recruter 2 000 travailleurs juifs. Le 8 décembre, le Grand rabbin de Tunis lance des appels dans les synagogues pour inciter les jeunes gens sans charge de famille à se dévouer. Le matin du 9 décembre, seulement 120 volontaires se présentent, la plupart des malheureux ou des chômeurs attirés par la perspective du salaire de 100 francs par jour promis par la communauté. 
La réaction allemande est immédiate. Le colonel SS Walter Rauff fait arrêter plusieurs dizaines de dirigeants de la communautés juives. La grande synagogue est profanée, ses membres sont battus et arrêtés à leur tour. La rafle se poursuit dans l'avenue de Paris et s'étend à tout le quartier avoisinant. La communauté juive, avec à sa tête Paul Ghez, ne peut opposer de résistance sans craindre pour toute la population juive. Ils apposent des affiches appelant tous les Juifs nés entre 1915 et 1924 à se présenter à l'école de l'Alliance Israélite transformée en caserne.
Plus de 5 000 Juifs tunisiens sont requis pour des travaux forcés, 40 sont déportés parmi lesquels 17 sont assassinés.
Photo : un contingent de travailleurs juifs réquisitionnés pour le travail. Tunisie, décembre 1942".

Spécialiste de la Shoah en France, Edith Shaked est membre du Conseil consultatif de H-Holocaust, un consortium académique international / réseau H-Net pour les chercheurs sur la Shoah, Edith Shaked a écrit l'article The First Round-Up Of The Jews In Nazi-Occupied Vichy Tunisia (THEJ.CA, 17 décembre 2020). 
"Aujourd'hui, il est difficile de visualiser les trois pays arabes d'Afrique du Nord, la Tunisie, l'Algérie et le Maroc, comme faisant partie de la France, et la persécution des Juifs dans ces pays comme faisant partie de la Shoah en France, comme l'a correctement décrit le conseiller académique de Yad Vashem, Yehuda Bauer, dans son livre L'Holocauste
Le fait est que la "France" était, et est toujours, un empire nation transcontinental composé de la France métropolitaine (la Métropole), située en France continentale, et de son empire d'outre-mer appelé "France d'Outre-Mer" (c'est pourquoi la France en allemand est appelée Frankreich)".
Ainsi, pendant la Shoah, les territoires français proches en Afrique du Nord, appelés "France de l'autre côté de la Méditerranée", faisaient partie de l'Europe, une Europe politique impériale. Et Hitler a défini l'Europe comme "les nations européennes et leurs colonies". L'infrastructure européenne de recherche sur l'Holocauste déclare à juste titre que l'Holocauste s'est produit en "Europe, y compris les colonies nord-africaines". 
Et il est INCORRECT d'écrire et de parler de "la Shoah en Afrique du Nord", MAIS il faut écrire : LA SHOAH EN FRANCE, Y COMPRIS LES JUIFS EN FRANCE DE L'AUTRE CÔTÉ DE LA MÉDITERRANÉE, à Vichy en Tunisie, à Vichy en Algérie et à Vichy au Maroc. 
En effet, après l'armistice franco-allemand de 1940 pendant la Seconde Guerre mondiale et la Shoah en France, le maréchal Henri-Philippe Pétain, chef du nouveau régime français de Vichy, a gouverné la partie sud de la France en Europe continentale (Vichy métropolitaine) et l'Afrique du Nord française en tant que territoires inoccupés de Vichy Tunisie, Vichy Algérie et Vichy Maroc, tandis que la majeure partie de la partie nord de la France métropolitaine/continentale est passée sous administration militaire allemande directe. 
Yad Vashem et le Musée mémorial de l'Holocauste des États-Unis reconnaissent que l'Afrique du Nord française faisait partie intégrante de la France de Vichy. Ainsi, pendant la Shoah en France, 700 000 Juifs (300 000 en France métropolitaine et 400 000 en Afrique du Nord de Vichy) sont passés sous la sphère d'influence allemande, car Pétain a décidé de collaborer avec Hitler. 
Au nom de la France et de l'antisémitisme d'Etat", et pour résoudre "la question juive", le collaborateur Pétain promulgua deux statuts des Juifs antisémites (octobre 1940 et juin 1941) qui seront applicables, de fait et de droit, non seulement en France métropolitaine, mais aussi à Vichy Tunisie, Vichy Algérie et Vichy Maroc.
Persécutés par le même dirigeant pro-nazi, les Juifs de Vichy vivant des deux côtés de la Méditerranée ont subi le même sort. Ils ont été identifiés, comptés, ostracisés, isolés, systématiquement discriminés, objectivés, incarcérés, diabolisés et privés de leurs droits civils et de leurs biens - les mesures préparatoires qui ont jeté les bases d'un anéantissement. La bureaucratie et les mécanismes de mise en œuvre de la "Solution finale" leur étaient destinés - un peuple, un destin. Ahdut am, ahdut goral
Le 8 novembre 1942, l'opération Torche a commencé à ouvrir un deuxième front sur le théâtre européen de la guerre, à la demande du dirigeant soviétique Joseph Staline. 
Les forces américaines et britanniques, dirigées par le général américain Dwight D. Eisenhower, commandant suprême des forces alliées en Europe, débarquèrent sur les plages des territoires français de Vichy au Maroc et de Vichy en Algérie. Eisenhower a écrit cette histoire dans son mémoire Crusade in EuropeLes Alliés ont combattu avec succès contre les forces de la France de Vichy. Le 10 novembre, ils ont commencé à avancer vers Tunis, afin d'envahir l'Italie et de continuer vers l'Allemagne nazie. 
"Mais les débarquements alliés lors de l'opération Torch ont déclenché l'invasion simultanée de la France métropolitaine de Vichy et de la Tunisie de Vichy par les forces d'Hitler, les 10 et 9 novembre, respectivement. 
Une unité d'Einsatzkommando (une force opérationnelle SS, une unité des Einsatzgruppen, des escadrons mobiles d'extermination chargés d'anéantir les Juifs) dirigée par le commandant SS Walter Rauff, qui était responsable du meurtre de Juifs en Europe de l'Est occupée par les nazis à l'aide de camionnettes à gaz mobiles, est également entrée à Tunis, prête à poursuivre la mise en œuvre de la "Solution finale", lancée par la France de Vichy.
Il a été habilité à "prendre des mesures exécutives contre la population civile" - le jargon nazi pour désigner le vol, le meurtre et la réduction en esclavage. 
Pendant ses six mois d'occupation, le régime nazi impitoyable a contraint à la création d'un Judenrat local et a imposé des politiques antisémites, notamment des amendes, la confiscation de biens et le port forcé de l'insigne jaune (étoile de David) par les Juifs, en particulier à Mahdia, Nabeul, Sousse et Sfax. Environ 5 000 Juifs ont été envoyés dans plus de 30 camps de travail forcé.  
Le 9 décembre, un soldat allemand a abattu de sang froid la première victime de la Shoah, Gilbert Mazuz, un jeune handicapé qui ne pouvait plus marcher vers le camp de travail forcé.  Dans sa base de données centrale des noms des victimes de la Shoah, où sont enregistrées les victimes de la Shoah, Yad Vashem dispose d'une page de témoignage sur lui.  
Le 13 mai 1943, les Alliés participant à l'Opération Torche ont libéré les 100 000 Juifs de la Tunisie de Vichy occupée par les nazis, où l'on sait qu'environ 700 d'entre eux sont morts. 
Ainsi, comme les Juifs du Danemark, qui ont été évacués vers la Suède, pays neutre, environ 100 000 Juifs de Vichy ont évités de subir des déportations massives meurtrières qui ont eu lieu dans le reste de l'Europe occupée par les nazis, grâce à l'opération Torche. 
Aujourd'hui, les Juifs des protectorats français de Tunisie et du Maroc, et des trois départements de l'Algérie française, qui ont souffert pendant l'occupation nazie de la France, reçoivent des indemnités de compensation de la Shoah, tout comme les Juifs de la France métropolitaine."


REPÈRES HISTORIQUES DE LA TUNISIE DU XVIIIE SIÈCLE A NOS JOURS


Les Juifs vivent en Tunisie depuis plus de deux mille ans – leur présence est attestée dès le IIe siècle.  

1705
La monarchie beylicale est établie. On distingue les Juifs tunisiens (Touansa) et Granas, originaires de la ville toscane Livourne (Leghorn en hébreu) et plus généralement de l’ensemble de la péninsule italienne.


1857
Le bey Mohamed proclame le Pacte Fondamental qui accorde à tous ses sujets l’égalité des droits, supprimant ainsi le statut de dhimmis.


1881
12 mai. Signature du traité du Bardo qui place la Régence de Tunis sous protectorat français. La France assume la responsabilité de la défense et des relations extérieures soumises à l’autorité du résident général de France.


1883
8 juin. La convention de La Marsa complète le traité du Bardo.


1940




1941
Juin. Appel du général de Gaulle à Londres. Le gouvernement dirigé par le maréchal Pétain signe la convention d’armistice avec le représentant du IIIe Reich.
Novembrestatut des Juifs de Tunisie à l’instar de celui édicté en France en octobre 1940. Il est compété le 26 juin 1941.

20 mai. Pogrom contre les Juifs à Gabès - sept Juifs assassinés et vingt Juifs blessés, maisons saccagées, magasins pillés - commis par des Arabes tunisiens.


1942
8 décembre. les armées de l’Axe occupent la Tunisie. Persécutions contre les Juifs : amendes collectives, prise d’otages, camps de travail forcé, rafle, amendes collectives, déportations, etc.
9 décembreRafle des Juifs de Tunis par les SS.


1943
7 maiLes troupes Alliées libèrent Tunis.


1948
Lors de l’indépendance d’Israël, environ 105 000 Juifs vivent en Tunisie.
A la suite de l'application du plan Arabe visant l'exil forcé des Juifs de pays arabes, et d'émeutes antisémites dans le quartier Juif de la Hara (Tunis), la plupart d'entre eux quitte ce pays essentiellement de 1948 (recréation de l'Etat d'Israël) aux années 1960.


1954
31 juillet. Le président du Conseil Pierre Mendès France annonce à Carthage l'octroi de l'autonomie interne à la Tunisie et la formation d'un gouvernement tunisien chargé de négocier l’autonomie interne de la Tunisie.


1955
Septembre. Les conventions d’autonomie interne sont appliquées. Albert Bessis est ministre de l’Urbanisme du gouvernement de Tahar Ben Ammar.


1956
20 mars. La Tunisie obtient son indépendance.
8 avril. L’Assemblée constituante élit Habib Bourguiba à sa présidence.
L'administration est "tunisifiée".
L’économie tunisienne est mise en coopérative. Les entrepreneurs Juifs sont contraints de se doter d'un associé musulman.
Les relations postales avec l'Etat d'Israël sont rompues.


1957




1958
25 juillet. L'Assemblée constituante, élue le 25 mars, vote l'abolition de la monarchie beylicale et proclame la république. Elle élit Habib Bourguiba, Premier ministre sortant, président de la république. 
La communauté Juive est expropriée du vieux cimetière de Tunis.

11 juillet 1958. "Loi spécifique au judaïsme : Remplacement des communautés juives par des commissions provisoires du culte israélite et suppression du statut personnel des Juifs".


1961



1961-      1962
Après des mois de crise, et des combats (entre 600 et 2 000 morts côté tunisien), la France évacue sa base militaire dans le port de Bizerte, près de Tunis. Violences.

 Les Juifs fuyant la Tunisie ne peuvent emporter "qu’un dinar (2 euros)".


1967



1982
JuinLors de la guerre des Six-jours (5-10 juin), des exactions antisémites ont lieu à Tunis le 5 juin : grande synagogue profanée, magasins pillés, etc. Le président Bourguiba condamne ces actes. Nouvel exode des Juifs.

Tunis accueille Arafat et le QG de l'OLP.


1987
Fin de la présidence de Bourguiba. Zine Ben Ali est élu président.


2002
11 avril. Un camion-citerne de gaz naturel bourré d'explosifs saute devant de la synagogue de la Ghriba (île de Djerba), tue 21 personnes et en blesse 30.


2003
Environ 1 500 Juifs demeurent en Tunisie.


2010
17 décembre. Mohamed Bouazizi, jeune vendeur de fruits et légumes, s’immole à Sidi Bouzid. Des manifestations et des émeutes se multiplient ; c’est le début de la « révolution du jasmin » émaillée d’actes antisémites et du « printemps arabe ». 

2011
14 janvier. Le président Ben Ali et sa famille fuient en Arabie saoudite.
17 janvier. Le Premier ministre Mohamed Ghannouchi nomme un gouvernement d'union.
1er février. Des responsables de la communauté juive de Gabès informent que la synagogue d'el Hamma, récemment restaurée et sise à 15 km de cette ville, a été incendiée, des rouleaux de la Torah brûlés et des tombes saccagées le 31 janvier 2011.
3 mars. Annonce de l'élection d'une Assemblée constituante de 217 membres.
23 octobre. Le mouvement islamiste Ennahdha est vainqueur de ces élections.
Hamadi Jebali, secrétaire général d'Ennahda, est nommé Premier ministre du gouvernement de coalition réunissant le Congrès pour la République (ou Al Mottamar) et Forum démocratique pour le travail et les libertés (Ettakatol).
12 décembreMoncef Marzouki élu président par l’Assemblée constituante.

2012
5 janvier. Ismaïl Haniyeh, chef du gouvernement du mouvement terroriste islamiste palestinien Hamas, dont la charte vise à la destruction d'Israël, est reçu à Tunis par Hamadi Jebali et le chef du parti Ennahda, Rached Ghannouchi. Une foule l’accueille en brandissant des drapeaux tunisiens et palestiniens et en scandant : « Mort aux Juifs », « Avec notre esprit et notre sang nous libérerons la Palestine ».
Mars-avril. Manifestations violentes d’islamistes.
3 mai. Le Tribunal de première instance de Tunis a condamné Nabil Karoui, patron de la chaîne de télévision Nessma, à une amende de 2 400 dinars (environ 1 200 euros) « pour la diffusion au public [en octobre 2011] d'un film troublant l'ordre public et portant atteinte aux bonnes mœurs », en l'occurrence Persepolis, film d’animation de Marjane Satrapi. Une scène de ce film représente Allah. Elle n’avait suscité aucun trouble lors de la diffusion du film dans les salles de cinéma, mais des islamistes s’en étaient indignés.

2013


2014

2015















































2016




2017
25 juillet. Rached Ghannouchi, chef du mouvement islamiste Ennahdah, annonce l'avènement du califat et d'une "constitution islamique".


2 octobre. Yamina Thabet, présidente de l’Association tunisienne de soutien aux minorités (ATSM), a alerté  sur des agressions commises impunément contre des Tunisiens Juifs sur l'île de Djerba et « a accusé la police de harcèlement », tout en déplorant le laxisme.


26 janvier. Elue le 23 octobre 2011 après la révolution ayant renversé le président Zine el-Abidine Ben Ali, l'Assemblée constituante adopte la Constitution par 200 voix pour, douze contre et quatre abstentions 
27 janvier. Ce texte fondamental "est signé par le président de la République, Moncef Marzouki, le président de l'Assemblée constituante, Mustapha Ben Jaafar, et le chef du gouvernement, Ali Larayedh, au cours d'une cérémonie au siège de l'Assemblée".
Le préambule de cette Constitution "affirme l'attachement du peuple aux droits de l'homme et à son identité arabo-musulmane". Il souligne notamment "que la Tunisie doit participer à l'unification du monde arabe et appuyer les mouvements de libération, dont le mouvement palestinien". L'article 1 de la Constitution précise : « La Tunisie est un État libre, indépendant et souverain, l'islam est sa religion, l'arabe sa langue et la République son régime ».
18 marsAttentat islamiste au musée du Bardo (Tunis), ayant causé la mort de 24 personnes, dont 21 touristes.
26 juin. Attentat islamiste revendiqué par l'Etat islamique dans la station balnéaire de Port El-Kantaoui près de Sousse, et ayant fait 39 morts et 39 blessés.
24 novembreAttentat contre un bus de la garde présidentielle qui a fait au moins 13 morts et 20 blessés, dont trois grièvement, au centre de Tunis. Levé en octobre 2015, l’état d’urgence a été décrété et un couvre-feu mis en place de 21 heures à 5 heures du matin.
10 décembre. Lors de la cérémonie de remise du Prix Nobel de la Paix 2015 au Quarter du dialogue national tunisien "pour sa contribution décisive à l'édification d'une démocratie pluraliste en Tunisie à la suite de la Révolution de Jasmin en 2011", ce Quartet, constitué de l'Union générale tunisienne du travail (UGTT), de l'Union tunisienne de l'industrie, du commerce et de l'artisanat, du Conseil de l'Ordre national des avocats de Tunisie et de la Ligue tunisienne des droits de l'homme, a exprimé sa "douleur et son indignation à propos de ce qui s'est passé dans de nombreux lieux dans le monde. Voici quelques jours, notre capitale Tunis, et avant cela, Sousse, le musée du Bardo, Beyrouth, Paris, Sharm el-Sheikh et Bamako ont témoigné des incidents barbares et atroces dans lesquels des centaines de gens innocents ont été tués. Les sentiments de compassion et sympathie ne peuvent pas empêcher le chagrin et la souffrance des familles de victimes et autres qui sont tombées dans d'autres villes du monde... Aujourd'hui, nous avons un urgent besoin de dialogue entre civilisations, et de coexistence pacifique dans le contexte de diversité et de variation. Aujourd'hui nous avons un urgent besoin de faire du combat contre le terrorisme une priorité absolue, ce qui signifie la coordination constante et la coopération parmi toutes les nations pour assécher ses ressources et les détacher de leur environnement incubateur. Aujourd'hui, nous avons besoin d'accélérer l'élimination des zones sensibles dans le monde, et particulièrement afin de trouver une solution à la cause palestinienne et permettre au peuple palestinien l’exercice de son autodétermination sur sa propre terre et construire leur Etat indépendant". Il est significatif que ce Quarter n'ait pas évoqué Jérusalem parmi les villes ciblées par le terrorisme, et n'ait pas dénoncé le terrorisme palestinien. L'UGTT, la Ligue tunisienne des droits de l'Homme et l'Ordre des avocats tunisiens sont particulièrement virulents dans leur anti-israélisme.


7 marsAttentat islamiste de  l'État islamique (EI) à Ben Gardane contre les forces de sécurité tunisiennes.

Juillet. La programmation de l'humoriste juif français d'origine tunisienne Michel Boujenah au festival de Carthage, le 19 juillet 2017, a suscité une polémique. Le syndicat UGTT avait demandé par courrier au ministère de la Culture d'annuler la soirée du spectacle du comédien à qui certains ont reproché son sionisme. Le spectacle a été maintenu.



Cérémonie le 6 décembre 2020 
Au Monument du souvenir de la Grande Synagogue de Paris
44, rue de la Victoire 75009 Paris 

Cérémonie le 8 décembre 2019 à 10 h 45 
Au Mémorial de la Shoah
17, rue Geoffroy-l’Asnier. 75004 Paris 

Du 7 au 17 mai 2019
A la Mairie du IVe arrondissement 
2, place Baudoyer, 75004 Paris
Tél. : 01 44 54 75 04
Entrée libre du lundi au vendredi de 11 h à 17 h

Articles sur ce blog concernant :
  Cet article a été publié dans cette version plus concise par Actualité juive. Il a été republié dans ce blog le 6 décembre 2012 et le :
- 8 décembre 2013 à l'approche du 70e anniversaire de la rafle des Juifs de Tunis, le 9 décembre 1942 dont le souvenir sera rappelé lors de la cérémonie du 9 décembre 2013, à 10 h 45, dans la crypte du Mémorial de la Shoah, et lors de rencontre et projection l'après-midi ;
- 15 février et 6 décembre 2014, 17 juin et 6 décembre 2015, 3 décembre 2016, 8 décembre 2017, 22 mai et 8 décembre 2018, 12 mai et 6 décembre 2019.
Des liens renvoient vers des articles nuançant le rôle de dirigeants communautaires tunisiens. 

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