Pour ses 40 ans, le musée d’Orsay propose l'accrochage intitulé « Éventails impressionnistes. Une donation exceptionnelle de la famille Kan ». « Dix-sept éventails peints par Degas ou Pissarro montrent l’intérêt de peintres impressionnistes, dès les années 1850, notamment sous l’influence du japonisme, pour ce support particulier au format distinct des cadres rectangulaires, susceptible d’élargir leur clientèle. L’engouement pour cette forme artistique ralentit après 1880.
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« Pour ses 40 ans, le musée d’Orsay dévoile dans son intégralité la donation d’un ensemble de 17 éventails peints. Constituée au cours des vingt dernières années, la collection Kan d’éventails impressionnistes et postimpressionnistes est la plus importante jamais assemblée. Cette donation vient considérablement enrichir le fonds du musée d’Orsay, jusqu’alors restreint dans ce domaine. »
"L’éventail pliant, inventé au Japon au IXe siècle, est introduit en Europe par les Portugais au XVIe siècle. Il se diffuse rapidement, et devient omniprésent dans les capitales européennes comme dans les colonies avant de voir son statut se transformer de manière remarquable en France au cours des années 1870-1880. D’un accessoire principalement féminin, associé aux arts appliqués et aux espaces mondains, l’éventail devient un support d’expérimentation pour des artistes tels qu’Edgar Degas, Camille Pissarro et Paul Gauguin, qui en font un champ d’innovation formel extraordinairement fertile. Sa forme en demi-lune les invite à repenser la composition en exploitant sa ligne incurvée et l’asymétrie."
"L’intérêt particulier des impressionnistes pour ce support tient à plusieurs facteurs. L’hispanisme, très en vogue au milieu du siècle, entraîne un regain d’intérêt pour l’objet lui-même, avant que n’intervienne le japonisme, qui à partir des années 1860 privilégie des formes courbes et supports alternatifs. L’éventail offre alors une échappatoire au cadrage rectangulaire caractéristique de la peinture occidentale. Il permet aussi aux artistes qui l’adoptent d’élargir leur clientèle. Au-delà de son aspect expérimental et novateur, son potentiel décoratif est particulièrement séduisant. La vogue des éventails impressionnistes témoigne d’une rencontre singulière entre traditions décoratives, influences extra-européennes et recherches formelles. Séduits par ses lignes courbes et son format singulier, si différent du cadrage rectangulaire de la peinture européenne, les impressionnistes y voient aussi un moyen d’élargir leur clientèle.
"Si Degas se montre le plus expérimental, Pissarro est l'artiste qui exploitera le plus fréquemment ce nouveau support. Pour Toulouse-Lautrec, Gauguin, Pissarro, Jacques-Émile Blanche, Foujita ou Georges de Feure, "loin d’être un simple accessoire, l’éventail a été un véritable terrain d’expérimentation : sa forme en demi-lune les a invités à repenser la composition, jouer avec la courbe, embrasser l’asymétrie. »
« Cet engouement culmine en 1879 lors de la 4ème exposition impressionniste, dans laquelle Degas souhaite consacrer toute une salle à l’éventail. Degas en expose pas moins de cinq, aux côtés des six que montre Forain, et des douze de Pissarro".
« Cet intérêt ralentit après 1880, mais il aura participé à l’imaginaire esthétique et social du XIXe siècle. Les post-impressionnistes l’ont aussi adopté, ainsi que les symbolistes, comme en témoignent les éventails de Gauguin ou de Feure de la collection Kan. »
"Bien que sa place au sein de la carrière des grands peintres soit restée relativement marginale, l’éventail possède, grâce à ce caractère expérimental, un statut à part, et joue un rôle clé dans l’histoire de l’art moderne. L’éventail sera parvenu à s’inscrire durablement dans l’imaginaire esthétique et social du XIXe siècle. Il fut repris par les post-impressionnistes et les Nabis, mais aussi par le symbolisme et l’Art Nouveau, comme en témoigne l’éventail de Georges de Feure figurant dans la collection Kan".
"Pour des raisons de conservation, une sélection de deux ou trois éventails sera présentée après le 21 juin 2026 par roulement dans le parcours permanent".
Le commissariat est assuré par Caroline Corbeau-Parsons, conservatrice arts graphiques et peinture, musée d’Orsay, et Anne Robbins, conservatrice peinture, musée d’Orsay.
QUELQUES OEUVRES COMMENTEES
Jacques-Émile Blanche
1861 – 1942
Deux jeunes filles sur une banquette
1887
Aquarelle, gouache et crayon noir sur papier
DONATION DE LA FAMILLE KAN, 2026
RF MO AG 2026 1
© Musée d'Orsay. Distr.GrandPalaisRMN
"Sur la dizaine d’éventails exécutés par Blanche, celui-ci compte parmi les trois actuellement localisés. L’anglophilie de l’artiste est ici manifeste : les deux jeunes femmes, dont son modèle favori Henriette Chabot, à gauche, sont peintes dans un intérieur typique de l’esthétisme britannique, et de Whistler en particulier. Assises sur une banquette conçue par l’architecte et designer William Godwin, les jeunes femmes en robes blanches se détachent sur un fond jaune pâle caractéristique de ce courant artistique."
Edgar Degas
1834– 1917
Deux danseuses
1878-1879
Aquarelle rehaussée de peinture argentée et dorée sur soie crème posée sur carton
DONATION DE LA FAMILLE KAN, 2026
RF MO AG 2026 2
© Musée d'Orsay. Distr.GrandPalaisRMN
"Degas est le premier des impressionnistes à exploiter le format de l’éventail et le support de la soie, dès les années 1860. Il en exécute près d’une trentaine, pour la plupart entre 1878 et 1885. La composition de ces oeuvres joue de manière radicale sur l’asymétrie et le vide, à l’exemple de l’art japonais. Parmi ses sujets favoris figurent le ballet et le café-concert, en cohérence avec les loisirs urbains mondains traditionnellement associés à cet accessoire alors très à la mode. Féru d’expérimentation, Degas emploie ici des matériaux inattendus, comme des poudres d’or et d’argent".
Camille Pissarro
1830 – 1903
Femme portant un enfant dans un jardin
1887
Aquarelle et crayon sur papier
© Musée d'Orsay. Distr.GrandPalaisRMN
DONATION DE LA FAMILLE KAN, 2026
RF MO AG 2026 11
"Au sein de la production d’éventails de Pissarro, Femme portant un enfant dans un jardin occupe une place bien particulière, représentant non une scène rurale animée de paysans, mais un jardin foisonnant. La végétation occupe tout l’espace de l’éventail, sans ligne d’horizon, et envahit la demi-lune en un mouvement tournoyant. Au centre, l’allée du jardin elle-même se courbe, jusqu’au cercle, et semble dialoguer avec la forme de l’éventail."
Camille Pissarro
1830 – 1903
La sieste aux champs
1893
Gouache sur soie
© Musée d'Orsay. Distr.GrandPalaisRMN
DONATION DE LA FAMILLE KAN, 2026
RF MO AG 2026 15
"À partir de la fin des années 1880, les éventails de Pissarro adoptent une forme de demi-lune « pleine ». Ce format rappelle la lunette architecturale ou le tympan, supports habituels des décors peints des bâtiments publics de cette période - décors dont la plupart des impressionnistes espéraient la commande en France. Pissarro s’essaie ici, en miniature, à ce format monumental. Il offre cet éventail en cadeau de mariage à Mme Jeanne Dureau, fille de son marchand, Paul Durand-Ruel."
Henri de Toulouse-Lautrec
1864 – 1901
Éventail
Vers 1892
Aquarelle sur éventail en papier avec un support en bambou
© Musée d'Orsay. Distr.GrandPalaisRMN
"Les éventails d’artistes sont rarement pliés, comme en témoignent les exemples rassemblés dans cette salle, mais Toulouse-Lautrec a peint au moins deux éventails sur un support commercial vierge collé sur une structure de bambou. L’artiste a décoré cette œuvre d’une danseuse ou chanteuse de cabaret, l’un de ses thèmes de prédilection."
Niveau 5, en salle 33
Esplanade Valéry Giscard d'Estaing, 75007 Paris
Mardi, mercredi, vendredi, samedi et dimanche 9h30 - 18h00
Tél. : 01 40 49 48 14
Jeudi 9h30 - 21h45
Visuels :
Paul Gauguin
1848–1903
Corbeille de fleurs et de fruits
1886
Gouache sur soie
© Musée d’Orsay, dist. GrandPalaisRmn
DONATION DE LA FAMILLE KAN, 2026
RF MO AG 2026 4
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Les citations proviennent du musée.










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