Citations

« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

lundi 2 avril 2018

« Robert Ménard, populiste décomplexé » par David Muntaner


Arte diffusera le 3 avril 2018, dans le cadre d’ARTE Regards, « Robert Ménard, populiste décomplexé » (Re: Die Wende des R. Ménard - Von der linken Ikone zum Rechtspopulisten) par David Muntaner. Ancien secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), Robert Ménard a suivi depuis plusieurs années une évolution idéologique qui l’a ostracisé au sein des médias « politiquement corrects » et porté à la mairie de Béziers, avec le soutien notamment du Front national (FN).


C’est une « révolution copernicienne », un quasi-Aggiornamento qu’a opéré Robert Ménard depuis une huitaine d’années dans un univers médiatique et politique « politiquement et islamiquement correct ».

Robert Ménard est né en 1953 à Oran, alors en Algérie française, dans une famille catholique pied-noir installée depuis 1850. Syndicaliste communiste, son père devient membre de l’OAS à la fin de la guerre d’Algérie.

Après son départ d’Algérie, Robert Ménard grandit à Brusque, dans l’Aveyron, puis à Béziers.

Ce lycéen débute sa carrière de militant lors de mai 1968. 

Il étudie la philosophie et l’enseigne.

Politiquement, il évolue de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) dans les années 1970 au courant CERES du Parti socialiste (1979-1981).

Il est recruté comme journaliste dans les radios libres en 1978, subit des procédures judiciaires, lance Le Petit Biterrois, et est recruté par Radio France Hérault (1983-1989).

En 1985, avec les journalistes Rémy Loury, Jacques Molénat et Émilien Jubineau, Rony Brauman et Jean-Claude Guillebaud, et le soutien du Président de la République François Mitterrand, il co-fonde l'association Reporters sans frontières (RSF), dont il est le secrétaire général (1985-2008). Il est alors outré par la couverture des conflits du Tiers Monde. Il fonde aussi un « Observatoire de l’information ».

Sous sa direction, RSF défend des journalistes otages, comme Florence Aubenas, pratique la collecte de fonds auprès d’entreprises et privilégie des actes à fort retentissement médiatique pour lutter par exemple en 2008 contre l’organisation des Jeux Olympiques en Chine ou la présence du président syrien Bachar el-Assad parmi les invités politiques du défilé militaire du 14 juillet 2008.

RSF délaisse la critique des médias français : « Nous risquons de mécontenter certains journalistes, de nous mettre à dos les grands patrons de presse et de braquer le pouvoir économique. Or, pour nous médiatiser, nous avons besoin de la complicité des journalistes, du soutien des patrons de presse et de l'argent du pouvoir économique », explique Robert Ménard. Une orientation qu’a déplorée Jean-Claude Guillebaud. D’autres reproches visent le caractère de Robert Ménard, sa gestion et ses positions politiques.

En mars 2008, Robert Ménard devient directeur général du Centre pour la liberté de l’information à Doha (Qatar) fondé en décembre 2007 sous la houlette de RSF et que l’émir qatari a doté d’une subvention annuelle de trois milliards de dollars. Membres du Conseil d’administration : Patrick Poivre d’Arvor et Dominique de Villepin. 

En septembre 2008, Robert Ménard démissionne de son poste à RSF. Ce journaliste fonde la maison d’éditions Mordicus.

Il quitte ce Centre en juin 2009 en alléguant n’avoir « plus ni la liberté ni les moyens de travailler ».

Il multiplie alors les collaborations dans divers médias audiovisuels. Il anime l’émission « Ménard sans interdit » sur i-Télé jusqu’en 2012. Directrice de la rédaction de cette chaîne d'information en continu, Céline Pigalle estime que « le rendez-vous de Robert Ménard constituait le moment où on ne savait [...] plus si c'était un journaliste ou s'il exprimait une opinion ». 

Licencié de RTL où il était chroniqueur, Robert Ménard anime la matinale de Sud Radio à l’été 2011. 

En 2010, il rachète la revue « Médias » qu’il dirige avec son épouse Emmanuelle Duverger et offre la parole à Jean-Marie Le Pen, Marine Le Pen, Alain Soral, Renaud Camus, Christian Vanneste, Pierre Cassen de Riposte laïque. Après deux ans d’existence financièrement difficiles, il met un terme à cette aventure.

Signes de son évolution politique : il invite des personnalités souvent ignorées des Main Stream Medias (MSM), écrit Vive Le Pen (2011). Il s’en explique ainsi : « Je ne voterai pas Front national mais je pense que ce parti, qui doit être considéré comme républicain aussi longtemps qu'il ne sera pas interdit, doit bénéficier du droit à la liberté d'expression. Je dirais la même chose du Front de gauche ou de la Ligue communiste révolutionnaire. Défendre la liberté d'expression n'est pas défendre l'extrême droite. »

Et d’ajouter : « Peut-être est-ce ça, devenir adulte ? Je dis ouvertement des choses que je pensais sans oser les dire ou me les avouer ».

En 2012, Robert Ménard crée avec Emmanuelle Duverger, Dominique Jamet et Denis Cheyrouze le site Internet d’informations Boulevard Voltaire. Parmi les contributeurs : André Bercoff, Éric Brunet, Gilles-William Goldnadel, Jean Sévillia et Denis Tillinac. 

Libéral, favorable à la liberté d’expression, sauf les appels à la violence et les attaques ad hominem, Robert Ménard considère : « Défendre la liberté d’expression, aujourd’hui, revient fatalement à défendre celle de la droite extrême et de tous ceux qui y sont assimilés. Pour les autres, pas de problème ».

C’est ainsi qu’il a donné la parole à des individus propageant des idées conspirationnistes ou antisémites : Thierry Meyssan, Bernard Lugan, Alain Soral. A soutenu Dieudonné. A manifesté son opposition à l'interdiction en France de la chaîne du Hezbollah Al-Manar et aux lois restrictives de la liberté d'expression, et a soutenu le négationniste Vincent Reynouard. S’est opposé au mariage entre homosexuels. Comprend au fil des années la pertinence de l’interdiction du foulard islamique à l’école.

Robert Ménard quitte sa fonction sur Boulevard Voltaire pour se lancer en 2014 dans la campagne des élections municipales.

Béziers
Avec 76 000 habitants, Béziers figure au deuxième rang des communes de l'Hérault (sud-est de la France) et la cinquième d'Occitanie. La ville est située dans une contrée de vignobles et est renommée pour sa féria ainsi que pour son équipe de rugby.

Se revendiquant du groupe Choisir Béziers, Robert Ménard est élu maire de Béziers en 2014 avec le soutien du Front national, de Debout la République et du Mouvement pour la France. Et sur un programme articulé notamment autour de la réhabilitation du centre-ville sans commerce, habité par des Bitérois pauvres, et du renforcement de la sécurité.

Le nouveau maire édicte un couvre-feu pour les mineurs de moins de treize ans dans certains quartiers, lutte contre la pollution visuelle, demande après les attentats du 13 novembre 2015 aux dirigeants de mosquée de signer une charte…

Éric Zemmour, Philippe de Villiers, Laurent Obertone, André Bercoff, Philippe Bilger, Denis Tillinac, Jean-Paul Brighelli, Alain de Benoist…  Tels sont les premiers conférenciers invités, dès l’automne 2014, par l’édile pour s’exprimer dans le cadre de « Béziers libère la parole ».

Robert Ménard revendique la tradition judéo-chrétienne de la France en plaçant une crèche et une Mémorah dans le hall de l’Hôtel de ville en 2014. Une installation de crèche jugée illégale par le Conseil d’Etat en novembre 2017.

En juillet 2014, le maire commémore le massacre du 5 juillet 1962 et inaugure la rue Commandant Denoix de Saint Marc à Béziers : "Oser dire, oser laisser penser que la guerre, oui la guerre d’Algérie s’est terminée le 19 mars, le jour de la signature des accords d’Evian, n’est pas seulement un mensonge, c’est une ignominie, une insulte à la mémoire de tous ceux – pieds-noirs, harkis, jeunes du contingent – qui ont été torturés, qui ont été émasculés, qui ont été tués, qui ont disparu après cette date, après cette capitulation, après cet abandon, après ce renoncement à ce que fut la France, à ce que fut la grandeur de ce pays, de notre pays... Quand la France intervient en 1830 en Algérie, elle mène une guerre de conquête longue et impitoyable, c’est vrai ! Mais, faut-il le rappeler, il s’agissait de mettre hors d’état de nuire les pirates qui sévissaient depuis la côte algéroise. Ces forbans n’étaient pas des pirates d’opérette : ils enlevaient, suppliciaient, réduisaient les chrétiens en esclavage. Le rappeler, est-ce se transformer en avocat inconditionnel de l’épopée coloniale ? Bien sûr que non ! Faut-il le redire aux révisionnistes de tout poil, la présence française en Algérie, ce sont des ports, des aéroports, des routes, des écoles, des hôpitaux. Ce sont des marais asséchés, des maladies éradiquées. Mais aussi du soleil sur la peau, des éclats de rire sur les plages, des filles à la peau suave, un ciel comme il n’en existe nulle part ailleurs. L’Algérie, disait ma mère, c’est notre paradis à nous, ce paradis qu’on nous a enlevé, ce paradis qui hante, toujours, plus de cinquante ans plus tard, nos cœurs et nos mémoires. Après nous avoir pris notre pays, certains voudraient maintenant nous priver de nos souvenirs. Et nous faire croire que les combats ont cessé le jour où des traîtres signaient un cessez-le-feu qui n’était rien d’autre qu’un lâche abandon, un vil renoncement. Demandez aux Algérois de la rue d’Isly ! Demandez aux Oranais du 5 juillet ! Demandez aux milliers, aux dizaines de milliers de harkis ! Demandez à nos martyrs ! Demandez-leur ce que furent les jours, les semaines, les mois qui ont suivi cette véritable capitulation ! On voudrait les faire disparaître une seconde fois ! On voudrait les oublier, les nier. Les oublier ? C’est hors de question. Comment oublier ces Européens enlevés par le FLN afin de récupérer le sang dont il avait besoin pour soigner ses
combattants ? Vidés, oui vidés de leur sang, au sens clinique du terme… Et dire que certains continuent de se vanter d’avoir été les « porteurs de valises » de ces terroristes qu’on applaudit dans la bonne presse. Des assassins, des bourreaux qui nourrissent encore aujourd’hui une haine à l’égard de la France, de ses valeurs, de son histoire, de ses combats, de sa civilisation. Une haine qui pousse certains à abattre des journalistes parce qu’ils sont journalistes, à abattre des policiers parce qu’ils sont policiers, à abattre des Juifs parce qu’ils sont juifs. Cette haine de la France est comme une insulte, comme une gifle pour d’autres musulmans, pour nos amis musulmans, pour nos frères harkis, eux qui ont choisi la France, qui sont morts pour la France. Eux qui ont été massacrés, certains écorchés vifs, ébouillantés. Eux qui ont été abandonnés sur ordre de l’État français, livrés à la vindicte du FLN.".

En mai 2016, il fonde le mouvement « Oz ta droite »,

« Populiste, conservateur, réactionnaire » : ce sont les propres mots de Robert Ménard, lorsqu’on lui demande de parler de lui et de sa politique ». 

« Il n’en finit plus de choquer, de provoquer et de déclencher des polémiques. Les Biterrois, en tous cas, lui ont confié leur destin... »

Certains de ses propos ont suscité des polémiques, voire des procès. Exemples : le 1er septembre 2016, il a twitté « #rentréedesclasses: la preuve la plus éclatante du #GrandRemplacement en cours. Il suffit de regarder d’anciennes photos de classe » et il a déclaré sur LCI le 5 septembre 2016 : « Dans une classe de centre-ville de chez moi, 91 % d’enfants musulmans. Évidemment, que c’est un problème. » Poursuivi notamment par la LICRA, le MRAP, la Ligue des droits de l’homme, SOS Racisme et la Maison des potes, il est condamné en 2017 à une amende de 2 000 € pour « provocation à la haine et à la discrimination ». Pour l’avocat de la Ligue des droits de l’homme (LDH), la justice représente « un véritable rempart, un barrage contre la lepénisation des esprits, la montée du racisme et de la haine de l’autre ». « Finalement, M. Ménard s’en sort avec une peine dérisoire », a commenté Samuel Thomas, de la Maison des potes, regrettant que la justice n’ait pas prononcé une peine d’inéligibilité ou de privation des droits civiques à son encontre ». « Si dire la vérité, ce que l’on voit, devient un délit, nous ne pourrons plus jamais rien dire. J’ai décrit une situation, j’ai dit ce que tous les élus constatent et n’osent jamais dire. Quand je parle de 90 % d’enfants d’immigrés dans les classes, c’est un problème pour eux, pour leur intégration. Les laisser comme cela, c’est les condamner eux. C’est pour cela que j’essaie de résoudre ce problème », a réagi le maire de Béziers . En mars 2018, la Cour d’appel de Paris l’a relaxé . « L’idée même que l’on puisse dire que je suis raciste ou que je montrerais du doigt des enfants pour leur couleur de peau m’était insupportable. Je vivais cela comme quelque chose de dégueulasse. Je ne peux pas vous dire à quel point j’étais ému de cette décision de justice... Je ne veux pas avoir à rendre des comptes à ces prétendues organisations antiracistes qui s’érigent en juges, en détenteurs du bien. Je ne les respecte pas. L’antiracisme est leur fonds de commerce. Elles n’ont aucun souci des causes pour lesquelles elles ont soi-disant été créées... Elles sont devenues, avec une bonne partie des médias, les défenseurs de l’ordre établi que je vomis, comme une bonne partie du pays d’ailleurs. La presse et ces associations s’affichent comme les défenseurs de la liberté d’expression mais elles sont en réalité ses pires ennemies, les meilleurs instruments de la censure. Ils font peur aux gens, car tout le monde se dit qu’on va être poursuivi quand on parle », a confié l’édile à Valeurs actuelles (15 mars 2018). 

« À Béziers, Robert Ménard avait promis une révolution municipale. Depuis le début de son mandat, il a commencé à rénover le centre-ville, passé des arrêts municipaux contre l’ouverture de restaurants communautaires, imposé sa crèche de Noël et fait doubler les effectifs de sa police municipale – qu'il a aussi armée ». 

« Pendant dix jours, dans sa ville, « ARTE Regards » tente de comprendre ses motivations, sa vision du monde, rencontrant ses partisans comme ses détracteurs ».

Israël
Ce qui est intéressant parfois à la télévision, c’est ce qui se passe hors du champ des caméras.

La Mena (Metula News Agency) a déjà analysé l’échange entre Alain Finkielkraut, philosophe, et Juliette Binoche, la star engagée, au cours de la dernière émission de Tout le monde en parle  le 30 mars 2002. 

Ce jeudi 28 mars, vers 2 h du matin, l’enregistrement vient de s’achever. Avant de quitter le studio, Alain Finkielkraut s’avance vers Thierry Ardisson pour le saluer, ainsi que Robert Ménard, secrétaire général de Reporters Sans Frontières. Le philosophe et ce journaliste se connaissent : ils se sont trouvés « dans le même camp » lors des guerres dans l’ex-Yougoslavie. « A mon sourire », raconte Alain Finkielkraut, que j’ai interviewé, « Robert Ménard répond par un visage fermé et ajoute : « Ce que vous avez dit sur Israël, c’est très mal ».

Interloqué et stupéfait, le philosophe se pose des questions. En quoi ses propos pouvaient-ils justifier cette condamnation morale ? Avait-il appelé à soutenir de manière inconditionnelle Israël ? Non. Il avait « plaidé pour un soutien les yeux ouverts » à la cause palestinienne. Et refusé toute excuse, et notamment le désespoir, au terrorisme palestinien. 

Le ton monte. Alain Finkielkraut explose de colère devant un Ardisson sidéré. Ce qui a alimenté son ire ? Certains propos de Robert Ménard : « L’Armée israélienne a fait pire... L’excuse de la Seconde Guerre mondiale ne va pas fonctionner éternellement... » Ceci, le responsable de RSF le réfute : « j’ai seulement dit qu’on ne pouvait pas jouer les éternelles victimes », m’a-t-il confié.

Ce qui horrifie encore l’auteur de L’Imparfait du présent (Gallimard), c’est « l’incapacité de Robert Ménard de le saluer simplement, sans ce commentaire. Et surtout cette impression de se sentir un ennemi de l’Humanité. Pour les progressistes européens, nous sommes la lie de la Terre. Ils assimilent l’Etat juif à un Etat nazi. Pour eux, on ne peut pas défendre un Etat nazi, sauf à être nazi soi-même, et on ne peut pas critiquer dans une perspective de paix certains politiciens palestiniens. C’est un nouvel épisode de l’égarement totalitaire des intellectuels ». Et de résumer, lapidaire : « La croix gammée, c’est notre prochaine étoile jaune ».

Robert Ménard s’explique. Alain Finkielkraut « s’exprime sur de nombreux sujets de manière très intelligente, raisonnée, avec talent, pertinente. Mais sur la politique israélienne, il est incapable de tenir un raisonnement calme. Ses propos sont plus que manichéens ».

« Plus que manichéens », c’est comme plus blanc que blanc. On demande des précisions. En fait, Robert Ménard estime que le philosophe a fait preuve de partialité.

Et de poursuivre : « aujourd’hui, ne pas dire qu’il y a, depuis la seconde Intifada, quatre fois plus de victimes du côté palestinien, c’est manquer à la vérité ». Comment Ménard effectue-t-il ce décompte macabre ? Les terroristes figurent-ils parmi les « victimes du côté palestinien » ? Les palestiniens accusés de collaborer avec Israël, assassinés à ce titre et le plus souvent sans jugement, sont-ils recensés dans cette catégorie ? Ne peut-on contester ce rapport de un à quatre car, par leurs attentats contre des civils, les terroristes kamikazes ont largement accru le nombre de victimes non palestiniennes ? N’incombe-t-il pas aussi aux journalistes de vérifier ce rapport de un à quatre ? Et si ce rapport est vrai, la justesse d’un combat et de ses moyens se mesure-t-elle à l’aune du nombre de ses victimes ? Lui serait-elle proportionnelle ? Enfin, quel lien avec l’argumentation raisonnée et morale de Alain Finkielkraut ?

En fait, le nœud du différend qui a éclaté ce jeudi matin, c’est la manifestation du 23 mars 2002. Pour Robert Ménard, la manifestation était « hétéroclite » : elle n’était ni pro-palestinienne ni unilatérale et « les manifestants ont dénoncé l’attitude de M. Sharon ». Pourquoi ce silence sur « l’attitude de Yasser Arafat » ? « Ce n’était pas l’objet de la manifestation », rétorque Ménard, par un genre de réponse qui ne s’invente pas !

Puis le responsable de RSF explique : l’association qu’il dirige « n’a pas appelé à participer à la manifestation. Ce 23 mars, les manifestants ont réclamé des concessions de part et d’autre et ont condamné les actes de terrorisme ». 

Mais ils n’ont jamais condamné le terrorisme du Hezbollah, du Hamas, des Tanzim, etc. interviens-je ! « Mais si. Lisez les journaux ». Décidément, nous ne devons pas lire les mêmes !

Et Robert Ménard de citer les récentes déclarations de Leïla Shahid [alors représentante de l’Autorité palestinienne en France] condamnant les actes judéophobes en France. La même représentante de l’Autorité palestinienne en France encourageait, au début de l’Intifada II, sur une chaîne de télévision française, les Musulmans et les Arabes « de Bondy au Pakistan, à manifester leur soutien au peuple palestinien » - je cite de mémoire. Ce soutien a correspondu à une vague d’actes anti-juifs. Et quand Leïla Shahid qualifie la vague d’actes judéophobes commis le week-end dernier en France de « crimes contre le peuple palestinien », elle nie que les victimes directes et (« presque », Ndlr.) exclusives de ces agressions sont juives.

Ce que Robert Ménard condamne en Israël, c’est « la politique de Ariel Sharon à l’égard de la presse, à l’opposé de tous les régimes démocratiques : il y a eu 52 cas de journalistes blessés. Neuf sur dix par les soldats israéliens. Les enquêtes de l’Armée sont bidons, superficielles, partiales et non indépendantes. Il faut nommer un juge d’instruction. Sauf exceptions, il n’y a pas eu de sanctions. C’est une Armée d’occupation qui tire dans certains cas délibérément sur des journalistes. Elle ne veut pas qu’ils expriment un point de vue particulier, et se déconsidère. Elle commet une erreur colossale en interdisant aux journalistes d’entrer dans ces territoires : c’est la voie ouverte aux rumeurs ». 

Il balaie d’un revers de main par trop rapide tous les arguments qui contredisent sa théorie : certains journalistes ont désinformé, et quand ils sont blessés ou morts, c’est à Israël qu’on impute la responsabilité de ces drames. Quand on avance que, par exemple, un photographe français a été récemment blessé à Ramallah, non par Tsahal, mais par l’explosion d’une bombe palestinienne, Robert Ménard n’y croit pas : il tient mordicus à une enquête judiciaire.

Robert Ménard reconnaît tout de même que « Yasser Arafat est un vieil autocrate formé par les Russes et les Syriens. Il est entouré d’une bande de terroristes et de fanatiques. L’Autorité palestinienne a malmené des journalistes ».

Pour Ménard, RSF recherche le « juste milieu, et s’en tient à une seule ligne : les droits de l’homme ». Au nom de cette ligne, qui juge les journalistes manquant à leurs obligations professionnelles : recouper et vérifier les informations, ou colporter des rumeurs sans contrôler si elles sont vraies ? RSF ?

En septembre 2010, pour la revue Média, après « avoir donné à trois reprises la parole à la chaîne publique française », Robert Ménard et Emmanuelle Duverger interviewent  Philippe Karsenty, fondateur de Media-Ratings « agence de notation des médias » et conseiller municipal à Neuilly-sur-Seine, sur l’affaire al-Dura.

C’était le « premier media français non communautaire à publier la réalité ».

« France 2 a diffusé, le 30 septembre 2000, durant son journal télévisé, un faux reportage, une mise en scène pure et simple, tournée par un cameraman palestinien, Talal Abu Rahma, puis montée et commentée par leur correspondant local, Charles Enderlin. Contrairement à ce qui nous est dit et « montré », ni le père ni l’enfant n’ont été tués ou blessés par les tirs de l’armée israélienne. Je ne sais pas ce qui se passe après, une fois que la caméra ne filme plus. Je ne sais pas si l’enfant est encore vivant. Personne ne le sait. Mais à la fin du reportage de France 2, l’enfant lève le coude, tourne la tête vers la caméra, baisse le coude et garde le pied suspendu au-dessus du sol. Si vous trouvez un seul médecin au monde capable de soutenir que cet enfant-là est mort, très bien... C’est un faux de la première à la dernière image… L’image du petit Mohammed est l’une des plus importantes de notre époque. L’extrémisme islamiste, en guerre contre l’Occident, s’en sert. Elle renvoie aux pires accusations antisémites du Moyen Âge, lorsqu’on accusait les Juifs de tuer les enfants chrétiens. Pour la paix dans le monde, nous devons rétablir la vérité. Pour qu’un jour, Israéliens et Palestiniens puissent se réconcilier, il faudrait d’abord qu’ils arrêtent de penser que les autres tuent leurs enfants pour le plaisir, comme cette image-là le laisse penser », affirmait Philippe Karsenty

Deux questions révélatrices posées : « Êtes-vous soutenu par les colons de Cisjordanie et de Gaza ? » et « Braquer les projecteurs sur cette affaire, c’est la meilleure façon de ne pas regarder en face les autres meurtres d’enfants par l’armée israélienne ? »

« Interrogé par le site Enquête et Débat, Robert Ménard a révélé les pressions et menaces qu’il a subies en raison de cette interview », a écrit peu après Philippe Karsenty. 

En 2011, Robert Ménard interviewe Philippe Karsenty sur Sud-Radio sur la reconnaissance de l’Etat palestinien. Philippe Karsenty insistait sur son opposition à la création d’un Etat palestinien terroriste et raciste.


« Robert Ménard, populiste décomplexé » par David Muntaner
France, 2018
Sur Arte le 3 avril 2018à 13 h

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Les citations sur l'émission proviennent d'Arte. Le passage sur Israël a été publié en article par la Mena.

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