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mardi 14 avril 2026

« Le Maghreb sous la croix gammée » de Bill Cran et Karin Davison


La chaîne franco-allemande Arte a diffusé Le Maghreb sous la croix gammée (In search of… the Arabian Schindler, Gesucht wird der arabische Schindler), documentaire de Bill Cran et Karin Davison. Menée par Robert Satloff, cette « enquête historique » du Proche-Orient en France et aux Etats-Unis « rend justice aux "Justes" oubliés du monde arabe ». Ce film intéressant montre aussi les persécutions antisémites visant les Juifs d’Afrique du Nord, en particulier le travail forcé dans des camps et la déportation en Europe. Des faits que beaucoup ignorent. Comme le livre de Robert Satloff dont il s’inspire, ce documentaire souffre cependant de graves lacunes historiques. Article republié en ce jour de Yom HaShoah.

A large excerpt of my article was translated in English by Point of no return

Le 11 septembre 2001, Robert Satloff, directeur exécutif du Washington Institute for Near East Policy (WINEP) un think tank (institut de recherche) américain expert en politique étrangère et sur le Moyen-Orient, et Juif américain, avait rendez-vous au Rockfeller Center.

D’une des fenêtres de cet immeuble, il a vu les attentats islamistes contre les Twin Towers, la fumée, les cendres. « Très vite, les images d’Auschwitz se sont superposées » dans son esprit, « la fumée, les cendres ».

Robert Satloff s’interroge sur la glorification, le déni et la « relativisation » de la Shoah dans les mondes musulman et arabe. « Pour combattre l’ignorance, il amorce un dialogue avec des Arabes pour les sensibiliser à l'Holocauste. Comment s’y prendre ? Le problème est qu’il s’agit d’une histoire éloignée : des fascistes européens ont tué des juifs européens ».

C’est par une question que Robert Satloff répond : « Y a-t-il eu des Justes arabes ? »

A la recherche d’un « Oscar Schindler arabe »
Vingt mille Justes parmi les Nations sont recensés par Mémorial Yad Vashem à Jérusalem, dont environ 60 sont musulmans (des Bosniaques et Albanais, un Turc).

Pourquoi aucun nom arabe ne figure-t-il dans cette liste des Justes ? Cette question taraude Robert Satloff qui, avec équipe de documentaristes, de journalistes et de chercheurs dans 11 pays, part en quête d’« Arabes ayant sauvé des Juifs » en ayant la conviction que s’il existe « un Oscar Schindler Arabe, peut-être les Arabes auraient-ils une autre approche de l’Holocauste ? »

Au terme de cinq ans de recherches, Robert Satloff, qui a vécu dans le royaume chérifien lorsque cinq attentats islamistes ont visé majoritairement des cibles juives à Casablanca, publie en 2007 le livre Among the Righteous, Lost stories from the Holocaust’s Long Reach into Arab Lands (Parmi les Justes).

Un ouvrage évoquant les persécutions des juifs d’Afrique du Nord – protectorats français du Maroc et de Tunisie, départements français d’Algérie - lors de la Seconde Guerre mondiale et le comportement des Arabes dans ces pays : de la collaboration avec les Nazis à la protection de juifs persécutés, via l’indifférence. Un livre qui espère amorcer un nouveau dialogue entre juifs et Arabes.

Composé d’interviews passionnantes de témoins et d’historiens, ainsi que de visites sur les lieux mêmes de camps de travail forcé et de caches de juifs - ce qui est inédit -, ce documentaire documenté en est largement inspiré en se focalisant sur ces trois seuls pays ; l’histoire des juifs de Libye fait l’objet d’une allusion (camp de Giado) et celle d’Egypte ignorée.

Plus de 100 camps de concentration
« La plupart des camps de concentration au Maroc ne furent pas construits par les Nazis. Avant l’occupation du Maghreb par les Allemands, le régime de Vichy avait installé plusieurs dizaines au Maroc et en Algérie. Les fascistes italiens construisirent eux aussi des camps, comme le terrible camp de Giado en Libye où plus de Juifs furent tués que partout ailleurs en Afrique du Nord... Plus d’une centaine de camps » ont été édifiés dans les pays arabes. A deux reprises, le film de Michael Curtis Casablanca (1942) fait allusion aux camps de concentration au Maroc.

« Un vrai réseau de camps traverse le Sahara. Les détenus sont essentiellement des Juifs d’Europe centrale réfugiés pour échapper aux nazis et déportés là ». Un film de propagande montre ces travailleurs forcés construire une voie de chemin de fer.

Les « camps du désert ont été parmi les pires de la Seconde Guerre mondiale ». Ils étaient « dirigés de main de fer » et leurs « gardiens étaient indifférents au sort des prisonniers », constate l’historien de la Shoah, Sir Martin Gilbert.

Le commandant du camp accueillait ainsi les nouveaux internés : « Vous êtes tous venus pour mourir. Mon travail est de faire en sorte que vous mouriez tous ici et je fais bien mon travail ». Les travailleurs forcés mouraient de faim, de torture, de dysenterie, de choléra, de piqures de scorpion et de serpent…

A la différence du Maroc et de l’Algérie, la Tunisie a été occupée par les Nazis de novembre 1942 à mai 1943. Là, le SS colonel Walter Rauff, « un des inventeurs des camions à gaz en Europe de l’Est », organisa la rafle des juifs priant à la synagogue de Tunis, le 9 décembre 2002. Direction : les camps de travail forcé.

Si certains Arabes sont indifférents devant les persécutions des juifs, deux Tunisiens se souviennent d’Arabes disant « Jüden, vous allez être égorgés » ou « Tape avec la pelle, Shalom ! Shalom signifie juif ». D’autres Tunisiens s’engagent dans l’armée allemande ou sont recrutés pour garder les camps d’internement de juifs.

De rares Justes parmi les nations arabes
Le documentaire se focalise sur trois musulmans ayant sauvé des juifs.  En 1943, plusieurs dizaines de juifs parviennent à s’échapper d’un de ces camps et sont cachés par un fonctionnaire retraité, Si Ali Sakkat. Joseph Nacache échappe à une rafle grâce à Hamza Abdul Jalil, propriétaire d’un hammam, qui le prévient. Avec simplicité, le fils de ce sauveur explique le geste de son père : « Juif, ou chrétien ou musulman, c’est un humain ». Les familles Boukris et Uzan sont cachées à Mahdia (Tunisie) dans une propriété de l’architecte Khaled Abdul Wahab.

En Algérie, « des décrets musulmans interdisent aux musulmans d’administrer les propriétés confisquées aux juifs ». Ils seront respectés.

Pourquoi cette histoire d’Ali Sakat est-elle tombée dans l’oubli ? Pour des raisons politiques : il est « dangereux d’avoir aidé des juifs dans de nombreux pays arabes ». La famille Sakat serait-elle favorable à la pose d’une plaque rendant hommage à l’acte salvateur ? Un peu gêné, le petit-fils prévoit que certains seront pour, d’autres contre : « Beaucoup de Tunisiens ont de la sympathie pour le peuple palestinien quand ils le voient souffrir ». Etc. Etc. Et l'antisémitisme islamique prohibe des actions si favorables aux yahud.

Une histoire tragique méconnue
On peut regretter et s’étonner que le travail remarquable accompli par Robert Satloff – enregistrements vidéo des souvenirs des témoins – n’ait pas été réalisé par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah (FMS).

Rendre hommage aux Justes musulmans est justifié. Rechercher un « Oscar Schindler » Arabe ? C’est étrange : cet industriel allemand était ambigu ; il n’est pas Aristides de Sousa Mendes, consul général du Portugal à Bordeaux qui, désobéissant à sa hiérarchie, a donné des visas d'entrée au Portugal à 30 000 réfugiés, dont 10 000 juifs. Et c’est ignorer la distinction entre Arabe et Amazigh (Berbère). Ou Arabes et musulmans.

Des questions demeurent : quels étaient les liens entre Khaled Abdul Wahab et les officiers nazis ? Des relations d’affaires ? Khaled Abdul Wahab devait-il maintenir ses contacts avec les officiers allemands pour mener à bien sa protection des deux familles juives dont les adultes semble-t-il travaillaient dans sa propriété ?

On voit une photo inédite où Français et Algériens font le salut nazi. Mais les liens entre nationalistes arabes et nazis ainsi que la fascination de masses arabes pour le Führer Hitler sont souvent minorés ou occultés. Il aurait aussi été utile de rappeler l’engagement de 150 000 à 300 000 musulmans dans les rangs des forces de l’Axe, la réception favorable de la propagande nazie dans le monde arabe, etc.

Sur l’application en Afrique du Nord des statuts des juifs du régime de Vichy, ce documentaire demeure souvent trop vague. Ainsi, il allègue : « Malgré les pressions de Vichy, Mohammed V au Maroc réussit à protéger les juifs marocains ». Cependant, la caméra s’attarde sur Le Journal du Maroc évoquant les discriminations visant les Juifs français, étrangers et marocains édictées au Maroc par quatre dahirs (décrets royaux). Pourquoi ne pas citer et montrer ces dahirs marocains et les décrets beylicaux tunisiens antisémites ? Pourquoi ne voit-on pas Robert Satloff consulter les archives des protectorats français à Nantes (France) ? Pour ne pas écorner les mythes de la protection courageuse de souverains musulmans ?

La réalité du pouvoir appartient au Résident général, c’est-à-dire à la France. Quant aux statuts des Juifs de Vichy d’octobre 1940 et de juin 1941, le Sultan du Maroc les appliquera à la lettre. Il ne s’oppose à aucune mesure prévue par ces deux statuts. Il n’y a que dans le volet économique qu’il tente légèrement de protéger la communauté juive du Maroc. Cette intervention n’est pas désintéressée, car elle sert surtout les intérêts économiques du Makhzen (gouvernement du Sultan). Sur l’essentiel, le Sultan Mohammed n’a pas protégé les Juifs puisqu’il a même promulgué les statuts des Juifs en Dahir (décret) chérifien.

Au Maroc, "le Sultan Mohammed entend faire savoir aux autorités de Vichy qu’il reste le maître du pays. S’il y a persécution ou protection, il estime que c’est à lui à en décider. Le message est le suivant : les Juifs sont ses sujets et non pas ceux de Vichy. A travers les Juifs, le Sultan Mohammed réclame sa part d’autonomie vis-à-vis du gouvernement de Vichy. Les Juifs sont des pions parmi d’autres dans le rapport de force entre le Makhzen et Vichy", a déclaré l'historien Georges Bensoussan qui prouve que la prétendue opposition du sultan au port de l'étoile jaune par les Juifs est un mythe.

Et d'ajouter : le sultan du Maroc "ne fait preuve d’aucune détermination à défendre les Juifs : il ne rencontre les dirigeants de la communauté juive qu’une seule fois et en privé, au printemps 1942, pour leur dire qu’à titre personnel, il désapprouve les mesures de Vichy. En revanche, à titre officiel et publiquement, il ne prend aucune mesure en faveur des Juifs. Pire, il traduit les statuts des Juifs en Dahir chérifien ! Le port de l’étoile jaune est une mesure allemande qui n’a jamais été d’application en Zone libre, c’est-à-dire sur l’ensemble du territoire français placé sous l’autorité du gouvernement de Vichy. Et le Maroc (comme l’Algérie) faisait partie de la Zone libre... Les 150.000 Français vivant au Maroc sont violemment antisémites. L’administration française est littéralement gangrénée par l’antisémitisme. Quotidiennement, elle apporte la preuve de son antisémitisme dans la façon dont elle traite les Juifs. Ainsi, le gouvernement de Vichy n’accorde aux Juifs que 50% des ressources alimentaires qu’il attribue aux musulmans. Dans ce contexte particulier, l’attitude du Sultan du Maroc -qui reçoit notamment les dirigeants de la communauté juive en audience privée pour leur témoigner de sa solidarité - fait le tour de tous les mellahs (quartiers juifs) du Maroc. En comparant son attitude avec celle des autorités françaises, il n’a aucune difficulté à apparaître comme un sauveur magnanime... Le départ des Juifs du Maroc constitue une blessure, car il marque l’échec de l’intégration des Juifs à leur Etat nouvellement indépendant, tout comme il montre à quel point le nationalisme marocain est fermé et fondé sur l’islam. Les Marocains ont donc intérêt à présenter le passé comme une coexistence heureuse perturbée et sapée par le développement du sionisme, la création de l’Etat d’Israël et le départ des Juifs qu’ils considèrent comme une manipulation des sionistes".

De plus, quels sont les droits et les statuts en France de ces travailleurs forcés, Juifs et non Juifs ? Les sites des camps semblent délabrés, en voie d’effacement. Signe du désintérêt ou du refoulement des dirigeants de ces pays pour ce pan de leur histoire ? Souci de cacher « que la Shoah n’est pas qu’une affaire européenne ayant visé les seuls juifs européens ». Alors que les camps en France métropolitaine font l’objet d’attentions, ceux d’Afrique du Nord risquent de disparaître sans volonté des autorités politiques et des responsables Juifs français ou nord-africains. Pourquoi ?

Quant à Joseph Scemla et ses deux fils, Gilbert et Jean, ils ont été guillotinés en Allemagne, après avoir été dénoncés par le Tunisien Hassen ben Hamouda El Ferdjani, qui voulait s’emparer de leurs biens. Ce dernier a certes été condamné à mort à la Libération. Mais sa peine a été commuée en travaux forcés à perpétuité. Et, ce traître cupide a été libéré peu après l’indépendance de la Tunisie, après avoir purgé dix ans de prison. Et non les 14 ans indiqués dans le film.

Si ce documentaire évoque la vie difficile des juifs sous joug musulman, il ne nomme pas la dhimmitude, ce statut inférieur, cruel et déshumanisant des non-musulmans en « terre d’islam » induit par le jihad. Et Robert Satloff ajoute, sans preuve : « Il est sûr qu’au cours des derniers millénaires, si on est juif, il valait mieux naître dans un pays musulman que dans un pays chrétien ». Rappelons que si l’histoire juive remonte à 5770 ans, Mahomet, prophète de l’islam est né en 570 après Jésus-Christ, et l’islam a donc moins de 1 500 ans. Au début du XXe siècle, les pays où la situation des juifs était la plus épouvantable étaient la Russie tsariste et le Maroc.

Les images de cette synagogue vide à Mahdia sur laquelle veille pieusement le dernier juif, de ce vestige d'une communauté juive jadis nombreuse sont bouleversantes. L’« exode oublié » – exil généralement contraint de près d’un million de juifs des pays arabes, d’Iran et de Turquie des années 1940 aux années 1970 – est attribué en partie à la « fondation » de l’Etat d’Israël. Mais d’une part, il s’agit de sa recréation, et surtout cet exode a été causé par le refus de ces pays, et pas seulement des nationalistes arabes, de l’Etat juif sur sa terre biblique, en Eretz Israël.

Curieusement, ce film occulte les similarités entre le processus de discriminations, de marginalisation, d’exclusion des nazis ou du régime de Vichy et celui de cet exil.

Etrangement, Robert Satloff interviewe le Président Shimon Peres et le ministre Sylvain Shalom sans souligner le rôle du grand mufti de Jérusalem Mohammed Amin al-Husseini dans la Shoah ni les menaces de destruction du Yichouv (ensemble des juifs vivant dans la Palestine mandataire, en Eretz Israël).

Robert Satloff espère que nommer des Justes Arabes constitue « un premier jalon pour un nouveau dialogue entre juifs et Arabes ».

Avec toutes ses qualités, ce documentaire prouve que relater une Shoah plus ou moins « arabiquement ou islamiquement correcte », ne pas dire toute l’histoire avec ses pans plus ou moins sombres, opter pour un dialogue judéo-musulman sans « apurer les contentieux » (Shmuel Trigano), tout cela induit, même involontairement, des amalgames anti-israéliens : ainsi, un  spectateur musulman a quitté la réunion où l'on débattait du film en alléguant un parallèle diffamatoire entre la Shoah et « l'Holocauste des Palestiniens ». Des diatribes anti-israéliennes s'étaient déjà produites lors de la conférence de lancement du projet Aladin.

« Certains Arabes ont fait des choix personnels, pour le meilleur et pour le pire. Même à l’époque des nazis, ils ont fait un choix… Jusqu’à présent, la Shoah a toujours été vue du côté des juifs européens. Les souffrances des juifs européens ont occulté celles des communautés d’Afrique du Nord », conclut avec pertinence Robert Satloff.

Il est regrettable qu'aucune photo de ces Arabes au comportement louable ou des témoins Juifs ne figure parmi les visuels libres de droits pour la presse. De plus, ce documentaire a été diffusé à deux seules reprises, à 21 h 25 et à 5 h du matin. Dommage ! Les faits qu'il rappelle demeurent ignorés du grand public en France.

ADDENDUM

A l'Institut Universitaire Elie Wiesel, les 12 mai, 26 mai et 2 juin 2015 à 17 h, Ariel Danan,  docteur en histoire, directeur-adjoint de la Bibliothèque de l’AIU et responsable de la Médiathèque Alliance Baron Edmond de Rothschild. Secrétaire général de la Commission française des Archives juives et vice-président de la Société d’Histoire des Juifs de Tunisie et d’Afrique du Nord, enseigna l'Histoire des Juifs d’Afrique du Nord pendant la Seconde Guerre mondiale : "Ce cycle aura pour objectif de découvrir un aspect souvent méconnu de la Seconde Guerre mondiale et de la Shoah, qui, pendant longtemps, n’a pas retenu l’attention des historiens. Les Juifs d’Afrique du Nord ne sont en effet pas restés à l’abri de la Shoah : les lois antisémites de Vichy y ont été appliquées (avec une sévérité particulière en Algérie) : recensement des individus et des biens, exclusions professionnelles et scolaires, pillages etc. Le débarquement anglo-américain de novembre 1942 change la donne : en Tunisie, occupée par les troupes allemandes contraintes de reculer face à l’avance alliée, les Juifs de Tunisie subissent six mois d’horreur : spoliations, travail forcé, assassinats, sévices, ainsi que quelques déportations quelques jours avant la libération du pays. En Algérie et au Maroc (puis six mois après en Tunisie), malgré la reconquête alliée, une nouvelle ère pleine de difficultés et de remises en cause s’ouvre pour les Juifs qui subissent  de graves difficultés économiques, un antisémitisme – quelquefois virulent – bien présent au sein des populations locales et du pouvoir colonial qui n’a pas été épuré. Si la période de la Seconde Guerre mondiale a été infiniment moins dramatique pour les Juifs d’Afrique du Nord que d’Europe, elle porte en son sein les germes du départ des Juifs des trois pays. La première leçon 1 a pour titre "Les Juifs d’Afrique du Nord sous le régime de Vichy ((juillet 1940 – novembre 1942)", la deuxième leçon "Les Juifs de Tunisie face aux Nazis (novembre 1942-mai 1943)" et la troisième leçon "Les Juifs d’Afrique du Nord face à de nouveaux défis (1942-1945)". Ce cours fait partie du nouveau champ thématique "Visages de Sepharad : l’Orient, la Méditerranée, l’Afrique du Nord".

En partenariat avec l’Institut Ben Zvi, Jérusalem, Israël, le numéro 205 d'octobre 2016 de La Revue d’Histoire de la Shoah est consacré aux Juifs d’Orient face au nazisme et à la Shoah (1930-1945). Les "communautés juives dispersées du Maroc à l’Irak, de l’Égypte au Yémen, sont bien informées des vicissitudes d’un judaïsme européen qui est alors, de loin, majoritaire. Dès l’avènement des nazis au pouvoir, elles organisent avec plus ou moins de succès le boycott des produits allemands, au risque de se couper des autorités locales comme des mouvements nationalistes arabes. Mais cette solidarité éprouve rapidement ses limites, a fortiori quand la guerre se déclenche en Europe. Pour les communautés juives du monde arabe, le nazisme et la guerre constituent un tournant majeur. En 1945, leur avenir sur leur terre natale semble moins assuré que jamais".

"Seul périodique européen consacré à l’histoire de la destruction des Juifs d’Europe, et première revue d’histoire sur le sujet, cette publication est essentielle pour tout étudiant ou chercheur travaillant sur cette césure de l’histoire. Elle entend donner un aperçu des chantiers actuels de l’historiographie du judéocide. La Revue d’histoire de la Shoah ouvre également son champ d’étude aux autres tragédies du siècle : le génocide des Tutsis au Rwanda, celui des Arméniens de l’Empire ottoman et le massacre des Tziganes". Pourquoi ne pas évoquer aussi celles des Grecs pontiques, des Assyriens, etc. ?

Le 20 juin 2018 à 20 h, la Médiathèque Alliance-Baron Edmond de Rothschild de l'Alliance israélite universelle (AIU) proposa la conférence "Les juifs d'Afrique du Nord pendant la Seconde Guerre mondiale : nouvelles perspectives", avec Haïm Saadoun. "Si l’histoire des juifs d’Afrique du Nord durant la Seconde Guerre mondiale est longtemps restée méconnue, elle est aujourd’hui devenue un sujet de recherches important en France, en Israël et en Afrique du Nord. Haïm Saadoun, spécialiste de cette période, Professeur à l'université ouverte d'Israël, apportera un éclairage nouveau sur des questions telles que l’application de la législation antisémite de Vichy en Algérie et au Maroc, sur la vie quotidienne des juifs de Tunisie durant l’occupation nazie, sur la condition des juifs de Libye ou encore sur la résistance juive en Afrique du Nord."

 Le 25 avril 2019, de 20 h 30 à 22 h, le Cercle Bernard Lazare (CBL) proposa la conférence « Les musulmans et la machine de guerre nazie » par David Motadel, professeur à Sciences-Po, d'après son livre éponyme publié aux éditions la Découverte. "Au plus fort de la Seconde Guerre mondiale, après les premiers revers militaires subis en Union soviétique et l’enlisement dans des territoires abritant de nombreux musulmans – l’Afrique du Nord, le Caucase, les Balkans et la Crimée –, les dirigeants nazis ont cédé à une sorte d’urgence stratégique. Ainsi ont-ils mis de côté certains de leurs préjugés racistes et tenté d’instrumentaliser l’« islam » – religion que Hitler et Himmler, notamment, admiraient car ils la jugeaient « autoritaire », « fanatique » et « conquérante » – pour en faire une force politique ralliée à leur cause. Les musulmans sont donc devenus la cible d’une propagande acharnée et sophistiquée, quoique totalement ignorante des cultures et contextes régionaux. Mais en postulant l’unité du monde musulman, en manipulant les textes sacrés ou en tentant de faire passer Hitler pour une figure centrale de l’eschatologie islamique, la machine de guerre nazie a fabriqué de toutes pièces un islam imaginaire... Fondé sur des sources inédites issues de quatorze pays, ce livre démonte avec précision la thèse d’une proximité idéologique entre nazis et musulmans à l’égard des juifs. Si des dizaines de milliers de soldats musulmans se sont effectivement enrôlés dans la Wehrmacht et la SS, ils l’ont presque toujours fait pour échapper à une misère plus grande encore, aux menaces de la violence nazie, ou pour se venger de leurs anciens oppresseurs."


Robert Satloff, Among the Righteous, Lost stories from the Holocaust’s Long Reach into Arab Lands. Public Affairs, 2007. 251 pages. ISBN : 1586483994
Lire un extrait
 
Le Maghreb sous la croix gammée
 de Bill Cran et Karin Davison
Allemagne, Maroc, 52 minutes, 2010
MacNeil/Lehrer Productions et Robert Satloff, MedienKontor, WDR pour ARTE, France
Sur Arte le 2 juin 2010 à 21 h 25 et le 6 juin 2010 à 5 h
Photos : © WDR / © Adiel Shmit
Le Journal du Maroc, © WDR / ©Adiel Shmit

Articles sur ce blog concernant :
Cet article a été publié le 5 juin 2010, puis les 12 mai 2015, 29 septembre 2016, 21 juin 2018 et 25 avril 2019, et modifié le  10 juin 2018.

dimanche 30 mars 2025

L’abbé Franz Stock (1904-1948)

L’abbé Franz Stock (1904-1948) était un prêtre catholique allemand francophone. Durant la Deuxième Guerre mondiale, il a été aumônier dans les prisons parisiennes - Fresnes, la Santé et le Cherche-Midi - et du Fort du Mont-Valérien, lieu d’exécutions pendant l’Occupation allemande nazie, où il assiste les condamnés à mort. Puis, de 1945 à 1947, supérieur du « Séminaire des barbelés » du Coudray (près de Chartres). Il est considéré comme un précurseur de l'amitié entre la France et l'Allemagne. Arte diffusera le 1er avril 2025 à 23 h 55 « Le journal de guerre de l’abbé Franz Stock. Paris 1940-1944 » de Hermann Pölking et Linn Sackarnd.

« Luther, la Réforme et le Pape », par Thomas Furch
La fabrique des saintes images. Rome-Paris, 1580-1660
Cranach et son temps 
Franz Stock est né dans une famille d'ouvriers allemands. En 1926, il participe à Bierville, près de Paris, au sixième Congrès démocratique international pour la paix, organisé par Marc Sangnier (1873-1950), fondateur du mouvement Le Sillon, promoteur de la démocratie chrétienne, avec la devise « La paix par la jeunesse ». Il y rencontre Joseph Folliet (1903-1972), cofondateur des Compagnons de Saint François et fondateur de La Vie catholique illustrée. À Pâques 1928, il étudie pendant trois semestres à l’Institut catholique de Paris dont il est "le premier étudiant allemand à y être admis depuis le Moyen Âge. Il devient Compagnon de Saint François, mouvement qui aspire à réaliser l’idéal de la vie simple et de la paix. Par la suite, il participe à plusieurs rencontres internationales, notamment sur le Borberg près de Brilon en 1931".

Le 12 mars 1932, l’archevêque de Paderborn, Caspar Klein, l'ordonne prêtre. Après la première messe que Franz Stock célèbre, les fidèles reçoivent des images sur lesquelles il a fait inscrire un extrait de la Première lettre de saint Pierre : « Obéissant à la vérité, sanctifiez vos âmes, pour vous aimer sincèrement comme des frères. D’un cœur pur, aimez-vous les uns les autres sans défaillance, engendrés de nouveau d’un germe non point corruptible, mais incorruptible, la Parole du Dieu vivant et éternel ».

En 1934, il est nommé recteur de la Mission catholique allemande de Paris. 

En août 1939, peu avant le déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale, l’ambassade d'Allemagne, lui ordonne de retourner en Allemagne. Il exerce les fonctions de vicaire à Dortmund-Bodelschwingh, puis à Wanzleben.

Après l'armistice du 17 juin 1940, Franz Stock est nommé le 13 août à la Mission catholique allemande de Paris, un lieu qu'il rejoint dès octobre. Une France vaincue et occupée par les Allemands nazis.

Début 1941, Franz Stock rend visite aux détenus dans les prisons parisiennes : Fresnes, La Santé et le Cherche Midi. Un poste qui vaut en France à l'abbé Franz Stock d'être surnommé « l’aumônier de l’enfer » et « l’archange des prisons ». 

"Le 10 juin 1941, il est nommé aumônier à titre de fonction secondaire par les autorités militaires allemandes". Il a pour missions "de prendre soin des détenus dans les prisons et leur apporter le réconfort spirituel. Il prépare et accompagne les condamnés à mort jusqu’au lieu de leur supplice. De 1941 à 1944, il y a environ 11 000 captifs dans les prisons de Paris. Les exécutions ont lieu au fort du Mont-Valérien. Il écrit dans son journal que le nombre des exécutions auxquelles il a assisté devait être « un nombre à quatre chiffres, et pas le plus petit ». Il apportera en 1942 les secours de la foi à l'acteur Harry Baur, considéré à tort comme juif, ainsi qu'à sa femme Rika Radifé qui se convertira au catholicisme. En février 1944, c'est le résistant d'origine arménienne Missak Manouchian qui, quelques heures avant son exécution, reçoit l'absolution et la communion des mains de l'abbé Franz Stock."

"Le 25 août 1944, quand le général de Gaulle entre dans Paris, l'abbé Stock se trouve à l’hôpital de la Pitié avec plus de 600 soldats allemands blessés et intransportables. Quand les Américains prennent en charge l'hôpital, l'abbé Stock devient prisonnier de guerre, enregistré sous le matricule: US/PWIB/31 G/820274." Il est détenu dans le camp de prisonniers de guerre de Cherbourg.

Les abbés Rodhain et Le Meur de l'aumônerie générale de Paris contactent l'abbé Stock en vue de la création d’un séminaire pour former au sacerdoce des détenus allemands en prison qui deviendraient des théologiens allemands, et contribueraient au renouveau du catholicisme en Allemagne. Ils proposent à l’abbé Stock de diriger la formation spirituelle des séminaristes allemands prisonniers dans le camp Dépôt 51, à Orléans. Le 24 avril 1945, l’abbé Le Meur et l’abbé Stock à Orléans repèrent vingt-huit théologiens. Le 17 août 1945, le « séminaire des Barbelés » quitte Orléans pour le camp 501 au Coudray, près de Chartres. Le colonel Gourut « confie » 160 séminaristes à Notre-Dame de Chartres. Deux jours plus tard, l’évêque de Chartres, Raoul Harscouët, et son secrétaire l’abbé Pierre André, se rendent au séminaire. De 1945 à 1947, l'abbé Stock est le supérieur du séminaire des prisonniers de Chartres.

Le 18 septembre 1945, puis le 16 mai 1946, le nonce apostolique en France, Angelo Giuseppe Roncalli, futur pape Jean XXIII, visite ce camp. Le premier dimanche après Noël 1946, il y transmet les vœux du pape Pie XII, et considère que ce séminaire fait honneur à la France qu'à l’Allemagne et qu'il est peut symboliser "l'entente et la réconciliation. Le 5 avril 1947, lors du Samedi Saint, Roncalli célèbre l’office avec les séminaristes et ordonne prêtres deux diacres du diocèse de Rottenburg."

Le 26 avril 1947, Franz Stock adresse aux séminaristes prisonniers de Chartres un message que plus tard, lors du vingtième anniversaire de sa mort, l’abbé Jean Pihan qualifiera de prophétique : « Un nombre de saints voulus par la Providence suffira à sauver notre époque […] C’est la Providence qui nous lance cet appel à la sainteté à travers la voix même de l’histoire et il nous faut l’entendre pour porter au monde le message de liberté, de paix, de salut et d’amour […] ».

Le 5 juin 1947, ce « séminaire des Barbelés » est clos, après avoir accueilli 949 enseignants, prêtres, frères et séminaristes, dont 369 y étudient alors.

Le 16 décembre 1947, l'abbé Stock apprend qu'il est nommé docteur honoris causa par l'université de Fribourg-en-Brisgau.

Il décède prématurément en 1948 à l'hôpital Cochin à Paris. Ses obsèques sont célébrées en l'église Saint-Jacques-du-Haut-Pas à Paris. Le nonce apostolique Angelo Giuseppe Roncalli donne l’absoute, l’absolutio ad tumbam. L'abbé Stock est enterré au cimetière parisien de Thiais. 

Le 3 juillet 1949, une cérémonie commémorative publique se déroule au Dôme des Invalides. Le nonce apostolique Angelo Giuseppe Roncalli, le 28 février 1948, lors de la bénédiction de sa dépouille mortelle, déclare « L’abbé Franz Stock « ce n’est pas un nom – c’est un programme ! » En juillet 1962, devenu pape, il répète cette phrase devant un groupe international de pèlerins : « […] Le prêtre Franz Stock – Nous le disions le jour de son inhumation lors de l’absoute après la messe de Requiem – ce n’est pas seulement un nom, c’est un programme. Aujourd’hui, après 14 années, Nous voudrions répéter ces mêmes mots. »

Le 13 juin 1963, la veille de la ratification du traité d'amitié franco-allemand par l'Assemblée nationale, son corps est exhumé du cimetière de Thiais. Son cercueil reste exposé, puis est inhumé deux jours plus tard en l’église Saint-Jean-Baptiste de Rechèvres à Chartres. Un message du pape Jean XXIII y est lu. La bénédiction apostolique porte la signature d’un défunt – comme un legs. En 1995, le bâtiment abritant l'ancienne chapelle du séminaire est inscrit au titre de monument historique.

Le 18 novembre 1981, Jean-Paul II, à Fulda (Allemagne), évoque des grands saints de l’histoire allemande, dont Franz Stock.

Le 1er mars 1998, le cardinal Lustiger, archevêque de Paris, Karl Lehmann, Président de la Conférence épiscopale allemande et Johannes Joachim Degenhardt, archevêque de Paderborn, célèbrent un office pontifical dans la cathédrale de Chartres, en présence d’évêques français et allemands, de René Monory, alors Président du Sénat français et du chancelier Helmut Kohl, qui avait déposé une couronne funéraire sur la tombe de Franz Stock. « Allemands et Français, nous sommes ensemble responsables de notre avenir commun, devant les hommes et devant Dieu », a notamment déclaré dans son homélie, le cardinal Lustiger.

Lors du cinquantième anniversaire du traité de l'Élysée, Ruggiero del Ponte-Gérard Valin, ancien Président des Amis de Franz Stock-Paris, écrit la pièce de théâtre, Le Mémorial de Chartres (2013)  en hommage à l'action de réconciliation franco-allemande du père Franz Stock.

En 1990, l’esplanade devant le Mémorial de la France combattante du Mont Valérien à Suresnes a été nommée « Place de l’Abbé-Franz-Stock ».

Quatre ans plus tard, a été inaugurée la place de l'Abbé-Franz-Stock dans le XVIe arrondissement de Paris.

En 1998, La Poste française a émis un timbre à son effigie.

Vers 2003, dans un ensemble hodonymique lié à la Deuxième Guerre mondiale Caen, une voie près du Mémorial pour la Paix a été baptisée « Cours Abbé Franz Stock ».

En 2022, l'Église catholique a clos son procès en béatification, faute que soient réunies les conditions pour cet acte.

« Le journal de guerre de l’abbé Franz Stock 1940-1944 »
Arte diffusera le 1er avril 2025 à 23 h 55 « Le journal de guerre de l’abbé Franz Stock. Paris 1940-1944 » de Hermann Pölking et Linn Sackarnd.

« Franz Stock, aumônier militaire allemand, a accompagné à Paris des centaines de résistants condamnés à mort. À travers son journal, qui a documenté la terreur judiciaire orchestrée par la Wehrmacht sous l’Occupation, un récit qui interroge l’ambiguïté de ce témoignage. »

« De l’été 1940 à l’été 1944, le prêtre allemand Franz Stock travaille comme aumônier catholique dans les prisons de la Wehrmacht à Paris, où sont détenus des condamnés à mort parmi lesquels des résistants, des espions présumés et des otages. »

« Parfaitement francophone, l’ecclésiastique, qui a déjà vécu à Paris avant-guerre, accompagne ainsi quelque 800 détenus jusqu’à l’heure de leur exécution. » 

« Durant cette période, celui qui est surnommé l’"aumônier de l’enfer" tient un journal au ton très factuel, qui documente avec une précision méthodique tous les événements auxquels il assiste. »

« Comment aborder le récit de Franz Stock ? »
« Si l’abbé a parfois apporté un réel soutien aux condamnés, s’arrangeant notamment pour transmettre aux familles les lettres et objets que les détenus lui avaient confiés avant leur exécution, il a aussi contribué à légitimer son effroyable terreur, en se gardant d’une quelconque contestation de l’appareil judiciaire déployé par les Allemands : une ambivalence dont témoignent les historiens Claire Andrieu et Étienne François, la journaliste Dagmar Pöpping ou encore Georges Duffau-Epstein, le fils du militant communiste et résistant Joseph Epstein. »

« À travers l’analyse d’extraits de ce journal et au fil d’images de l’époque tournées par des militaires allemands, un récit tout à la fois glaçant et poignant. »


« Le journal de guerre de l’abbé Franz Stock. Paris 1940-1944 » de Hermann Pölking et Linn Sackarnd
Allemagne, France, 2024, 53 mn
Production : Kinescope Film, en association avec NDR/ARTE 
Disponible à partir du 01/04/2025
Sur Arte le 1er avril 2025 à 23 h 55
Sur arte.tv du 01/04/2025 au 29/06/2025
Visuels :
© Kinescope Film/Bibliothèque nationale de France
© Kinescope Film/Agentur Karl Höffkes
© Kinescope Film/Franz-Stock-Komitee für Deutschland


mardi 8 septembre 2020

Beate et Serge Klarsfeld. Les combats de la mémoire (1968-1978)


L’exposition itinérante et claire « Beate et Serge Klarsfeld. Les combats de la mémoire (1968-1978) », associée à un site Internet, retrace le parcours d’un couple mixte, Français/Allemande, juif/chrétienne, à l’action cruciale pour recenser les Juifs déportés de France, rappeler le passé nazi de l’Allemagne occidentale et obtenir que soient jugés les auteurs et complices de la Shoah. Une exposition « politiquement correcte ». A l'occasion de la parution du roman graphique Beate et Serge Klarsfeld, un combat contre l’oubli de Pascal Bresson et Sylvain Dorange, le Mémorial de la Shoah propose dans l'Auditorium Edmond J. Safra, dans  le 9 septembre 2020, à 18 h, une rencontre avec Beate et Serge Klarsfeld, Pascal Bresson et Sylvain Dorange. 

« Cinquante ans après la gifle administrée par Beate Klarsfeld en 1968 au chancelier ouest-allemand Kurt Georg Kiesinger et 40 ans après la publication en 1978 par Serge Klarsfeld du Mémorial de la déportation des Juifs de France, le Mémorial de la Shoah retrace pour la première fois le parcours de Beate et Serge Klarsfeld en faveur des victimes de la Shoah et de la connaissance historique, contre l’impunité d’anciens responsables de la Solution finale et contre l’antisémitisme. »

« Au-delà du combat d’un couple, d’une vie, la décennie 1968-1978 marque un tournant important dans l’évolution de la mémoire de la Shoah en Europe et dans le monde. L’action spectaculaire de Beate et Serge Klarsfeld, menée sur plusieurs continents, exerce un rôle majeur dans ce mouvement vers la reconnaissance. Alors que la guerre froide n’est pas terminée et que le contexte mondial est celui de profonds bouleversements culturels et politiques, le couple Klarsfeld s’engage et bouleverse le regard sur le nazisme et le génocide des Juifs en Allemagne et en France. »

« Après la publication de leurs mémoires en 2015, l’histoire et les motivations des engagements de Beate et Serge Klarsfeld sont restituées par l’exposition proposée par le Mémorial de la Shoah grâce à de nombreux documents et objets inédits, rejoignant celles de toute une génération dont ils deviennent les symboles. »

« Leur influence se poursuit jusqu’à aujourd’hui ». Alors pourquoi le titre de l’exposition s’arrête-t-il à la fin des années 1970 ?

Au Mémorial de la Shoah, sur trois niveaux – entresol, mezzanine et 4e étage -, L’exposition « Beate et Serge Klarsfeld. Les combats de la mémoire (1968-1978) » se construit sur un fil chronologique pour restituer pas à pas les ressorts, les péripéties, les enjeux d’une action où se mêlent à dessein vie publique et vie privée ». Après le Mémorial de la Shoah en 2018, le musée Masséna à Nice présenta cette exposition.

Elle « s’ouvre sur un portrait croisé de Beate et Serge Klarsfeld, leur milieu, leur parcours, leur rencontre ».

Elle « s’achève sur un bilan de leur action jusqu’à nos jours ».

Des « coupures de presse, des archives, des objets personnels, des photographies illustrent le propos ».

Un « film d’entretiens inédits avec Beate et Serge Klarsfeld ainsi que des militants de la première heure est installé au cœur de l’exposition ».

L’exposition montre bien la place du livre-mémorial recensant les Juifs déportés de France, l’utilité de la création de l’association des FFDJF (Fils et filles des déportés juifs de France) et la « répartition des tâches » dans le couple : à Beate, le soin de définir sur place la « communication » et l’action pour alerter l’opinion publique via les médias, à Serge la recherche documentaire.

Il s’avère regrettable que cette exposition élude certains aspects – les analyses de Serge Klarsfeld concernant la recrudescence d’actes antijuifs depuis 2000 - et surtout toute critique alors que Serge Klarsfeld, avocat, dispose des capacités pour y répondre. Quid de son choix de soutenir la SNCF dans les procédures judiciaires initiées afin que soit reconnue sa responsabilité dans la Shoah et d’indemniser les déportés juifs par cette société ferroviaire et leurs ayant-droits ? Quid du soutien de Serge Klarsfeld au problématique Projet Aladin ? Quid de son silence dans des affaires de spoliations actuelles : le Dr Lionel Krief, etc. ? Quid  de ses interventions dans la vie politique en appelant à voter contre le Front national (FN), sans souligner le rôle cynique du Président socialiste François Mitterrand, et de ses successeurs, dans l'essor de ce parti marginal en 1981 (moins de 1% des suffrages), sans remarquer que la menace d'arrivée au pouvoir national du FN est invraisemblable en raison de son absence de réserve de voix, et sans alerter sur le danger de l'antisémitisme islamique ? Et ce, sans alerter sur le risque de l'extrême-gauche, bien mieux implantée dans les milieux médiatiques, universitaires, etc. ?

Le commissariat de l’exposition est assuré par Olivier Lalieu, historien, responsable de l’aménagement des lieux de mémoire et des projets externes, Mémorial de la Shoah, la coordination générale par Sophie Nagiscarde, responsable du service des activités culturelles, Mémorial de la Shoah, la recherche et la documentation par Lior Lalieu-Smadja, responsable de la photothèque, Ariel Sion, responsable de la bibliothèque, Karen Taieb, responsable des archives, et Caroline Didi, Mémorial de la Shoah.
  
Autour de l’exposition étaient organisées des rencontres et des projections de films suivies de débats. 
« Beate et Serge Klarsfeld, l’engagement de toute une vie ». Ainsi était titrée la conférence inaugurale en présence de Beate et Serge Klarsfeld et animée par Jean Birnbaum : « À l’occasion de l’ouverture de l’exposition, Beate et Serge Klarsfeld reviennent sur les principales étapes de leur parcours et les ressorts de leurs actions depuis 50 ans au service de la justice, de la mémoire et de l’histoire de la Shoah, comme de la défense des Juifs partout dans le monde ».

Autour de la parution des « Amnésiques » de Géraldine Schwarz (éd. Flammarion, 2017) – une recherche sur l’héritage du national-socialisme au sein de sa propre famille mène l’auteure sur les traces du travail de mémoire accompli en Allemagne sur trois générations. Le couple franco-allemand formé par ses parents est l’occasion d’une comparaison avec la France et plus largement sur les dangers de l’amnésie qui guettent l’Europe -, un dialogue avec Beate Klarsfeld, figure incontournable de la mémoire de la Shoah en France et en Allemagne, en présence de l’auteure et de Beate Klarsfeld et animé par Laure Adler, journaliste et productrice sur France Culture.

Beate et Serge Klarsfeld, Dr. Karola Fings, université de Cologne, directeur du Centre de documentation sur le nazisme, Cologne, Birte Klarzyk, université de Cologne, et Anne Klein, université de Cologne. Animée par Stefan Martens, directeur adjoint, Institut historique allemand, ont aussi évoqué « le procès des trois principaux responsables de la « Solution finale » en France, Kurt Lischka, Herbert Hagen et Ernst Heinrichsohn, à Cologne en 1979. À l’initiative de Beate et Serge Klarsfeld, qui produisent de nombreux documents permettant de confondre les accusés, des activistes de la mémoire – entre 500 et 1 000 chaque jour – se rendent à Cologne pour assister aux audiences de ce grand procès. Un débat en partenariat avec l’Institut Historique Allemand et suivi de la projection d’extraits de « Aktenträger oder Massenmörder-Ein Bericht zum Lischka-Prozess de Hans-Jochen Bäumel, Johannes Kaul, Peter Kleinermanns et Albrecht Reinhardt » (Allemagne, documentaire, 44 mn, WestDeutscher Rundfunk WDR productions, 1980, vostf. Avec l’aimable autorisation d’Arte). À l’occasion de la proclamation du jugement du 11 février 1980, ce film décrit l’arrière-plan du procès de Lischka, l’état des lieux des discussions mais aussi les actions des trois accusés sous le régime national-socialiste jusqu’à leur vie en Allemagne après la guerre.

Autres projections : en présence de Beate et Serge Klarsfeld et de la réalisatrice, « Serge et Beate Klarsfeld, guérilleros de la mémoire » d’Elisabeth Lenchener (France, documentaire, 52 mn, Online Productions, Di-Zahav, France Télévisions, 2010. Avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah) - Née en 1939 à Berlin, Beate Künzel, Allemande luthérienne, fille d’un soldat de la Werhmacht, rencontre à l’âge de vingt ans, au hasard d’une station de métro parisien, Serge Klarsfeld, juif français, orphelin d’un père mort en déportation. C’est le début d’une histoire d’amour et d’aventures qui les mène du Chili à Auschwitz, de Venise à Cologne, de Nice à La Paz, et de prisons en prétoires – puis « Beate Klarsfeld » de Michael Lindsay-Hogg (Royaume-Uni, France, biopic, 104 mn, Silver Chalice Productions, 1986, vostf) : « Sûrs de leur impunité, des centaines de criminels de guerre nazis se cachent ou vivent au grand jour. Pourtant, une femme va les traquer sans relâche. Avec Farrah Fawcett dans le rôle de Beate Klarsfeld et Tom Conti dans le rôle de Serge Klarsfeld ».

Propos d’Olivier Lalieu, Commissaire de l’exposition
 
« L’ouverture de l’exposition en décembre 2017 marque le 50e anniversaire du début de la campagne de Beate Klarsfeld contre le chancelier ouest-allemand Kurt Kiesinger, ancien directeur-adjoint de la propagande radiophonique du IIIe Reich vers l’étranger. Cette date sera aussi celle en 2018 du 40e anniversaire de la publication du

Son propos est de restituer une décennie de combats portés par le couple formé par Beate et Serge Klarsfeld, depuis l’acte fondateur de la gifle jusqu’au verdict du procès de Cologne, le 11 février 1980, où la condamnation des principaux responsables nazis de la Solution finale en France est obtenue de haute lutte par le couple Klarsfeld. La publication du Mémorial en 1978 était destinée à appuyer l’acte d’accusation du procès de Cologne ouvert quelques mois plus tard.

Symboliquement, le cadre de la décennie 1968-1978 est affiché, mais son propos sera plus large, en amont en retraçant la jeunesse et la rencontre de Beate et Serge ; en aval, en évoquant les suites et le bilan de leurs combats jusqu’à nos jours. Néanmoins, le cœur de l’exposition restera bien la décennie 1968-1978, d’une intensité extraordinaire.

En une décennie, Serge et Beate Klarsfeld renouvellent les pratiques militantes et deviennent des figures de premier plan de la mémoire de la Shoah.

Il s’agit de restituer la plénitude de leur action, sans se limiter à un pays ou à une facette de leurs combats. Car leur démarche est globale et ne peut se résumer à tel ou tel aspect.

L’écriture, la recherche d’archives, la traque des anciens bourreaux, l’action judiciaire, le combat pour Israël et contre l’antisémitisme forment un tout.

Cette décennie est aussi celle d’un tournant dans l’opinion, en France comme à l’étranger, témoignant d’une place nouvelle de la mémoire de la Shoah dans l’espace public.

Cette décennie, c’est aussi celle de la guerre des six jours en Israël en 1967, des révoltes étudiantes et féministes, celle de l’inauguration du Mémorial d’Auschwitz-Birkenau en 1967, celle des campagnes antisémites dans les pays du bloc soviétique en 1968-1969, d’une extrême-droite menaçante en Allemagne comme en France, de la diffusion de la série Holocauste, de l’affaire Faurisson, de l’émergence d’une mémoire de la Shoah mondialisée comme celle d’une génération, les Fils et les Filles des déportés juifs… L’action du couple Klarsfeld s’inscrit dans ce contexte, le nourrit souvent.
C’est la toile de fond de l’exposition. »

Interview de Serge et Beate Klarsfeld
— Que représente la décennie 1968-1978 dans votre combat pour la reconnaissance de la Shoah et contre l’impunité des responsables de la Solution finale ?
C’est la période la plus combative, la plus risquée, la plus riche en événements auxquels nous avons participé - 1968 voit la nomination de Beate pour le Prix Nobel de la Paix. En cette décennie, Beate est passée de l’épuration des nazis de la vie politique allemande à la recherche des criminels nazis en Amérique du Sud où elle a protesté contre les dictatures et au Moyen-Orient où, dans les pays arabes, elle a défendu Israël. 
Changement de décor, mais pas de cause puisqu’il s’agissait de réhabiliter l’Allemagne par des actes justes et nécessaires. Quant à moi, je l’ai aidée à défendre sa cause en tant qu’Allemande et j’ai défendu la mienne, celle d’un Juif de France, en militant à ses côtés pour faire juger les principaux criminels allemands impunis coupables d’avoir déporté les Juifs de France.
— Comment s’est construite la mémoire de la Shoah ?
Une lente construction par les témoignages des rescapés d’Auschwitz-Birkenau dans l’immédiat après-guerre, par les travaux historiques entamés à cette époque par le CDJC (aujourd’hui Mémorial de la Shoah) et par Yad Vashem, par le militantisme des associations de victimes, par des films vus par le grand public, tel la série TV Holocauste, par des actions et des campagnes telles que les nôtres, par le génie de Claude Lanzmann, par les thèses d’histoire consacrées à la Shoah et apparues après 1980, par la création ou le développement dans de nombreux pays de Centres ou Mémoriaux consacrés à la Shoah, par la compréhension dans le monde occidental de l’ampleur de la Shoah et des multiples interrogations et interpellations qu’elle lui pose, puisqu’elle a été forgée en son sein; par les procès des criminels nazis en Israël, en Allemagne et en France, par une quantité remarquables d’ouvrages et de films documentaires sur chaque épisode de la Shoah, enfin - et j’en oublie dans mon énumération - par les visites à Auschwitz et par l’enseignement de la Shoah dans les programmes scolaires, enfin par la création permanente de lieux de mémoire de la Shoah.
— Pourquoi avoir accepté le projet d’exposition du Mémorial de la Shoah ?
Parce que c’était une initiative à 100% du Mémorial de la Shoah et non la nôtre.
Notre vie à Beate et à moi a été associée au Mémorial. Sans le Mémorial, nous n’aurions jamais accompli dans cette décennie 1968-78 ce que nous avons pu accomplir, quand nous étions jeunes. Il a mis à notre disposition ses archives et le grand historien Joseph Billig nous a soutenus efficacement. Aujourd’hui, nous sommes toujours combatifs, mais âgés et c’est le Mémorial rénové et rajeuni qui nous rend hommage. Notre reconnaissance au Mémorial s’est toujours exprimée pendant ce demi-siècle ; aujourd’hui c’est au tour du Mémorial de nous exprimer sa reconnaissance.
— Comment s’exprime votre engagement aujourd’hui ? Quelles perspectives pour votre combat ?
Notre engagement actuel s’exprime dans plusieurs domaines. Sur le plan national : en 2015, nous avons lancé un cri d’alarme dans la perspective des élections présidentielles de 2017 sur la possibilité réelle du Front National de les remporter. En conséquence, nous nous sommes engagés pour les deux candidats les plus menacés aux élections régionales, Christian Estrosi et Xavier Bertrand, considérant que si le FN passait dans le Sud Est et le Nord, la menace risquait fort de devenir une réalité en 2017. Nous n’avons cessé d’appeler les électeurs de gauche à voter pour les candidats républicains et à la surprise générale, cela a été le cas et ils ont été élus tous les deux. Dans l’élection présidentielle, nous avons poursuivi notre campagne contre le FN et dans des pages entières de « Libération » appelé de nouveau les électeurs de gauche à voter pour celui qui a finalement été élu.
Avec les Fils et Filles des déportés juifs de France, nous continuons l’action d’histoire et de mémoire entreprise par nous il y a bien longtemps. Nous publions régulièrement des ouvrages historiques précis et rigoureux, tel le Mémorial des Enfants Juifs - Vol 2 en 2016. Nous organisons (en 2002, 2012, 2017) les lectures des noms de tous les déportés de tous les convois de mars 1942 à août 1944 ; lectures qui durent deux ans et qui se déroulent à la date exacte de départ du convoi et à midi au Mémorial de la Shoah.
Nous participons à toutes les commémorations de la déportation.
Nous intervenons souvent pour donner des conférences, participer à des tables rondes, répondre à des interviews. Beate le fait en Allemagne comme en France ou aux USA.
Je fais partie des instances dirigeantes de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et j’y préside la Commission «Mémoire et Transmission» et le Comité de Lecture de la collection «Témoignages» de la FMS (70 volumes déjà publiés) ; je suis membre du Conseil International d’Auschwitz et du CA de la Fondation polonaise Auschwitz-Birkenau; membre du CA du Mémorial de Rivesaltes, du CERCIL à Orléans, vice-président du Mémorial des Milles. Cela implique de nombreuses réunions. Je suis également membre de la Commission d’assistance aux victimes des spoliations de Monaco. À énumérer ces obligations que je n’ai pas refusées parce que je sais que je suis utile à ces institutions, je devrais ressentir une immense fatigue ; ce n’est pas le cas. Tant que nous le pourrons, nous resterons actifs.

Le temps de la rencontre
A - Serge, une enfance entre la Roumanie et la France
« Serge Klarsfeld est né le 17 septembre 1935 à Bucarest en Roumanie. Ses parents, Arno et Raïssa, sont de nationalité roumaine. Ils se sont rencontrés à Paris où ils se marient en 1929. Un premier enfant nait en 1931, Georgette, nommée en hommage à Georges Clemenceau ».
« Pour la naissance de leur deuxième enfant, Raïssa rejoint ses parents en Roumanie où leur vie est plus confortable. Serge arrive à Paris à l’âge d’un an. Dès son enfance, il manifeste un intérêt prononcé pour la lecture et l’histoire ». 
« En septembre 1939, Arno s’engage dans l’armée française. Il est fait prisonnier en juin 1940. Raïssa et ses enfants suivent l’exode en 1940 vers Capbreton, Moissac et Grand-Bourg dans la Creuse. Les enfants sont accueillis au château de Masgelier géré par l’Œuvre de secours aux enfants ». 
« Rejoint par Arno qui s’évade au printemps 1941, la famille s’installe à Guéret puis à Nice en septembre. Alors que les nazis occupent désormais la région après le retrait des troupes italiennes, les SS viennent les arrêter dans la nuit du 30 septembre 1943. Arno parvient à cacher sa femme et ses enfants dans une armoire à double fond qu’il avait aménagée, puis se livre en se sacrifiant pour sauver les siens. Il est transféré à Drancy et déporté au camp d’Auschwitz-Birkenau le 28 novembre 1943. Arno est sélectionné pour le travail mais il meurt au cours de l’été 1944 ». 
« Raïssa, Georgette et Serge parviennent à quitter Nice en février 1944 pour s’établir en Haute-Loire, à Saint-Julien-Chapteuil. Serge suit les cours au sein d’un établissement catholique et se passionne pour l’histoire sainte ». 
« Avec la Libération, ils regagnent Paris. Leur appartement Porte de Saint-Cloud a été pillé et occupé. Il faudra attendre un an et demi et un procès pour pouvoir le récupérer ». 
« Face aux difficultés matérielles, Raïssa et ses enfants partent en novembre 1946 dans la famille maternelle en Roumanie, mais l’arrivée des communistes au pouvoir les amène à rentrer à Paris en janvier 1947 ». 
« Serge poursuit sa scolarité avec une prédilection pour l’histoire. Doté d’un esprit aventureux, lauréat à plusieurs reprises de la bourse Zellidja et voulant renouer avec une famille éclatée entre plusieurs pays, il effectue seul plusieurs voyages en Europe ».
« Après son baccalauréat obtenu en 1955, il se destine à devenir professeur d’histoire ou de lettres. En 1958, il obtient son diplôme d’études supérieures en histoire à la Sorbonne et il est diplômé en 1960 de l’institut d’études politiques de Paris dans la section des relations internationales ».
B - Beate, à Berlin sous le nazisme et ses décombres
Beate Künzel « est née le 13 février 1939 à Berlin. Hitler est au pouvoir depuis 1933, la Seconde Guerre mondiale débute le 1er septembre 1939 avec l’invasion de la Pologne par le IIIe Reich ». 
« Son père, Kurt, est employé dans une compagnie d’assurance avant d’être mobilisé au début du conflit comme fantassin dans l’armée de terre. Affecté en Belgique en 1940, il est transféré sur le front de l’Est à l’été 1941 et rapatrié en Allemagne au cours de l’hiver suivant. Il s’occupe dès lors de comptabilité au sein de divers régiments de la Wehrmacht ». 
« Helene, la mère de Beate, demeure au foyer. Beate est fille unique. La famille habite le Hohenzollerndamm, dans le quartier résidentiel de Wilmersdorf ». 
« À la fin de la guerre, Berlin est ravagé. Kurt a été fait prisonnier par les Britanniques avant d’être rapidement libéré. Il retrouve sa femme et sa fille à Havelberg à l’ouest de Berlin, où elles s’étaient réfugiées chez une parente pour fuir les bombardements ». 
« La famille regagne Berlin désormais morcelé en quatre zones d’occupation. Ils rejoignent la zone britannique, mais leur appartement est détruit ». 
« Kurt occupe différents emplois, retraite les briques issues des décombres, travaille au greffe du tribunal de Spandau. Helene fait des ménages. Le quotidien est pesant. Beate s’endurcit ». 
« C’est seulement en 1954 que la famille parvient à s’installer dans un appartement de deux pièces dans lequel Beate dispose enfin de sa chambre. L’année suivante, elle entre dans une école commerciale de Berlin, la Höhere Wirtschaftsschule, dans le quartier voisin de Schöneberg ». 
Beate a 16 ans. Elle souhaite rejoindre au plus vite la vie active et s’émanciper de la tutelle familiale ternie par les relations difficiles entre ses parents. Elle refuse aussi de se fondre dans le moule des valeurs traditionnelles allemandes incarnées par la formule des trois K, une allitération pour définir la place de la femme, « Kinder, Küche, Kirche », « enfants, cuisine et Église ».
« Elle attend d’atteindre l’âge de la majorité civile, alors fixée à 21 ans, pour annoncer son départ du foyer. Quelques semaines plus tard, le 7 mars 1960, elle arrive à Paris ».
C - Un coup de foudre
« Alors que Serge achève ses études, Beate vient s’installer en France comme jeune fille au pair, malgré les fortes réticences de ses parents. Elle ne connait que quelques mots de français et s’inscrit aussitôt à l’Alliance française pour apprendre la langue. Elle trouve rapidement une place au sein d’une famille à Boulogne-Billancourt où elle reste un an, puis une autre à Paris ». 
« Son quotidien n’est guère aisé. Elle s’occupe des enfants, doit assurer des tâches ménagères, sans reconnaissance. Pourtant, Beate a le sentiment de s’épanouir au contact de cette liberté nouvelle et dans une ville qui l’émerveille par son architecture, sa culture et son atmosphère ». 
« Deux mois après son arrivée en France, le 11 mai 1960, Beate et Serge se croisent sur le quai de la station de métro Porte de Saint-Cloud. C’est un coup de foudre ». 
Le « couple se marie le 7 novembre 1963 ». 
Serge « retrace le parcours douloureux des siens durant la guerre et révèle à Beate l’histoire du nazisme et de ses crimes. Les familles apprennent à se connaître ».

Les premiers combats
A - L’amorce d’une prise de conscience
Beate ‘ne poursuit pas son activité de jeune fille au pair. Elle recherche une situation plus stable et épanouissante. La création de l’Office franco-allemand pour la jeunesse en 1963 avec l’installation d’un bureau à Paris lui apporte une véritable opportunité. Elle est embauchée comme secrétaire bilingue le 1er décembre 1964 ». 
« Parallèlement, elle tire de son expérience de jeune fille au pair la matière d’un ouvrage publié en décembre 1964, un véritable guide pratique destiné à faciliter la vie de ses compatriotes mais aussi un manifeste réclamant pour elles une meilleure considération. Pour faire connaître l’ouvrage et surtout faire évoluer la situation, le couple Klarsfeld adresse un exemplaire à de nombreuses institutions et personnalités, jusqu’au plus haut sommet de l’Etat. Si la direction de l’OFAJ a été prévenue de la sortie du livre, la promotion qui s’en suit et qui met Beate au premier plan est peu appréciée ».
Serge « lui est engagé à l’Office de radiodiffusion télévision française (ORTF) en mai 1963 et il est reçu premier au concours interne des assistants de direction. Il va notamment participer à la production d’émissions historiques et dramatiques. Néanmoins, il ne se plait guère, car l’ORTF n’est pas indépendant mais sous l’emprise du pouvoir, et en démissionne en 1966 ». 
Beate « est alors enceinte de leur premier enfant. Vingt ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, alors qu’il s’apprête à devenir père pour la première fois à près de 30 ans, Serge entame un retour sur lui-même et sur l’histoire de son père durant la Shoah. Il décide de partir sur ses traces en Pologne à Auschwitz et à Birkenau, là où Arno a disparu ».
Le « fils de Beate et Serge naît à Paris le 27 août 1965. Selon la tradition juive qui veut que l’on donne à l’enfant le prénom d’un grand-parent, il est prénommé Arno ». 
« L’année suivante, la famille se rend en Israël pour la première fois pour y passer l’été ».
B - L’élection du chancelier Kiesinger, l’acte fondateur
Le « Ministre-président du Bade-Wurtemberg Kurt Georg Kiesinger, figure de l’Union chrétienne-démocrate et député au parlement fédéral depuis 1949, est élu chancelier en décembre 1966 au sein d’une coalition avec le SPD. Willy Brandt devient vice-chancelier et ministre fédéral des Affaires étrangères ».

La « figure de Kiesinger avec son passé au sein du parti nazi ne laisse pas indifférent. Un article du Spiegel en novembre 1966 apportait des précisions sur son rôle au sein de l’appareil national-socialiste comme directeur-adjoint de la propagande radiophonique du Reich vers l’étranger au ministère des affaires étrangères ».

L’écrivain Günther Grass « publie une lettre ouverte virulente. Le philosophe Karl Jaspers annonce sa volonté de rendre son passeport ».

« L’évolution de la situation politique allemande, avec l’arrivée au pouvoir d’un ancien nazi et d’un ancien résistant socialiste, pousse Beate Klarsfeld, devenue un visage de la nouvelle génération allemande, à s’exprimer publiquement à travers une tribune dans la presse. Le journal Combat publie un premier texte le 14 janvier 1967 à l’occasion de la venue à Paris du chancelier allemand. Deux autres textes signés par Beate vont suivre, co-écrits avec Serge comme souvent, exprimant un sentiment de refus envers Kiesinger et un soutien affiché à Brandt. »

« La direction de l’OFAJ utilise des extraits de la 3e tribune en juillet pour engager le 29 août 1967 une procédure de licenciement pour « faute grave ».

Le « couple Klarsfeld refuse de céder face à ce qu’ils considèrent comme une injustice face à une situation scandaleuse. Ils s’engagent alors complètement dans un combat porté à la fois sur le plan politique, judiciaire et historique. »

« Après son départ de l’ORTF, Serge a été embauché comme attaché de direction au sein de la Continentale, une compagnie multinationale de céréales. C’est sur lui que repose désormais les ressources du foyer ».

« Le 6 juin 1967, il avait rejoint Israël dès le début de la « guerre des six jours » pour défendre ce pays auquel il est attaché et rendre compte du conflit jusqu’au plateau du Golan, avant de rentrer en France. »

La gifle
« Après avoir dénoncé publiquement l’élection au poste de chancelier d’un ancien haut-fonctionnaire nazi, Beate et Serge ne peuvent se résoudre à l’inaction. Ils puisent dans l’exemple des jeunes résistants allemands Hans et Sophie Scholl, exécutés par les nazis, une source d’inspiration et d’encouragement à poursuivre le combat. Car le scandale demeure et il s’est même renforcé. Beate a été licenciée. »

« Le monde politique et intellectuel ne prend pas parti. L’intérêt du public en Allemagne pour les procès des criminels de guerre nazis s’émousse et une forme de lassitude s’installe ».

« Le couple Klarsfeld donne alors une dimension plus spectaculaire encore à leur action pour frapper l’opinion : face au scandale, il est juste de provoquer un autre scandale pour mieux le dénoncer et tenter de le stopper. La démarche est influencée par les conceptions du leader allemand d’extrême-gauche Rudi Dutschke, pour qui les manifestations symbolisaient une sorte de « révolution permanente », utilisant les médias pour décupler leur audience ».

« Le premier geste intervient le 2 avril 1968. En pleine séance du Parlement à Bonn, Beate se lève depuis la tribune du public et interrompt un discours du chancelier en criant « Kiesinger nazi, démissionne », avant d’être expulsée par le service de sécurité. Photo à l’appui, la presse relaie l’incident ».

« Surtout, le contexte social en Allemagne et en France est en pleine effervescence, marqué par les révoltes étudiantes dans les deux pays. Beate Klarsfeld devient l’une des figures de ces mouvements ».

«  C’est lors d’un meeting à Berlin en mai qu’elle annonce sa décision de gifler le chancelier Kiesinger. Après plusieurs tentatives, le congrès de la CDU à Berlin-ouest en novembre 1968 lui fournit un cadre propice. Lors de la séance de clôture le 7 novembre, elle y parvient dans la stupeur générale. Aussitôt arrêtée, elle est condamnée à un an de prison ferme. En appel, la peine est ramenée en août 1969 à quatre mois avec sursis. L’événement connait un retentissement mondial ».

« Beate a 29 ans et devient un symbole. Beate poursuit un combat politique contre Kiesinger, en se présentant contre lui aux élections législatives de septembre 1969 dans le Bade-Wurtemberg et en suivant ses déplacements pour dénoncer son passé ».

« Si le chancelier est réélu, son image est atteinte ».

« En octobre 1969, une coalition entre le SPD et le Parti libéral-démocrate mène à l’élection de Willy Brandt au poste de chancelier. »

À la recherche de la vérité et de la justice
« À la suite de l’enlèvement en Argentine d’Eichmann et de sa condamnation en Israël, la poursuite des criminels de guerre nazis à travers le monde suscite un intérêt croissant tout au long des années 60 et 70 ».

Mengele, Bormann, Stangl, Barbie… Ce sont autant d’affaires marquées par de multiples péripéties, liées aux insuffisances de la justice, au scandale face aux protections accordées par certains gouvernements, à l’existence de communautés en Amérique du sud entretenant le culte du nazisme, mais aussi à la fascination parfois morbide du public pour l’horreur des crimes perpétrés ».

« C’est aussi le contexte de la mode « rétro » et d’un regard nouveau sur la période de la Seconde Guerre mondiale et du nazisme, qui revient sur les représentations antérieures souvent faites d’occultations ».

« Pourtant, l’action de Beate et Serge Klarsfeld ne se réduit pas à celle de « chasseur de nazis ». Alors que leur opposition envers Kiesinger débouche sur la recherche et l’engagement de poursuites contre d’anciens responsables de la persécution des Juifs en Allemagne et bientôt en France, il s’enrichit de nouveaux aspects liés à la défense des Juifs à travers le monde ».

« Les méthodes employées demeurent : recherches historiques pour constituer de solides dossiers, gestes spectaculaires pour frapper l’opinion, mobilisation des médias, pression permanente sur la justice régulièrement alimentée par de nouvelles preuves ».

« Désormais, la lutte s’engage sur plusieurs continents, avec des ressources souvent dérisoires ».
« Les journées se succèdent, enchaînant sans s’interrompre les conférences, les coups d’éclat, les recherches historiques, la prison, les expulsions, la vie de famille aussi. Parmi les milliers de faits et gestes, certains permettent de saisir l’intensité de leurs combats ».

Le procès de Cologne, 1979-1980
« Le procès contre Kurt Lischka, Herbert Hagen et Ernst Heinrichsohn, poursuivis pour complicité de meurtre, s’ouvre le mardi 23 octobre 1979 devant la cour d’assises de Cologne. C’est l’aboutissement d’une lutte engagée en 1971. L’instruction a duré trois ans et demi ».

« Alors que Beate, Serge et leurs soutiens se sont retrouvés jusqu’alors seuls devant la justice, les anciens SS sont pour la première fois face à un tribunal en Allemagne. L’événement est couvert par la presse du monde entier. Une nouvelle page de la mémoire de la Shoah est en train de s’ouvrir ».

« La perspective du procès a suscité la publication en octobre 1978 dans L’Express de l’interview de l’ancien commissaire général aux questions juives Darquier de Pellepoix, où il exprime toujours un antisémitisme virulent et nie le génocide. Alors qu’une polémique éclate, Le Matin puis Le Monde publient un courrier de Robert Faurisson reprenant cette même négation ».

« Face à ces propos scandaleux, la mini-série américaine à succès « Holocauste » est finalement diffusée en 1979 en France ».

« C’est « l’enchaînement diabolique », selon l’historien Henry Rousso, qui fait entrer le souvenir du génocide dans l’espace public avec une resonance singulière ».

« C’est aussi le temps d’une mobilisation inédite. 250 représentants de Juifs déportés depuis la France se sont portés parties civiles au procès de Cologne, fédérés par Serge. « Devant la cour, il s’appuie sur les dépositions d’Odette Daltroff-Baticle, Marie Husson et Georges Wellers, anciens internés au camp de Drancy et témoins de l’organisation des déportations, en particulier des enfants du Vél’ d’Hiv’  ».

« Tout au long des 32 audiences du procès, 3000 Juifs de France, de tous âges et de toutes origines, se sont rendus à Cologne en train depuis Paris ou en autocar depuis des villes de province comme Lyon, Strasbourg ou Lille, répondant à l’appel des Fils et Filles des déportés juifs de France » (FFDJF).

« Après le réquisitoire du procureur le 23 janvier 1980, le verdict est rendu le 11 février 1980. Lischka est condamné à dix ans de détention, Hagen à douze ans et Heinrichsohn à six ans. Le verdict est un soulagement. »

« Le 16 juillet 1981, 39 ans après la rafle du Vél’ d’Hiv’, la cour fédérale confirme le jugement. La justice est passée. C’est la fin du contentieux judiciaire franco-allemand déboulant de la Seconde Guerre mondiale. À l’issue du procès », Jean Pierre-Bloch, alors président  la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA), déclare « que les condamnations de Lischka, Hagen et Heinrichsohn sont également une victoire pour l’Allemagne, un pas de plus encore pour la réconciliation entre la France et l’Allemagne. Il serait souhaitable maintenant qu’en France les Français connus comme étant responsables de la grande rafle du Vél’ d’Hiv’ ne soient pas encore en liberté. » Le combat se poursuit. »

Une vie de lutte
« À la fin des années 1970, Beate et Serge sont désormais des figures connues des médias et des opinions publiques en Europe et bien au-delà. Ils ont été progressivement rejoints par un noyau de militants et d’organisations souvent issues du monde juif, tout en restant farouchement indépendants. À la solitude des premiers temps succède peu à peu celui de la reconnaissance, jamais unanime, alors que la mémoire de la Shoah à laquelle ils ont consacré une grande partie de leur vie connait également une reconnaissance mondiale. »

Défendre l'Europe
Le 23 janvier 2019, dans "Ouvrez le 1" diffusé sur Franceinfo (canal 27) et animé par Emilie Tran Nguyen et Eric Fottorino, Beate et Serge Klarsfeld ont appelé "les jeunes à se mobiliser pour la défense de la République et de l'Europe. "On manifestait contre le NPD. Il y avait des manifestations extraordinaires. On était bousculé par les gardes du corps du parti néo-nazi. La police se mettait contre nous car elle ne voulait pas que l'on manifeste. Mais il y avait un mouvement et on a obtenu que ce parti n'obtienne pas les 5% pour entrer au parlement allemand... Aujourd'hui, vous avez 192 membres d'un parti d'extrême droite au parlement allemand. Où sont les jeunes qui se sont battus contre ? Et même les partis traditionnels n'ont pas fait grand-chose. Ils n'ont pas voulu savoir et ont laissé aller. Ça, c'est un grand danger ! Vous voyez aussi en Autriche. On a manifesté contre Jörg Haider, contre Kurt Waldheim. Aujourd'hui, le FPÖ a même des ministères très importants. La Pologne, beaucoup de pays européens sont aujourd'hui à droite. Les gens âgés sont peut-être trop fatigués, mais la jeunesse ne voit pas la nécessité de faire quelque chose pour l'empêcher. Le futur, c'est eux. Et c'est eux qui vont souffrir un jour…[La jeunesse] "ne voit pas la nécessité de faire quelque chose", a déploré Beate Klarsfeld. "Il faut absolument que les jeunes générations soient mobilisées pour la défense de la République et de l'Europe, de l'Union européenne", a déclaré Serge Klarsfeld.

Curieusement, le couple Klarsfeld ne distingue pas l'Europe de l'Union européenne, et n'alerte pas sur l'extrême-gauche ou l'antisémitisme islamique.

"Beate et Serge Klarsfeld : un combat contre l'oubli"
Le 9 septembre 2020, La boîte à bulles a publié "Beate et Serge Klarsfeld : un combat contre l'oubli". "Un roman graphique adapté du livre Mémoires de Beate et Serge Klarsfeld et fait sous leur contrôle, pour l'histoire, la mémoire et la justice". Le scénario est signé par Pascal Bresson et le dessin par Sylvain Dorange.

« Si les Allemands nous arrêtent, moi, je survivrai parce que je suis fort mais pas vous ». Ces paroles, prononcées en 1943 par son père, assassiné à Auschwitz, Serge Klarsfeld ne les oubliera jamais. Après la guerre, il se marie à Beate, une jeune allemande installée à Paris. Ensemble, ils se font la promesse d'obtenir la mise à l’écart de la vie politique allemande de tous les anciens nazis, puis d’obtenir le jugement et la condamnation des principaux responsables nazis de la déportation, notamment ceux ayant sévi en France. Distribution de tracts, manifestations, tentatives d'enlèvements, la « méthode Klarsfeld » prouve leur obstination à débusquer les anciens criminels de guerre qui vivent paisiblement en toute impunité alors que, durant la guerre, ils occupaient des postes officiels, soit comme gradé nazi avec Lischka, Hagen, ou Barbie soit en tant que collaborateurs français comme Papon, Bousquet ou Touvier..."

"Dans ce roman graphique, Pascal Bresson revient sur les combats de la vie de Beate et Serge Klarsfeld pour que justice soit rendue et que nul n'oublie. Un ouvrage très fort pour l'histoire, la mémoire et la justice, brillamment mis en image par Sylvain Dorange".

A l'occasion de la parution du roman graphique Beate et Serge Klarsfeld, un combat contre l’oubli de Pascal Bresson et Sylvain Dorange, le Mémorial de la Shoah propose dans l'Auditorium Edmond J. Safra, dans  le 9 septembre 2020, à 18 h, une rencontre avec Beate et Serge Klarsfeld, Pascal Bresson et Sylvain Dorange. La rencontre sera suivie d’une vente d’ouvrages et d’une séance de signatures avec les auteurs.


Du 22 novembre 2018 au 28 janvier 2019
Au musée Masséna

Du 7 décembre 2017 au 28 octobre 2018
17, rue Geoffroy–l’Asnier. Paris 4
Tél. : 01 42 77 44 72
Tous les jours sauf le samedi, de 10 h à 1 8h, le jeudi jusqu’à 22 h.
Entrée libre

Visuels :
La famille Klarsfeld à Paris, 15 août 1973, Coll. Klarsfeld

Beate Klarsfeld après sa condamnation en Allemagne, accueillie par une manifestation de soutien à Paris devant l’ambassade d’Allemagne, 11 juillet 1974, Coll. Klarsfeld

Rassemblement devant la maison d’Izieu pour protester contre le propriétaire qui a posé des fils barbelés devant la propriété, empêchant les familles de se recueillir, 1989. © Elie Kagan / BDIC

Beate et Serge Klarsfeld viennent perturber les obsèques de Xavier Vallat, ancien commissaire général aux questions juives et figure de l’extrême-droite antisémite, à Pailharès. 8 janvier 1972.
© Elie Kagan / BDIC

Serge Klarsfeld dans les archives du Centre de Documentation Juive Contemporaine, années 1980,
Coll. Klarsfeld

Manifestation de soutien à Beate Klarsfeld lors de son procès en Allemagne début juillet 1974, Coll. Klarsfeld

La gifle au chancelier Kiesinger au congrès de la CDU à Berlin-Ouest, 7 novembre 1968, Coll. Klarsfeld

Manifestation devant le palais de justice à Asunction au Paraguay le 24 mai 1985 pour demander l’extradition et la condamnation de Josef Mengele. Photo A. Keler/Sygma

Manifestation à Mittelberg en Allemagne autour de Beate et Serge Klarsfeld avec une centaine de manifestants venus de France devant le bureau d’Ernst Heinrichsohn, avocat dans cette ville. La population s’en prend à la délégation, 18 juin 1978. © Elie Kagan / BDIC

Venu par un train spécial depuis Paris, un millier de participants se retrouvent à Cologne le 31 janvier 1980 pour la manifestation la plus importante du procès qui arrive à son terme. Parmi eux, 600 jeunes. Photo Jacques Zelter/ Coll. Klarsfeld

Beate et un groupe de manifestants, dont Juline Aubart et Henri Pudeleau, rescapés d’Auschwitz membres de l’Union nationale des déportés, internés et  victimes de guerre, et des jeunes de la LICA envahissant le bureau de Lischka à Cologne, devant la presse. Beate enceinte est restée en retrait. Le reste du groupe est arrêté, emprisonné plusieurs heures puis jugé en comparution immédiate, 7 mai 1973, Coll. Klarsfeld


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Les citations sont extraites du dossier de presse. Cet article a été publié le 21 octobre 2018, puis le 27 janvier 2019.