lundi 7 novembre 2016

Vers un Mémorial de la déportation des Judéo-Espagnols de France


L’association Muestros Dezaparesidos va éditer un Mémorial de la déportation des Judéo-Espagnols de France". Ce Mémorial sera présenté lors d’événements organisés le 6 novembre 2016 à la Mairie du 11e arrondissement de Paris. L’Espagne et des associations juives françaises ont rendu hommage (29 novembre-1er décembre 2008) à Bernardo Rolland y Miota, consul d’Espagne de 1939 à 1943, pour avoir sauvé des dizaines, voire des centaines de Juifs d’origine espagnole, organisé le « rapatriement » de 77 judéo-espagnols et protégé leurs biens. 

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"1942 et 1944, 5200 Judéo-Espagnols ont été déportés de France. L’association Muestros Dezaparesidos créée en 2010 et qui regroupe l’ensemble des associations judéo-espagnoles de France (Aki Estamos-AALS, Al Syete, Centre communautaire Don Isaac Abravanel, JEAA, Vidas Largas, Vidas Largas Marseille, UISF), va éditer fin 2016 un Mémorial de la déportation des Judéo-Espagnols de France".

Ce "projet s’inscrit dans la continuité du travail de mémoire entrepris par Haïm Vidal Sephiha et Michel Azaria avec l’association JEAA qui, en 2003, a déposé une plaque commémorative en judéo-espagnol à Auschwitz pour réparer l’oubli qui a affecté la déportation des Djudios".

"Outre la liste des 5 200 déportés, le livre-mémorial comportera plusieurs chapitres sur la vie des Séfarades dans l’ancien Empire ottoman, les conditions de leur départ vers la France, leur installation en France et sur la période de la guerre".

Ce "projet est réalisé en partenariat avec le Mémorial de la Shoah et avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah".

"À l’occasion de la publication du Mémorial, un grand rassemblement sera organisé le 6 novembre 2016 avec la Mairie du 11e arrondissement de Paris. Il se tiendra sous la présidence d’Annette Wieviorka et avec la participation de Serge Klarsfeld. Trois conférences, un moment musical et un verre de l’amitié ponctueront cette manifestation".

Hommage au consul espagnol Bernardo Rolland y Miota 
L’Espagne et des associations juives françaises ont rendu hommage (29 novembre-1er décembre 2008) à Bernardo Rolland y Miota (1890-1976), consul d’Espagne de 1939 à 1943, pour avoir sauvé des dizaines, voire des centaines de Juifs d’origine espagnole, organisé le « rapatriement » de 77 judéo-espagnols et protégé leurs biens.

"Consul d’un pays « ami » de l’Allemagne, mais indigné par les persécutions dont souffraient les Juifs, le Consul Bernardo Rolland y Miota fît tout ce qui était en son pouvoir pour changer le destin de ceux qui étaient promis à une mort certaine. Dès les premières mesures antisémites il envoya télégrammes sur télégrammes à sa hiérarchie, plutôt pro allemande, pour la convaincre de faire quelque chose en faveur des Juifs espagnols. Il écrivit de nombreuses lettres aux autorités d’occupation et aux autorités collaboratrices en leur disant que la loi espagnole ne faisait pas de distinction de race. Par son acharnement il réussit à faire sortir de nombreux Juifs de Compiègne et de Drancy, notamment en signant des certificats de nationalité espagnole à des personnes qui étaient protégées et qui donc « normalement » n’y avaient pas droit. Il mit à la disposition de quatre Judéo-espagnols dont Nick et Enrique Saporta y Beja, cousins de ma mère et Elias Canetti cousin du prix Nobel de littérature, un bureau au sein même du consulat pour lui signaler tous les cas de personnes en danger. Il permit à des dizaines de personnes de gagner individuellement l’Espagne. Pour qu’elles ne soient pas inquiétées par les Allemands, il les fit voyager dans les wagons plombés de la Phalange. Et surtout quand il comprit que même la nationalité espagnole ne constituerait plus une protection, il entreprit auprès du Ministère des Affaires étrangères espagnol de démarches pour que les Judéo-espagnols puissent êtres rapatriés collectivement en Espagne. A cette époque le Gouvernement espagnol n’acceptait qu’au compte-gouttes les entrées  individuelles de Juifs. Le Consul s’est battu de toutes ses forces pour obtenir l’autorisation d’organiser des  convois. Malheureusement son action n’a pas plu à son Ambassadeur et au Ministère, il fût renvoyé de son poste et retourna en Espagne. Il ne pût donc organiser le convoi qui le 10 août 1943 emmena mon père vers l’Espagne ainsi que 80 autres Judéo-espagnols, c’est ce que fit son successeur qui termina son travail", écrit Alain de Tolédo dans Los Muestros (N°71, mars 2008).

Les actions de ce diplomate espagnol visaient non seulement les Juifs ayant adopté la nationalité espagnole conformément à la décision du gouvernement de Primo de Rivera en 1924, mais aussi les « protégés » espagnols qui n’avaient pas effectué alors les démarches administratives auprès des consulats ou ne remplissaient pas les conditions fixées. Et ce, « à une époque où le décret d’expulsion des Juifs signé par les rois très catholiques Isabelle et Philippe en 1492 n’était pas abrogé » (Los Muestros, N°71, mars 2008).

Souvent clandestines, les initiatives de ce consul suscitèrent l’hostilité des autorités nazies qui exercèrent des pressions sur Madrid pour obtenir son rapatriement. Celui-ci survint en février 1943.

Comment expliquer le comportement de ce haut fonctionnaire ? Carlos Carderera, consul général d’Espagne en France, avance « la relation particulière des Espagnols à l’égard des Juifs, nourrie des souvenirs des siècles de coexistence confessionnelle et de l’expulsion des Juifs en 1492. A cela, s’ajoute la fonction particulière de consul, plus proche des gens ». Quant à Guillermo Rolland, fils du consul, il note l’influence de sa mère sur son « mari catholique pratiquant ».

Évoqué dans l’exposition itinérante de la Casa Sefarad-Israël  « Visas pour la liberté, des diplomates face à la Shoah »  présentée en 2009 au Foyer du Comité de Ministres du Palais de l´Europe à Strasbourg, Bernardo Rolland y Miota est le sujet du documentaire d’Arancha Gorostola « Préserver la mémoire » diffusé en 2008.

Le dossier visant à lui faire attribuer le titre de Juste parmi les nations a été examiné par Yad Vashem. Sans que lui soit attribué ce titre en raison de critères restrictifs.


Articles sur ce blog concernant :

Cet article a été publié par L'Arche. Il a été publié sur ce blog le 22 août 2014.

1 commentaire:

  1. Bonjour Mme Chemla,

    Dans la nuit du 10 au 11 janvier 1944, des membres de ma famille : Estreja Torres, Louis Torres et leurs huit enfants (Z'L), dont 5 avaient moins de 15 ans (tous de nationalité française), sont arrêtés et parqués à la synagogue de Bordeaux sous la tutelle de Maurice Papon.
    Le 12 janvier 1944 un convoi de 317 Juifs part de la gare Saint-Jean à Bordeaux pour Drancy. Ils sont transférés à Auschwitz par le convoi No 66 du 20 janvier 1944, où ils sont immédiatement exterminés.
    Hélas le consul Bernardo Rolland y Miota n'était plus là pour les sauver. Que son souvenir sous dans nos mémoires à jamais.

    Claude Torres

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