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mercredi 29 avril 2026

Une histoire du ski

L'origine des skis remonte à des millénaires avant l'ère commune et l'usage était utilitaire  A partir du XIXe siècle, se développe leur usage à fins scientifiques, politiques, sportives, de loisirs... Dans les années 1920, la baronne Noémie de Rothschild construit la station d'hiver Megève pour l'aristocratie et la haute bourgeoisie parisiennes. Arte diffuse sur son site Internet « La grande histoire du ski », documentaire de Pierre-Antoine Hiroz.

Point of no return published a biographical article about Alfred Nakache and Claude Boukobza 

L'origine des skis remonte à des millénaires avant l'ère commune - plus de 5200 ans en Suède, et plus de 10 000 ans en Mongolie - et l'usage était utilitaire : moyen de transport, chasse, guerre.

Ce n'est qu'à partir du XIXe siècle que le ski sert à des missions scientifiques - traversée à skis du Groenland en 49 jours par le jeune norvégien Fridtjof Nansen (1888), auteur du récit de son périple devenu un best-seller -, politiques - surveillance des frontières par les chasseurs alpins - ou à des fins de loisirs, sportives. "Des rendez-vous sportifs réunissent chasseurs alpins français, suisses et italiens. Face à ce spectacle, un public qui n’avait jamais mis les pieds en montagne se laisse tenter. De ski utile, on va bientôt passer au ski futile. Avec un corollaire inattendu : la pratique balbutiante du ski sert de tremplin à une forme d’émancipation féminine. Dès le début du XXe siècle, des élégantes en chapeaux et longs jupons dévalent les pistes, mais il faut attendre les années 1920 pour que Marie Marvingt (1875-1963), alpiniste, aviatrice et journaliste, se débarrasse de ses jupons et incite les skieuses à s’habiller comme les hommes pour dévaler les pistes."

"Au fil du temps, la technique change, le talon se fixe au ski, le matériel se modernise et les inventions permettent de démocratiser la pratique. Le premier tire-fesses apparaît à Davos, en Suisse, dans les années 1930. Les télécabines suivront".

La pratique du ski transforme les paysages, suscite l'essor économique et la renommée de modestes villages, et se démocratise. 

Dans les années 1920, la baronne Noémie de Rothschild (1888-1968), épouse du baron Maurice de Rothschild (1881-1957) dont elle divorcera,  philanthrope et mécène juive française, cherche dans les Alpes françaises une station de sports d'hiver comparable à celles suisses, en particulier celle à Saint-Moritz. Conseillée par son « professeur de ski » François Parodi ancien champion du monde de combiné nordique, elle achète des hectares au mont d'Arbois (village constitué de fermes d'alpage). En 1919, elle crée la Société française des Hôtels de Montagne (SFHM) pour édifier une station de sports d'hiver à Megève (du latin Media Aquarium, entre les eaux, car le village était situé entre deux torrents), en lieu et place d'un village à proximité du Mont Blanc, et promouvoir un art de vivre. 

Deux ans plus tard, est inauguré le Palace des Neiges. Bénéficiant d'un des premiers spas des Alpes, il devient l'hôtel des célébrités mondiales. 1926, la baronne Noémie de Rothschild fait construire son chalet par l'architecte Henry Jacques Le Même. Elle est la fondatrice et présidente de l'Œuvre des séjours israélites à la campagne." En 1934, est ouvert un des premières téléphériques situé sur le Mont d'Arbois. En 1963, En 1945, l'Ecole de ski français (ESF), créée à Megève, est soutenue par la famille Rothschild. L'oeuvre de la baronne Noémie de Rothschild est poursuivie et amplifiée par son fils Edmond de Rothschild (1926-1997) qui en particulière acquiert en 1963 le Chalet du Mont d'Arbois, et son épouse la baronne Nadine de Rothschild, puis à la mort du baron, par sa veuve Nadine de Rothschild, leur fils unique le baron Benjamin de Rothschild (1963-2021) et son épouse Ariane de Rothschild, née en 1965, ainsi que leurs filles.  

A Megève, station chic caractérisée par un art de vivre empreint d'élégance et de raffinement, se rendent l'aristocratie et la haute bourgeoise (milieux des affaires, de la finance) parisiennes pour leurs sports d'hiver et d'été (golf). "Dès 1937, de grands noms du ski français font parler d'eux dont quelques champions originaires de Megève : Emile Allais, Charles Bozon, Christine et Marielle Goitschel, Adrien et Henri Duvillard, Jean-Claude Killy, Guy Périllat..." 

Dans l'article "Skiing Through Sour Cream. How the Borscht Belt paved the way for Jewish athletes (Skier à travers la crème sure. Comment la Borscht Belt a ouvert la voie aux athlètes juifs) publié par Lilith (26 novembre 2025), Eileen Pollack évoque le rôle, dans l'entre-deux-guerres et après la Deuxième Guerre mondiale, des stations touristiques situées dans les montagnes Catskill, dans la Borscht Belt (« ceinture du bortsch ») de l'Etat de New York; dans l'intégration ou l'assimilation à l'american way of life - de juifs ashkénazes qui apprennent là un mode de vie différent de celui de leurs parents en Europe. Dans ces stations touristiques, ces Américains, immigrés européens ou enfants, voire petits-enfants de rescapés de la Shoah, souvent issus de la bourgeoisie petite ou moyenne, ont appris des sports : 
"Née juive et femme dans une Amérique où les femmes, les Juifs, les Noirs et les autres personnes marginalisées commençaient à peine à être autorisés à s'adonner aux loisirs dont tant d'hommes blancs hétérosexuels et chrétiens jouissaient depuis longtemps, je me sens investie d'une mission : partager quelques anecdotes sur la façon dont nous autres avons appris à patiner, à skier, à nager, à lancer et à frapper toutes sortes de balles...
Nous habitions à un ou deux kilomètres de Grossinger's, le plus célèbre complexe hôtelier juif que le monde ait jamais connu....
Le fait que Grossinger's ait même une patinoire de taille olympique, alors que si peu de clients savaient patiner, révèle à quel point les obstacles auraient été redoutables pour un Juif dans un sport nordique. Au début des années 1900, un garçonnet fougueux au grand nez nommé Irving Jaffee sillonnait le Bronx, distribuant des journaux sur ses patins à roulettes pour compléter le maigre revenu de son père, tiré d'une charrette à bras. Lorsqu'il découvrit les patinoires couvertes de la ville, le jeune Irving avait déjà les cuisses d'un champion de patinage de vitesse.
Le problème, c'est que ses patins empruntés étaient si grands qu'il devait porter neuf paires de chaussettes pour les maintenir aux pieds. Malgré son incroyable vitesse et sa détermination, Jaffee dut faire face à un antisémitisme féroce. Qui avait jamais entendu parler d'un Juif new-yorkais battant les descendants blonds et à la peau claire de Norvégiens, de Suédois et de Finlandais dans le sport nordique par excellence ?
Lors des sélections pour l'équipe olympique américaine, puis lors de deux Jeux olympiques consécutifs, Jaffee dut faire face à une opposition farouche, non seulement de la part des instances dirigeantes de son sport, mais aussi de ses propres coéquipiers. En 1932, le site olympique de Lake Placid, dans l'État de New York, arborait encore des panneaux menaçants interdisant l'accès aux chiens et aux Juifs. Pire encore, ses coéquipiers tentèrent de saboter ses chances en lui volant son matelas, qu'ils lui rendirent trempé, en l'éblouissant avec des lampes de poche pour l'empêcher de dormir et en l'insultant avec des propos antisémites. Malgré tout, il parvint à vaincre les Européens, devenant ainsi l'un des deux premiers Américains à remporter deux médailles d'or lors d'une même édition des Jeux olympiques d'hiver.
Malgré son triomphe, Jaffee ne put faire fructifier son talent pour subvenir aux besoins de sa famille qu'en vendant ses médailles. Désespéré de gagner sa vie, il accepta de participer à une opération de communication : il s'entraînerait à Grossinger's et tenterait de battre le record du monde du marathon de patinage de vitesse. Le coup d'éclat fut un succès retentissant : le 27 janvier 1934, une foule de 5 000 personnes assista à sa performance, l'acclamant tandis qu'il effectuait 75 tours du lac de l'hôtel en un peu plus de 26 minutes. Il devint directeur des sports d'hiver, l'hôtel lui faisant construire la patinoire olympique où j'ai moi-même pris des cours plus tard. Grossinger's devint alors le lieu des sélections olympiques de patinage de vitesse, de spectacles sur glace grandioses et des seuls championnats du monde de saut en baril. (...)
Même dans les années 1960, très peu de Juifs savaient skier. Le ski n'était pas vraiment un loisir courant dans les shtetls d'Europe ni dans les ruelles bondées du Lower East Side, et la plupart des stations de ski n'auraient pas accepté de clients portant un nom juif. Le comédien Buddy Hackett, qui a fait ses débuts à l'hôtel de mes grands-parents, plaisantait souvent : « Il suffit qu'un Juif entre dans un magasin et demande : “Combien coûtent les skis ?” pour qu'il se casse un os. »
C’est seulement dans les Catskills qu’un Juif pouvait s’aventurer sans danger sur une pente. « Là-bas, il n’y a même pas de neige », plaisanta Hackett, « c’est de la crème fraîche. »
Bien que mes parents aient refusé de m'acheter des skis — mon père subvenait aux besoins de sa mère et de sa belle-mère tout en économisant pour les études de leurs trois enfants —, ma mère n'avait aucun scrupule à me déposer au G avec les douze dollars nécessaires pour un forfait de ski et la location du matériel. Le G proposait des cours de ski, mais je me contentais de lacer mes chaussures, aussi légères que des Converse All-Stars, de chausser mes skis, d'attraper le téléski, d'atteindre le sommet de la piste, puis de dévaler la pente à toute vitesse.
Ce n'était pas aussi difficile qu'il n'y paraît — j'ai vu des jardins de banlieue plus pentus que la colline de Grossinger's — mais j'étais douée pour le ski, contrairement au patinage. À la fin de ma première journée, j'avais appris à faire du chasse-neige et je suis rapidement passée au slalom. Comme la plupart des citadins, je skiais en sweat-shirt et en jean ; nous méprisions profondément les jeunes femmes qui sortaient du chalet en pantalon moulant, cache-oreilles en fourrure et doudounes blanches moulantes bordées de fourrure. Pendant que nous faisions la queue au télésiège, nous leur donnions un coup de bâton pour débloquer leurs fixations ; puis, lorsqu'elles attrapaient le téléski, celui-ci les tirait en l'air, les faisant tomber de leurs skis et les laissant en tas. (...)
Aux États-Unis, le sport n'est pas seulement un moyen de rester en bonne santé et de garder l'esprit clair, mais aussi un moyen d'accéder à l'enseignement supérieur, à des cercles exclusifs comme les country clubs où peuvent se conclure des affaires et des mariages, ainsi qu'à l'amitié et au respect des camarades de classe, des collègues et des voisins.
Sans les Catskills, les Juifs auraient eu encore plus de mal à atteindre tous ces objectifs."

"Réputée pour ses montagnes à couper le souffle, ses pistes de ski de renommée mondiale et ses festivals culturels, Park City, dans l'Utah est une station de ski où la vie juive est en pleine expansion. Depuis 2013, le rabbin Yudi et Devori Steiger dirigent le centre communautaire Chabad-Lubavitch de Park City, impulsant un changement remarquable dans la vie juive de toute la région.« La communauté a connu un essor considérable ces dernières années, notamment grâce à la généralisation du télétravail », explique le rabbin Steiger. « Souvent, les gens viennent ici en touristes pour la randonnée, le ski et le golf, mais ils découvrent ensuite un endroit magnifique et un lien plus fort avec le judaïsme qu'auparavant, et ils finissent par s'y installer. »

La Société savoisienne d'histoire et d'archéologie (SSHA) a publié une étude sur les Juifs en Savoie sous le régime de Vichy :
"La loi d’octobre 1940 permet aux préfets d’interner dans des camps les ressortissants étrangers considérés comme juifs. La politique de discrimination promue par Vichy s’insinue au sein même de ces groupes de travailleurs étrangers : ces derniers regroupent des individus jugés comme indésirables par le régime, mais utilisés comme main d’œuvre corvéable et peu onéreuse... Les départements savoyards ne sont pas exempts de camps pour travailleurs étrangers, et deux d’entre eux serviront à regrouper plus particulièrement des juifs. En Savoie, dans le camp de Ruffieux, où les travailleurs s’occupent à des travaux forestiers, les juifs étrangers y sont distingués des autres travailleurs dès l’été 1941. Cette politique de ségrégation est poursuivie puisqu’au printemps 1942, date à laquelle ce camp ne compte plus que des juifs étrangers. Le même procédé apparaît dans le camp de Savigny en Haute-Savoie où les juifs ont remplacé les travailleurs espagnols. Ces « unités » prennent la singulière appellation de « groupes palestiniens ». A l’été 1942, loin d’être de petites unités, les deux camps savoyards s’avèrent être les deux plus gros GTE « palestiniens » placés sous le contrôle de l’Etat français : ils retiennent quelques 200 détenus chacun, sur un total de 1302 personnes juives (autour de 2 500 à la fin 1942 et de 1 500 en mai 1943). Le camp de Ruffieux se singularise par ses conditions de vie terrible (hygiène, matériels, travaux, encadrement, ravitaillement,…). Dans son ouvrage sur les camps de travail sous Vichy, Peter Gaida mentionne plusieurs rapports qui soulignent avec force cette situation déplorable. Le grand rabbin rappelle, entre autres, dans un compte rendu, que les travailleurs s’y trouvent à peine vêtus, tous en haillons, et beaucoup sans chaussettes. Un autre rapport adressé au rabbin, celui d’un aumônier israélite, précise que la discipline règne par le biais de la terreur et qu’il existe une cage souterraine d’1.30 m pour les punitions. Une lettre d’un juif, citée dans ce rapport, décrit les conditions extrêmes d’existence rencontrées par les détenus, qui n’ont qu’une alimentation médiocre et insuffisante, une hygiène inexistante, subissent des détournements de vêtement et de denrées au profit des dirigeants. Pourtant, face à ces conditions terrifiantes et bien que le camp n’est pas clôturé, on relève très peu d’évasions. La situation ne suscite que peu d’espoir, vu que ces juifs étrangers ne disposent d’aucun relais au sein de la population locale et connaissent très mal la région. Certains réussiront toutefois à passer en Suisse. A l’été 1942, le camp de Savigny qui regroupe entre 150 et 200 personnes est composé essentiellement d’hommes travaillant à faire du charbon de bois mais compte aussi quelques familles juives qui vivent dans des conditions difficiles au milieu des baraquements. Dans les premiers temps, les conditions de logement, d’hygiène et d’encadrement sont déplorables, les travaux harassants, et la paye est versée avec beaucoup de retard. De plus, les travailleurs prennent rarement des congés, des fiches d’hébergement devant être fournies pour cela. Avec le changement de commandement en novembre 1941, les conditions finiront par s’améliorer, sans oublier qu’il est possible de sortir du camp pour quelques heures, des permissions de quelques jours sont mêmes accordées, il devient envisageable pour les internés d’échanger avec la population locale voire d’entretenir des liens.
Sur le territoire savoyard, cette politique de discrimination et de ségrégation sociale orchestrée par Vichy s’applique à un nombre variable de personnes. La population juive vivant en Savoie et en Haute-Savoie n’est pas fixe, des fluctuations sont observées en fonction des déplacements opérés au sein même du territoire français. Il est possible de s’en faire une idée au printemps 1942. Alors que la Savoie compte 434 juifs français et 236 juifs étrangers dont plus du tiers provient de Pologne et d’Allemagne, la Haute-Savoie, quant à elle, recense 650 juifs français et 389 étrangers : essentiellement présents dans les centres urbains et touristiques. La Haute-Savoie à la particularité d’être frontalière avec la Suisse, en conséquence, le nombre de personnes juives transitant sur son territoire est considérable, sans pour autant pouvant être quantifiable. Jusqu’au début de l’année 1941, une part importante de ces israélites a pu passer en zone helvétique, même si le préfet de Haute-Savoie veille à ce que la police suisse lui remette les refoulés. Quelques estimations chiffrées des tentatives de passage illustrent parfaitement l’impossibilité de quantifier de façon précise la présence de la population juive dans le département. D’avril à septembre 1942, près de 2000 juifs entrés clandestinement sont appréhendés par la police helvétique. Un an plus tard, d’août à octobre 1943, ce sont 1610 juifs qui passent la frontière, et 129 sont refoulés à la frontière dont 25 seront par la suite déportés.
Jusqu’au début de l’année 1942, les populations savoyardes semblent globalement rester assez indifférentes aux mesures antijuives prises par le régime. Dans son rapport adressé au ministère, le préfet de Haute-Savoie note que le 1er statut des juifs est bien accueilli par la population locale. Cependant, l’application d’un programme antisémite ne peut que favoriser une décomplexion de la parole et des actes. A titre d’exemple, on notera à l’automne 1940, des actes de vandalisme contre des commerces juifs à Chambéry, et, à l’été 1941, l’affichage de tracts antisémites sur des magasins juifs à Aix-les-Bains. Un fait locale illustre bien, combien la judaïté d’une personne accentue toutes sortes de récriminations... Une fraction de la population, souffrant des privations, désigne de plus en plus les juifs, tout particulièrement étrangers, comme les responsables de cette situation. Ils deviennent pour une partie des habitants les boucs émissaires tout désignés de la hausse des prix et de la raréfaction de certaines marchandises...
Quelques 663 juifs ont été déportés depuis la Savoie et 380 à partir du département de Haute-Savoie".

Depuis plusieurs décennies, la pratique du ski s'est démocratisée. Et des séjours cacher dans les Alpes sont proposés à des tarifs abordables, à "Courchevel, dans la vallée française de la Tarentaise Valley, dans le complexe touristique à Crans-Montana en Suisse et à Pinzolo en Italie".

En 2024, l'hôtel-restaurant Pischa à Davos (Suisse) avait refusé de louer des luges aux juifs. Il l'avait annoncé dans une affiche en hébreu placardée sur sa devanture : « En raison de divers tristes incidents, notamment le vol d'un traîneau, nous ne louons plus d'équipements sportifs à nos frères juifs. Merci de votre compréhension ». "Dans un discours très clairement antisémite, les responsables de cet hôtels restaurant affirment en effet "que les clients juifs oublient parfois le matériel sur les pistes et ne viennent pas toujours le rapporter lorsqu'il s'agit de location". Et dans une inconscience totale, le gérant, Ruedi Pfiffner, affirme même : "Il n'y a aucun antisémitisme. Je suis prêt à parler aux personnes concernées (ndlr: les clients juifs)." Devant l'indignation générale, la direction de l'hôtel avait présenté ses excuses et retiré l'affiche. "Le refus de louer du matériel de sport n'est pas un cas isolé à Davos, avait souligné la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI). Il y a des hôtels, des restaurants et des magasins qui n'accueillent pas chaleureusement les hôtes juifs, selon la fédération. L'Association Suisse des Communautés Israélites (SIG) a décidé de porter plainte : "Le fait qu'une telle lettre soit accrochée publiquement est choquant, a déclaré le secrétaire général Jonathan Kreutner. Le contenu est hautement discriminatoire et antisémite." La police a ouvert une enquête pour discrimination et incitation à la haine."

« La grande histoire du ski »
Arte diffuse sur son site Internet « La grande histoire du ski », documentaire de Pierre-Antoine Hiroz.

« D'Émile Allais, premier médaillé olympique français, qui osa défier Hitler sur ses terres, à Dominique Perret, élu en l'an 2000 "meilleur freerider du XXe siècle", ce documentaire retrace tout schuss l'histoire de ce moyen de déplacement rudimentaire devenu phénomène de masse. »

« Deux planches de bois recouvertes de peau de renne : aujourd’hui encore, les nomades mongols perpétuent les coutumes de leurs ancêtres, qui furent parmi les premiers à chausser des skis, il y a plus de 10 000 ans. »

« Le ski n’est donc pas une invention récente – l’homme ayant toujours eu besoin de se déplacer sur la neige pour chasser –, mais son essor date de la première traversée du Groenland par le Norvégien Nansen, en 1888. »

« Dans le sillage de cet aventurier de l'extrême, les chasseurs alpins français popularisent ces drôles de patins fixés au pied. »

« Ski utile ou bien futile, le plaisir enivrant de la glisse et de la vitesse devient à la mode. Les femmes le transforment en vecteur d’émancipation, notamment en portant des pantalons, plus adaptés à la pratique. »

« Plus tard, lors des JO de 1936, les nazis instrumentalisent les victoires de leurs athlètes, et font des skis un équipement essentiel à la guerre. »

« Durant les Trente Glorieuses, les vacances à la neige, devenues un loisir de masse, bouleversent le visage des montagnes et de leurs habitants… »

« Depuis le début du XXe siècle, le ski est synonyme de nouveaux territoires à conquérir, qu’ils soient naturels, techniques ou commerciaux. Les stations apparues ex nihilo en haute montagne, comme Avoriaz, ou l’essor du free-style laissent croire à un présent perpétuel. Pourtant, le réchauffement climatique fait fondre les neiges et menace son avenir... » 

« Émaillé d’archives et d’anecdotes surprenantes, ce documentaire donne la parole à des historiens du sport, des journalistes et des champions, évoquant aussi l’évolution de notre société vers le "tout-loisir" et la recherche effrénée de sensations fortes. » 

"L’un des temps forts de ce documentaire richement illustré est de montrer les images rarement diffusées des Jeux olympiques d’hiver disputés en février 1936 à Garmisch-Partenkirchen, en Bavière. Hitler compte sur ses skieurs pour faire briller l’excellence allemande aux yeux du monde entier. De fait, ils montent sur tous les podiums… sauf un. A l’issue d’un combiné, Emile Allais (1912-2012) se fait une place dans le trio gagnant. Le jeune Français refusera de faire le salut nazi, son geste fera le tour du monde et contribuera à faire de lui un champion mythique".


« La grande histoire du ski » de Pierre-Antoine Hiroz
France, Suisse, 2020, 53 min
Coproduction : ARTE GEIE, MC4, Point Prod, RTS   
Sur arte.tv du 25/01/2026 au 30/04/2026
Visuels :
© Gallica
© Montreux Oberland Bernois SA
© GPA Films

mardi 24 mars 2026

Interview de Brigitte Leitenberg, députée Vert’Libérale en Suisse

Depuis 2000, Brigitte Leitenberg codirige avec son mari les Meubles Leitenberg SA à
La Chaux-de-Fonds Métropole horlogère, localisée dans le canton de Neuchâtel (Suisse). Brigitte Leitenberg est membre du parti Vert’Libéral (PVL). A ce titre, depuis 2020, elle est conseillère générale de La Chaux-de-Fonds, et depuis 2021 députée au Grand conseil du canton de Neuchâtel. Le 20 février 2025, durant une séance tendue au Conseil général, a été adoptée, malgré son opposition, une motion populaire portée par le Collectif Action Palestine et demandant que Philippe Lazzarini, né dans cette ville inscrite avec Le Locle sur la liste du Patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco pour son urbanisme horloger, et Commissaire général de l'UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient), y soit nommé Citoyen d’honneur. Le non-respect du règlement pour elle-seule et les perturbations bruyantes d'un public hostile ont éprouvé Brigitte Leitenberg, qui a craint pour sa vie. Se sentant trahie, elle a posté peu après sur Facebook ses textes exprimant son ressenti. Bien qu’elle ait modifié rapidement, puis supprimé un de ses deux posts, le Conseil communal, détenteur du pouvoir exécutif local et composé de cinq élus, a porté plainte à deux reprises : la plainte collective contre cette élue a été refusée par le Procureur, puis celle individuelle de chaque membre du Conseil communal contre elle a perduré. Or, ce différend aurait pu se régler par le dialogue. Le 12 novembre 2025, une audience de conciliation un brin déséquilibrée s’est tenue. Interview réalisée en octobre 2025, suivie par un addendum.


Quel est votre parcours ? 
Je suis installée à La Chaux-de-Fonds depuis 35 ans, et très engagée dans la vie publique, sportive et associative de la ville. 
Je travaille avec mon mari dans l’entreprise familiale fondée à La Chaux-de-Fonds voici plus de 130 ans. Et je préside l’association des commerçants indépendants de détail.
En 2020, je suis entrée en politique avec les Vert’libéraux, convaincue qu’il faut faire progresser la transition énergétique en y associant l’économie et les entreprises.
Membre du trio de fondateurs de La Trotteuse-Tissot, j’ai présidé cette course à pied populaire, urbaine et nocturne durant dix ans. Cette Corrida de Noël réunit près de 4 000 participants venus de Suisse et des pays voisins à la mi-décembre, et à 1 000 m d’altitude. 
Je suis mariée et mère de trois enfants adultes, et grand-mère d’une petite fille.

Quelle est la spécificité du parti Vert’Libéral (VL) dans le courant écologique ?
Les Vert’libéraux ont le regard tourné vers l’avenir, vers une économie raisonnée et durable. 
Les nouvelles technologies sont les alliées de la transition énergétique pour faire face à l’évolution démographique et répondre aux besoins de la société en respectant la biodiversité.
Les Vert’libéraux se situent au centre de l’échiquier politique, quelques fois légèrement à droite ou vers une gauche modérée. Ils sont aussi sensibles aux préoccupations de notre société en général.

L’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient) est critiqué pour ses liens étroits, continus, avec des groupes terroristes islamiques (Hamas, Djihad islamique) - rapports de l’ONG UNWATCH -, pour son enseignement incitant au djihad et à haine des Juifs et d’Israël dans ses écoles - rapport d’IMPACT-se -, etc.
Son Commissaire général est Philippe Lazzarini. Celui-ci a rencontré en mai 2024, à Beyrouth (Liban), des dirigeants du Hamas. « Cette rencontre a abouti à la nomination d’un membre éminent du Hamas, Fathi al-Sharif, à la tête du syndicat des enseignants de l’UNRWA au Liban, donnant au groupe un levier d’influence sur des milliers d’enseignants et d’étudiants ». 
Le 20 février 2025, le Conseil général (titulaire du pouvoir législatif local, Ndlr) de La Chaux-de-Fonds a adopté une motion populaire, déposée le 7 janvier 2025, portée par le Collectif Action Palestine, et  demandant que Philippe Lazzarini, né dans cette ville, y soit nommé Citoyen d’honneur. 

La Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (CICAD)  a recensé 2 438 incidents antisémites en 2025 en Suisse romande, soit une augmentation de 36 % en un an (1 789 incidents recensés en 2024). La Chaux-de-Fonds Métropole horlogère est inscrite avec Le Locle sur la liste du Patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco pour son urbanisme horloger. Quel est le contexte dans cette ville de cette motion discutée le 20 février 2025 ?
En Suisse et, plus généralement dans le monde, des dissensions se font sentir dans la sphère politique et dans la société civile au sujet du conflit qui se déroule au Proche-Orient depuis l’agression djihadiste du 7 octobre 2023 dans le sud d’Israël : 1200 civils israéliens massacrés et 242 otages enlevés et séquestrés dans la bande de Gaza par les terroristes palestiniens du Hamas et leurs complices.
La Suisse n’échappe pas à cela, et est parcourue par une division majoritairement gauche/droite sur cette question. Tel est le cas à La Chaux-de-Fonds, ville dont les élus sont majoritairement à gauche.
En 2024, le nombre des actes antisémites en Suisse romande a augmenté de près de 90% par rapport à 2023.
La date de la mise en discussion de la motion, soit le 20 février 2025, se trouvait en pleine campagne électorale cantonale. Les élections cantonales étaient fixées au 25 mars 2025 avec une liste de la « Gauche Unie » qui voulait ratisser large et réunir des plus modérés aux plus extrêmes. Cette date correspondait aussi au climat international extrêmement tendu en lien avec le conflit au Proche-Orient.
En outre, le fonctionnement de l’UNRWA dans le cadre du conflit est délicat. Les critiques visant l’organisation portent tant sur la gestion que sur ses liens avec le Hamas, et l’enseignement dispensé dans ses écoles. Les médias suisses et l’organisation UN Watch s’en sont faits l’écho devant des cénacles nationaux et internationaux.
Le contexte politico-humaniste compliqué et clivant ne pouvait que déboucher sur un débat politique houleux et des réactions épidermiques qui ne devraient pas avoir court dans un cénacle politique suisse qui évite ce genre de situations. En effet, le fonctionnement politique de notre pays tend à éviter de tels heurts qui mettent en péril la sérénité du débat et risquent de cristalliser des atteintes aux personnes.
Par ailleurs, il est très inhabituel qu’un conflit international s’invite dans des débats au niveau communal, parce que cela relève de la compétence fédérale. Ce que j’ai rappelé dans mon intervention le 20 février et dans mes posts.
Le Conseil communal ne me semble pas avoir suffisamment considéré la responsabilité politique et les risques qu’il prenait en acceptant cette motion.

Comment se sont déroulés les débats auxquels vous avez participé ?
Lors de mon arrivée dans la salle du Conseil général, des militants du Collectif Action Palestine Neuchâtel s’étaient assis juste derrière mon siège, ma place étant située en dernière rangée d’élus - chaque conseiller général a sa place fixée pour toute la législature. 
Le credo du Collectif Action Palestine Neuchâtel se caractérise par une distorsion de l’Histoire, et une inversion victimaire. Le 10 octobre 2024, il avait co-organisé une manifestation pour la paix à Gaza. Une amie et son compagnon, qui se trouvaient par hasard aux abords de la manifestation, ont entendu clairement le cri « Mort aux Juifs ». Plainte a été déposée, mais elle a été jugée irrecevable par le ministère public : il n’y avait pas de film ni d’enregistrement pour corroborer ce fait.
Lors de mon intervention relative à la « motion Lazzarini » au Conseil général, j’ai été interrompue à deux reprises par la Présidente, qui a agité la cloche. Ce qui se fait très rarement, et alors que je n’avais pas utilisé complètement mon temps de parole. Lors d’une motion d’ordre, un membre du Conseil général a alors rappelé la règle : mon temps de parole n’avait pas été entièrement écoulé.

Quels étaient vos arguments ?
L’article 57 du règlement général du Conseil général de La Chaux-de-Fonds révisé en 2012 précise : « Le Conseil général, à la majorité de deux tiers de ses membres, peut accorder le droit de cité d'honneur à une personne qui s'est particulièrement illustrée par son activité en faveur de la ville. »
Or, Philippe Lazzarini ne remplissait aucun de ces critères : aucune action notable ayant bénéficié aux citoyens ou à la ville, activité professionnelle toujours en cours – les précédents récipiendaires de cette distinction avaient été honorés en fin de carrière, après avoir accompli une œuvre significative – et nous ignorons de quoi sera fait l’avenir de Philippe Lazzarini.
De plus, honorer une figure aussi discutable et controversée, impliquée dans un conflit ouvert, nuira à la cohésion multiculturelle qui contribue à la richesse de notre ville.
Et surtout, il n’incombe ni au Conseil communal ni au Conseil général de prendre position sur un conflit international qui a exacerbé les tensions, et a alimenté une montée inquiétante d’actes criminels antisémites dans le monde. Une telle décision dépasserait le cadre local de notre mandat, et risquerait d’emporter notre Ville dans des divisions qui n’ont pas lieu d’être dans notre espace de dialogue et de vivre-ensemble. 
En outre, une telle nomination doit refléter l’avis des Chaux-de-Fonniers dans leur ensemble. Or, cette motion a été signée par 114 personnes, venues principalement de courants politiques très engagés, voire extrémistes de gauche. Cette démarche semble plus motivée par des considérations partisanes que par l’objectif défini par l’article 57.
J’ai proposé d’honorer à titre posthume un citoyen chaux-de-fonnier, André Sandoz, conseiller communal, conseiller d’Etat, qui, en plus de son engagement sans faille pour La Chaux-de-Fonds et ses citoyens, a légué à notre ville deux splendides maisons.
Les conseillers généraux de droite et du centre ont manifesté dans leurs interventions et dans leurs votes leur opposition à cette motion. Leurs arguments et les miens étaient souvent proches.
Les membres du Collectif Action Palestine Neuchâtel commentaient entre eux le débat, juste derrière moi. Ce qui perturbait mon attention et altérait la tenue de la séance.

Manon Freitag (Centre) a souhaité « préserver la vocation locale et apolitique de la citoyenneté d’honneur et veiller à ce que cette reconnaissance demeure exceptionnelle et ancrée dans l’histoire de notre ville ». Ce qui rejoint votre position ?
Oui.
Quant aux élus du bloc de gauche ayant soutenu cette motion populaire, une partie a simplement suivi la consigne - M. Lazzarini étant un ancien actif du parti socialiste -, et ils n’ont que peu de connaissances du conflit, hormis des informations rapportées par des médias sous contrôle du Hamas. Leurs arguments n’avaient pas de lien avec cet article 57.

Cette motion populaire a été acceptée par 23 voix, contre 16 et 1 abstention (socialiste).  Et après ce vote ?
L’insécurité que je ressentais s’est amplifiée lorsque, juste après le vote de la motion dont la Présidente de séance est signataire, des membres du Collectif Action Palestine Neuchâtel se sont manifestés par des applaudissements nourris. Ce qui est interdit dans le règlement. La Présidente a alors rappelé à l’ordre ces militants qui ont quitté la salle bruyamment.
En fin de séance, la tension était palpable, et quelques propos musclés ont été échangés à la sortie de la salle entre élus qui ne partageaient pas la même vision.
La séance et l’attitude envers moi étaient très anxiogènes. Comme beaucoup de personnes impactées par le conflit au Proche-Orient et la controverse visant l’UNRWA, j’ai vécu la situation de manière très émotionnelle et différemment de ceux qui ont simplement suivi une consigne et adopté cette motion.
En sortant de cette séance la nuit, après 22 h 30, mon sentiment d’insécurité pour rentrer chez moi m’amenait même à craindre de tomber dans une embuscade.
J’étais aussi triste, déçue, et en colère. Je me suis sentie trahie par tous les élus ayant accepté cette motion. Celle-ci cautionnait en effet une organisation qui fait polémique au niveau fédéral suisse. Au niveau aussi de l’Union européenne : le 11 avril 2024, le Parlement européen a adopté une résolution qui condamnait « les contenus problématiques et haineux qui encouragent la violence, propagent l’antisémitisme et incitent à la haine dans les manuels scolaires palestiniens, rédigés par des fonctionnaires financés par l’Union européenne, ainsi que dans le matériel pédagogique supplémentaire élaboré par le personnel de l’UNRWA et enseigné dans ses écoles ». De plus, la Commission européenne « a suspendu deux projets financés par l'UE dans les territoires palestiniens, d'une valeur totale de 8 millions d'euros, à la suite d'allégations "sérieuses" selon lesquelles des groupes de la société civile utilisaient les fonds pour inciter à la haine ». Et dans le monde : « le département américain de la Justice considère désormais que l'UNRWA n'est pas protégée par l'immunité judiciaire devant les tribunaux américains ». 

Vous avez alors posté deux messages sur votre compte Facebook…
Cette situation particulièrement difficile m’a amenée à souhaiter démissionner du Conseil général. Dès le lendemain matin, le vendredi 21 février 2025, après une nuit sans sommeil et après la rédaction de deux posts sur Facebook, j’ai fait part dans un mail à la chancellerie de la désastreuse séance de la veille qui m’incitait à démissionner du Conseil général.
Après réflexion, le samedi 22 février 2025, j’ai envoyé un courrier électronique à la Chancellerie. J’y ai rappelé les faits ainsi que le contexte, et je suis revenue sur ma démission : je me suis rétractée car je souhaitais continuer d’assumer mon engagement politique au sein de ce Conseil.
Après un jeu de ping-pong entre le Conseil communal et le Bureau du Conseil général de la ville, j’ai dû attendre près de deux mois pour réintégrer mon siège au sein du Conseil général chaux-de-fonnier ; le temps d’attendre l’avis externe de droit constitutionnel du Professeur Pascal Mahon qui avait été demandé. 

En mars 2025, après qu’une plainte collective a été jugée irrecevable par le ministère public, les cinq membres du Conseil communal - Thierry Brechbühler (Union démocratique du centre, UDC), Théo Huguenin-Elie (Parti socialiste, PS), Théo Bregnard (Parti ouvrier et populaire ou POP, Parti suisse du travail), Jean-Daniel Jeanneret (Parti libéral-radical, PLR) et Ilinka Guyot (Vert-e-s) - ont décidé de porter plainte, individuellement, contre vous en raison d’un post que vous avez rapidement modifié, puis supprimé...
Oui, en effet, le Conseil communal s’appuie sur une partie de ces phrases de mon post sorties de leur contexte pour déposer plainte :
« Oui, j’ai honte de ce Conseil communal qui a soutenu en grande majorité une motion portée par un groupe dont certains membres ont glorifié le massacre du 7 octobre et qui dans les rues de la République et Canton de Neuchâtel ont crié « mort aux Juifs. » En toute impunité.  
Honte à ceux qui comme des collabos qui ont soutenu les nazis ont validé le groupe haineux par leur vote. »
« Hier soir le Conseil communal et la majorité de gauche du Conseil général a montré qu’il pouvait prendre parti pour l’antisémitisme, la haine et contredire ce qu’il vante dans ses affirmations de cohésion sociale et multiculturelle ».
Les propos les plus incisifs s’adressaient aux conseillers généraux. J’ai souhaité apaiser les relations avec eux, malgré mon ressenti douloureux.
Moins d’une semaine après, le 26 février 2025, j’ai modifié, puis supprimé d’un de mes posts les aspects jugés par certains problématiques et blessants. Et ce, pour retrouver un climat de dialogue et de vivre-ensemble.
Le 17 mars 2025, Pascal Kaufmann, Président du Parti des Vert’libéraux (PVL)-Section des Montagnes neuchâteloises, a sollicité par mail, avec mon accord et afin d’apaiser les tensions, une rencontre avec le Conseil communal. Pour réponse, il n’a reçu qu’un accusé de réception de la Chancellerie.
Au total, cinq demandes ont été formulées. Deux demandes par mails au Conseil communal - celle de Pascal Kaufmann et la mienne du 12 mai 2025, à la suite d’une demande du Procureur neuchâtelois Pierre Aubert en charge du dossier et afin de régler à l’amiable ces différends, ainsi que trois demandes « entre quatre yeux », oralement, directement, à trois des cinq Conseillers communaux.
Toutes les demandes ont été refusées ou sont restées sans réponse. Je ne comprends pas qu’un Conseil communal refuse de dialoguer avec une citoyenne et une élue.
Dans un premier temps, le Conseil communal a déposé une plainte collective que le Procureur a jugée irrecevable. 
Puis, cinq conseillers communaux ont déposé cinq plaintes distinctes, individuelles, pour diffamation, transmises curieusement par le service juridique de la Ville au Procureur. Or, le Service juridique de la Ville est censé défendre les seuls intérêts de La Chaux-de-Fonds, et non ceux personnels de conseillers communaux. On peut s’interroger sur ce qui pourrait être perçu comme une utilisation, sans fondement légal, et au service d’intérêts privés, d’un Service public.

Où en est la procédure visant ces cinq plaintes ?
Pour le moment, une possibilité de médiation est en cours. Dans une petite ville comme la notre, il vaudrait mieux plutôt que d’alimenter de vaines polémiques, rechercher la paix sociale.
Divers articles de presse ont terni mon image. Or, la présomption d’innocence existe, et il convient de la respecter à mon égard dans un sujet aussi sensible.
Durant la campagne électorale pour le Grand Conseil neuchâtelois, sur mes affiches, mon visage a été gribouillé de noir, j’ai reçu des messages hostiles et agressifs. C’est la première fois, en 35 ans d’engagement pour La Chaux-de-Fonds, que j’affronte cette situation où je suis essentialisée en tant que juive. Une étape grave a été franchie.

Comment ont réagi les habitants de La Chaux-de-Fonds au vote de cette motion ?
Une grande partie de la population chaux-de-fonnière a été surprise. Elle ne comprend pas que le Conseil communal ait fait le choix de créer un clivage dans la population.
Une partie de la population, dont la communauté juive, a été profondément déçue, s’est sentie trahie, et n’a pas compris la décision de la Ville d’accepter cette motion.
De nombreux citoyens, des groupes et des sociétés ont été choqués. Un texte intitulé « Pétition » : demandant de renoncer à recommander la nomination de « Monsieur Philippe Lazzarini comme citoyen d’honneur » et différents autres courriers, dont ceux d’associations qui regroupaient jusqu’à 70 membres, soit un total de 466 courriers ont été remis ou envoyés à la Chancellerie au cours des semaines suivant le vote. 
Ladite pétition spécifiait : « L’ouverture à l’autre et la multiculturalité qui ont fait la renommée de La Ville nous ont permis de nous sentir à l’aise avec nos voisins et les nouveaux arrivants… Je voudrais vous communiquer mon opposition totale à cette nomination. Ce n’est pas Monsieur Lazzarini en tant que personne qui fonde mon opposition, mais la manière dont il exerce sa fonction et son comportement au sein de l’UNRWA. L’activité de cet Office fait l’objet de nombreuses critiques. »
Le 9 avril 2025, le Conseil communal a reçu une délégation de cinq personnes, composée du premier signataire de la pétition, et de différentes personnalités de la Communauté juive, dont son Président. Je rappelle que la communauté juive locale a, depuis des générations, contribué aux développements économique – industrie horlogère -, culturel et sportif de La Chaux-de-Fonds. Elle a aussi manifesté sa philanthropie en faveur de la ville.
Le Conseil communal a expliqué qu’il n’avait pas l’intention de traiter cette motion rapidement, tant que le conflit proche-oriental n’était pas apaisé. Alors, pourquoi cette urgence à voter cette motion ?
L’exécutif aurait vraisemblablement gagné à rester neutre et à renforcer la cohésion sociale. A fortiori au moment des préparatifs concernant l’organisation d’évènements liés à La Chaux-de-Fonds comme première Capitale culturelle suisse en 2027. Un évènement qui mettra en avant sa diversité et sa multiculturalité.

Comment ont réagi les habitants de La Chaux-de-Fonds aux plaintes ?
Ils ne comprennent pas que le Conseil communal ait refusé de dialoguer avec moi, et ait directement initié une procédure judiciaire. Certains habitants sont particulièrement attachés à la liberté d’expression.
Heureusement, je reçois régulièrement, dans la rue, par courriels ou courrier postaux, des messages de soutien et d’encouragement. Je remercie leurs auteurs. Cela me fait chaud au cœur et me conforte dans mes engagements.

Le 24 juin 2025, le Parlement du canton de Neuchâtel a rejeté une résolution appelant le Conseil fédéral à prendre position pour un cessez-le-feu dans la bande de Gaza et soutenue par la gauche unie.
Oui. En effet, la gauche et l’extrême gauche avaient déposé une résolution en se fondant sur les informations d’un grand nombre de médias romands et d’organisations acquises à la cause propalestinienne et au boycott d’Israël, ainsi que sur les chiffres et photos fournis par des sources agréées par l’organisation terroriste Hamas.
La droite de l’hémicycle, une partie du centre et d’autres élus ont refusé cette résolution. 
J’ai demandé dans mon intervention que les députés s’abstiennent sur cette motion puisqu’elle ne tient pas compte des informations qui proviennent d’autres sources.
Tous ces objets parlementaires - terme générique pour désigner les motions, les postulats, les résolutions, etc. - déposés contribuent à une polarisation des débats et à une déferlante violente que l’on retrouve dans des manifestations organisées par des partis de gauche et des groupes propalestiniens.
A mon sens, même si nous devons rester préoccupés par ce qui se passe en Suisse et dans le monde, ce n’est ni aux Conseillers généraux, ni aux députés du canton de Neuchâtel, ni aux membres des législatifs suisses de faire entrer ces conflits dans ces organismes ou de dire à notre Conseil fédéral ce qu’il doit faire en matière de politique étrangère.

ADDENDUM

Le 12 novembre 2025, une audience de conciliation a eu lieu pour trouver une solution à l’amiable au différend et à la plainte de cinq élus communaux en date du 27 mars 2025. 

Cet addendum se fonde sur les articles de la presse helvétique, dont ArcInfo (13 novembre 2025) et sur 
ma connaissance du sujet.

Brigitte Leitenberg « ne s’adressait jamais aux plaignants, préférant réserver son regard au juge Alain Rufener ». Une audience de conciliation ne devrait-elle pas réunir les parties et le juge de manière à ce que chacun voie l’autre. Ce qui favorise un dialogue en face-à-face. Et d’un côté cinq plaignants, de l’autre une citoyenne. N’est-ce pas un brin déséquilibré ?

« Droite et fière », Brigitte Leitenberg rappela le « contexte de la séance communale ». Elle a précisé qu’elle « ne visait pas le Conseil communal ». Elle a reconnu que ses « propos ont été vifs et blessants » et « a présenté ses excuses pour les mots qu’elle a par ailleurs retirés de ses posts ». Ce dont elle m’avait informée dans son interview.

Le Conseil communal a compris ce qu’elle avait pu ressentir ».

Inversion victimaire ? Les plaignants ont repris à leur compte les tourments qu’avaient exprimés spontanément et initialement Brigitte Leitenberg.

L’affaire a été classée. Les parties se sont engagées à ne plus commenter publiquement cette affaire.

La liberté d’expression est prisée dans une séance du Conseil général d’une démocratie ancienne comme la Suisse.

Quels faits justifient que ces cinq élus aient initié deux plaintes consécutives pour des posts Facebook induits par une séance traumatisante pour Brigitte Leitenberg, sans avoir cherché au préalable à lui exprimer leur mécontentement, et à dialoguer entre adultes de bonne foi, entre édiles ayant l’habitude de travailler ensemble. Une initiative judiciaire qui n’avait jamais été adoptée dans le long passé politique suisse. Ce type de différend porté devant la justice n’est-il pas démesuré ? Pourquoi mettre le temps précieux d'élus à un désaccord qui aurait pu se régler autour d’une table ? 

En outre, pourquoi un des Conseillers communaux a-t-il utilisé les 466 courriers à la Chancellerie réagissant à la « motion Lazzarini » comme « courriers à charge » en les liant aux propos sur Facebook de Brigitte Leitenberg ? Car il n’y avait aucun lien entre les deux, comme le prouve la réponse infra de Mme Floriane Mamie, Chancelière de la ville de La Chaux-de-Fonds.

Y aurait-il eu volonté de nuire à cette édile, juive de surcroît ?

Mystères…

Réponse de Mme Floriane Mamie, Chancelière de la ville de La Chaux-de-Fonds, le 23 mars 2026

« Je peux vous confirmer que les 466 courriers (et courriels) sont effectivement en lien avec la "motion Lazzarini".
 
Concernant leur caractère anonyme et violent, tout dépend ce que l'on entend par "anonyme" et "violent".
Pour l'anonymat, je peux vous confirmer qu'un certain nombre sont clairement anonymes, c'est à-dire sans signature du ni aucun moyen d'identifier l'expéditeur, d'autres sont moins clairs, par exemple, des courriels envoyés depuis une adresse mail prénom.nom@xyz.com ou un-intitulé-quelconque@xyz.com, mais sans aucune signature en bas du texte. Il faudrait analyser finement chaque courrier pour déterminer selon des critères à définir ce qui est anonyme et ce qui ne l'est pas pour faire un décompte plus détaillé.
Pour la violence, la définition de ce qui est entendu par "violence" est encore plus indéterminée que pour l'anonymat, ce qui fait que je peine à répondre de manière affirmative à votre question. Ce qui est sûr c'est que certains de ces courriers peuvent être qualifiés de violents alors que d'autres non.
 
Concernant leur teneur, nous ne pouvons pas vous transmettre ces courriers en l'état car ils contiennent des données personnelles. Un travail de caviardage serait théoriquement possible mais très chronophage de notre côté. Pour tout complément à ce sujet, nous vous invitons à vous référer à la Convention intercantonale relative de la protection des données et de la transparence dans les cantons du Jura et de Neuchâtel (CPDT-JUNE). »

Motion populaire « Nommer Monsieur Philippe Lazzarini, natif de notre ville, citoyen d'honneur de La Chaux-de-Fonds ? »
Déposée le 7 janvier 2025 et munie de 114 signatures valables

« Au vu de l’importance du rôle joué par Monsieur Philippe Lazzarini, commissaire général de l’UNRWA*, pour maintenir l’aide humanitaire à Gaza et dans les territoires occupés par Israël, ainsi que dans les camps de réfugié-e-s palestinien-ne-s situés au Liban, en Jordanie et en Syrie,
au vu des efforts faits par Monsieur Philippe Lazzarini pour que soient respectées les Conventions Internationales Humanitaires, dont la Suisse est dépositaire,
au vu des efforts faits par Monsieur Philippe Lazzarini pour assurer le financement de l’UNRWA,
nous demandons que Monsieur Philippe Lazzarini soit nommé citoyen d'honneur de la Ville de La Chaux-de-Fonds.
Les valeurs défendues et Le travail effectué par Monsieur Philippe Lazzarini sont un honneur pour notre ville, qui a tout lieu d’être fière d'avoir hébergé un tel citoyen courageux et engagé pour la paix.
Au même titre que l'engagement dans les brigades internationales a été reconnu par Ia nomination d'une place dans notre ville, l’engagement d'un natif de La Chaux-de-Fonds pour des valeurs humanitaires et de paix se doit d'être également honoré.

*L’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient) a été créé en 1949. Il fournit des services éducatifs, sanitaires et sociaux et I'aide d'urgence à 4,6 millions de réfugié-e-s palestinien-ne-s vivant dans la bande de Gaza, en Cisjordanie, mais également en Jordanie, en Syrie et au Liban. »

27 mai 2025
« Agir en urgence pour un cessez-le-feu à Gaza et la fin des hostilités »

« Considérant l’intensification dramatique du conflit armé dans la bande de Gaza, qui provoque un nombre alarmant de victimes civiles, parmi lesquelles un grand nombre d’enfants ;
Rappelant les principes fondamentaux du droit international humanitaire, notamment les Conventions de Genève dont notre pays est garant, qui protègent les civils en temps de guerre ;
Constatant que les bombardements, les blocus humanitaires et sanitaires, les destructions d’infrastructures vitales et les punitions collectives imposées à la population civile constituent des atteintes graves aux droits humains ;
Attristé par les témoignages d’enfants, de familles et de soignants piégés dans des zones de guerre, privés de soins, d’eau, d’abris et de tout espoir de sécurité ;
Indigné par l’inaction prolongée de la communauté internationale et du gouvernement suisse face aux crimes de guerre et contre l’humanité commis dans un conflit qui s’aggrave de jour en jour ;

Le Grand Conseil neuchâtelois demande au Conseil fédéral de :
1. Appeler solennellement à une cessation des hostilités par un cessez-le-feu immédiat, total et durable entre toutes les parties engagées dans le conflit à Gaza et au Proche-Orient, afin de rétablir la sécurité des civils, en particulier des enfants ;
2. Condamner fermement les bombardements sur les zones civiles, les hôpitaux, les écoles et les abris, ainsi que toute forme de punition collective ;
3. Demander la fin immédiate des violences, des déplacements forcés, des privations de nourriture, d’eau, d’électricité et de soins médicaux infligés aux civils ;
4. Exprimer sa solidarité avec toutes les victimes innocentes, quelles que soient leur origine, leur nationalité ou leur foi, et affirmer que les enfants de Gaza – comme tous les enfants du monde – ont droit à la vie, à la sécurité, à la dignité et à un avenir ;
5. Soutenir financièrement les organisations humanitaires – telles que l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) – qui sont à même d’apporter de l’aide et des soins aux victimes sur place ;
6. Faire entendre la voix de la Suisse pour une fin immédiate de la guerre dont sont victimes des milliers et des milliers d’innocentes et d’innocents, et rappeler que la paix, la justice et la sécurité ne peuvent être obtenues que par le respect de la vie humaine et du droit des peuples à vivre libres de la terreur et de la guerre ;
7. Se placer en tant que médiateur pour permettre la libération des otages israéliens, apaiser les tensions et mettre fin à cette escalade de violence destructrice.
Motivation
S’associant aux autres parlements cantonaux qui ont adressé une résolution de la même teneur au Conseil fédéral, le Grand Conseil neuchâtelois, profondément affecté par l’inaction du gouvernement suisse, souhaite ardemment le voir faire preuve d’humanité pour les victimes de la guerre à Gaza, prendre une attitude ferme envers les belligérants et traduire ainsi le sentiment d’une majorité des citoyennes et citoyens de notre pays, indignés et meurtris par les souffrances infligées à des innocentes et innocents. 

L’urgence est demandée. »