Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

mardi 24 mars 2026

Interview de Brigitte Leitenberg, députée Vert’Libérale en Suisse

Depuis 2000, Brigitte Leitenberg codirige avec son mari les Meubles Leitenberg SA à
La Chaux-de-Fonds Métropole horlogère, localisée dans le canton de Neuchâtel (Suisse). Brigitte Leitenberg est membre du parti Vert’Libéral (PVL). A ce titre, depuis 2020, elle est conseillère générale de La Chaux-de-Fonds, et depuis 2021 députée au Grand conseil du canton de Neuchâtel. Le 20 février 2025, durant une séance tendue au Conseil général, a été adoptée, malgré son opposition, une motion populaire portée par le Collectif Action Palestine et demandant que Philippe Lazzarini, né dans cette ville inscrite avec Le Locle sur la liste du Patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco pour son urbanisme horloger, et Commissaire général de l'UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient), y soit nommé Citoyen d’honneur. Le non-respect du règlement pour elle-seule et les perturbations bruyantes d'un public hostile ont éprouvé Brigitte Leitenberg, qui a craint pour sa vie. Se sentant trahie, elle a posté peu après sur Facebook ses textes exprimant son ressenti. Bien qu’elle ait modifié rapidement, puis supprimé un de ses deux posts, le Conseil communal, détenteur du pouvoir exécutif local et composé de cinq élus, a porté plainte à deux reprises : la plainte collective contre cette élue a été refusée par le Procureur, puis celle individuelle de chaque membre du Conseil communal contre elle a perduré. Or, ce différend aurait pu se régler par le dialogue. Le 12 novembre 2025, une audience de conciliation un brin déséquilibrée s’est tenue. Interview réalisée en octobre 2025, suivie par un addendum.


Quel est votre parcours ? 
Je suis installée à La Chaux-de-Fonds depuis 35 ans, et très engagée dans la vie publique, sportive et associative de la ville. 
Je travaille avec mon mari dans l’entreprise familiale fondée à La Chaux-de-Fonds voici plus de 130 ans. Et je préside l’association des commerçants indépendants de détail.
En 2020, je suis entrée en politique avec les Vert’libéraux, convaincue qu’il faut faire progresser la transition énergétique en y associant l’économie et les entreprises.
Membre du trio de fondateurs de La Trotteuse-Tissot, j’ai présidé cette course à pied populaire, urbaine et nocturne durant dix ans. Cette Corrida de Noël réunit près de 4 000 participants venus de Suisse et des pays voisins à la mi-décembre, et à 1 000 m d’altitude. 
Je suis mariée et mère de trois enfants adultes, et grand-mère d’une petite fille.

Quelle est la spécificité du parti Vert’Libéral (VL) dans le courant écologique ?
Les Vert’libéraux ont le regard tourné vers l’avenir, vers une économie raisonnée et durable. 
Les nouvelles technologies sont les alliées de la transition énergétique pour faire face à l’évolution démographique et répondre aux besoins de la société en respectant la biodiversité.
Les Vert’libéraux se situent au centre de l’échiquier politique, quelques fois légèrement à droite ou vers une gauche modérée. Ils sont aussi sensibles aux préoccupations de notre société en général.

L’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient) est critiqué pour ses liens étroits, continus, avec des groupes terroristes islamiques (Hamas, Djihad islamique) - rapports de l’ONG UNWATCH -, pour son enseignement incitant au djihad et à haine des Juifs et d’Israël dans ses écoles - rapport d’IMPACT-se -, etc.
Son Commissaire général est Philippe Lazzarini. Celui-ci a rencontré en mai 2024, à Beyrouth (Liban), des dirigeants du Hamas. « Cette rencontre a abouti à la nomination d’un membre éminent du Hamas, Fathi al-Sharif, à la tête du syndicat des enseignants de l’UNRWA au Liban, donnant au groupe un levier d’influence sur des milliers d’enseignants et d’étudiants ». 
Le 20 février 2025, le Conseil général (titulaire du pouvoir législatif local, Ndlr) de La Chaux-de-Fonds a adopté une motion populaire, déposée le 7 janvier 2025, portée par le Collectif Action Palestine, et  demandant que Philippe Lazzarini, né dans cette ville, y soit nommé Citoyen d’honneur. 

La Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation (CICAD)  a recensé 2 438 incidents antisémites en 2025 en Suisse romande, soit une augmentation de 36 % en un an (1 789 incidents recensés en 2024). La Chaux-de-Fonds Métropole horlogère est inscrite avec Le Locle sur la liste du Patrimoine mondial de l’humanité de l’Unesco pour son urbanisme horloger. Quel est le contexte dans cette ville de cette motion discutée le 20 février 2025 ?
En Suisse et, plus généralement dans le monde, des dissensions se font sentir dans la sphère politique et dans la société civile au sujet du conflit qui se déroule au Proche-Orient depuis l’agression djihadiste du 7 octobre 2023 dans le sud d’Israël : 1200 civils israéliens massacrés et 242 otages enlevés et séquestrés dans la bande de Gaza par les terroristes palestiniens du Hamas et leurs complices.
La Suisse n’échappe pas à cela, et est parcourue par une division majoritairement gauche/droite sur cette question. Tel est le cas à La Chaux-de-Fonds, ville dont les élus sont majoritairement à gauche.
En 2024, le nombre des actes antisémites en Suisse romande a augmenté de près de 90% par rapport à 2023.
La date de la mise en discussion de la motion, soit le 20 février 2025, se trouvait en pleine campagne électorale cantonale. Les élections cantonales étaient fixées au 25 mars 2025 avec une liste de la « Gauche Unie » qui voulait ratisser large et réunir des plus modérés aux plus extrêmes. Cette date correspondait aussi au climat international extrêmement tendu en lien avec le conflit au Proche-Orient.
En outre, le fonctionnement de l’UNRWA dans le cadre du conflit est délicat. Les critiques visant l’organisation portent tant sur la gestion que sur ses liens avec le Hamas, et l’enseignement dispensé dans ses écoles. Les médias suisses et l’organisation UN Watch s’en sont faits l’écho devant des cénacles nationaux et internationaux.
Le contexte politico-humaniste compliqué et clivant ne pouvait que déboucher sur un débat politique houleux et des réactions épidermiques qui ne devraient pas avoir court dans un cénacle politique suisse qui évite ce genre de situations. En effet, le fonctionnement politique de notre pays tend à éviter de tels heurts qui mettent en péril la sérénité du débat et risquent de cristalliser des atteintes aux personnes.
Par ailleurs, il est très inhabituel qu’un conflit international s’invite dans des débats au niveau communal, parce que cela relève de la compétence fédérale. Ce que j’ai rappelé dans mon intervention le 20 février et dans mes posts.
Le Conseil communal ne me semble pas avoir suffisamment considéré la responsabilité politique et les risques qu’il prenait en acceptant cette motion.

Comment se sont déroulés les débats auxquels vous avez participé ?
Lors de mon arrivée dans la salle du Conseil général, des militants du Collectif Action Palestine Neuchâtel s’étaient assis juste derrière mon siège, ma place étant située en dernière rangée d’élus - chaque conseiller général a sa place fixée pour toute la législature. 
Le credo du Collectif Action Palestine Neuchâtel se caractérise par une distorsion de l’Histoire, et une inversion victimaire. Le 10 octobre 2024, il avait co-organisé une manifestation pour la paix à Gaza. Une amie et son compagnon, qui se trouvaient par hasard aux abords de la manifestation, ont entendu clairement le cri « Mort aux Juifs ». Plainte a été déposée, mais elle a été jugée irrecevable par le ministère public : il n’y avait pas de film ni d’enregistrement pour corroborer ce fait.
Lors de mon intervention relative à la « motion Lazzarini » au Conseil général, j’ai été interrompue à deux reprises par la Présidente, qui a agité la cloche. Ce qui se fait très rarement, et alors que je n’avais pas utilisé complètement mon temps de parole. Lors d’une motion d’ordre, un membre du Conseil général a alors rappelé la règle : mon temps de parole n’avait pas été entièrement écoulé.

Quels étaient vos arguments ?
L’article 57 du règlement général du Conseil général de La Chaux-de-Fonds révisé en 2012 précise : « Le Conseil général, à la majorité de deux tiers de ses membres, peut accorder le droit de cité d'honneur à une personne qui s'est particulièrement illustrée par son activité en faveur de la ville. »
Or, Philippe Lazzarini ne remplissait aucun de ces critères : aucune action notable ayant bénéficié aux citoyens ou à la ville, activité professionnelle toujours en cours – les précédents récipiendaires de cette distinction avaient été honorés en fin de carrière, après avoir accompli une œuvre significative – et nous ignorons de quoi sera fait l’avenir de Philippe Lazzarini.
De plus, honorer une figure aussi discutable et controversée, impliquée dans un conflit ouvert, nuira à la cohésion multiculturelle qui contribue à la richesse de notre ville.
Et surtout, il n’incombe ni au Conseil communal ni au Conseil général de prendre position sur un conflit international qui a exacerbé les tensions, et a alimenté une montée inquiétante d’actes criminels antisémites dans le monde. Une telle décision dépasserait le cadre local de notre mandat, et risquerait d’emporter notre Ville dans des divisions qui n’ont pas lieu d’être dans notre espace de dialogue et de vivre-ensemble. 
En outre, une telle nomination doit refléter l’avis des Chaux-de-Fonniers dans leur ensemble. Or, cette motion a été signée par 114 personnes, venues principalement de courants politiques très engagés, voire extrémistes de gauche. Cette démarche semble plus motivée par des considérations partisanes que par l’objectif défini par l’article 57.
J’ai proposé d’honorer à titre posthume un citoyen chaux-de-fonnier, André Sandoz, conseiller communal, conseiller d’Etat, qui, en plus de son engagement sans faille pour La Chaux-de-Fonds et ses citoyens, a légué à notre ville deux splendides maisons.
Les conseillers généraux de droite et du centre ont manifesté dans leurs interventions et dans leurs votes leur opposition à cette motion. Leurs arguments et les miens étaient souvent proches.
Les membres du Collectif Action Palestine Neuchâtel commentaient entre eux le débat, juste derrière moi. Ce qui perturbait mon attention et altérait la tenue de la séance.

Manon Freitag (Centre) a souhaité « préserver la vocation locale et apolitique de la citoyenneté d’honneur et veiller à ce que cette reconnaissance demeure exceptionnelle et ancrée dans l’histoire de notre ville ». Ce qui rejoint votre position ?
Oui.
Quant aux élus du bloc de gauche ayant soutenu cette motion populaire, une partie a simplement suivi la consigne - M. Lazzarini étant un ancien actif du parti socialiste -, et ils n’ont que peu de connaissances du conflit, hormis des informations rapportées par des médias sous contrôle du Hamas. Leurs arguments n’avaient pas de lien avec cet article 57.

Cette motion populaire a été acceptée par 23 voix, contre 16 et 1 abstention (socialiste).  Et après ce vote ?
L’insécurité que je ressentais s’est amplifiée lorsque, juste après le vote de la motion dont la Présidente de séance est signataire, des membres du Collectif Action Palestine Neuchâtel se sont manifestés par des applaudissements nourris. Ce qui est interdit dans le règlement. La Présidente a alors rappelé à l’ordre ces militants qui ont quitté la salle bruyamment.
En fin de séance, la tension était palpable, et quelques propos musclés ont été échangés à la sortie de la salle entre élus qui ne partageaient pas la même vision.
La séance et l’attitude envers moi étaient très anxiogènes. Comme beaucoup de personnes impactées par le conflit au Proche-Orient et la controverse visant l’UNRWA, j’ai vécu la situation de manière très émotionnelle et différemment de ceux qui ont simplement suivi une consigne et adopté cette motion.
En sortant de cette séance la nuit, après 22 h 30, mon sentiment d’insécurité pour rentrer chez moi m’amenait même à craindre de tomber dans une embuscade.
J’étais aussi triste, déçue, et en colère. Je me suis sentie trahie par tous les élus ayant accepté cette motion. Celle-ci cautionnait en effet une organisation qui fait polémique au niveau fédéral suisse. Au niveau aussi de l’Union européenne : le 11 avril 2024, le Parlement européen a adopté une résolution qui condamnait « les contenus problématiques et haineux qui encouragent la violence, propagent l’antisémitisme et incitent à la haine dans les manuels scolaires palestiniens, rédigés par des fonctionnaires financés par l’Union européenne, ainsi que dans le matériel pédagogique supplémentaire élaboré par le personnel de l’UNRWA et enseigné dans ses écoles ». De plus, la Commission européenne « a suspendu deux projets financés par l'UE dans les territoires palestiniens, d'une valeur totale de 8 millions d'euros, à la suite d'allégations "sérieuses" selon lesquelles des groupes de la société civile utilisaient les fonds pour inciter à la haine ». Et dans le monde : « le département américain de la Justice considère désormais que l'UNRWA n'est pas protégée par l'immunité judiciaire devant les tribunaux américains ». 

Vous avez alors posté deux messages sur votre compte Facebook…
Cette situation particulièrement difficile m’a amenée à souhaiter démissionner du Conseil général. Dès le lendemain matin, le vendredi 21 février 2025, après une nuit sans sommeil et après la rédaction de deux posts sur Facebook, j’ai fait part dans un mail à la chancellerie de la désastreuse séance de la veille qui m’incitait à démissionner du Conseil général.
Après réflexion, le samedi 22 février 2025, j’ai envoyé un courrier électronique à la Chancellerie. J’y ai rappelé les faits ainsi que le contexte, et je suis revenue sur ma démission : je me suis rétractée car je souhaitais continuer d’assumer mon engagement politique au sein de ce Conseil.
Après un jeu de ping-pong entre le Conseil communal et le Bureau du Conseil général de la ville, j’ai dû attendre près de deux mois pour réintégrer mon siège au sein du Conseil général chaux-de-fonnier ; le temps d’attendre l’avis externe de droit constitutionnel du Professeur Pascal Mahon qui avait été demandé. 

En mars 2025, après qu’une plainte collective a été jugée irrecevable par le ministère public, les cinq membres du Conseil communal - Thierry Brechbühler (Union démocratique du centre, UDC), Théo Huguenin-Elie (Parti socialiste, PS), Théo Bregnard (Parti ouvrier et populaire ou POP, Parti suisse du travail), Jean-Daniel Jeanneret (Parti libéral-radical, PLR) et Ilinka Guyot (Vert-e-s) - ont décidé de porter plainte, individuellement, contre vous en raison d’un post que vous avez rapidement modifié, puis supprimé...
Oui, en effet, le Conseil communal s’appuie sur une partie de ces phrases de mon post sorties de leur contexte pour déposer plainte :
« Oui, j’ai honte de ce Conseil communal qui a soutenu en grande majorité une motion portée par un groupe dont certains membres ont glorifié le massacre du 7 octobre et qui dans les rues de la République et Canton de Neuchâtel ont crié « mort aux Juifs. » En toute impunité.  
Honte à ceux qui comme des collabos qui ont soutenu les nazis ont validé le groupe haineux par leur vote. »
« Hier soir le Conseil communal et la majorité de gauche du Conseil général a montré qu’il pouvait prendre parti pour l’antisémitisme, la haine et contredire ce qu’il vante dans ses affirmations de cohésion sociale et multiculturelle ».
Les propos les plus incisifs s’adressaient aux conseillers généraux. J’ai souhaité apaiser les relations avec eux, malgré mon ressenti douloureux.
Moins d’une semaine après, le 26 février 2025, j’ai modifié, puis supprimé d’un de mes posts les aspects jugés par certains problématiques et blessants. Et ce, pour retrouver un climat de dialogue et de vivre-ensemble.
Le 17 mars 2025, Pascal Kaufmann, Président du Parti des Vert’libéraux (PVL)-Section des Montagnes neuchâteloises, a sollicité par mail, avec mon accord et afin d’apaiser les tensions, une rencontre avec le Conseil communal. Pour réponse, il n’a reçu qu’un accusé de réception de la Chancellerie.
Au total, cinq demandes ont été formulées. Deux demandes par mails au Conseil communal - celle de Pascal Kaufmann et la mienne du 12 mai 2025, à la suite d’une demande du Procureur neuchâtelois Pierre Aubert en charge du dossier et afin de régler à l’amiable ces différends, ainsi que trois demandes « entre quatre yeux », oralement, directement, à trois des cinq Conseillers communaux.
Toutes les demandes ont été refusées ou sont restées sans réponse. Je ne comprends pas qu’un Conseil communal refuse de dialoguer avec une citoyenne et une élue.
Dans un premier temps, le Conseil communal a déposé une plainte collective que le Procureur a jugée irrecevable. 
Puis, cinq conseillers communaux ont déposé cinq plaintes distinctes, individuelles, pour diffamation, transmises curieusement par le service juridique de la Ville au Procureur. Or, le Service juridique de la Ville est censé défendre les seuls intérêts de La Chaux-de-Fonds, et non ceux personnels de conseillers communaux. On peut s’interroger sur ce qui pourrait être perçu comme une utilisation, sans fondement légal, et au service d’intérêts privés, d’un Service public.

Où en est la procédure visant ces cinq plaintes ?
Pour le moment, une possibilité de médiation est en cours. Dans une petite ville comme la notre, il vaudrait mieux plutôt que d’alimenter de vaines polémiques, rechercher la paix sociale.
Divers articles de presse ont terni mon image. Or, la présomption d’innocence existe, et il convient de la respecter à mon égard dans un sujet aussi sensible.
Durant la campagne électorale pour le Grand Conseil neuchâtelois, sur mes affiches, mon visage a été gribouillé de noir, j’ai reçu des messages hostiles et agressifs. C’est la première fois, en 35 ans d’engagement pour La Chaux-de-Fonds, que j’affronte cette situation où je suis essentialisée en tant que juive. Une étape grave a été franchie.

Comment ont réagi les habitants de La Chaux-de-Fonds au vote de cette motion ?
Une grande partie de la population chaux-de-fonnière a été surprise. Elle ne comprend pas que le Conseil communal ait fait le choix de créer un clivage dans la population.
Une partie de la population, dont la communauté juive, a été profondément déçue, s’est sentie trahie, et n’a pas compris la décision de la Ville d’accepter cette motion.
De nombreux citoyens, des groupes et des sociétés ont été choqués. Un texte intitulé « Pétition » : demandant de renoncer à recommander la nomination de « Monsieur Philippe Lazzarini comme citoyen d’honneur » et différents autres courriers, dont ceux d’associations qui regroupaient jusqu’à 70 membres, soit un total de 466 courriers ont été remis ou envoyés à la Chancellerie au cours des semaines suivant le vote. 
Ladite pétition spécifiait : « L’ouverture à l’autre et la multiculturalité qui ont fait la renommée de La Ville nous ont permis de nous sentir à l’aise avec nos voisins et les nouveaux arrivants… Je voudrais vous communiquer mon opposition totale à cette nomination. Ce n’est pas Monsieur Lazzarini en tant que personne qui fonde mon opposition, mais la manière dont il exerce sa fonction et son comportement au sein de l’UNRWA. L’activité de cet Office fait l’objet de nombreuses critiques. »
Le 9 avril 2025, le Conseil communal a reçu une délégation de cinq personnes, composée du premier signataire de la pétition, et de différentes personnalités de la Communauté juive, dont son Président. Je rappelle que la communauté juive locale a, depuis des générations, contribué aux développements économique – industrie horlogère -, culturel et sportif de La Chaux-de-Fonds. Elle a aussi manifesté sa philanthropie en faveur de la ville.
Le Conseil communal a expliqué qu’il n’avait pas l’intention de traiter cette motion rapidement, tant que le conflit proche-oriental n’était pas apaisé. Alors, pourquoi cette urgence à voter cette motion ?
L’exécutif aurait vraisemblablement gagné à rester neutre et à renforcer la cohésion sociale. A fortiori au moment des préparatifs concernant l’organisation d’évènements liés à La Chaux-de-Fonds comme première Capitale culturelle suisse en 2027. Un évènement qui mettra en avant sa diversité et sa multiculturalité.

Comment ont réagi les habitants de La Chaux-de-Fonds aux plaintes ?
Ils ne comprennent pas que le Conseil communal ait refusé de dialoguer avec moi, et ait directement initié une procédure judiciaire. Certains habitants sont particulièrement attachés à la liberté d’expression.
Heureusement, je reçois régulièrement, dans la rue, par courriels ou courrier postaux, des messages de soutien et d’encouragement. Je remercie leurs auteurs. Cela me fait chaud au cœur et me conforte dans mes engagements.

Le 24 juin 2025, le Parlement du canton de Neuchâtel a rejeté une résolution appelant le Conseil fédéral à prendre position pour un cessez-le-feu dans la bande de Gaza et soutenue par la gauche unie.
Oui. En effet, la gauche et l’extrême gauche avaient déposé une résolution en se fondant sur les informations d’un grand nombre de médias romands et d’organisations acquises à la cause propalestinienne et au boycott d’Israël, ainsi que sur les chiffres et photos fournis par des sources agréées par l’organisation terroriste Hamas.
La droite de l’hémicycle, une partie du centre et d’autres élus ont refusé cette résolution. 
J’ai demandé dans mon intervention que les députés s’abstiennent sur cette motion puisqu’elle ne tient pas compte des informations qui proviennent d’autres sources.
Tous ces objets parlementaires - terme générique pour désigner les motions, les postulats, les résolutions, etc. - déposés contribuent à une polarisation des débats et à une déferlante violente que l’on retrouve dans des manifestations organisées par des partis de gauche et des groupes propalestiniens.
A mon sens, même si nous devons rester préoccupés par ce qui se passe en Suisse et dans le monde, ce n’est ni aux Conseillers généraux, ni aux députés du canton de Neuchâtel, ni aux membres des législatifs suisses de faire entrer ces conflits dans ces organismes ou de dire à notre Conseil fédéral ce qu’il doit faire en matière de politique étrangère.

ADDENDUM

Le 12 novembre 2025, une audience de conciliation a eu lieu pour trouver une solution à l’amiable au différend et à la plainte de cinq élus communaux en date du 27 mars 2025. 

Cet addendum se fonde sur les articles de la presse helvétique, dont ArcInfo (13 novembre 2025) et sur 
ma connaissance du sujet.

Brigitte Leitenberg « ne s’adressait jamais aux plaignants, préférant réserver son regard au juge Alain Rufener ». Une audience de conciliation ne devrait-elle pas réunir les parties et le juge de manière à ce que chacun voie l’autre. Ce qui favorise un dialogue en face-à-face. Et d’un côté cinq plaignants, de l’autre une citoyenne. N’est-ce pas un brin déséquilibré ?

« Droite et fière », Brigitte Leitenberg rappela le « contexte de la séance communale ». Elle a précisé qu’elle « ne visait pas le Conseil communal ». Elle a reconnu que ses « propos ont été vifs et blessants » et « a présenté ses excuses pour les mots qu’elle a par ailleurs retirés de ses posts ». Ce dont elle m’avait informée dans son interview.

Le Conseil communal a compris ce qu’elle avait pu ressentir ».

Inversion victimaire ? Les plaignants ont repris à leur compte les tourments qu’avaient exprimés spontanément et initialement Brigitte Leitenberg.

L’affaire a été classée. Les parties se sont engagées à ne plus commenter publiquement cette affaire.

La liberté d’expression est prisée dans une séance du Conseil général d’une démocratie ancienne comme la Suisse.

Quels faits justifient que ces cinq élus aient initié deux plaintes consécutives pour des posts Facebook induits par une séance traumatisante pour Brigitte Leitenberg, sans avoir cherché au préalable à lui exprimer leur mécontentement, et à dialoguer entre adultes de bonne foi, entre édiles ayant l’habitude de travailler ensemble. Une initiative judiciaire qui n’avait jamais été adoptée dans le long passé politique suisse. Ce type de différend porté devant la justice n’est-il pas démesuré ? Pourquoi mettre le temps précieux d'élus à un désaccord qui aurait pu se régler autour d’une table ? 

En outre, pourquoi un des Conseillers communaux a-t-il utilisé les 466 courriers à la Chancellerie réagissant à la « motion Lazzarini » comme « courriers à charge » en les liant aux propos sur Facebook de Brigitte Leitenberg ? Car il n’y avait aucun lien entre les deux, comme le prouve la réponse infra de Mme Floriane Mamie, Chancelière de la ville de La Chaux-de-Fonds.

Y aurait-il eu volonté de nuire à cette édile, juive de surcroît ?

Mystères…

Réponse de Mme Floriane Mamie, Chancelière de la ville de La Chaux-de-Fonds, le 23 mars 2026

« Je peux vous confirmer que les 466 courriers (et courriels) sont effectivement en lien avec la "motion Lazzarini".
 
Concernant leur caractère anonyme et violent, tout dépend ce que l'on entend par "anonyme" et "violent".
Pour l'anonymat, je peux vous confirmer qu'un certain nombre sont clairement anonymes, c'est à-dire sans signature du ni aucun moyen d'identifier l'expéditeur, d'autres sont moins clairs, par exemple, des courriels envoyés depuis une adresse mail prénom.nom@xyz.com ou un-intitulé-quelconque@xyz.com, mais sans aucune signature en bas du texte. Il faudrait analyser finement chaque courrier pour déterminer selon des critères à définir ce qui est anonyme et ce qui ne l'est pas pour faire un décompte plus détaillé.
Pour la violence, la définition de ce qui est entendu par "violence" est encore plus indéterminée que pour l'anonymat, ce qui fait que je peine à répondre de manière affirmative à votre question. Ce qui est sûr c'est que certains de ces courriers peuvent être qualifiés de violents alors que d'autres non.
 
Concernant leur teneur, nous ne pouvons pas vous transmettre ces courriers en l'état car ils contiennent des données personnelles. Un travail de caviardage serait théoriquement possible mais très chronophage de notre côté. Pour tout complément à ce sujet, nous vous invitons à vous référer à la Convention intercantonale relative de la protection des données et de la transparence dans les cantons du Jura et de Neuchâtel (CPDT-JUNE). »

Motion populaire « Nommer Monsieur Philippe Lazzarini, natif de notre ville, citoyen d'honneur de La Chaux-de-Fonds ? »
Déposée le 7 janvier 2025 et munie de 114 signatures valables

« Au vu de l’importance du rôle joué par Monsieur Philippe Lazzarini, commissaire général de l’UNRWA*, pour maintenir l’aide humanitaire à Gaza et dans les territoires occupés par Israël, ainsi que dans les camps de réfugié-e-s palestinien-ne-s situés au Liban, en Jordanie et en Syrie,
au vu des efforts faits par Monsieur Philippe Lazzarini pour que soient respectées les Conventions Internationales Humanitaires, dont la Suisse est dépositaire,
au vu des efforts faits par Monsieur Philippe Lazzarini pour assurer le financement de l’UNRWA,
nous demandons que Monsieur Philippe Lazzarini soit nommé citoyen d'honneur de la Ville de La Chaux-de-Fonds.
Les valeurs défendues et Le travail effectué par Monsieur Philippe Lazzarini sont un honneur pour notre ville, qui a tout lieu d’être fière d'avoir hébergé un tel citoyen courageux et engagé pour la paix.
Au même titre que l'engagement dans les brigades internationales a été reconnu par Ia nomination d'une place dans notre ville, l’engagement d'un natif de La Chaux-de-Fonds pour des valeurs humanitaires et de paix se doit d'être également honoré.

*L’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient) a été créé en 1949. Il fournit des services éducatifs, sanitaires et sociaux et I'aide d'urgence à 4,6 millions de réfugié-e-s palestinien-ne-s vivant dans la bande de Gaza, en Cisjordanie, mais également en Jordanie, en Syrie et au Liban. »

27 mai 2025
« Agir en urgence pour un cessez-le-feu à Gaza et la fin des hostilités »

« Considérant l’intensification dramatique du conflit armé dans la bande de Gaza, qui provoque un nombre alarmant de victimes civiles, parmi lesquelles un grand nombre d’enfants ;
Rappelant les principes fondamentaux du droit international humanitaire, notamment les Conventions de Genève dont notre pays est garant, qui protègent les civils en temps de guerre ;
Constatant que les bombardements, les blocus humanitaires et sanitaires, les destructions d’infrastructures vitales et les punitions collectives imposées à la population civile constituent des atteintes graves aux droits humains ;
Attristé par les témoignages d’enfants, de familles et de soignants piégés dans des zones de guerre, privés de soins, d’eau, d’abris et de tout espoir de sécurité ;
Indigné par l’inaction prolongée de la communauté internationale et du gouvernement suisse face aux crimes de guerre et contre l’humanité commis dans un conflit qui s’aggrave de jour en jour ;

Le Grand Conseil neuchâtelois demande au Conseil fédéral de :
1. Appeler solennellement à une cessation des hostilités par un cessez-le-feu immédiat, total et durable entre toutes les parties engagées dans le conflit à Gaza et au Proche-Orient, afin de rétablir la sécurité des civils, en particulier des enfants ;
2. Condamner fermement les bombardements sur les zones civiles, les hôpitaux, les écoles et les abris, ainsi que toute forme de punition collective ;
3. Demander la fin immédiate des violences, des déplacements forcés, des privations de nourriture, d’eau, d’électricité et de soins médicaux infligés aux civils ;
4. Exprimer sa solidarité avec toutes les victimes innocentes, quelles que soient leur origine, leur nationalité ou leur foi, et affirmer que les enfants de Gaza – comme tous les enfants du monde – ont droit à la vie, à la sécurité, à la dignité et à un avenir ;
5. Soutenir financièrement les organisations humanitaires – telles que l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) – qui sont à même d’apporter de l’aide et des soins aux victimes sur place ;
6. Faire entendre la voix de la Suisse pour une fin immédiate de la guerre dont sont victimes des milliers et des milliers d’innocentes et d’innocents, et rappeler que la paix, la justice et la sécurité ne peuvent être obtenues que par le respect de la vie humaine et du droit des peuples à vivre libres de la terreur et de la guerre ;
7. Se placer en tant que médiateur pour permettre la libération des otages israéliens, apaiser les tensions et mettre fin à cette escalade de violence destructrice.
Motivation
S’associant aux autres parlements cantonaux qui ont adressé une résolution de la même teneur au Conseil fédéral, le Grand Conseil neuchâtelois, profondément affecté par l’inaction du gouvernement suisse, souhaite ardemment le voir faire preuve d’humanité pour les victimes de la guerre à Gaza, prendre une attitude ferme envers les belligérants et traduire ainsi le sentiment d’une majorité des citoyennes et citoyens de notre pays, indignés et meurtris par les souffrances infligées à des innocentes et innocents. 

L’urgence est demandée. »


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