Citations

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« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Ne demande jamais ton chemin à quelqu'un qui le connaît, car tu ne pourrais pas t'égarer ! » (Nahman de Bratslav)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)
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vendredi 18 septembre 2026

L'Inquisition

L'Inquisition était un tribunal spécialisé relevant du droit canonique et créé au XIIe siècle par l'Eglise. Elle n'a pas seulement agi sur le continent européen - en particulier en Italie, Espagne, France et Allemagne -, mais aussi en Amérique latine, notamment au Mexique. L'historiographie a créé une "légende noire" de l'Inquisition. Le professeur israélien Benzion Netanyahu a profondément renouvelé l'histoire de cette juridiction. Arte diffusera le 22 septembre 2026 à 20 h 55 « Inquisitions », série documentaire en deux parties de Stan Neumann.

« Les synagogues : prestigieux témoins du judaïsme » par Emilie Langlade et Adrian Pflug
Trésors du ghetto de Venise
« Italie, une simple histoire d’amour. Témoignages d’un ambassadeur d’Israël » de Mordechaï Drory 

Au XIIe siècle, l'Église catholique a institué l’Inquisition (« enquête », « recherche » en latin), juridiction spécialisée relevant du droit canonique.

Dans sa lutte contre "l'hérésie", l'Inquisition disposait d'une gamme de sanctions allant de peines spirituelles (prières, pénitences) à des amendes, via la confiscation de tous les biens des suspects et à la peine de mort pour les apostats relaps. Si elle statue sur la peine souhaitable, elle n'exécute par la peine qui relève du bras séculier.

En principe, l'Inquisition ne peut condamner que des catholiques ne respectant pas les dogmes. 

En France, l'Inquisition médiévale a pour objectif de combattre les révoltes cathare et vaudoise qui ont affirmé leur dimension politique dans le Midi toulousain. Ses excès incitent le roi Louis IX à la supprimer et à la remplacer par la juridiction de l'Official qui ne peut prononcer de peine que si une juridiction civile a statué. A partir du XIXe siècle, l'histoire de l'Inquisition en France est déformée par Étienne de La Mothe-Langon, qui instrumentalise des archives et fait publier en 1829 son Histoire de l'Inquisition en France. Malgré ses fautes, ce livre sert de référence aux historiens, dont Jules Michelet. Rappelons que les procès contre les  Templiers et Jeanne d'Arc se sont déroulés devant des juridictions exceptionnelles.

À la fin du Moyen Âge, l'Inquisition intervient en Espagne et au Portugal ainsi qu'à leurs colonies, notamment sous l'influence des Franciscains et de Dominicains, afin de chercher et persécuter les Juifs marranes et les musulmans morisques convertis de force au catholicisme, mais liés à leur foi initiale. Ainsi, à la fin du XVe siècle, l'Inquisition espagnole a prononcé environ 2 000 condamnations au bûcher d'hérétiques, organisé d'importants autodafés qui suscitent la terreur. ; durant le XVIe siècle après l'expulsion des Juifs et des musulmans, ensuite, la part des peines les plus lourdes baisse.

Fondée en 1290, l'Université de Coimbra (Portugal) détient "le manuscrit de la Bible de Don Isaac Abravanel. Les Abravanel, une famille séfarade distinguée et fortunée, ayant des branches en Espagne et au Portugal et qui s'est réfugiée à Amsterdam et dans les Balkans durant l'Inquisition, avaient commandé 20 Bibles de ce type. Selon la bibliothèque Joanine de l'université, inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2013, le livre, dans un état remarquable, est estimé à plus de 3 millions de dollars". 

"Des milliers de personnes furent assassinées lors des inquisitions portugaises qui succédèrent à l'inquisition espagnole de 1492. Au moins 200 000 Juifs fuirent la péninsule Ibérique pour les Pays-Bas, l'Amérique du Sud et le Moyen-Orient durant cette période, qui dura près de trois siècles. Des milliers d'autres restèrent et pratiquèrent le judaïsme en secret pendant des générations." 

"Les archives de la bibliothèque renferment également des documents rares et glaçants qui révèlent la bureaucratie à l'origine des atrocités de l'Inquisition. Par exemple, le procès de Manuel Benosh, un Juif portugais, en 1729, indique qu'il fut « relâché » par l'Inquisition et remis aux autorités civiles avec l'ordre d'être « puni dans la chair » – un euphémisme pour désigner la peine de mort par le feu".

L'Inquisition est abolie en Europe au XIXe siècle, mais demeure dans les États pontificaux. En 1908, Le pape Pie X lui substitue la Sacrée congrégation du Saint-Office. En 1965, "le pape Paul VI remplace le Saint-Office par la Congrégation pour la doctrine de la foi, qui fait prévaloir sur l'aspect punitif de la condamnation l'aspect positif de la correction de l'erreur et de la préservation de la foi".

L'histoire de l'Inquisition se scinde en trois périodes :
"1. L'Inquisition médiévale, introduite devant les tribunaux ecclésiastiques par le pape Grégoire IX en 1231 ;
2. L'Inquisition espagnole, inféodée à la couronne d'Espagne, fondée en 1478 et supprimée en 1834, et l'Inquisition portugaise, inféodée à celle du Portugal, lesquelles opéraient aussi dans les colonies de ces pays ;
3. L'Inquisition romaine (« Congrégation de l'Inquisition romaine et universelle »), fondée en 1542 pour lutter contre le protestantisme, remplacée par le Saint-Office en 1908".

Alors que le rôle de l'Inquisition se réduisait, ses opposants ont souligné sa violence. L'opéra Don Carlos (1867) et le passage du Grand Inquisiteur dans Les Frères Karamazov (1879) ont contribué à forger la légende sombre de l'Inquisition.

Après une biographie de l'influent juif espagnol Don Issac Abravanel de l'époque ayant précédé 
l'expulsion des juifs du royaume d'Espagne en  1492, le professeur israélien Benzion Netanyahu a renouvelé, sur le fondement d'écrits de leurs contemporains juifs, l'étude des "nouveaux chrétiens", juifs convertis au christianisme et dénommés avec mépris "marranes". Cet historien a découvert qu'un grand nombre de ces conversos et de leurs descendants ne pratiquaient plus en secret le judaïsme : ils étaient devenus de sincères chrétiens, et, par leurs talents, occupaient des postes d'influence, y compris au sein de l'Eglise. Ce qui suscitait la jalousie et l'ire de chrétiens espagnols sans ascendance juive. 

L'éditorialiste experte en géopolitique, Caroline Glick a résumé la thèse de Benzion Netanyahu :
"Les découvertes de Netanyahu l’ont conduit à cette conclusion révolutionnaire : l’Inquisition espagnole ne visait pas les Juifs en tant que religion, mais en tant que race. La plupart de ceux qui ont péri sous l’épée de Torquemada étaient de fidèles catholiques dont le seul crime était d’avoir du sang juif. Les véritables Juifs n’ont pas été tués. Ils ont été expulsés. Benzion Netanyahu a tiré de ses recherches la conclusion que la haine raciale et génocidaire des Nazis envers les Juifs n’avait rien d’unique ni de nouveau. Le parcours intellectuel de Netanyahu a façonné et affiné sa perception de la condition juive. Il a renforcé sa conviction que le sionisme est le seul moyen d’assurer la survie des Juifs en tant qu’individus et l’existence de la nation juive. Le sionisme de Netanyahu n’était pas un sionisme « hybride ». Ce n’était pas le sionisme travailliste, comme celui de David Ben Gourion et de ses partisans socialistes. Ce n’était pas le sionisme religieux, comme celui du mouvement des « Amoureux de Sion » qui formait le noyau de la première vague de peuplement juif moderne en Terre d’Israël. Il a appris, grâce à la brochure fondatrice de Yehuda Pinsker, l’un des premiers dirigeants sionistes, intitulée *Auto-émancipation*, que le sionisme rejette l’utopisme. La leçon que Netanyahu a tirée de l’Inquisition espagnole est que, pour les Juifs, l’assimilation est une voie tout aussi utopique que le socialisme. Comme l’ont clairement indiqué Pinsker, puis Theodor Herzl, la seule façon pour les Juifs de se racheter est de le faire par eux-mêmes."

Dans "En finir avec les idées fausses sur le Moyen Âge" (Editions de l'Atelier, 2026), Jean Guilhem .conteste l'allégation "L'Inquisition était sanguinaire" (pp. 133-136). Il précise le contexte historique de son institution - la "réforme grégorienne" instituant un dogme strict au XIIIe siècle -, distingue l'Inquisition en Espagne et au Portugal dépendante des rois ibériques de celle d'autres pays européens où elle dépend du pape, et constate l'apport positif de la procédure de l'Inquisition qui se substitue à des pratiques jugées "irrationnelles" et "invalides" comme les ordalies et les duels judiciaires "sous le regard de Dieu" : l'Inquisiteur "mène une enquête (inquisitio) et son accusation doit reposer sur des preuves matérielles ou des aveux. Cependant la démarche n'est pas contradictoire. Si l'accusé a droit à une défense, c'est sans avocat". L'Inquisiteur est quadragénaire, et est formé "en théologie comme en droit religieux". Evoquant les affaires jugées par l'Inquisition à Toulouse (1308-1323), il indique que sur 636 procès, la part des acquittements s'élève à  30%.

« Inquisitions »
Arte diffusera le 22 septembre 2026 à 20 h 55 « Inquisitions », série documentaire en deux parties de Stan Neumann.

« Forte de six siècles d'exercice, l'inquisition apparaît  comme la machine répressive la plus redoutable de l'histoire européenne. Le documentariste Stan Neumann raconte  les origines et l'évolution de cette "police des âmes" à la fois secrète et spectaculaire, dont le monde d'aujourd'hui porte toujours l'empreinte. »

« En deux parties captivantes, le documentaire de Stan Neumann (Le temps des ouvriers) met en lumière la modernité de la "procédure inquisitoire". Celle-ci, confrontée à des crimes de croyance ou de pensée, a en effet forgé pour les traquer des outils étonnamment pérennes : la notion de secret de l'instruction, la rationalisation des enquêtes et des interrogatoires, l'appel à la délation, le culte de l'aveu, la prison et la torture utilisées comme moyens de pression, sans oublier la tenue scrupuleuse d'archives destinées à accumuler des données, préfigurant le fichage d'aujourd'hui. »

« Ce qu'on ne trouve aujourd'hui peut être découvert demain », écrit l'inquisiteur Nicolas Eymerich dans son Manuel aussi appliqué que cynique, dont des extraits sont lus avec intensité par le comédien Denis Lavant. »

« Les inscriptions des détenus sur les murs de la prison de l'Inquisition de Palerme témoignent des souffrances infligées… »

« Où l'on comprend aussi que la notion de dogme religieux est avant tout politique, offrant au pouvoir central un levier idéal pour soumettre toute population affichant une quelconque différence. »

« Analyses d'historiens à l'appui, ce passionnant exposé montre ainsi comment les différentes manifestations de l'inquisition au fil du temps ont forgé, insidieusement, notre réflexe d'obéissance à l'autorité. »

La série insiste sur le legs de l'Inquisition dans la procédure judiciaire française.

Elle débute par une citation de Dieu interrogeant Adam qui se cachait dans le jardin d'Eden en prenant conscience de sa nudité. Le Dieu de la Bible hébraïque comme premier Inquisiteur, il fallait le faire !?

Evoquant les sorcières et le vocabulaire lié à la sorcellerie - sabbat, synagogue -, la série évoque "le judaïsme, ennemi traditionnel de l'Eglise" !? Non, l'Eglise a perçu le judaïsme comme une religion que le christianisme a parfaite, remplacée.

La série explique le blood libel, allégation fausse portée contre les Juifs accusés à tort de tuer un enfant chrétien pour consommer son sang. Une double interdiction dans le judaïsme : "Tu ne tueras point", et la consommation de sang est interdite.

Il est regrettable que la série didactique ne respecte pas la chronologie, semble procéder à des amalgames (procès staliniens dans des pays d'Europe centrale) et que les images d'animation ainsi que les rares visuels disponibles pour la presse soient généralement laids.

1ère partie : « Le parfait inquisiteur »
« Fondée par le pape Grégoire IX en 1231, l'inquisition connaît d'abord des débuts chaotiques. Dans les premiers temps, des émissaires sont envoyés sur le terrain pour éradiquer les "foyers d'hérésie" apparus en Italie, en France et en Allemagne, communautés de croyants qui contestent le monopole d'une Église romaine corrompue et revendiquent un retour à la pauvreté évangélique. »

« Cathares, Albigeois ou Vaudois présumés subissent alors une répression brutale et désordonnée. »

« Mais l'Église voit bientôt la nécessité de codifier cette nouvelle "police des âmes". Vers 1380, le prêtre catalan Nicolas Eymerich rédige ainsi le Manuel des inquisiteurs, un précis théorique et pratique particulièrement fouillé qui renseigne sur la psychologie des hérétiques et détaille les méthodes pour les faire parler. »

« Ses recommandations, restées en vigueur jusqu'au XIXe siècle, n'ont rien à envier aux pratiques des polices politiques des États totalitaires, et trouvent encore des échos dans le monde contemporain... »

2e partie : « Le secret et le faste »
« Après les premiers temps de l'inquisition, l'Église, pour continuer à asseoir son pouvoir, doit trouver de nouveaux opposants. »

« La sorcellerie apparaît comme une coupable idéale, objet de témoignages particulièrement imagés (en réalité rédigés par les inquisiteurs eux-mêmes) et d'une foule de procès. »

« À l'inquisition médiévale succèdent les inquisitions espagnole et portugaise, déployant leur arsenal répressif avec une conviction sans égale. »

« Le système s'incarne désormais dans un tribunal central qui fonctionne plus efficacement que la justice séculière. »

« Après avoir ciblé les juifs et les musulmans convertis, la notion d'hérésie s'étend à des domaines sans rapport avec la religion, comme la fabrication de fausse monnaie, la contrebande ou l'homosexualité. »

« L'inquisition s'expose publiquement dans des autodafés (en portugais, "actes de foi"), spectaculaires mises en scène de la toute-puissance du pouvoir en place. »

« Avant que les protestants et les populations des territoires colonisés ne constituent une nouvelle réserve de mécréants… »

Barcelone
"Dans le cadre d'Invitation au voyage, du lundi au vendredi, Linda Lorin nous emmène à la découverte de notre patrimoine artistique, culturel et naturel. 

Dans cette série, Arte diffusa "À Barcelone, splendeur et misère de La cathédrale de la Mer". "Flamboyante capitale catalane et fille ibérique de la Méditerranée, au Moyen Âge, Barcelone érige des cathédrales, abrite une communauté juive érudite et subit la Grande Peste puis la cruelle Inquisition. Autant d’épisodes repris dans La cathédrale de la mer, roman d’Ildefonso Falcones à la renommée internationale. Durant plus de cinq ans, ce Barcelonais se plonge dans les archives médiévales de sa ville et s’enfonce dans ses plus petites ruelles pavées".

 

« Inquisitions » de Stan Neumann
France, 2026, 2 x 55 min
Coproduction : ARTE France, Éléphant Doc
Sur Arte
1ère partie : le 22 septembre 2026 à 20 h 55, 18 octobre 2026 à 6 h 45
2e partie : le 22 septembre 2026 à 21 h 50, 18 octobre 2026 à 7 h 40
Sur arte.tv du 15/09/2026 au 21/04/2027

2021

lundi 14 septembre 2026

Saul Steinberg (1914-1999)

Né dans une famille Juive en Roumanie, Saul Steinberg 
 (1914-1999) était un célèbre caricaturiste, graphiste, scénographe, dessinateur de mode, de publicité et presse et illustrateur américain, notamment pendant 60 ans pour The New Yorker. Un auteur au trait « élégant, incisif et inventif » et au style « entre humour, caricature et fable politique ». Durant la Deuxième Guerre mondiale, il avait fui l'Italie fasciste et s'était réfugié aux Etats-Unis. La Galerie Claude Bernard présente une vingtaine d'œuvres de Saul Steinberg du 17 septembre au 14 novembre 2026. Vernissage : jeudi 17 septembre de 18h30 à 20h.

« Dessiner est un dur plaisir », déclarait le photographe Henri-Cartier-Bresson.

Son ami Saul Steinberg renchérissait : « Il est difficile de reproduire la nature dans toute sa réalité substantielle, d'en saisir la vérité intrinsèque ; cela exige beaucoup d'efforts, un engagement auquel on se soustrait par paresse – il est tellement plus commode, moins fatiguant, d'inventer » (Ombres et reflets).

« Balkan Bazaar » (Charles Simic)
Saul Steinberg  naît dans une famille Juive d’origine russe de la petite bourgeoisie à Râmnicu Sărat, Buzău, (Roumanie) en 1914 : son père imprimeur fabriquait des boites cartonnées.

Il étudie pendant un an les lettres et la philosophie à l’université de Bucarest. 

Architecte formé à Milan (1933-1940) – son diplôme précise « Saul Steinberg, de race juive » -, il débute par des caricatures particulièrement incisives publiées dans un journal italien antifasciste, Bertoldo. 

Ses premiers dessins sont publiés en 1940 dans Life et Harper’s Bazaar, et au Brésil. 

Persécuté par les lois antisémites fascistes, Saul Steinberg  est interné six mois en 1941 dans un camp en Italie, et parvient à fuir ce pays.

Avant son arrivée aux Etats-Unis, alors qu'il attendait son visa à Saint-Domingue, il initie une collaboration de plus de 50 ans avec le réputé New Yorker  dont il illustre 90 couvertures et dont 1 200 dessins sont publiées en pages intérieures.


Pendant la Seconde Guerre mondiale, il crée en 1942 des dessins contre les forces de l’Axe pour le journal PM, et arrive à New York en juin 1942

Naturalisé américain en février 1943, il sert comme officier des services de renseignements de la Marine et du Bureau des affaires stratégiques (OSS). Affecté dans un centre d’entrainement en Chine en juillet 1943, il est affecté à Alger auprès des services de propagande (Morale Operations) du OSS.

La première exposition individuelle de Saul Steinberg a lieu à la Wekefield Gallery, à New York, en 1943.

En 1944, Saul Steinberg  sert à Naples, puis à Rome où il dessine des supports de propagande.

A l’automne 1944, il revient à Washington et épouse Hedda Sterne, artiste originaire de Roumanie.

Génie du dessin
En 1946, le Museum of Modern Art présente l’exposition Fourteen Americans, avec des œuvres de Steinberg, Arshile Gorky, Isamu Noguchi, et Robert Motherwell.

En 1947-1948, Saul Steinberg  conçoit "des œuvres murales pour le restaurant d’un hôtel moderne, le Terrace Place Hotel à Cincinnati (aujourd’hui conservée au Cincinnati Art Museum) et pour les bars de quatre bateaux de la compagnie maritime American Export Lines". Est publié son deuxième livre The Art of Living.

L’année suivante, son œuvre murale de la ville de Détroit est présentée à l’exposition phare de design intérieur « An Exhibition for Modern Living » au Detroit Institute of Arts.

Il s’impose comme dessinateur satirique, propagandiste, illustrateur, graphiste, muraliste, dessinateur de mode et de publicité, scénographe et créateur de livres d'images. L’un de ses dessins les plus célèbres est View of the World from 9th Avenue pour The New Yorker (29 mars 1976), carte représentant la géographie mentale des habitants de Manhattan.

Il dessine dans la section de l’Histoire de l’architecture du Children's Labyrinth  (Labyrinthe des enfants), œuvre murale pour la Xe Triennale de Milan en 1958 et un collage panoramique de 80 mètres de long The Americans  du pavillon américain pour la Foire mondiale de Bruxelles (1958).

En 1960, Saul Steinberg « se sépare de Hedda Sterne, avec laquelle il reste proche jusqu’à la fin de sa vie ». Il débute « sa relation avec Sigrid Spaeth, étudiante allemande en photographie et design. Il recentra désormais son travail autour de ses dessins et couvertures pour le New Yorker et de ses expositions pour les galeries américaines et européennes », et est influencé par sa lecture des comix underground en 1968.

Pour la galerie Maeght, il crée en 1966 Le Masque. Ce qui l’inspirera pour créer sa série Les Masques en papier marron découpé et décoré de visages. Une métaphore sur les personnages joués par tout un chacun dans la société. Des masques stylisés portés par des personnes, et photographiés  par Inge Morath.

Saul Steinberg se définissait comme « un écrivain qui dessine… Plus qu'un peintre peignant, je me sens chef d'orchestre », auteur de dessins comparables à des « leurres fascinants ».

Des rétrospectives de l’œuvre de Saul Steinberg ont été montrées aux Etats-Unis et en Europe, notamment au Whitney Museum of American Art (1978) et à l’IVAM (Institute for Modern Art in Valencia) en Espagne (2002).

En 2006, est inaugurée aux Etats-Unis la rétrospective itinérante Steinberg: Illuminations. En France, la Fondation Henri Cartier-Bresson la présente en 2008 en offrant aux visiteurs un aperçu global par une centaine de dessins, collages et assemblages réalisés des années 1930 aux années 1990.

En 2008, Quelques mois après la rétrospective Illuminations  à la Fondation Henri Cartier-Bresson, la galerie Claude Bernard  a présenté une vingtaine de collages, dessins et sculptures – techniques mixtes sur bois - de cet artiste américain populaire. Dans The American Corrida (1981), Saul Steinberg dessine ironiquement un Oncle Sam, aux allures du président Lincoln, qui tient dans une arène un fanion Stars and Stripes devant un immense paon faisant la roue. Une autre œuvre montre avec fantaisie des étiquettes surnageant entre les vagues d’un papier à musique. On retrouve ce goût des formes géométriques dans Easel (1988) composé d’une série de morceaux de bois semblant former un étrange oiseau. Préfacé par Philippe Dagen, un joli catalogue accompagnait l’exposition.

La Halle Saint Pierre a présenté l'exposition Les Cahiers dessinés (21 janvier-14 août 2015) réunissant plus de 500 œuvres de 67 artistes internationaux dont Anne Gorouben, Marcel Katuchevski, Roland Topor et Saul Steinberg.

Originaire lui aussi de Roumanie, le dramaturge Ionesco disait de Saul Steinberg : « Je crois qu'aucun autre artiste n'a su comme lui ou n'a réussi comme lui à faire de la caricature un langage et une critique métaphysiques ».

Galerie Claude Bernard
A l'automne 2015, la Galerie Claude Bernard présenta l'exposition collective Sculptures avec notamment des œuvres de Saul Steinberg (1914-1999). En 1957, Claude Bernard ouvrait sa galerie en présentant des sculptures qu'il affectionnait tant. En 2015, la galerie propose une exposition de sculptures en bois, en marbre, en pierre, d'artistes tels Picasso, Max Ernst...

Du 17 septembre au 14 novembre 2026, la Galerie Claude Bernard présentera un ensemble exceptionnel d'une vingtaine d'œuvres de Saul Steinberg. Vernissage : jeudi 17 septembre de 18h30 à 20h. Cette exposition est la deuxième que la galerie consacre à Saul Steinberg, après celle de 2008.

« Réalisés entre 1951 et 1990, ces dessins, collages et assemblages donnent à voir l'univers singulier de l'artiste américain d'origine roumaine. Certaines de ces œuvres ont été publiées en couverture de The New Yorker, tandis que d'autres, études ou dessins préparatoires, dévoilent la genèse de son langage graphique. Le trait, à la fois d'une remarquable simplicité et d'une redoutable précision, a profondément renouvelé l'art du dessin. Figure majeure du XXᵉ siècle, Steinberg est notamment connu pour sa collaboration de près de soixante ans avec The New Yorker, où son regard satirique sur la société américaine s'est imposé comme l'une des références du magazine. » 

« Architecte de formation, Saul Steinberg est un créateur aux multiples facettes : dessinateur, caricaturiste, graphiste, muraliste, illustrateur de mode et de publicité, scénographe. Né en 1914 en Roumanie, il étudie d'abord les lettres et la philosophie à Bucarest avant de rejoindre, en 1933, le Politecnico de Milan pour y suivre des études d'architecture. C'est en Italie qu'il publie ses premières caricatures dans Bertoldo, journal satirique antifasciste. »

« En 1941, il quitte l'Italie fasciste pour les États-Unis. Avant même d'y poser le pied, alors qu'il attend son visa à Saint-Domingue, il publie un premier dessin dans The New Yorker. Débute alors une collaboration exceptionnelle de près de soixante ans, ponctuée d'environ quatre-vingt-dix couvertures et de plus de 1.200 dessins. En 1943, il participe à l'exposition Fourteen Americans au MoMA de New York, aux côtés notamment d'Isamu Noguchi et de Robert Motherwell. Ses publications dans The New Yorker, Life et Harper's Bazaar, ainsi que les nombreuses expositions qui lui sont consacrées, assurent rapidement sa renommée internationale. »

« Souvent décrit comme « un écrivain qui dessine », Saul Steinberg invente un langage où texte et image deviennent indissociables. Son dessin fonctionne comme une écriture : chaque ligne, chaque signe, chaque détail participe d'une réflexion sur le langage, les codes et les représentations. Son trait volontairement dépouillé, presque enfantin, décrit le monde avec acuité. Avec un humour subtil, souvent mordant, Steinberg tourne en dérision les conventions sociales, les postures de pouvoir, les mythologies nationales ou les travers de la modernité. Son œuvre ne caricature jamais gratuitement : elle révèle les mécanismes invisibles qui organisent nos façons de voir, de penser et de nous représenter. Comme l'a écrit un critique, « ses compositions mystérieuses regorgent de sagesse et de gaieté ; elles doivent être déchiffrées, un peu à l'instar des scènes narratives et initiatiques de l'Égypte antique combinant hiéroglyphes et pictogrammes ». Son vocabulaire visuel, d'une invention inépuisable, continue d'influencer artistes, architectes, écrivains et graphistes. »

« À travers cet ensemble se déploie toute la richesse de son univers : une économie de moyens au service d'une intelligence visuelle hors du commun, un humour qui oscille entre légèreté et causticité, une satire élégante des conventions sociales et une réflexion constante sur les signes, l'architecture, les territoires, l'identité et les représentations du monde. À la frontière du dessin, de l'écriture et de la pensée, l'œuvre de Saul Steinberg échappe aux catégories. Plus de vingt ans après sa disparition, elle conserve une force critique et une modernité saisissantes. »

"Saul Steinberg, entre les lignes"
Le Centre Pompidou présenta l'exposition "
Saul Steinberg, entre les lignes" dont les commissaires sont Anne Montfort-Tanguy et Valérie Loth. 

"De la revue satirique Bertoldo au magazine The New Yorker, le dessin de presse de l'artiste américain Saul Steinberg (1914–1999) est aisément reconnaissable, questionnant les us et coutumes de ses contemporains avec une légèreté toute poétique." 

"L'exposition propose d'élargir le regard sur l'œuvre d'un homme qui a traversé tout le 20e siècle et côtoyé, sinon collaboré avec des maîtres de toutes les disciplines artistiques (arts plastiques, photographie, design, cinéma, littérature), sachant toujours s’emparer de nouveaux supports pour libérer le dessin de la feuille de papier." 

Un artiste qui a inspiré son homologue admiratif, Sempé.

"Réunissant plus de quatre-vingts œuvres tous supports confondus (assemblages, dessins, objets, livres, photographies) dont un ensemble exceptionnel et monumental, The Art Viewers (1966) – rare témoignage de l’activité de muraliste de Steinberg –, « Entre les lignes » propose de s'immerger dans l'univers de Saul Steinberg (1914-1999). Grâce à la générosité de la Saul Steinberg Foundation, le Centre Pompidou conserve aujourd’hui un ensemble exceptionnel d’œuvres de l'artiste américain : aux trente-six dons consentis à l'American Friends of the Centre Pompidou, déposés au Musée en 2017, s’est ajoutée cette année une œuvre monumentale, The Art Viewers (1966), rare témoignage de l’activité de muraliste de Steinberg.

"Ce gigantesque assemblage n’a jusqu'alors été présenté au public que quelques semaines  à la galerie Maeght, pour laquelle il a été conçu. Proposant une sorte de suite virtuelle à l’exposition de ses œuvres, il offre une synthèse des réflexions de Saul Steinberg tant sur l’héritage moderniste que sur le fait social de l’art. Plus encore, The Art Viewers invite à repenser les rapports entre l’œuvre et le spectateur, le créé et le créateur." 

"De prestigieux prêts extérieurs, dont plusieurs d’œuvres jamais exposées auparavant, viennent compléter les deux donations présentées pour la première fois dans leur ensemble. Le parcours de l’exposition explore successivement l’usage fait par l’artiste de l’écriture du symbole, sa conception très personnelle du reportage et du dessin de presse, son intérêt pour le faux et le faux semblant, son questionnement sur l’identité au travers du thème du masque, avant de finalement interroger le caractère autobiographique de son travail."

"Regarder l’œuvre de Saul Steinberg incite irrémédiablement à se plonger dans l’histoire culturelle du 20e siècle. L’artiste a côtoyé Picasso, les peintres de l’action painting new-yorkaise et figure parmi les initiateurs du pop art américain. Steinberg a su innover en s’emparant de nouveaux supports pour libérer le dessin de la feuille de papier ; il a utilisé les ressources de la photographie avec la complicité de Henri Cartier-Bresson ou d’Inge Morath, et a collaboré avec des designers comme Charles et Ray Eames ou des cinéastes tel Alfred Hitchcock. Son œuvre inclassable, qui appartient tout autant à l’univers des beaux-arts qu’à celui du dessin de presse, a très vite attiré l’attention des plus grands historiens et critiques d’art de son temps, d’Ernst Gombrich à Harold Rosenberg. Féru de littérature, Steinberg a fréquenté nombre d’écrivains d’avant-garde comme Italo Calvino, Eugène Ionesco ou John Updike qui se sont intéressés en retour à son œuvre. Il demeure enfin une référence incontournable pour plusieurs générations de dessinateurs."

"Steinberg a conservé de sa formation d’architecte un goût prononcé pour les formes géométriques et les vues urbaines. Mais c’est dans le dessin de presse (de la revue satirique Bertoldo à sa longue collaboration avec le magazine The New Yorker), que l’artiste a forgé son style aisément reconnaissable où, sous couvert d’une légèreté poétique, il questionne les us et coutumes. Plusieurs fois contraint à l’exil par la montée des fascismes, Saul Steinberg a conservé cette curiosité distanciée de l’étranger vis-à-vis de son pays d’accueil. Ses dessins, transpercés par son regard amusé, parfois acerbe, sont d’une telle acuité qu’ils ont fini par incarner l’imagerie de la société américaine du siècle dernier. Polyglotte par la force des choses, cerclé d’imprimés, l’artiste a su s’affranchir des codes du langage et créer au sens propre comme au figuré, une écriture personnelle."



Du 17 septembre au 14 novembre 2026
Vernissage jeudi 17 septembre de 18h30 à 20h
7-9, rue des Beaux-Arts. 75006 Paris
Tél. : +33 (0)1 43 26 97 07 
Mardi-samedi 10h30-13h – 14h30-19h
Visuels 
Affiche
Still Life Cover (couverture du New Yorker, 20 septembre 1976), 1975
Crayon gras et graphite sur papier
65 x 48 cm

Eastern Federal Savings and Loan Association, 1978 
Acrylique et crayon de couleur sur papier
36 x 56,5 cm

Times Square, 1953
Gouache sur papier 58,5 x 74 cm

The American Sphinx, 1964
Crayon de couleur, aquarelle, encre et graphite sur papier 58,5 x 37 cm

Lex Pax Lux, 1969
Encre, graphite, crayon de couleur et tampon sur papier 58 x 72,5 cm


Du 29 septembre 2021 au 28 février 2022
Galerie d'art graphique
75191 Paris cedex 04
Tél. : 00 33 (0)1 44 78 12 33
Tous les jours sauf mardis de 11h à  21h. Réservation fortement recommandée
Visuels :
Saul Steinberg
(1914, Royaume de Roumanie - 1999, États-Unis)
Autogeography
circa 1966
Encre, gouache et aquarelle sur papier (BFK)
Dimensions : 75 x 52,7 cm
Gift of The Saul Steinberg Foundation to the Centre Pompidou Foundation. Dépôt de la Centre Pompidou Foundation, 2017

Saul Steinberg
(1914, Royaume de Roumanie - 1999, États-Unis)
Untitled
1974
Mine graphite et crayon de couleur sur papiers assemblés
Dimensions : 52,7 x 35 cm
Gift of The Saul Steinberg Foundation to the Centre Pompidou Foundation. Dépôt de la Centre Pompidou Foundation, 2017

Saul Steinberg
Art Viewers (détail), 1966 Centre Pompidou, Musée national d’art moderne, Paris. Don de la Saul Steinberg Foundation, New York © The Saul Steinberg Foundation / Adagp, Paris 2021.

Saul Steinberg
(1914, Royaume de Roumanie - 1999, États-Unis)
Colors
1971
Collage de papier coupé et coloré (aquarelle, gouache), huile, crayon de couleur, vernis, tampon en caoutchouc sur papier
Dimensions : 75,2 x 55,5 cm
Gift of The Saul Steinberg Foundation to the Centre Pompidou Foundation. Dépôt de la Centre Pompidou Foundation, 2017

Inge Morath
(1923, Autriche - 2002, États-Unis)
Saul Steinberg masqué, New York
1959
Dimensions : 60,4 x 50,7 cm
Don du Jeu de Paume, avec le soutien de Magnum en 2013. Ancienne collection du Centre National de la Photographie.

Saul Steinberg
(1914, Royaume de Roumanie - 1999, États-Unis)
Untitled
1954
Encre, aquarelle, mine graphite et crayon gras sur papier (Strathmore)
Dimensions : 57,86 x 73,5 cm
Gift of The Saul Steinberg Foundation to the Centre Pompidou Foundation. Dépôt de la Centre Pompidou Foundation, 2017

Du 1er au 31 octobre 2015
A la galerie Claude Bernard

7-9, rue des Beaux Arts 75006 Paris
Tél. : 01 43 26 97 07
Du mardi au samedi de 9 h 30 à 12 h 30 et de 14 h 30 à 18 h 30 et exceptionnellement le 12 octobre de 14 h 30 à 18 h 30

Du 21 janvier au 14 août 2015
A la Halle Saint Pierre
2, rue Ronsard. 75018 Paris
Du lundi au vendredi de 11 h à 18 h. Le samedi de 11 h à 19 h, le dimanche de 12 h à 18 h.
Tél. : 33 (0) 1 42 58 72 89

Visuel :
SAUL STEINBERG - Révolution culturelle – Art news
1970 - Crayon - 58 x 74 cm
Coll. Isabelle Maeght, Paris © ADAGP, Paris 2015
Photo Galerie Maeght, Paris

A lire sur ce blog :
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Cet article a été publié en une version concise dans L'Arche. Il a été publié sur ce blog les 23 janvier et 9 août 2015, 7 octobre 2015, 24 février 2022.