Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mercredi 6 octobre 2021

« La France n'a pas dit son dernier mot » d’Eric Zemmour

« La France n'a pas dit son dernier mot » d'Eric Zemmour (Rubempré) relate les coulisses de la vie politique, rassemble les analyses de l'essayiste sur une société française bouleversée par une immigration de masse, les pressions politico-médiatico-intello-universitaires pour la culpabiliser et la rendre honteuse de son Histoire. Un livre intéressant parsemé d'annotations personnelles et porteur d'espoirs articulés autour de quatre thèmes débutant par un "I" : "Immigration", "Industrialisation", "Instruction", "Identité".

Raymond Aron (1905-1983) 
« ENS : L'école de l’engagement à Paris » par Antoine de Gaudemar et Mathilde Damoisel
Archives de la vie littéraire sous l'Occupation 

C’est donc le livre que l’éditeur Albin Michel avait refusé de publier… sans l’avoir lu ?! En le parcourant, on peine à en saisir la raison. En tout cas, cet éditeur a raté un succès de librairie. 

La lecture de « La France n'a pas dit son dernier mot » du journaliste politique et essayiste Eric Zemmour laisse penser que l’auteur est en train de tourner une page de sa vie.

Cet ouvrage s’avère un quasi-bilan de sa carrière, initiée dans les années 1980, d’observateur de la vie politique française, surtout parisienne, et un résumé dense de ses analyses sur les bouleversements de la société française en quelques décennies (Le Suicide français, 2014).

L’auteur ne cache pas s’être inspiré de « Choses vues » de Victor Hugo. Il révèle des « choses vues, choses entendues, choses sues, longtemps tues. Trop longtemps tues ».

De 2006 à 2020, Eric Zemmour s’empare d’un évènement pour en analyser la signification et la portée. Exemples culturels. « La dernière séance – 20 juillet 2006 » : le décès de Gérard Oury, « le grand réconciliateur ». « Gastrite coloniale – 14 septembre 2006 » : réalisateur d’Indigènes, Rachid Bouchareb  « ne s’appropriait pas l’histoire de France pour devenir français ; il imposait son histoire aux Français ». « Omar, l’intouchable – 2 novembre 2011 » : « Intouchables » d’Olivier Nakache et Éric Toledano est une « parabole sur l’Europe riche, mais paralysée, physiquement et moralement, [qui] trouvera son salut si elle s’abandonne aux mains de l’Afrique », « la régénération de la race décadente par la race dynamique ». Certes, mais c’est oublier que les auteurs ont remplacé l’aide-soignant Arabe du fait réel qui a inspiré le film, par un « homme noir ». Ce qui est révélateur. Tout comme le choix de présenter la « Française de souche » comme homosexuelle. « Qu’est-ce qu’ils ont fait au bon Dieu ! – 16 avril 2014 » : « Les Français sont représentés par les parents qui portent les stigmates de la vieillerie désuète, un brin ridicule, en tout cas dépassée… C’est le génie et le rôle historique du cinéma contemporain : enterrer la civilisation française et européenne sans fleurs ni couronnes ; entériner le « grand remplacement » dans la joie et la bonne humeur ». Certes, mais la suite « Qu'est-ce qu'on a encore fait au Bon Dieu ? » (2019) démontre que les parents parviennent à trouver des emplois valorisants à leurs quatre gendres, et ce, à proximité de leur domicile. Une justification au titre… du livre.

L’auteur pourfend le « politiquement correct » au « caractère totalitaire et liberticide pour qu’il n’y ait plus de retour en arrière ».

Sur les politiciens, Eric Zemmour porte un regard aigu. Pas cynique. Mais désabusé. Sa galerie des portraits révèle une droite ayant accepté la supériorité intellectuelle et morale de la « Gôche » et une classe politique généralement moins que médiocre. Xavier Bertrand ? conscient de n’avoir pas le niveau » pour postuler à la fonction présidentielle – « La présidentielle, ce n’est pas un examen, c’est un concours. C’est le niveau des autres qui compte » -. Julien Dray décrit en brillant stratège imposant en 2006 au Parti socialiste Ségolène Royal, qui « ne vend rien d’autre que sa « féminité ». Nicolas Sarkozy, « resté adolescent amoureux de l’amour », apparait incapable de déplaire à la gauche.

Les journalistes ? Claire Chazal se montre timorée face à François Bayrou « vitupérant contre les médias ». Après l’attentat terroriste islamiste contre la rédaction de Charlie hebdo en 2015, Léa Salamé déclare à son confrère : « Charlie te donne raison sur tout ! Ça me troue le cul quand même ! »

Fausse candeur de ce journaliste expérimenté ? Alors qu’il croit à la sincérité du discours nationaliste de Nicolas Sarkozy en 2007, Alain Minc, adepte de la « mondialisation heureuse », lui prédit, avec justesse, que ce candidat une fois élu Président de la République fera adopter « par le Parlement le mini-traité institutionnel sur l’Europe ». Ce qui aurait laissé pantois Eric Zemmour. Or, "alors que le débat sur le référendum de 2005 était toujours vif en France, Nicolas Sarkozy a fait de ce sujet l’un de ses arguments de campagne présidentielle en 2007. Il parlait alors de "traité simplifié" ou de "mini-traité". Il n’était plus question de Constitution. Pendant sa campagne le candidat a affirmé sans ambiguïté qu’il ne passerait pas par un référendum pour faire adopter ce nouveau traité. Une fois élu (avec 19 millions de voix, soit 53,06 % des suffrages), il a appliqué ce point de son programme". 

Eric Zemmour perçoit dans la culpabilisation de la France, une arme létale. Le procès Papon lui semble une manipulation de l’Histoire – « l’article 3 de la convention d’armistice » signée par la France vaincue « prévoyait que la police française pouvait être réquisitionnée à tout moment par les autorités allemandes – ayant pour conséquence d’atténuer la responsabilité de l’Allemagne au détriment de la France et celle du « régime du maréchal Pétain… [qui] ne serait donc responsable que de complicité d’arrestation et de séquestration ? C’était bien peu pour un régime aussi criminel ».

Comment l’idée de se présenter à l’élection présidentielle est-elle venue à ce lecteur amateur de débats d'idées ? Par l’encouragement notamment d’amis, du maire Robert Ménard. Et surtout, faute de politiciens exprimant ses idées, par conscience douloureuse des enjeux essentiels, vitaux, de l’urgence à réagir pour redresser une France en déclins et d’une conjoncture inédite : « On n’est plus en 1988. On ne gagne plus au centre. Il y a une attente de fermeté et de conviction. Et même de radicalité… Aucun candidat – même Marine Le Pen – n’osera imposer cette querelle identitaire et civilisationnelle au cœur de la campagne ».

Le programme d'Eric Zemmour s'articulerait autour de quatre thèmes débutant par un "I" : "Immigration", "Industrialisation", "Instruction", "Identité".

Manque dans ce livre un index des noms cités.

Accueil critique
Certains médias, notamment ceux communautaires, n'ont pas recensé le livre.

D'autres ont invité Eric Zemmour pour l'interroger sur l'actualité politique et son éventuelle candidature à l'élection présidentielle de 2022.

Beaucoup ont focalisé sur le passage gênant concernant Mohamed Merah et trois de ses victimes, Jonathan Sandler, et ses deux fils, Arié et Gabriel, sans relever l'erreur factuelle - Merah a été enterré en 2012 près de Toulouse, et pas en Algérie. 

Les mêmes qui s'en indignent - notamment les dirigeants d'organisations juives françaises - sont demeurés silencieux quand, le jour de Kippour, le 16 septembre 2021, Charline Vanhoenacker, journaliste sur France Inter, a hitlérisé, impunément, son confrère en dessinant la moustache du führer sur une affiche d'Eric Zemmour - "un petit jeu à faire, très simple", a-t-elle allégué

Ce même jour, dans une synagogue parisienne, selon Actualité juive, Sylvain Maillard, député La République en marche (LREM), a tenu des propos politiques en présence d'Eric Zemmour dont il a fustigé certaines propositions.

Selon les chiffres de l'institut GfK cités par Paris Match (22 septembre 2021), cet ouvrage s'est vendu à 78 851 exemplaires en une semaine. A comparer avec « Une femme française » livre d’Anne Hidalgo, candidate socialiste à la fonction présidentielle et maire de Paris, publié le même jour et dont le nombre d’exemplaires vendus est inférieur à mille. Distribué par Interforum, « filiale du géant de l'édition Editis qui appartient au groupe Vivendi, contrôlé par le milliardaire Vincent Bolloré, à l'instar de CNews, la chaîne qui avait accueilli Zemmour comme chroniqueur quotidien », cet ouvrage aurait bénéficié d’« une mise en place de 150 000 exemplaires ».

Les conférences d'Eric Zemmour, suivies de séances de dédicaces, ont attiré un vaste public, en province et à Paris.

Ces succès révèlent l'attente parmi les Français que des thèmes interdits par le "politiquement correct" soient abordés sans les déconnectés de la réalité et d'un "homme providentiel" pour redresser la France en déclins.

Il est choquant et injustifié que certains traitent Eric Zemmour de "peste brune" (Jean-Marc Borello), de "virus" (Laurent Ruquier) ou d'être "dangereux", en plus d'épithètes péjoratifs : "fasciste", "raciste", "sexiste", "islamophobe"... L'Histoire a montré que chosifier un être humain et le diffamer relèvent de régimes autoritaires, voire totalitaires tel le nazisme envers les Juifs. Espérons que le débat suscité par les idées d'Eric Zemmour se poursuive avec respect, argument contre argument. 

Le journaliste a aussi été évoqué le 5 octobre 2021 lors du débat au Sénat préludant à l'adoption d'une résolution non contraignante reprenant la "définition opérationnelle de l’antisémitisme" de l'IHRA (International Holocaust Remembrance Alliance). "Le sénateur socialiste, Rachid Temal a indiqué « avoir mal à (s)a France » lorsqu’il entend « certains élus de la République courir après un polémiste révisionniste ou refuser de le condamner ». L'Assemblée nationale avait adopté en 2019 une résolution similaire.

Le 7 octobre 2021, sur Instagram, l’humoriste Gaëtan Matis a écrit : « Si j’avais une machine à voyager dans le temps, je bookerai (sic) le Bataclan pour la soirée du 13 novembre afin d’y organiser une soirée rencontre entre Éric Zemmour et son public. » Le 9 octobre 2021, le théâtre Le Point-Virgule a annoncé avoir annulé les spectacles de cet humoriste prévus les dimanche 10 et lundi 11 octobre 2021, "en raison des « menaces, insultes, violences verbales subies » par ses équipes". Eric Zemmour a twitté le 9 octobre 2021 : "Cet humoriste, ami de Yassine Belattar, souhaite le massacre par des djihadistes de tous ceux qui me soutiennent. De quel côté est la violence ? #ZemmourBataclan #GaetanMatis". Gaëtan Matis a écrit sa "p'tite mise au point" : « Il semblerait que j’ai écrit une blague qui m’a légèrement dépassé… Je tiens à présenter mes excuses aux victimes des attentats et de leurs familles. Je prends acte que cette vanne était de mauvais goût. Je ne souhaite la mort de personne, et je ne lancerai aucun appel à la violence contre quiconque. Je ne connais pas personnellement de djihadiste, et je n’ai pas de machine à voyager dans le temps ». 

La stigmatisation d'Eric Zemmour vise notamment à influer sur les élus tentés de lui accorder leur parrainage - pour pouvoir se présenter au premier tour de l'élection présidentielle, un candidat doit convaincre 500 édiles à le "présenter", à signer en leur faveur - s'il se présente à l'élection présidentielle de 2022. 

Le 11 octobre 2021, sur CNews, l’essayiste québécois Mathieu Bock-Côté "s’est agacé des qualificatifs visant [Eric Zemmour] et accusé la gauche de diaboliser le polémiste pour éviter la confrontation des idées. Il est aussi revenu sur le message de Gaëtan Matis qui avait souhaité par écrit rassembler Eric Zemmour et ses partisans au Bataclan un soir de 13 novembre 2015 : « Le jour où il y aura une agression physique contre Eric Zemmour, toute une armée de gens expliqueront qu’il l’a bien cherché et qu’il a provoqué cette haine contre lui ».

"Charlotte d’Ornellas a expliqué pourquoi l’ancien intervenant de Christine Kelly risquait de mettre en péril ses adversaires politiques et médiatiques dans cette campagne présidentielle : « Leur diabolisation permanente va se retourner contre eux car Eric Zemmour la refuse depuis vingt ans. Ils prennent les gens entre la tyrannie et la culpabilisation mais lui repousse cette diabolisation ».

Le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) a exhorté : "Pas un vote juif pour Eric Zemmour". Le journaliste a expliqué que le CRIF alimentait le stéréotype antisémite du pouvoir directif des Juifs et que des intellectuels juifs français de gauche voulaient imposer leur conception du judaïsme ("générosité" envers les "migrants"). 

Des dirigeants communautaires et des personnalités médiatiques, intellectuelles - Sur Radio Chalom, le 13 octobre 2021, l'historien Alexandre Adler a envisagé un herem (exclusion de la communauté juive prévue par la Torah, Ndlr) visant l'essayiste : - ou du monde économique, interviennent pour stigmatiser Eric Zemmour. Un spectacle déplorable. Une instrumentalisation politique, cynique, du Judaïsme et des Français juifs, notamment de leurs organisations. Des postures morales partiales au détriment du débat fondé sur des arguments. Une alimentation involontaire, dangereuse de la haine.

Les Français juifs sont divisés, comme leurs concitoyens non-juifs. Leur degré d'adhésion aux analyses de l'essayiste s'avère variable. Les organisations juives françaises ont perdu depuis le déclenchement de l'Intifada II et la recrudescence des actes antisémites la confiance des Juifs français lambda. D'où la rareté des rassemblements à l'initiative de ces organisations. 

Le pouvoir politique respecte ces organisations, et donc les Français juifs, dans la mesure où ces organisations disposent de "bataillons" à leur écoute.

En acceptant d'entrer dans ce jeu politique dangereux et de stigmatiser Eric Zemmour, ils risquent d'une part d'attiser la haine, et, d'autre part, de se couper définitivement de leur base, et de ne plus représenter le moindre intérêt pour le pouvoir politique. Celui-ci en tirera toutes les conséquences et les "jettera après usage", après les avoir manipulés. Cette cassure aura des effets dramatiques pour les Juifs lambdas et signera l'arrêt de mort de ces organisations. Et ce, alors que tout le monde a conscience des enjeux existentiels de la France.

Le mieux serait donc que ces organisations s'écartent de ce champs politique miné. Sinon, elles prendraient la responsabilité politique, morale, historique de l'explosion de la communauté juives française forte d'environ 450 00 âmes.

Ancienne conseillère sur les Communautés religieuses auprès du Président Nicolas Sarkozy et Claude Guéant, Dominique Lunel m'a confié le 13 octobre 2021 : les dirigeants d'organisations juives françaises "doivent avoir une vision réaliste et protectrice pour la communauté face aux défis qui arrivent pour la France, et pas une vision uniquement politicienne qui est forcément restreinte".


Eric Zemmour, « La France n'a pas dit son dernier mot ». Rubempré, 2021. 352 pages. ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2957930500

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire