vendredi 4 novembre 2016

Dieudonné, acteur, politicien et businessman


Longue indulgence des magistrats et autorités politiques, inaction du ministère de l'Economie et des finances sous deux présidences, sympathies d'artistes, notamment comiques, et de journalistes à l'égard de Dieudonné M'Bala M'Bala, France "Black, blanc, beur" cimentée par l'antisémitisme, lexique gestuel antisémite populaire... L'affaire Dieudonné révèle de multiples dysfonctionnements publics, une alliance de l'extrême-droite à l'extrême-gauche, et  que l'antisémitisme rapporte financièrement en France. Le 31 octobre 2016, BFM TV a diffusé une enquête sur l'entreprise lucrative de Dieudonné : "A 50 ans, son casier judiciaire comptabilise 16 condamnations et plus de 200.000 euros d’amende. En 2014, l'année des polémiques et des interdictions, Dieudonné affichait un résultat d'exploitation de 1.586.534 euros, soit le triple de l'année précédente. Il s'est lancé comme courtier en assurance via son "Ananassurance", une entreprise qui se veut anti-sytème. Un an après le lancement de l’assurance, Dieudonné revendique plusieurs dizaines de milliers de clients". Il avait promis de donner un million d'euros à Gaza, mais il a offert un million de francs CFA, soit 1500 €".


"L’erreur stratégique de Dieudonné est d’avoir fait une révolution copernicienne dans laquelle il est passé de l’extrême gauche à l’extrême droite. En réalité, il a bougé d’un centimètre, mais c’est la distance qui sépare l’impunité totale à la culpabilité automatique : le paradis antisioniste est très proche de l’enfer antisémite", a relevé avec pertinence Me Gilles-William Goldnadel le 11 janvier 2014.


Antisionisme/Antisémitisme : l'avers et le revers de la même pièce antijuive ainsi que l'avait souligné Jean-Christophe Rufin dans son rapport en 2014.



"Dieudoleaks"

Fin 2013, un hacker, Grégory Chelli alias Ulcan, a rendu publics la base de données du site Internet de Dieudonné, ainsi que les échanges de courriers électroniques entre Noémie Montagne, épouse de Dieudonné, et Alain Soral ou d'autres Internautes. 


Ont ainsi été révélés les noms et coordonnées de ses donateurs, de ceux photographiés en faisant le signe de la "quenelle", popularisée par Dieudonné qui en conférence de presse avait déclaré : « L'idée de glisser ma petite quenelle dans le fond du fion du sionisme est un projet qui me reste très cher » -, devant des synagogues, un musée de la Shoah, l'école Ozar HaTorah (Toulouse), etc.



Pourtant, Pierre Besnainou, président du FSJU (Fonds social juif unifié), avait annoncé, après les assassinats antisémites par l'islamiste Mohamed Merah contre un enseignant et trois élèves de cette école, des mesures adaptées aux menaces antisémites.

De même, c'est le journaliste Jean-Claude Elfassi qui a enquêté sur les propriétaires du théâtre de la Main d'or et a révélé en janvier 2014 que le bail de Bonnie Production, société dont le gérant était Dieudonné M'Bala M'Bala et dont le chiffre d'affaires avoisinait le million d'euros, n'était plus valable.


"Le Mur" interdit


Puis, la question de l'interdiction des spectacles de Dieudonné se trouve de nouveau posée, après la révélation par France 2, le 19 décembre 2013, des propos tenus par Dieudonné lors de son spectacle dans son théâtre de la Main d'or (Paris) à propos du journaliste Patrick Cohen, journaliste sur France Inter et France 5 : « Tu vois, lui, si le vent tourne, je ne suis pas sûr qu'il ait le temps de faire sa valise... Quand je l'entends parler, Patrick Cohen, je me dis, tu vois, les chambres à gaz… Dommage ». Ce qui a incité le 30 décembre 2013, le parquet de Paris à ouvrir une enquête préliminaire contre Dieudonné pour "incitation à la haine raciale".



La volonté d'interdire les spectacles de Dieudonné est soutenue par le Président François Hollande, Manuel Valls, ministre de l'Intérieur, des dirigeants communautaires, etc.



Et JSS News de publier "la lettre de Gil Taieb que Manuel Valls a certainement repris contre Dieudonné..." Rien que çà ! Donc, Gil Taieb, vice-président du FSJU - parmi tant d'autres fonctions communautaires - éclipserait tous les experts du cabinet du ministre Manuel Valls, et aurait joué un rôle déterminant !? C'est bien mal connaitre le fonctionnement des institutions politiques françaises que de l'imaginer. La publication de cette lettre ne nuit-elle pas au but recherché ? Cette question a-t-elle effleuré Gil Taieb et ce média qui se communautarise ?



Les ministres de l'Intérieur et des sports, Valérie Fourneyron, ont exprimé leur indignation.


Arno Klarsfeld a appelé à manifester devant les salles de spectacles où se produit Dieudonné « pour que les tribunaux puissent considérer qu'il y a un trouble à l'ordre public, pour que la décision du ministre de l'Intérieur et du préfet soit justifiée sur des bases légales ». Des manifestations jugées "saines" par le ministre de l'Intérieur.


Le 3 janvier 2014, Manuel Valls a exhorté "tous les services de l'Etat" pour forcer Dieudonné à verser les amendes qu'il doit à l'Etat. Des amendes pour lesquelles Dieudonné fait appel à la générosité publique ; ce qui est illégal.





Quant à Christiane Taubira, ministre de la Justice, elle s'est finalement exprimée le 3 janvier 2014, non par un communiqué de presse - ce qui aurait été logique, habituel et solennel -, mais par un article titré Ebranler les hommes dans le Huffington Post !? Donc, sans parole publique ministérielle, à la différence de Manuel Valls. Mais un choix de  comm'. La ministre ne désigne pas clairement Dieudonné comme antisémite, ne mentionne pas les "Juifs", "la Shoah", "nazis". Elle semble s'adresser à un public qui n'est pas celui de Dieudonné, mais  un public déjà convaincu qui apprécie les circonlocutions - "pitoyable bouffon", "provocations putrides". Anne Sinclair, directrice éditoriale du journal électronique, loue cette "tribune qui a été lue plus de 100 000 fois". Mais qui a ébranlé les opinions de combien de soutiens de Dieudonné ? Et cet article, au début abscons et verbeux, s'achève par : "L'organisation frauduleuse d'insolvabilité est punie par la loi, aux termes de l'article 314-7 du code pénal ; et si elle est avérée, elle doit faire l'objet des diligences nécessaires.  Au titre de l'unité de l'Etat, le Trésor public doit être en mesure de procéder, par tous moyens de droit, au recouvrement des sommes dues au regard des décisions de justice". 


Curieusement, Christiane Taubira s'était indignée, à tort, immédiatement, et sur les réseaux sociaux, dans l'affaire Wilson/Brown. Le 24 novembre 2014, "après trois mois de délibérations", Robert McCulloch, procureur du comté de Saint Louis (Etats-Unis),  avait annoncé que "l'agent de police, Darren Wilson, ne serait pas inculpé, le jury ayant considéré qu'il avait agi en état de légitime défense après une "altercation". Ce procureur avait déclaré aux médias : "Il n'y a pas de doute que l'agent Wilson a causé la mort" de Michael Brown. Et d'ajouter : c'est un "décès tragique". Les douze jurés, neuf Blancs et trois Noirs, qui ont mené une instruction "complète et profonde", "ont déterminé qu'il n'y a pas de raison suffisante pour intenter des poursuites contre l'officier Wilson. Le devoir d'un grand jury est de séparer les faits de la fiction", Et de rappeler que "les jurés avaient entendu une soixantaine de témoins 70 heures durant, examiné des centaines de photos et d'éléments à charge et écouté trois médecins légistes". Le 25 novembre 2014, sur Twitter, Christiane Taubira, signait trois messages, en anglais, en moins d'une heure : à 6 h 05 ", Profilage racial, exclusion sociale, ségrégation territoriale, relégation culturelle…des armes, la peur…Fatal cocktail ! ChT", à 6 h 06 "#MickaelBrown, who does believe that race still exists? ever existed? Who will replace you in the sky of our promising sprouts? None! ChT", et à 6 h 54 "How old was #Mickael Brown ? 18. ? 17. ? 12. How old next? 12 month? ‘Kill them before they grow’ Bob Marley ChT"




Le 5 janvier 2014, Bernard Cazeneuve, ministre du Budget, a déclaré : "Les sommes dues seront récupérées par tous les moyens de droit dont nous disposons. Elles l'ont été pour une grande partie d'entre elles, et elles le seront jusqu'au dernier euro dû. Nous mobiliserons tous les moyens de notre administration pour ce faire, et ceux des autres administrations compétentes, qui sont susceptibles de venir en appui de ce que nous faisons". Il n'a pas indiqué le montant des sommes récupérées.


Habilement, Dieudonné M'Bala M'Bala réserve ses propos condamnables, largement applaudis par le public, à l'acteur Dieudonné dans ses spectacles. Il s'abrite ainsi derrière la liberté d'expression, la liberté artistique, et compte à la fois sur un public qui le comprend à demi-mot et sur des magistrats longtemps cléments. La voie de l'interdiction des spectacles s'avère donc risquée.



La loi du 30 juin 1881  sur la liberté de réunion précise que les organisateurs  doivent prévenir "toute infraction aux lois, interdire tout discours contraire à l'ordre public et aux bonnes mœurs, ou contenant provocation à un acte qualifié crime ou délit". Quant à la jurisprudence, elle exige un trouble à l'ordre public - salubrité, sécurité, tranquillité des biens et des personnes  - et une réponse proportionnée à ce trouble (Conseil d'Etat, Benjamin, 19 mai 1933) : "La liberté est la règle, la restriction de police l’exception". Dieudonné a obtenu de substantiels dommages et intérêts par des municipalités ou salles ayant interdit ses spectacles : l'espace Encan, une salle de La Rochelle "a été condamnée à verser à Dieudonné 40 000 € pour avoir interdit son spectacle en 2009". Sur Judaïques FM, le 30 décembre 2013, le hacker a invité ceux opposés aux spectacles de Dieudonné à téléphoner plusieurs fois par jour aux mairies en menaçant de troubler l'ordre public. D'une part, les mairies peuvent porter plainte pour harcèlement, et d'autre part, la justice sera-t-elle convaincue que les troubles à l'ordre public sont suffisamment graves pour justifier l'interdiction de spectacles ? Et quel est l'intérêt d'une énième condamnation dans x mois ou x  années de  Dieudonné, victimisé ? D'autant que Dieudonné ne versera vraisemblablement pas l'indemnisation ou l'amende auxquelles il sera condamné car il a organisé son insolvabilité. Curieuse insolvabilité par Dieudonné qui "prétend ne gagner que 50 000 euros par an" !?



Le 6 janvier 2014, le ministre Manuel Valls a adressé aux préfets la circulaire intitulée Lutte contre le racisme et l’antisémitisme - manifestations et réunions publiques - spectacles de M. Dieudonné M’Bala M’Bala et rappelant le droit. On est tenté de soupirer : "Tout cela pour ça". Curieusement, cette circulaire, qui vise les "comportements racistes, antisémites, antimusulmans ou intolérants", ne concerne pas nommément les actes anti-chrétiens. Un humoriste dont un sketch évoque l'islam risque-t-il de voir son spectacle interdit ?



Le 6 janvier 2014, Le Figaro a écrit : "Les maires de Nantes, de Tours, de Paris, de Nancy, de Metz, de Limoges ou encore de Bordeaux exigent désormais l'interdiction de son spectacle". Et d'ajouter : « Compte tenu du profil sulfureux du personnage, Denis Turmel, [directeur du Zénith de Nantes où doit se produire Dieudonné le 9 janvier 2014], avait soumis exceptionnellement, pour validation, la programmation du spectacle à Nantes Métropoles, la communauté urbaine de Nantes, responsable de la salle «et je n'ai alors reçu aucune objection », souligne-t-il, en ajoutant: «Ma demande est intervenue en juin et il n'y avait pas la polémique que l'on connaît aujourd'hui ». Ajoutons que Jean-Marc Ayrault a été le maire de Nantes (1989-2012) et Premier ministre (15 mai 2012- 31 mars 2014).


Le 7 janvier 2014, le préfet a interdit ce spectacle à Nantes, et Denis Turmel a déclaré à Metronews : "On peut estimer que cette date devait rapporter 220 000 euros à la boîte de production de l'humoriste. L’option de réservation pour la salle a été effectuée au printemps 2013, par les Editions de la plume, - la société de production appartenant à la femme de Dieudonné. Le refus de vente constitue une infraction : je ne peux pas refuser de mettre le Zénith à disposition d’un artiste pour des raisons subjectives, à cause d'un contenu éditorial d’un spectacle qu’on ne connaissait d'ailleurs pas. Il n’est pas en mon pouvoir de statuer là-dessus. Mais j’avais signalé cette option de réservation à Nantes métropole et il n’y a pas eu d’objection. A l’époque, sa situation était moins critique. A cela s’ajoute le fait que Nantes est aussi la première étape, et la plus grosse date de la tournée de l’humoriste. C’est aussi la ville du Premier ministre Jean-Marc Ayrault... Pour cette date, 5 500 places étaient vendues mardi matin, pour une salle qui fait environ 9 000. Le spectacle aurait dû être complet car Nantes est de manière générale une date très forte pour les tournées. Et si cette fréquentation n’est pas négligeable, elle doit être mise en perspective avec d’autres humoristes de sa génération : alors que Dieudonné ne devait passer qu’un soir, Franck Dubosc va faire trois dates et attirer 15 000 spectateurs, Florence Foresti jouera trois ou quatre soirs, Muriel Robin deux soirées… Il faut vraiment relativiser : au regard des autres, il a plutôt une fréquentation moindre". Donc, les autorités politiques locales étaient prévenues, et n'ont pas réagi. La manifestation prévue par la famille Klarsfeld à Nantes en protestation contre ce spectacle Le Mur a été annulée. Bref, malgré cette publicité mondiale, Dieudonné n'était pas sûr de remplir entièrement le Zénith de Nantes, si déterminant dans une tournée en France.


Le 9 janvier 2014, le juge des référés du Conseil d'Etat a annulé l'ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Nantes autorisant ce spectacle. Il a donc confirmé l'arrêté préfectoral interdisant ce spectacle. Les 10 et 11 janvier 2014, ce juge a confirmé cette jurisprudence à Tours et Orléans. Le juge administratif se prononcera sur le fond dans ces dossiers.


Le 13 janvier 2014, Jack Lang a analysé avec pertinence ces ordonnances : "Sous prétexte que les autorités judiciaires n'étaient pas parvenues à faire rendre gorge à Dieudonné, on a voulu donner à la police administrative un pouvoir de répression morale et pénale qu'elle ne détient. Aucun élément sérieux ne donnait à penser que la menace était irrésistible. Le Conseil d'Etat aurait donc dû, sur ce point, donner raison au tribunal administratif de Nantes. Plus grave encore, en évoquant l'atteinte à la dignité humaine, il a fragilisé sa décision en mettant en balance la liberté d'expression avec un autre principe, le respect de la dignité de la personne humaine, qui peut faire penser que, désormais, un ordre public moral s'ajoute à l'ordre public matériel... L'atteinte à la dignité humaine, c'est une notion beaucoup plus floue : on navigue ici dans des eaux plus incertaines où s'entremêlent des considérations philosophiques et politiques beaucoup plus que juridiques. Que vient faire dans le raisonnement, par exemple, la notion de « cohésion nationale » ? Le Conseil d'Etat nous a habitués à une langue plus rigoureuse, à des concepts plus limpides, à des démonstrations moins alambiquées... [Je suis choqué par] la confusion entre deux ordres juridictionnels, l'ordre administratif et l'ordre judiciaire. Par exemple, le principe constitutionnel de dignité ne regarde en rien la police administrative. Sa protection relève du juge judiciaire, du législateur et éventuellement du Conseil constitutionnel. La seconde chose qui me choque, c'est que cette ordonnance marque un retournement de jurisprudence. Par rapport à l'histoire du Conseil d'Etat qui a toujours été un gardien vigilant des libertés, c'est un vrai bouleversement, une profonde régression qui tend à instaurer une sorte de régime préventif, voire de censure morale préalable à la liberté d'expression. La boîte de Pandore aux dérives et aux abus est ouverte".


Ainsi, Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole du gouvernement, a annoncé sur France 3, que cette jurisprudence pourrait permettre l'interdiction a priori de spectacles ou meetings politiques dès lors qu'il y "a atteinte à l'ordre public et à la dignité humaine".


Le 10 janvier 2014, le préfet de police de Paris interdisait un spectacle de Dieudonné à Paris.


Le 11 janvier 2014, Dieudonné annonçait l'arrêt du Mur, et son nouveau spectacle Asu Zoa.


Quant à Serge Klarsfeld, président des Fils et filles des déportés juifs de France, il a demandé que soient ôtés des DVD de ce spectacles les "passages incitant à la haine anti-juive et tournant en dérision les chambres à gaz".

Asu Zoa

Le 13 janvier 2014, Dieudonné interprétait Asu Zoa dans une salle pleine. 

La signification du tire ? Le "visage de l'éléphant" "en ewondo, une des langues du Cameroun, dont est originaire le père de Dieudonné. Mais certains sites, comme le webmagazine juif Alliance, rompus au double langage de l'humoriste, y ont lu l'anagramme de USA ZOA, acronyme de Zionist Organization of America, la plus ancienne organisation pro-israélienne aux Etats-Unis". "Si les charges antisémites les plus dures ont disparu, les Juifs restent présents" dans ce spectacle identique au précédent, jusque dans le décor.

Selon Le Point (19 février 2014), "son one-man-show a beau avoir changé de nom, Dieudonné ressert la même mauvaise soupe... Asu Zoa n'est rien d'autre qu'une version édulcorée du Mur".

Prochain spectacle de Dieudonné ? Au Zénith de Toulouse, le 22 février 2014, à 20 h 30. Maire socialiste de la "ville rose", Pierre Cohen ne voit aucune raison d'interdire Asu Zoa. Le CRIF Midi-Pyrénées avait renoncé à demander l'annulation du spectacle montré à Bordeaux, Marseille et Avignon. Quant à la préfecture de Haute-Garonne, elle prendra une décision "dans les tous derniers jours" en fonction d'un éventuel trouble de l'ordre public. L'association Europe-Israël a exhorté à manifester le soir du spectacle devant ce Zénith. Le 19 février 2014, le Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme (BNVCA)  a condamné "la recrudescence de graffitis antisémites - "Juifs dehors !" - sur les murs à Toulouse" et a demandé "l'interdiction du meeting de Dieudonné prévu au Zenith le 22 février 2014".
Le 18 février 2014, la préfecture de la Haute-Garonne a "fortement déconseillé" au CRIF et à la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme) de rencontrer des supporters de Dieudonné, de dialoguer avec eux et de leur distribuer "Noire et juive: la liberté de l'espèce", tribune de l'actrice Rachel Khan publiée le 18 février 2014 par le Huffington Post.

Les deux organisations ont décidé de se rassembler "pour la défense de la fraternité républicaine", sur une place du centre-ville loin du Zénith, vers 19 h 30.

A l'origine, elles s'étaient associées au rassemblement du 22 février 2014 d'Arc-en-Ciel, association de défense des homosexuels dans cette région, afin de dénoncer les tags antisémites et homophobes inscrits sur les murs d'immeubles du centre de Toulouse lors du week-end des 15-16 février 2014. Des mouvements de gauche -  Parti communiste, etc. - se sont joints à ce défilé hétéroclite. Pour ces deniers, les mots d'ordre ont alors évolué de "lutte contre l'antisémitisme et l'homophobie" à "lutte contre le racisme et l'homophobie", puis "lutte contre l'extrême-droite". Exit donc l'antisémitisme ! Le 23 février 2014, sur Judaïques FM, Nicole Yardeni a déclaré avoir ignoré cette évolution thématique. Ce 22 février 2014, environ 2 000 personnes ont défilé à Toulouse à l'appel notamment du Front de gauche, le Nouveau parti anticapitaliste (NPA), la Ligue des droits de l'homme (LDH), la Fédération syndicale unitaire (FSU) et Act Up. Deux des banderoles affichaient : "Contre l'homophobie, le racisme et l'extrême-droite. EGALITE DES DROITS" et "Lesbiennes contre le fascisme". Dans le cortège de Riposte radicale qui réunissait environ 200 individus, des militants de l'Organisation communiste marxiste-léniniste-Voie prolétarienne (OCML-VP) et siglés NPA ainsi que des individus aux masques Anonymus ont hurlé : « Yardeni casse-toi ! Le CRIF, fascistes, sionistes, cassez-vous ! Juifs dehors ! »  Nicole Yardeni  s'est efforcé de dialoguer avec ces individus. Vainement, car "on ne discute pas avec des fascistes. Ces fascistes de gauches étaient fermés" au dialogue. Les forces de l'ordre ont eu du mal à contenir les "manifestants les plus agressifs". Le service d'ordre d'Arc-en-Ciel a indiqué à Nicole Yardeni ne pas pouvoir assurer sa sécurité, ni celle des Juifs l'ayant rejointe. « On ne s'attendait absolument pas à cet accueil. On vire des Juifs d'une manifestation qui s'exprime contre l'antisémitisme », s'est indignée Nicole Yardeni. Venu pour stigmatiser « des attaques inacceptables » contre les « valeurs de la démocratie », Jean-Luc Moudenc, ancien maire de Toulouse et candidat UMP aux élections municipales, a aussi été visé par des manifestants et a renoncé à défiler. Pierre Cohen s'est éclipsé avant ces incidents.  « Nous sommes navrés », a affirmé Noémie Henry, co-présidente de l'association Arc-en-Ciel.

Le 22 février 2014, Arc En Ciel Toulouse, qui a présenté ses excuses à Nicole Yardeni, a regretté "vivement les incidents qui se sont déroulés en début de manifestation, à l’arrière du cortège parmi les non signataires de l’appel. Aucune des organisations signataires n’a participé à ces invectives...  Nous maintenons nos engagements de lutte contre l’antisémitisme et renouvelons notre solidarité au Comité Représentatif des Institutions juives de France (CRIF) face à l’antisémitisme".

L'OCML-Voie prolétarienne s'est efforcé d'expliquer sa motivation : "Le CRIF n’a plus rien à voir avec l’organisation née en 1944. Avec le développement de la colonisation sioniste en Palestine occupée, le CRIF est devenu le porte parole officieux de la politique israélienne en France. Ce qui a fini par remettre en cause sa « représentativité » au sein de la communauté juive, contestée par exemple par l’Union Juive Française pour la Paix. Profitant de la confusion liée à la venue du fasciste Dieudonné M’Bala M’Bala à Toulouse, le CRIF a utilisé des amalgames honteux, bien que coutumier, assimilant antisionisme et antisémitisme. Propos repris par Jean-Christophe Sellin responsable du Parti de Gauche 31 devant les cameras de France 3. Nous dénonçons ces amalgames. L’antisionisme est par principe antiraciste et anticolonialiste. L’antisémitisme est un crime trop grave pour que la lutte contre celui-ci soit confiée à ces faussaires". C'est toujours comique d'observer cette organisation gauchiste prétendre déterminer la ligne que devrait suivre le CRIF et contester la représentativité de celui-ci en mettant en avant une UJFP à l'écho, dans la communauté française Juive, si faible qu'il est quasi-inaudible. Il est révélateur que l'OCML-Voie prolétarienne avoue dans son communiqué avoir défilé "contre les LGBTIphobies, le racisme et le fascisme tout en dénonçant la responsabilité du gouvernement PS/EELV", sans même mentionner l'antisémitisme. Et ce, dans la ville lieu de l'attentat jihadiste de Mohamed Merah qui a tué quatre personnes, dont trois enfants, parce qu'elles étaient Juives.

En fin d'après-midi, une autre manifestation organisée par le CRIF et la LICRA, à laquelle s'est jointe Arc-en-Ciel Toulouse devant la préfecture a protesté contre ce spectacle de Dieudonné.

Présidente du CRIF Midi Pyrénées, Nicole Yardeni va porter plainte après avoir découvert sur Youtube la vidéo postée le 16 janvier 2014 et intitulée Le CRIF vs la Quenelle : qui est Nicole Yardeni ? Une vidéo aux commentaires menaçants et injurieux.

Avec le revirement/atermoiement de Roger Cukierman pour caractériser finalement le 22 janvier 2014 d'antisémite de la quenelle du footballeur Anelka, ces faits signent la faillite de la stratégie des dirigeants communautaires français. La voie de l'interdiction préventive préfectorale suivie d'épisodes judiciaires a échoué en raison de l'habileté de Dieudonné, et a terni l'image des dirigeants communautaires et de Manuel Valls perçus comme liberticides. La ligne initiée depuis 2013 par Roger Cukierman, président du CRIF, afin que celui-ci cesse "d'apparaitre comme la deuxième ambassade d'Israël en France, car cela nuit à notre combat contre l'antisémitisme" n'a pas convaincu  l'OCML-Voie prolétarienne : "Le Moloch du terrorisme intellectuel qui s'acharne sur Israël et les juifs ne se contente pas de demi-mesures" (Me Gilles-William Goldnadel). La liberté d'action du CRIF et de la LICRA a été étroitement encadrée par les autorités publiques. Des mouvements de gauche et gauchistes ont fait disparaitre toute mention de l'antisémitisme dans ce défilé, ont pu librement défiler haineusement et ont instrumentalisé cet évènement en proférant des slogans diffamatoires, en excluant des Français Juifs d'une manifestation dont ceux-ci étaient pourtant à l'origine et en excipant d'un prétendu risque fasciste, épouvantail sempiternellement brandi depuis quelques décennies par cette mouvance gauchiste déconnectée de la réalité. Et cela, dans l'indifférence générale.

 Face à l'omniprésence de Manuel Valls, pourquoi Christiane Taubira n'a-t-elle lancé au début de cette affaire aucune action ? La justice, française ou européenne, allouera-t-elle à la société de production de ces spectacles une indemnisation supérieure à celle que Dieudonné aurait pu percevoir des spectateurs ?

Le gouvernement, les médias et des  dirigeants communautaires se sont engouffrés dans cette brèche périlleuse et dangereuse de l'interdiction des spectacles de Dieudonné :  accréditation de l'idée de "lobby Juif puissant" et du "deux poids, deux mesures", périmètre des libertés à géométrie politique variable et arbitraire, excluant par exemples des actes anti-chrétiens ou les apologies du terrorisme.

Deux exemples. Le terroriste Georges Ibrahim Abdallah a été fait citoyen d'honneur par Marc Everbecq, maire communiste de Bagnolet, le 11 décembre 2013. Devant l'indignation suscitée par cet acte, le préfet a contesté en justice, fin janvier 2014, la légalité de cette décision municipale. Le 31 janvier 2014, le tribunal de Montreuil a rendu une ordonnance de suspension immédiate de cette décision.

 Bariza Khiari, vice-présidente socialiste du Sénat, a exigé que les propos islamophobes recueillent "le même niveau d'indignation" des pouvoirs publics que les propos antisémites. Or, "forgé par les intégristes iraniens à la fin des années 70 pour contrer les féministes américaines, le terme d’«islamophobie», calqué sur celui de xénophobie, a pour but de faire de l’islam un objet intouchable sous peine d’être accusé de racisme. Cette création, digne des propagandes totalitaires, entretient une confusion délibérée entre une religion, système de piété spécifique, et les fidèles de toutes origines qui y adhèrent" (Pascal Bruckner), etc.

L'humoriste Jean Roucas a déploré que des salles de spectacles, où il devait se produire, le déprogramment au dernier moment, sans explication.  Il impute ces annulations à ses engagements politiques à droite. Curieusement, ses problèmes ne suscitent aucune indignation des belles âmes.

Tournée 2014-2015 de Dieudonné
Le 9 décembre 2014, quelques semaines avant les premières représentations en province du spectacle La bête immonde de Dieudonné, le CRIF a publié ce communiqué "Non à la tournée de la haine ! Non aux tribunes de la honte !"

Le CRIF s'y indignait :
"Dans quelques semaines, Dieudonné se produira dans une vingtaine de villes françaises. Le CRIF déplore que de nombreuses salles de spectacles aient choisi de lui offrir une tribune pour déverser, sur un public instrumentalisé, sa haine des Juifs et de ceux qui osent le critiquer. Ces tribunes seront comme en 2014 celles de la honte. Le CRIF est d’autant plus inquiet que sa tournée lui permettra d’assurer la promotion du parti qu’il a créé avec Alain Soral.
Rien ne justifie l’accueil qui est fait à Dieudonné dans de grandes salles. Il n’est plus un humoriste depuis longtemps et ses spectacles ne sont que des meetings politiques. Le CRIF est tout particulièrement choqué que le groupe VEGA propriété du groupe FIMALAC, acteur majeur de ce secteur, mette à la disposition de Dieudonné sept salles soit 30 % des dates de sa tournée.  Il note avec regret la participation dans une moindre mesure certes du groupe GL Events, compromis avec d’autres sociétés moins connues dans cette nouvelle tournée de la haine. L’irresponsabilité de ces exploitants est particulièrement grave alors que les violences antisémites progressent et se banalisent dangereusement.
La programmation de Dieudonné ne respecte pas l’esprit des obligations imposées par l’état et les collectivités territoriales aux exploitants dans leurs cahiers des charges et notamment celles qui sont relatives à la gestion des « Zéniths ». Le CRIF demande au Ministre de la Culture et de la Communication, Fleur Pellerin, d’agir sans tarder auprès d’eux afin de les rappeler à leurs obligations, morale et juridique. L’implication de tous les acteurs du spectacle vivant dans le combat contre la nébuleuse de la haine au cœur de laquelle se trouvent Dieudonné et Alain Soral, est indispensable à la réussite de la mobilisation contre le racisme et l’antisémitisme à laquelle ont appelé le Premier ministre Manuel Valls et le Ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve".
Le 16 décembre 2014, le CRIF renchérissait : "La proposition du groupe FIMALAC de reverser les dividendes de la tournée de Dieudonné à des organisations anti-racistes est inappropriée car il ne s’agit pas d’un problème financier. Les entreprises qui contribuent à la propagation des messages haineux de Dieudonné contreviennent à la morale publique. Selon Roger Cukierman, Président du CRIF : « Il serait obscène que des associations anti racistes reçoivent des fonds provenant de la tournée d’un multi récidiviste condamné pour incitation à la haine raciale et dont la place n’est pas dans des salles régies par des concessions de service public. » Le groupe FIMALAC et les autres exploitants de salle montreraient qu’ils ont le sens de l’intérêt général  en renonçant à la programmation des manifestations de Dieudonné".

Le 22 décembre 2014, Ensemble 44, fédération de partis écologistes et d'extrême gauche, a publié un communiqué appelant la "population de Nantes et des environs à boycotter le prochain spectacle de Dieudonné au Zénith de Nantes", le 27 décembre 2014 : "Cet humoriste est depuis 1997 un homme politique qui s’est présenté à de nombreux scrutins. Il vient de créer un parti avec Soral, personnage politique d’extrême droite déjà condamné plusieurs fois pour provocation à la haine, la discrimination ou la violence. Il ne cesse de déverser sa haine sur les Juifs. Il a même déclaré l’an dernier qu’il ne choisissait pas entre eux et les nazis. Il voudrait faire croire que tout le mal vient des Juifs. C’est la méthode de tous les fascistes, qui tentent de faire des minorités, des immigrés les bouc-émissaires des difficultés en période de crise économique. Ce message de haine, nous le refusons, comme nous refusons tous les racismes, qu’ils visent les Juifs, les Musulmans, les Arabes, les Noirs, les Roms…" Un communiqué signé : Europe Ecologie Les Verts – Ensemble !  – NPA – PCF  – Parti de Gauche  – UDB – Gauche Unitaire.

La LICRA, la LDH et le MRAP (Mouvement contre le racisme et l'amitié entre les peuples) ont exhorté à la vigilance, France Palestine solidarité a alerté contre « un registre qui prétend relever de l’humour ».

Sur Facebook, la page Dieudonné ne passera pas a réuni 2382 Like le 27 décembre 2014.

Cependant, les autorités politiques françaises socialistes, dont le Président de la République François Hollande, le Premier ministre Manuel Valls, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve et la miistre de la Justice Christiane Taubira, sont demeurées silencieuses. Rappelons que, le 6 février 2014, lors de l'émission Des paroles et des actes sur France 2, Manuel Valls avait déclaré : "Si c'était à refaire, je ne le referai pas", puis il avait rectifié : "Je peux vous dire que si c'était à refaire, je le referais, mille fois". Et le 7 décembre 2014, sur France 2, il soulignait que lors de son interdiction de spectacle de Dieudonné, il n’avait « pas été soutenu par grand monde, à part le président de la République ». Chat échaudé...

Le 27 décembre 2014, Dieudonné a présenté son spectacle La bête immonde au Zénith de Nantes, malgré l'indignation du CRIF et de mouvements écologistes et d'extrême-gauche.

Dans Ouest France (28 décembre 2014), le journaliste Yves Aumont décrit le spectacle au Zénith de Nantes avant la "tournée d’une vingtaine de dates en France qui passe par Rennes le 5 juin prochain, puis la Suisse où il affiche complet, et la Belgique. Sous titré « La bête immonde » ce nouveau one-man-show a réuni environ 5 000 spectateurs samedi, en dépit des appels au boycott... Glissant, ici le nom d'Ilan Halimi, là celui de la Franc-maçonnerie, [Dieudonné] file tout au long de son spectacle un antisémitisme latent doublé de piques anti système égrenant les noms de Valls, Hollande et les interdictions du conseil d’État… Victime qu’il serait d’un complot visant à faire taire son humour et museler sa liberté d’expression". 

Après le Zénith de Nantes (27 décembre 2014), celui de Toulouse devait accueillir le 10 janvier 2015 le nouveau spectacle de Dieudonné, La bête immonde.  "Dans son dernier spectacle, il pastiche le procès d'un esclave noir nommé Anelka, face à un esclavagiste juif aux Antilles ou s'évertue à mettre en parallèle le massacre des Indiens d'Amérique au regard de la Shoah", relève La Dépêche. Dans cette ville marquée par l'attentat islamiste terroriste à l'école Ozar HaTorah par Mohammed Merah (mars 2012), « le spectacle en soi ne peut être interdit. À titre personnel, je suis favorable à ce que Dieudonné ne tienne pas son spectacle. J'ai toujours condamné ses propos et j'avais d'ailleurs soutenu la démarche de Manuel Valls », a déclaré le maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc qui a « déjà saisi le préfet pour lui demander d'évaluer le risque de trouble à l'ordre public ». « Nous resterons vigilants », a affirmé Marc Chappuis, sous-préfet de permanence à la préfecture de Haute-Garonne. En février 2014, un rassemblement devant cette salle de spectacle avait eu lieu à l'appel du CRIF et du CRAN. En 25015, Nicole Yardeni (CRIF) a choisi « une protestation silencieuse », et Jean-François Mignard (LDH), « très attaché à la liberté d'expression » préfère « combattre Dieudonné sur le terrain politique ». 

Le 12 janvier 2015, Christian Estrosi, maire de Nice, a interdit par arrêté municipal le spectacle de Dieudonné au Palais Nikaïa le 25 juin 2015.

Ses spectacles des 16 et 17 janvier 2015 à Metz et à Strasbourg ont été annulés. Ainsi que celui prévu à Avignon le 28 mars 2015. 

Le 2 décembre 2014, Avignon tourisme, société d'économie mixte gérant le Parc des expositions de cette ville, a résilié le contrat de location d'une salle pour un spectacle de Dieudonné signé quatre mois plus tôt. Le 23 mars 2015, le juge des référés du Tribunal de Grande instance a validé l'annulation du contrat. Une décision confirmée par le premier président de la Cour d'appel de Nîmes. Avignon tourisme avait considéré qu’il y avait « beaucoup d’opacité et une certaine volonté de tromperie sur le spectacle qui serait joué ». 

Le 17 avril 2015, le BNVCA, "qui avait saisi l'ambassadeur du Maroc en France, a salué la décision des autorités marocaines d'avoir fait annuler le spectacle du prétendu humoriste Dieudonné prévu le 29 avril à Casablanca, au Maroc. Cette représentation du dernier spectacle de Dieudonné M'Bala M'Bala, intitulée "La bête immonde", était prévue au complexe Mohamed-V, suscitant "un engouement remarquable", selon le site d'informations Medias 24". 

Le 23 avril 2015, Dieudonné a publié sur Quenel +, sur Internet, une vidéo dans laquelle il s'adresse au Président François Hollande : "Tu n'es pas en vérité... Tu perds la confiance du peuple. Tu as un mauvais environnement", "Organise le débat libérateur. Sois l'arbitre de la paix. Saisis ma main tendue". Il a loué les jeunes ayant interrogé le Président - Dieudonné "se moque d'Hitler, mais il ne se moque pas des Juifs", "On en parle plus" de la Shoah, "Une mort reste une mort" -, sur Canal +,  sur l'interdiction de ses spectacles. Or, ces jeunes procédaient par amalgames, réduisant la Shoah à un crime anodin, ne se différenciant d'autres crimes que par le nombre. Puis Dieudonné s'est adressé au roi du Maroc, et a annoncé sa venue le 17 mai 2015 à Bruxelles. Il a annoncé son nouveau spectacle Dieudonné en paix, en juillet 2015. Le 30 avril 2015, cette vidéo affichait 205 518 vues.

Le 9 mai 2015, Dieudonné s'est produit au Zénith de Montpellier. Interdit le 10 avril 2015 par arrêté municipal de cette ville de l'Hérault, son spectacle a été autorisé par le tribunal administratif le 24 avril 2015 : le tribunal a considéré que ce spectacle se jouait à Paris et en province sans trouble à l'ordre public ni procédure judiciaire. Ce qui a suscité l'indignation de la Licra, qui a lancé une pétition recueillant 530 signatures au 7 mai 2015, du Mrap, de la Ligue des droits de l'homme, le PCF, des syndicats et associations qualifiant les propos de Dieudonné de "racistes" : "Attachés à la liberté d'expression et d'opinion, nous rappelons que le racisme et l'appel à la discrimination ne constituent pas une opinion mais un délit. Nous appelons à la vigilance et mettons en garde tous ceux qui seraient séduits par un 'humoriste' dissimulant sous le rire des thèses racistes et une vision politique d'extrême droite". Ces associations espéraient que le maire de Montpellier et président de Montpellier Métropole dont dépend le Zénith, baisse les grilles de la salle de spectacle. Elu municipal du Front national (FN), Djamel Boumaaz s'est réjoui "au nom de la liberté d'expression pour tous" que l'arrêté municipal ait été suspendu, a assisté au spectacle et a félicité Dieudonné après la représentation. Le Midi libre a constaté que le public était majoritairement masculin et très jeune ("25-30 ans ultra majoritaires"). Ce journal a retracé l'historique des venues de Dieudonné dans cette cité du Languedoc-Roussillon : "En 2013, le tribunal administratif de Montpellier avait suspendu l'arrêté municipal de Perpignan interdisant à Dieudonné de s'y produire pour des raisons d'ordre public. Ce dernier avait ensuite tenu des propos outranciers à son égard, en souhaitant au maire "un cancer généralisé avant la fin de l'année". Le dernier spectacle de Dieudonné à Montpellier, discrètement programmé au Gaumont multiplexe, en mai 2012, n'avait pu s'y tenir. Outre l'arrêté municipal, le cinéma, expliquant qu'on lui avait caché le nom de l'artiste ayant réservé la salle, avait décidé de fermer ses portes ce soir-là. Le préfet, lui, avait préféré rajouter un escadron de CRS, histoire de prévenir tout risque de trouble à l'ordre public".

Le 17 mai 2015, Yvan Mayeur, bourgmestre de la Ville de Bruxelles, a interdit par un arrêté municipal un spectacle de Dieudonné,  à Tour & Taxis, à 18 h, annoncé seulement par le site Internet de Dieudonné. Il a justifié sa décision par "l'avis de l'Organe de coordination pour l'analyse de la menace (Ocam) qui place la dangerosité d'un tel événement au niveau 3 sur une échelle de 4. Cette décision est justifiée par les troubles qui pourraient être suscités par des membres du public ou par d'éventuels opposants à l'événement. Par ailleurs, la salle a été louée pour un défilé de vêtements "Thor", une marque de sport qui n'existe pas. Le propriétaire des lieux a dès lors pu être abusé, selon Yvan Mayeur. Le bourgmestre a décidé d'interdire sur l'ensemble du territoire de la Ville de manifester de quelque manière que ce soit son soutien ou sa réprobation à l'égard du spectacle de Dieudonné. Les forces de police sont envoyées sur le site de Tour & Taxis. Selon l'agence Belga, le bourgmestre a fait interposer des policiers dans le périmètre de la salle d'un ex-site industriel du centre de Bruxelles louée par une prétendue et inexistante marque de sport. Les Internautes ayant souhaité y assister recevaient par courriel les informations sur le lieu et l'heure du spectacle. Le maire a aussi interdit "toute manifestation de soutien ou contre la venue de Dieudonné sur l'ensemble du territoire de la ville de Bruxelles. Les autorités belges avaient fait interdire début mai un congrès antisémite à Bruxelles, où était invité Dieudonné". Le spectacle de Dieudonné à Bruxelles a été annoncé sur son site Internet. Les personnes étaient invitées à communiquer leur adresse mail pour connaître le lieu du spectacle. Les renseignements ont été envoyés aux intéressés peu après 15 h le 17 mai 2015.

Le 27 mai 2015,  Émile-Roger Lombertie, maire UMP de Limoges, a interdit le spectacle de Dieudonné prévu au Zénith le 13 juin 2015. Il a invoqué des « troubles sérieux à l'ordre public. La liberté d'expression ne saurait justifier l'antisémitisme, le racisme, le négationnisme, l'appel à la haine et l'apologie du terrorisme, qui constituent des délits sanctionnés par le code pénal...  » Ce maire au aussi invoqué l'histoire tragique de Limoges - « massacres perpétrés par les nazis en Limousin » - et la nécessité « de se garantir contre toute atteinte aux valeurs républicaines » auxquelles il est attaché. Il s'est fondé sur la Déclaration des droits de l'Homme, la Convention européenne des droits de l'homme et des jurisprudences. Il a listé les déclarations de Dieudonné ayant suscité des scandales, et ses condamnations. Dieudonné a annoncé vouloir interjeter appel. L'ancien maire PS de Limoges, Alain Rodet, avait été parmi les premiers en France à manifester son intention de s'opposer à la venue de l'humoriste controversé et de son spectacle d'alors, Le Mur à la fin 2013. Une version expurgée de celui-ci avait toutefois pu se tenir dans la capitale de la porcelaine. Néanmoins pour marquer son désaccord, la mairie organisait au même moment une contre-soirée, une « nocturne républicaine », qui réunissait associations, militants des droits de l'homme et habitants au Musée de la Résistance de la ville". Le 1er juin 2015, le tribunal administratif de Limoges a annulé l'arrêté municipal interdisant le spectacle de Dieudonné.

Pour son seul spectacle en Normandie, Dieudonné s'est produit le 30 mai 2015 aux Docks Océane, au Havre (Seine-Maritime). La CGT (Confédération générale du travail), syndicat proche du parti communiste, a exprimé sa surprise qu'Édouard Philippe, maire UMP de la ville havraise, n'ait pas interdit le spectacle dans lequel il s’interroge, « sur la surexploitation de cette expression dans la sphère politico-médiatique. Il décortique avec drôlerie, les mécanismes de construction de cette haine artificielle. Une haine de synthèse, irréelle, inventée par le maître pour faire taire l’esclave. Qui sont vraiment tous ces bien-pensants qui pointent du doigt la haine de l’autre ? Dieudonné s’amuse à y répondre ». La CGT "s’est interrogée sur le défaut de réaction de la part du maire : “ Monsieur Le maire, et autres autorités, nous vous demandons de prendre en considération notre communiqué, il est quand même dommage qu’aucune expression n’ait été faite de votre part, voire plus, concernant la venue de cet humoriste qui abuse, plus que de droit, de son droit d’expression, et qui n’a rien de culturel, contrairement aux valeurs que nous défendons"Initialement intitulé, notamment sur le compte Facebook de Dieudonné, La bête immonde, le spectacle a été promu sans ce titre. "Conséquence logique de l’annulation de la représentation prévue à Avignon (Vaucluse), le 28 mars 2015 ? Au 27 mai 2015, 1 100 places avaient été vendues pour ce spectacle aux Docks Océane", salle de 1 500 places.  En 2014, le spectacle, Le Mur, "interdit par les autorités en raison de son contenu et des propos tenus par le provocateur, avait été annulé et abandonné, au profit d’une version revue et corrigée, intitulée Asu Zoa et présentée au Havre, le 11 avril 2014".

La CGT a dressé un parallèle entre Dieudonné et Jean-Marc Rouillan, membre du groupe  terroriste et d'extrême-gauche Action directe et condamné en 1989 à la réclusion criminelle à perpétuité, pour les assassinats de René Audran, l'ingénieur général de l'armement, en 1985 et de  Georges Besse, PDG de Renault, en 1986 : " Dieudonné a, à maintes reprises, été condamné pour des faits et délits de racisme, notamment sur les derniers événements tragiques de janvier. Pour notre organisation syndicale, il ne mérite que mépris et indifférence… (…) Nous sommes surpris de constater que les autorités (maire, sous-préfet…) ont été plus promptes à condamner, voire vouloir annuler la conférence-débat de Jean Marc Rouillan qui a eu lieu en 2013 dans le hall de la Maison des syndicats, lequel a purgé sa peine et payé son tribut à la société". Prévue au Volcan, lieu national, la conférence de Jean-Marc Rouillan avait eu lieu à la Maison des syndicats. Le maire du Havre avait alors déclaré à propos de l'orateur : c'est "un assassin, un meurtrier qui a abattu de sang froid. Il a voulu abattre la République et, en tant que républicain, je ne peux que condamner ce type d’actes meurtriers".

"Dieudonné, englué dans sa propre caricature", titre L'Orient Le Jour (6 juin 2015). Et de résumer : "L'humoriste français décrié jouait son nouveau spectacle, « La bête immonde », deux soirées de suite à guichets fermés, au Casino du Liban. En politisant ses représentations, il s'est tiré une balle dans le pied et n'arrive plus à sortir de l'ornière".
"Dieudonné se victimise d'entrée de jeu. Il aurait été étonnant qu'il ne se gargarise pas de la publicité énorme issue du face-à-face avec Manuel Valls en 2013, à l'époque ministre français de l'Intérieur. Il s'enorgueillit d'être interdit de territoire en Angleterre et en Belgique. C'est d'ailleurs lorsqu'il fait preuve d'autodérision, qu'il parle de ses ennuis avec la justice et l'exécutif français, que le polémiste fait rire. « Il faut toujours un méchant comme dans les films. Moi, j'incarne le mal (...) selon nos maîtres, je suis l'épicentre de la haine », ricane celui qui parcourt les scènes depuis 1990... et les tribunaux hexagonaux depuis 2002. Dieudonné en a, justement, tellement fait son fonds de commerce, qu'il ne peut plus sortir du rôle qu'il s'est construit. Humoriste, politique, polémiste, les casquettes se sont superposées au fil des années, sans qu'il ne veuille trancher. À vrai dire, ce flou doit bien l'arranger. En prenant en main la réplique du fusil d'assaut, Dieudonné déclare espérer que son régisseur Jacky – juif évidemment – n'a pas chargé l'arme... Dieudonné sait qu'il est en terrain conquis au Liban, pays meurtri par des années d'occupation israélienne. Pourtant, pas de surenchère ce soir, le texte est assez piquant tel qu'il est. Dès qu'il est attaqué, le comédien se cache derrière son humour caustique. Dès qu'il est sur scène, le polémiste ne peut s'empêcher de proférer des attaques ad hominem et d'entamer les mêmes ritournelles : mettre en parallèle la Shoah et le commerce triangulaire de l'esclavage, pointer les différences. Les cibles ne varient pas non plus : les juifs, les journalistes, les banquiers et le pouvoir. Depuis une dizaine d'années, cela tourne à l'obsession. « Si je dégomme un journaliste, juif de surcroît, ils vont rouvrir le procès de Nuremberg, ils vont déterrer Ilan Halimi et retrouver mon ADN... (NDLR : quelque part en lui). Hilarité générale dans la salle : en une phrase, Dieudonné vient, assez grossièrement, de faire référence au régime nazi, de parler d'un français juif torturé puis assassiné en 2006, tout en faisant une blague homophobe et salace. Le polémiste critique une victimisation à outrance des juifs, mais lui, que fait-il d'autre que se mettre dans une posture victimaire absolue ?... Un spectacle de Dieudonné, c'est aussi les signes de ralliements tendancieux qui ont fait son succès. Le bruit du bisou et le geste qui signifie « au-dessus, c'est le soleil » (les intouchables) ou encore la quenelle. Ce geste, qui est autant bras d'honneur aux puissants que salut nazi déguisé, est répété à l'envi par « l'humoriste » qui se cache derrière la polémique et la vulgarité pour faire oublier qu'il n'est plus marrant. Dieudonné plaisante lourdement à propos de l'autorisation du mariage homosexuel en France... La bête immonde est un éloge du « tous pourris », des populismes et complotismes en tout genre. Étant donné que Dieudonné s'autodiabolise depuis une dizaine d'années – bien aidé par les médias –, les spectateurs sortent de la salle ravis, mais sur leur faim. Beaucoup s'attendaient à des propos plus virulents. Celui qui était un symbole de l'antiracisme en France avec Élie Semoun durant les années 90 est devenu, à force de dérapages – dont certains sont calculés, d'autres moins –, le Pygmalion des haines et de l'intolérance. Tout le contraire du duo qu'il formait avec son ami juif et qui permettait de dénoncer les travers de nos sociétés d'une manière bien plus maligne. Mais sans scandales, il serait désormais difficile de remplir les salles pour cet ultradépendant de la médiatisation", estime Brice Laemle (L'Orient Le Jour, 6 juin 2015).

Le 7 juin 2015, Charles Picqué, bourgmestre de la commune de Saint-Gilles (Belgique), a interdit par un arrêté la réunion à l'initiative de Dieudonné à 15 h à la gare du Midi. Il a justifié sa décision par "le risque élevé de troubles à l'ordre public, sur la base des rapports émanant de l'Ocam (Organe de Coordination pour l'Analyse de la Menace) et de la Zone de Police Midi. Tout rassemblement de soutien ou de réprobation à l'égard de Dieudonné a également été interdit afin de prévenir les troubles à l'ordre et à la sécurité publique". Dieudonné avait annoncé ce rassemblement sur sa page Facebook.
"Les personnes souhaitant se rendre au rendez-vous fixé, aux abords de la gare du Midi, devaient envoyer un mail avec le mot "quenelle", afin de participer à un "jeu de piste". Le "tribunal civil de Bruxelles, siégeant en référé, avait autorisé le propriétaire de la salle Forest-National à ne pas honorer son contrat pour le spectacle "La Bête Immonde" prévu le 17 mai, estimant que les Productions de la Plume ont sciemment trompé sur la nature de l’événement. Un rassemblement à Tour & Taxis organisé par Dieudonné avait été interdit ce même jour par le bourgmestre de la Ville de Bruxelles Yvan Mayeur".

Dieudonné "a donné rendez-vous à ses fans à Anderlecht, où le spectacle a été interdit". Le 7 juin 2015, à 17 h 15, près de 200 individus se sont rendus devant la salle Akdeniz à Anderlecht (Belgique). Eric Tomas, bourgmestre d'Anderlecht, a interdit par arrêté "le rassemblement. La police barre l'entrée de la salle. Aucun incident n'a été signalé à 17 h 30. A la suite de l'annulation de son spectacle le 17 mai dernier à Forest National et de l'arrêté interdisant le rassemblement prévu le même jour à Tour & Taxis, Dieudonné a organisé", le 7 juin 2015 à 15 h, "un jeu de piste au départ de la Gare du midi. Peu après 16 h, les personnes souhaitant participer à son événement ont reçu un mail pour se rendre sur un des quais".

Tournée 2015-2016 de Dieudonné
En Suisse, Dieudonné "joue, au début de l'année 2014, son spectacle «Le Mur» interdit en France. A Nyon ou Lausanne, par exemple, la question de son interdiction est souvent posée par les politiciens. La réponse de la responsabilité individuelle l’emporte en général sur les appels à la censure. Ainsi, son dernier spectacle Dieudonné en Paix est annoncé pour cinq représentations en janvier 2016 au Théâtre de Marens à Nyon".

Fin janvier, le spectacle de Dieudonné à Pukhet (Thaïlande) a été annulé.

Dieudonné devait interpréter son spectacle « Dieudonné en paix », les 28 et 29 janvier 2016, dans la salle The Arcade, à Cyberport, à Hong Kong. Le 28 janvier 2016, venant de Bangkok, il a été retenu à son arrivée à l’aéroport”, avec deux de ses enfants, dont son fils Merlin, par les services d’immigration. Il a été expulsé via la Thaïlande par les autorités hongkongaises qui avaient été alertées par les consulats de France et d'Israël, et lui ont refusé l’entrée sur le territoire. Sagi Karmi, consul d'Israël, a indiqué au Monde qu’il avait signalé aux autorités hongkongaises « les vues ouvertement racistes et antisémites du personnage, ainsi que de sa sympathie avérée pour les djihadistes. Nous leur avions suggéré de ne pas autoriser un tel spectacle ici. Pour moi, le plus important n’est pas tant qu’il ait le droit ou non de venir à Hong Kong mais bien qu’il n’ait pas l’occasion d’exprimer ses vues en public ». La porte-parole du consulat de France à Hong Kong a précisé : « Nous avions effectué une simple démarche d’information aux autorités locales, mais sans aucune demande d’interdiction de séjour, ni d’interdiction du spectacle. Suite à son arrestation à la frontière, M. Dieudonné a réclamé son droit à l’assistance consulaire. Il a également sollicité des soins médicaux pour l’un de ses proches. Demande que nous avons immédiatement transférée aux autorités hongkongaises qui s’en sont chargées ». 

Selon des documents consultés par Le Monde, la "société Zambe Limited a été créée par un certain Mbala Mbala Merlin Dieudonné, au capital de 100 000 dollars hongkongais (12 000 euros) début 2015"

Le 5 février 2016, TheInglouriousBasterds a révélé que Zambe Limited édite le site www.aliresa.com, site de réservation de spectacle en ligne. Ce site propose uniquement les spectacles de Dieudonné et d'un de ses amis acteur dans son film L'antisémite. Dieudonné a demandé aux spectateurs ayant réservé sur Aliresa leurs places aux spectacles annulés de ne pas en solliciter le remboursement. Et ce, pour "participer à la cause". Il n'y a pas de petits profits...


Le 10 février 2016, le CRIF a déploré "une fois de plus que des salles de spectacle en France continuent d’accueillir Dieudonné en 2016 alors qu’il a fait l’objet de douze condamnations pour incitation à la haine et a été condamné récemment à une peine de deux mois de prison ferme par le tribunal correctionnel de Liège (Belgique)". Le CRIF est "choqué qu'un multirécidiviste de la haine antisémite puisse encore être considéré comme un "artiste" et ait accès à des salles qui font l’objet de délégations ou de concessions de service public". Président du Crif Roger Cukierman a réitéré "sa demande à la Ministre de la Culture d'intervenir rapidement pour que de telles dérives ne puissent pas se produire impunément. La même demande s’adresse aux  exploitants des salles, dont notamment le Groupe Fimalac, maison-mère la société VEGA, qui  assure 50 %  des dates de cette  tournée".

Dans le cadre de sa tournée Dieudonné en paixDieudonné donnera son spectacle aux Arènes de Metz  (Moselle) gérées par Vega le 12 février 2016, puis au Zénith de Strasbourg (Bas-Rhin) le 13 février 2016. Il devrait se produire à Nancy (Meurthe-et-Moselle) en mai 2016. Selon Dieudonné, ce one-man show nouveau serait « comme son dernier spectacle, un ultime opus » qui « parachève une œuvre magistrale, en nous rendant témoin de l’aboutissement de la quête d’un homme dans la paix ». Dieudonné "a été condamné en 2015 à deux mois de prison avec sursis pour apologie d'actes de terrorisme en raison d'un message posté sur Facebook après les attentats djihadistes au début de janvier en France, qui avaient fait dix-sept morts. Dieudonné a déjà été condamné à sept reprises pour injure ou provocation antisémites. Récemment, il a été expulsé de son théâtre à Paris, en 2014 son spectacle Le Mur avait été interdit dans plusieurs villes et le DVD de son one-man show interdit à la vente".
La "justice avait autorisé ses spectacles de Metz et Strasbourg. Dominique Gros, maire PS de la ville, avait "encouragé" cette annulation, à Metz...  L'esprit qui a présidé au formidable rassemblement républicain du 11 janvier 2015 ne doit pas être entaché par des dérapages viciés et toxiques", avait plaidé la municipalité. La ville de Strasbourg avait également demandé à Vega, exploitant du Zénith de Strasbourg, d'annuler un spectacle de Dieudonné programmé ce 13 février dans la capitale alsacienne. La municipalité a par ailleurs demandé au préfet de prendre un arrêté d'interdiction à l'encontre de ce spectacle. Marc Ladreit de Lacharrière, dont le fonds d'investissement contrôle Vega, avait annoncé avoir donné instruction début 2015 face à la polémique à ses équipes de ne pas programmer le spectacle dans ses salles. Mais pour la tournée de 2016 et son nouveau spectacle, le groupe Véga a semble-t-il de nouveau programmé des représentations du polémiste dans ses salles. La Rochelle a ainsi été condamnée en 2012 par l'intermédiaire de la société d'économie mixte gérant son palais des congrès à verser plus de 40.000 euros au polémiste et à sa société pour avoir interdit un spectacle de Dieudonné. Cette condamnation avait ensuite été annulée. Les salles risquent elles aussi d'être attaquées en justice pour "refus de location" si elles refusent une programmation". Le tribunal de Metz "avait été saisi en référé par l'avocat de Dieudonné. La juge des référés avait enjoint la société exploitant les Arènes de "laisser pénétrer immédiatement dans la salle de spectacle" l'artiste et son personnel technique, ainsi que d'ouvrir "l'accès au public au moins une heure avant le spectacle". La juge avait également condamné les Arènes de Metz à 50 000 euros de pénalités en cas de non-respect de cette injonction. Le groupe Véga avait dénoncé cette décision mais le spectacle s’était finalement déroulé". A Metz, environ 4 000 personnes avaient applaudi Dieudonné, dans une salle "configurée pour accueillir des matches de handball". Selon un journaliste du Républicain lorrain spectateur du spectacle, Dieudonné avait émaillé son spectacle de nombreuses références aux Juifs : ainsi, il s'était emparé "d'un fusil d'assaut factice pour mimer des tirs sur les spectateurs, en déclarant : "Si dans le lot, j'ai dégommé un journaliste, juif de surcroît, ils rouvrent le procès de Nuremberg !"  

Dieudonné, l'islam et l'Iran
Rencontres entre Dieudonné et Ahmadinejad en 2009 et 2015, notamment quand ce dernier était président de l'Iran, interviews par des chaines de télévision persanes, film L'Antisémite (2012) coproduit par l'Iran et diffusé sur Internet, soupçons de financement par l'Iran de la campagne du Parti antisioniste en 2009 et 2012 affirmés en 2014 par Manuel Valls, alors ministre de l'Intérieur chargé des Cultes,  et Dalil Boubakeur, recteur de la grande mosquée de Paris, rapprochement avec l'islam... Les relations entre Dieudonné et la république islamique iranienne sont profondes, souvent opaques.

21 novembre 2009, Dieudonné rencontre à Téhéran (Iran) le président iranien Mahmoud Ahmadinejad qu'il considère comme son "guide". Lors d'un entretien d'une heure, tous deux évoqueront le sionisme. Le 22 novembre 2009, Dieudonné est arrivé à l'ambassade de France à Téhéran, en demandant vainement à rencontrer "son amie" Clotilde Reiss, alors assignée en résidence dans l'attente d'une décision judiciaire définitive. Or, tous deux ne se connaissent pas. Le quotidien pro-gouvernemental anglophone Tehran Times (24 novembre 2009) a relaté la participation de Dieudonné à une conférence sur le cinéma au ministère de la Culture et de la guidance islamique. Dieudonné y a exprimé son intérêt pour le cinéma iranien, sans nommer aucun artiste persan, et son souhait d'y contribuer. Il a indiqué avoir été membre d'un jury lors d'un festival du court métrage à Téhéran. Il a allégué avoir discuté avec Javad Shamaqdari, vice-ministre de la Culture et des Affaires cinématographiques, de coproductions avec l'Iran, et a lancé le concept nouveau de Shoahnanas qui se focalise sur la Shoah. Il a déploré qu'il soit impossible d'évoquer la Shoah en France et les annulations de 200 spectacles en raison du "lobby sioniste" en Europe et son "influence sur les médias".

En 2010, Dieudonné évoque Ahmadinejad dans son spectacle Mahmoud.

En 2010 et 2011, Dieudonné est interviewé par une chaîne de télévision iranienne. Le 7 avril 2010, sur la télévision iranienne anglophone Press TV, Dieudonné a déclaré : "on commémore uniquement une souffrance qui concerne la Shoah. Les autres souffrances de l'humanité dues à l'injustice ne sont jamais évoquées. Par exemple, l'esclavage dans les colonies françaises, la guerre d'Algérie, et de nombreux autres événements, ne sont jamais mentionnés". Et d’enchaîner sur la longue litanie sur le "lobby sioniste" et son emprise alléguée en France, la Shoah, "religion dominante", etc.

Le 10 février 2011, sur la chaîne iranienne Sahar 1, Dieudonné a exhorté les chrétiens à se convertir à l'islam.

Le 25 février 2015, Ahmadinejad a twitté sur sa rencontre avec Dieudonné, en mettant en hashtag #A=all4Palestine. Dieudonné lui a remis une quenelle d'or pour son "antisionisme" et être "anti-système".

Un business florissant
Ce faisant, ce gouvernement, les médias et des  dirigeants communautaires ont négligé et occulté au début l'apport de "Dieudoleaks", des révélations obtenues par ce hacker : l'affairisme des Dieudonné et Cie - "quenelle" déposée comme marque, vente de produits dérivés, appels aux donateurs naïfs alors que leur société est bénéficiaire, etc. -, l'insulte de Noémie Montagne ("Sale arabe") sans encourir la moindre poursuite du parquet de Paris, etc. Pour les médias, "Jews are news", pour Dieudonné et Cie, les Juifs et l'antisionisme/l'antisémitisme constituent leur fonds de commerce avoués : « J’espère que demain il ne faudra pas aussi vous payer des droits pour être antisémite ? » (Alain Soral à Noémie Montagne) ; Dieudonné débute son spectacle par une diatribe, très appréciée des spectateurs, contre le rêve américain qui n'aurait réussi que pour les Juifs ! Quid du président Obama ?

Le 9 janvier 2014, Le Parisien révélait : Dieudonné "a versé au fisc, en novembre dernier, 666 620 €. Cette somme... correspond à la totalité des impôts dus par l’artiste après négociations sur les pénalités... Condamné sept fois pour injures et incitation à la haine raciale (quatre autres condamnations relèvent de délits routiers, dont une conduite sans permis), Dieudonné doit encore 65 290 €. Une somme sur laquelle le fisc n’a jusqu’à présent récupéré que 600 €... Une somme de 415 000 € aurait été retrouvée sur les comptes camerounais de la société Ewondo Corp, SARL créée le 11 janvier 2013 à Yaoundé dont Dieudonné serait le responsable légal. Cette somme proviendrait des comptes bancaires de l’ex-épouse de Dieudonné et de l’un de ses fils. Un montage mis à jour dans le cadre d’une enquête du parquet de Chartres".

Le 28 janvier 2014, près de 600 000 euros et 15 000 dollars, en liquide, ont été découverts lors d'une perquisition effectuée, par la Direction centrale de la police judiciaire dans le cadre d'une enquête préliminaire, au domicile de Dieudonné M'Bala M'Bala situé en Eure-et-Loir. Des documents comptables et des disques durs ont été saisis lors d'une perquisition, par des enquêteurs de l'office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales de la Direction centrale de la police judiciaire, au théâtre de la Main d'or ce jour-là.

Le 12 février 2014, Le Canard enchainé a décrit les virements entre les comptes bancaires de Dieudonné (Banque populaire), de Noémie Montagne et de la société Production de la Plume, et a listé le luxueux patrimoine de Dieudonné constitué, souvent à son nom, au fil des récentes années sans que ni le Trésor public ni le ministère de la Justice ne réagissent. Quand au sait comment des Bureaux d'aide juridictionnelle scrutent le patrimoine des justiciables et en excluent injustement ceux remplissant pourtant les conditions d'éligibilité à l'aide juridictionnelle...

Explications. Le premier appel aux fans a réuni 561 000 euros versés par 1 761 donateurs en janvier 2013. Une somme qui a permis à Dieudonné de racheter sa résidence de Saint-Lubin-de-la-Haye (Eure-et-Loir) qui avait été mise en vente aux enchères car il n'avait pas payé sa dette fiscale de  887 135 euros. Parmi ses donateurs : un modeste ouvrier, qui a donné 25 000 euros,  et une administratrice de société qui a versé 165 000 euros. Le deuxième appel aux dons de décembre 2013 visait le paiement des amendes - 65 000 euros - auxquelles il avait été condamné. Ces dons sont abondés par les bénéfices importants réalisés lors de la vente de produits dérivés : un tee-shirt "quenelle" est venu à 20 euros alors que son coût de fabrication s'élève à 4,4 euros.

Quant au patrimoine de Dieudonné, en voici une liste peut-être pas exhaustive :
• "La propriété dont il est légalement le propriétaire, dont une partie en indivision avec son ex épouse : 1,2 hectare de terrain, un tennis, piscine et quatre bâtiments "en sus de sa belle maison principale en pierre" ;
• Des économies qui s'élèvent à 600.000 euros et 15.000 dollars, découverts le 28 janvier par la police sous son matelas ;
• Les 415.000 euros expédiés au Cameroun depuis 2009, par l'intermédiaire de son fils Merlin et de sa première femme ;
• Deux millions d'euros de chiffre d'affaires pour le Théâtre de la Main d'Or ;
• Un quad Polaris d'une valeur d'environ 10.000 euros, acheté en février 2012 ;
• Une péniche de 14 mètres à 68.000 euros, acheté en mars 2012 ;
• Un break Mercedes à 20.000 euro, à son nom, acquis l'été 2013 ;
• Un scooter Yamaha à 1.850 euros, également acheté cet été ;
• Sa maison qu'il a racheté 561.000 euros aux enchères grâce aux dons de ses fans, propriété d'1,5 hectare "avec dépendances et studios".


Le 14 mars 2014, Me Jacques Verdier, un des avocats de Dieudonné, a déclaré à Metronews que son client avait versé au fisc 60 000 € pour les amendes auxquelles il avait été condamné depuis 2000. Dieudonné serait en train de verser 28 000 euros auxquels il a été condamnés en novembre 2013 dans "l'affaire ''Shoah nanas'', "selon une source judiciaire".


Et quid de l'origine des fonds de la liste du Parti antisioniste en 2009 et 2012 ? L'Iran a-t-il financé ces listes et ces candidats, ce qui est interdit par la loi ?  Les "comptes ont été réquisitionnés par la justice". Et depuis tant d'années, aucun résultat ?! Et quelle est la destination des quelques 293 000 € ou 300 000 € de dons privés ? Comment Dieudonné a-t-il pu envoyer selon Le Monde  400 000 € au Cameroun depuis 2009, dont 230 000 € en 2013, sans qu'aucune saisie n'ait pu être effectuée sur son compte bancaire ?

"A 50 ans, son casier judiciaire comptabilise 16 condamnations et plus de 200.000 euros d’amende. En 2014, l'année des polémiques et des interdictions, Dieudonné affichait un résultat d'exploitation de 1.586.534 euros, soit le triple de l'année précédente. Il s'est lancé comme courtier en assurance via son "Ananassurance", une entreprise qui se veut anti-sytème. Un an après le lancement de l’assurance, Dieudonné revendique plusieurs dizaines de milliers de clients". Aux généreux donateurs, il avait promis de verser un million d'euros à Gaza, mais il a offert un million de francs CFA, soit 1500 €".

Condamnations judiciaires tardives
En ce printemps 2014, Dieudonné M'Bala M'Bala est au centre de nombreuses procédures judiciaires. Au début des années 2000, il a bénéficié de nombreuses relaxes, notamment en appel.

Notons la procédure judiciaire initiée devant le Tribunal de Grande instance de Paris par les propriétaires du Théâtre de la Main d'or aux fins d'expulsion, de résiliation du bail de neuf ans les liant à Bonnie Production, société produisant les spectacles de Dieudonné et qui a été radiée, mais non liquidée, pour cessation d'activité le 19 septembre 2013 et de constatation que la société Les Productions de la plume, détenue à parts égales par la mère et l'épouse de Dieudonné, exploite le théâtre en « occupant sans droit ni titre » et doit être expulsée. D'autant qu'aucune assurance n'a été souscrite par cette société pour ce lieu public.  Les propriétaires du théâtre de la Main d'Or (75011) - environ 250 places - l'ont assigné devant la XVIIIe chambre du Tribunal correctionnel de Paris au motif que le bail de cet acteur ne serait plus valable. Le 29 avril 2014, le tribunal a sursis à statuer et reporté au 27 mai 2014. Le prévenu a récusé les magistrats., et entouré de cerbères, il a allégué faire « face à un propriétaire [de théâtre] qui se comporte comme un maître esclavagiste ». Selon les demandeurs, "l'ancienne société de production de Dieudonné M'bala M'bala, Bonnie Productions, a renouvelé en 2010 un bail de neuf ans l'autorisant à exploiter le théâtre. Or la société a cédé en 2011 son droit au bail aux Productions de la Plume, le nouveau producteur des spectacles de Dieudonné, et ce sans l'accord des propriétaires, affirment les plaignants. Bonnie Productions a en outre été radiée des registres le 19 septembre 2013". Lors de l'audience du 24 juin 2014, Me François Dangléhat, n'ayant pas obtenu un énième délai, a quitté la salle avant de plaider. Jugement le 23 septembre 2014.

Le parquet de Paris a diligenté des enquêtes, dont l'une, ouverte en janvier 2014 pour « blanchiment de fraude fiscale », « abus de biens sociaux et recel » et « organisation frauduleuse d'insolvabilité », est assurée par l'Office central de lutte contre les infractions financières et fiscales. Cette enquête "vise les activités professionnelles de Dieudonné M'bala M'bala en lien avec le Théâtre de la Main d'Or et les Productions de la Plume. Selon Tracfin, le service de renseignement de Bercy, des transferts d'espèces lui auraient permis d'échapper au circuit bancaire et au paiement d'une somme due au titre d'un redressement fiscal. Depuis 2009, 415 000 euros auraient été expédiés au Cameroun, à partir des comptes de son ex-femme, Marine Lutinier, et de son fils Merlin". Lors de perquisitions dans les résidences de l'humoriste, les policiers ont saisi 600 000 euros et 15 000 dollars en espèces.

En septembre 2013, une information judiciaire a été ouverte à la suite de la plainte avec constitution de partie civile de la LICRA sur le chef d'« organisation frauduleuse d'insolvabilité ». La LICRA réclame à Dieudonné les dommages et intérêts qu'il avait été condamné à lui verser.

En janvier 2014, une enquête préliminaire a été ouverte après la deuxième plainte de la Licra sur la base de l'article 40 de la loi du 29 juillet 1881 sur la presse. "Confiée à la brigade de répression de la délinquance aux personnes (BRDP)", elle concerne des appels aux dons sur Internet de Dieudonné M'Bala M'Bala afin de financer illégalement le règlement de ses condamnations pénales. Ce prévenu comparaîtra le 28 janvier 2015 pour ces appels aux dons pour couvrir ses condamnations judiciaires.

En mars 2014, une autre enquête préliminaire pour « contestation de crime contre l'humanité et provocation publique à la discrimination », confiée à la BRDP, a été ouverte après la plainte de l'Union des étudiants juifs de France (UEJF) et de l'association J'accuse ! visant des extraits du spectacles de Dieudonné sur la scène de ce théâtre parisien.

Le 29 avril 2014, saisie en référé (procédure d'urgence) par l'UEJF, la XVIIe chambre correctionnelle du Tribunal de Grande instance de Paris (TGI) devait se prononcer sur le "retrait à titre conservatoire d’une nouvelle vidéo antisémite de Dieudonné". Dans cette vidéo « Manuel Valls aka El Blancos, Premier ministre !! » diffusée "sur Youtube le 4 avril 2014, et visionnée par 2 millions d’utilisateurs, Dieudonné appelle les « non-juifs » à se « révolter » et à se « mobiliser » contre "l'occupation et la servitude qui seraient imposées"  par « les Juifs de France ». Dieudonné visait des déclarations de Manuel Valls, alors ministre de l'Intérieur, lors d'un rassemblement contre l'antisémitisme en mars 2014 au cours duquel il avait estimé que « les juifs de France sont plus que jamais les Français à l'avant-garde de la République et de nos valeurs ». L'UEJF  considérait que divers passages de la vidéo incriminée constituaient le délit de provocation à la discrimination, la haine ou la violence à l'égard des Juifs. Avec l'association «  J'accuse », l'UEJF réclamait 50 000 € de dommages et intérêts, qu'elles s’engageaient à verser au Mémorial de la Shoah à Paris.  Lors de l'audience du 6 juin 2014 devant la juge des référés, Mme Sautereau, l’UEJF a aussi sollicité la communication du texte du nouveau spectacle de Dieudonné, « Provocation à la haine », annoncé dans la vidéo et que "son auteur présente comme « un cran » supplémentaire dans l’antisémitisme obsessionnel qui constitue son fonds de commerce". Le 6 juin 2014, et fait rare, le parquet était représenté et a soutenu la demande de retrait de la vidéo incriminée, mais non la communication du texte du spectacle futur. Dieudonné M'Bala M'Bala "s'est engagé devant la présidente à demander à Germain Gaiffe, un détenu qui purge 30 ans de réclusion criminelle pour assassinat et qu'il a présenté comme le responsable de la publication de la vidéo litigieuse, de la retirer à titre conservatoire". C'est sur le compte "iamdieudo", compte personnel de Dieudonné M'Bala M'Bala que cette vidéo a été publiée, a insisté Me Stéphane Lilti, avocat de l'UEJF, pour qui "l'invocation d'un détenu comme directeur de la publication est une "martingale". Pour Sacha Reingewirtz, président de l'UEJF : « Le retrait de cette vidéo marque un coup d’arrêt à la propagation d’un énième message antisémite de Dieudonné. Mais au-delà de la responsabilité de Dieudonné dont l’antisémitisme ne surprend plus personne, il faut à l’avenir que le site Youtube prenne ses responsabilités pour ne plus être  la plateforme privilégiée des idéologues racistes ou antisémites pour trouver de l’écho ». Le 20 juin 2014, la juge des référés du  TGI de Paris a rejeté la requête de l'UEJF.  elle a estimé que, s'ils « pouvaient légitimement heurter et choquer », les passages incriminés visaient « principalement à stigmatiser et jeter le discrédit sur Manuel Valls, et à dénoncer le statut privilégié que le ministre de l'Intérieur reconnaîtrait aux juifs de France ». La juge a indiqué que « les prises de position (de Manuel Valls) hostiles au défendeur (Dieudonné) et les mesures mises en œuvre à son encontre sont de notoriété publique ». La juge a estimé aussi « qu'en l'état les associations ne justifient pas, au vu de la teneur de la seule annonce faite par (Dieudonné) de son prochain spectacle, d'un motif suffisamment légitime pour procéder à une mesure aussi restrictive de la liberté d'expression ». Me François Dangléhant, avocat de Dieudonné, s'est réjoui de ce jugement : « Le valeureux Dieudonné ne faisait qu'exercer son droit de réponse à Manuel Valls, de façon certes un peu brutale ». Avocat des associations, Me Stéphane Lilti va interjeter appel « d'une décision que nous jugeons injuste » : « Le juge a considéré que les propos visaient le Premier ministre alors que Dieudonné désigne le Premier ministre comme le bras armé des juifs et leur protecteur ». « Dieudonné continue d'être le principal propagandiste antisémite de ce pays », a alerté Sacha Reingewirtz, président de l'UEJF, qui a fustigé le « contournement » des lois par l'humoriste controversé dans ses vidéos et jugé « impossible de le laisser s'abriter derrière la liberté d'expression alors qu'il est le principal propagateur de haine ».

Ouverte en mai 2013, l'enquête visant Dieudonné M'bala M'bala sur le financement du Parti antisioniste aux européennes de 2009 et aux législatives de 2012 a été classée sans suite en février 2014. A l'origine de cette enquête : le signalement du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) qui évoquait une vidéo sur Internet dans laquelle le colistier de Dieudonné, l'essayiste d'extrême-droite Alain Soral, parlait des financements iraniens.

Selon Le Parisien, Dieudonné est visé depuis mars 2014 "par une nouvelle enquête préliminaire ouverte par le parquet de Paris pour travail dissimulé à la suite d'un signalement des services de la préfecture de région Ile-de-France en début d'année. Confiées à la brigade de répression de la délinquance aux personnes (BRDP) du 36, quai des Orfèvres, les investigations portent sur des soupçons de travail dissimulé au sein des deux sociétés qui produisent les spectacles et les DVD de l'humoriste controversé. Il s'agit de la quatrième procédure pénale en cours qui touche directement ses activités professionnelles ou son patrimoine". La Direction régionale de l'emploi et du travail s'était rendue compte que les déclarations remplies par les sociétés de Dieudonné "concernant ses employés « n'étaient pas conformes à la réalité », selon un proche du dossier. Des manœuvres administratives lui auraient permis de ,ne pas verser des cotisations.  L'enquête concerne les deux entreprises dans lesquels Dieudonné apparaît comme le gérant de facto, bien que son nom n’apparaît pas dans les statuts : Bonnie Productions, fermée en 2013, et les Productions de la Plume. Noémie Montagne, épouse de Dieudonné, gérante et coactionnaire des Productions de la Plume, est visée par l'enquête policière.

"En plus de cette nouvelle procédure, trois enquêtes sont toujours en cours au tribunal de grande instance de Paris : l'une pour fraude fiscale, une autre pour organisation d'insolvabilité et une troisième pour avoir lancé un appel aux dons sur Internet dans le but de régler ses amendes, ce que la loi interdit. Des amendes qui restaient par ailleurs impayées pour un montant total d'environ 65 000 €, et dont il s'est finalement acquitté au printemps sous la menace d'un emprisonnement.

Selon BFMTV, Dieudonné M'Bala M'Bala a déposé une énième plainte contre Manuel Valls, début avril 2014, auprès de la Cour de justice de la République (CJR), "seule instance habilitée à enquêter et juger sur les actes commis par des ministres dans l'exercice de leur fonction". Il le poursuit pour "injures et diffamation". Il aurait visé aussi le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve.

Déposée en janvier 2014, une précédente plainte en diffamation avait été classée sans suite par la CJR en mars 2014. Dieudonné y visait des propos de Manuel Valls, alors ministre de l'Intérieur, le 31 décembre 2013 sur RTL : l'actuel Premier ministre avait qualifié la quenelle de "geste de haine, un geste antisémite (...) un geste nazi inversé" et souligné que "l'obsession de ce personnage, c'est la haine du juif". Selon une source proche du dossier, "la commission des requêtes de la CJR avait rejeté la plainte du polémiste estimant que le délit de diffamation n'était pas suffisamment caractérisé" : ses "propos traduisent un "jugement de valeur", mais pas l'imputation d'un fait précis". "Au vu de cette décision, on peut se demander s'il n'existe pas une immunité des ministres en exercice pour les questions de diffamation. La commission des requêtes sert de barrage. Mais nous sommes sereins car nous avons plusieurs autres plaintes à déposer à la CJR contre Manuel Valls", avaient alors déclaré Mes David de Stefano et Sanjay Mirabeau, avocats de Dieudonné, à l'AFP.

Le 26 novembre 2014, Dieudonné M'Bala M'Bala comparaîtra devant la XVIIe chambre du tribunal correctionnel de Paris pour « injure publique à caractère antisémite et provocation à la haine et à la violence », en raison de ses propos sur scène visant le journaliste Patrick Cohen : « Quand je l'entends parler, Patrick Cohen, je me dis, tu vois, les chambres à gaz… Dommage ».

Nouvelle procédure à venir ? L'artiste Ken Barthelmey a écrit à Dieudonné et à son équipe afin qu'ils respectent son droit d'auteur, retirent cette affiche et l'indemnisent pour ce qu'il considère être un plagiat : le 4 juillet 2014, il a indiqué sur Facebook qu'un "comédien français utilise mon travail pour son nouveau spectacle sans mon autorisation". Il a donné mandat à son avocat Me Thierry Reisch de poursuivre pour contrefaçon Dieudonné si celui-ci maintient son affiche de son spectacle La bête immonde en considérant qu'il s'agit d'une parodie.

Ces procédures judiciaires n'empêchent pas Dieudonné de continuer à poster ses vidéos. Dans sa vidéo publiée le 11 juin 2014, Dieudonné M'Bala M'Bala a ciblé l'acteur Pascal Elbé, qu'il a appelé "le Juif Elbé" : il a ajouté sur les commentaires de la série télévisée dans laquelle Pascal Elbé vante "la variété de l'Etat d'Israël en perpétuel mouvement, sa manière de vivre" de "pauvres Palestiniens", notamment celles controversées des "al-Dura" (1'03'').

Le 26 juin 2014, le tribunal administratif de Poitiers a rejeté la requête en indemnisation de Dieudonné M'Bala M'Bala qui réclamait 53 600 euros à la commune de Saint-Benoît, dans l'agglomération de Poitiers (Vienne) qui avait annulé son spectacle Je fais l'con en février 2009. Pour justifier son refus, cette commune avait expliqué que Dieudonné avait fait monter sur scène à Paris le négationniste Robert Faurisson. Dieudonné avait alors interprété une autre version de ce spectacle à l'intérieur "d'un bus stationné sur la place de la mairie de Poitiers. Les pertes financières liées à l'annulation avaient entraîné le dépôt d'une requête devant ce tribunal" aux fins d'indemnisation. Le tribunal administratif a suivi "la ligne tracée voilà quinze jours par le rapporteur public.  Ce dernier avait avancé trois raisons : la SARL Productions de la Plume n'était pas encore créée au moment de l'annulation du spectacle, le contrat ayant été signé avec Bonnie Production; le nom de Dieudonné M'Bala M'Bala n'apparaît dans aucun des documents contractuels, le trouble à l'ordre public était bel et bien caractérisé".

Le 10 juillet 2014, Dieudonné a été mis en examen pour fraude fiscale, blanchiment et abus de biens sociaux. Il n'aurait pas déclaré toutes ses recettes et aurait envoyé à l'étranger la partie non déclarée, La justice enquête sur plus de 400 000 euros envoyés au Cameroun, entre 2009 et 2013, 

Le 15 juillet 2014, le Tribunal de Grande instance de Cayenne (Guyane) condamné à neuf mois de prison ferme et 50 000 euros d'amende Anne-Sophie Leclère, ex-candidate du Front national aux élections municipales à Rethel (Ardennes), qui avait publié sur Facebook un dessin, dont elle n'était pas l'auteur, comparant Christiane Taubira, ministre de la Justice, à une guenon, et le Front national à 30 000 euros d'amende - "les personnes morales ne pouvaient être poursuivies pour des infractions de presse" -, pour un délit « d’injure publique à caractère raciste » et de « provocation publique » (articles 33-3 et 24 de la loi du 29 juillet 1881). La "peine maximale prévue par la loi est d’un an d’emprisonnement pour de tels faits". La prévenue n'était ni présente - elle n'avait pas l'argent pour assurer ses frais de transport et séjour en Guyane - ni représentée : aucun avocat n'a voulu la défendre. Le TGI est allé au-delà des réquisitions du parquet. "Les magistrats jugent en droit, c'est-à-dire qu'ils ne jugent pas selon leur fantaisie, ils jugent selon le Code pénal. Ce verdict rappelle simplement ce qui est prévu par le Code pénal comme sanction sur de tels délits", a déclaré la Garde des Sceaux le 16 juillet 2014, à l'Elysée.  Des magistrats n'ont pas fait preuve de la même sévérité en particulier à l'égard de Dieudonné.

En juillet 2014, le juge des référés, juge de l'urgence et de l'évidence, du Tribunal de Grande instance de Paris avait condamné Dieudonné pour sa chanson "Le rat", détournement de "L'aigle noir" de Barbara. Le 22 janvier 2015, le Tribunal de Grande instance de Paris a condamné au fond Dieudonné à payer aux ayants-droit de Barbara 50.000 euros pour avoir détourné la chanson "L'aigle noir". Sur la musique de cette chanson, Dieudonné avait écrit des paroles différentes et changé le titre en "Le rat noir" qu'il avait interprétée dans une séquence vidéo commentée et diffusée sur son site Internet. Représentés par Bernard Serf, neveu de Barbara (1930-1997), les ayants droit de la compositrice-parolière-chanteuse avaient demandé le retrait de la vidéo et l'indemnisation de leur préjudice moral. "Dans le commentaire diffusé en fond de la chanson", Dieudonné, qui revendiquait une parodie, "qualifiait la chanteuse de "cinglée" et de "tarée" et évoquait, en des termes très crus, l'histoire de Barbara. "L'aigle noir" avait été une manière pour elle de parler de son passé et de l'inceste qu'elle avait subi enfant. En outre, le choix du titre, "Le rat noir", "(visait) la judéité" de Barbara, reprenant "une représentation commune aux antisémites", selon les ayants droits pour qui la chanson détournée avait notamment pour but d'"humilier" Barbara". Dieudonné a interjeté appel de sa condamnation. Le 12 mai 2015, le TGI de Paris a condamné Dieudonné à verser  à ces ayants-droit 80.000 euros de plus : "Dans la décision en référé, le juge avait ordonné le retrait de la vidéo sous astreinte". Or, Me Caroline Mécary, avocat des ayants-droit, "a produit plusieurs constats d'huissier montrant que la chanson Le rat noir était toujours accessible sur le site plusieurs mois après." 

Le 5 septembre 2014, RTL a révélé que le parquet de Paris venait d'ouvrir une enquête préliminaire contre Dieudonné M'Bala M'Bala pour "apologie d'actes de terrorisme", une infraction passible de cinq années de prison. Dieudonné M'Bala M'Bala est poursuivi pour sa vidéo "Feu Foley" diffusée sur Internet et dans laquelle il compare l'assassinat du journaliste américain James Foley, en août 2014 par les djihadistes de L’Etat islamique, et celui du colonel Kadhafi en Libye ou la mort de Saddam Hussein en Irak. Il allègue que des deux dernières morts n'ont jamais ému "la mafia des Rothschild" : "La décapitation symbolise le progrès, l’accès à la civilisation", L'enquête est menée par la Brigade de répression de délinquance aux personnes (BRDP) de la police judiciaire parisienne. 

Une procédure judiciaire qui s'ajoute à celles pour "organisation frauduleuse d'insolvabilité", "blanchiment et abus de biens sociaux", "incitation à la haine raciale et pour injure publique".

Le 26 septembre 2014, la Cour d'appel de Poitiers a réformé le jugement ayant condamné l'Espace Encan, société gérant le palais des congrès de La Rochelle, à verser plus de 40 000 euros à Dieudonné pour avoir annulé en 2009 une des représentations spectacle "J'ai fait l'con", Le 26 décembre 2008, Dieudonné avait invité sur la scène du Zénith à Paris le négationniste Robert Faurisson. Maxime Bono, alors maire socialiste de cette ville, avait interdit ce spectacle prévu le 17 avril 2009 : il avait fondé son arrêté sur l'« inadéquation avec l'esprit et l'image de La Rochelle » et d'éventuels « troubles à l'ordre public ». Dieudonné avait joué dans un bus sur un parking de La Rochelle et Bonnie Production, sa société de spectacles, avait sollicité du tribunal de commerce de la ville l'indemnisation de son préjudice. Le 31 août 2012, ce tribunal avait condamné la SEM La Rochelle Evénements, société d'économie mixte gérant l'Espace Encan, à verser plus de 40 000 euros à Bonnie Productions. La mairie de La Rochelle avait interjeté appel : "Cette condamnation de la ville de La Rochelle pour préjudice moral à l'égard de monsieur Dieudonné est inadmissible, puisque le préjudice c'est bien lui qui nous le fait subir en banalisant des idées nauséabondes", avait alors déclaré Maxime Bono à l'AFP. Me Pierre-Frédéric Boudière a déclaré à l'AFP avoir orienté les débats devant la Cour d'appel de Poitiers "sur une clause contractuelle, et non pas sur le terrain de la liberté d'expression", en insistant sur une des clauses du contrat accordant à cette SEM "expressément le droit de ne pas contracter pour le motif de la non-adéquation avérée ou révélée de la manifestation avec l'objet, l'esprit ou l'image de ses sites ou de la ville." Cette Cour d'appel a accueilli cette argumentation et a débouté Dieudonné. Selon cet avocat, l'arrêt a été signifié la semaine  du 13 octobre 2014. 

Le 17 octobre 2014, le parquet a confirmé que Dieudonné M'Bala M'Bala avait été mis en examen pour fraude fiscale, blanchiment et abus de biens sociaux à Paris, datant du 10 juillet. Selon Le Monde, "après une enquête préliminaire du parquet de Paris portant notamment sur le patrimoine et des mouvements de fonds de l'humoriste, une information judiciaire avait été confiée au début d'avril au juge Renaud van Ruymbeke" pour "organisation frauduleuse d'insolvabilité et escroquerie", mais le prévenu "n'a pas été mis en examen pour ces chefs. Les enquêteurs se sont notamment interrogés sur plus de 400 000 euros expédiés depuis 2009 au Cameroun (dont 230 000 pour la seule année 2013), pays où il a des liens familiaux, alors que le polémiste, condamné à plusieurs reprises par les tribunaux, n'acquittait pas le montant de ses amendes. Il les a depuis payées".

Dieudonné était absent de l'audience du 26 novembre 2014 où il devait répondre pour son appel aux dons, dans une vidéo de fin décembre 2013, publiée sur Internet, visant à faire payer par autrui ses condamnations pécuniaires : une amende de 28 000 euros infligée par la Cour d'appel de Paris, le 28 novembre 2013, pour diffamation, injure et provocation à la haine et à la discrimination raciale pour des déclarations et la chanson « Shoah nanas » - dans une vidéo, Dieudonné usait de l'« anataxe » pour chanter cette version détournée, parodiée, de « Chaud cacao » d'Annie Cordy - via des vidéos sur la Toile. Dieudonné déclarait sur Internet  : "Continuez à donner", "Ce n'est pas de l'argent perdu", "Plus vous m'aidez évidemment et plus on met le système en difficulté". Un appel aux dons pénalement sanctionné, quelle que soit sa conséquence. Un appel prohibé par la loi qui prévoit une peine de six mois d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende pour « ouvrir ou annoncer publiquement des souscriptions ayant pour objet d'indemniser des amendes, frais et dommages-intérêts prononcés par des condamnations judiciaires ». Lors de l'audience devant la XVIIe chambre du tribunal correctionnel de Paris du 26 novembre 2014, Annabelle Philippe, procureur, avait pourfendu la posture de Dieudonné, qui signifie "Je me fiche du système", "Pas question que je paie tout seul". Des propos "sans équivoque" d'un "multirécidiviste", condamné pour antisémitisme et ne se souciant pas de payer ses amendes. La procureur avait requis une peine de 150 jours-amende à 150 euros, ce qui signifie que Dieudonné sera emprisonné s'il ne verse pas l'amende de 22 500 €. Avocat de Dieudonné, Me Sanjay Mirabeau, avait sollicité la relaxe de son client, en alléguant que les "donateurs" payaient l'« anataxe » et en échange recevaient une vignette. D'un montant total de 5 500 €, les "sommes ainsi perçues ont été déclarées fiscalement comme des dons, assure Me Mirabeau", qui a ajouté que les chèques étaient libellés aux Productions de la Plume. Lors de l'audience du 26 novembre, le "parquet avait requis une peine de 150 jours-amende à 150 euros, impliquant que le condamné voit sa peine transformée en emprisonnement s'il ne s'acquitte pas de la totalité de l'amende, soit 22 500 euros". Selon Me Mirabeau, Dieudonné aurait payé en février 2014 toutes ses amendes. Le 16 janvier 2015, le tribunal correctionnel de Paris a condamné Dieudonné à 6 000 euros d'amende pour son appel aux dons sur Internet à la fin décembre 2013 destiné à payer des amendes antérieures, dont l'une de "28 000 euros d'amende, prononcée par la cour d'appel de Paris le 28 novembre 2013 pour diffamation, injure et provocation à la haine et à la discrimination raciale pour des propos et une chanson, "Shoah nanas", dans deux vidéos diffusées sur Internet"

Me Sanjay Mirabeau a précisé que Dieudonné "est toujours visé par quatre contrôles fiscaux, deux pour des personnes physiques, lui même et son épouse Noémie Montagne, et deux pour les sociétés Productions de la Plume et E-quenelle".

"Après un appel aux dons, Dieudonné avait aussi reçu près de 1.400 chèques, pour une somme d'environ 550.000 euros... Selon Me Mirabeau, il s'agissait de « prêts », qui ont tous été remboursés".

Le 12 décembre 2014, le Tribunal administratif de Nantes a estimé que l'arrêté municipal d'Angers  (Maine-et-Loire) ayant interdit le 20 avril 2011 le spectacle Mahmoud de Dieudonné M'Bala M'Bala était entaché d'une "illégalité fautive" : "La mairie d'Angers n'établit pas en quoi elle n'était pas en mesure de répondre à ces atteintes à l'ordre public par un déploiement de forces de l'ordre plus important". Mais ce Tribunal a débouté la société de production Phone Mobile de sa demande de 70 000 euros au titre des dommages et intérêts visant Angers : il a considéré que le préjudice concernait essentiellement le différend entre la Maison pour tous (MPT) de Monplaisir, qui devait accueillir ce spectacle et avait lancé une procédure judiciaire "pour faire annuler la réservation de la soirée payante, publique" et s'inscrivant "dans la tournée de Dieudonné", et la société Phone Mobile, ainsi que le lien de causalité entre l’arrêté municipal d'Angers et le préjudice allégué par le demandeur n'était pas prouvé. En mars 2011, Dieudonné M’Bala M’Bala avait été condamné pour injure à caractère antisémite. Le 20 avril 2011, le maire d'Angers avait par arrêté municipal interdit le spectacle de Dieudonné M'Bala M'Bala prévu le soir à la MPT de Monplaisir en se fondant sur les "importantes animosités que la seule présence de Dieudonné (suscitait)" et un contexte local spécifique. Dieudonné M'Bala M'Bala avait d'une part contesté la légalité de cet arrêté devant la justice administrative et, d'autre part, interprété son spectacle à Contigné devant 150 à 300 spectateurs.

Dieudonné a comparu le 28 janvier 2015, pour provocation à la haine raciale après ses propos sur Patrick Cohen, journaliste de France Inter et France 5, en décembre 2013, lors de son précédent spectacle "Le Mur" : "Tu vois, lui, si le vent tourne, je ne suis pas sûr qu'il ait le temps de faire sa valise. Quand je l'entends parler, Patrick Cohen, je me dis, tu vois, les chambres à gaz… Dommage". Arrivé avec une heure et demie de retard au Tribunal, le lendemain d'une représentation de son spectacle à Val-de-Ruz (Suisse), Dieudonné M'Bala M'Bala a ri discrètement en entendant la juge présidant la XVIIe chambre correctionnelle du TGI de Paris lire des extraits de son spectacle, dans lequel il épingle ce tribunal. Si Radio France avait porté plainte, elle n'est pas partie civile, tout comme Patrick Cohen, absent de l'audience. Dieudonné M'Bala M'Bala a déclaré ; "Patrick Cohen a pondu une liste de gens qu'il n'inviterait pas, dont je fais partie, qui auraient "le cerveau malade". Ça a fait 'tilt' en moi, car cette expression renvoie aux poncifs sur l'homme noir à l'intelligence moindre. J'aurais pu porter plainte mais j'ai préféré répondre à Patrick Cohen sur mon terrain : l'humour". Or, la diffusion de l'émission dans laquelle Patrick Cohen avait usé de l'expression "cerveau malade" révèle que cette dernière ne visait pas directement le prévenu. Celui-ci "peine à convaincre que son expression "Dommage" n'est pas une forme de regret de la disparition des chambres à gaz. Difficile, dès lors, de faire croire à un sketch léger écrit en réponse à une injure. Le polémiste change de terrain et, dans son seul moment de colère à l'audience, lance à la juge : "Est-ce que j'ai le droit de faire rire ?" Sa ligne de défense résumée en une question. "Ce n'est pas à vous de poser les questions", lui rétorque la présidente, mais Dieudonné tient son cap". Dieudonné nie être antisémite : "L'antisémitisme n'est pas drôle. Pour faire rire les gens, il faut qu'ils décèlent une distance. Jamais le racisme ou l'antisémitisme, au premier degré, ne font rire... Ça peut déranger, mais je fais rire... On ne vient pas chercher la vérité historique à mon spectacle, on vient chercher le rire, La Shoah est un crime contre l'humanité mais elle doit pouvoir être traitée par le rire, comme Mahomet dans Charlie Hebdo". Même dans l'outrance, il récuse toute "incitation à la haine" et "revendique la liberté d'expression". Partie civile, la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA) a déclaré : "Dieudonné qui invoque la liberté d'expression, c'est comme un trafiquant de stupéfiants qui invoquerait la liberté du commerce et de l'industrie. Il ne s'agit pas de la liberté d'expression mais d'un délit : l'appel à la haine". La procureure a requis deux peines de 150 jours-amende à 100 euros, soit 30 000 euros-amende. Le 19 mars 2015, Dieudonné a été condamné à 90 jours-amende à 100 euros, soit 22 500 euros en jours-amende, pour provocation à la haine raciale, pour ses propos désignant le journaliste Patrick Cohen, non partie civile au procès. S'il ne paie pas toute cette amende, il sera mis en prison. 

Le 19 mars 2015, la XVIIe chambre du Tribunal correctionnel a condamné Dieudonné à une peine de 90 jours-amende à 150 euros pour avoir déclaré, lors de ce spectacle "Le Mur" : "Je n'ai pas à prendre parti entre les Juifs et les nazis. Je n'étais pas né, je ne sais pas qui a provoqué qui, qui a volé qui... Mais j'ai ma petite idée", et la chanson "Shoah nanas".

Le 5 février 2015, Dieudonné a comparu devant la chambre 16-2 chargée des dossiers de terrorisme au Tribunal correctionnel de Paris pour apologie du terrorisme, car il a brièvement posté le 11 janvier 2015, après les grandes manifestations, sur son compte Facebook ce message : "En ce qui me concerne, je me sens Charlie Coulibaly", terroriste auteur de l'assassinat d'une jeune policière et de la prise d'otages et des meurtres antisémites dans un hypermarché kacher près de Paris. Il a déclaré condamner "sans réserve et sans ambiguïté ces attentats et toute violence en général" - il a écrit en 2002 Lettres d'insulte (Le Cherche midi) illustré par Tignous, dessinateur de Charlie hebdo assassiné par les terroristes islamistes Chérif et Saïd Kouachi le 7 janvier 2015 -, avoir écrit un "ressenti personnel, un sentiment profond et intime", "un message de paix" - « Jésus n'embrasse-t-il pas et Charlie et Coulibaly ? Ne réconcilie-t-il pas les deux dans une même paix ? » non compris, ce qui selon lui exclurait toute apologie, et s'est senti Coulibaly en alléguant s'être "senti exclu de la marche, traité comme un terroriste dans son propre pays". Le "procureur a requis 200 jours amende à 150 euros, soit 30 000 € d'amende sous peine d'emprisonnement. Le 18 mars 2015, Dieudonné a été condamné à deux mois de prison avec sursis pour apologie d'actes de terrorisme. Selon une source judiciaire du 25 mars 2015, il a interjeté appel de sa condamnation.

Le 4 mars 2015, à la demande de la LICRA, la justice a interdit la commercialisation du DVD du spectacle Le Mur de Dieudonné en raison de passages incitant à la haine et à la violence.

Fin mars 2015, Dieudonné a assisté pendant une heure au troisième jour du procès, devant la Cour d'assises de Bobigny, de quatre prévenus français Juifs comparaissant pour «violences volontaires en réunion ayant entraîné la mort sans intention de la donner avec usage ou menace d’armes » le 30 mars 2010. Il se tenait auprès des proches de Saïd Bourarach, vigile. Il avait écrit un sketch sur cette affaire en le débutant par "Libérez Fofana".

Prévu dans la salle Antwerps Sportpaleis de Forest-National le 17 mai 2015, le spectacle « La Bête Immonde » n'aura pas lieu. Le 13 avril 2015, le juge des référés du tribunal de Bruxelles a estimé que les Productions de la Plume avaient "sciemment trompé le propriétaire de la salle sur la nature du spectacle". Signé en août 2014, le contrat les liant visait le spectacle « La Bête ». Alerté par la LBCA (Ligue belge contre l’antisémitisme), le propriétaire de l'Antwerps Sportpaleis avait hésité et renoncé à mettre en vente les tickets. Pour le contraindre, les Productions de la Plume avaient saisi le tribunal civil de Bruxelles qui a rejeté ses demandes, et accueilli les arguments de la salle et de la LBCA, "intervenante volontaire dans la procédure". Il a considéré que les Productions de la Plume avaient annoncé dans le contrat « la Bête », et non la « Bête Immonde ». Ce qui représente une "référence à Bertold Brecht et à son allégorie du nazisme, du fascisme et de l’antisémitisme (« Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde »). Le tribunal a donc annulé ce contrat. « C’est la première fois en Belgique qu’un tribunal prend pareille décision à l’encontre d’une manœuvre de Dieudonné », a constaté avec satisfaction Joël Rubinfeld, le président de la LBCALe bourgmestre de Forest, Marc-Jean Ghyssels, "avait annoncé son intention de prendre des mesures de police pour interdire le spectacle en raison de risques de troubles de l’ordre public".

Le 21 avril 2015, sur I-Télé, Najat Vallaud-Belkacem a déploré la solitude de Manuel Valls quand il a fait interdire des spectacles de Dieudonné. Elle a déclaré que Dieudonné avait fait énormément de mal dans la jeunesse".

Le 12 mai 2015, le Tribunal correctionnel de Paris a condamné Alain Soral pour avoir effectué fin 2013 une quenelle au Musée de l'Holocauste à Berlin (Denkmal für die ermordeten Juden Europas, Mémorial des Juifs d'Europe assassinés) et avoir diffusé sur Internet la photographie le montrant effectuant ce geste. Il l'a condamné à 10 000 € d’amende (cent jours d'amende d'un montant unitaire de cent euros) et à verser ce montant en cent jours. "En cas de non-paiement, les jours-amendes deviennent des jours de détention, et le condamné effectue tout ou partie de sa peine en prison. Le tribunal l’a aussi condamné à verser 14 001 euros de dommages et intérêts au profit des sept associations qui s’étaient constituées parties civiles", dont le BNVCA.  Il avait été saisi, par l'UEJF et l'association J'accuse, par voie ce citation directe pour injures publiques à caractère racial. Lors de l'audience, trois anciens déportés avaient exprimé leur indignation. "Je n'aurais jamais pensé que quelqu'un dans ce lieu puisse faire autre chose que de penser, de se recueillir", avait déclaré Isabelle Choko, déportée au camp d'Auschwitz-BirkenauLa procureure Annabelle Philippe, rappelant que Alain Soral avait déjà été condamné à deux reprises pour des propos visant la communauté juive, avait estimé : « Il y a un moment où il faut s'extraire de ce geste et se pencher sur le propos habituel de son auteur ». La magistrate avait demandé la condamnation de l’auteur de ce geste sans requérir de peine précise. Les parties civiles ont, elles, réclamé des dommages et intérêts à hauteur de 250.000 euros".

Laxisme ? Beaucoup de peines sous forme de jours-amende...

Le 6 mai 2015, Dieudonné a été mis en examen pour organisation frauduleuse d'insolvabilité, "en lien avec les dommages et intérêts qu'il devait à la Licra, après des condamnations en 2006, 2007 et 2010. Dieudonné est soupçonné d'avoir tenté d'échapper au paiement des sommes, notamment en expédiant des fonds au Cameroun, pour plus de 450.000 euros entre 2009 et 2014, ou en dissimulant des espèces en sa possession, a précisé la source. En janvier 2014, lors de perquisitions, la police avait trouvé quelque 650.000 euros en liquide à son domicile.  Dans ce dossier, instruit par le juge Renaud van Ruymbeke, Dieudonné a déjà été mis en examen en juillet 2014 pour fraude fiscale, blanchiment de fraude fiscale et abus de biens sociaux. Condamné à plusieurs reprises par les tribunaux pour ces provocations verbales, dont certaines à caractère antisémite, mais aussi pour des délits routiers, il ne s'était pas acquitté de ses amendes et dommages et intérêts pendant des années.  Le parquet de Paris avait ouvert une enquête afin de se pencher sur son patrimoine réel. La Licra, qui a fait condamner Dieudonné à des dommages et intérêts, avait également porté plainte. Finalement, le polémiste avait commencé à régler ses amendes au premier trimestre 2014, alors qu'il devait 65.000 euros au trésor public.   "La Licra, qui a été la première à initier une plainte sur le plan financier contre Dieudonné M'Bala M'Bala, voit son action retenue par la justice. Nous nous en félicitons", a réagi l'avocat de l'association, Maître David-Olivier Kaminski". 

Le 29 septembre 2015, le juge des référés du Tribunal de Grande instance de Paris a accueilli la demande d’expulsion de Dieudonné du théâtre de la Main d’or, où il y présentait ses spectacles depuis 15 ans. Mais il n'a pas ordonné l'exécution provisoire. Me François Dangléhant a annoncé que son client, Dieudonné, interjettera appel de ce jugement. L'appel est suspensif. Ce qui permet d'éviter son "expulsion immédiate". "Les propriétaires du théâtre estimaient, en effet, que leur salle est occupé « sans droit ni titre ». En effet, la société Bonnie Productions, qui produisait les spectacles de Dieudonné et a signé en 2010 un bail de neuf ans l'autorisant à exploiter le théâtre, a été radiée du registre du commerce et des sociétés « pour cessation d'activité » en 2013".

Ce mardi également, Dieudonné, habitué des tribunaux, aura un autre rendez-vous judiciaire parisien, la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra) demandant l'interdiction de la vente du DVD du spectacle prohibé de Dieudonné, « Le Mur ». Le DVD, proposé à la vente sur le site du polémiste au prix de 40 €, contient également la version remaniée, et autorisée celle-là, rebaptisée « Asu Zoa ». 

Le 9 octobre 2015, le Tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis) a confirmé la résiliation du bail, dit de courte durée, soit deux ans, d'un lieu de 1 500 mètres carrés entre la SARL des Ateliers Christofle, filiale du groupe Madar, expert en immobilier de bureaux et d'entreprises, et Noémie Montagne, compagne de Dieudonné, et gérante des Productions. Le 8 septembre 2015, le contrat signé entre cette SARL, qui a asséné que, pour des raisons morales, elle n'aurait "jamais loué à un négationniste qui a déjà été condamné à plusieurs reprises par les tribunaux", et Les Productions de la Plume, faisait apparaître le nom de Noémie Montagne, compagne de Dieudonné. Le propriétaire est convaincu d'avoir été trompé, et a dénoncé le bail mi-septembre en arguant d'un vice du consentement. Il a aussi "fait murer les entrées avant même que Dieudonné n'ait pu y donner des spectacles". « Quand on l'a appris, on a voulu se protéger pour des raisons de sécurité, car il y a un risque de trouble à l'ordre public, et pour assurer la tranquillité des riverains », a indiqué Me Odile Cohen, avocate du propriétaire, Alain Madar. Celui-ci a déclaré : « Nous refusons de favoriser une entreprise de spectacles qui sème la haine et entretient la division entre les membres de la communauté nationale...  Notre consentement a été vicié dans la mesure où, si nous avions su que cette société était, entre autres, la société de production de Dieudonné M’Bala M’Bala, nous n’aurions jamais donné notre accord pour la signature de bail... [Et d'alerter sur] les troubles de jouissance au voisinage et les troubles à l’ordre public qui se sont produits par le passé en d’autres lieux ». Me François Dangléhant, un des avocats de Dieudonné, a indiqué « Nous avons fait constater par huissier qu'ils ont muré les entrées et installé trois vigiles avec des chiens ». « La juge a décidé que nous devions enlever les parpaings et redonner accès au lieu. Mais le bail reste suspendu tant que le jugement sur le fond n'est pas rendu, ce qui prendra un an », a expliqué Me Odile Cohen.

Le « groupe Madar envisage de proposer, à titre gracieux, au Mémorial de la Shoah les locaux du site Christofle », indique maître Odile Cohen. Ce groupe souhaite ainsi contribuer à « sensibiliser les enfants et les jeunes de Seine-Saint-Denis aux crimes contre l’humanité et à toutes les formes de racisme, d’antisémitisme et négationnisme ». Il préfère que soient proposés aux élèves et à leurs enseignants du département, « des activités pédagogiques, au travers d’expositions, films, conférences visant à affirmer les valeurs de tolérance et de respect de l’autre ».

Élu en charge de la lutte contre les discriminations, Madjid Messaoudene a lancé le 5 octobre 2015 une pétition afin de déclarer « Dieudonné persona non grata » à Saint-Denis, « ville de tradition ouvrière et internationaliste », Il a affirmé« Il n'est pas question pour nous d'être sans réaction devant la volonté de Dieudonné d'asseoir son emprise dans nos quartiers ».

Me Odile Cohen a déposé des plaintes pour escroquerie, « un chèque de 54 000 euros déposé par Noémie Montagne étant revenu, rejeté pour motif de vol », et pour tentative d'escroquerie « pour abus de qualité vraie ».

Le 14 octobre 2015, le tribunal correctionnel de Liège (Bruxelles) a tenu une audience concernant Dieudonné, accusé d'avoir tenu des propos discriminatoires et antisémites lors d'un spectacle en mars 2012 en région liégeoise, selon Belga, agence de presse belge. Dieudonné n'a pas comparu. Le procureur du tribunal correctionnel de Liège a requis une peine de six mois de prison ferme à son encontre, « Le spectacle qu'il donne est rempli de propos diffamants et insultants qui donnent envie de vomir», a déclaré dans son réquisitoire le procureur Damien Leboutte, cité par Belga. Il a requis la condamnation à six mois de prison ferme, une amende de 5 000 euros et l'interdiction d'exercer ses droits civils et politiques en Belgique. En mars 2012, le parquet de Liège avait ouvert une enquête, "quelques jours après un spectacle donné devant un millier de spectateurs à Herstal, et qui avait été enregistré par la police à titre de précaution. A l'issue de l'enquête, la justice avait retenu plusieurs chefs d'accusation: « incitation à la haine », « tenue de propos antisémites et discriminatoires », « diffusion d'idées à caractère raciste », « négationnisme» et «révisionnisme ». Selon le quotidien Le Soir, le Français avait entre autres qualifié Adolf Hitler de « joyeux fanfaron ». Jugement le 25 novembre 2015.

Le 14 octobre 2015, Dieudonné devait comparaitre devant le Tribunal correctionnel de Paris pour « provocation à la haine raciale » et « injure raciale »Sont visés cinq passages de son avant-dernier spectacle « La bête immonde », au cours duquel Dieudonné, arborant la tenue d'un détenu de Guantanamo, les pieds liés par des fers,  avait évoqué le prétendu rôle des Juifs dans la traite des Noirs et persiflé sur le génocide commis par les nazis à l'égard des Juifs. Le "parquet de Paris l’avait cité à comparaître au terme d’une enquête préliminaire lancée après un signalement du préfet de police de Paris à l’été 2014. Un nouveau signalement avait été fait le 20 février 2015 après une autre représentation". Sur les cinq passages poursuivis, quatre le sont "au titre de la provocation à la haine raciale et un pour injure raciale. Parmi eux, figurent une réplique" où il allègue que « le commerce des esclaves » aurait été « une spécialité juive au départ » et "une autre où il ironise sur l’image « du juif éternelle victime en pyjama à qui on a chouré un Picasso ». Avocat de Dieudonné, Me Sanjay Mirabeau a obtenu un renvoi. La prochaine audience aura lieu le 24 février 2016.

Dieudonné avait été condamné pour injure à caractère racial à une amende de 10 000 euros par l’État français à la suite de propos tenus lors d’un spectacle du 26 décembre 2008 au cours duquel Dieudonné avait fait monter sur scène Robert Faurisson, célèbre négationniste. Il l'avait fait applaudir par le public et lui avait fait remettre un « prix de l'infréquentabilité » par un technicien déguisé en déporté juif. Dieudonné M’Bala M’Bala s’était pourvu devant la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH). "L’affaire concernait la condamnation de Dieudonné M’Bala M’Bala, humoriste engagé en politique, pour injure publique envers une personne ou un groupe de personnes en raison de leur origine ou de leur appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, en l’espèce les personnes d’origine ou de confession juive. La Cour a jugé que les faits litigieux avaient un caractère négationniste et antisémite marqué. Elle a estimé que le requérant avait tenté de détourner l’article 10 de sa vocation en utilisant son droit à la liberté d’expression à des fins contraires au texte et à l’esprit de la Convention européenne et qui, si elles étaient admises, contribueraient à la destruction des droits et libertés garantis par la Convention". Le 10 novembre 2015, la CEDH a donc rejeté son dernier recours en considérant que faire applaudir sur scène un négationniste ne relève pas de la liberté du spectacle, mais d'une « démonstration de haine et d'antisémitisme. La soirée avait perdu son caractère de spectacle de divertissement pour devenir un meeting qui, sous couvert de représentation humoristique, valorisait le négationnisme ». La CEDH a débouté Dieudonné en considérant qu'invoquer la liberté d'expression relève en l'espèce d'un « abus de droit ».  C'est la première fois que la CEDH se prononçait sur Dieudonné. Celui-ci a déposé des requêtes contre l'interdiction par les autorités françaises de trois de ses spectacles en janvier 2014.

Le 25 novembre 2015, le tribunal correctionnel de Liège a condamné Dieudonné à deux mois de prison ferme de 9 000 euros d'amende pour antisémitisme, en raison de ses propos au cours de deux one-man shows organisés à Herstal, en 2012, par le comité de quartier des jeunes du quartier de Bressoux-Droixhe à Liège. Il a ordonné la publication judiciaire de toute la décision, soit une trentaine de pages, aux frais de Dieudonné dans « Le Soir » et « La Libre ». Il a pris en compte "la longueur du délai qui s’est écoulé entre le spectacle qui lui valait d’être poursuivi, qui remonte au 14 mars 2012, et la sanction prononcée. Reconnu coupable d’incitation à la haine ou à la violence à l’encontre des personnes handicapées, des homosexuels et de la communauté juive, de diffusion d’idées visant à attiser la haine ou prônant la supériorité raciale et de négationnisme".

Le juge Kuty a lu le jugement du tribunal se disant «  frappé par le fait que le prévenu fasse siennes diverses thèses national socialistes ». Le polémiste a évoqué la trisomie 21 en parlant d’un pseudo ami qui en serait atteint : «  normalement on ne les laisse pas vivre mais lui, il est passé sur le côté  », Il estime donc que les personnes handicapées sont «  indignes de vivre  », conclut le tribunal, qui rappelle que le premier programme de meurtre du national socialisme était la suppression des handicapés mentaux. Concernant les homosexuels, Dieudonné, résume le tribunal, «  tend à les présenter comme des personnes lubriques, dégénérées, n’ayant aucune pudeur ». Le tribunal considère qu'il dresse aussi les musulmans contre les homosexuels en alléguant que les musulmans qui doivent prier dehors parce que la mosquée est pleine sont réprimandés tandis que les pseudo «  actes lubriques  » des homosexuels en rue, en référence notamment à la Gay Pride, sont cautionnés. « Les homosexuels étaient envoyés dans camps de concentration par le régime hitlérien  », rappelle le tribuanl. Enfin, en « utilisant un catalogue d’insultes et injures », Dieudonné évoque la communauté juive, qualifiant le Talmud de «  merde  », évoquant un «  terrier à rats d’Israël  », stigmatisant l’attitude de diverses personnes d’origine juive « en utilisant une phraséologie évoquant sans ambiguïté de vieilles rengaines national socialistes ». Entendu à propos des faits par le biais d’une commission rogatoire internationale, Dieudonné M’Bala M’Bala avait invoqué le droit à l’humour. Le tribunal lui a  répondu que la Cour européenne avait eu l’occasion de rappeler au prévenu que «  la justification d’une politique pro-nazie ne peut bénéficier de la protection de l’article 10 de la convention. » Le tribunal correctionnel de Liège a cité l'arrêt de la CEDH : «  Une prise de position haineuse et antisémite caractérisée, travestie sous l’apparence d’une production artistique, est aussi dangereuse qu’une attaque frontale et abrupte  ». Le polémiste peut faire opposition au jugement. Il serait alors rejugé par la même chambre, devant le même juge.

Les constitutions de parties civiles du Centre interfédéral pour l’égalité des chances, du Foyer culturel juif de Liège et du Comité de coordination des organisations juives de Belgique ont été déclarées fondées et elles reçoivent chacune un euro d’indemnité. Leurs avocats, Me Berbuto et Me Lemmens, se sont déclarés «  très satisfaits face à ce jugement particulièrement bien étayé  ».

Le 8 décembre 2015, le Tribunal correctionnel de Paris a condamné l'essayiste d'extrême-droite Alain Soral à 5 000 euros d'amende pour injures et injures antisémites, en raison de commentaires publiés fin novembre 2012 sur son site Internet par des Internautes fustigeant le journaliste Frédéric Haziza. Il l'a aussi condamné en tant que directeur de la publication "à verser 3 000 euros de dommages et intérêts et 2 000 euros pour les frais de justice, un euro de dommages et intérêts à la LICRA (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme) et 1 000 euros pour les frais de justice.  Certains Internautes réagissaient au "refus exprimé par Frédéric Haziza, se présentant comme petit-fils d'un juif assassiné à Auschwitz, d'inviter dans son émission Alain Soral en raison de son antisémitisme". Le Ttribunal a écarté l'excuse de provocation avancée par l'avocat du prévenu. En octobre 2015, la Cour d'appel de Paris avait condamné Alain Soral à 6 000 euros d'amende pour provocation à la haine envers Frédéric Haziza et envers les Juifs. En décembre 2012, Alain Soral "avait dans une vidéo décerné le titre du "con du mois" au journaliste de la chaîne parlementaire LCP et de radio J, qui avait refusé de le recevoir pour parler de son dernier livre en lui reprochant "de véhiculer des messages de haine, de violence, de racisme et d'antisémitisme". La cour d'appel de Paris avait estimé que les propos d'Alain Soral relevaient "de l'antisémitisme le plus stéréotypé, par référence à un complot communautaire qui vise à dépouiller les Français de leur liberté d'expression". Quant à l'antisionisme invoqué par Alain Soral, la cour a estimé qu'il relevait "de l'alibi banal du même antisémitisme".

Le 10 décembre 2015, la Cour d'appel de Paris a condamné Dieudonné à 3 000 euros d'amende pour "injure publique" à l'égard de Manuel Valls. Dans une vidéo publiée sur Internet en 2013, Dieudonné avait qualifié Manuel Valls, alors ministre de l'Intérieur, de "Mussolini moitié trisomique", "d'acteur de film porno" pour "la très mauvaise qualité de son jeu d'acteur", de "petit soldat israélien veule et docile" et l'avait comparé à des excréments devant "disparaître (...) dans l'eau des chiottes". La Cour a infirmé le jugement du Tribunal correctionnel qui, le 24 mars, avait relaxé Dieudonné. "C'est une décision très satisfaisante dans un procès dont l'objet était d'assurer une certaine dignité du débat public", s'est réjoui Me Richard Malka, avocat du ministre devenu l'actuel Premier ministre. Devant la Cour, l'avocate générale, "surprise par le jugement de première instance", avait qualifié les propos poursuivis "d'attaques personnelles" contre Manuel Valls, estimé que Dieudonné avait dépassé "la limite autorisée" par son statut d'humoriste et avait requis une amende de 2500 euros. Me Richard Malka avait souligné "une erreur manifeste" des juges, car il considérait que les propos de Dieudonné répondaient à une intervention de Manuel Valls à La Rochelle durant laquelle il avait pourfendu Alain Soral, essayiste d'extrême-droite, en évoquant ses liens avec Dieudonné. "Et si l'on considère que de tels propos font partie d'un débat démocratique normal, alors c'est que notre société va très mal", avait plaidé Me Richard Malka.

De nouveau, on peine à comprendre les revirements jurisprudentiels de magistrats en matière d'injures et de liberté d'expression : le 14 septembre 2015, Guy Bedos, comédien de gauche, est relaxé par le Tribunal de Nancy pour avoir traité Nadine Morano, ancienne ministre de droite, de "conne" lors d'un spectacle à Toul (Meurthe-et-Moselle) en 2013Le tribunal a considéré que l'humoriste était demeuré dans « la loi du genre » en tant qu’humoriste, et qu’il n’avait « pas dépassé ses outrances habituelles », alors que pour le procureur Pierre Kahn, « la limite a[vait] été franchie ». 

On ne peut que constater la modestie du montant de l'amende : l'injure publique est passible d'une amende maximale de 12 000 euros. 

Paradoxes
Situation paradoxale : Dieudonné se produit en France, mais est interdit d'entrée en Grande-Bretagne depuis le 31 janvier 2014. Une décision d'exclusion prise par Theresa May, secrétaire d'Etat britannique à l'Intérieur. Réponse de Dieudonné : une quenelle à la reine d'Angleterre.

Le spectacle Le Mur de Dieudonné qui a suscité tant d'indignation est joué au théâtre de la Main d'or, à Paris, depuis... juin 2013 ! Pourquoi seule France 2 a-t-elle diffusé le 19 décembre 2013 un extrait du spectacle ? Pourquoi les autres médias, en particulier ceux communautaires, n'ont-ils pas révélé ces propos scandaleux ? Et pourquoi si tard ?


Autres questions dérangeantes : Pourquoi l'Etat, sous les Présidences Chirac, Sarkozy et Hollande, a-t-il tant tardé à réagir ? Pourquoi cette indulgence judiciaire et politique si longue à l'égard de Dieudonné condamné pour antisémitisme ? Pourquoi l'instruction de la plainte déposée en 2011 par la LICRA, qui souhaitait poursuivre pour organisation d'insolvabilité, n'a-t-elle pas avancé pendant deux ans ? Pourquoi cette inaction de juges d'instruction et Procureurs alors que, peut-être sans base légale - sans indices graves et concordants attestant d'une quelconque implication dans une infraction -, certains d'entre eux ont écouté pendant plus d'un an les conversations téléphoniques de Nicolas Sarkozy, avocat et ancien Président ? Comment Dieudonné peut-il se produire au théâtre de la Main d'or alors qu'il n'a pas la licence de catégorie 1 "obligatoire pour tout exploitant d'un lieu de spectacle" et sans réaction de la préfecture de Paris et de la DRAC (Direction régionale des affaires culturelles) ? 

Comment et pourquoi un artiste et un politique - candidat à Dreux (Eure-et-Loir) en 1997 contre le Front national - héraut de la gauche a-t-il effectué un tel parcours politique ? Lors de sa conférence de presse au CAPE le 2 juillet 2004, Dieudonné avait reconnu : "Je n'ai pas changé. Maintenant, je peux dire ce que je pense. Avant, je débutais dans le métier, alors j'ai fait ce qu'on attendait de moi comme Noir. Je m'étais tu".

Le 7 janvier 2016, le youtubeur populaire Kevin Razy "était invité par la web-émission le Dîner du Cercle pour parler du succès des youtubeurs... Le comique s’était lui aussi embarqué sur des sujets aussi divers que les manipulations médiatiques ou Dieudonné. Extrait : « [A la télé], tu ne peux pas arriver from nowhere, débarquer et dire : “Tiens, je vais commencer sur la Shoah, j’ai un truc à raconter.” » Et d’enchaîner« C’est pour ça que Dieudonné a pu parler aussi longtemps. Il n’a pas commencé avec son sketch sur le colon israélien. Il a une carrière de ouf avant d’arriver à ce sketch-là. Quand t’es petit et tu commences par des trucs comme ça, c’est impossible de se développer. » C'est sur "une web TV… conspirationniste" que s'est exprimé ce comique chargé par le gouvernement socialiste de participer à la campagne "On te manipule". 

Pour cerner la personnalité de Dieudonné, né d'un père camerounais et d'une mère d'origine bretonne, il convient de rappeler cette scène lors d'une audience judiciaire : alors que Dieudonné avait annoncé sa décision de se porter candidat à l'élection présidentielle, il se définissait publiquement comme "africain". Comme s'il avait du mal à définir son identité. Est-il surprenant que ce métis stigmatise des Juifs, des personnes à l'identité claire et à la citoyenneté affirmée ?

"J'aimerais que Dieudonné dérape pour de bon, qu'il annonce vraiment la couleur, lâche ce qu'il a sur le cœur. Il est clairement antisémite. Bien évidemment, il faut que la justice et la société civile interviennent, mais il serait aussi très important que les artistes se mobilisent contre lui", a déclaré le comédien Gad Elmaleh au Monde 2 (26 février 2005).

Aux acteurs lucides - Bruno Solo qui a rompu son amitié avec Dieudonné quand il s'est rendu compte que ce dernier était antisémite, Benoit Poelvoorde -, s'opposent les  complaisants - Ramzy Bédia du duo "comique" Eric et Ramzy - ou ceux qui, tel Nicolas Bedos à deux reprises, s'ils critiquent Dieudonné, semblent se dédouaner de leur défense des Juifs en vilipendant le "programme colonialiste mené par le gouvernement de Netanyahu".


En juillet 2014, lors des manifestations hostiles à l'opération israélienne défensive Bordure protectrice, Bruno Solo, qui a joué dans les trois volets de La vérité si je mens ! a confié au magazine Voici avoir été victime d'une agression à caractère antisémite  en décembre 2013, après ses déclarations sur Dieudonné. Ce  comédien sortait du théâtre quand il a été "violemment pris à parti par un groupe disparate, en marge d'une manifestation initiée par Jour de colère : « Il y avait des gens de Civitas, des skinheads, des Blacks, des Blancs, des Beurs, des mecs de l'ultragauche, des punks à chien complètement perdus... Ils se sont jetés sur moi en me criant: ”La quenelle ! Sale youpin ! ”» L'acteur de 50 ans précise : « Alors que je ne suis pas juif... C'est une fois dans ma bagnole que je me suis rendu compte que je suis passé à côté de quelque chose de grave ». Choqué, Bruno Solo aurait alors pleuré. Il a exprimé son inquiétude « que la société en soit arrivée à un tel degré de confusion ».


Le 11 janvier 2014, c'est Elie Semoun, qui avait formé un duo comique avec Dieudonné dans les années 1990, qui exprime son amitié trahie, déçue, par un sketch, comme une lettre ouverte à Dieudonné, diffusé dans l'émission Clique sur Canal + : "Tu m'obliges à te répondre parce que pour les Juifs je suis un traître et pour les autres, un agent du Mossad... Moi, je suis dans le système , c'est normal, je suis encore dans le show biz, c'est normal, je suis juif... Je suis pas raciste ! L'humour, ça sert pas à çà... Quand on a débuté avec Dieudonné, on était le symbole même de l'antiracisme, à tel point que j'avais oublié que j'étais Noir et qu'il était Juif ! On s'en foutait à l'époque de tout ça, maintenant c'est un problème pour tout le monde... Dommage, moi j'aimais bien être Noir".


Quant à Bruno Gaccio, ancien auteur des Guignols de l'info sur Canal + et co-auteur d'un livre avec Dieudonné qui "a un problème pathologique avec les Juifs", il s'inquiète de la circulaire du ministre Valls. Bêtisier de Bruno Gaccio : "Une circulaire c'est totalitaire, c'est pas la loi" - un régime est ou non totalitaire, mais pas une circulaire qui peut être soumise au contrôle du juge -, "J'ai écouté le Mur. On ne peut pas dire qu'il est négationniste. A aucun moment, il ne dit que la Shoah n'a pas existé. Même à la limite, il dit "On nous casse trop les couilles avec la Shoah".

Bruno Gaccio omet cette citation de Dieudonné : "Quand je l'entends parler, Patrick Cohen, je me dis, tu vois, les chambres à gaz… Dommage ». Le 12 février 2014, le Tribunal de Grande instance de Paris a condamné, en référé, et sous astreinte de 500 € par jour, Dieudonné à enlever deux passages de la vidéo 2014 sera l'année de la quenelle postée sur Youtube : "Je suis né en 66, donc j'étais pas né (...) moi les chambres à gaz j'y connais rien, si tu veux vraiment je peux t'organiser un rencard avec Robert", et "Je n'ai pas à choisir entre les Juifs et les nazis, je suis neutre dans cette affaire, j'étais pas né en 1900 machin moi je suis né en 66 donc je sais pas ce qui s'est passé moi, qui a provoqué qui, qui a volé qui... J'ai ma petite idée, mais enfin". Dans le premier extrait, Dieudonné invitait à rencontrer un négationniste, et dans le second extrait, le juge a considéré "l'insinuation claire" sur l'éventuelle responsabilité des Juifs dans la Shoah a "pour effet (...) de provoquer un sentiment de rejet et d'hostilité à l'égard des juifs".

Le 24 avril 2014, sur NonStopPeople,  Anne Roumanoff a exprimé la gêne des humoristes à l'égard de Dieudonné : « J’ai fait un texte sur ce sujet dans le livre [Normal 1er] qui s’appelle « Le Ministre et le Bouffon ». Je trouve que la réaction de Manuel Valls a été un peu disproportionnée. Il y a eu un moment d’hystérisation et ça a libéré la parole antisémite. Après c’est sûr qu’il fallait réagir, mais il y avait d’autres moyens que cela... Bien sûr qu'il est allé trop loin et que je ne cautionne pas ce qu'il dit, mais c'est compliqué. C'est quelqu'un d'extrêmement talentueux, tous les humoristes le disent. Il a produit un nombre de spectacle incroyable. Un spectacle tous les 2 ans alors que certains humoristes tournent pendant 10 ans avec le même spectacle, c'est quelqu'un de très créatif. C'est dommage qu'il soit tombé dans une sorte de spirale négative... Je me souviens d'avoir eu une longue discussion avec lui à Montréal pendant "le Festival du Rire" alors que tout cela venait de commencer... Bedos (Guy) avait dit "Dieudonné est camerounais, mais breton par sa mère", car il a un côté tête de mule… Ça m'a glacé par la teneur de ses propos, mais aussi par l'espèce d'opprobre qu'on lui a jeté, mais encore une fois je ne cautionne pas du tout. Tout cela m'a mis extrêmement mal à l'aise. Un moment les chaines d'infos voulaient à tout prix des réactions d’humoristes. Et vous avez remarqué nous étions tous aux abonnés absents. C’est très compliqué de s’exprimer là-dessus. Surtout quand c’est quelqu’un qu’on connaît, qu’on a connu, qu’on a aimé. On condamne, mais c’était too much ».


Pourquoi tant de VIP se réjouissent-ils à se faire photographier auprès de Dieudonné, condamné à plusieurs reprises pour incitation à la haine raciale ou reproduisent-ils sa syntaxe gestuelle codée : "quenelle", index levé vers le ciel traduisible par "au-dessus c'est le Soleil" et signifiant que la Shoah demeure "le sujet le plus sacré" ?

De nouveau, c'est la Grande-Bretagne qui sert de contre-modèle à la France : pour avoir fait une quenelle le 28 décembre 2013 après avoir marqué son premier but de la saison lors d'un match contre West Ham (3-3), le footballeur Nicolas Anelka a été auditionné pendant deux jours par les trois membres de la commission de discipline indépendante, s'est défendu d'être antisémite en plaidant non coupable, et a été sanctionné le 27 février 2014 par la commission de discipline indépendante. Celle-ci a jugé que l'attaquant français de West Bromwich Albion avait violé "de manière aggravée la loi E3 de la fédération britannique de football. Agé de 34 ans, Anelka est frappé d'une suspension de cinq matches, la peine minimale pour "un geste abusif et/ou indécent et/ou insultant et/ou incorrect en relation avec l'origine ethnique et/ou la race et/ou la religion", aux termes de la mise en accusation du 20 janvier 2014. Il doit aussi verser une amende de 97 300 euros - l'équivalent d'une semaine et demie de salaire - et suivre un stage éducatif. Il avait expliqué sa quenelle comme une "dédicace" antisystème à son ami Dieudonné. Le 4 avril 2014, il a déclaré à Metronews n'être pas antisémite, et a cité ses amis Juifs.

Et d'ajouter : "Même le président du Crif a reconnu que c’était condamnable seulement devant une synagogue ou un lieu de mémoire concernant la Shoah. J’ai accepté ma sanction et je n’ai pas fait appel parce qu’au vu des réactions après le verdict ils n’attendaient que ça, me mettre 10 matches en appel ! Je pensais reprendre l’entraînement avec WBA et rejouer après ma suspension. Et là, coup de théâtre : le club, de mon côté depuis le début de cette affaire, fait marche arrière et entame une enquête à son tour. Il me demande de m’excuser pour pouvoir réintégrer le groupe. Ce qui ne m’a pas plu parce que j’avais demandé au club dès le début de cette histoire si pour eux il était préférable que je sois transféré pour leur éviter tout problème. A cette époque, ils m’avaient répondu qu’ils voulaient que je reste. Après le verdict, j’ai été très surpris de ce changement et de cette demande. J’ai donc préféré quitter le club... [Dieudonné], c’était un ami, c’est devenu un frère aujourd'hui !... C’est un humoriste, pas un politicien... Qui décide que la quenelle est antisémite et raciste, à part l’inventeur de ce geste ?... Quand on demande à Dieudo, il dit clairement que non. Sous prétexte que quelques personnes ont reproduit ce geste devant une synagogue, alors ce geste devient automatiquement antisémite et raciste dans n’importe quel endroit et n’importe quelle situation ?... [Manuel Valls] n’est pas très méchant ! Je pense plutôt qu’il a été sous l’influence de sa femme (la violoniste Anne Gravoin qui est Juive, Nda) sur cette affaire de quenelle".

Le 12 juin 2014, peu avant la Coupe du monde  de football, Anelka a publié sur son compte Twitter une photo afin de signaler sa présence à Kinshasa (République démocratique du Congo) en soutien à "la fondation caritative d'aide à l'enfance de de Youssouf Mulumbu, ami footballeur et ancien coéquipier". Au centre de la photo, Anelka porte un T-shirt « Superman » au logo détourné : le signe en rouge y apparaît sous la forme de bras faisant le geste de la quenelle. Ce vêtement « Super Quenelle » est l'un des produits dérivés en vente sur le site officiel de Dieudonné. Son Tweet a été retweeté 555 fois, et ajouté en favori 221 fois.

Le 8 juillet 2014, Valeurs actuelles a évoqué le rappeur Médine dans l'article Les amis antisémites de... SOS Racisme. Le 26 juin 2014 au soir, SOS Racisme et l'UNEF (Union nationale des étudiants de France) ont "invité le rappeur Médine à participer à un concert gratuit à Paris intitulé “La République donne de la voix”, dont la vocation était de « poursuivre le combat contre les idées d’extrême droite ». Hostile au Front national, Médine admire Dieudonné, qui aurait « contribué à désamorcer des sujets sensibles comme le racisme ». Médine a effectué des “quenelles” et en janvier 2014 a "publié sur Facebook deux photos de lui-même en train d’effectuer ce signe devant les locaux de la radio Skyrock à Paris et face à une réplique du “mur de séparation” de Bethléem à Londres". Le 8 février 2014, il a déclaré à Thierry Ardisson Dans Salut les Terriens sur Canal + : "C'est une provocation qui doit être comprise. La provocation est légitime, comprise en fonction du public auquel elle s'adresse... On ne va pas se soumettre à une définition que certaines personnes donnent ou voudraient donner... Des grandes instances juives comme Roger Cukierman ont réussi à distinguer la quenelle antisémite de la quenelle anti-système... Ma quenelle est anti-système, elle n'est pas antisémite ". Alors pourquoi a-t-il choisi la barrière anti-terrorisme ? Après l'attentat antisémite à l'école Ozar HaTorah (Toulouse), Médine, musicien "engagé et conscient", a déclaré à des élèves du collège René-Descartes de Châtellerault (Vienne) que « la réaction des médias [était] à vomir. Ils ont stigmatisé les musulmans. Ils en font l’ennemi numéro un. […] Les musulmans vont devoir porter un poids supplémentaire ».

 Une affaire Dieudonné qui arrivait à point nommé pour le gouvernement socialiste, alors qu'il enregistrait de nombreux échecs dans sa politique et que de nombreux médias ont souligné l'augmentation du nombre d'Olim ayant immigré de France en 2013. Un gouvernement de gauche qui, à la fois se souvenait de sa lamentable attitude - négation de la réalité, puis minoration, et justification  - lors de la recrudescence du nombre d'actes antisémites en 2000 - Manuel Valls était chargé de la communication et de la presse au cabinet du gouvernement du socialiste Lionel Jospin (1997-2002) -, et voulait donner des gages sur sa détermination à lutter contre l'antisémitisme.

Une France "Black Blanc Beur" antisémite
La quenelle, signe nazi inversé, un signe contre le système ? Non, ceux qui l'effectuent vivent (très) bien grâce au système.

"La quenelle est ainsi présentée comme un geste de défi lancé à la société, à l’ordre social, c’est à dire que l’on fait passer le sentiment que ce qui est en jeu avec les Juifs, c’est tout ce qui fait problème dans la vie quotidienne. Le symbole anti-juif qu’est la quenelle peut désormais renvoyer à tout autre chose que les Juifs et Israël, tout en accusant spécifiquement et uniquement les Juifs, dont l’exécration devient le signe de ralliement et d’expression des mécontents et du ressentiment social en général. Là est le danger avec la diffusion de la quenelle. C’est un dispositif typique du bouc émissaire. La crise économique, c’est les Juifs, le communautarisme, c’est les Juifs, l’écotaxe, c’est les Juifs, etc. ... Rien n’est en effet plus puissant qu’un symbole.... Nous avons là là la première étape d’une évolution aventureuse, car, sous l’étendard que devient le symbole de substitution (les Juifs stigmatisés comme responsables de tout ce qui va mal), l’ombre de cette équation (malaise social=Juifs) se projette sur toute la société et devient capable de structurer toute une attitude et un comportement jusqu’à la constitution d’un mouvement organisé, d’un parti. C’est ce qu’il en fut avec la croix gammée, la faucille et le marteau, etc.", a déclaré le professeur Shmuel Trigano, le 3 janvier 2014, sur Radio J.

Ce que révèlent ces "quenelles", ce sont des antisémites, souvent jeunes et musulmans, qui n'ont souvent pas conscience de l'être. Dieudonné a su fédérer un public "arc-en-ciel" sociologiquement large, de la bourgeoisie aux pauvres.

C'est aussi l'instrumentalisation par le pouvoir politique socialiste, surtout par Manuel Valls, de cette affaire.

Deux sondages réalisés à partir du 10 janvier 2014 révèlent une "baisse de popularité inédite" de ce ministre à l'image positive, "depuis son entrée au gouvernement". Parmi "les personnes sondées par You Gov: seulement 38% d'entre elles soutiennent le principe de l'interdiction. Dans le détail, 64% des sondés sont d'accord pour dire que l'interdiction des spectacles « fait de la publicité » à Dieudonné et à ses idées (10% pensent le contraire) et 45% pensent que cette mesure « enfreint la liberté d'expression » (26% estiment le contraire). Enfin, 38%, contre 32%, jugent que cette méthode n'est pas efficace pour prévenir l'antisémitisme". Lapsus révélateur : le 6 février 2014, interrogé lors de l'émission Des paroles et des actes sur France 2, Manuel Valls a déclaré : "Le racisme et l'antisémitisme ce sont des délits qui doivent être condamnés par la loi. Depuis qu'il y a eu l'interdiction du Conseil d'Etat, ce personnage ne peut plus proférer dans ses spectacles les mêmes propos. Donc si c'était à refaire, je ne le referai pas", puis il a rectifié : "Je peux vous dire que si c'était à refaire, je le referais, mille fois". Eh non, Manuel Valls n'a pas interdit des manifestations "de solidarité avec Gaza", notamment pas celle parisienne du 13 juillet 2014 au cours de laquelle on a crié "Mort aux Juifs"

Les actions des autorités politiques contre Dieudonné ont donné consistance aux poncifs infondés antisémites sur le "lobby Juif" et sa puissance. Les Juifs ont été perçus négativement car ils ont été associés à des mesures attentatoires à la liberté, un des éléments du triptyque de la devise républicaine.

Et s'est renforcée l'alliance Black/Blanc/Beur, des médias - Yann Barthès sur Canal + - aux sportifs - Anelka, Nasri, Tony Parker, Yannick Noah -, via l'extrême-droite et l'extrême-gauche ainsi que le "politiquement correct de gauche", contre les Juifs, pardon, contre les Sionistes.

Signe alarmant : Me Henri Laquay et Me Sébastien Courtoy, les deux avocats de Mehdi Nemmouche, auteur franco-algérien présumé de l'attentat antisémite contre le musée Juif de Bruxelles (Belgique) le 24 mai 2014, ont reçu en 2012 une "quenelle d'or" des mains de Dieudonné. Une photographie publiée sur le site de l'observatoire de l'extrême droite, ResistanceS.be, les montre effectuant ce geste avec Dieudonné. Ces deux avocats ont aussi défendu dans un même procès des prévenus condamnés le 21 mai 2014 par le tribunal correctionnel de Bruxelles pour participation aux activités d'organisations terroristes en Somalie à trois ans de prison ferme et à quatre ans de prison avec sursis probatoire. Un procès 'bis' débutera en septembre 2014, certains des dix-neuf prévenus ayant été condamnés par défaut. Les deux avocats défendent actuellement ensemble des suspects en détention préventive, inculpés dans deux dossiers distincts liés à l'envoi de jeunes musulmans belges en Syrie pour le djihad armé." 
Me Henri Laquay "a figuré sur une liste du Front national (FN) belge aux législatives en 1999 et a été l'attaché parlementaire d'un élu FN. Il a été "membre du comité de soutien à Jean-Marie Le Pen pour la présidentielle française de 2007". Il "est également membre fondateur, avec l'avocat français et trésorier du FN Wallerand de Saint-Just,  d'un groupement de juristes nationalistes" dans le monde, Jus Patria.

Quant à Me Sébastien Courtoy, il a défendu l'ancien député fédéral Laurent Louis, président de 'Debout les Belges', "visé par des plaintes pour antisémitisme et négationnisme et "condamné le 17 juin dernier à 8 mois de prison avec sursis pour outrage au Premier ministre, injures à l'égard d'un journaliste et de quatre autres personnes ainsi que pour infraction à la loi concernant la communication de données à caractère personnel". La "Chambre avait, elle, condamné les propos négationnistes et la quenelle de Laurent Louis". Me Sébastien Courtoy est l'avocat de l'ex-membre du FN Georges-Pierre Tonnelier, du Front national rénové ainsi que du Centre islamique belge (CIB) condamné en appel en 2009 pour "incitation à la haine raciale pour avoir diffusé un montage vidéo sur son site comparant l'ancien ministre israélien des Affaires étrangères David Lévi à Adolf Hitler. En première instance en 2006, l'audience avait été interrompue en raison des conclusions écrites de l'avocat, passibles de poursuites judiciaires". Le conseil du CIB avait alors retiré certains propos qualifiés "d'excessifs".. "Parmi ses clients figurent aussi de recruteurs belges de candidats au djihad, ou encore l'organisateur d'un congrès" et antisémite interdit à Bruxelles. Un congrès qui comptait Dieudonné et Alain Soral parmi ses invités". Cet avocat est aussi le conseil des "participants de la mission 'Bienvenue en Palestine', qui ont déposé plainte en 2012 contre Israël auprès du parquet fédéral pour crimes de guerre. "L'avocat pénaliste s'est spécialisé ces dernières années dans les affaires liées au terrorisme. Il avait ainsi défendu un homme condamné sur opposition en mai dernier à deux ans de prison avec sursis pour l'envoi d'un colis à son frère djihadiste en Afghanistan. Il avait aussi défendu deux prévenus condamnés en appel en février 2013 à 5 ans de prison avec sursis partiel et à 40 mois de prison pour avoir fait partie d'une organisation terroriste qui recrutait des combattants en Belgique pour le djihad armé en Irak".

Est-ce un hasard si dans sa chanson Ma colère dont le clip est sorti le 4 mars 2014, Yannick Noah, métisse comme Dieudonné, y élude l'antisémite Dieudonné et chante "Ma colère n'est pas un Front, elle n'est pas nationale... Ma colère a tout l'honneur de combattre la leur" ? Le même Yannick Noah qui, au sortir d'un match de tennis à Flushing Meadows en 1989, affirmait que le soutien du public américain lors de son match en  cinq sets sur deux jours contre le joueur de tennis israélien Amos Mansdorf, expliquait devant une chaine de télévision française qu'il n'était pas surpris par le soutien des spectateurs à son adversaire : "Avez-vous vu la forme de leur nez ?" Le 22 octobre 2014, lors de l'émission "Un soir à la tour Eiffel" animée par Alessandra Sublet sur France 2, Yannick Noah a déclaré : "Des gens ont décidé qu'il n'était plus drôle, donc il est censuré. Et moi je trouve qu'il est très fort. Alors je ne suis pas d'accord sur certaines positions, c'est évident, dès que ça devient ou antisémite ou raciste... Pourquoi interdire ? De quel droit ? Pourquoi interdire untel par rapport à un autre ?" Yannick Noah évoquait l'essayiste Eric Zemmour, auteur de l'essai Le suicide français qui a suscité des polémiques sur les chiffres de l'immigration et la politique antisémite du régime de Vichy.

Selon le démographe Nicolas Bourgoin cité par le site islamique Saphirnews (19 mars 2014), le parti socialiste pourrait perdre le "vote musulman" en raison du "sionisme outrancier" du Président Hollande et de la campagne contre Dieudonnée menée par Manuel Valls. C'est oublier les griefs de nombre de musulmans, conservateurs en matière de thèmes sociétaux, à l'égard de la loi sur le "mariage pour tous", de l'introduction de la théorie du genre dès l'école, etc.

Et ce sont des membres de cette alliance qui ont crié : "Juif, la France n'est pas à toi !" et "Juifs, hors de France" lors de la manifestation Jour de colère, exprimant le 26 janvier 2014, à Paris, son opposition à la politique du Président François Hollande.

Autre exemple de cette conjonction antisémite : le mouvement « Journée de retrait de l'école », lancé "par une certaine Farida Belghoul, 55 ans, militante passée en 30 ans de l'extrême gauche à l'extrême droite. Initiatrice en 1984 de la seconde marche des beurs, aujourd'hui proche de l'essayiste Alain Soral (lui-même lié à Dieudonné) et de son association « Égalité et Réconciliation », Farida Belghoul est partie en croisade contre l'avènement d'une théorie du genre à l'école depuis la rentrée 2013-2014. Elle est passée à l'action le 24 janvier [2014] en appelant à un boycott de l'école une fois par mois, via les réseaux sociaux et des sms diffusés en chaîne". Résultat : "Plus d'un tiers d'absentéisme constaté dans une école strasbourgeoise de zone d'éducation prioritaire, et un mouvement qui gagne de nombreuses académies". Issus des communautés turque, maghrébine et gitane, de nombreux parents ont suivi ce boycott et se sont enquis notamment  : « Est-il vrai que des juifs vont venir à l'école pour savoir si nos enfants sont des garçons ou des filles ?


Cette alliance Soral/Belghoul a éclaté en octobre 2014 : "Le 13 octobre, un communiqué mis en ligne sur le site soralien annonce la « démission collective » de certains membres de cette organisation. A la fureur de Belghoul, qui croit y voir la main de Soral, l’accuse de « trahison » et réclame un « débat télévisé » avec lui. L’épisode semble aussi avoir précipité la fronde anti-Soral d’une autre figure de la blogosphère «dissidente» : Salim Laïbi, animateur du site complotiste le Libre Penseur. Dans un article récent, ce dentiste marseillais qualifie Soral de «psychopathe», de «schizophrène» et de « vaurien ». Et annonce la publication d’une «soraloscopie» en vidéo, promettant de révéler les aspects les plus sombres de son ancien allié" (Libération, 5 décembre 2014).

En juillet 2014, lors des manifestations hostiles à l'opération israélienne Bordure protectrice, nombre des manifestations à Paris ont effectué le geste de la quenelle. Ainsi, l'une des photographies les plus graves occultées de la manifestation du 13 juillet 2014 a été publiée par Marianne en illustration de l'article de Frédéric Ploquin (14 juillet 2014) : elle montre une dizaine de manifestants Black Blancs Beurs, dont certains arborant un keffieh ou des cagoules, debout devant une fusée en position horizontale, et faisant le geste de la quenelle créée par Dieudonné.

Le 26 juillet 2014, un rassemblement pro-Hamas se déroulait, émaillé de violences place de la République à Paris. Et au théâtre de la Main d'or, Dieudonné a organisé une conférence sur Gaza avec "tout le gratin de l'antisionisme". Vêtu de "sa fameuse combinaison orange de prisonnier de Guantanamo, avec inscrit "quenelle" en lieu et place du prénom du détenu", Dieudonné a évoqué la "plus grande injustice, Gaza." Ancien élu belge, Laurent Louis a allégué : "C'est pas une politique nazie que poursuit l'Etat d'Israël, c'est pire! Même Hitler, il ne bombardait pas des hôpitaux."

Le 5 décembre 2014, Libération publiait l'enquête Après la quenelle, le temps des querelles, de Willy Le Devin et Dominique Albertini : "Déçus par les dérives de la propagande soralo-dieudonniste, de nombreux soutiens quittent la « dissidence antisioniste », sur fond d’affaires de mœurs et d’argent. De leur côté, l’essayiste et l’humoriste lancent leur parti Réconciliation nationale". Garde du corps pour Dieudonnéde (2011-2013), Jessie, âgé de 45 ans, a relaté : « Ce théâtre, c’est un club complotiste et un site de rencontres, poursuit-il. Des fois, je restais jusqu’à 4 heures du matin pour fermer. Dieudonné et Soral restaient tous les deux à parler : ils racontaient que des conneries sur les juifs. En réalité, ils n’en ont pas grand-chose à foutre de la Palestine, de la cause noire, des inégalités sociales. Ce qu’ils veulent, c’est faire prospérer leurs petites PME personnelles. Autour d’eux, il y a plein de gens prêts à les épauler en pensant qu’ils défendent de nobles causes. Ils repartent tous brisés ». Autre témoignage : celui de Jérémie Maradas-Nado, alias « Joe Dalton » - ancien chef de la "bande de chasseurs de skinheads" Black Dragons et garde du corps de Dieudonné, devenu éducateur et enseignant d’arts martiaux : « J’ai assuré sa protection. Au début, gracieusement, et puis j’ai fini par arrêter d’être bonne poire. C’est un boulot dangereux parce que son théâtre est parfois attaqué. Je lui ai dit : "Si je me mouille vraiment, c’est 5 000 euros." En juillet, des antifas ont tenté une descente au théâtre de la Main d’or, où se tenait une conférence sur la Palestine, et on a fait le boulot. Mais, sur l’argent, il m’a encore endormi. Je lui ai dit : "Dieudo, je rigole pas, maintenant tu payes ou ça va mal finir." Du coup, il m’a fait venir au théâtre début novembre. Sur place, il a appelé les flics et m’a accusé d’extorsion de fonds. J’ai fini en garde à vue ». Bref, certains anciens soutiens de Dieudonné ont pris tardivement conscience que ce dernier instrumentalisait la cause noire, et qu'il gagnait très bien sa vie. Dieudoleaks et les révélations des médias et du fisc sur le business de Dieudonné ont été plus efficaces que les interdictions de spectacles. ET elles ont contribué à semer la zizanie dans cette mouvance.

Ni Dieudonné ni Egalité et Réconciliation (E & R), organisation de Soral, n'ont répondu aux questions des deux journalistes : leur stratégie de communication est axée sur la publication de vidéos sur Internet.  "C’est par ce biais, par exemple, que Soral et Dieudonné ont annoncé le 11 novembre le lancement d’un parti politique, Réconciliation nationale, destiné à porter leurs idées sur la scène électorale. Mais voilà : ces derniers temps, la Toile est surtout le canal des multiples règlements de comptes qui agitent la «dissidence antisioniste». Histoires de mœurs, histoires de fric, coups de pression entre anciens alliés : quand ce drôle de milieu lave son linge sale, il ne le fait pas à moitié", poursuivent Willy Le Devin et Dominique Albertini

Ajoutons que, le 20 juillet 2006, Franck Abed a créé le mouvement politique Egalité et Réconcilation. Il a déposé le nom à l'INPI (Institut national de la propriété industrielle). Il a fustigé l'amateurisme de Dieudonné et de Soral à Vu de France (14 novembre 2014) : "Ni Soral ni Dieudonné, ni leurs équipes n’ont pris la peine de me contacter, et il est évident qu’à aucun moment, je n’ai cédé la propriété de Réconciliation Nationale. Je refuse qu’on me vole mon travail, mes idées et mes analyses. Pour des gens qui se disent attachés à la justice et à la droite des valeurs ce n’est guère brillant". Un nouveau procès en perspective ? 

Dans les dernières vidéos de Dieudonné, celui-ci a annoncé le lancement  de"l’ananassurance", société d’assurance « dissidente », et d’une web-télé dénommée Quenel +. 

« Dieudonné, en banlieue, les jeunes continuent de le voir comme un humoriste. Soral, lui, est bien identifié comme un homme politique, donc écouté plus sérieusement », expliqué Hugo Hayat  technicien proche de la web-télé Les Vrais Savent, "visant à démonter la propagande soralo-dieudonniste auprès des jeunes de banlieue".


Chercheur, proche des Frères musulmans et auteur des 7 Défis capitaux, un essai à destination des musulmans de France, Nabil Ennasri rencontre souvent des "sympathisants soraliens lors de ses conférences" et considère (Libération, 5 décembre 2014) : « Parce qu’ils se disent antisionistes, parce qu’ils sont attaqués par la Ligue de défense juive [LDJ], parce qu’ils sont pris pour cibles par des figures publiques très impopulaires dans les quartiers, Soral et Dieudonné sont entrés au panthéon des résistants pour de nombreux jeunes. Ils s’alimentent au carburant émotionnel de la cause palestinienne. Tant qu’ils resteront sur ce créneau, ce qu’ils feront par ailleurs aura relativement peu d’importance ».

Et contre cette alliance jugulante, contre les sources alimentant l'antisémitisme - "politique arabe", antisémitisme islamique, délégitimation et diabolisation d'Israël, en particulier dans des manuels scolaires et sur le service public radiophonique et télévisuel, et non sanctionnée par des magistrats, etc. -, les autorités politiques françaises n'ont rien fait et ne feront rien.

Fondé par Dieudonné, le site Internet Quenel + a publié le 4 mai 2015 la fausse interview de Patrice Alègre, violeur et assassin. Celui-ci a évoqué en termes choquants la fille handicapée de Laurent Louis, ancien député belge. Devant le tollé provoqué par ces déclarations, cet article a été retiré du site. Les horreurs sur les Juifs n'ont pas suscité d'indignation chez ces Internautes...

Sur Youtube, Dieudonné "passe de 800 000 abonnés en 2013 à 107 000" en juin 2015. Résultats des révélations sur sa fortune et autres scandales ? 


Visuels : DR, Resistances.be

A lire sur ce blog :

Cet article avait été inséré dans l'article Le gouvernement Ayrault, c'est bien pour les Français Juifs ? publié en 2012. Publié le 9 avril 2014 en tant qu'article distinct, et republié le :
- 12 juin, 17 juillet, 27 novembre et 26 décembre 2014, 14 octobre 2015. Il a été actualisé au 4 novembre 2016.

2 commentaires:

  1. Bonne analyse mais il y'a beaucoup de faux. Il faut au journaliste aller mieux se renseigner auprès de bon quennelliers ^^ !!!

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  2. Excellente recension.
    Pour une fois que la presse fait parfaitement son travail d'information sur les remugles de l'antisémitisme français, l'anonyme donneur de leçons a perdu une belle occasion de se taire.

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