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vendredi 6 mars 2026

Un 40e dîner du CRIF de simulacres

Le 19 février 2026, le 40e diner annuel du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France) s’est tenu en présence du Premier ministre, Sébastien Lecornu. À cette occasion, Yonathan Arfi, « élu » Président du CRIF sans respect des statuts de la fédération, a prononcé un discours faible. Et le Chef du gouvernement, qui alors ministre des Armées avait ordonné le boycott d’entreprises israéliennes dans des Salons internationaux de la Défense près de Paris, a annoncé une seule mesure de lutte contre l’antisémitisme : la future adoption d’une peine d’inéligibilité pour les auteurs condamnés pour racisme ou antisémitisme. Une peine prévue dans le Code pénal  pour certains délits et rarement appliquée !

Le MRAP débouté de sa plainte contre Laurent Dominati
Un sondage français biaisé sur l’évolution de la relation à l’autre 
La Présidence Hollande, les gouvernements Ayrault, Valls et Cazeneuve, c'était bien pour les Français Juifs ? 
C’était prévisible depuis la nomination le 9 septembre 2025 de Sébastien Lecornu au poste de Premier ministre. Le 19 février 2026, l’invité du diner annuel du CRIF a donc été Sébastien Lecornu, ancien ministre des Armées (mai 2022-octobre 2025), qui, à ce titre, avait ordonné, avec l’accord ou sur ordre du Président de la République Emmanuel Macron, l’interdiction d’entreprises… israéliennes à trois prestigieux salons de la Défense en 2024 et 2025 : Eurosatory, Salon international consacré à la défense et à la sécurité terrestres et aéroterrestres (17-20 juin 2024), Euronaval (4-7 novembre 2024), « rendez-vous mondial consacré à la défense navale » et le Salon du Bourget (16-19 juin 2025). Un boycott révélant un antisémitisme d’État.

Problèmes de légitimité et légalité
La légalité ou la légitimité du Président de la République Emmanuel Macron, du Premier ministre Sébastien Lecornu et de Yonathan Arfi comme « Président » du CRIF s’avèrent problématiques.

Sébastien Lecornu a été nommé par un Chef d’État, Emmanuel Macron, qui a perdu sa légitimité après ses trois défaites aux élections, européennes et législatives, en 2024. Il ne dispose d’aucune majorité au Parlement, et son gouvernement ne perdure qu’en acceptant les desideratas de partis très minoritaires – parti socialiste, Les Républicains -, qui craignent de perdre des sièges en cas de dissolution de l’Assemblée nationale, et grâce au refus de La France Insoumise (LFI) de se joindre à une motion de censure du Rassemblement national (RN). Une situation contraire à l’esprit de la Constitution de la Ve République, et que la démission du Président de la République ou le refus du « barrage républicain » auraient du/pu éviter.

Dans ce cadre, la mission essentielle du Premier ministre Sébastien Lecornu consiste à permettre au Président de la République Emmanuel Macron, impopulaire auprès des Français, isolé diplomatiquement, d’achever son second mandat, et de poursuivre sa révolution dans un contexte d’immigration de masse : autorisation de l’euthanasie dans des conditions injustifiables, adoption de la PP3  (troisième programmation pluriannuelle de l'énergie) accélérant la paupérisation de classes moyennes et les fermetures d’entreprises, vente de sociétés industrielles stratégiques, destruction de l’agriculture par des traités européens de libre échange permettant une concurrence déloyale, endettement public non réduit et déficits publics importants… Une période mise à profit par le Chef d’État pour procéder à des nominations politiques de ses proches à des postes stratégiques, afin de renforcer un État profond. Un « coup d’État technocratique » (Alexandre Devecchio). Une tactique visant, dans l’optique de l’arrivée au pouvoir du RN, à entraver cette alternance politique qui incitera vraisemblablement LFI et ses alliés ou nervis (Jeune Garde) à s’y opposer en déchainant la violence dans les rues, prélude au chaos, puis au retour préparé d’Emmanuel Macron au pouvoir.

Le 15 octobre 2025, durant les Questions d’actualité à l'Assemblée nationale, le Premier ministre Sébastien Lecornu a déclaré : « Nos compatriotes de confession juive représentent 1% de la population et plus de la moitié des actes xénophobes en France ». Sénateur Les Républicains (LR), Roger Karoutchi s'est indigné sur Facebook : "Non Monsieur le Premier Ministre 50% des actes racistes, pas des actes xénophobes qui ne concernent que les actes contre les étrangers ! Les Français de confession juive sont Français.. Merci de veiller à ce que cette faute de vocabulaire ne se reproduise pas."
Peu après, Roger Karoutchi a ajouté sur Facebook : "Le Premier Ministre vient de me présenter ses excuses pour l’utilisation du mot xénophobe à l’Assemblée,aprés avoir vu mon post. Dont acte."
François Kahn a commenté  : "Roger Karoutchi , Bonjour Monsieur karoutchi. Pouvez vous aussi svp indiquer au Premier Ministre que lorsqu'il a répondu hier à l'intervention de Mathilde Panot qui affirmait que la France s'était rendu complice du génocide au Proche Orient", il s'est offusqué en disant qu'aucune arme française n'avait été utilisée. Sans doute aurait aussi pu répliquer qu'il n'y a pas eu de génocide... Grand merci".

En outre, Sébastien Lecornu venait de modifier son CV : dans sa page sur le site du ministère des Armées, quand il était encore à ce poste, ou sur LinkedIn, son CV mentionnait à tort la détention d’un master de droit public, alors que Sébastien Lecornu n’avait pas validé sa deuxième année. Le 10 février 2026, la Commission des requêtes de la Cour de justice de la République (CJR) avait jugé  irrecevable la plainte du Syndicat national des agents publics de l'Education nationale (SNAPEN). Elle avait considéré que « les faits reprochés à [Sébastien] Lecornu, à les supposer établis, ne sont pas de nature à léser, même indirectement, les intérêts défendus par le syndicat plaignant ». Une décision insusceptible de recours. Le Grand Rabbin de France Gilles Bernheim avait démissionné  en 2013 après la révélation qu’il n’était pas agrégé de philosophie  comme il l’avait allégué…

Le 17 février 2026, Le Canard enchainé  révélait que le conseiller agriculture du Premier ministre avait été « congédié fin décembre 2025 pour… consommation de stupéfiants : après avoir fait une overdose lors d’une soirée festive, il avait été pris en charge par les pompiers ». Le 19 novembre 2025, Emmanuel Macron avait dénoncé en Conseil des ministres « les bourgeois des centres-villes qui financent les narcotrafics… Un continuum qui affaiblit notre société ».

Des exemples de la vertueuse république macronienne.

Quant à Yonathan Arfi, il n’a aucun mandat légal et aucune légitimité à se présenter et à agir comme Président du CRIF depuis le 15 juin 2025, date à laquelle une assemblée clairsemée l’aurait réélu « par acclamations ». Ce qui n’est pas conforme aux statuts de la fédération. Une forme de « coup d’État communautaire » ? 

Dans ce contexte caractérisé aussi par les propos et actes anti-israéliens du Chef de l’État envers Israël, et à l’approche des élections municipales (15 et 22 mars 2026), la Macronie a décliné une communication ciblée en direction de la communauté juive française : interview de Rachida Dati par Radio J  le 25 janvier 2026, cérémonie à l’Élysée le 13 février 2026 pour le vingtième anniversaire de l’assassinat d’Ilan Halimi, interview du Président Emmanuel Macron sur Radio J le 15 février 2026, voyage officiel d’Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, en Israël (16-18 février 2026)…

Jusqu’au webzine juif américain Tablet qui a publié le 17 février 2026 un extrait  du discours présidentiel en hommage à Ilan Halimi !?

Un CRIF affaibli
En vingt-cinq ans, depuis le déclenchement de l’Intifada II par Yasser Arafat, chairman de l’Autorité palestinienne, le diner du CRIF a décliné : il n’est plus un évènement national majeur. Certes, il se caractérise encore par des discours longs (environ vingt minutes) et souvent insipides, suivis par une distribution de Prix, comme à l’école républicaine, mais son prestige et son utilité ont décru. Et les rares demandes de son Président acceptées par le pouvoir exécutif, tel le contrôle d’Internet, sont liberticides, réduisent l’impact des Internautes combattant l’antisémitisme tout en laissant nombre de comptes antisémites en activité. De plus, depuis 2025, le CRIF est membre de l’Observatoire de lutte contre la haine en ligne, une coalition d’associations relancée par Aurore Bergé.

En 2026, le CRIF s’est targué de mille invités à son diner, dont des édiles – logique à environ un mois du premier tour des élections municipales -, d’anciens Présidents de la République, dont François Hollande, des ministres et anciens Premiers ministres, des ambassadeurs, des dirigeants communautaires dont le Grand Rabbin de France Haïm Korsia et le Président du Consistoire de France Me Elie Korchia… Comme le CRIF a exclu d’inviter des partis d’extrême-gauche (LFI, EELV), le Rassemblement national, Reconquête ! et une partie du Parti socialiste, ne restaient que Les Républicains, l’extrême-centre macronien et des élus socialistes, tel le député Romain Eskenazi  (Socialistes et apparentés) hostile à toute alliance avec LFI. Bref, un isolement politique du CRIF. Une déconnexion des Français juifs qui survotent dans certaines circonscriptions pour le RN et Reconquête !
La veille, Yonathan Arfi avait commenté des statistiques inquiétantes sur les actes antisémites en France en 2025 recensés par le ministère de l’Intérieur et le SPCJ  (Service de protection de la communauté juive), organisation communautaire créée en 1980 : « 1320 actes recensés en 2025, soit 110/mois et plus de 3,6/jours. L’antisémitisme se maintient à un niveau durablement élevé, confirmant le palier atteint en 2023–2024. Et 53 % des faits antireligieux sont des actes antisémites, alors même que la population juive en France représente moins de 1 %, révélant un niveau de ciblage hors proportion. » 

Le CRIF a conclu un partenariat avec l'American Jewish Committee (AJC) : "Notre partenariat reflète la compréhension commune que les défis auxquels la communauté juive est confrontée aujourd'hui sont de nature mondiale et exigent des réponses solides et coordonnées", a indiqué Teld Deutch, le CEO de l'AJC à Actu J (26 février 2026) Au programme : "la coordination sur les priorités politiques clés, notamment la lutte contre l'antisémitisme et l'extrémisme, et la protection de la liberté religieuse", l'investissement "dans les futurs leaders et des initiatives éducatives tout en renforçant le dialogue entre nos communautés et la société dans son ensemble", etc.

Le contexte de ce diner ? Le numéro de février 2026 de Causeur avait consacré un Focus à l’affaire al-Dura. Le 2 février 2026, le Tribunal administratif de Paris avait rejeté les demandes de trois ayants-droit canadiens de Khedouri Lawee (1891-1968) et d’Ezra Lawee (1894-1982) qui avaient réclamé à la France notamment 14 millions d’euros de loyers impayés depuis 1969 : l’ambassade de France à Bagdad (Irak) se trouve depuis 1965 à Beit Lawee, propriété de cette famille juive. Le 18 février 2026, Teba N., étudiante en première année d’économie à l’université Paris Sorbonne, avait comparu devant le Tribunal judiciaire de Paris pour harcèlement scolaire ayant entraîné une dégradation des conditions de vie d’étudiantes juives françaises exclues de son groupe Instagram et provocation non publique à la haine antisémite. 

Yonathan Arfi
Dès les premières phrases de son discours, Yonathan Arfi a évoqué l’assassinat d’Ilan Halimi  dans un registre émotionnel et sous la forme d’exhortations : « Le 13 février 2006, j’avais 25 ans. J’ai pleuré la mort d’un Français juif, enlevé, torturé, assassiné. Le 13 février 2006, j’ai pleuré la fin d’un monde. Je suis de la génération Ilan Halimi. Celle qui a vu l’antisémitisme meurtrier s’échapper en France des livres d’Histoire… Quand des bûcherons antisémites ont tronçonné un arbre planté à sa mémoire, tout a ressurgi. La rage. Le sentiment de solitude. La détermination. En souvenir d’Ilan Halimi : nous ne laisserons personne déraciner sa mémoire ! Nous ne laisserons personne déraciner la République ! Nous ne laisserons personne déraciner les Français juifs ! Lors de la remise du Prix qui porte son nom, vous nous avez confié à quel point sa mort avait marqué votre conscience politique. Je tiens d’abord, à vous exprimer notre reconnaissance et, à travers vous, à tous les élus [qui] ont choisi de planter des arbres en signe d’engagement républicain contre l’antisémitisme… » Le Président Emmanuel Macron avait cité Sébastien Selam, tué en 2003, parmi les victimes d’antisémitisme en France depuis 2000, puis Me Ariel Goldmann et Marc Knobel avaient nommé ce jeune DJ, mais Yonathan Arfi a omis de le nommer. Planter un arbre, c’est à peine symbolique, et les plaques apposées sont elliptiques sur les circonstances de la mort d’Ilan Halimi.

Puis, Yonathan Arfi a évoqué une justice problématique : « Comment comprendre la décision de justice qui ne reconnaît pas la nature antisémite de cette dégradation [de l’arbre planté en hommage à Ilan Halimi et coupé] ? Comme elle ne l’a pas reconnu pour la défenestration de René Hadjadj à Lyon ou l’empoisonnement d’une famille juive à Levallois ? Faut-il que l’antisémitisme ou le racisme soit revendiqué par leurs auteurs pour être reconnu ? La France a besoin que la justice mette plus souvent des mots sur la haine même quand elle se propage en silence. »

« De Manchester à Washington, de Sydney à La Grande-Motte, le 7-Octobre a été entendu comme un appel mondial au passage à l’acte violent contre les Juifs… Nous aurions tort de croire que nous retrouverons rapidement en France la situation qui prévalait avant le 7-Octobre… En 2025 : 1320 actes, recensés par le ministère de l’Intérieur contre seulement des dizaines par an, – déjà trop –, dans les années 90 puis des centaines annuellement de 2000 à 2022. Au-delà, un antisémitisme d’atmosphère s’est déployé, amenant des Français à douter parfois de leur avenir en France » Le 7-Octobre a été entendu comme un appel au djihad. Mais le caractère islamique est sciemment dissimulé par les dirigeants communautaires français.

« Comment expliquer que les Juifs, moins de 1 % de la population, sont la cible de 53 % des actes antireligieux dans notre pays ? D’abord, une obsession. Celle de l’essentialisation des Juifs et de l’assignation permanente à la guerre à Gaza… L’injonction est féroce : exiger des Juifs qu’ils condamnent Israël, pour faire du sionisme un crime moral. C’est une falsification historique : être sioniste, c’est reconnaître simplement que le peuple juif, comme tous les autres peuples, a droit à l’autodétermination… En 1948, les Britanniques se retirent du Proche-Orient, comme ils se sont retirés d’Inde ou du Pakistan, et un vieux peuple indigène, le peuple juif, comme d’autres, accède à la souveraineté. N’en déplaise à Rima Hassan, la création d’un État juif n’est pas le produit de la colonisation, mais s’inscrit au contraire dans l’histoire de la décolonisation ! »

Et Yonathan Arfi de poursuivre : « Le nouveau maccarthysme antisioniste se présente comme un progressisme. Un climat d’intimidation intellectuelle terrorise l’univers académique, où des étudiants juifs sont harcelés. Il menace aussi le monde de la culture, où des artistes comme Amir, Enrico Macias ou Sophia Aram font l’objet d’appels au boycott… Parmi ces inquisiteurs des temps modernes, un syndicat fait preuve d’un zèle remarquable. Quand la CGT s’oppose à la tenue d’un concert de l’Orchestre philharmonique d’Israël à Paris, défend-t-elle les travailleurs ? Ou alors cultive-t-elle depuis le 7-Octobre une idéologie faite de clientélisme et d’aveuglement, jusqu’à l’apologie du terrorisme ? Cette nouvelle inquisition trouve aussi des relais plus branchés : ainsi Radio Nova, qui accueille Guillaume Meurice, qui défend Blanche Gardin et qui devient peu à peu la radio refuge de l’humour-antisémite-qui-affirme-ne-pas-l’être-et-s’offusque-qu’on-le-dénonce. Dieudonné en rêvait, Mathieu Pigasse et Radio Nova l’ont fait ! »

« Et que dire de la responsabilité d’élus, jusqu’aux bancs de l’Assemblée nationale, qui légitiment et cautionnent l’antisémitisme ? Je salue la proposition du Président de la République de rendre inéligibles les auteurs d’actes et de propos racistes ou antisémites. Rima Hassan, Aymeric Caron, David Guiraud, Thomas Portes,… tôt ou tard, vous serez rattrapés par la justice ! », a prédit Yonathan Arfi. On peut en douter tant les plaintes visant ces élus LFI ou EELV n’ont pas encore abouti, des années après leurs dépôts.
Yonathan Arfi a réitéré son rejet, depuis des années, de LFI et du RN : « La France insoumise représente un danger existentiel pour les Français juifs. Il est temps de reconnaître ce parti pour ce qu’il est : aucune démocratie interne, la violence comme stratégie, le culte du chef, l’intimidation des journalistes, la soumission à Poutine comme la compromission avec les mollahs : LFI est un parti factieux, une secte politique dangereuse pour la République ! La mort de Quentin Deranque à Lyon doit servir aujourd’hui d’alerte. Face à cette dérive, la réponse doit venir de la gauche elle-même… Cet impératif n’est pas que politique, il est d’ordre moral et engage l’honneur et l’histoire de la gauche républicaine… Le Parti socialiste (PS) et tous les acteurs de la gauche responsable doivent rompre clairement, définitivement, avec LFI, en renonçant à toute alliance avec ce parti. Pourquoi la gauche républicaine s’autoriserait-elle avec LFI ce que la droite républicaine, s’interdit, à raison, avec le Rassemblement National (RN), et j’espère continuera à le faire ? »

Yonathan Arfi s’est ensuite présenté en héraut de la liberté : « Parmi les victimes sur la plage de Bondi Beach, figurait un Français, Dan Elkayam... Sa famille est présente à nos côtés ce soir. Aucun pays, aucune société n’est à l’abri de l’antisémitisme... À New York, l’élection de Zohran Mamdani, pour qui le slogan « Globalize Intifada » est acceptable […] revient sur l’adoption de la définition de l’antisémitisme de l’IHRA. De l’autre côté, l’activisme MAGA libère les pulsions antisémites de suprémacistes décomplexés, de Nick Fuentes à Tucker Carlson… Je crois à la nécessité d’un dialogue respectueux entre la France et les États-Unis […] pour combattre l’antisémitisme des deux côtés de l’Atlantique comme pour défendre la liberté partout dans le monde. La liberté pour l’Ukraine, face à l’impérialisme russe. La liberté, pour les femmes afghanes, abandonnées au pire des obscurantismes et celle du peuple du Venezuela, qui a droit à la démocratie. La liberté pour les Kurdes, livrés à la vengeance de néo-djihadistes. La liberté espérée pour Christophe Gleizes, otage en Algérie, et celle retrouvée, de Boualem Sansal ! La liberté pour nos compatriotes Cécile Kohler et Jacques Paris toujours retenus en Iran et assignés à résidence à l’ambassade de France. La liberté en Iran, toujours, quand un peuple se soulève face à l’oppression islamiste. Des dizaines de milliers de manifestants ont été massacrés en deux jours, par les terroristes des Gardiens de la Révolution, dans le silence du monde et de la plupart des indignés professionnels. » Des oublis dans cette liste : les chrétiens persécutés par les islamistes notamment en Afrique sub-saharienne, les Yéménites, etc.

Et Yonathan Arfi de fustiger l’inaction de l’Union européenne et la France face aux accusations infondées de « génocide » que commettrait Israël : « Non seulement la mémoire de la Shoah ne protège plus les Juifs, mais désormais on la retourne contre eux. [Ainsi de] l’accusation mensongère et infamante de « peuple génocidaire », que l’on veut désormais coller au peuple juif dans une funeste inversion morale. Monsieur le Premier ministre, vous avez pris le temps de venir visiter l’exposition mémorielle sur le 7-Octobre que nous avons organisée place des Vosges en hommage aux 1 200 victimes du Hamas et aux otages. Ensemble, nous nous sommes arrêtés devant la photo de la cérémonie d’hommage national rendu aux Invalides. J’ai vu votre émotion devant les images des kibboutz martyrisés et face aux portraits des 50 victimes françaises. Vous m’avez dit aussi l’importance de vos échanges avec les familles d’otages lors de vos voyages en Israël quand vous étiez ministre de la Défense. Je connais l’engagement sincère de votre gouvernement contre l’antisémitisme… La France ne reprend pas à son compte l’accusation de génocide. Mais pourquoi l’Europe et la France laissent-t-elles cette accusation sans réponse lorsqu’elle est proférée par d’autres pays dans des instances internationales ? Laisser prospérer mondialement l’accusation mensongère de génocide, c’est mettre en danger tous les Juifs, où qu’ils vivent, essentialisés, nazifiés, livrés à la vindicte des antisémites… »
 
Puis, Yonathan Arfi a évoqué Francesca Albanese « Cette rhétorique antisémite est au cœur du discours de la rapporteure spéciale de l’ONU Francesca Albanese. La demande française de sa démission portée par le Ministre des affaires étrangères est l’honneur de notre pays ! Elle a participé à un forum aux côtés d’un dirigeant du Hamas, dont elle qualifie l’action de « résistance » ; elle a parlé par le passé des États-Unis « subjugués par le lobby juif ».

« En septembre, quelques jours avant la reconnaissance de l’État palestinien par la France, l’Autorité palestinienne mettait enfin en détention un des suspects de l’attentat de la rue des Rosiers, dans la perspective d’une extradition. Les institutions juives étaient opposées à cette reconnaissance alors que des otages étaient encore retenus à Gaza, que le Hamas n’a pas désarmé et que beaucoup d’États de la région ne reconnaissent pas Israël. Cinq mois plus tard, ce suspect n’a toujours pas été extradé. Qu’est-ce que la France a gagné avec cette reconnaissance prématurée ? », a interrogé Yonathan Arfi.

Et il a poursuivi par une diatribe fourre-tout : « Les institutions juives ont toujours soutenu tous les processus de paix au Proche-Orient et continueront à le faire… La cause d’Israël est juste dans cette guerre qu’il n’a pas choisie. [Nous continuons] à appeler à la paix entre Israéliens et Palestiniens… La République s’abîme quand des maires, par clientélisme ouvrent la porte à l’islamisme des « Frères musulmans » dans leurs villes. Elle s’abîme quand on laisse se tenir une messe en hommage à Pétain alors que la République l’avait condamné à l’indignité nationale. Elle s’abîme quand on laisse Al Jazeera et sa déclinaison sur les réseaux sociaux AJ+ diffuser en France une rhétorique islamiste, qui attaque la laïcité française autant qu’elle menace les Juifs. Elle s’abîme quand des députés du parti « passionnément antisémite », ceints de leur écharpe tricolore mais brandissant des drapeaux palestiniens, tiennent meeting au cri de « Sionistes hors des facs » au sein-même de nos universités. Elle s’abîme quand on laisse le populisme de l’extrême droite, sous le visage juvénile du RN, se banaliser et se présenter comme unique recours face à LFI. Elle s’abîme quand un avocat dans le procès de l’assassinat de Samuel Paty a l’indécence de prétendre qu’il aurait discriminé des élèves musulmans. Elle s’abîme aussi quand un conseiller d’État s’égare en appelant à des « rafles » contre l’immigration illégale. Les mots ont un sens parce qu’ils ont une Histoire. » Une attaque à Arno Klarsfeld dans une diatribe fourre-tout.

Il a soutenu la proposition de loi de Caroline Yadan : « Je salue la tenue des assises de la lutte contre l’antisémitisme et l’adoption de la loi contre l’antisémitisme et le racisme à l’Université. Je veux saluer aussi l’engagement de la DILCRAH. Mais comment accepter que le budget de la DILCRAH, 15 millions d’euros, soit par exemple inférieur à la contribution française à l’UNRWA ? », a interrogé Yonathan Arfi. 

« Lorsque l’antisémitisme était racial, l’Assemblée nationale s’est dressée et a voté, en 1972, la loi Pleven pour pénaliser l’incitation à la haine raciale. Quand l’antisémitisme a pris le visage du négationnisme, elle s’est encore levée, c’est la loi Gayssot en 1990. Aujourd’hui que l’antisémitisme prend sa source dans la haine d’Israël, la représentation nationale doit faire progresser la loi. La loi Pleven n’a pas empêché le progrès de la biologie. La loi Gayssot n’a pas entravé la recherche historique. La loi proposée par Caroline Yadan et de nombreux parlementaires ne réduira en rien la liberté d’expression… » 

« En 1791, deux jours séparent la première abolition du délit de blasphème, du décret d’émancipation des Juifs de France… En 2015, deux jours séparent également l’attentat de Charlie Hebdo, accusé de blasphème par des islamistes, et l’attentat de l’Hyper Cacher. Ce hasard qui n’en est pas, dit mieux que de longs discours pourquoi en France la condition des Juifs sera toujours liée à celle de l’esprit critique et de la laïcité… Depuis 120 ans, les Français juifs, comme tant d’autres, l’ont chérie et protégée et ne résignent pas aujourd’hui à la voir conspuée ou brocardée. Le 23 juin prochain, la dépouille de Marc Bloch fera son entrée au Panthéon. Dans le sillage de Marc Bloch, de Léon Blum, de Georges Mandel, de Pierre Mendès-France et de tant d’autres, les Français juifs aiment et défendent la République. De tous temps, de la Révolution française à la Résistance, de l’Affaire Dreyfus à aujourd’hui, nous n’oublions pas que des Français se sont battus aux côtés de leurs concitoyens juifs pour dire que l’antisémitisme est une injure au pacte républicain », a relevé Yonathan Arfi.

« Je veux donc dire aux centaines de milliers de personnes descendues dans la rue le 12 novembre 2023, aux 76 % de Français qui considèrent l’antisémitisme comme une menace pour la République, que le visage de la France ne serait pas le même sans eux. Le visage de la France, c’est celui des policiers qui protègent les synagogues et les écoles, parce que personne ne doit être ciblé pour ce qu’il est. Celui des juges, des enseignants, des éducateurs qui refusent le fatalisme face à l’antisémitisme comme face à toutes les haines racistes. Le visage de la France que nous voulons retenir, c’est d’abord celui d’Émile Zola qui écrit « J’accuse », de Stanislas de Clermont-Tonnerre qui plaide pour l’émancipation des Juifs de France, de Monseigneur Saliège et sa lettre pastorale dénonçant les persécutions antisémites, de Lucie Aubrac et son courage dans la résistance, de Clémenceau et sa détermination à défendre Dreyfus, de Joséphine Baker qui transportait des messages cryptés dissimulés dans des partitions. C’est le visage de la France humaniste et universaliste. C’est le visage de la République », a conclu Yonathan Arfi en présentant des juifs qui seraient faibles, passifs. Des victimes.

Yonathan Arfi a fait l’impasse sur les Juifs actuels, sur la Nation, sur la démocratie. Comme d’habitude. Et ce, sans aucune proposition de mesure efficace.

Sébastien Lecornu, Premier ministre
« Ce dîner a quelque chose de singulier. C’est d’abord un rendez-vous d’amitié… À chaque Premier ministre, vous offrez le même présent : la copie du décret d’émancipation des Juifs de France, en 1791. C’est un geste fort. Un rappel. La France fut la première Nation d’Europe à reconnaître les Juifs comme citoyens. Mais encore fallait-il inventer le citoyen. Encore fallait-il proclamer les Droits de l’Homme. Napoléon, après le Concordat qui autorisa et reconnaîtra la liberté de culte, institua le Consistoire. Et dès lors, une évidence s’imposa : les Juifs de France sont des citoyens français. Sauf Vichy. Mais Vichy n’était pas la République », a affirmé  le Premier ministre Sébastien Lecornu.

Et il a rappelé la motivation des Dreyfusards : « Nulle part ailleurs l’Affaire Dreyfus n’aurait pu être vécue comme elle le fut ici. Nulle part ailleurs il ne se serait trouvé un Zola. Un Clemenceau. Des écrivains. Des officiers. Des responsables politiques pour dire : non. L’honneur national n’était pas de couvrir une faute : il était de rétablir la justice. Ils n’ont pas défendu Dreyfus parce qu’il était juif. Ils l’ont défendu parce qu’il était innocent. Parce que le droit comptait davantage que l’institution. Parce que la République valait plus que l’erreur ». Quid des aristocrates dreyfusards, dont la comtesse Greffulhe ?

Puis le chef du gouvernement a évoqué la situation actuelle : « En France, aujourd’hui, une maman se demande, quand elle choisit une nounou, si celle-ci potentiellement baigne ou non dans le jus antisémite partout répandu. Elle s’interroge aussi sur le pédiatre, le professeur, le policier, l’animateur, l’éducateur, le voisin. Au fond, ne suis-je pas en train de confier mon enfant à celui qui me hait ? Faudrait-il donc pour se protéger que les Français juifs ne s’adressent qu’aux Français juifs ? Et donc les Français catholiques qu’aux Français catholiques ? Les Français musulmans aux Français musulmans ? Le poison du communautarisme est là. Diviser la France en communautés suspicieuses : c’est ce que nos ennemis précisément souhaitent. Et ce n’est pas un hasard si des mains ensanglantées ont été taguées sur le Mur des Justes du Mémorial de la Shoah, téléguidées par des services étrangers. » Sur 2489 actes antireligieux recensés en 2025 : 1 320 actes antisémites soit 53% des actes - les juifs représentent 0,006% de la population française -, 843 actes antichrétiens soit près de 34%, et 326 actes antimusulmans soit 13 %. Qui sont « nos ennemis » ?

Le Chef du gouvernement a poursuivi son ode à la République présentée comme synonyme de juif, mais sans argumenter : « La haine des Juifs, c’est la haine de la République. Juif, catholique, protestant, orthodoxe, musulman, bouddhiste, athée. En France, on peut être tout cela, parce que la République est laïque… Et c’est ce qui permet la fraternité ». 

« En vingt-cinq ans, l’antisémitisme a changé de forme… Depuis la guerre, le devoir de mémoire, l’enseignement de la Shoah, le rappel de la destruction des juifs d’Europe, le souvenir des rescapés, obligeaient les plus odieux à se taire. Mais, en une génération seulement : l’antisémitisme est revenu… Brutalement. Il revient avec des mots, des expressions que l’on croyait ensevelis sous les ruines du 20e siècle : « Ils ne font pas partie de la même espèce humaine que nous. »… Qui peut écrire ces mots, aujourd’hui, en France ? Un chroniqueur médiatique. Devenu député de la République ». Ce parlementaire, Aymeric Caron, a nié avoir tenu ces propos.

« Ce qui relevait hier de la marge extrémiste s’installe désormais au cœur du débat public… On prononce des mots chargés d’histoire. Puis, lorsque l’indignation monte, on explique qu’ils ont été mal compris. D’autres viennent alors plaider : « Ce ne sont pas les Juifs qui sont visés, mais les sionistes ! ». Comme si le glissement sémantique effaçait l’intention. Comme si changer le mot changeait la cible. L’ambiguïté n’est pas une maladresse : c’est devenu une stratégie. Mais alors que signifie cette distinction que certains veulent introduire en secours à leur démonstration ? Sous-entendre que les Juifs ne seraient acceptables qu’à condition de renier leur attachement à Israël ? Qu’ils devraient renoncer à une part de leur identité, de leur histoire, pour être considérés comme pleinement humains ? », a analysé Sébastien Lecornu. 

Puis le Premier ministre a distingué le soutien à Israël du droit à critiquer un gouvernement, tout en éludant le boycott d’entreprises israéliens dans des salons français de la Défense en 2024 : « Face à cela, il est une parole qui, elle, ne se reniera pas : c’est celle de la France. La France a soutenu la création d’un État pour les Juifs. Les peuples français et israélien sont des peuples amis. Et lorsque l’État d’Israël est attaqué, la France est à ses côtés. Elle l’a été pour déjouer les attaques massives de missiles et de drones lancées par la République islamique d’Iran en avril et en octobre 2024, comme en juin 2025. Et elle le restera aussi longtemps que nécessaire… Soutenir Israël, ce n’est pas soutenir un gouvernement… Soutenir Israël, c’est soutenir l’existence d’un État. Sa souveraineté. Sa sécurité. Et le droit du peuple juif à disposer de lui-même. Cette distinction n’a rien d’idéologique. Elle relève du droit international. Elle relève du bon sens politique… Car aujourd’hui, se dire « antisioniste », ce n’est pas critiquer une politique : c’est contester le droit même d’Israël à exister. On a le droit – et même le devoir – de critiquer un gouvernement. Le gouvernement français est critiqué. Le gouvernement israélien est critiqué. Le gouvernement israélien critique le gouvernement français. Et le gouvernement français critique le gouvernement israélien. Tout cela est normal, et personne ne doit en être surpris et encore moins en tirer des conclusions qui ne seraient pas les bonnes : car c’est la vie normale des démocraties. Et c’est la vie diplomatique normale entre les États. J’ai moi-même, dans mes fonctions précédentes comme ministre des Armées, dit, au nom du gouvernement français, aux responsables politiques israéliens, droit dans les yeux, ce qui nous opposait. En conscience… Désormais, dans le débat public on mélange – sciemment ou par inculture –, le gouvernement, le régime, l’État et, à la fin, le peuple. Ce qui relevait hier de l’éducation civique élémentaire est devenu flou… Car le seul État dont on exige aujourd’hui la disparition, c’est Israël. Il faut donc parler clairement. Dire « de la mer au Jourdain », c’est appeler à l’effacement d’Israël. C’est accepter l’idée que les Israéliens n’auraient plus leur place. L’antisionisme contemporain est devenu le masque d’un vieil antisémitisme. »

Sébastien Lecornu a soutenu l’inéligibilité pour propos antisémitisme de tout candidat à un mandat public, soit une « loi Zemmour » et réitéré la « solution-à-deux-Etats » comme si l’agression djihadiste du 7 octobre 2023 n’en avait pas révélé l’impossibilité : « La République a toujours su adapter le droit pour combattre la haine. Quand certains niaient le génocide des Juifs, elle a adopté la loi Gayssot. Elle a renforcé les peines des infractions racistes et antisémites lors de la refonte du Code pénal en 1994, puis en 2003. Elle a adopté récemment une loi pour mieux lutter contre l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur… Il faut aujourd’hui franchir une étape supplémentaire. Appeler à la destruction de l’État d’Israël, c’est appeler à la mise en danger vital d’un peuple. Et en France, l’appel au meurtre est interdit. L’antisémitisme est puni. L’appel à l’anéantissement d’un État ne peut donc plus être toléré. Le Gouvernement inscrira donc à l’ordre du jour des travaux du Parlement dès ce printemps la proposition de loi portée par la députée Caroline Yadan, enrichie des écritures du Conseil d’Etat saisi par la Présidente de l’Assemblée nationale. Mais la réponse ne peut être seulement pénale : elle doit aussi être civique. Le Président de la République l’a annoncé : les actes et les propos antisémites, racistes et discriminatoires ne peuvent être compatibles avec l’exercice d’un mandat public… L’inéligibilité pour propos antisémites devra donc être également inscrite dans notre droit. Car la liberté d’expression n’est pas la liberté d’exclure. Et la République n’a pas à se laisser représenter par celles et ceux qui veulent la fracturer. Appeler à la destruction d’un État n’est jamais anodin. Depuis des décennies, la France défend une solution à deux États. Deux peuples. Deux États. Vivant côte à côte, en sécurité. Je suis convaincu que c’est la seule voie réaliste vers la paix. C’était d’ailleurs l’esprit des accords d’Oslo. Des gouvernements israéliens, de droite comme de gauche, l’ont porté. Mais disons le clairement : vouloir un État palestinien en appelant simultanément à la disparition d’Israël, ce n’est pas défendre la paix. C’est appeler à l’effacement d’un peuple. C’est appeler à sa destruction… » 

Sébastien Lecornu a continué de dévider la doxa du Quai d’Orsay : « Il existe aujourd’hui une stratégie sémantique. Celle qui consiste à retourner l’accusation. À déposséder les Juifs de leur histoire, les faire passer de victimes à bourreaux. Parler de « génocide » à Gaza pour leur arracher la mémoire de la Shoah. Pour relativiser. Pour inverser. Les Conventions de Genève interdisent de viser les populations civiles. Il y a une guerre, et il peut donc y avoir des crimes de guerre. Le droit international s’applique à tous. Et ce qui s’est produit à Gaza soulève des questions très graves au regard du droit international. Ce que fait l’actuel gouvernement israélien en Cisjordanie contrevient aussi au droit international. Mais l’instrumentalisation politique du droit n’est pas davantage acceptable. Lorsque la représentante spéciale des Nations unies tient des propos en compagnie de représentants du Hamas ou de l’Iran, cela décrédibilise la parole internationale. La France en tire alors toutes les conséquences et demande donc sa démission. » Une allusion à Francesca Albanese dont le mandat a été renouvelé de manière étrange.

Le Premier ministre a souligné la gravité de la « guerre des mots » : « Rappelons aussi un fait simple : 20 % de la population israélienne est arabe palestinienne. Deux millions de citoyens. 150 000 en 1948. Un million en 2000. Deux millions aujourd’hui. Employer le mot « génocide » n’est pas neutre : c’est une arme politique. Ce n’est pas un diagnostic juridique établi par une juridiction internationale. La guerre des mots prépare la guerre contre les personnes. Elle désigne des cibles. Elle légitime l’hostilité envers tout « sioniste », donc envers tout Juif. La guerre tue au Moyen-Orient. Elle tue aussi à Sydney. En Europe. En France. Il y a l’horreur des attentats. Les massacres. Au Soudan. En Iran. En Syrie. Ailleurs encore. Mais il y a aussi l’horreur de celles et ceux qui dansent après un massacre. Comme certains ont dansé après le 9 janvier 2015 ou après le 7 octobre 2023. Comme certains ont profané des arbres plantés en mémoire d’Ilan Halimi. Il y a celles et ceux qui feignent d’oublier qu’en 2012, à Toulouse, des enfants ont été assassinés dans leur école parce qu’elle était juive et parce qu’ils étaient juifs. Et que des militaires français ont été tués parce qu’ils portaient l’uniforme de l’armée de la République et qu’ils étaient musulmans. Ce n’est pas une guerre entre Juifs et Musulmans. C’est un combat entre la barbarie et la fraternité. Les noms comptent. Mireille Knoll. Sarah Halimi. Ilan Halimi. Philippe Braham. Yohan Cohen. Yoav Hattab. François-Michel Saada. Jonathan Sandler, et ses fils. La petite Myriam Monsonego. Aryeh et Gabriel. Et puis les victimes françaises du 7-Octobre et des jours suivants. Cinquante-et-un noms. De douze à quatre-vingts ans. Assassinés par le Hamas. Cinq ont été sauvés. Derrière chaque nom, une famille. Une vie. Un avenir brisé. Voilà ce que cherchent nos ennemis : activer la haine. Installer la peur. Et plus que tout, diviser. » Une liste incomplète de victimes juives française assassinées en France depuis 2000 : il manque notamment Sébastien Selam et René Hadjadj.

« Depuis vingt ans, les gouvernements agissent. La police protège. L’armée patrouille avec l’opération Sentinelle. Les synagogues, les écoles, les radios juives sont protégées. Et pourtant. Et pourtant, les actes antisémites ne disparaissent pas. La peur s’installe. Faut-il encore plus de policiers ? Encore plus de militaires ? À chaque mariage ? À chaque Bar Mitsvah ? Oui, probablement. Mais la vraie question est ailleurs… Les Juifs sont en France depuis l’Antiquité. À Argentoratum avant Strasbourg. Dans la vallée du Rhône au premier siècle. À Arles. À Marseille. Marseille n’est pas seulement grecque ou romaine. Elle est aussi juive. Arabe. Corse. Elle est tout cela à la fois. Comme la France. Ce combat n’est pas celui d’une communauté. Il est celui de la République… Pas de liberté sans égalité des droits et des devoirs. Et pas d’égalité sans fraternité. L’antisémitisme est toujours le signal d’alarme. Il annonce les autres haines. Les autres malheurs... Je vous remercie de lutter. Non pas pour une communauté. Mais pour la République… À chaque époque, la France a connu des fautes. Des faiblesses. Des désespoirs. Mais elle s’est toujours relevée. Toujours. Si nos prédécesseurs ont su vaincre l’antisémitisme ancien, nous saurons donc affronter ses formes nouvelles. Il faudra de nouvelles armes juridiques. Y compris pour les réseaux sociaux. De la fermeté. Du courage. Nous sommes là pour cela. Péguy écrivait qu’« il y a quelque chose de pire qu’une âme perverse, c’est une âme habituée ». Le combat est là : il est politique. Culturel. Intellectuel. Civilisationnel. Ne rien céder. Jamais. Pour l’amitié. Pour la République. Et pour la France », a conclu le Premier ministre qui n’explique par l’échec de la lutte des gouvernements français depuis un quart de siècle, n’analyse pas « l’antisémitisme nouveau » et omet d’évoquer l’immigration massive de populations souvent musulmanes qui ne s’assimilent ni ne s’intègrent en France. Oublier de dire que Marseille est aussi chrétienne !?

Analyses
Si le 13 février 2026, Sébastien Selam et René Hadjadj avaient été évoqués par le Président de la République Emmanuel Macron parmi les victimes de l’antisémitisme en France, ils ont été « oubliés »,  par le Premier ministre Sébastien Lecornu. C’est le dernier qui a parlé qui a raison dans la Macronie ? 

Promulguée le 31 juillet 2025, la loi relative à la lutte contre l’antisémitisme dans l’enseignement supérieur nécessitait six décrets d’application  : un décret a été publié le 29 décembre 2025, et les cinq autres in extremis le 29 janvier 2026. Mieux vaut tard que jamais.

Exeunt l'affaire al-Dura ou le procès Lawee. Yonathan Arfi ne sait que fustiger les extrêmes. C’est vrai qu’avec une telle hauteur de vues géopolitiques, recevoir des juifs français lambda victimes d’antisémitisme, cela doit être vraisemblablement d’un ennui… Quant à combattre au côté de victimes juives du « gouvernement des juges » ou contre un antisémitisme d’État - Dr Lionel Krief, affaire Lawee, affaire al-Dura -, cela semble inenvisageable, et peut-être incongru, pour le CRIF. 

Que reste-t-il du 40e diner du CRIF ? Pratiquement rien. Certes, ces discours ont été bien accueillis. Pourtant, ils instrumentalisaient l’antisémitisme à des fins politicardes. Qui pense sincèrement que les deux propositions de loi annoncées, dont l'une semble peu constitutionnelle, vont endiguer l’antisémitisme ? Le CRIF a bu le calice jusqu’à la lie. S’en est-il seulement rendu compte ? En tout cas, pour les Français juifs, c’est une boisson amère dont leurs papilles se seraient volontiers passés. .


dimanche 15 février 2026

Affaire Lawee : Un jugement inique du Tribunal administratif de Paris

Le 2 février 2026, le Tribunal administratif de Paris a rejeté les demandes de trois ayants-droit canadiens de Khedouri Lawee (1891-1968) et d’Ezra Lawee (1894-1982), deux frères hommes d’affaires juifs exilés d’Irak depuis 1948, propriétaires d’une Résidence et d’un Terrain à Bagdad (Irak) loués en 1964 à la France – celle-ci a localisé son ambassade et son consulat dans leur demeure. Ces ayants-droit – Mayer Lawee, Selman Khazzam, Philip Khazzam - avaient réclamé à la France 14 millions d’euros de loyers impayés - partiellement depuis 1969 et totalement depuis 1974 -, 7 millions d’euros de dommages et intérêts, et 20.000 euros au titre de leurs frais judiciaires. Ils sont invités par le Tribunal à les réclamer en… Irak ! Un jugement inique. Un scandale d’Etat aux enjeux juridiques – refus de reconnaitre la responsabilité de la France pour violation d’un contrat administratif de bail -, financiers – enrichissement de la France au détriment de ses bailleurs juifs -, historique – exil de près d’un million de juifs, souvent spoliés, du monde arabe ou/et musulman essentiellement des années 1940 aux années 1970 -, moraux – soumission de la France à la législation irakienne antijuive contraire à ses valeurs, à ses textes fondamentaux et aux conventions internationales signées, actes spoliateurs de la France envers ses cocontractants juifs -, politique – approbation tacite des plus hautes autorités de l’Etat -, diplomatiques - cynique et cupide « politique arabe » de la France -, et communautaires : silence de dirigeants d’organisations juives...


Nés à Bagdad (Irak), Khedouri Lawee (1891-1968) et Ezra Lawee (1894-1982), deux frères hommes d’affaires juifs irakiens, avaient acheté en indivision en 1935 un terrain de 3.808 m² dans un quartier résidentiel au centre de Bagdad, sis Kard el Pacha n° 9/3/1. De 1935 à 1937, ils y ont fait construire leur résidence familiale majestueuse dénommée Beit Lawee (maison Lawee, en hébreu), un palais aux lignes épurées, agrémenté d’une piscine et de fontaines, d’un jardin avec une serre, de deux garages, d’une maison pour le gardien… Ils ont aussi acquis le « Terrain » (1.147 m²), situé en face et constitué de deux lots : l’un de 403 m², l’autre de 744 m².

Durant la Deuxième Guerre mondiale, les juifs à Bagdad et Basra sont victimes du Farhud ou farhoud (1941), pogrom fomenté par le grand mufti de Jérusalem al-Husseini : 175-180 Juifs tués, près de 2 000 Juifs blessés, des femmes juives victimes de viols collectifs et mutilées, des synagogues profanées, etc. 

En 1947, l'Organisation des Nations unies a discuté sur un plan de partage de la Palestine mandataire (mandat britannique). Le 14 novembre 1947, et dans un discours comminatoire au Comité politique de l’Assemblée générale de l’ONU, Heykal Pasha, délégué égyptien, annonce un exil d'environ un million de Juifs vivant dans le monde musulman :
« Les Nations unies… ne devraient pas perdre de vue le fait que la solution proposée risque de mettre en danger un million de juifs vivant dans les pays musulmans. La partition de la Palestine risque de créer dans ces pays un antisémitisme même plus difficile à extirper que celui que les Alliés étaient en train d’éradiquer en Allemagne… Si les Nations unies votaient pour la partition de la Palestine, elles pourraient être responsables du massacre d’un grand nombre de juifs ».
« Un million de Juifs vivent en paix en Egypte [et dans d’autres pays musulmans] et apprécient tous les droits de la citoyenneté. Ils n’ont aucun désir d’émigrer en Palestine. Cependant, si un Etat juif était créé, nul ne pourrait empêcher des troubles. Des émeutes pourraient éclater en Palestine, se répandre à travers tous les Etats arabes et risquent de mener à une guerre entre deux races ».
Ce qui suppose une coordination entre les pays arabes selon un modèle dégagé par le professeur Shmuel Trigano  : isolement, marginalisation et exclusion juridiques, économiques et politiques par un « statut des juifs », pogroms, expulsions, etc.

Le 29 novembre 1947, est adopté par vote la résolution 181 concernant le plan de partage de la Palestine mandataire élaboré par le Comité spécial des Nations unies sur la Palestine (UNSCOP) institué par l’Assemblée générale de l'Organisation des Nations unies (ONU). Ce "plan de partage avec union économique" des Nations unies  (résolution 181 de l'Assemblée générale des Nations unies du 29 novembre 1947) divisé la Palestine mandataire en un Etat Juif, en un Etat Arabe et en une zone internationale (corpus separatum) incluant Jérusalem. Seuls 12% de la Palestine mandataire sont donc alloués pour l'Etat Juif. 

Le refus arabe/musulman d'un Etat Juif dans son territoire historique, biblique, induit l'agression djihadiste contre l'Etat d'Israël à peine né (15 mai 1948-10 mars 1949). Parmi les Etats agresseurs d'Israël : l'Irak.

Dès 1948, les 130 000 juifs irakiens ont été victimes, de nouveau, de la politique irakienne antisémite, présentant des similarités avec celle nazie : interdiction de quitter le pays (juillet 1948), arrestations, lourdes amendes, spoliations, loi privant de nationalité les juifs irakiens immigrant en Israël (1950, 1951), loi gelant les biens juifs (loi 1951) – une forme de spoliation sans transfert officiel de propriété -…

De 1949 à 1952, environ 120 000 Juifs opprimés, dont 18 000 juifs kurdes, ont émigré , généralement vers Israël et par avions. 

Sur le conseil du roi d’Irak, la famille Lawee a quitté dès 1948 l’Irak, mais avait confié, au préalable, la protection de ses deux biens à un gardien. Elle s’est dirigée vers le Royaume-Uni, puis les Etats-Unis, et une partie s’est fixée en 1953 au Canada où elle a travaillé dans l’immobilier. Elle a acquis la nationalité canadienne, sans avoir eu connaissance de la déchéance de sa nationalité irakienne.

Le 28 décembre 1964, les frères Lawee ont loué leurs Résidence et « Terrain » au gouvernement français qui cherchait un lieu prestigieux comme siège de son ambassade. Le contrat de location a pris effet le 16 avril 1965. D’une durée de deux ans, renouvelable par tacite reconduction, il stipulait le paiement de 2.000 dinars irakiens (IQD) payables par trimestre et d’avance. Un montant additionnel du loyer de 24.185 francs français par trimestre était payable sur un compte bancaire ouvert en France aux noms des frères Lawee, rassurés d’avoir un cocontractant fiable, éminent, pour prendre soin de leurs biens.

Ce contrat a été renouvelé tacitement et les loyers versés aux propriétaires. Depuis 1965, soit depuis plus de 60 ans, l’ambassade et le consulat de France en Irak se trouvent à Beit Lawee.

Après la défaite des armées Arabes lors de la guerre des Six-jours (1967), la situation des juifs en Irak s’est détériorée gravement. Au pouvoir depuis juillet 1968, le nouveau gouvernement baassiste a traqué un prétendu « réseau d'espionnage américano-israélien » qui tenterait de « déstabiliser l'Irak ». Dans ce cadre, quatorze hommes arrêtés, condamnés à mort pour espionnage ou sabotage au profit d’Israël ont été exécutés le 27 janvier 1969 par pendaison en place publique devant des centaines de milliers d’Irakiens : neuf juifs de Bagdad et de Bassorah, trois musulmans et deux chrétiens. La radio de Bagdad avait invité les citoyens à se rendre sur la place Tahrir pour « profiter de la fête ». Leur haine attisée par de hauts dirigeants, ces Irakiens se sont divertis devant les cadavres restés pendus pendant plus de 24 heures. Le 26 août 1969, trois autres juifs irakiens ont été exécutés.

En 1969, sous la Vice-Présidence de Saddam Hussein, le gouvernement irakien a fait savoir à son homologue français que celui-ci devait désormais lui payer les loyers concernant la Résidence et le « Terrain », soit 2.000 IQD. Une décision non notifiée aux propriétaires. Le bien immobilier des Lawee a été « gelé » (« frozen ») et inscrit au nom des ministères irakiens de la Justice et de l’Electricité. Leur gestion a été assurée par la municipalité de Bagdad au statut de fiduciaire (« trustee »). Les cadastres de Bagdad mentionnent à ce jour la famille Lawee comme propriétaire de la Résidence et du « Terrain ».

Après la guerre du Kippour (1973) et le premier choc pétrolier – quadruplement du prix du pétrole -, la « politique arabe de la France » a été renforcée.

En 1974, la France a cessé de payer aux propriétaires juifs la somme additionnelle trimestrielle extracontractuelle de 24.185 francs français.

Dès 1974, les propriétaires, puis leurs ayants-droits ont tenté d’obtenir de la France en particulier le versement des arriérés locatifs. Le gouvernement irakien a dit à un tiers mandaté par la famille Lawee que leur Résidence était « séquestrée ».

En 1975, sous la Présidence de Valéry Giscard d’Estaing, et le mandat de Premier ministre de Jacques Chirac, la France a construit Osirak, réacteur nucléaire dans le centre de recherche nucléaire d'Al-Tuwaitha, près de Bagdad. Le 8 septembre 1975, Saddam Hussein a déclaré au journal libanais El Ousbou El Arabi : « L'accord avec la France est le premier pas concret vers la production de l'arme atomique arabe ». Par diverses actions, l’Etat d’Israël visé s’est efforcé de ralentir les progrès de ce programme nucléaire, puis le dimanche 7 juin 1981, a bombardé ce réacteur.

En 1978, la France a renégocié avec l'Irak un contrat de bail plus avantageux (loyer moins élevé).

Le 2 mars 2004, Me Lucien Bouchard, avocat des ayants-droits des frères Lawee, ancien Premier ministre du Québec, a écrit à Dominique de Villepin, alors ministre français des Affaires étrangères, pour rappeler les droits de ses clients et leur droit à indemnisation pour non-perception des loyers dus. Il n’a reçu aucune réponse.

En octobre 2021, Me Jean-Pierre Mignard, avocat de Mayer Lawee ainsi que de Philip et Selman Khazzam, ayants-droits des frères Lawee, a adressé au ministre français des Affaires étrangères, alors Jean-Yves Le Drian, des documents attestant de la qualité de propriétaires desdits biens de ses clients. Le traitement de ce dossier s'est effectué sans médiatisation.

Par lettre du 14 mars 2022, le ministre Jean-Yves Le Drian a reconnu la validité du contrat de bail signé en 1964 et de celui signé en 1978. Il a mandaté l’ambassadeur de France en Irak pour « prendre l’attache des autorités irakiennes afin de les sensibiliser à l’importance que nous [la France] accordons à ce dossier, et à ce que toutes les mesures d’élucidation soient conduites à ce sujet pour permettre qu’une réponse soit apportée aux sollicitations de la famille Lawee/Khazzam ».

L’échec de cette médiation française pour le « dégel » de leurs biens a peu surpris la succession Lawee : la France a signé le 27 janvier 2023 un traité de partenariat stratégique avec l’Irak.

Les ministres ayant succédé à Jean-Yves Le Drian, Catherine Colonna et Stéphane Séjourné, n’ont pas manifesté la même volonté. Cependant, sous le ministère de Catherine Colonna et avec l’aide de l’ambassade de France en Irak, une expertise mandatée par les propriétaires a été effectuée à Beit Lawee.

Le 28 mai 2023, trois experts judiciaires irakiens, agréés à la Haute Cour de Justice de Bagdad, ont effectué une expertise dans la Résidence, hormis des parties sous haute sécurité, et le Terrain. Leur mission : évaluer le montant réel des loyers concernant ces lots et dus par le Gouvernement français. Dans ce cadre, ils bénéficiaient de l’autorisation et de l’aide de l’Ambassade de France à Bagdad ainsi que de l’Ambassadeur. Ils ont tenu compte des caractéristiques de ces biens et de l’état du marché immobilier bagdadi; par manque d'informations à Bagdad, leur expertise a concerné les vingt dernières années (2003-2022).

Le 1er mars 2024, les ayants-droits des frères Lawee - Mayer Lawee, héritier légal direct d’Ezra Lawee, Selman Khazzam, héritier légal indirect de Khedouri Lawee, et Philip Khazzam, héritier légal indirect d’Ezra Lawee, son grand-père - ont réclamé auprès du ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, alors Stéphane Séjourné, l’indemnisation de leurs préjudices financiers et moraux, soit la somme totale de 22.583.349,22 US dollars (20.824.106,31 d’euros ).

Le 19 mars 2024, le ministère français des Affaires étrangères a rejeté leur réclamation indemnitaire, mais a proposé d’aider la famille Lawee à trouver un accord avec les autorités irakiennes.

Ces trois ayants-droit représentant la vingtaine d’ayants-droit des frères Lawee ont contesté ce rejet par une requête devant le Tribunal administratif de Paris.

En février 2025, JJAC « a publié un rapport évaluant les pertes en propriétés (actifs, institutions, biens saisis) des Juifs irakiens à 34 milliards de dollars au cours actuel ».

Quel droit applicable ?
Le 19 janvier 2026, le Tribunal administratif de Paris a donc examiné cette affaire.

Dans le Marais (75004), ce Tribunal occupe l'hôtel d'Aumont , situé à mi-chemin entre le célèbre Pletzl (« petite place » en yiddish, la « place Saint-Paul » ou « place des Juifs ») et le Mémorial de la Shoah aux expositions « arabiquement et islamiquement correctes ». Dans son périmètre large, ce quartier juif  dès le XIIIe siècle a été marqué par l’Histoire parfois tragique : les juifs, essentiellement ashkénazes dans l’entre-deux-guerres, ont été décimés par la Shoah, des juifs sépharades ayant du fuir le monde arabe/musulman s’y sont réfugiés dans les années 1950 et 1960, le Fatah-Conseil révolutionnaire (FCR) y a commis en 1982 l’attentat  contre le restaurant Goldenberg, rue des Rosiers… La judéité du quartier s’est estompée depuis quelques décennies.

La salle d’audience du Tribunal ? Banalisée, au mobilier moderne, sans aucun des symboles  de la justice : la déesse grecque Thémis ou romaine Justitia les yeux bandés, tenant dans une main une balance et de l’autre une épée ou un glaive. Décorée par une petite affiche représentant le visage de profil droit stylisé de Marianne portant le bonnet phrygien orné de la cocarde tricolore. Deux grands écrans surplombent les magistrats et le public.

Honte de défendre juridiquement un scandale d’Etat teinté d’antisémitisme ? Indifférence ou dédain envers les impudents juifs qui osent réclamer leur dû à la patrie des droits de l’Homme ? Peur de questions gênantes de journalistes ? Était absent à cette audience publique un représentant de la France poursuivie judiciairement pour arriérés locatifs comme un vulgaire squatteur : le gouvernement français se voyait réclamer 14 millions d’euros d’arriérés locatifs, 7 millions d’euros de dommages et intérêts et 20.000 euros de frais de justice. Bagatelle ?

Certes, la procédure  devant le Tribunal administratif est essentiellement écrite . Mais quand même ! Quand on se targue d’être un Etat de droit, d’avoir respecté le droit, on se déplace pour faire valoir ses arguments.

Au centre des débats, la question fondamentale : quel droit s’applique au litige, le droit français ou celui irakien ? Et donc les ayants-droit ont-ils valablement saisi la juridiction administrative de première instance parisienne ? Dans l’affirmative, le tribunal statue sur cette affaire. Dans la négative, il se déclare incompétent et déboute les requérants de leurs demandes.

Le tribunal administratif applique le droit administratif, essentiellement prétorien, c’est-à-dire forgé par le juge. Donc, de nombreux arrêts du Conseil d’Etat, au sommet de la juridiction administrative, ont été cités lors de l’audience.

Après un résumé des faits par le rapporteur, le rapporteur public a pris la parole : sa fonction est de proposer une solution juridique au Tribunal, libre de le suivre ou de statuer différemment. Citant moult jurisprudence, réduisant la pertinence de son raisonnement par l’occultation de faits déterminants, tel le paiement d’une part importante du loyer en francs français sur un compte au nom des Lawee dans une banque en France, il a conclu au rejet des demandes : le droit administratif ne s’appliquerait pas au contrat de bail, donc le Tribunal serait incompétent.

Et il a allégué : « Il n’est pas impossible de faire exécuter [le contrat] par le régime irakien ». Surprenant. Le 10 novembre 2022, la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a reconnu la qualité de réfugié à un Irakien homosexuel « confronté au risque de subir à nouveau des violences de la part de membres de sa famille sans qu'il lui soit possible d'obtenir une protection effective des autorités irakiennes » (n° 21011453). 

Quant au ministère des Affaires étrangères, son site Internet  recommande la « vigilance renforcée  » aux ressortissants français en Irak, et il liste les « risques encourus : terrorisme, criminalité organisée, activité des groupes paramilitaires », etc. Le quai d’Orsay attire aussi l’attention sur la « situation sécuritaire en Iran »  voisin…

Sous le regard semblant quelque peu goguenard du rapporteur public et celui attentif de la Présidente, Me Jean-Pierre Mignard, qui a confié dans sa plaidoirie avoir manifesté contre l’exécution des juifs irakiens en 1969, et Me Imrane Ghermi, avocats des ayants-droits des frères Lawee, ont argumenté, jurisprudence, doctrine, réalisme et logique à l’appui, sur le caractère administratif du contrat de bail de 1964 et donc la compétence du Tribunal administratif de Paris.

Comment imaginer que l’Etat français et les frères Lawee exilés aient pu choisir en 1964 de contracter un bail régi par le droit irakien ? Le ministère français des Affaires étrangères a rédigé en français ce contrat car il était administratif. De plus, aucune référence au juge ou au droit irakien n’y est mentionnée, et l’essentiel du montant du loyer est versé en francs français dans une banque française. Ce qui résultait de la volonté des deux contractants et parait logique : il est impensable que ce ministère, sourcilleux quant à sa souveraineté, ait pu accepter la primauté du droit irakien sur celui français, et les Lawee étaient exilés sans espoir réaliste de retour en Irak.

Me Jean-Pierre Mignard et Me Imrane Ghermi ont démontré que le contrat de bail signé entre la France et les propriétaires Lawee réunissait les critères alternatifs du contrat administratif (CE, sect., 8 avril 1956, Époux Bertin, n°98637). D’une part; la présence de clauses exorbitantes du droit commun bénéficiant au seul gouvernement français : dénonciation du bail à l’expiration d’un préavis de deux mois en cas de fermeture des bureaux de l’ambassade (article 7 dudit contrat), résiliation unilatérale sans justification ni compensation en respectant un préavis d’un mois (article 12). Et, d’autre part, la participation directe au service public : activités d’état-civil du consulat et diplomatiques de l’ambassade, Résidence aménagée spécifiquement en fonction de ces missions.

Ces deux avocats ont envisagé la responsabilité de la France pour faute et sans faute, en raison de la théorie dite du fait du Prince - soumission de la France à la législation antisémite irakienne influençant l’exécution du contrat - ainsi que pour enrichissement sans cause : en ne payant pas ses loyers aux propriétaires, la France s’est enrichie en appauvrissant son créancier bailleur.

Me Jean-Pierre Mignard et Me Imrane Ghermi ont procédé par étapes, en démontrant comment un même fait engageait la responsabilité de l’Etat sur des fondements distincts. Par exemple, l’arrêt du paiement des loyers constitue une modification unilatérale du contrat engageant la responsabilité de l’Etat. La conclusion d’un nouveau contrat de bail, plus avantageux pour la France avec l’Irak en 1978, s’interprète comme une résiliation unilatérale du contrat originel, sans information, ni préavis ni indemnisation, et donc comme une faute de l’Etat. Ces deux actes traduisent aussi le fait du Prince, c’est-à-dire « un évènement extérieur, imprévisible, manifestant la supériorité du pouvoir de l’Etat sur ses cocontractants ». Rien ne justifiait que cessât en 1974 le paiement du loyer en France, pays où ne s’appliquait pas la législation antisémite irakienne. La France pouvait agir autrement : elle aurait pu résilier le contrat dans le respect de ses clauses, et quitter la Résidence pour un autre emplacement à Bagdad. L’action de l’État français était par conséquent « volontaire, illégale, et fautive ».

Une activité administrative ou un service public peuvent être qualifiés de français malgré leur caractère d’extranéité, et le juge administratif est compétent pour tout contrat régi par le droit administratif (CE, sect., 19 novembre 1999, Tégos, n°183648). Même conclu et exécuté en dehors du territoire français, ce contrat de bail concernant l’activité de l’administration française à l’étranger est administratif, et régi par le droit administratif.

C’est donc à bon droit qu’a été saisi le Tribunal administratif de Paris, pouvant seul statuer quand aucun tribunal administratif n’est compétent pour juger d’un litige (article R. 312-19 du Code de justice administrative).

Ces deux avocats ont souligné combien, en se soumettant à la législation antisémite irakienne, la France avait commis une faute « au regard de son histoire » – responsabilité reconnue dans la déportation des juifs de France - et de sa culture. Elle a aussi perpétré un acte illégal car violant ses textes fondamentaux - articles 1er et 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, article 1er de la Constitution de 1958 -, « sa devise républicaine, ses lois (loi Gayssot), ses déclarations et plans de lutte contre l’antisémitisme, ses engagements européens - article 21 § 1 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (UE), Convention européenne des droits de l’Homme dont la France a été corédactrice (1974) - et internationaux ratifiés : Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de racisme (21 décembre 1965), Pacte sur les droits civils et politiques (16 décembre 1966) adoptées dans le cadre des Nations unies.» 

Le fait du Prince est une décision de l’Administration, ouvrant droit à indemnité au profit du titulaire d’un contrat administratif, lorsqu’elle lui cause un préjudice, c’est-à-dire lorsqu’elle affecte substantiellement les stipulations du contrat ou ses conditions d’exécution. En l’occurrence, il s’agit de la décision de l’Etat français de se soumettre à la législation irakienne discriminatoire, et de décider de payer les loyers aux autorités irakiennes, à la place des propriétaires légaux. Un acte imprévisible en 1964. Si l’Etat français n’avait pas d’alternative à la soumission à la règlementation irakienne, il pouvait continuer à verser la part des loyers, en francs français sur un compte bancaire en France, aux propriétaires juifs. Le non-paiement durant plus d’un demi-siècle des loyers a causé « un préjudice spécial et anormal aux propriétaires devant être entièrement indemnisés pour rétablir l’équilibre financier du contrat. La famille Lawee demeure toujours propriétaire (cadastre, registre), mais les éléments composants le titre de propriété – usus, abusus, fructus – ont été substantiellement affectés par l’attitude commune de la France et l’Irak ».

Le rapport des trois experts judiciaires irakiens indique que le loyer, réglé par la France à la municipalité de Bagdad pour la location d’un seul des lots loués par les Lawee à la France, représente une part faible du prix du marché locatif bagdadi. Ainsi, le contrat de bail entre la République française et la mairie de Bagdad fixe en 2018, pour les dix années suivantes, un loyer annuel de 48 millions d'IQD pour le lot où se trouve la Résidence. Or, pour 2018, ces experts ont évalué le loyer annuel de cette parcelle à 193,33 millions d'IQD, et, pour les trois parcelles à 440,80 millions d'IQD. L’État français s’acquitte ainsi d’un loyer représentant près du quart (24,82 %) de la valeur locative du marché bagdadi. Il bénéficie depuis lors d’un enrichissement injustifié, aux dépends de la succession Lawee qui, elle, s’est appauvrie. L’enrichissement sans cause est avéré.

Me Jean-Pierre Mignard et Me Imrane Ghermi ont réclamé le montant total d’arriérés locatifs dus par le gouvernement français à leurs clients : 3.063.864,06 USD entre 1969 et 2002 (loyers en Dinars irakiens), 5.481.580,87 USD entre 1974 et 2002 (loyers en Francs français), 7.037.904,30 USD entre 2003 et le 1er juin 2024. Soit au total : 15.583.349,23 USD ou 14.482.790,31 euros. Cette somme doit être assortie des intérêts, compensatoires et moratoires, au taux légal à compter de la date de la réclamation préalable. 

Les requérants « se sont sentis trahis, humiliés, par la France, patrie des droits de l’homme ». Ils sollicitaient sept millions d’euros au titre de leur préjudice moral. 

Me Jean-Pierre Mignard et Me Imrane Ghermi ont répondu au mémoire en défense du 23 octobre 2025 du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères qui avait conclu à l’incompétence du Tribunal administratif, et donc au rejet de leur requête. Un mémoire émaillé d’erreurs factuelles sur la durée du contrat et le montant du loyer ainsi que les modalités de paiement, d’allégations non étayées de preuves – non communication d’une prétendue lettre du ministère des Affaires étrangères réclamant à Mᵉ Lucien Bouchard la transmission du bail initial à laquelle les ayants-droit n’auraient pas répondu - et d’arguments juridiques infondés. Et ce ministère a refusé de verser aux débats des pièces qu’il citait.

Ce ministère a avancé essentiellement la loi de 1950 sur la déchéance de nationalité des ressortissants irakiens de confession juive souhaitant quitter l’Irak, la loi du 10 mars 1951 sur « le contrôle et la gestion des fonds des Juifs dont la citoyenneté a été perdue », et la prescription quadriennale.

Or, cette loi irakienne de 1950 ne s’applique pas en l’occurrence, car les frères Lawee avaient quitté légalement l’Irak dès 1948, et sans se rendre en Israël. Aucune déchéance de nationalité ne leur a jamais été notifiée par le gouvernement irakien sur la base de cette loi. Ainsi, "les passeports irakiens de la famille Lawee avaient été renouvelés en 1952, 1953, 1957 et 1961".

Quant à la loi de 1951, elle prévoyait une procédure de retour des juifs en Irak dans un délai de deux mois ; à défaut de retour, les juifs irakiens étaient considérés comme ayant définitivement quitté le pays, et étaient déchus de leur nationalité. Or, la famille Lawee n’a pas été informée de cette loi. Sa citoyenneté lui ayant été retirée, elle a opté pour la nationalité canadienne pour éviter d’être apatride.

Le bail signé par l’ambassade de France avec le gouvernement irakien en 1978 s’est effectué par l’intermédiaire du « Secrétariat général pour l’administration des biens des Juifs qui ont été privés de la nationalité Irakienne », un « organisme spécialement affecté à la gestion de biens spoliés sur la base d’un motif religieux ». Le ministère français des Affaires étrangères n’a montré aucune « réticence à une situation qui rappelait pourtant exactement celle dans laquelle se sont trouvés de nombreux biens juifs français gérés par le Commissariat général aux questions juives (1941-1944) durant la période de l’Occupation allemande lors de la Seconde guerre mondiale ».

Le Conseil d’Etat « a confirmé la possibilité d’engager la responsabilité sans faute de l’Etat français résultant de l’immunité d’exécution consentie par la loi française à un souverain étranger (CE, 10 juil. 2023, req. n°454276, 454277 et 461669). Selon la doctrine, le Conseil d’Etat a cherché, par cet arrêt, à « compenser la courtoisie que l’Etat français a manifesté à ce souverain au détriment des intérêts du créancier. Ce cas d’espèce peut être rapproché de la situation des membres de la famille Lawee, lesquels ont subi les conséquences excessivement dommageables de l’attitude complaisante de la France à l’égard des autorités irakiennes et de sa législation discriminatoire. »

La succession Lawee a souhaité une « solution globale avec le ministère des Affaires étrangères portant sur le statut de l’immeuble, la vente éventuelle de celui-ci à l’ambassade de France qui y avait fait de nombreux travaux, et d’obtenir le paiement des loyers dus. Il s’agissait d’une négociation amiable, globale et en des termes équitables. Le paiement des loyers ne saurait s’analyser comme une « libéralité », c’est-à-dire un « don généreux » (dictionnaire Le Robert), tel que l’affirme non sans condescendance le Ministère dans sa lettre du 19 mars 2024, mais bien comme une véritable dette de l’Etat français. » 

Me Jean-Pierre Mignard et Me Imrane Ghermi ont insisté sur le manque de transparence et la duplicité du ministère français des Affaires étrangères. Le 24 mars 2022, ils avaient adressé leur dossier à Mᵉ Ali Al-Yaqoobi, avocat irakien inscrit au barreau de Bagdad, recommandé par ce Ministère et l’ambassade de France à Bagdad. Après avoir « étudié le dossier à l’ambassade » – sans même en avoir informé au préalable la succession Lawee et ses avocats –, Mᵉ Ali Al-Yaqoobi a affirmé que « rien ne pouvait être fait dans l’intérêt de la famille Lawee. Joint de nouveau par la succession Lawee », il confia que « travailler sur un tel dossier (…) pose des problèmes dangereux ici où tout est compliqué, en particulier dans ce domaine ». Il n’a pas répondu aux relances des avocats de la succession Lawee. Or, le ministère des Affaires étrangères a joint à son mémoire en défense la consultation juridique du 3 novembre 2024 de cet avocat irakien ! « L’attitude de Mᵉ Ali Al-Yaqoobi est contraire aux règles élémentaires de la déontologie puisque manifestant un indéniable conflit d’intérêts. Quant aux deux autres avocats irakiens indiqués par un diplomate français, Mᵉ Jawad Khalaf et Mᵉ Mohammed Koperly, ils ont demandé des honoraires exorbitants avant d’engager toute action, puis ont abandonné toute prestation. Par peur de s’aliéner l’administration irakienne par ce dossier sensible. » 

La succession Lawee ne pouvant entrer en Irak, elle ne disposait d’aucun droit au recours devant les autorités irakiennes, et ses avocats s’en étaient remis à l’ambassade de France pour contacter le Premier ministre irakien et son Conseiller à la sécurité nationale ainsi que l’administration irakienne afin de savoir si cette dernière était prête à dialoguer avec elle. Seule la France, en tant qu’Etat, pouvait accomplir cette médiation en raison de ses « anciens liens d’amitié et de coopération avec l’Irak : depuis 1933, elle est liée à la République d’Irak par 77 accords, dont le plus récent est un Traité de Partenariat stratégique signé le 26 janvier 2023 par le Président Emmanuel Macron. Si l’Etat français ne pouvait contester "la décision unilatérale et souveraine du gouvernement irakien de « geler » le bien des frères Lawee, il pouvait, en raison de ses relations privilégiées avec l’Irak, au moins s'efforcer d’infléchir la situation en faveur de ses bailleurs" originels. Las ! L’effondrement institutionnel de l’Irak est attesté par des chercheurs et experts le décrivant comme « en cours de désintégration ». 

De plus, la consultation de Mᵉ Ali Al-Yaqoobi confirme que la succession Lawee ne pouvait bénéficier du régime de réparation évoqué par ce ministère : cet avocat indique que "la loi irakienne sur la nationalité n°26 de 2006 permettant à tout Irakien, dont la nationalité a été révoquée pour des raisons politiques, raciales ou sectaires de la récupérer, exclut ceux ayant perdu la citoyenneté irakienne en vertu de la loi n°1 de 1950 et de la loi n°12 de 1951, c’est-à-dire aux juifs irakiens. Ainsi, selon lui et « en théorie », seule une nouvelle loi sur le statut des juifs irakiens souhaitant retourner en Irak, ou un hypothétique recours devant la Cour Suprême Fédérale d’Irak afin de contester la loi n°26 de 2006, permettraient à la succession Lawee d’être réintégrée dans ses droits". Des évènements si peu probables... 

La référence à l’article 41 de la convention de Vienne par le ministère est hors sujet, car il vise les agents diplomatiques bénéficiant de privilèges et d'immunités sur le sol étranger.

Me Jean-Pierre Mignard et Me Imrane Ghermi ont demandé la communication de lettres d'Ezra Lawee au ministère français des affaires étrangères le 29 janvier 1975, puis le 19 janvier 1977, et les réponses dudit ministère, tous documents évoqués par ce ministère. En vain.

Pour déterminer les montants des loyers versés par l’État français aux propriétaires Lawee jusqu’en 1974, ils ont demandé au Tribunal d’enjoindre au ministère de « produire une copie du registre récapitulant l’intégralité des dépôts et versements par l’Etat français de loyers afférents au bail litigieux ». Pour estimer le montant des loyers dus entre 2003 et 2024, les requérants ont recouru au rapport du 28 mai 2023 par lesdits trois experts judiciaires. 

Quant à l’éventuelle prescription, elle ne pouvait être opposée aux requérants car, dès les 29 janvier 1975 et 19 janvier 1977, les Lawee avaient écrit au ministère français des Affaires étrangères pour obtenir le paiement de l’arriéré locatif. Les requérants ont demandé au Tribunal d’ordonner audit ministère de communiquer ces lettres et les réponses du ministère qui était informé dès 1975 de son occupation sans titre de biens dont la succession Lawee demeure propriétaire, en droit irakien.

L’article 3 de la loi du 31 décembre 1968 dispose que la "prescription ne court pas contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même ou par l’intermédiaire de son représentant légal, soit pour une cause de force majeure". Certes, sauf la lettre de Mᵉ Lucien Bouchard le 2 mars 2004, la succession Lawee et ledit Ministère n’ont pas correspondu durant des années. Les Lawee et leurs familles ont du affronter les problèmes des exilés pour survivre. Déçus par l’attitude de la France, ils ont désespéré. Ce qui explique leur silence. C’est la 3e génération, celle des petits-enfants de Khedouri et Ezra Lawee qui a décidé, souvent après le décès de ses aînés, d’agir afin que justice lui soit rendue. Ces faits dramatiques sont assimilables à un fait de force majeure. Plus d’un demi-siècle après avoir transporté des juifs vers les camps nazis d’extermination, la SNCF (Société nationale des chemins de fer français) a été condamnée en 2001 par le Tribunal administratif de Toulouse saisi par des familles de déportés juifs pour avoir transporté des juifs à Drancy en 1944 (TA Toulouse, 6 juin 2006, Guidéon et Lipietz : AJDA 2006, p. 2292, note Chrestia). La jurisprudence du Conseil d’Etat se réfère à l’attitude de l’Administration pour ne pas appliquer la prescription quadriennale, notamment si celle-ci "a été de nature à détourner le créancier de l’exercice de ses droits". 

En sortant de l’audience, Me Jean-Pierre Mignard a affiché la détermination de ses clients et la sienne à éventuellement interjeter appel ou recourir à des mesures d’exécution afin d’obtenir justice. Il a confié aussi avoir bien connu Jacques Barrot, père de l’actuel ministre des Affaires étrangères...

Silences
Quel silence d’organisations de lutte contre l’antisémitisme, notamment juives ! Rien dans la newsletter du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France). Aucun post sur les réseaux sociaux. Pas de communiqué de presse. Idem pour des médias communautaires. Pourtant les Lawee sont issus d’une des plus anciennes communautés juives et l’antisémitisme s’avère prégnant dans cette affaire… Et le CRIF et la LICRA se sont battus pour la liberté des Juifs d’URSS (Union des républiques socialistes soviétiques) et de Syrie.

Pourquoi aucun dirigeant d’organisations censées lutter contre l’antisémitisme ne n’est-il exprimé officiellement, publiquement, sur l’affaire Lawee ? Ignorance ? Pourtant, depuis l’été 2025, la presse française et étrangère – américaine, israélienne, canadienne, britannique - ont consacré moultes articles à cette affaire hors norme, qui rappelle par certains aspect les spoliations dont ont été victimes des centaines de milliers de juifs ayant été contraints de fuir des pays Arabes ou/et musulmans, telle l'Egypte sous Nasser.

Indifférence ? Cynisme ? Trop grande proximité avec le pouvoir ? Cécité plus ou moins volontaire? Conception erronée et étroite de leurs fonctions ? Habitude malsaine à l’inaction dont ont pâti notamment des Juifs spoliés, dont Monica Waitzfelder (« L’Oréal a pris ma maison. Les secrets d’une spoliation ») et le Dr Lionel Krief ? Conscience de leurs faiblesses ? Faible capacité à analyser l’actualité ? Peur d’affronter l’Etat ou le « gouvernement des juges », ou volonté de se préserver du malheur affligeant des victimes d’antisémitisme ? Déconnexion de la réalité ? Dédain commun avec des élites « sachantes » hexagonales pour le vulgum pecus (commun des mortels, multitude ignorante) ? Agacement envers des coreligionnaires qui viendraient troubler leur train-train quotidien caractérisé par un entre-soi malsain avec des dirigeants politico-médiatico-communautaires, de Bruxelles à New York via Bruxelles ou Londres, et réclament – naïvement ? Impudemment ? – justice, voire simplement le respect des valeurs de la France ? Ou z’avaient tous piscine, ces happy few ?

L’affaire Lawee concerne des sujets tabous : l’antisémitisme islamique, l’exil contraint de près d’un million de juifs du monde musulmans ou/et arabe des années 1940 aux années 1970, la « politique arabe » cynique et cupide de la France, la permanence de l’antisémitisme du quai d’Orsay analysé  par David Pryce-Jones dans « Un siècle de trahisons. La diplomatie française, les Juifs et Israël, 1894-2007  », sa force perdurant malgré la réforme initiée par le Président de la République Emmanuel Macron qui exprime une hostilité maximale envers Israël, l’inexistence historique du « vivre ensemble » avec des fidèles de la "religion-de-paix-et-d'amour" au centre de la doxa...

L’affaire Lawee, c’est aussi le révélateur de l’inutilité d’organisations communautaires, souvent mondaines. Pire, de leur rôle néfaste dans la diffusion du bla bla bla sur la « détermination-des-autorités-françaises-à-lutter-contre-l’antisémitisme ». Comme l’affaire du Dr Lionel Krief, mais à un degré plus élevé, c’est un antisémitisme d’Etat que ces organisations « ne sauraient voir ». 

J’ai sollicité l’avis de Yonathan Arfi, Président du CRIF, Me Elie Korchia, et David Amar, Présidents des Consistoires respectivement de Paris Ile-de-France et de France, du Grand Rabbin de France Haïm Korsia, de Me Muriel Ouaknine-Melki, Présidente de l’Organisation juive européenne (OJE), du Collectif Nous vivrons , d’Arié Bensemhoun , Président d’ELNET (European Leadership Network) France , de l’Observatoire des Juifs Réfugiés des Pays Arabes  (OJRPA), l'INSSEF  (Institut Européen du Monde Séfarade), Shannon Seban , Secrétaire nationale Les Républicains, auteure de « Française, juive, et alors ? » et Directrice de Combat Antisemitism Movement , de Simone Rodan-Benzaquen et d’Anne-Sophie Sebban-Bécache, directrices, respectivement la première jusqu’en décembre 2025 et la seconde depuis janvier 2026, de l’AJC (American Jewish Committee) France, de l’Elysée et du ministère des Affaires étrangères, ainsi que de trois députés de la majorité présidentielle représentants des Français établis hors de France  et membres de la Commission des affaires étrangères  : Christopher Weissberg , élu (Ensemble pour la République) de la 1re circonscription (Etats-Unis, Canada), Amélia Lakrafi , élue apparentée au groupe Ensemble pour la République, de la 10e circonscription qui englobe l’Irak, et Caroline Yadan, élue, apparentée au groupe Ensemble pour la République, de la 8e circonscription qui comprend l’Etat d’Israël.

A l’Elysée, Eva Machado, Chargée de projet au Service de Presse, m’a écrit le 21 janvier 2026 : « Je vous laisse prendre attache avec le Quai d’Orsay concernant cette demande. » Je lui ai répondu : « Je sollicitais l'opinion du Président de la République car les Affaires étrangères relèvent du "domaine réservé ou partagé" du Chef de l'Etat. L'affaire Lawee est grave, et revêt des enjeux variés : juridiques, moraux, politiques, en terme d'antisémitisme, etc. Je vous serais reconnaissante de bien vouloir solliciter le Président de la République Emmanuel Macron ». Silence de l’Elysée.

Quant à Simone Rodan-Benzaquen, elle m’a indiqué le 22 janvier 2026 : « J’ai suivi un peu cette affaire mais je ne suis plus chez AJC depuis décembre ».

Le 20 janvier 2026, Caroline Yadan a posté  sur X, ex-Twitter :
« Fière et émue de l’ADOPTION ✅, aujourd’hui en Commission des lois, de ma proposition de loi visant à lutter contre les formes renouvelées de l’antisémitisme.
▶️ Renforcement du délit d’apologie du terrorisme ;
▶️ Création d’un nouveau délit d’appel à la destruction d’un État ;
▶️ Lutte contre la banalisation outrancière et la minoration de la Shoah.
Des mesures fermes et courageuses, pour adresser un message clair à nos concitoyens : la France protège, sans condition, tous ceux qui vivent sur son sol. Elle le fait avec la force du droit, la clarté des principes et la fidélité à son histoire. »

Bravo ! Il y aurait donc une banalisation « non démesurée », « non excessive » de la Shoah qui serait légale, moralement acceptable. Un triomphe du « en même temps » macronien ? Et qui va apprécier cette « banalisation outrancière » ? Des juges laxistes envers l’antisémitisme dans les « territoires perdus de la justice » ? 

Le 20 janvier 2026, le Sénat a adopté  une loi anti-squat.

Le 22 janvier 2026, le tribunal de Nanterre a condamné  le Palestinien ayant agressé le rabbin Elie Lemmel en pleine rue, et à coups de chaise, le 6 juin 2025, à Neuilly-sur-Seine (92), à trente mois de prison, dont dix-huit mois ferme. Un procès médiatisé.

Le 27 janvier 2026, Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l'Holocauste , le Président de la République Emmanuel Macron a posté  sur X, sans écrire le mot « juif » : 
« En cette Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste, la France se souvient.
Face au négationnisme qui tente d’effacer Auschwitz et les camps de la mort, à l’antisémitisme qui veut propager la haine de l’autre, la France ne transige jamais ».
C’est vrai, la France n’a pas transigé dans l’affaire Lawee : elle avait accepté de verser le loyer en monnaie irakienne au gouvernement irakien antisémite au lieu des frères Lawee, puis de ne plus verser de loyers en francs français aux propriétaires juifs, et elle a refusé tout accord amiable pour résoudre ce différend.

Ce même jour, l’Agence pour les droits fondamentaux (FRA) de l’Union européenne (UE) a rendu public son rapport  « Insufficient monitoring and recording hinder efforts to effectively tackle widespread antisemitism  » (« L’insuffisance de la surveillance et de l’enregistrement entrave les efforts visant à lutter efficacement contre l’antisémitisme généralisé »). Ce document indique  : « Les incidents antisémites doivent être correctement consignés, et les forces de l'ordre doivent être formées à la reconnaissance et à l'enregistrement des indicateurs de partialité. Ceci permettra d'appuyer les enquêtes sur ces incidents, indispensables aux poursuites judiciaires : sans preuves solides d'antisémitisme, les auteurs ne peuvent être poursuivis efficacement. Enfin, les auteurs de ces actes doivent se voir infliger des peines effectives, proportionnées et dissuasives ». En occultant l’affaire Lawee, tous ces dirigeants contribuent à des statistiques officielles ne reflétant pas la réalité. Ce qui ravit le pouvoir politique, renvoie une image flatteuse à des dirigeants communautaires problématiques et… alimente l’aliyah.

Le 28 janvier 2026, le Président Emmanuel Macron a déclaré, en groenlandais : « Le Groenland n’est ni à vendre, ni à prendre. Ce sont les Groenlandais qui décideront de leur avenir ». Beau respect du droit de propriété.

Le 28 janvier 2026, le Sénat  « a adopté  le projet de loi relatif à la restitution de biens culturels provenant d'États qui, du fait d'une appropriation illicite [entre 1815 et 1972], en ont été privés ». La « concrétisation d'une promesse du Président Emmanuel Macron lancée à Ouagadougou en 2017 ».

Le Grand Palais  expose les vitraux contemporains , d’un coût de quatre millions  d’euros, créés par l’artiste Claire Tabouret, fabriqués par l’atelier verrier rémois Simon-Marq, et qui remplaceront ceux de la cathédrale Notre-Dame de Paris créés par l’architecte Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879), pourtant intacts malgré l’incendie et classés monuments historiques. La réalisation de la volonté du Président Emmanuel Macron exprimée dès décembre 2023, malgré la contestation de défenseurs du patrimoine. 

Ajoutons que la France héberge aux frais des contribuables, souvent en chambres d'hôtels, un nombre très important d'immigrés illégaux - selon la préfecture de la région Ile-de-France 115 000 immigrés en Ile-de-France dont 45 000 à Paris ! "Selon le Samu social, quelque 51.167 personnes sans abris sont logées à l'hôtel en Île-de-France, pour un total de 790 établissements mobilisés, pour un peu moins de 19.000 chambres disponibles." Ces étrangers, souvent illégaux, sont "logés, nourris, blanchis" (Philippe de Villiers) Dans sa revue de dépenses sur le budget de l’hébergement d’urgence, l'inspection générale des finances écrit : « En 2024, le parc global ainsi financé par l’État est constitué de près de 320 000 places au total, dont 203 000 places représentant 2,3 Md€ de crédits pour et 121 000 places représentant 1 Md€ de crédits pour le DNA » (Dispositif national d'accueil des personnes demandant asile) "portant ainsi le total à plus de 3 milliards d'euros de dépensés par l'Etat, sans compter les 4.000 places d’hébergement médicalisé, financées par l’assurance maladie." Le taux de refus du statut de réfugié par la Cour nationale du droit d'asile s'élève en 2025 à 77%. 

Au regard de ces sommes faramineuses, les montants d'indemnisation sollicités par les ayants-droit propriétaires des biens squattés par la France aux dirigeants politiques immigrationnistes, s'avèrent très faibles. 

Bref, quand la France très endettée, ou Jupiter, veut, elle peut.

Mais, concernant la famille juive Lawee, la France, au plus haut niveau, ne veut pas.

Jugement
Le 2 février 2026, le Tribunal administratif de Paris a rejeté toutes les demandes des ayants-droit des frères Lawee. Un jugement rempli d’erreurs factuelles, allant contre des jurisprudences constantes et d’allégations non motivées.

Le jugement débute par la signature du contrat en 1964, sans évoquer le complément payé en francs dans une banque française sur le compte des frères Lawee.

Il présente un cadre législatif irakien antisémite depuis 1951 : par « la loi n° 5 du 10 mars 1951, les fonds des ressortissants juifs irakiens déchus de leur nationalité ont été gelés et par un amendement à cette loi intervenu le 25 septembre 1967, la citoyenneté irakienne a été retirée aux ressortissants de confession juive n’ayant pas révélé avoir obtenu une autre citoyenneté et leurs biens ont été gelés. […] Par une loi du 3 mars 1968, le gouvernement irakien a interdit les transactions liées à la location pour plus d’un an de tout bien appartenant aux personnes de confession juive. C’est dans ce contexte que les consorts Lawee, de confession juive, ont quitté l’Irak et se sont installés au Canada, pays dont ils ont acquis la nationalité en 1967. » Non. La famille Lawee a quitté l’Irak en 1948. On ne demandait pas au Tribunal de remonter au Farhud (1941), pogrom fomenté par le grand mufti de Jérusalem al-Husseini, ni au discours comminatoire de Heykal Pasha, délégué égyptien, le 14 novembre 1947 au Comité politique de l’Assemblée générale de l’ONU annonçant l’exil d'environ un million de Juifs vivant dans le monde musulman en réaction à la partition onusienne de la Palestine mandataire, mais au moins aux lois de 1948 imposant de lourdes amendes aux juifs aisés, interdisant aux Juifs de quitter le pays. Mais c’eût été montrer le lien avec le refus islamique ou/et Arabe de la renaissance de l’Etat d’Israël dans sa terre historique.

Et le jugement continue : « Il est en outre constant que les consorts Lawee n’ont perçu de la part de l’Etat français aucun versement au titre des loyers de l’ambassade de France depuis l’année 1974 au moins. » Quid de l’arrêt du paiement des loyers en dinars irakiens en 1969 ? Pourquoi n’avoir pas précisé que l’arrêt de 1974 concerne le complément en francs français dans une banque française ?

Le jugement rappelle des faits : « En 1978, un bail relatif à cet immeuble a été conclu entre l’ambassade de France et un administrateur irakien « secrétaire général pour l’administration des biens des juifs qui ont été privés de la nationalité irakienne ». En 1983, un contrat de location a été signé entre l’ambassade de France et la ville de Bagdad, contrat qui a depuis été renouvelé à plusieurs reprises. » Pourquoi n’avoir pas indiqué les montants des loyers de ces contrats ? 

Puis le Tribunal rappelle les demandes des requérants : « Par une lettre du 1er mars 2024, M. Mayer Lawee, M. Selman Khazzam, M. Philip Khazzam, ayants droits de M Ezra Lawee et de M. Khedouri Lawee, ont demandé à l’Etat français le versement d’une somme de 22 583 349, 22 US Dollars au titre des préjudices matériels et moraux subis du fait du non-paiement des loyers depuis 1974 en contrepartie de l’occupation de l’immeuble par l’ambassade de France. Par une lettre du 19 mars 2024, la secrétaire générale du ministère de l’Europe et des affaires étrangères a rejeté cette demande. Par la présente requête, M. Lawee et M.M. Khazzam demandent au tribunal de condamner l’Etat au paiement de la somme de 21 482 790, 31 euros, en réparation des préjudices matériels et moraux qu’ils estiment avoir subis du fait du non versement de ces loyers depuis 1974. » Non. Les montants sollicités par les ayants-droit des frères Lawee incluent le non-paiement des loyers depuis 1969. 

Curieusement, le Tribunal a débuté par son… incompétence : « Le juge administratif n’est pas compétent pour connaître d'un litige né de l'exécution d'un contrat qui n'est en aucune façon régi par le droit français. » Curieux de commencer d’une manière si partiale.

Le Tribunal présente son raisonnement sur le contrat de bail en posant la règle, puis en examinant le cas d’espèce : « Les contrats conclus par les services de l'État à l'étranger sont, à défaut de dispositions législatives ou réglementaires contraires, régis par la loi choisie par les parties, selon un choix exprès ou qui doit résulter de façon certaine des stipulations du contrat. A défaut, ces contrats sont régis par la loi du pays où ils sont exécutés. Or, il ne résulte d’aucune stipulation du contrat de bail conclu le 28 décembre 1964 entre M.M. Lawee et l’ambassadeur de France en Irak que les parties auraient souhaité soumettre ce contrat au droit français. La circonstance que le contrat de bail ait prévu une possibilité de résilier unilatéralement la convention de la part du locataire, prérogative existant notamment dans le régime général des contrats administratifs de droit français, étant insuffisante pour l’établir. De même, le fait que le contrat ait été rédigé en français, qu’il ait été signé par un représentant de l’Etat français pour héberger un service public français, que des compléments de loyers auraient été versés en France en francs français jusqu’en 1974, ou que le contrat de bail n’ait pas explicitement fait mention d’une juridiction irakienne en cas de litige, ne sauraient être regardés comme des éléments révélant le choix des parties de soumettre la convention au droit français. » En droit administratif, un seul de ces critères suffit pourtant à qualifier le contrat d’administratif, et leur cumul, associé à l’absence de « mention d’une juridiction irakienne en cas de litige », ne convainc pas le Tribunal ! Comprenne qui pourra… On s'interroge : quel élément aurait pu être considéré par le Tribunal comme décisif pour qualifier le bail de contrat administratif ? Une mention expresse de soumettre le contrat au droit administratif ? Une exigence formelle que le juge administratif ne réclame généralement pas, a fortiori quand les critères alternatifs sont réunis. De plus, le Tribunal ne motive pas son refus de reconnaitre le caractère administratif du contrat. Ce qui n’est pas légal. Et le Tribunal recourt au conditionnel pour évoquer le montant additionnel versé par la France en francs français dans une banque française… Le refus même du ministère de communiquer le relevé depuis 1964 des montants versés en francs français par la France aux bailleurs ne suscite aucune interrogation du Tribunal !? 

Le Tribunal en conclut à son incompétence pour juger de la responsabilité contractuelle de l’Etat : « Les conclusions des requérants tendant à l’engagement de la responsabilité contractuelle de l’Etat sur les différents fondements précités doivent être regardées comme étant présentées devant une juridiction incompétente pour en connaître ».

Cette incompétence du Tribunal entraine le rejet des conclusions sur la responsabilité délictuelle de l’Etat : « Par ailleurs, le juge administratif […] ne saurait davantage, le contrat n'ayant pas été déclaré nul par le juge compétent, connaître des conclusions subsidiaires des intéressés tendant, dans une telle hypothèse, à l'engagement de la responsabilité quasi-contractuelle de l'Etat sur le fondement de l'enrichissement sans cause ».

Le Tribunal refuse de retenir « l’engagement de la responsabilité sans faute du fait de l’immunité d’exécution des Etats étrangers ». Il invoque divers textes : selon « une règle coutumière du droit public international que les Etats bénéficient par principe de l’immunité d’exécution pour les actes qu’ils accomplissent à l’étranger. Cette immunité fait obstacle à la saisie de leurs biens, à l’exception de ceux qui ne se rattachent pas à l’exercice d’une mission de souveraineté. En vertu du quatorzième alinéa du Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, auquel se réfère le Préambule de la Constitution du 4 octobre 1958, « la République française, fidèle à ses traditions, se conforme aux règles du droit public international ». L’article L. 111-1 du code des procédures civiles d’exécution prévoit que l’exécution forcée et les mesures conservatoires ne sont pas applicables aux personnes qui bénéficient d’une immunité d’exécution… La responsabilité de l’Etat est, par suite, susceptible d’être recherchée, sur le fondement de la rupture de l’égalité devant les charges publiques, dans le cas où son application entraîne un préjudice grave et spécial ».

Le Tribunal refuse d’admettre la responsabilité sans faute de l’Etat, et donc d’allouer des dommages et intérêts aux requérants : « Dès lors que le présent litige n’est pas lié à l’action d’un Etat étranger sur le territoire français, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la responsabilité de l’Etat est engagée sur le fondement de la responsabilité sans faute du fait de l’immunité d’exécution dont bénéficient les Etats étrangers. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées sur ce fondement doivent être rejetées » Les avocats des ayants-droit avaient pourtant prouvé l’engagement de la responsabilité sans faute de l’Etat dans les relations interétatiques.

Le Tribunal conclut en faisant droit à la thèse du ministère des Affaires étrangères ayant allégué son incompétence : « Il résulte de ce qui précède que la juridiction administrative n’est pas compétente pour connaître des conclusions présentées par M. Lawee et M.M. Khazzam et que l’exception d’incompétence soulevée par le ministre de l’Europe et des affaires étrangères en défense doit être accueillie ».

En lisant ce jugement, je pensais aux articles de Maurice Duverger, alors chargé de conférences à la faculté de droit de Bordeaux, publiés sous le régime de Vichy par la « Revue de droit public et de la science politique ». En juin et décembre 1941, un de ses articles en deux parties, « La situation des fonctionnaires depuis la révolution de 1940 », portait sur les lois d’exclusions des juifs de la fonction publique. Agrégé de droit en 1942, devenu un constitutionnaliste réputé, Maurice Duverger avait ensuite allégué que son article « se voulait purement scientifique, c’est-à-dire descriptif et neutre. Selon l’usage, l’auteur  n’avait pas à juger du bien-fondé de ces mesures. Une expression était jugée particulièrement malheureuse, celle qui qualifie « d’intérêt public » ces lois de bannissement. Maurice Duverger affirmait avoir donné à cette expression un sens exclusivement juridique, signifiant que les juifs étaient en droit d’exiger des indemnités de l’administration pour en avoir été chassés. » Mais certains juristes ont interprété cet article comme une légitimation de lois antisémites du régime de Vichy.

C'est un jugement scandaleux. Malgré la réunion des critères jurisprudentiels du contrat administratif dans le bail, malgré le paiement du loyer en francs français à une banque en France, c'est... le droit irakien qui s'appliquerait !? Plus précisément la sharia ? Et les ayants-droits juifs seraient réduits à la dhimmitude sans bénéficier de l’égalité de droit bénéficiant à tout justiciable en France ? C’est comme si un tribunal disait à un juif français, réfugié au Canada sous l’Occupation nazie et le régime de Vichy : « Allez revendiquer vos droits devant un Tribunal français épuré de ses magistrats juifs et qui a édicté des Statuts des juifs ! »

Pourquoi le Tribunal n’a-t-il pas suivi les jurisprudences constantes en matière de contrat et de responsabilités administratifs ? Pour ne pas condamner l’Etat français ? Ce serait le « pot de terre contre le pot de fer » ? Pourtant, le juge administratif a déjà condamné l’Etat français dans des affaires sensibles…

Ce tribunal a scellé, certes provisoirement, l’impunité de la France débitrice. Tel un magicien, il a fait disparaitre une dette importante. Volatilisé, l’arriéré locatif ! Le Tribunal a annulé de jure - tout recours juridictionnel en Irak est impossible - une dette locative importante, et a affiché une partialité envers les gouvernements français et irakien. Car seule la France devait rendre la justice dans ce procès. Pas l’Irak antisémite. 

En 2025, IMPACT-se et la Ronald S. Roadburg Foundation ont présenté un rapport  sur « 38  exemples parmi les plus alarmants du programme scolaire 2024-2025, extraits de 21 manuels de sciences humaines – dont langue et littérature arabes, Coran/éducation islamique, sciences sociales et histoire – et les a évalués au regard des critères de l'UNESCO en matière de paix et de tolérance. La plupart des contenus problématiques des éditions précédentes sont conservés et republiés pour l'année scolaire en cours… Le tableau d'ensemble est préoccupant. Le djihad violent et le martyre sont glorifiés – même dans les cours de langue – et les élèves sont encouragés à considérer le sacrifice de soi comme honorable… Les stéréotypes antisémites sont récurrents : les Juifs sont dépeints comme fourbes ou hostiles, des épisodes clés comme le pogrom de Farhud et la Shoah sont passés sous silence, et Israël est effacé ou réduit à une simple « entité sioniste » raciste et coloniale, les liens juifs avec Jérusalem étant niés. Les chrétiens et les autres non-musulmans sont parfois présentés comme étant dans l'erreur ou voués au châtiment. Ces tendances soulèvent de sérieuses inquiétudes quant à la manière dont le système éducatif irakien aborde la tolérance, la diversité et l'égalité des sexes, et quant au non-respect persistant des normes internationales. » Et c’est devant des magistrats éduqués dès leur plus jeune âge dans la haine des Yahud (juifs, en arabe) que justice pourrait être rendue à la succession Lawee ? La Présidente ayant rédigé ce jugement aurait ignoré ce rapport, parmi d’autres, et n’aurait fait qu’appliquer le droit, rien que le droit, et tout le droit ?

Si le jugement liste des lois antisémites de l’Irak, comment qualifier les actes de l’Etat français acceptant en 1969 les mesures antijuives irakiennes, décidant seul de cesser de verser le complément de loyer en francs français aux propriétaires juifs, tirant un profit considérable de ces vilénies, squattant trois biens de la succession Lawee depuis plus d’un demi-siècle, agissant en médiateur avec les autorités irakiennes par des actions imprécises, vaines, chronophages, comme si la France n’avait rien à se reprocher ?

« Ce jugement, dont nous allons faire appel, revient à donner une compétence à un Tribunal chiite de Bagdad pour juger du préjudice subi par la famille Lawee. Ce qui est surréaliste », ont commenté les avocats de la succession Lawee.

En suivant les conclusions de rejet du rapporteur et du ministère français des Affaires étrangères, le Tribunal a ouvert une boite de Pandore qu’il appartiendra à la Cour administrative d’appel de Paris de fermer au plus tôt. Dans l’intérêt de la France dont le déni de justice risque, à terme, une condamnation par la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH).

En effet, ce jugement du « gouvernement des juges » va susciter une méfiance fondée chez tous les cocontractants à l’étranger du gouvernement français. Le contrat signé par les frères Lawee est vraisemblablement un contrat-type élaboré par le ministère français des Affaires étrangères qui le propose, ou l’impose à ses bailleurs. Qui va désormais louer un bien immobilier à la France cherchant, par exemple, un lieu pour y loger son ambassade, son consulat ou ses diplomates, et célèbre désormais mondialement pour être mauvaise payeuse ? Combien de bailleurs, notamment des chrétiens persécutés en Orient, vont demander à renégocier leurs contrats signés avec le gouvernement français, au cas où… ? Aucun n’est à l’abri de cette jurisprudence administrative. Même avec un contrat « bétonné ». A moins que le gouvernement français n’ait pas acquitté ses loyers uniquement à des propriétaires juifs…

Si la France perdait dans cette affaire, elle aurait le choix entre acheter ou quitter la Résidence. Elle sait qu’elle ne trouverait pas, ailleurs dans Bagdad, une résidence aussi magnifique que Beit Lawee pour son ambassade et son consulat.

Après le jugement
Pure coïncidence ? Ce même 2 février 2026, Le Monde  révélait que deux mandats d’amener avaient été délivrés fin juillet 2025 visant deux Franco-israéliennes : Nili Kupfer-Naouri, fondatrice et présidente de l’association Israel Is Forever, et Rachel Touitou, porte-parole du collectif Tsav 9. Et ce, dans le cadre d’une information judiciaire ouverte pour « complicité de génocide » et « provocation publique et directe au génocide ». Ces deux militantes sont soupçonnées d’avoir participé, entre janvier et novembre 2024, et en mai 2025, à des actions de blocage de l’aide humanitaire à Gaza ; une grande partie de cette aide gratuite était volée par les djihadistes qui la revendaient au marché noir, et en tiraient un profit important. A l’origine : des plaintes avec constitution de partie civile déposées en novembre 2024 par l’Union juive française pour la paix (UJFP), Urgence Palestine, la FIDH, Al-Haq, une femme « franco-palestinienne » ayant de la famille à Gaza, etc. Ces plaintes  avaient été instruites, rapidement, par le Pôle Crimes contre l’humanité du Tribunal judiciaire de Paris. « Les avocats des plaignants qualifient cette procédure de « première mondiale » : une juridiction nationale enquêtant sur une complicité de génocide liée au blocage d’aide humanitaire ». C’est curieux que la France n’ait pas débouté les plaignants en arguant que la juridiction israélienne était seule compétente, ou qu’aucune Cour de justice internationale n’a affirmé qu’un génocide se déroulait à Gaza.

« C’est historique ! Pour la première fois, l’État français a reconnu l’existence et la persistance de lois raciales en Irak visant des minorités, notamment juives. Cette reconnaissance intervient à l’issue du procès intenté par une famille juive irakienne spoliée de ses biens et de son hôtel particulier, aujourd’hui loué à l’ambassade de France à Bagdad. Si le tribunal s’est déclaré incompétent, estimant que le litige relève du droit irakien, il a néanmoins acté une réalité majeure : ces lois discriminatoires sont toujours en vigueur. Une avancée juridique et symbolique déterminante dans la reconnaissance des spoliations subies », s’est réjoui Me David Dahan, Président de l’Observatoire des Juifs réfugiés des pays Arabes (OJRPA), interviewé le 5 février 2026 par Ilana Ferhandian sur Radio J, radio juive parisienne qui n’avait pas couvert l’audience, ni annoncé ou analysé le jugement. Cet avocat a éludé tous les aspects choquants de cette affaire, notamment l’antisémitisme de l’Etat français avalisant celui irakien et contribuant à la spoliation de la succession Lawee.

Le seul dirigeant d’une association juive française à avoir commenté ce jugement.

Le 7 février 2026, Sarah Aizenman, Présidente du Collectif Nous Vivrons, a participé à l’Elysée à une réunion sur la lutte contre l’antisémitisme en présence du Président de la République Emmanuel Macron et de ses conseillers. Elle n’a pas évoqué l’affaire Lawee, absente du rapport sur l’antisémitisme en 2025 de ce Collectif. Ignorance ? Indifférence ? Mépris ashkénaze pour les Sépharades ? Incompréhension des enjeux ?

Le 5 février 2026, quelques jours à peine après ce jugement, Jean-Noël Barrot, ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, a effectué  une visite  officielle à Bagdad. « M. Barrot, se trouve ce soir en Irak et il séjournera à l’ambassade de France dans ce pays. Ne sentez-vous pas que le sol de l’ambassade de France à Bagdad vous brûle les pieds ? [Le gouvernement français] ne peut pas se retrancher derrière une dispute juridique qui sera longue pour nier les droits de personnes exclues de leur bien du seul motif qu’elles étaient juives. [La France] peut-elle accepter, 80 ans après la spoliation des biens juifs durant l’occupation, de se déclarer aussi connivente d’une spoliation que notre droit, notre histoire et nos valeurs récusent ? », ont interrogé Mes Jean-Pierre Mignard et Imrane Ghermi dans un communiqué  à l’AFP. Il est vraisemblable que le ministre Jean-Noël Barrot a séjourné à l'ambassade de France en Irak, donc à Beit Lawee.

Le 25 octobre 2024, sur Franceinfo, Jean-Noël Barrot avait déclaré : « Lorsque l'on se revendique de la civilisation comme le fait Benyamin Netanyahou, il faut montrer l'exemple et respecter le droit international ». La France donneuse de leçons de droit et de morale, dont elle s’affranchit si aisément, si durablement envers la succession Lawee…