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dimanche 25 octobre 2026

Karl Wolffsohn (1881-1957)

Karl Wolffsohn (1881-1957) était un éditeur et exploitant de cinéma juif allemand. Ce pionnier a dirigé de magnifiques salles de cinéma : Lichtburg à Essen, Atlantic à Berlin. Spolié par les Nazis, il se réfugie en Palestine mandataire. En 1949, il retourne en Allemagne de l’Ouest (RFA) où il débute un long combat judiciaire pour récupérer, généralement en vain, ses biens ou recevoir une indemnisation juste. Arte diffuse sur son site Internet, dans le cadre de la série documentaire « Les plus beaux cinémas d'Europe » « Lichtburg, Essen » d’Axel Fuhrmann.

« Descendants de nazis. L’héritage infernal » de Marie-Pierre Raimbault et Michael Grynszpan 

Karl Wolffsohn (1881-1957) était né à Wollstein (Rhénanie-Palatinat), dans une famille juive allemande d'imprimeurs. Il apprend le métier d'imprimeur dans l'entreprise familiale et à la maison d'édition Ullstein.

En 1908, Karl Wolffsohn fonda à Berlin Lichtbild-Bühne, qui deviendra la deuxième plus importante revue cinématographique allemande. En 1940, sous la pression des nazis, cette revue a été contrainte de fusionner avec Film-Kurier.

En 1919, Karl Wolffsohn devint cofondateur et copropriétaire (10  %) des théâtres de variétés Scala et Plaza à Berlin. "Soutenu par l'actionnaire minoritaire Ullstein, il a également loué des cinémas à Essen, Berlin, Cologne et Düsseldorf, ainsi qu'un théâtre de variétés à Dortmund. Les théâtres de variétés Scala et Plaza sont devenus des symboles d’une société en pleine modernisation." 

Dès 1928, il dirigea le cinéma Lichtburg à Essen. Ce cinéma a été construit en 1929 selon un projet de l'architecte juif allemand Rudolf Fränkel (1901-1974) à proximité immédiate de la gare de Berlin Gesundbrunnen (sur la Behmstraße entre la Badstraße et la Heidebrinker Straße).

"Avec la complicité de dirigeants déloyaux, l’« aryanisation » de la société juive de Karl Wolffsohn a été menée entre 1933 et 1935 par les banques créancières, la Dresdner Bank et la Deutsche Unionbank."

Karl Wolffsohn a été contraint de vendre le Lichtburg en 1934, sous la pression du parti nazi, à la société cinématographique Ufa, alors semi-publique, pour un dixième de sa valeur, dans le cadre du processus d'aryanisation. Dès 1931, Karl Wolffsohn dirigea également le cinéma Lichtburg à Berlin, qui fut lui aussi aryanisé en 1939.

En 1937, avec l'aide d'investisseurs américains, Karl Wolffsohn a acheté secrètement à Berlin Gartenstadt Atlantic (cité-jardin Atlantic), comprenant la salle cinéma éponyme. Il put initialement continuer à exploiter son cinéma. Ce cinéma fut restauré entre 2001 et 2005 par son petit-fils, Michael Wolffsohn.

D'août 1938 à mars 1939, accusé de tirer profit de son « aryanisation », Karl Wolffsohn a été emprisonné. Peu après sa libération, il fuit l'Allemagne avec son épouse Recha (1886-1972) et se réfugie en Palestine mandataire, où leur fils Willy (plus tard Seew) habitait : il y cultivait la terre depuis 1936. 

En décembre 1949, Karl Wolffsohn est retourné en République fédérale d’Allemagne (RFA) pour récupérer les biens dont il avait été spolié par les nazis. Une longue bataille judiciaire a duré jusqu'en 1962. Aucune compensation pour le cinéma Lichtburg d'Essen, vendu sous la contrainte, ne lui a été allouée. Karl Wolffsohn est mort à Berlin en 1957. Son fils Max Wolffsohn (1919-2000) a mis un terme à ce long combat judiciaire.

Le 13 décembre 2023, une plaque commémorative a été dévoilée à l‘ancienne résidence de Karl Wolffsohn, sur les rives du lac Stölpchen à Berlin-Wannsee.

Le 6 octobre 2026, des Stolpersteine ont été posées pour Karl Wolffsohn et son épouse devant leur ancien domicile à Berlin-Charlottenburg, Sybelstraße 67.

Divers hommages ont été rendus à Karl Wolffsohn : stèle dans la Behmstrasse à Berlin-Gesundbrunnen, la sculpture Fantôme du Lichtburg de Benita Braun-Feldweg et Matthias Muffert dans la Behmstraße à Berlin-Gesundbrunnen, la plaque commémorative sur la Friedrichstrasse à Berlin-Kreuzberg, celle sur la Franz-Mehring-Platz à Berlin-Friedrichshain, celle au pont Hubertus à Berlin-Wannsee.

Petit-fils de Karl Wolffsohn, Michael Wolffsohn est professeur d'histoire moderne, politologue, écrivain, journaliste et essayiste. Né à Tel Aviv en 1947, il s'installe avec ses parents à Berlin-Ouest en 1954. De 1967 à 1970, il effectue son service militaire dans l'armée israélienne. Il étudie l'histoire, les sciences politiques et l'économie à Berlin, Tel Aviv et New York. De 1981 à 2012, il enseigne l'histoire moderne à l'Université des forces armées allemandes de Munich et donne des conférences dans de prestigieuses universités d'Europe, des États-Unis, d'Amérique latine, d'Israël, de Taïwan, de Hong Kong et de Thaïlande. 

Il "est l'un des plus grands spécialistes allemands des relations internationales, du Moyen-Orient et des conflits régionaux, des affaires militaires, de l'histoire et de la politique allemandes, des liens entre religion et politique, et enfin, des dimensions historiques, politiques, économiques, religieuses et culturelles des relations germano-juives-israéliennes. En 2017, il a été nommé Professeur d'université de l'année par l'association professionnelle Deutscher Hochschulverband. Il est l'auteur de plus de 30 ouvrages, dont "Deutschjüdische Glückskinder: Eine Weltgeschichte meiner Familie" ("Enfants chanceux germano-juifs : une histoire mondiale de ma famille"), et de 140 articles scientifiques. Depuis 2000, il est le « Père spirituel » et artisan du projet de rénovation urbaine « Microcosm Gartenstadt Atlantic » à Berlin, un projet d'intégration culturelle germano-turque/musulmane-juive."

Le 25 janvier 2021,  Michael Wolffsohn s'est indigné sur X, ex-Twitter :
"Le magazine culturel Westart @WDR diffuse un documentaire télévisé de 30 minutes sur le légendaire cinéma d’Essen #Lichtburg et parvient à ne pas dire un seul mot du locataire et exploitant juif de 1931 à 1933/34, Karl Wolffsohn."

"Westart a proposé un bref aperçu de l'histoire du Lichtburg, de son ouverture en 1928 à nos jours. Dans ce contexte, il aurait certainement été du devoir des producteurs de mentionner au moins, en quelques phrases, la contribution de Karl Wolffsohn au cinéma du Lichtburg et à l'« aryanisation » de ce cinéma. Interrogée, la rédaction de WDR a indiqué avoir décidé de ne pas évoquer Karl Wolffsohn dans un aperçu historique aussi bref. Franchement, il aurait été préférable de supprimer purement et simplement la section consacrée à l'histoire du Lichtburg. Pour Michael Wolffsohn, une chose est sûre : « Les producteurs de l'émission, censés être si versés dans l'histoire, ignorent complètement le sort du propriétaire juif – un scandale, surtout dans un documentaire de 30 minutes où il y aurait eu largement le temps. » D'après Michael Wolffsohn, il ne s'agit malheureusement pas d'un cas isolé : « Dans les articles de presse consacrés au cinéma de mon grand-père, lui, son œuvre et l'énorme vol de ses biens ne sont, au mieux, mentionnés qu'en passant. » En réalité, les années 1933 à 1945 ont été résumées dans le film de WDR par une seule phrase : « Les nazis font des films de propagande, la guerre détruit tout. » Une phrase aussi brève est, à tout le moins, trompeuse."

« Lichtburg, Essen »
La série documentaire « Les plus beaux cinémas d'Europe » offre un « zoom sur des cinémas dont l’architecture témoigne de l’atmosphère et du faste des premières années du septième art. »

Dans ce cadre, Arte diffuse sur son site Internet « Lichtburg, Essen », documentaire d’Axel Fuhrmann.

« Zoom sur des cinémas dont l’architecture témoigne du faste des premières années du septième art. »

« Construit en 1928 dans le style de la Nouvelle Objectivité, le Lichtburg d’Essen, en Allemagne, se retrouve en piteux état à la fin des années 1990. »

« Wim Wenders mobilise alors le monde de la culture pour sauver le lieu, qui sera restauré. »

"À l'entrée du cinéma du centre-ville d'Essen, une inscription bien visible indique clairement ce qui suit : « Depuis 1931, l'éditeur berlinois et pionnier du journalisme cinématographique, Karl Wolffsohn, était le locataire et l'exploitant de ce grand cinéma. Persécuté en tant que Juif, Karl Wolffsohn fut contraint par le parti nazi de vendre son entreprise cinématographique à la société de production semi-publique UFA en 1933/34. »


"Le mercredi 13 décembre à 14h, une stèle historique régionale a été dévoilée au public à l'angle de Stölpchenweg et de Kohlhasenbrücker Straße. Cette stèle commémore le pionnier du cinéma Karl Wolffsohn et la perte de sa propriété au bord du lac de Stölpchen. Elle a été conçue par Karin Rosenberg. Parmi les intervenants : Cornelia Seibeld, présidente de la Chambre des représentants de Berlin ; Cerstin Richter-Kotowski, adjointe au maire et conseillère d'arrondissement chargée de l'éducation, de la culture et des sports ; et le petit-fils de Karl Wolffsohn, le professeur Michael Wolffsohn."

"Sur la rive sud-est du lac de Stölpchen, juste à côté de l’actuel canal de Griebnitz, Karl Wolffsohn (1881-1957) vécut avec sa famille de 1924 à 1938. Figure emblématique du cinéma et du divertissement allemands, il fut cofondateur et, à partir de 1937, unique propriétaire du complexe résidentiel Gartenstadt Atlantic, aujourd’hui classé monument historique, qui abritait notamment le grand cinéma « Lichtburg » à Berlin-Gesundbrunnen. En 1924, Karl Wolffsohn loua cette propriété d’environ 7 500 m², comprenant une villa, une maison de jardinier et un bungalow. C’est là, à proximité immédiate des studios de cinéma de Babelsberg, que le monde du cinéma de l’époque se réunissait chez Karl et Recha Wolffsohn (1887-1972).
En août 1938, Karl Wolffsohn fut placé sous la protection de la Gestapo. Il avait refusé que la cité-jardin de l'Atlantique et le cinéma Lichtburg soient « aryanisés ». Durant sa détention, il fut finalement contraint d'accepter l'expropriation de ses biens et fut libéré en février 1939. En mars 1939, il s'enfuit en Palestine sous mandat britannique, perdant ainsi toute sa fortune, y compris son domaine au bord du lac Stölpchen.
Afin d'empêcher que leurs biens volés ne tombent entre les mains de profiteurs nazis, Karl et Recha Wolffsohn rentrèrent d'Israël en Allemagne en 1949, malgré tout. Pour Karl Wolffsohn, ce fut le début d'une longue et vaine lutte pour obtenir réparation. Le domaine de Stölpchensee, partiellement détruit par l'Armée rouge et en ruine, lui fut restitué en 1954. Cependant, deux ans plus tard seulement, le district de Zehlendorf refusa à Max Wolffsohn l'autorisation d'entreprendre les travaux nécessaires sur la propriété, arguant qu'aucun plan d'aménagement global n'avait encore été établi et que le terrain se situait dans un espace vert public en projet. Après près de dix ans de négociations infructueuses, Max Wolffsohn n'eut d'autre choix, en 1965, que de vendre la propriété au district. Ce dernier ne créa jamais d'espace vert public à Stölpchensee."
(Extrait du texte de la stèle de Thomas Brechenmacher)

"Editeur juif de la revue professionnelle du cinéma « Lichtbild-Bühne » (LBB) et entrepreneur du cinéma, s'est engagé, des années 1910 jusqu'à la fin de la République de Weimar, à transformer l'industrie cinématographique allemande, initialement modeste, en une industrie cinématographique internationalement compétitive qui a acquis une renommée mondiale grâce à des productions artistiquement précieuses.
Né le 16 mai 1881 à Wollstein (Wolsztyn, Pologne), Karl Wolffsohn apprit le métier d'imprimeur dans l'atelier de son père et à la maison d'édition Ullstein à Berlin. De 1901 à 1905, il dirigea l'imprimerie de livres et d'art Gebr. Wolffsohn, située au 38, Naunynstraße à Kreuzberg, d'abord avec son frère Willy (1875-1914), puis seul. En 1908, ses frères Jacob (1880-1915) et Max (1885-1919) fondèrent Gebr. Wolffsohn GmbH, une entreprise d'imprimerie et d'édition, au 17, Michaelkirchstraße, et nommèrent Karl directeur général.
Après le décès de Jacob et Max, Karl Wolffsohn continua de diriger avec succès Gebr. Wolffsohn GmbH seul, sous la République de Weimar. En 1924, il obtint une participation minoritaire du groupe Ullstein et développa la petite entreprise familiale en une société de taille moyenne. Sa maison d'édition, située au 225 de la Friedrichstrasse et dotée d'une imprimerie, d'un atelier de reliure et d'une fabrique de plaques d'impression, employait environ 150 personnes en 1931. Wolffsohn publiait également des ouvrages spécialisés sur le cinéma, notamment les ouvrages de référence « Reichs-Kino-Adreßbuch » (Annuaire national du cinéma) et « Jahrbuch der Filmindustrie » (Annuaire de l'industrie cinématographique). Wolffsohn se considérait comme un entrepreneur au sens le plus strict du terme. Il investit dans les théâtres de variétés Scala et Plaza à Berlin, qui ouvrirent respectivement en 1919 et 1929, et à partir de 1929, il exploita les cinémas « Lichtburg » nouvellement construits à Essen et à Berlin, chacun comptant 2 000 places, en plus de trois cinémas de taille moyenne à Cologne et à Düsseldorf.
Dès le début de la dictature nazie, Wolffsohn résista avec vigueur, mais en vain, au transfert forcé de ses importants biens commerciaux et personnels à des profiteurs non juifs. Après un exil en Palestine de 1939 à 1949, il vécut de nouveau à Berlin."
(Extrait du texte de la stèle par Ulrich Döge)


« Lichtburg, Essen » d’Axel Fuhrmann
Allemagne, 2025, 27 min
Production : DokFabrik, en association avec SR/ARTE
Sur Arte le 26 mai 2026 à 04 h 20
Sur arte.tv du 01/05/2026 au 29/07/2026


jeudi 15 octobre 2026

« L'ancien fait peau neuve. Une nouvelle vie pour des bâtiments historiques » de Sabine Reeh

Bâtiments industriels désaffectés, édifices religieux - synagogues, chapelles, etc. - à faible fréquentation, immeubles ayant logé des soldats... Ils constituent un patrimoine historique, architectural et spirituel devant être conservé, réhabilité pour être affecté à divers usages : musée, logements, cafés... Arte diffusera les 18 et 25 octobre 2026 à 08 h 40 « L'ancien fait peau neuve. Une nouvelle vie pour des bâtiments historiques », série documentaire de Sabine Reeh. 
 
La fabrique des saintes images. Rome-Paris, 1580-1660
Cranach et son temps 

Bâtiments industriels désaffectés, édifices religieux à faible fréquentation, immeubles ayant logé des militaires... Ils témoignent de  l'histoire d'une ville, d'une région, d'un pays, d'une école architecturale, d'un aménagement urbain, des interactions avec la ville où ils sont installés. Ce patrimoine historique, architectural et spirituel doit être conservé, réhabilité pour être affecté à divers usages. 

Le musée de la Figurine de Compiègne est installé dans l’ancien mess des officiers de l’école d’État-Major, près du château et du théâtre impérial. Il s’étend sur une surface de 1000 m².  Sa collection bénéficie de 150 000 figures. Son exposition permanente passionne petits et grands.

Pour les lieux spirituels - synagogues, églises, etc. -, la nouvelle affectation s'effectue avec une vigilance particulière. 

A Paris, un Climbing District a été aménagé dans une ancienne chapelle du XIXe siècle : il propose "une salle d'escalade, un espace de coworking, un café/bar chaleureux et une bibliothèque en mezzanine".

Judaïsme
La synagogue d’Erfurt, construite au XIe siècle en Thuringe, est devenue un musée en 2009 et a été inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco en 2023. Celle de Prague, terminée en 1270, est toujours en activité.

"Les juifs d'Alsace ont représenté plus de la moitié du judaïsme français au XVIIIe siècle, mais ils ont dû attendre 1791 pour avoir le droit de revenir dans les villes qui leur avaient été interdites au XIVe siècle. D'où la présence de cimetières, de bains rituels et de synagogues dans les campagnes, qui ont survécu à des communautés aujourd'hui quasiment disparues.  cette multitude de communautés juives jadis installées dans les campagnes d'Alsace et de Lorraine, et aujourd'hui en voie d'extinction."

"La majorité des quelque 90 synagogues répertoriées en Alsace sont aujourd'hui désaffectées."

"Lorsqu'un bâtiment est très ancien et qu'il n'y a plus de communauté juive, nous sommes obligés de nous en séparer, souvent pour une somme assez modique", explique Jacques Banner, président du consistoire israélite du Haut-Rhin. Ces synagogues sont alors transformées en foyers culturels, en dépôts, voire en salle de sport comme à Mommenheim (Bas-Rhin), ou en habitations privées."

"A une soixantaine de kilomètres de Sarre-Union, Roger Cahn, 84 ans, est l'un des derniers juifs du petit village de Westhoffen, qui en a compté plus de 200 au milieu du XIXe siècle, avant que ne commence l'inexorable exode rural. Bâtie dans les années 1860, elle n'accueille plus d'office depuis 1940, se souvient-il, évoquant sans pathos les années noires pendant lesquelles il a dû fuir les nazis avec sa famille avant de revenir en 1945 sur la terre de ses aïeux. "Quand on me le demande, je récupère les clés de la synagogue à la mairie, qui est devenue propriétaire, et je fais volontiers la visite", explique Roger Cahn en montrant l'intérieur dépouillé de la bâtisse en grès rose, où les voix résonnent dans le vide".

"La présence de la synagogue de Bergheim témoigne de la présence, au fil des siècles, d’une importante communauté juive à Bergheim (présence attestée dans les archives à partir de 1398). Forte de 68 familles en 1784, la communauté juive de Bergheim comptait 513 personnes en 1838 (15% de la population de la ville). Il s’agissait alors de la plus forte communauté juive d’Alsace. - Après avoir été persécutée, dispersée ou anéantie durant la Shoah, la communauté juive de Bergheim ne compte plus aujourd’hui que 2 familles. Le bâtiment actuel de la synagogue, construit entre 1860 et 1863 dans le style néo-roman adoptant un plan médiéval et restauré en 2002, s’élève à l’emplacement de 3 synagogues antérieures (elle est la seule et unique synagogue en Alsace qui se trouve encore sur l'emplacement où elle avait été construite au 14e siècle). La synagogue de Bergheim était, avec celle de Haguenau, la seule synagogue médiévale d'Alsace : à ne pas avoir été détruite lors des grands pogroms de 1349 et à avoir été en fonction jusqu’au 19e siècle. En 1992, la synagogue a été désacralisée (la communauté juive ne comptait alors plus que 2 hommes, alors qu’un minimum de 10 est exigé par l’ordre religieux pour célébrer un office) et après avoir servit de hangar, devint en 2002 un espace culturel proposant expositions, pièces de théâtre et concerts. L’Aron kodesh et les rouleaux de la Torah sont aujourd’hui visibles au Musée Bartholdi à Colmar. La synagogue est accessible uniquement sur demande et/ou à l'occasion des expositions".

"Une synagogue de village datant du XIXe siècle située près de Brumath, a été sauvée de la démolition grâce à ses nouveaux propriétaires qui l'ont transformée en loft. Ce projet met en lumière la préservation des volumes d'origine et des éléments d'époque tout en intégrant des aménagements contemporains sur mesure, offrant ainsi une seconde vie singulière à ce bâtiment historique."

"L’ancienne synagogue de Rouffach, édifiée vers 1290 et transformée en habitation au XVe siècle, est à vendre en 2025. C'est un bâtiment qu’on devine à peine depuis la rue Ullin à Rouffach. L’ancienne synagogue de Rouffach est en retrait de la rue Ullin car enserrée dans un enchevêtrement de cour et de granges. L’ancienne synagogue de Rouffach est « la seule synagogue médiévale conservée en France et l’une des très rares en Europe, avec celle de Prague ou encore celle de Worms, cette dernière ayant été plusieurs fois reconstruite », précisent Jean-Pierre Lambert et Norbert Schwab, président d’honneur et président de la Séjal (Société pour l’étude du judaïsme en Alsace-Lorraine). Les associations de sauvegarde du patrimoine juif en Alsace tentent de mobiliser pouvoirs publics et mécènes pour rendre ce trésor historique méconnu accessible au public. Avec deux autres associations qui œuvrent pour la sauvegarde du patrimoine juif d’Alsace (les Routes du judaïsme rhénanes et la Maison du judaïsme rhénan), ils sonnent l’alerte concernant la mise en vente de l’édifice, proposé au prix de 700 000 € par une agence immobilière spécialisée dans les biens d’exception, Espaces atypiques. La vente fait suite au décès du dernier propriétaire, l’architecte d’intérieur Serge Gayrau. "L’édifice médiéval de Rouffach, près de Colmar, témoigne d’un riche héritage judéo-alsacien. Malgré sa façade discrète, il s’agit assurément d’un « bien atypique », comme l’assure l’agence immobilière chargée en 2025 de la vente de cette maison de 327 m2 sur trois niveaux, avec deux jardins, située au cœur de Rouffach, à 15 kilomètres au sud de Colmar (Haut-Rhin). Pour la coquette somme de 700.000 euros, le futur acquéreur entrera en possession de la seule synagogue médiévale connue conservée en France et une des plus anciennes d’Europe." 

La Fondation du Patrimoine propose aux Internautes : "Aidez à la restructuration de l'ancienne synagogue de Duppigheim dans le Bas-Rhin". 52 donateurs ont versé 11 631 €. L'objectif est 40 000 €. Restent 186 jours. La synagogue est située au 17 Rue des Juifs - 68750 Bergheim. Elle "présente son mur-pignon antérieur sur la rue, avec la porte d'entrée, un mur-gouttereau étant longé par une cour, l'autre donnant sur la rue qui forme un coude à cet endroit. Un vaisseau central est flanqué de deux bas-côtés, séparés par des arcades en plein cintre sous lesquelles sont situées les tribunes. Les élévations extérieures adoptent un style néo-roman dépouillé. Les baies en plein cintre alternent avec des oculus. Le sommet du pignon antérieur est orné des tables de la Loi. L'intérieur de la synagogue a conservé un décor peint soulignant les formes architecturales, mais l'aron a été détruit, le mobilier supprimé et elle doit prochainement être restaurée pour abriter un bâtiment culturel municipal."
"Malgré les déprédations qu'elle a subies durant l'occupation nazie, la synagogue de Bergheim présente un intérêt architectural non négligeable. S'inscrivant dans le courant général de son époque, elle adopte le vocabulaire néo-roman, tant dans le schéma des volumes (nef centrale, bas-côtés) que dans le décor de la façade ouest. A l'intérieur, où l'on retrouve une ordonnance médiévale dans l'organisation d'une travée, c'est la hauteur de l'élévation qui surprend pour un édifice de dimensions relativement réduites et compose, avec ses grandes arcades, un volume harmonieux. Témoin d'une communauté implantée depuis le XIVe siècle, éteinte aujourd'hui."
"L'existence d'une population juive à Bergheim est attestée dès 1300, la synagogue étant confisquée en 1349 après l'extermination des juifs de Bergheim et de Ribeauvillé. Elle fut rachetée en 1551 par un israélite. En 1784, la ville comptait 68 familles et 328 personnes de religion juive. La synagogue existant au XIXe siècle fut détruite dans un incendie en 1840 et reconstruite en 1863, au même emplacement que la première synagogue du XIVe siècle, sur les plans de l'architecte Auguste Hartmann. Endommagée par les allemands durant la seconde guerre mondiale (destruction de l'aron) , elle fut désaffectée en 1990, la population juive de Bergheim ayant totalement disparu. Un projet de réhabilitation est en cours à la mairie de Bergheim (l'extérieur a été restauré en 2000)."

La synagogue Or Thora, située rue Saint-Dominique, entre la Gare de Marseille-Saint-Charles et la Canebière, dans le 1er arrondissement de Marseille (Bouches-du-Rhône), a été édifiée en 1962 par des Juifs d'Algérie ("Pieds-noirs"). La situation démographique a évolué dans ce quartier du centre-ville : départs des habitants juifs français du quartier, arrivée d'immigrés musulmans. La synagogue a été achetée en 2016 pour environ 400 000 euros par l'association cultuelle musulmane Al Badr qui l'a transformée en mosquée El-Badr. L’ancienne synagogue est en mesure d’abriter jusqu’à 250 fidèles. A Marseille, "les musulmans sont 250.000 dont 10% pratiquent régulièrement. La transaction s’élève à environ 400.000 euros et sera concrétisée sous peu, à moins que la mairie de Marseille ne décide de s’y opposer. En juin 2015, Dalil Boubakeur, le président du Conseil français du culte musulman, avait proposé d'installer des mosquées dans des églises vides, suscitant un tollé contre sa proposition..." A Marseille, "la communauté disposerait toujours de 58 synagogues à Marseille (23 écoles plus 60 restaurants kachers) contre 32, il y a 25 ans".

L’ancienne synagogue d’Altkirch, située au 6 rue de Ferrette, dans la capitale du Sundgau, a ouvert ses portes en 1837. A l’arrière du bâtiment se trouve la porte d’entrée surmontée d’un linteau sur lequel on peut lire en hébreu : « Car tous les peuples iront, chacun au nom de son dieu, et nous, nous irons avec le nom de Hashem notre Dieu ! ».
Cet édifice religieux a été transformé en salle de cinéma pendant la Deuxième Guerre mondiale. 
En décembre 2021, le Consistoire Israélite du Haut-Rhin l'avait mis en vente, via l’agence immobilière Robischung de Hirsingue. En 2022, après une dizaine d'années d'attente, il l'a vendu à un couple de trentenaires originaire du Sud Alsace qui l'a transformée en sa maison. Zineb et Alexander Haese vivent depuis novembre 2024 avec leurs deux garçons dans cet espace de 350 mètres carrés doté d'un terrain de 1500 m².
En 2023, "seul le toit avait été refait ; le carrelage noir et blanc suranné habillait encore le sol et la tribune des femmes rappelait le passé religieux du lieu.
"On voulait un emplacement plus central entre nos lieux de travail, à Mulhouse pour ma femme et à Bâle pour moi », expliquait l’informaticien. 
"Le balcon a laissé place à un étage avec les chambres, la pièce principale a été métamorphosée en cuisine ouverte sur un « grand salon », la hauteur sous plafond de huit mètres a en partie été conservée. Le couple a plutôt eu de « bonnes surprises » ; comme le dévoilement de ce colombage caché sous les couches de plâtre d’un mur de l’entrée. Les artisans ont révélé les pierres au mur dans la cage d’escalier. .
"Zineb et Alexander ne sont pas de confession juive. Ils avaient pour autant à cœur de respecter cet « endroit sacré », édifice du patrimoine altkirchois construit dans les années 1830 et plusieurs fois rénové depuis."
"Pour preuves, l’escalier tournant en bois qui « a été sablé » et dont certaines marches ont dû être renforcées, le petit escalier qui permet de rejoindre la cuisine et qui « donne du cachet », les vitraux devant lesquels a été posé une vitre pour l’isolation et, plus anecdotique, le tableau électrique avec lequel Alexander aimerait « faire de la domotique ».
"Des touches çà et là rappellent la vie d’avant du bâtiment. Surtout, l’aspect extérieur est très fidèle à l’enveloppe de l’ancienne synagogue. Pas le choix : inscrite à l’inventaire général du patrimoine culturel, elle se trouve surtout dans le périmètre des Bâtiments de France. « Ce qui nous a pris du temps, c’était de créer les ouvertures. On a transformé des fenêtres en portes-fenêtres pour avoir un accès sur la terrasse et on a dû attendre le retour des ABF (architectes des Bâtiments de France) pour cela. » Les « règles » des ABF s’appliquent pour la toiture (style de tuiles et pas de panneaux photovoltaïques comme le couple aurait aimé), pour les fenêtres (qui doivent être en bois), pour la couleur de la façade aussi. « On avait le choix entre trois coloris : beige, blanc crème et beige un peu plus foncé… », liste Alexander Haesen".
"À l’intérieur en revanche, le couple a pu laisser vagabonder son imagination. Le seul principe à respecter était de ne pas aménager les salles d’eau et sanitaires à l’endroit même où se trouvait la Torah. Zineb Haesen a passé des heures sur les réseaux. « J’étais beaucoup sur Pinterest, sur YouTube… Dans les pays anglo-saxons, il y a beaucoup d’églises qui sont transformées, ça donne des idées. Si on avait eu ChatGPT à l’époque… Ça nous aurait aidés », plaisante la professeure d’anglais".. 

« L'ancien fait peau neuve. Une nouvelle vie pour des bâtiments historiques »
Arte diffusera les 18 et 25 octobre 2026 à 08 h 40 « L'ancien fait peau neuve. Une nouvelle vie pour des bâtiments historiques », série documentaire de Sabine Reeh. 

« Le neuf ne doit pas remplacer le vieux : les anciens et les nouveaux bâtiments peuvent coexister, fusionner ou s'inspirer mutuellement. Une ville est un organisme vivant qui évolue constamment, tout comme la société. Construire dans l'existant ne signifie donc pas seulement rénover : c'est avant tout la poursuite créative de la construction qui fait sa qualité. »

« Mettre en valeur les architectures anciennes par des innovations radicales : tel est l’ambitieux pari relevé pour la rénovation ou l’agrandissement de certains bâtiments . Illustrations dans « L'ancien fait peau neuve. Une nouvelle vie pour des bâtiments historiques  », série documentaire en quatre volets de Sabine Reeh.»

1ère partie : « Des musées »
« L’architecture des musées repose très souvent sur un dialogue entre l’ancien et le moderne. »

« Ainsi, de nombreux projets de rénovation et d’agrandissement apportent un contrepoint formel aux structures existantes par le choix des matériaux, des formes ou des teintes. Ce jeu de contrastes est pensé comme un dialogue avec la structure originelle, qui demeure généralement un élément central du bâti. » 

« Dans le 13e arrondissement de Paris, la Fondation Pathé se distingue par une gigantesque coque recouverte de volets en aluminium qui s’intercale entre deux immeubles haussmanniens. »

« Dans la ville allemande de Halle-sur-Saale, lors de la rénovation et de l'extension du château de Moritzburg, toutes les structures d’origine encore existantes ont été sauvées, permettant à un nouveau musée d’être construit à l'intérieur même des vestiges. »

2e partie : « Des bâtiments industriels »
« Depuis la fin de l’ère industrielle, de nombreux entrepôts, usines et centrales électriques ont été laissés à l’abandon. Hormis les coûts élevés que représente leur démantèlement, ils sont aujourd’hui considérés comme des éléments à part entière du patrimoine historique, témoignant d’un âge d’or révolu. »

« Partout dans le monde, des projets de réhabilitation créatifs et audacieux fleurissent pour offrir une deuxième vie à ces vastes espaces. »

« À Paris, la Cité de la mode et du design est installée dans un ancien entrepôt dont la structure d’origine, en béton armé, est recouverte d’une double peau en verre. Le musée d’Art contemporain du Cap, en Afrique du Sud, est quant à lui construit dans un ancien silo à grains qui a conservé son emblématique silhouette alvéolaire. »

3e partie : « Des édifices religieux »
« En Europe, l’ère postindustrielle s’est accompagnée d’une sécularisation de la société. De nombreux lieux de culte ont ainsi été transformés en galeries d’art, résidences de luxe ou centres de bien-être. »

« S’ils sont détournés de leur fonction initiale, la plupart de ces édifices conservent leur architecture singulière et leur ambiance solennelle. »

« En Allemagne, l’ancienne église de la petite ville de Bielefeld abrite aujourd’hui un restaurant atypique, tandis qu’en plein cœur de Bruxelles la chapelle médiévale des Brigittines est devenue un centre culturel réputé. Dans le quartier huppé de Mayfair, à Londres, un temple anglican s’est quant à lui métamorphosé en food market branché. »

4e partie : « Y vivre et travailler »
« Faire du neuf avec de l’ancien : si cette idée gagne du terrain à l’heure où la réhabilitation s’avère souvent plus rentable que la destruction. Illustration avec la mythique centrale électrique Battersea Power Station, popularisée par la pochette de l’album "Animals" du groupe Pink Floyd. »

« Au fin fond de la forêt bavaroise, une ancienne maison en ruine a fait l’objet d’un vaste projet de rénovation aussi minimaliste qu’efficace. À Gand, en Belgique, un ensemble d’anciens logements ouvriers s’est transformé en lieu d’art et de culture, tout en conservant son emblématique enclave circulaire. »

« Mise à l’honneur en 1977 sur la pochette de l’album Animals du groupe Pink Floyd, la mythique centrale électrique Battersea Power Station a été reconvertie en un lieu de vie aux usages mixtes, où cohabitent une galerie marchande et des logements luxueux. »


Allemagne, 2023
Production : Isarfilm
1ère partie (27 min) : © BR/Paul Busse
2e partie (27 min) : © BR/Sabine Reeh
3e partie (27 min) : le 18 octobre 2026 à 08 h 40. © BR / Sabine Reeh
4e partie (27 min) : le 25 octobre 2026 à 08 h 05. © DR
Sur arte.tv du 02/10/2026 au 31/10/2026
Visuel : © BR/Paul Busse