vendredi 7 novembre 2014

« Signes de la collaboration et de la résistance » par Michel Wlassikoff et Philippe Delangle

Avec didactisme, ce catalogue d’une exposition itinérante présentée en 2003 au Musée de la Résistance Nationale étudie une époque tragique (1940-1944) au travers d’un prisme original : le graphisme et la communication visuelle. Des enjeux idéologiques.

Conçue par l’Ecole supérieure des arts Décoratifs de Strasbourg dirigée par Jean-Pierre Greff et la Direction de la Mémoire, du Patrimoine et des Archives, l’exposition itinérante  Signes de la collaboration et de la résistance a été inaugurée à Strasbourg en 2000.

Elle est le fruit d’un travail de deux ans d’étudiants et d’enseignants en communication graphique et en scénographie.

Le catalogue de l’exposition montre des documents souvent inédits sur la manière dont les régimes nazi et de Vichy ont instrumentalisé les signes - emblèmes maréchalistes, calligraphie gothique, etc. - notamment dans le cadre de leurs politiques d’aryanisation, d’exclusion, de culte de la personnalité, de contrôle de la population. Et ce d’abord « en Alsace-Moselle annexées de fait dès août 1940 », puis progressivement dans le reste de la France.

Cet ouvrage révèle aussi les réponses des Résistances, intérieure et extérieure.

Exemples de ces combats politiques, symboliques et graphiques : « la bataille des V » (V pour Victoire), l’exposition « Le Juif et la France » (1941), les étoiles jaunes de solidarité, et tant d’autres à découvrir dans ce livre passionnant.

Une « guérilla des signes »
« Très tôt en Allemagne, le régime national-socialiste a créé et mis en place un langage visuel qu'il a utilisé à l'envi tant dans la production d'affiches que dans l'utilisation de signes (d’emblèmes) destinés à exclure puis à éliminer des groupes entiers, notamment les Juifs. Le culte de la personnalité et l'organisation de manifestations et d'expositions mégalomaniaques en constituèrent les étendards. Par bien des aspects, le régime de Vichy a rapidement emboîté le pas - on pense notamment au culte du maréchal Pétain et aux expositions organisées à Paris contre les Juifs et les francs-maçons, véritables célébrations de la collaboration ».

En France, la « Résistance, pour répondre à la propagande et aux signes créés et diffusés par l’occupant, s'est employée à forger les siens en détournant ceux produits par les nazis ou Vichy. On assiste ainsi, à côté des combats armés, à une véritable lutte des signes dont le plus bel exemple est peut-être la « bataille des V ». Ce combat symbolique devient partie intégrante du conflit. Symboliques aussi sont les formes prises par la « politique visuelle » des nazis en Alsace-Moselle. Ces régions, annexées de fait par l'Allemagne, subissent l'emprise d'autres signes : alors que les caractères gothiques, considérés comme l'écriture par excellence de la « race des seigneurs » ne sont ni imposés ni utilisés en France occupée, ils le sont en Alsace-Moselle, sur les panneaux signalétiques ou les affiches... »

Pour « montrer l'ampleur et l'importance de ces combats graphiques et symboliques, les auteurs prennent le parti de confronter plus de 300 images de la collaboration et de la Résistance : affiches, journaux, plaques de rues, tracts, etc. Ils expliquent comment un simple trait, un ajout sur une affiche inversent la signification d'origine et envoient ainsi un message à ceux qui résistent. Cette démarche didactique fait de cet ouvrage un outil vivant et pédagogique, unique en son genre, original et passionnant ».


Michel Wlassikoff et Philippe Delangle, « Signes de la collaboration et de la résistance  ». Préface Jean-Pierre Azéma. Ed. Autrement/édition Ecole supérieure des arts décoratifs de Strasbourg/Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives (Ministère de la défense), 2002. 176 pages. ISBN : 978-2746702240

Cet article a été publié en une version plus concise par Actualité juive. Les citations proviennent du communiqué de presse.

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