Citations

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« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)
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mercredi 29 juillet 2026

Ruth Orkin (1921-1985)

Ruth Orkin (1921-1985) était une photographe et réalisatrice - Le Petit Fugitif (1953) et Lovers and Lollipops (1955) - juive américaine. Membre de la Photo League, célèbre pour son cliché American Girl in Italy (1951), fascinée par le mouvement, cette streetphotographer a aussi photographié des stars hollywoodiennes et New York au fil des saisons. Elle était l'épouse du photographe juif américain émérite Morris Engel (1918-2005). Pour le 75e anniversaire de cette icône réalisée à Florence (Italie), Ruth Orkin Photo Archive édite un coffret en édition limitée retraçant son histoire.


"Si mes photographies font ressentir au spectateur ce que j'ai fait quand je les ai prises pour la première fois, alors j'ai atteint mon objectif." Ruth Orkin

Ruth Orkin (1921-1985) était née dans une famille juive - Mary Ruby, actrice, et Samuel Orkin, fabricant de bateaux-jouets - à Boston. Elle vit à Hollywood où sa mère joue dans des films muets. 

En 1931, elle reçoit son premier appareil photo, un Univex à 39 cents, et photographie son entourage amical. Agée de 17 ans, pour visiter l'exposition universelle de 1939, elle parcourt les Etats-Unis à vélo, de Los Angeles à New York, en trois semaines, et photographie tout au long de son périple.

En 1940, Ruth Orkin étudie le photojournalisme au Los Angeles City College, puis, en 1941, devient la première coursière des studios MGM : elle aspire à un emploi de directrice de la photographie. Elle découvre les discriminations du syndicat hostile à l'adhésion de femmes, et démissionne. Durant la Deuxième Guerre mondiale, en 1941, elle rejoint le Women's Army Corps afin de se former à la technique cinématographique. En 1943, elle est libérée, sans avoir bénéficié de cette formation.

En 1943, Ruth Orkin se fixe à New York pour continuer sa carrière de photojournaliste indépendante dans un milieu plutôt masculin. Elle gagne sa vie comme photographe de boîte de nuit et, dans la journée, réalise des portraits de bébés. Elle peut enfin acheter son premier appareil photo « professionnel » et saisit la vie quotidienne dans la Big Apple : les enfants qui jouent, etc.. 

Ainsi, est publié en 1946, son premier grand essai photo, "Jimmy, le conteur", dans le magazine Look.

En 1947, Ruth Orkin photographie Leonard Bernstein pour le New York Times. Pour des commandes notamment de Life, Look13, Ladies' Home Journal, elle voyage dans le monde.

Ainsi, elle se rend en 1951 en Israël pour Life. Dans le jeune Etat recréé, elle saisit en particulier, au travers d'une lucarne ronde, les visages apeurés de "réfugiés juifs à l'aéroport de Lydda/Lod". 

Sur le chemin du retour aux Etats-Unis, Ruth Orkin voyage en Europe, notamment en Italie où elle crée ses oeuvres photographiques parmi les plus connues.

Sa photographie la plus célèbre ? American Girl in Italy (1951) de la série Don't Be Afraid to Travel Alone. Le cliché représente Ninalee Craig (connue alors sous le nom de Jinx Allen), étudiante en art américaine âgée de 23 ans, et sa modèle dans la série, déambulant avec assurance à Florence devant des hommes italiens la regardant avec insistance. Selon Ninalee Craig, l'image n'a pas été mise en scène et cette photo, comme les autres prises ce jour-là, visait à montrer notamment le plaisir pour une femme de voyager seule.

La jeune modèle de cette série se souvenait. Ruth Orkin lui a dit« Tu sais quoi, je pourrais probablement gagner un peu d'argent si on s'amusait et qu'on montrait ce que c'est que d'être une femme seule. » Toutes deux passent plusieurs heures dans les rues de la capitale toscane. Dans ce cliché, « mon expression n’est pas celle de la détresse. C’était exactement comme ça que je me promenais dans la ville. Je me voyais comme Béatrice de la Divine Comédie de Dante. Il fallait marcher en toute assurance et conserver sa dignité à tout moment. La dernière chose à faire serait de regarder ces hommes dans les yeux et de sourire. Je ne voulais pas les encourager. Cette image a été interprétée de manière sinistre, mais c’était tout le contraire. Ils s’amusaient, et moi aussi. » Pour Ruth Orkin, cette photo représentait le défi et la force, un message adressé aux femmes, de ne pas permettre aux hommes de les dissuader de poursuivre leurs rêves."

En 1952, Orkin épouse le photographe, cinéaste et membre de la Photo League Morris Engel (1918-2005) ; le couple a deux enfants : Andy et Mary Engel. 

Ruth Orkin et Morris Engel collaborent - écriture, production, réalisation, montage - sur deux grands films indépendants - avec  avec l'écrivain et cinéaste Raymond Abrashkin sur Le Petit Fugitif (Little Fugitive, 1953)nommé aux Oscars en 1953 ; Lovers and Lollipops (Amants et sucettes, 1955) - qui rencontrent le succès. 

Ruth Orkin revient à la photographie pour saisir des célébrités : Lauren Bacall, Doris Day, Ava Gardner, Tennessee Williams, Marlon Brando et Alfred Hitchcock.

Elle a aussi pris des clichés en couleurs de Central Park vu à travers la fenêtre de son appartement. Les photographies qui en résultent sont rassemblées dans deux livres, A World Through My Window (1978) et More Pictures from My Window (1983).
 
Ruth Orkin est décédée en 1985 à New York.

Après sa mort, sa fille Mary Engel, archiviste et réalisatrice, a créé Ruth Orkin Photo Archives afin de préserver son héritage, et a créé, dans un but similaire, un site Internet dédié à son père Morris Engel. Elle dirige Orkin/Engel Film and Photo Archive et a réalisé deux documentaires sur ses parents : Ruth Orkin/Frames of Life et Morris Engel: The Independent.

Les oeuvres de Ruth Orkin sont conservées dans les collections permanentes de musées et galeries important, notamment le MOMA et la Centre international de la photographie.

Dans sa biographie "Ruth Orkin" (Actes Sud, PhotoPoche), Anne Morin remarque : "Ce qui passionne Ruth Orkin, c’est le cinéma, c’est l’image en mouvement, c’est le temps. Face à la difficulté de s’établir en tant que femme cinéaste aux États-Unis dans les années 1940, elle invente un langage visuel très particulier, à l’intersection de la photographie et du cinéma. Du road movie au roman photo en passant par de nombreux reportages, ses séries emblématiques sont empreintes de théâtralité, de rythme et de narration."

"Ruth Orkin. Una Nuova Scoperta"
En 2023, les salles Chiablese des musées royaux de Turin ont proposé l'exposition "Ruth Orkin. Una Nuova Scoperta" (Ruth Orkin. Une nouvelle découverte). 

"La plus grande rétrospective jamais organisée en Italie de Ruth Orkin (Boston 1921 – New York 1985), photojournaliste, photographe et réalisatrice américaine, l'une des plus importantes du XXe siècle."

Sous le commissariat d'Anne Morin, organisée par diChroma, produite par Società Ares srl avec les Musei Reali et le patronage de la municipalité de Turin, l'exposition "rassemble 156 photographies, pour la plupart originales, qui retracent le parcours de l'une des personnalités les plus importantes de la photographie du XXe siècle, en particulier entre 1939 et la fin des années 1960, à travers des œuvres clés telles que VE-Day, Jimmy Tells a Story, American Girl in Italy, l'un de ses clichés les plus emblématiques de l'histoire de la photographie, des portraits de personnalités telles que Robert Capa, Albert Einstein, Marlon Brando, Orson Welles, Lauren Bacall, Vittorio De Sica, Woody Allen et d'autres."

« En tant que conservatrice et historienne de la photographie », explique Anne Morin , « j’ai toujours pensé que l’œuvre de Ruth Orkin n’avait pas reçu la reconnaissance qu’elle méritait. Pourtant, si cette photographe a un destin fascinant, son travail l’est tout autant. Cette exposition vise à redécouvrir le travail de cette femme qui aspirait à devenir réalisatrice et qui, confrontée à un monde du cinéma dominé par les hommes, a dû trouver sa place ailleurs. Elle n’a pas renoncé à son rêve, mais l’a abordé différemment, créant un langage photographique singulier, d’une richesse extraordinaire et novateur. L’œuvre photographique de Ruth Orkin parle d’images, de cinéma, de récits et, en fin de compte, de vie. Cette exposition est l’hommage définitif rendu à cette jeune femme qui a réinventé la photographie. »

« Suite au succès retentissant de l'exposition Vivian Maier », déclare Edoardo Accattino , PDG d'Ares srl, « nous présentons à Turin une nouvelle exposition consacrée à Ruth Orkin, photographe élégante et raffinée. Il s'agit de la plus vaste anthologie jamais réalisée sur l'une des photographes les plus importantes du XXe siècle, dont l'œuvre reste encore méconnue aujourd'hui. C'est pourquoi nous avons souhaité créer un parcours immersif qui guidera les visiteurs à la découverte de cette artiste sensible dont l'œuvre extraordinaire ne manquera pas de captiver le public turinois. »

« L’exposition monographique consacrée à Ruth Orkin », explique Enrica Pagella, directrice des Musées royaux , « s’inscrit dans la continuité des expositions dédiées à la photographie, élément fondateur de la Sale Chiablese, un espace que les Musées royaux réservent principalement à l’art contemporain et à la réflexion sur les moyens de communication qui ont contribué à transformer le visage de l’histoire et de la société. Après Vivian Maier. Unpublished et Focus on Future. 14 photographes pour l’Agenda 2030 des Nations Unies, cette anthologie propose une réflexion approfondie sur les différents langages qui ont permis à l’artiste d’être reconnue et de s’imposer sur la scène photographique mondiale, témoignant de la primauté et du caractère visionnaire d’un regard qui mérite encore d’être exploré, fidèle au récit d’une époque où l’affirmation des genres était une conquête lointaine, même dans le domaine artistique. »

L'exposition "aborde son œuvre sous un angle inédit, à la croisée de l'image fixe et de l'image animée. Fascinée par le cinéma, Ruth Orkin rêvait de devenir réalisatrice, notamment grâce à l'influence de sa mère, Mary Ruby, actrice du cinéma muet, qui l'a propulsée sous les feux de la rampe hollywoodienne dans les années 1920 et 1930. Cependant, durant la première moitié du XXe siècle, le chemin vers cette carrière était semé d'embûches. Ruth Orkin fut ainsi contrainte d'abandonner son rêve de devenir cinéaste, ou du moins de le réinventer et de le transformer. Grâce à un cadeau, son premier appareil photo, un Univex à 39 cents, elle se tourna vers la photographie, sans jamais renoncer à sa fascination pour le cinéma."

"C’est précisément cette occasion manquée de réaliser sa vocation qui l’a contrainte à inventer un langage à la confluence de ces deux arts sœurs, entre l’image fixe et l’illusion de l’image animée, un langage qui induit une correspondance constante entre deux temporalités non parallèles. À travers une analyse très précise de l’œuvre d’Orkin, l’exposition nous permet de comprendre les mécanismes déployés pour évoquer le fantôme du cinéma dans son travail. Cela se produit dès son premier Road Movie, en 1939, lorsqu’elle traverse les États-Unis à vélo, de Los Angeles à New York. À cette occasion, Ruth Orkin tient un journal qui se transforme en une séquence cinématographique, un reportage relatant ce voyage et dont la linéarité temporelle se déploie chronologiquement. Inspirée par les carnets et albums dans lesquels sa mère documente le tournage de ses films, et utilisant le même type de légendes manuscrites, l’artiste insère l’image photographique dans un récit qui suit le schéma de la progression cinématographique, comme si les photographies étaient des images fixes d’un film jamais tourné et dont 22 pages sont exposées."

"L'itinéraire comprend également des œuvres telles que Les Joueurs de cartes ou Jimmy raconte une histoire , de 1947, dans lesquelles Ruth Orkin utilise la caméra pour filmer, ou plutôt pour capturer des moments, laissant au regard du spectateur le soin de composer la scène et de reproduire le mouvement, mais aussi les images et le film Le Petit Fugitif (1953), nominé pour l'Oscar de la meilleure photographie et lauréat du Lion d'argent à la Mostra de Venise, qui raconte l'histoire d'un garçon de sept ans nommé Joey (Richie Andrusco) qui s'enfuit à Coney Island après avoir été trompé et avoir cru avoir tué son frère aîné Lennie, et que François Truffaut considérait comme fondamental pour la naissance de la Nouvelle Vague."

"Au début des années 1940, Ruth Orkin s'installe à New York, où elle devient membre de la Photo League, une coopérative de photographes new-yorkais, et établit des collaborations prestigieuses avec d'importants magazines, à tel point qu'elle devient l'une des principales photographes féminines de l'époque."

"C’est durant cette période qu’elle réalisa certaines des photographies les plus intéressantes de sa carrière. Avec « Vue d’en haut », Orkin capturait des scènes de rue perpendiculairement depuis une fenêtre, saisissant des personnes totalement inconscientes d’être l’objet de son regard : un groupe de femmes nourrissant des chats errants ; un père qui, après avoir acheté une tranche de pastèque, l’offre à sa fille devant l’étal d’un vendeur ambulant ; deux policiers encerclant un matelas usé abandonné dans la rue ; deux fillettes jouant à tournoyer l’une sur l’autre ; un groupe de marins marchant d’un pas rapide, reconnaissables à leurs chapeaux qui se détachaient comme des disques blancs sur l’asphalte gris."

"Bien des années plus tard, elle est revenue à ce type de photographie : depuis une fenêtre donnant sur Central Park, l'artiste a répété le même geste et le même cliché, à différentes saisons, enregistrant la physionomie des arbres, les teintes de leurs feuilles : le sujet est précisément le temps et son flux, sous la forme d'une séquence qui évoque l'élasticité du temps cinématographique."

L'exposition "retrace également le reportage réalisé pour le magazine LIFE en 1951 en Israël, suivant l'Orchestre philharmonique israélien, ainsi que son voyage en Italie, avec des visites à Venise, Rome et Florence. C'est dans cette dernière ville qu'elle rencontra Nina Lee Craig, une étudiante américaine, à qui elle demanda de poser pour un reportage visant à illustrer, par l'image, l'expérience d'une femme voyageant seule à l'étranger. Ce reportage devint « American Girl in Italy », l'une de ses photographies les plus emblématiques et célèbres de l'histoire de la photographie. La scène immortalisant Nina Lee Craig arpentant les rues de Florence, entourée d'hommes qui lui font des clins d'œil, inspira Ruth Orkin et la poussa à créer le reportage photographique qu'elle recherchait depuis longtemps."

« Ruth Orkin - Bike Trip, USA, 1939 »
En 2023-2024, la Fondation Henri Cartier-Bresson a proposé l’exposition « Ruth Orkin - Bike Trip, USA, 1939 ».

« Pour la première fois en France, la Fondation Henri Cartier-Bresson a présenté une exposition entièrement consacrée à la photographe américaine Ruth Orkin (1921-1985). Reconnue internationalement pour la photographie intitulée American Girl in Italy (1951), image iconique d’une femme qui voyage seule, Ruth Orkin réalise, alors qu’elle est adolescente, un projet avant-coureur : la traversée des États-Unis d’Ouest en Est. »

« En 1939, alors qu’elle est âgée de 17 ans et vit chez ses parents à Los Angeles, Ruth Orkin entreprend de traverser seule les États-Unis, du Pacifique à l’Atlantique. Elle voyage à vélo… ou, pour être plus précis, avec celui-ci. Elle parcourt les longues distances en voiture, en train ou en bus, utilisant surtout sa bicyclette pour visiter les grandes villes : Chicago, Philadelphie, Washington, New York, Boston et San Francisco. »

« Durant quatre mois, la jeune femme réalise près de 350 photographies : des vues urbaines, beaucoup d’autoportraits et d’étonnantes compositions à travers le cadre de son vélo. Dans chacune des villes qu’elle traverse, la presse locale s’intéresse à son histoire, l’interviewe et la photographie. Grâce à cette publicité inattendue, elle est conviée partout, reçoit des invitations pour des spectacles et même un nouveau deux-roues. »

« Le but déclaré d’Orkin à son départ était de visiter l’Exposition universelle de New York. Mais l’aventure transcontinentale se révèlera beaucoup plus décisive. Ce sera pour elle un moment déterminant de formation et d’émancipation, vérifiant ainsi le dicton populaire selon lequel : l’important n’est pas la destination, mais bien le voyage lui-même. »

« L’exposition rassemblait une quarantaine de photographies et des documents d’archives, dont le manuscrit de Ruth Orkin sur cette aventure. »

Le commissaire de l’exposition était Clément Chéroux, directeur, Fondation HCB, auteur du catalogue "Ruth Orkin - Bike Trip, USA, 1939". "L’extraordinaire voyage inaugural d’une des grandes photographes du XXe siècle révélé pour la première fois. En 1939, à 17 ans, Ruth Orkin traverse seule les États-Unis avec son vélo, son appareil photo et seulement 25 $ en poche. Ce « bike trip » à travers les États-Unis, la mène de Los Angeles à New York où elle compte visiter l’exposition universelle. Sa traversée et son audace, exceptionnelles pour l’époque, suscitent la curiosité de la presse locale qui lui consacre de nombreux reportages lors de son passage. C’est au cours de cette épopée vélocipédique que Ruth Orkin esquisse les prémices de son écriture photographique. Ses photographies de scènes de rue, de bâtiments découpés par des jeux subtils de lumière, ses images poétiques et touchantes, dans lesquelles elle n’hésite pas à mettre en scène son destrier de métal, seront montrées pour la première fois en France à l’occasion d’une exposition à la Fondation Henri Cartier-Bresson. En 1951, devenue photographe professionnelle (après avoir été coursière pour les studios MGM !), Ruth Orkin réalisera son image la plus célèbre, American Girl in Italy, montrant une femme qui voyage seule, sous les regards des hommes qui l’entourent et occupent l’espace public, comme un clin d’œil à son expérience personnelle".

Dans l'introduction, Anne Morin souligne : "Ce qui passionne Ruth Orkin (1920-1985), c’est le cinéma, c’est l’image-mouvement, c’est le temps. Face à la difficulté de s'établir en tant que femme cinéaste aux États-Unis du début du XXe siècle, elle invente un langage visuel à la croisée de la photographie et du cinéma. Du road movie (**Bicycle Trip**, 1939) au roman photo (**American Girl in Italy**, 1951) en passant par des nombreux reportages et le montage du célèbre film **Little Fugitive** (précurseur de la Nouvelle Vague), ses séries emblématiques sont empreintes de théâtralité, de mouvement et de narration. Au-delà de l’image en mouvement et en deçà de l’image fixe, son écriture photographique imbrique constamment ces deux temporalités."
 
« Ruth Orkin, photographe oubliée hantée par le cinéma »
Arte diffuse sur son site Internet « Ruth Orkin, photographe oubliée hantée par le cinéma ».

« 40 ans après sa disparition, l’héritage de la photographe Ruth Orkin sort de l’ombre dans une exposition tournante en Europe consacrée à son héritage et le rêve de toute sa vie : le cinéma. Présenté à Stockholm Kulturhuset Stadsteatern jusqu’au 16 mars 2025 avant d’autres dates européennes, l'événement dévoile une grande artiste oubliée de l’Histoire, comme tant de ses consœurs. »

75 ans d'une icône
La célèbre photographie American Girl In Italy a été prise le 22 août 1951 à Florence. Pour son 75e anniversaire, Ruth Orkin Photo Archive édite un coffret en édition limitée, et distille des informations sur ce cliché : "l’image icône et huit images supplémentaires (dont une variante inédite d’American Girl in Italy) qui révèlent toute l’histoire de ce matin d’août dans l’Italie d’après-guerre. Le coffret comprend en outre deux photographies bonus et un essai commémoratif de Mary Engel. Avec une édition de 75 exemplaires, c’est la seule fois que ces tirages seront produits sous forme de collection dans ce format.
L’ensemble a été imprimé par LTI Lightside et a été organisé par Mary Engel et Stephen McCamman.
PHOTOGRAPHIES DU COFFRET
Tirages pigmentaires noir et blanc, 35,5 × 45,7 cm (14 × 18 po)
1. American Girl in Italy
2. American Girl in Italy (Variation) — jamais tirée auparavant
3. Couple in MG
4. Jinx in Goggles
5. Jinx and Carlo on Scooter
6. Jinx Sitting with the Locals
7. Jinx Staring at Statue
8. Jinx at American Express Office
9. Jinx and Justin at Cafe
10. Jinx Through the Beads
Photographies bonus
11. Ruth and Jinx on Balcony (photographe inconnu)
12. Planche-contact d’American Girl in Italy
 
DÉTAILS DU COFFRET
Tirage total : 75 exemplaires, plus épreuves d’artiste
Coffret portfolio de qualité muséale
Étiquette personnalisée portant le titre de la collection
Catalogue American Girl in Italy — DÉTAILS DES TIRAGES
Tirages pigmentaires d’archive sur papier Canson Baryta
Certificat d’authenticité signé par Mary Engel, directrice du Ruth Orkin Photo Archive
Signature de Ruth Orkin gaufrée à sec sur chaque tirage
Tampon de la collection du 75e anniversaire, au verso"
 
CONTACT
Mary Engel
Directrice, Ruth Orkin Photo Archive
Courriel : Orkinphoto@aol.com
www.orkinphoto.com
@ruthorkinphoto


France, Allemagne, 2025, 3 min
Image : Paul Rhys
Journaliste : Alexia Luquet
Disponible jusqu'au 15/01/2026

mercredi 22 juillet 2026

Richard Wagner et les Juifs

Les relations entre Richard Wagner (1813-1883), célèbre compositeur et librettiste allemand d’opéras romantiques, concepteur de l’opéra comme Gesamtkunstwerk - « œuvre d’art totale » associant musique, danse, chant, poésie, théâtre et arts plastiques -, ainsi qu’auteur d’écrits antisémites, et des admirateurs ainsi que soutiens contemporains Juifs ont été complexes. L'interdiction de concerts de ses œuvres demeure un relatif tabou en Israël. Arte diffusera le 24 juillet 2026 à 19 h 30, dans le cadre de "Karambolage", "Festival de Bayreuth" réalisé par Claire Doutriaux.

Bertolt Brecht (1898-1956) 
Saleem Ashkar
Saleem Ashkar
Daniel Barenboim  
« Requiem pour la vie », de Doug Schulz

« Richard Wagner et les Juifs » 
« Richard Wagner et les Juifs » (Wagner’s Jews) est un documentaire de Hilan Warshaw (2013)

Pour quelles raisons Richard Wagner, qui ne cachait pas son antisémitisme, a-t-il bénéficié de mécènes et soutiens, parmi les plus dévoués, Juifs ? Quels liens reliaient ceux-ci à Wagner malgré ses appels à l’élimination des Juifs de la vie allemande ? Pourquoi ces jeunes musiciens, producteur ou amis Juifs de Wagner lui ont-ils gardé leur affection et leur admiration, lui ont-ils apporté l’aide indispensable à sa carrière et à son travail, alors que leurs coreligionnaires se distançaient, et rompaient toute relation avec cet artiste ?

Quelles sont les racines de l’antisémitisme de Wagner ? Jalousie à l’égard du succès des opéras de son contemporain et rival Juif, Giacomo Meyerbeer (1791-1864) ? Doutes sur l'identité de son père et probabilité d'avoir une origine Juive honnie de lui ? 

Pour répondre à ces questions, et à l’occasion du 200e anniversaire de la naissance de Richard Wagner, le réalisateur américain Hilan Warshaw s’intéresse à certains supporters ardents Juifs, tel Hermann Levi, fils d’un rabbin et artiste ayant dirigé la première du Parsifal de Wagner tout en refusant de se convertir au christianisme pour diriger cette oeuvre si chrétienne, Angelo Neumann (1838-1910) qui a produit des œuvres de Wagner en Europe et contribué à son succès public - Wagner reconnaissait que les spectateurs de ses spectacles, ou du moins "ceux des premières rangées", étaient majoritairement Juifs -, Joseph Rubinstein (1847-1884), pianiste proche de la famille de Wagner pendant des années, ayant achevé l’orchestration de certains de ses opéras et s’étant suicidé à la mort de Wagner, Carl Tausig (1841-1871), élève de Franz Liszt, pianiste et compositeur polonais, qui comptait parmi les collaborateurs les plus proches et appréciés de Wagner… Citons aussi le maître de chœur Heinrich Porges.

Hilan Warshaw se rend aussi là où a vécu et travaillé Wagner, en Allemagne, en Suisse et en Italie. Il se penche sur les rapports complexes qu'entretenait Wagner avec les Juifs.

En 1850, Wagner publie sous pseudonyme « K. Freigedank » (« libre pensée ») Das Judenthum in der Musik (La judéité dans la musique) dans Neue Zeitschrift für Musik. Il y écrit que la musique juive est dénuée de toute profondeur et expressivité, caractérisée par la froideur et l’indifférence, l’insignifiance et la bêtise. Ce pamphlet antijuif est republié sous le nom de Wagner en 1869.

Dans Deutsche Kunst und Deutsche Politik (1868), Wagner stigmatise « l’influence nuisible des Juifs sur la moralité de la nation ». Si cet antisémitisme est honni de Minna Player, première épouse de Wagner, il est partagé par Cosima von Bülow qui devient la seconde épouse de Wagner après que celui-ci a divorcé.

Le même Wagner a loué des compositeurs Juifs comme Félix Mendelssohn (1809-1847) (ouverture Les Hébrides) et Jacques-Fromental Lévy dit Halévy (1799-1862), auteur notamment de La Juive.

"Wagner, un génie en exil"
France 3 diffusa ce 18 mars 2015 à 23 h 45 Wagner, un génie en exild'Andy Sommer. "Dans ce « road movie » biographique, Antoine Wagner, jeune photographe de 30 ans habitant à New York, part en Suisse sur les traces des son arrière-arrière-grand-père, le célèbre compositeur Richard Wagner. L'histoire de Wagner et de sa musique ont fait l'objet de milliers de documents dans le monde entier, selon des approches multiples et des angles variés. Le réalisateur Andy Sommer a choisi de retracer le passage du compositeur en Suisse et d'offrir un panorama original de l'homme et de son oeuvre. C'est dans ce pays qu'il écrivit ses grands essais théoriques, s'attela à la composition de sa « Tétralogie », composa « Tristan und Isolde », ainsi que les « Wesendonck Lieder ».

Exposition "Wagner et les Juifs"
En 1985, l’exposition Wagner et les Juifs au Musée Richard Wagner à Bayreuth, cité bavaroise où est enterré Wagner et où il a fondé en 1876 le festival d’opéra dédié à l'exécution de ses dix principaux opéras, avait souligné la similitude entre les expressions antisémites de Wagner et celles des Nazis, et relevé que Wagner était revenu sur ses premières déclarations antisémites. Un festival dirigé à partir de 1930 par Winifred Wagner, belle-fille de Wagner et épouse de son fils Siegfried, et amie personnelle d’Hitler, devenu chancelier du IIIe Reich en janvier 1933. Dans la famille Wagner, Gottfried Wagner, musicologue et réalisateur né en 1947, et arrière-petit-fils de Wagner a critiqué les sympathies de sa famille pour le nazisme.
Si Wagner comptait à Vienne des admirateurs fervents, il y était vivement critiqué par l'écrivain Juif Daniel Spitzer.

"Wagner contre les Juifs"
En 2012, les éditions Berg ont publié Wagner contre les Juifs. « La Juiverie dans la musique » et autres textes, essai de l'historien Pierre-André Taguieff. L'éditeur présente ainsi cette somme :
"Dans l’histoire de l’antisémitisme moderne, le rôle joué par Richard Wagner (1813-1883) est aussi important qu’incomparable. Par son essai polémique publié en 1850, Das Judenthum in der Musik (« La juiverie dans la musique »), où il prend pour cible les Juifs dont il dénonce l’influence selon lui polymorphe et corruptrice, il a largement contribué à la formation de l’antisémitisme moderne en tant que « code culturel ». Ce pamphlet, réédité dans une version augmentée en 1869, fut suivi d’autres textes où Wagner a précisé ou développé ses prises de position antijuives. Wagner voit dans l’émancipation des Juifs la cause principale de l’« enjuivement » (Verjüdung) des sociétés modernes où ils ont pris place, accélérant ainsi la « décadence » des formes artistiques. Sa thèse centrale est que les Juifs ont transformé l’art en marchandise. En dénonçant le monde moderne comme « enjuivé », c’est-à-dire « dégénéré », Wagner rejoint sur un point essentiel les polémistes antimodernes. Dans le triomphe du modernisme, porté autant par la « puissance de l’argent » que par la « puissance de la plume » (celle du journaliste) et les séductions trompeuses de « la mode », il voit une « victoire du monde juif moderne ». L’antisémitisme wagnérien représente ainsi le prototype de l’antisémitisme « révolutionnaire conservateur ». Wagner a esquissé un programme de régénération du monde moderne qui tient en une formule : « désenjuiver » la culture européenne. En comprenant ce « désenjuivement » comme une libération des peuples européens, les wagnériens pangermanistes ont ouvert la voie à l’antisémitisme « rédempteur » qui sera au cœur de la doctrine hitlérienne. Dans cet ouvrage, Pierre-André Taguieff a choisi de privilégier le retour aux textes de Wagner sur et contre les Juifs et « la juiverie », trop négligés, mal lus et sous-estimés comme tous les écrits dits « théoriques » du Maître. Il montre que l’antisémitisme des écrits polémico-théoriques de Wagner est une réalité, alors que celui de ses œuvres poético-musicales n’est qu’une hypothèse, non sans suggérer que cette dernière est rendue vraisemblable par ses écrits antisémites et ses opinions antijuives maintes fois exprimées...
La réinvention des mythes germaniques par Wagner, adepte par ailleurs de la thèse de l'origine aryenne de la civilisation, a nourri l'idéologie allemande dès le Deuxième Reich, lui fournissant des modèles de héros et de créatures démoniaques ou repoussantes. Dans ses écrits doctrinaux et ses déclarations publiques, à partir de 1850, Wagner a beaucoup fait pour diffuser la thèse selon laquelle l'influence juive dans la culture européenne était essentiellement négative, porteuse de corruption et de dégénérescence, et qu'il fallait de toute urgence lutter contre le processus de « judaïsation (Verjüdung) de l'art moderne ». Ce qu'il stigmatise comme « enjuivement » ou « judaïsation » de l'art et plus généralement de la culture au XIXe siècle, il l'analyse à la fois comme un effet pervers de l'émancipation et comme un processus corrélatif de la « décadence » des formes artistiques en Allemagne. La « judaïsation » représente pour Wagner le triomphe du « Juif cultivé », du Juif moderne sorti du ghetto, un Juif ayant cessé de parler yiddisch, parlant et s'habillant comme un citoyen allemand, un Juif quasi-indiscernable perçu et dénoncé par Wagner comme le type même du « parvenu ». La thèse centrale du musicien-prophète est que les Juifs modernes ont transformé l'art en marchandise.  Dans son article intitulé « Modern » - qui joue sur les connotations du mot en allemand : d'une part, « moderne », mais, d'autre part, « pourrir » -, achevé le 12 mars 1878, Wagner dénonce dans le triomphe du modernisme, porté autant par la « puissance de l'argent » que par la « puissance de la plume » (celle du journalisme), une « victoire du monde juif moderne ». En posant que le monde moderne est un monde « judaïsé » ou « enjuivé », c'est-à-dire « dégénéré », Wagner rejoint sur un point essentiel les polémistes catholiques traditionalistes qui, dans le dernier tiers du XIXe siècle, radicalisent dans un sens antijuif la dénonciation des « erreurs modernes » par le Vatican, qui visait avant tout l'athéisme, le matérialisme et la franc-maçonnerie. Wagner a esquissé un programme de régénération du monde moderne, qui tient en une formule : « déjudaïser » la culture européenne. En comprenant cette « déjudaïsation » comme une libération ou une émancipation des peuples européens, Wagner a ouvert la voie à l'antisémitisme « rédempteur » qui sera au coeur de la doctrine hitlérienne".
Archives, interviews de musicologues – John Louis DiGaetani, Robert Gutman -, chefs d’orchestre - Asher Fisch, Leon Botstein, Zubin Mehta -, d’historiens – Dina Porat, responsable à Yad Vashem, Paul Lawrence Rose -, politiciens – Yossi Beilin, artisan de la « guerre d’Oslo  » -, et extraits d’opéras wagnériens composent ce documentaire qui évoque aussi le débat relatif à la représentation d’œuvres de Wagner en Israël.

Relatif tabou en Israël
En raison de l’antisémitisme de Richard Wagner et des sympathies nazies de Winifred Wagner, l’œuvre de cet artiste a été interdite de représentations dans les salles de spectacles israéliennes et notamment dès 1938 par l'orchestre de Palestine, préfiguration de l’orchestre philharmonique d’Israël et formé de Juifs ayant fui les persécutions antisémites notamment en Allemagne et en Autriche.

En 1981, Zubin Mehta, chef d’orchestre de l’orchestre philharmonique d’Israël, a voulu briser ce tabou en dirigeant l’ouverture de Tristan et Isolde (1865). Il a souligné le fait que dans un Etat au régime démocratique comme Israël, toutes les musiques devraient être interprétées. Il a ajouté que ceux blessés par la musique wagnérienne étaient libres de quitter la salle. Deux musiciens avaient sollicité et obtenu l’autorisation de ne pas interpréter Wagner.

En août 1995, la radio israélienne a diffusé en prime time, un samedi soir, l’opéra de Wagner Le Vaisseau fantôme (Der fliegende Holländer, 1843). Un relatif tabou était alors brisé.

On aurait pu croire le débat clos.

En 2000, l’orchestre de Rishon LeZion  dirigé par le survivant de la Shoah Mendi Rodan (1929-2009) a interprété L’idylle de Siegfried de Wagner.

Or, en juillet 2001, lors du festival d’Israël, le chef d’orchestre Daniel Barenboim a dirigé le Berlin Staatskapelle. Après la représentation, il a prévenu le public de son intention de diriger l’ouverture de Tristan et Isolde. Il a demandé au public si celui-ci voulait l’entendre. Un grand nombre de spectateurs ont protesté et ont quitté la salle, quelques uns sont restés. Une représentation révélant que l’hostilité à Wagner en Israël ne s’était pas émoussée au fil des ans. Un débat qui déborde le monde des mélomanes, et qui mêle des arguments fondés et des émotions vives.

Le 17 décembre 2013, lors d’un symposium dans la capitale israélienne visant à marquer le 200e anniversaire de la création de l’orchestre symphonique de Jérusalem placé sous la direction artistique du chef d’orchestre Frédéric Chaslin, Ran Carmi, un propriétaire trentenaire d’un magasin hiérosolomytain de musique, a interrompu  une conférence sur l’interdiction de représentation des œuvres de Wagner en Israël. Il a crié au public « Dachau, Auschwitz, Kapos », exprimé son opposition  au discours antisémite du compositeur et a entonné l’hymne national israélien. Il a été interpellé par des agents de police et a quitté la salle dont environ 10% des sièges étaient occupés. Le concert d’artistes ayant influencé Wagner ou ayant été influencé par lui a été annulé faute d’un nombre suffisant de réservations et en raison des mauvaises conditions climatiques qui ont empêché les répétitions.

"La Vienne juive et Richard Wagner"
Le Musée Juif de Vienne (Jüdisches Museum Wien) a présenté  l'exposition Euphorie und Unbehagen. Das jüdische Wien und Richard Wagner  (Euphoria and Unease. Jewish Vienna and Richard Wagner).

Le 26 juillet 2015, après cinq ans de rénovation - espace muséal doublé - et un "investissement de 20 millions d’euros", en plein festival de Bayreuth, le musée Richard Wagner de Bayreuth a accueilli de nouveau le public. Réunissant photographies en compagnie du dictateur  – fervent amateur de Wagner et du Festival de Bayreuth -, films et tracts antisémites détenus par la famille Wagner, il évoque la vie du compositeur et, pour la première fois, les relations entre la famille Wagner et le national socialisme, les liens des descendants de la famille Wagner - et notamment la belle-fille du compositeur, Winifried Wagner - avec Hitler, souvent invité de la famille, et appelé par les enfants « l’oncle Wolf ». « Lorsque que le musée a ouvert il y a près de 40 ans, il n’était pas complet. Le musée devait non seulement évoquer sa musique, ses opéras mais aussi la réception de son travail dans les décennies qui suivirent et les relations que sa famille a entretenu avec Hitler », a déclaré le directeur du musée Sven Friedrich. Maire de Bayreuth, Brigitte Merk-Erbe surenchérit : « Nous devons avoir conscience de notre histoire et travailler avec ». Édifiée par Richard Wagner entre 1872 et 1875 près du Palais du Festival de Bayreuth, la villa Wahnfried a été entièrement restaurée et propose au public une documentation authentique et précise sur la vie du compositeur. A proximité, un immeuble moderne présente les expositions temporaires et des costumes d’opéra.

"Wagner antisémite"
En 2015, a été publié Wagner antisémite de Jean-Jacques Nattiez. "La grandeur de l’un des plus remarquables musiciens du monde occidental peut‐elle excuser des positions parmi les plus abjectes qui soient ? Et surtout : peut‐elle justifier qu’on les ignore ? Leurs manifestations ne font malheureusement aucun doute : dans son essai « La judéité dans la musique » (1850) ou d’autres écrits dont on trouvera ici des traductions nouvelles, ainsi qu’un inédit en français. Mais peut‐on dire que les livrets et même la musique de ses opéras sont antisémites ? L’antisémitisme de Wagner est un sujet pour le moins controversé dans la littérature spécialisée dont on trouvera ici un bilan à la fois critique et polémique, mettant en jeu l’enquête biographique, l’histoire générale, l’histoire de l’antisémitisme, l’histoire de la musique,  la musicologie, la sémiologie, la psychanalyse et l’esthétique. Et comment l’expliquer ? Parce qu’il aurait été juif lui-même ? Beaucoup de ses contemporains le croyaient, comme l’atteste la vaste collection de caricatures du compositeur réunie dans cet ouvrage. Au terme d’un examen serré, il est nécessaire de poser des questions dérangeantes : faut‐il interdire l’exécution ou la représentation des opéras de Wagner ? Faut-il fermer Bayreuth ?"

Sur Arte
Le 25 janvier 2016, Arte diffusa La Folie Wagner (WagnerWahnde Rafl Pleger (2013) : "À l'occasion du deux-centième anniversaire du compositeur allemand, entrez de plain-pied dans la légende de Richard Wagner avec cette biographie documentaire captivante qui explore une vie et une oeuvre aussi complexes que flamboyantes. Libertin, égoïste, anarchiste en diable, Wagner mena son existence sous le signe des extrêmes. C’est seulement auprès de sa deuxième femme, Cosima von Bülow, que le compositeur put trouver complice à sa mesure, elle qui sut guider d’une main ferme son destin tumultueux et, après sa mort, construire à sa guise le “mythe Wagner”. Relecture originale du parcours du compositeur, ce documentaire se concentre sur leur extravagant duo, raconté à la manière d’un mélodrame hollywoodien des années 1950. Emmené par la musique de Wagner, ce voyage biographique hors des sentiers battus fait ainsi la part des choses entre mythe et réalité et aborde frontalement la personnalité complexe et controversée du compositeur, notamment ses convictions antisémites. Un regard inédit, éclairé par les analyses de wagnériens de renom".


« En 2021, le monumental opéra de Wagner, dirigé par sir Simon Rattle et revisité par Simon Stone, embrasait pour la première fois le festival provençal. » 
« Cet opéra en trois actes, inspiré de la légende médiévale de Tristan et Iseut et des sentiments du compositeur pour la poétesse Mathilde Wesendonck, a changé à jamais la musique. Pour accompagner les deux amants jusque dans l’éternité, entre vertige du désir et ivresse de la mort, Wagner a imaginé une partition d’une radicalité sonore et d’une intensité émotionnelle inédites jusqu’alors. À tel point que le maître du romantisme ne s’est jamais pardonné la mort du premier interprète de Tristan, terrassé après deux représentations. »
« Cela montre l’impact d’une œuvre qui a un cadre très clair, puis fait sortir avec fracas toutes les images et tous les sons de ce cadre. C’est quelque chose qui est fondamentalement impossible physiquement ou humainement ; et c’est, je pense, l’une des raisons pour lesquelles nous sommes si nombreux à être attirés par elle comme un papillon de nuit par la lumière, analyse Simon Rattle, qui s’est attaqué à ce monument sacré avec une remarquable maîtrise. » 
« Pour relever ce défi qui confine à la folie, l'excellent chef britannique a pu compter sur la virtuosité du London Symphony Orchestra, qu’il dirige depuis 2017, et sur un éblouissant casting dominé par deux des plus grands interprètes wagnériens d’aujourd’hui, Stuart Skelton et Nina Stemme. Mise en scène par l’Australien Simon Stone, cette production a bousculé le public en déplaçant le mythe dans la réalité contemporaine (entre open space et rames de métro) d’un couple brisé par l’adultère. 

Arte diffusera le 24 juillet 2026 à 19 h 30, dans le cadre de "Karambolage", "Festival de Bayreuth" réalisé par Claire Doutriaux.

Nike Wagner
En mai 2017, Nike Wagner, arrière-petite-fille de Wagner a renoncé à diriger le festival de Bayreuth. Elle a jugé « ennuyeux à mourir de ne faire que du Wagner ». Une manifestation fondée en 1876 par Wagner en personne. 

« Même les rêves peuvent un jour prendre fin», a déclaré Mme Wagner, 71 ans, au journal régional Rheinische Post. « Ne faire que du Wagner est ennuyeux à mourir », a ajouté la fille de Wieland Wagner, l'inspirateur du «Nouveau Bayreuth ». En 2008, au terme d'une guerre de succession de plusieurs années, Nike Wagner avait échoué à prendre la direction du prestigieux festival de Bayreuth, dans le sud de l'Allemagne, pour succéder à son oncle Wolfgang Wagner. Ce dernier avait démissionné après 57 ans aux commandes de la manifestation. Les administrateurs avaient rejeté la candidature qu'elle présentait en duo avec le Belge Gérard Mortier, qui dirigeait alors l'Opéra de Paris, lui préférant celle des demi-sœurs Katharina Wagner et Eva Wagner-Pasquier, également arrière-petites-filles de Richard Wagner. Nike Wagner proposait d'élargir le répertoire à des compositeurs contemporains et de jouer hors les murs. Elle s'était également prononcée pour que le festival soit dirigé par une personne extérieure à la famille Wagner. Il n'y a «aucune animosité personnelle» entre elle et sa cousine Katharina, fille de Wolfgang Wagner, «même si la presse à scandale aimerait bien», a encore assuré l'arrière-petite-fille du compositeur. Elle dirige depuis 2014 le festival de Bonn dédié à Ludwig van Beethoven, après avoir été à la tête de celui de Weimar, consacré à Franz Liszt. Depuis la création de Bayreuth en 1876 par Wagner lui-même, ses descendants se déchirent régulièrement en d'interminables querelles intestines pour le contrôle de l'événement, où se presse chaque année l'élite politique et culturelle. La chancelière Angela Merkel et son époux, grand amateur de Wagner sont par exemple de grands habitués du festival".

Festival de Bayreuth 2017
Lors du festival de Bayreuth 2017, le metteur en scène australien, Barrie Kosky a "attaqué le compositeur allemand avec sa production politique des Maîtres chanteurs de Nuremberg"

"Présentée dans le cadre du célèbre festival d'opéra le 25 juillet, la comédie se veut une mise en garde contre l'intolérance et la haine. Une réalisation qui égratigne le mythe du compositeur préféré d'Adolf Hitler (1813-1883) a été présentée au public parmi lequel se trouvaient la chancelière allemande ainsi que le couple royal suédois."

"Tel était l'objectif du metteur en scène australien, Barrie Kosky : attaquer de front Richard Wagner dont l'antisémitisme a été clairement documenté à partir de ses écrits et correspondances au XIXe siècle. Un pari audacieux dans un festival d'opéra conçu à la gloire des œuvres du compositeur allemand et dirigé depuis les origines par ses proches et descendants, dont certains firent cause commune avec le IIIe Reich au XXe siècle."

"Barrie Kosky ne prend pas de gants: sa production des Maîtres chanteurs de Nuremberg, une comédie autour d'un concours de chant dans la ville bavaroise au XVIe siècle, se veut un appel à la vigilance face au danger continu de l'intolérance et de l'antisémitisme. Un des personnages, Beckmesser, greffier de la ville et membre du jury, se voit au deuxième acte harcelé par la foule et recouvert d'une gigantesque tête en carton-pâte de juif orthodoxe, tout droit tirée des caricatures antisémites, avec grand nez crochu et regard rempli de haine". "mise en scène s'inspire de la vie même de Wagner. Elle s'ouvre en forme de clin d'œil caustique dans un décor représentant l'ancienne maison du compositeur à Bayreuth. On y voit Wagner assis aux côtés de son épouse Cosima, antisémite notoire, et du compositeur juif allemand Hermann Levi, avec qui il eut une relation très ambivalente. Grand admirateur de Wagner et sa musique, Hermann Levi dirigea en 1882 la première de Parsifal. Mais il dût aussi à cette époque subir les pressions du compositeur qui voulait le persuader de se convertir au christianisme. Ce que Levi ne fit jamais".

"Barrie Kosky transforme plus tard la villa des Wagner en salle de tribunal où se déroulèrent les procès de Nuremberg contre les dignitaires nazis, dans une mise en scène truffée de références à l'importance prise par la ville de Nuremberg sous le régime d'Hitler".
"Dans un entretien l'an dernier à l'AFP, le metteur en scène australien de l'Opéra-comique de Berlin avait reconnu ses «sentiments ambivalents» à l'égard de Wagner, dont les œuvres ont été utilisées par les Nazis plus tard à des fins de propagande. «Je suis le premier metteur en scène juif qui monte cette œuvre à Bayreuth et, en tant que Juif, je ne peux pas, comme le font beaucoup de gens, prétendre» que cet opéra «n'a rien à voir avec l'antisémitisme, car il a bien sûr à voir avec lui», a-t-il développé dans un entretien diffusé par la chaîne culturelle germanophone 3-Sat, ce 25 juillet".

"Le personnage caricaturé de Beckmesser «ne vient pas sur scène seulement en tant que Juif, mais comme une sorte de créature de Frankenstein représentant tout ce que Wagner haïssait: les Juifs, les Français, les Italiens, les critiques», poursuit Barrie Kosky. Pari réussi pour le metteur en scène: les critiques des médias allemands étaient positives ce mercredi 26 juillet. «Un moment de plaisir politique et polémique», juge le quotidien Tagesspiegel. «Devait-on vraiment une fois encore se pencher sur l'antisémitisme de Wagner?», demande le Spiegel, Barrie Kosky «y est parvenu de manière étonnamment convaincante et amusante». «Barrie Kosky montre les Maîtres chanteurs de Wagner comme une œuvre de propagande antisémite», souligne pour sa part le quotidien Die Welt. Nombre d'Allemands, lassés de se voir ainsi sans cesse rappeler leur sombre passé pourraient en prendre ombrage, ajoute le quotidien, qui cite toutefois de récents propos du chef de la communauté juive allemande Josef Schuster: «Dans certains quartiers des grandes villes je recommande de ne pas montrer qu'on est juif. »

 
"Festival de Bayreuth" par Claire Doutriaux
France, 2016, 10 min
Production : Atelier de recherche d’ARTE France
Sur Arte le 24 juillet 2026 à 19 h 30
Sur arte.tv du 24/07/2026 au 25/07/2028

France, 2021, 239 min
Production : Bel Air Média, Festival d’Aix-en-Provence, Radio France, en association avec ARTE France 
Enregistré le 8 juillet 2021 
Composition : Richard Wagner
Mise en scène : Simon Stone
Direction musicale : Sir Simon Rattle
Orchestre : London Symphony Orchestra
Direction de chœur : Lpodewijk vann der Ree
Choeur : Estonian Philharmonic Chamber Choir
Chorégraphie : Arco Renz
Avec Nina Stemme, Stuart Skelton, Franz-Josef Selig, Jamie Barton, Josef Wagner, Dominic Sedgwick, Linard Vrielink, Ivan Thirion
Sur Arte le 18 juillet 2022 à 00 h 20
Disponible du 10/07/2022 au 23/07/2022


« Richard Wagner et les Juifs  » de Hilan Warshaw
Etats-Unis, 53 minutes
Diffusions les 19 mai 2013 à 16 h 50, 9 novembre 2014 à 17 h 35

Du 25 septembre 2013 au 16 mars 2014
Jewish Museum Vienna (Jüdisches Museum Wien, La Vienne Juive et Richard Wagner)

Palais Eskeles
Dorotheergasse 11
1010 Wien Tél : +43 1 535 04 31
Du dimanche au vendredi de 10 h à 18 h


Visuels :
© Overtone Films LLC

Wagner antisémite de Jean-Jacques Nattiez
Caricature de Wagner par K. Klic, Humoristische Blätter, Vienne, 18 mai 1873.


A lire sur ce blog :
Articles in English      

Cet article a été publié les 19 mai et 18 décembre 2013, 14 mars et
- 5 novembre 2014, 18 mars 2015, 12 août 2015, 24 janvier 2016, 31 juillet 2017, 14 juillet 2022.