Citations

« Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti. » (Albert Camus)
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

lundi 30 août 2021

« Gustav Mahler autopsie d’un génie » d'Andy Sommer


« Gustav Mahler autopsie d’un génie » (Autopsy of a Genius) est un documentaire réalisé par Andy Sommer. Agrémenté d'extraits d'œuvres - symphonies, Chant de la terre - dirigées par de célèbres maestros (Leonard Bernstein, Claudio Abbado), ce bon film évoque la vie du compositeur autrichien, novateur, talentueux et de "stature internationale",  et du chef d'orchestre Juif, converti au catholicisme en février 1897, condition pour diriger l'Opéra de Vienne. Arte diffusera le 6 septembre 2021 « Klaus Mäkelä dirige Mahler - La symphonie n°9 avec l'Orchestre de Paris » (Gustav Mahler: Symphonie Nr. 9Klaus Mäkelä, Orchestre de Paris) réalisé par François-René Martin.

L’ère Liebermann à l’Opéra de Paris
« Chagall à l’Opéra, le plafond de la discorde » de Laurence Thiriat 
Karel Ančerl (1908-1973), chef d’orchestre tchèque
Daniel Barenboim  
« Requiem pour la vie », de Doug Schulz
« Le Maestro. Pour que vive la musique des camps » de Alexandre Valenti 

Pour Pierre Boulez, Gustav Mahler s'est évadé "d'une tradition sans renier son passé".

Entre "le post romantisme du XIXe siècle et la modernité du XXe siècle"
Gustav Mahler est né en 1860, à Kaliště, près d'Iglau, "en pays tchèque, au sein d'une famille d'aubergistes Juifs humbles. Les Juifs étaient de fervents défenseurs de la culture allemande". Gustav Mahler résumait : "Je suis trois fois apatride : Bohémiens parmi les Autrichiens, Autrichien parmi les Allemands, et Juifs pour tous les peuples du monde". Le compositeur et chef d'orchestre Juif américain Leonard Bernstein repère dans une marche funèbre de Gustav Mahler l'air de la comptine Frère Jacques et celui allègre d'un mariage Juif.

Adulte "hyperactif", Gustav Mahler a été un enfant rêveur. Son épouse Alma le décrivait comme un "rêveur éveillé".

Deuxième d'une fratrie "de 14 enfants - sept meurent jeunes -, Gustav Mahler se fait remarquer par son talent musical et sa virtuosité au piano".

Il est distingué par plusieurs prix lors de sa formation au Conservatoire de Vienne.

Il poursuit sa formation à l'Université dont il sort avec un 1er Prix de composition.

A Prague, Budapest - Brahms est enthousiaste en écoutant Mahler diriger Don Giovanni de Mozart -, Hambourg, il se montre perfectionniste, novateur dans la direction d'orchestre. Il écrit ses premières symphonies pendant ses vacances estivales.

1897. Année charnière : c'est la naissance du mouvement pictural de la Sécession représenté notamment par Klimt, la mort de Brahms, compositeur romantique. C'est aussi l'année de la conversion au catholicisme de Gustav Mahler, et sa nomination à la direction de l'Opéra de Vienne, le célèbre Hofoper. Un poste prestigieux convoité.

Le 11 mai 1897, Gustav Mahler débute dans cette fonction par Lohengrin de Wagner - Cosima Wagner et son mari sont tous deux antisémites - ; ce spectacle remporte un large succès.

"Une énergie concentrée"
Gustav Mahler impose sa conception élevée du théâtre musical, loin du simple divertissement : "Je dois mener de furieux combats... accomplir un travail de Sisyphe".

Aux musiciens et chanteurs, il déclare : "Ce que vous appelez votre tradition n'est rien d'autre que votre négligence". Exigeant, Gustav Mahler les encourage à penser chaque note.

Fougueux, animé dans sa direction d'orchestres, il parvient à une économie de gestes tout en dirigeant par des "regards intenses". Il rehausse l'image de cet Opéra.

En 1902, Gustav Mahler épouse la jolie pianiste et auteur de lieders Alma Schindler (1879-1964), malgré l'écart de 19 ans les séparant, , et lui demande d'arrêter de composer. Par son épouse, il rencontre des artistes de l'avant-garde (mouvement de la Sécession viennoise), tels les peintres Gustav Klimt et Kolo Moser, et le compositeur Arnold Schönberg.

La famille passe ses vacances à Maiernigg. Là, dans son "splendide isolement" verdoyant, Gustav Mahler compose ses symphonies, de la 5e à la 8e. Son mariage est assombri par la mort d'une de leurs deux filles, Putzi, de diphtérie et de scarlatine en juillet 1907, et par la distance qui se creuse entre les deux époux.

Fatigué, critiqué pour ses "fréquentes absences", ses choix de répertoires et de chanteurs, Gustav Mahler quitte avec sa famille Vienne en 1907. Direction : New York où Gustav Mahler se consacre à la composition et à la direction d'orchestre au Metropolitan Opera, institution mondaine qui a accumulé un retard artistique par rapport à la brillante Vienne et dont le public s'avère peu attentif.

A l'été 1908, la famille Mahler s'installe à Toblach (Tyrol) qui inspire Mahler pour sa 6e symphonie. "Les 5e, 6e et 7e symphonies sont au centre de son œuvre. Mahler a essayé davantage d'expérimentations que dans les autres. Auparavant, sa musique était extrêmement harmonique... Mahler utilise la polyphonie pour développer les thèmes... L'orchestration de son époque est luxueuse, avec beaucoup d'instruments pour avoir une sonorité très puissante", relève Pierre Boulez.

A Toblach, Mahler compose ses trois dernières œuvres dont la 10e symphonie quasi-achevée et qu'il dédie à son épouse Alma. Un artiste dont son biographe, le musicologue Henry-Louis de la Grange, souligne le "sens de la sonorité orchestrale".

1910. Gustav Mahler apprend la liaison de son épouse, un peu délaissée, avec l'architecte Walter Gropius qui s'illustrera dans le Bauhaus. Il en souffre profondément et craint qu'Alma le quitte. Pour trouver une solution, il lit la Bible et rencontre en Hollande Sigmund Freud pour trouver une solution à ce problème conjugal. Cette rencontre avec Freud est évoquée par l'excellent film de Pierre-Henry Salfati Mahler, d'un pas mesuré, la Cinquième de Mahler, diffusé par Arte et la chaîne Histoire. "Ce film est un éclairage original sur la vie et l'œuvre de Mahler, revisitées à travers la mise en scène de son unique rencontre avec Sigmund Freud. "D'un pas mesuré" : telle est l'indication que donne Mahler au début du premier mouvement de sa Symphonie n° 5. Celle-ci s'ouvre par une marche funèbre monumentale. La fanfare de trompettes est sans doute un lointain souvenir de l'époque où Mahler, enfant, entendait les appels de la caserne d'Iglau et assistait aux défilés militaires devant la maison de ses parents. Une maison qu'il fuyait, refusant d'assister aux coups terribles que son père portait à sa mère, jusqu'à l'en faire boiter. Cet insupportable traumatisme, Mahler finira par l'évoquer avec Freud lors d'une rencontre mémorable qui bouleversa sa vie un jour d'août 1910..."

Le couple Mahler se renforce, et Alma saisit la dimension artistique de son époux.

Lors d'un séjour aux Etats-Unis, Gustav Mahler, qui souffrait d'une maladie cardiaque incurable - endocardite -, contracte une infection et meurt à Vienne, en 1911. Il est enterré au cimetière de Grinzing.

Gustav Mahler a influencé Alban Berg, Anton Webern et Arnold Schönberg qui sauve  les plaques de sa 5e symphonie que son éditeur voulait détruire au vu de son faible succès. Mahler sombre dans l'oubli, victime du désintérêt des Français pour une musique jugée "trop germanique" et de l'occultation du IIIe Reich. Grâce aux chefs d'orchestre Bruno Walter et à Leonard Bernstein, Gustav Mahler retrouve sa stature et est "un des musiciens les plus joués au monde".

Il est dommage que ce bon documentaire ne soit pas rediffusé.

Les 28 juin 2016 à 5 h 10 et 3 juillet 2017 à 1 h 20, Arte diffusa le concert de Jean-Claude Casadesus dirigeant la 2e symphonie de Mahler (91 min). "En 2015, l'Orchestre national de Lille a fêté ses 40 ans et les 80 ans de son illustre chef, Jean-Claude Casadesus, avec une pièce du compositeur fétiche du maestro, Gustave Mahler, la "Symphonie n°2 en ut mineur" "Résurrection". La Symphonie n°2 en ut mineur, "Résurrection", de Gustave Mahler est chère au cœur de Jean-Claude Casadesus et de son orchestre. La violence des contrastes présents dans les cinq mouvements de la symphonie, de l'éclatante puissance du premier mouvement à la chorale solennelle et intemporelle de la résurrection finale, a de quoi ravir les orchestres, en particulier la section des cordes, dont Gustave Mahler lui-même avait prescrit "le plus large contingent possible". Dans le cadre de l'Auditorium du nouveau siècle à Lille, rénové en 2013, l'Orchestre national de Lille livre une prestation impressionnante, hommage à son chef d'orchestre qui, à 80 ans, allait passer le relais en douceur, après quarante ans de compagnonnage. Depuis le 24 mars 2016, c'est chose faite, puisque le jeune Alexandre Bloch a repris la baguette de direction, rejoignant ainsi Gustavo Dudamel, Andris Nelsons ou Tugan Sokhiev dans le club restreint des trentenaires dirigeant des orchestres de référence".

Arte a diffusé la 2e symphonie dite Résurrection de Mahler par l'orchestre philharmonique de New-York dirigé par Alan Gilbert.

Le 3 juillet 2017 à 1 h 20, Arte rediffusa le concert de Jean-Claude Casadesus dirigeant la 2e symphonie de Mahler (91 min).

"Symphonie n°8" Le 29 juillet 2019 à 21 h 30, lors des Chorégies d'Orange, a été interprétée dans le Théâtre Antique, la "Symphonie n°8" de Mahler. "La symphonie des Mille, la 8ème composée par Gustave Mahler fut créée à Munich en 1910 et dut son surnom au nombre colossal de participants que nécessitait son exécution. C’est ce qui en fait le prix et l’extrême rareté ! Mahler n’approuva jamais ce titre mais parfois, les plus grandes œuvres échappent à leurs créateurs... Pour célébrer leur 150ème anniversaire, les Chorégies d’Orange se devaient de « faire l’évènement » en programmant cette immense œuvre du XXème siècle. L’évènement sera renforcé par la présence conjointe des deux orchestres de Radio France auxquels se joindront les choeurs de Radio France et de Munich. Une soirée certainement inoubliable et rare... Soirée diffusée en direct sur France Musique et francemusique.fr et sur France 5 dans "Passage des arts" présenté par Claire Chazal à 22 h 30".

"Gidon Kremer, András Keller - Mahler, Schnittke, Weinberg"
Le 18 juin 2020, Mezzo diffusa "Gidon Kremer, András Keller - Mahler, Schnittke, Weinberg" réalisé par Imre Szabo Stein

« Klaus Mäkelä dirige Mahler - La symphonie n°9 avec l'Orchestre de Paris »
« À la Philharmonie de Paris, en novembre 2020, le jeune chef d’orchestre finlandais Klaus Mäkelä dirige la dernière symphonie achevée de Gustav Mahler. » 
« Composée entre 1909 et 1910 et créée à Vienne en 1912, la Symphonie no 9 en ré majeur est une ode à la musique orchestrale dans laquelle Gustav Mahler déploie tout son génie. Enregistré sans public en novembre 2020 à la Philharmonie de Paris, le concert est dirigé par Klaus Mäkelä. Une première pour le jeune chef d’orchestre finlandais, né à Helsinki en 1996, qui succédera, en 2022, à Daniel Harding à la tête de l'Orchestre de Paris. »


France, 2020, 83 min
Avec Roland Daugareil (Violine)
Direction musicale : Klaus Mäkelä
Orchestre : Orchestre de Paris
Compositeur auteur : Gustav Mahler
Sur Arte le 6 septembre 2021 à 00 h 55
Disponible du 29/08/2021 au 30/08/2022

"Gidon Kremer, András Keller - Mahler, Schnittke, Weinberg" réalisé par Imre Szabo Stein
Enregistrement : 4 décembre 2019 - Müpa | Budapest
Durée : 01:51

Distribution
Kremerata Baltica
Concerto Budapest Symphony Orchestra
András Keller (Direction)
Gidon Kremer (Violon)
Au programme
Gustav Mahler (1860 - 1911)
Symphonie n° 5 - Adagietto

Johann Sebastian Bach (1685 - 1750) / Ferruccio Busoni (1866 - 1924)
Chaconne pour violon seul, extrait de la Partita II pour violon, BWV 1004, transcription pour piano de Ferruccio Busoni, arrangement pour orchestre de chambre de Gidon Kremer

Alfred Schnittke (1934 - 1998)
Concerto pour violon n° 3

Mieczysław Weinberg (1919 - 1996)
Symphonie n° 21, Op. 152 'Kaddish'

"Symphonie n°8" de Mahler
Le 29 juillet 2019 à 21 h 30
Au Théâtre Antique d'Orange
1 h 45
DIRECTION MUSICALE:  Jukka-Pekka Saraste
Magna Peccatrix Meagan Miller
Una poenitentium Ricarda Merbeth
Mater gloriosa Eleonore Marguerre
Mulier Samaritana Claudia Mahnke
Maria Aegyptica Gerhild Romberger
Doctor Marianus Nikolaï Schukoff
Pater ecstaticus Boaz Daniel
Pater profondus Albert Dohmen
Orchestre Philharmonique de Radio France
Orchestre National de France
Choeur de Radio France
Choeur philharmonique de Munich
Maîtrise de Radio France

d'Andy Sommer
France, 2009
88 mn
Diffusion sur Arte le 18 mai 2011 à 22 h 05

La 2e symphonie dite Résurrection de Mahler par l'orchestre philharmonique de New-York dirigé par Alan Gilbert
Diffusion sur Arte le 11 septembre 2011, à 17 h 50


Concert de Jean-Claude Casadesus dirigeant la 2e symphonie de Mahler, réalisé par Laurent Colin
France, 2015, 91 min
Direction musicale : Jean-Claude Casadesus
Chœur : Chœur Philarmonique Tchèque de Brno
Composition : Gustav Mahler
Orchestre : Orchestre National de Lille
Réalisation : Laurent Colin
Sur Arte les 28 juin 2016 à 5 h 10 et 3 juillet 2017 à 1 h 20

Visuels : © Médiathèque Musicale Mahler Paris et DR

Articles sur ce blog :
Culture
Judaïsme/Juifs
Chrétiens

Cet article a été publié les 18 mai et 9 septembre 2011,
- 11 septembre 2013.Histoire a diffusé l'excellent film de Pierre-Henry Salfati Mahler, d'un pas mesuré, la Cinquième de Mahler les 14 et 17 septembre 2013 ;
- 4 mars 2014. Histoire a diffusé l'excellent film de Pierre-Henry Salfati Mahler, d'un pas mesuré, la Cinquième de Mahler les 4, 6, 20 et 25 mars 2014 ;
- 26 mai 2015, 26 juin 2016 et 1er juillet 201, 25 juillet 2019. 
Il a été modifié le 15 juin 2020.

jeudi 26 août 2021

Dante Alighieri (1265-1321)

Dante Alighieri (Durante degli Alighieri dit « Dante ») est un poète, écrivain (Vita Nuova, De vulgari eloquentia, Il Convivio, Commedia ou Divine Comédie), penseur (De Monarchia) et homme politique florentin (1265-1321). 
Arte diffusera le 8 septembre 2021 « Dante - Voyage au bout de l’enfer et du paradis » (Höllentrip und HimmelfahrtDie Visionen des Dante Alighieri) d’Adolfo Conti.

Raymond Aron (1905-1983) 
« ENS : L'école de l’engagement à Paris » par Antoine de Gaudemar et Mathilde Damoisel
Archives de la vie littéraire sous l'Occupation 

Dante est né dans une famille favorable aux guelfes, donc au pape contre les gibelins soutenant l'empereur, dans une péninsule caractérisée par des cités dynamiques, surtout au nord et au centre de la péninsule : Venise, Milan, Florence, Sienne, Lucques, Pise, Pérouse. Certaines cités rivalisent entre elles, et se combattent pour établir leur hégémonie locale. Des conflits entre clans se greffent sur ces divisions politiques. Favorable à une plus grande autonomie des cités, Dante se rapproche des guelfes blancs et connait l'exil.

Avec Pétrarque et Boccace, Dante Alighieri, « père de la langue italienne », figure comme une des « trois couronnes » qui ont imposé le toscan comme langue littéraire.

Poète (« Il sommo poeta » ou  « Il poeta ») médiéval, il a écrit en florentin, langue vulgaire ou vernaculaire, la Divine Comédie ou la Commedia (1303-1321), poème considéré comme un chef d'œuvre de la littérature mondiale.

La Commedia relate un voyage initiatique, dans une quête du salut, de Dante suivant Virgile, puis sa muse Beatrice Portinari dans trois espaces de l'au-delà, et ses rencontres de figures historiques.

La Commedia est composée de trois parties ou cantiche (pluriel italien de cantica) : Inferno (Enfer), Purgatorio (Purgatoire) et Paradiso (Paradis). Chaque partie "correspond à l'un des trois règnes de l'au-delà" et comprend des chants qui réunissent des tercets. 

Les spécialistes de cette œuvre n'ont pas relevé de propos haineux envers les Juifs, hormis le passage sur la crucifixion de Jésus. Par exemple, dans l'Enfer, Dante évoque des usuriers sans mentionner les Juifs. "Dans son Paradis, Dante fait l'éloge de Josué et de Judas Maccabée en tant que combattants de la justice, tandis que le roi David et Ezéchias du Second Livre des Rois et du Second Livre des Chroniques sont loués comme justes monarques". (Benjamin Ivry, Why there were more Jews than Christians in Dante’s ‘Paradise’ (and no Jews of his time in Dante’s ‘Hell’), Forward, 18 juillet 2021)

Des rabbins médiévaux et des auteurs juifs ont commenté ou se sont inspirés de la Commedia. 

Parmi les traducteurs du poème en hébreu : Ze’ev Jabotinsky.

Dans son "Si c'est un homme" et surtout "Survivre à Auschwitz", Primo Levi récite des vers de Dante à un autre déporté dans le camp de concentration. "Parmi les autres écrivains juifs obsédés par Dante, citons le Russe Osip Mandelstam, dont la "Conversation sur Dante" (1933) souligne le statut d'exilé de l'Italien, rejeté par ses contemporains". (ibid)

En mars 2021, aux Pays-Bas, l'éditeur Blossom Books a publié une nouvelle traduction plus accessible à un jeune lectorat, en néerlandais, par Lies Lavrijsen, de L’Enfer (De Hel), en supprimant le nom de Mahomet pour « éviter que le livre soit inutilement blessant », a rapporté De Standaard : "Dans le huitième cercle, le poète rencontre le prophète Mahomet, puni “parce qu’en diffusant sa religion il aurait semé la discorde sur la Terre”, mais ce passage a été partiellement coupé". Et ce, sans demande préalable d'associations musulmanes. Mais "les papes, Judas, les meurtriers de César, ou les homosexuels tant décriés par l’Église catholique n’ont pas été exclus". 

Sur Radio 1, Lies Lavrijsen "dévoile même que la décision a été prise, « dans la période tendue qui a vu la mort de l’enseignant Samuel Paty en France... De tous les pêcheurs qui figurent dans l’Enfer, [Mahomet] est décrit de la façon la plus atroce et dénigrante ».

Ce qui a suscité une polémique. 

"Une autre traductrice juge ce choix étrange alors qu’un précédent traducteur de l’œuvre parle lui de « censure ». Il ne comprend pas comment on peut découper une telle œuvre. Il demande que la qualification du livre soit revue en « adaptation » et non en « traduction ». 

"De nombreux auditeurs" de cette radio belge, "y compris musulmans, ont fait savoir que la traduction était à la fois « dénigrante vis-à-vis des musulmans mais aussi des jeunes lecteurs ». Ils ne seraient ainsi pas capables de remettre une œuvre dans son contexte". 

Le PEN club français, l’association Italiques et des traducteurs se sont inquiétés pour la liberté d’expression. « À ce train-là, le Moyen-âge de Dante nous apparaîtra bientôt comme une période de lumières par rapport à notre présent. Ne baissons pas la garde », réagit Jean Musitelli, agrégé d’Italien et président d’Italiques. « Aujourd’hui, plus que jamais cette liberté d’expression chèrement gagnée doit redevenir le cœur battant de notre modernité et non l’épouvantail de notre frilosité », confirme Antoine Spire, président du PEN Club français qui rappelle les graves précédents d’une époque pas si lointaine, le nazisme, mais aussi celle plus récente où Salman Rushdie a été voué aux gémonies par les fondamentalistes pour avoir osé faire du Prophète un inoffensif personnage de roman. "

Ce "geste revient à «s'incliner pour éviter des problèmes qui ne seraient très probablement jamais survenus », déplore quant à lui l'écrivain Abdelkader Benali. L'auteur de nationalités marocaine et néerlandaise explique avoir étudié des traductions modernes du texte en arabe. Résultat, les traducteurs ont conservé le passage en l'état, «souvent avec des notes de bas de page expliquant qu'il s'agit d'un auteur littéraire et d'une scène qu'il faut replacer dans son époque et son contexte politique ».

« L'Enfer de Dante »
« L'Enfer de Dante » est un documentaire de Christiane Schwarz.

« Relecture d’un des plus célèbres classiques de la littérature mondiale et portrait du fascinant érudit qu'était Dante. »

« Élu au Conseil des Cent de Florence, Dante Alighieri (1265-1321) eut la mauvaise idée de choisir le camp des gibelins, favorables au pouvoir du Saint Empire romain germanique, contre celui des guelfes, partisans du pape ». 

« Condamné au bûcher, il réussit à y échapper et vécut ensuite en banni ». 

« Errant dans une Italie en guerre, il y connut toutes les horreurs et turpitudes dont l’être humain est capable ». 

« C'est au cours de ses pérégrinations qu'il écrivit La divine comédie ». 

« Aujourd’hui encore, ses descriptions de l’enfer, du purgatoire et du paradis sont si plastiques et évocatrices qu’elles continuent d’inspirer peintres, écrivains et cinéastes ». 

« L’œuvre de Dante est par ailleurs fondatrice de la langue italienne et de son parler populaire – contrairement au latin, apanage des clercs et des érudits ».

« En partant d’une édition rarissime de La divine comédie conservée à Hambourg et émaillée de citations, le film met en exergue ce qui peut représenter l’enfer aujourd’hui : les bateaux de migrants surchargés et les cadavres sur les plages de Lampedusa ».

« Dante - Voyage au bout de l’enfer et du paradis »

« Incursion dans l’univers foisonnant de Dante Alighieri, poète et génial penseur du monde, mort il y a 700 ans ».

« À travers son monumental et inépuisable chef-d'œuvre, "La divine comédie", un voyage littéraire dans l’univers foisonnant de Dante Alighieri, poète et génial penseur du monde, mort il y a 700 ans ». 

« À la faveur du sept-centième anniversaire de la mort de Dante, immense écrivain et homme politique florentin, le 13 septembre 1321, ce film revisite son monumental et inépuisable chef-d’œuvre, "La divine comédie", épopée poétique européenne qui traverse l’enfer, le purgatoire et le paradis dans une langue d’une folle inventivité ». 

« Le sens de la vie, le bien et le mal, la quête de liberté, la force du destin ou encore la responsabilité gouvernementale... : aujourd’hui encore, les thématiques abordées dans ce foisonnant voyage littéraire résonnent avec une troublante acuité, le penseur mêlant philosophie, théologie, sciences, littérature et politique dans une réflexion d’une infinie richesse ». 

« Entre lectures de ses écrits et retour sur son histoire personnelle, ce documentaire arpente l’Italie médiévale sur les pas de celui qui voua un amour désespéré à sa muse Béatrice ». 

« À travers ses mots et son regard, une plongée dans le douloureux parcours d’un homme, marqué par l’exil, vers la purification et la lumière ». 


« L'Enfer de Dante » de Christiane Schwarz
Allemagne, 2015, 52 mn


Italie, 2021, 54 min
Production : Doc Art 
Sur Arte le 8 septembre 2021 à 22 h 55
Disponible sur arte.tv du 08/09/2021 au 06/12/2021
Visuels : © SWR/Doc Art 2021

mercredi 25 août 2021

Édition Limitée. Vollard, Petiet et l'estampe de maîtres

Le Petit Palais présente l’exposition « Édition Limitée. Vollard, Petiet et l’estampe de maîtres » accompagnée d'un mini-site ludique
Un double hommage à deux marchands et éditeurs d’art : Ambroise Vollard (1866-1939), qui a promu Cézanne, Gauguin, Chagall et Picasso, et Henri Marie Petiet (1894-1980), qui s’est affirmé comme son successeur, notamment aux Etats-Unis. Le dossier de presse de l'exposition omet Erich Šlomović (1915-1942 ou 1943), assistant de Vollard et collectionneur d'art juif yougoslave tué durant la Shoah


Le Petit Palais explore avec cette exposition inédite l’activité d’éditeur d’estampes et de livres illustrés de l’emblématique marchand d’art Ambroise Vollard (1866-1939).

« Vollard travailla avec les plus grands artistes de son temps : Picasso, Bonnard, Cassatt, Chagall, Maillol, Redon, Rouault et tant d’autres. Passionné par l’édition, il y a investi l’essentiel de sa fortune tirée de la vente des toiles des maîtres modernes et hissa cette activité à un niveau d’exigence jamais vu jusqu’alors. »

« Bénéficiaire de nombreux dons et legs de Vollard lui-même et de ses héritiers, le Petit Palais a choisi de mettre en valeur cet ensemble exceptionnel d’estampes, livres illustrés et objets d’édition (bronzes et céramiques), enrichi de nombreux prêts d’autres institutions et collections. »

« L’exposition évoque également la personnalité d’Henri Marie Petiet, successeur de Vollard et figure majeure du commerce de l’estampe d’après-guerre. L’exposition rend donc un double hommage au rôle de ces deux marchands et éditeurs d’art. »

« La carrière de marchand d’Ambroise Vollard (1866-1939) le situe comme une figure essentielle du commerce de l’art au tournant des XIXe et XXe siècles, entre Paul Durand-Ruel et Daniel-Henry Kahnweiler. C’est lui qui promeut Cézanne, Gauguin et qui ouvre sa galerie au jeune Picasso. »

« En plus de ses activités de marchand de tableaux, il se lance avec passion dans l’édition d’estampes dès 1894 en rééditant la Suite Volpini de Gauguin. Mais l’aventure débute réellement lorsqu’il réalise les deux fameux Album des peintres-graveurs (1896 et 1897), qui réunissent les planches de maîtres comme Fantin-Latour, Puvis de Chavannes, ou de jeunes artistes qui incarnent une nouvelle modernité comme les Nabis, dans le sillage de Redon. Vollard diffuse les œuvres de Mary Cassatt mais édite aussi la fameuse suite des Saltimbanques de Picasso ainsi que des albums individuels de Bonnard, Vuillard et Denis en misant sur le même principe de l’édition d’estampes d’artistes à tirage limité. »
 
« En parallèle, il développe une activité d’éditeur de livres d’artiste. Il s’y investit entièrement, tant financièrement que personnellement. Il lui faut pourtant attendre les années 1920 et surtout 1930 pour voir les ventes se multiplier et un engouement se créer autour de ses éditions. Son perfectionnisme le conduit à sélectionner et à commander lui-même les papiers et les caractères d’imprimerie. Vollard prend ainsi un rôle de créateur à part entière, en coordonnant tous les acteurs d’une aventure éditoriale titanesque. »

« Dès ses premières éditions, notamment son magistral Parallèlement de Verlaine illustré par Bonnard (1900), Vollard choque les bibliophiles par ses partis pris, et surtout par son affection pour la lithographie en couleurs. Sa réputation est faite. Suivront de nombreuses réalisations d’envergure, comme Le Jardin des supplices (illustrations de Rodin, 1902), Sagesse (Maurice Denis, 1911), Les Fleurs du mal (Émile Bernard, 1916), Le Chef-d’oeuvre inconnu (Picasso, 1931) ou encore Passion (Rouault, 1939). Son influence auprès des artistes est telle qu’il encourage les peintres à s’intéresser parfois durablement à l’estampe bien sûr, mais aussi à s’essayer à la peinture sur céramique ou encore à la sculpture, comme c’est le cas pour Maillol. »

« En 1939, il décède brutalement dans un accident de voiture. » 

« Henri Marie Petiet (1894-1980), qui se fournit auprès de Vollard depuis les années 1920, rachète l’essentiel de son stock d’estampes, dont la fameuse Suite Vollard de Picasso, dont il va assurer la diffusion. Il s’impose d’emblée comme son successeur en tant que marchand d’estampes, mais aussi comme passeur de la modernité française à l’étranger, et notamment aux États-Unis. Petiet édite lui-même certains créateurs qui ont travaillé avec Vollard, comme Maillol ou Derain, et se lance à son tour dans l’édition d’un livre d’artiste, Les Contrerimes de Toulet illustré par Jean-Émile Laboureur, son graveur fétiche. Enfin, il soutient de nouveaux artistes comme Marie Laurencin, Marcel Gromaire ou encore Edouard Goerg qui le présente comme le « plus Vollard des marchands ».

Le commissariat est assuré par Clara Roca, conservatrice des arts graphiques et photographies des XIXe et XXe siècles au Petit Palais.

Curieusement, le dossier de presse de l'exposition élude Erich Šlomović ou Erich Chlomovitch (1915-1942 ou 1943), assistant d'Ambroise Vollard et collectionneur juif yougoslave d'œuvres d'art. Arrivé à Paris en 1936 ou 1937, il rencontre Ambroise Vollard, qui lui fait rencontrer Pierre Bonnard ou Georges Rouault, et fait la connaissance de Cocteau, Chagall et Le Corbusier. Par Lucien Vollard, frère d'Ambroise Vollard, il acquiert de nombreuses peintures de grands maîtres dont un "portrait d'Émile Zola peint par Cézanne en 1861, un Henri Matisse de 1903, des fusains d'Auguste Renoir, des eaux-fortes d'Edgar Degas et un tableau d'André Derain de 1905".

À la veille de la Deuxième Guerre mondiale, il met environ 200 peintures dans un coffre de la Société générale et en transporte 429 autres en Yougoslavie où il expose sa collection à Zagreb en 1940. Après l'invasion de la Yougoslavie par les Allemands nazis en 1941, Erich Šlomović se réfugie dans un village du sud de la Serbie. Arrêté, il meurt dans le camp de concentration de Sajmište en mai 1942 ou en 1943 avec son frère et son père. Sa mère est une rescapée de la Shoah. Les procédures judiciaires menées notamment par les ayants-droits de cet homme cultivé victime de la Shoah et un musée ou les mystères autour de sa collection d'œuvres d'art décrits en fin d'article ne justifient pas son omission.

Le documentaire "The Mysterious Mr. Slomovic", dont le texte est lu en voix off par le comédien américain juif Elliott Gould, retrace la vie d'Erich Šlomović.

« La médiation de l’exposition permet de mieux comprendre les techniques de l’estampe, avec notamment la présentation d’outils et d’une presse taille-douce prêtée par l’Imprimerie nationale et activée lors de démonstrations. » 

« Dans l’exposition
- Des cartels pédagogiques jalonnent le parcours de l’exposition et précisent des notions techniques autour de l’estampe et du livre d’artiste.

- Une vidéo sur la technique de la lithographie est présentée dans la section « Vollard, éditeur d’estampes ». Tournée dans l’atelier de l’éditeur et imprimeur contemporain Michael Woolworth, elle révèle le processus traditionnel de la lithographie en couleurs, depuis le dessin original sur la pierre jusqu’aux impressions successives des couleurs superposées.

- Du matériel de lithographie est présenté dans une vitrine à proximité : une pierre lithographique avec son dessin original et des outils de dessin. 

- Des séances de démonstration d’impression sur une presse à taille-douce ancienne, prêtée par l’Imprimerie Nationale, ont lieu dans la dernière salle de l’exposition, « Dans l’atelier », pendant toute la durée de l’exposition. Elles sont animées par l’imprimeur taille-doucier de l’Imprimerie Nationale, Frédéric Colançon, et par les intervenantes graveurs du service éducatif du musée. » 

« Dans les ateliers pédagogiques du musée
Des ateliers de pratique artistique autour de l’estampe et du livre d’artiste sont proposés à divers publics : 
- un workshop de création de livre d’artiste, animé par l’artiste Joël Leick autour de la création de livre d’artiste, pour adolescents et adultes ;
- divers ateliers et démonstration-ateliers autour des techniques d’estampe et du livre d’artiste, animés par les intervenantes graveurs du musée, pour adolescents et adultes, enfants et familles. 

« Un site internet  créé à l’occasion de l’exposition propose de créer et partager sa propre édition limitée. 
Après avoir choisi un format, composé un texte avec une des typographies préférées d’Ambroise Vollard et sélectionné un ou plusieurs motifs ornementaux, la réalisation peut être téléchargée et imprimée, ou partagée sur les réseaux sociaux ».
Informations sur expoeditionlimitee.paris.fr


Assurée par l’Atelier Maciej Fiszer, « la scénographie se décline en cinq séquences au sein de l’espace rectangulaire de la galerie. Le principe repose sur un dispositif permettant de garder de la transparence tout en définissant les sous-espaces thématiques : plafonds perpendiculaires flottants, surfaces accueillant de généreux agrandissements photographiques aux entrées de sections, trouées, vitrines suspendues… »

La géométrie est soulignée graphiquement par des aplats anthracites sur les tranches des cimaises, à l’image des reliures des livres. Quelques murs de couleurs viennent subtilement compléter l’identification des espaces et créer des fonds à la présentation d’ensembles d’œuvres. La scénographie accompagne discrètement le visiteur, tout en structurant le propos de cette exposition foisonnante. »

« Un marchand-éditeur hors du commun
Rien ne destine Ambroise Vollard (1866-1939) à devenir un marchand-éditeur à la renommée internationale. Fils de notaire venu de la Réunion pour faire son droit en métropole, il abandonne ses études pour se lancer dans le commerce d’art. Après un bref apprentissage dans la galerie L’Union artistique, il s’installe à son compte dans le 17e arrondissement en 1890, puis prend en 1893 une boutique mieux placée au 37, rue Laffitte. Il déménage plusieurs fois au sein de la même rue quand ses moyens lui permettent de louer un local plus grand. Il est alors au coeur du quartier des marchands de tableaux.
Son procédé commercial atypique consiste à acheter à prix modique des ensembles d’œuvres, voire des fonds entiers d’ateliers de jeunes artistes d’avant-garde comme Pablo Picasso ou André Derain. Vollard prend des risques en misant sur un succès différé, assurant ainsi la sécurité matérielle de nombreux artistes débutants. Bien qu’on le connaisse essentiellement comme marchand de tableaux, Vollard s’engage dès ses débuts dans le domaine des arts graphiques et notamment de l’estampe. Il achète puis revend des tirages et s’autorise même les rééditions. Il se fait l’acteur de la reconnaissance des artistes dont il expose, prête et vend les œuvres à travers l’Europe entière, et jusqu’aux États-Unis. Il contribue ainsi à façonner une certaine histoire de l’art occidental alors que le salon officiel, entravé par une attitude conservatrice, ne reconnaît pas l’art moderne. »

« Éditeur d’estampes
De 1896 à 1900 environ, Ambroise Vollard édite essentiellement des estampes originales. Sa première publication d’envergure est celle de deux albums qui offrent un véritable panorama de l’estampe au tournant des XIXe et XXe siècles : Les Peintres graveurs, en 1896, puis l’Album d’estampes originales de la galerie Vollard, en 1897. Dès ces deux premières éditions, il privilégie non pas des graveurs de profession mais des artistes peintres qu’il encourage aussi à pratiquer la sculpture et la peinture sur céramique. Il essaie ainsi d’attirer les amateurs non seulement d’estampes modernes mais aussi de peinture, en proposant des tirages limités, numérotés et signés par les artistes qui s’imposent comme des oeuvres d’art à part entière. Vollard tente ainsi de distinguer ses estampes du flux exponentiel des reproductions photomécaniques et de l’estampe populaire.
Malgré ces efforts, les deux albums d’estampes de Vollard sont des échecs commerciaux. Ses premiers pas d’éditeur sont cependant salués par une part de la critique qui défend l’estampe originale et la lithographie en couleurs, longtemps dédaignée car associée à la publicité. Dans son ouvrage La Lithographie originale en couleurs, André Mellerio, critique d’art proche des nabis, souligne et salue l’engagement de Vollard pour cette technique. »

« Éditeur de livres d’artiste
Alors que le livre devient de plus en plus accessible grâce à la production industrielle, Vollard édite ses ouvrages en série limitée, généralement entre 200 et 400 exemplaires, et cible une clientèle riche et élitiste. Il donne un nouveau souffle à l’édition de luxe dès 1900 avec la publication du magistral Parallèlement de Verlaine illustré par Bonnard.
Dès ses premiers projets, des constantes apparaissent : l’amour des caractères anciens et des beaux papiers, la préséance de l’image sur le texte. Pour Vollard, les livres dont s’emparent les artistes sont pensés comme « une succession de tableaux ». Son intelligence éditoriale tient en sa capacité à réunir avec efficacité un texte et un peintre, devenant en quelque sorte créateur à son tour. Le gigantesque programme éditorial de Vollard frappe par sa diversité. Une part provocatrice révolutionne le livre d’artiste, une autre cherche tant bien que mal à se réconcilier avec les bibliophiles que ses partis pris choquent. Une dernière période de publications, dans les années 1930, voit l’arrivée d’artistes qui renouvellent le vivier des éditions Vollard et en confirment les ambitions. Tout au long de sa carrière, Ambroise Vollard est aussi le fier auteur de textes dont il confie l’illustration aux artistes qu’il apprécie. »

« Les successeurs
Véritable drame pour ses collaborateurs et surtout pour les artistes, le décès accidentel d’Ambroise Vollard à l’aube de la Seconde Guerre mondiale laisse une vingtaine de livres d’artistes à divers états d’achèvement. Le marchand-éditeur meurt sans héritier direct et ne laisse derrière lui qu’un testament datant de 1911. Or, sa situation a bien changé : il a accumulé dans son hôtel rue de Martignac une fortune en œuvres de maîtres très difficile à estimer.
Dès juillet 1939, Lucien Vollard, frère d’Ambroise, demande à Roger Lacourière de dresser un état des travaux éditoriaux en cours. Aidé de Martin Fabiani, marchand d’art tristement célèbre pour avoir participé aux spoliations et au trafic illégal d’œuvres d’art pendant la Seconde Guerre mondiale, il entreprend d’achever et d’assurer la distribution de quelques projets de son frère. D’autres sont repris par les artistes eux-mêmes ou par de nouveaux éditeurs comme Tériade et Maeght.
L’intégrité du stock d’estampes est quant à elle préservée par Henri Marie Petiet qui le rachète en bloc et prend la relève du marchand-éditeur, commercialisant la fameuse Suite Vollard de Picasso et éditant des artistes que Vollard avait fait émerger tel Aristide Maillol. »

« L’héritier spirituel d’Ambroise Vollard
Henri Marie Petiet (1894-1980), issu d’une famille d’ingénieurs, d’industriels ou encore de militaires, ne semblait pas destiné lui non plus à devenir un grand marchand-éditeur d’estampes. Actif de 1924 à sa mort, il règne dans son magasin À la Belle Épreuve, rue de Tournon, dans le 6e arrondissement de Paris. Très jeune, il développe un goût pour les livres de luxe et se constitue une bibliothèque de qualité. C’est l’illustration qui l’entraîne vers l’estampe. Il se forme alors auprès des marchands qui font référence dans ce domaine, dont Ambroise Vollard auprès duquel il fait ses premières acquisitions en 1924. Petiet partage de plus son goût pour l’aventure éditoriale et soutient des artistes aussi divers que Marie Laurencin, Jean-Émile Laboureur, Édouard Goerg et André Dunoyer de Segonzac. Mais son principal fait d’armes est l’acquisition en 1940 du fonds d’estampes de Vollard qu’il n’a de cesse de valoriser. Petiet se démarque par son ouverture atypique à l’Europe, et surtout aux États-Unis. En 1927, il part à la conquête de l’Amérique grâce à son ami d’enfance Jean Goriany, qui le représente sur place. Il contribue à la constitution et à l’enrichissement de collections privées et nombreux départements de gravures de musées : de Bonnard à Picasso, les artistes dont il vend les œuvres renforcent leur présence outre-Atlantique. Celui que l’on connaît dans la profession comme « Le Baron » se fait ainsi à son tour passeur de modernité. »

« Dans l’atelier
Cet espace évoque la fabrique des estampes et des éditions de luxe. Des démonstrations d’impression sur la presse à taille-douce y ont lieu, en partenariat avec l’Imprimerie nationale, par l’imprimeur taille-doucier Frédéric Colançon. »

Erich Chlomovitch
Erich Šlomović ou Erich Chlomovitch (1915-1942 ou 1943) était un collectionneur juif yougoslave d'œuvres d'art.

"Après des années de procédures, l'héritage d'Ambroise Vollard a créé l'événement, en juin 2010, à Londres, puis à Paris, chez Sotheby's. Du talent, du culot et du flair peuvent permettre de se retrouver à la tête d'un trésor ! La rencontre entre Erich Chlomovitch, petit Belgradois d'origine juive, et Ambroise Vollard, fils de notaire réunionnais devenu l'une des figures les plus emblématiques de l'art moderne, tient du miracle. Comment cet inconnu se retrouva-t-il le propriétaire légal et légitime de plusieurs centaines d'œuvres venant de la collection Vollard ? Le voile est en partie levé avec la dispersion le 29 juin, chez Sotheby's, à Paris, de 140 pièces dont un paysage d'André Derain, de la période fauve, vendu, dès ce soir, à Londres, pour une coquette estimation de 9 à 14 millions de livres, soit 10,6 à 16,6 millions d'euros", a écrit Béatrice de Rochebouët (Le Figaro, 22 juin 2010).

Et la journaliste de relater : 
"L'histoire commence en 1928. Alors âgé de 13 ans, le garçonnet solitaire passe ses nuits à dévorer un livre sur Renoir rédigé par l'homme qui a organisé les premières expositions de Cézanne, Matisse, Maillol et Picasso. «Lorsque je serai grand, j'aimerais être comme vous», écrit, plein d'enthousiasme, Eric Chlomovitch, à Ambroise Vollard. Et ce dernier, tout heureux, de répondre : «Étudiez, travaillez, formez-vous et lorsque vous serez grand et que vous viendrez à Paris, j'aurai grand plaisir à vous recevoir.»
Sept ans plus tard, ce fils de tailleur juif yougoslave frappe à la porte du légendaire marchand. Séduit par son goût éclairé, Vollard l'engage le soir même. Pendant cinq ans, il va le former et lui présenter les plus grands artistes de son temps. En juillet 1939, revenant à Paris d'un séjour passé dans sa maison de campagne de Tremblay-sur-Mauldre, Vollard trouve la mort dans un accident de voiture. Deux mois plus tard, la guerre éclate. La collection est dispersée dans le chaos sans que le nombre d'œuvres accumulées dans l'hôtel particulier de la rue de Marignac ne soit jamais vraiment connu. Certains l'estiment à 5.000, d'autres à 10.000.
En 1911, Vollard qui n'a pas d'héritiers directs laisse un testament. C'est alors que Lucien Vollard, son frère, confie sur les conseils d'un autre marchand, Lucien Fabiani, près de 600 œuvres à Chlomovitch. Ce dernier regagne la Yougoslavie avec un trésor de 48 Renoir, 29 Degas, 12 Vlaminck, 11 Bonnard, 11 Redon, des bronzes de Maillol et de nombreuses aquarelles de Gauguin, Cézanne, Pissaro qui seront exposées en partie à Zagreb en 1940 avant de dormir définitivement dans les caves du musée de Belgrade.
Avant de regagner son pays, le jeune Yougoslave met aussi en sécurité un ensemble d'œuvres dans un coffre de la Société générale à Paris. Erich Chlomovitch étant mort en déportation en 1942 avec son père et son frère, après avoir été arrêté par les nazis à Bacina, au sud de Belgrade, nul ne connaît l'existence du coffre jusqu'à ce qu'il ne soit ouvert le 7 novembre 1980. Trente-deux ans plus tôt, le coffre en déshérence avait déjà été forcé, mais les banquiers jugeant le contenu sans grande importance l'avait refermé aussitôt (Le Figaro du 26 avril) .
Pour régler les arriérés des frais de garde, une vente par les commissaires-priseurs Lenormand et Dayen est alors envisagée, les 19 et 20 mars 1981, à Paris, pour une estimation de 5 millions de francs. Un catalogue est imprimé comprenant le fameux paysage de Collioure de Derain mais aussi le portrait historique de Zola, alors très jeune, peint vers 1862-1864 par son camarade de classe Paul Cézanne ou encore l'autoportrait de Renoir dédicacé par l'artiste à «Ambroise Vollard, mon raseur sympathique». Trois actions en référé - par l'État yougoslave, la famille Chlomovitch et les héritiers Vollard estimant qu'Erich se serait emparé illégalement des œuvres chez Vollard - aboutissent à son interdiction.
Le procès va durer quinze ans au terme desquels les Chlomovitch sont déboutés en 1996. Seules quelques photos et archives dédicacées à Erich leur reviennent. Ce qui reste est aujourd'hui vendu par les héritiers Vollard sans que le mystère sur l'acquisition de ce trésor par Erich Chlomovitch ne soit vraiment élucidé".



Du 19 mai 2021 au 29 août 2021
Au Le Petit Palais
Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
Avenue Winston-Churchill, 75008 Paris
Tél. : 01 53 43 40 00 
Du mardi au dimanche de 10 h à 18 h. Nocturnes les vendredis jusqu’à 20 h. Fermé les lundis
Visuel :
Gyula Halász, dit Brassaï Ambroise Vollard chez lui, 1934, photographie
© Paris Musées / Petit Palais / Brassaï
© Estate Brassaï - RMN - Grand Palais