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lundi 29 octobre 2018

« Mon joli canari » de Roy Sher


Arte rediffusera le 30 octobre 2018 « Mon joli canari » (My Sweet Canary), documentaire musical de Roy Sher. Un « portrait musical de Róza Eskenázy (vers 1895 ou 1897-1980), la diva du rebétiko, une des plus célèbres chanteuses des années 1930 ». Née dans une famille Juive sépharade à Constantinople, cette artiste débute sa carrière en Grèce, et la poursuit sur les rives méditerranéennes et aux Etats-Unis.

Róza Eskenázy "était une femme dynamique, et au caractère bien trempé", se souvient sa petite-fille Rose-Marie Linodopourlou.

Róza Eskenázy est née en 1895, 1897 ou 1898 dans une famille Juive sépharade - sa première langue est le ladino -, pauvre - son père travaille dans la brocante -  vivant dans le quartier Juif d'Istanbul (Constantinople) sous le nom de Sarah Skinazi. Elle a dissimulé son année de naissance, et donc son âge réel.

Agée de 7 ans, elle arrive avec sa famille à Thessalonique - Salonique est surnommée la "Jérusalem des Balkans"-. Elle est repérée à Komotini par des cabaretiers.

Là, puis à Athènes, la jeune fille au caractère bien trempé fréquente les théâtres et les cabarets, malgré les réticences de ses parents. Elle débute comme danseuse.

Elle s’éprend de Yiannis Zardinidis, issu d’une famille chrétienne et aisée de Cappadoce et qui la surnomme "la Juive". Le jeune couple fuit en 1913, et Sarah transforme son prénom en Roza. Le couple se sépare, et le père garde leur enfant. Au décès de Zardinidis en 1917, Róza confie leur fils Paraschos à la crèche d’une église - ce fils renoue avec sa mère qu'il croyait morte en 1935 à Athènes -, pour emménager à Athènes et reprendre sa carrière.

Le rebétiko, "blues grec"
Après avoir débuté avec deux artistes arméniens, Seramous et Zabel, Róza Eskenázy est découverte à la fin des années 1920 par Panagiotis Toundas, compositeur et producteur réputé. Grâce à lui, elle rencontre Vassilis Toumbakaris, de la firme Columbia Records.

1929. La jeune artiste enregistre son premier disque. Le début d’une longue série d’enregistrements discographiques et de succès jusque vers les années 1960.

Róza Eskenázy signe avec cette firme un contrat d'exclusivité vers 1931-1932. Elle est l'une des rares vedettes à percevoir des droits sur ses chansons.

Dotée d’une "incroyable voix et d’un regard de braise", elle « popularise le rebétiko, impose des instruments alors peu connus comme le bouzouki, chante tour à tour en grec et en turc, et fait revivre la musique judéo-espagnole qu'elle interprète en ladino ». Elle aborde aussi des sujets délicats, tels la prostitution, la drogue, les pauvres ou le déracinement. Ce sujet-ci est particulièrement sensible au 1,2 million de Grecs contraints de quitter l'Asie mineure, et aux 500 000 Turcs obligés de fuir la Grèce après la guerre entre la Grèce et la Turquie. Le rebétiko est fait de rythmes orientaux, composé de leitmotivs. C'est une musique urbaine, populaire, née entre la Grèce et l'Anatolie. Et qui critique la société.

Comme Ríta Abatzí, Róza Eskenázy attire un large public lors de ses tournées en Grèce, en Turquie, en Égypte et dans les Balkans (Serbie) venus l’écouter chanter des chansons folkloriques. D’origine grecque ou turque, le public l’accueille avec ferveur. L’un de ses succès : Mon petit canari (1934)

L’arrivée au pouvoir du général Ioannis Metaxas en 1936 influe sur la culture musicale grecque.

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, Róza Eskenázy poursuit sa carrière artistique, notamment dans sa boite de nuit, Krystal, qu’elle dirige avec son fils. Elle connait un officier allemand, Hans, qui cache chez lui des membres de sa famille. Elle obtient un faux acte de baptême. Et soutient activement la résistance grecque, sauve des Juifs à Athènes et à Thessalonique. Arrêtée en 1943, elle demeure en prison pendant trois mois, puis libérée, elle se réfugie dans la clandestinité.

Après ce conflit, Róza Eskenázy reprend sa carrière avec enthousiasme, et se lie avec Christos Philipakopoulos.

Les temps, les goûts ont changé. Róza Eskenázy élargit son répertoire. Elle collabore avec Vassílis Tsitsánis (1915-1984), un des auteurs talentueux du rebétiko et joueur de bouzouki.

En 1952 et 1958, elle chante dans diverses villes des États-Unis, où « elle est accueillie avec ferveur par la diaspora gréco-turque ».

Après une relative désaffection du public grec dans les années 1960, sa carrière rebondit à la fin des années 1970. Róza Eskenázy est l’invitée d’émissions télévisées, et influe sur la nouvelle génération de chanteuses.

En 1976, elle se convertit au christianisme orthodoxe sous le nom de Rozalia Eskenazi.

Son dernier concert attire un public fidèle à Patras en 1977.

Le réalisateur a filmé trois artistes interprétant les plus grands succès de l'immense répertoire de Róza Eskenázy : Martha Demetri Lewis, Chypriote grecque née en Grande-Bretagne, compositrice et chanteuse, Tomer Katz, artiste israélien jouant de l’oud et du bouzouki, et Mehtap Demir, chanteuse et musicienne d’origine turque.

Le MAHJ a diffusé ce documentaire dans le cadre de Mémoire familiale, le 17 février 2013,  à 10 h. 


Le 17 février 2013, à 10 h
Hôtel de Saint-Aignan
71, rue du Temple. 75003 Paris
Téléphone : (33) 1 53 01 86 60

« Mon joli canari » de Roy Sher
Grèce-Israël, Arte/ERT, 2012, 90 minutes
Sur Arte les  28 octobre 2012 à 22 h 20, 5 novembre 2012 à 11 h 10, 16 août 2013 à 2 h 35, 30 octobre 2018 à 2 h 15.
Visuels : © DR

Cet article a été publié le 28 octobre 2012, puis les 14 février et 14 août 2013.

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