Citations

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mardi 29 octobre 2019

Des Judéo-Espagnols de France


L’association Muestros Dezaparesidos a édité un "Mémorial de la déportation des Judéo-Espagnols de France". Ce Mémorial a été présenté lors d’événements organisés le 6 novembre 2016 à la Mairie du 11e arrondissement de Paris. L’Espagne et des associations juives françaises ont rendu hommage (29 novembre-1er décembre 2008) à Bernardo Rolland y Miota, consul d’Espagne de 1939 à 1943, pour avoir sauvé des dizaines, voire des centaines de Juifs d’origine espagnole, organisé le « rapatriement » de 77 judéo-espagnols et protégé leurs biens. Le 31 octobre 2019, le Café des Psaumes accueillera Alain de Toledo qui retracera "la vie des Judéo-Espagnols dans l’Empire Ottoman, leur départ vers la France, leur installation ainsi que les persécutions, les rafles et la déportation". 

« Mon joli canari » de Roy Sher
Mars-août 1943 : Salonique, épicentre de la destruction des Juifs de Grèce
« Le rabbin de Salonique » de Michèle Kahn
Vers un Mémorial de la déportation des Judéo-Espagnols de France
Le premier voyage sur la Shoah d’une classe du lycée français de Madrid (LFM)
Treize Français décorés à Paris du titre de Justes parmi les Nations
Madame Carven (1909-2015)
Luiz Martins de Souza Dantas, un "Don Quichotte dans les ténèbres"
« Carl Lutz, un diplomate en résistance » par Jacques Malaterre

"1942 et 1944, 5200 Judéo-Espagnols ont été déportés de France. L’association Muestros Dezaparesidos créée en 2010 et qui regroupe l’ensemble des associations judéo-espagnoles de France (Aki Estamos-AALS, Al Syete, Centre communautaire Don Isaac Abravanel, JEAA, Vidas Largas, Vidas Largas Marseille, UISF), a édité fin 2016 un Mémorial de la déportation des Judéo-Espagnols de France".

Ce "projet s’inscrit dans la continuité du travail de mémoire entrepris par Haïm Vidal Sephiha et Michel Azaria avec l’association JEAA qui, en 2003, a déposé une plaque commémorative en judéo-espagnol à Auschwitz pour réparer l’oubli qui a affecté la déportation des Djudios".

"Outre la liste des 5 200 déportés, le livre-mémorial comporte plusieurs chapitres sur la vie des Séfarades dans l’ancien Empire ottoman, les conditions de leur départ vers la France, leur installation en France et sur la période de la guerre".

Ce "projet est réalisé en partenariat avec le Mémorial de la Shoah et avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah".

"À l’occasion de la publication du Mémorial, un grand rassemblement a été organisé le 6 novembre 2016 avec la Mairie du 11e arrondissement de Paris. Il s"est tenu sous la présidence d’Annette Wieviorka et avec la participation de Serge Klarsfeld. Trois conférences, un moment musical et un verre de l’amitié ponctueront cette manifestation". Le Président de l’association Muestros Dezaparesidos, M. Alain De Toledo en partenariat avec le Mémorial de la Shoah et la Fondation pour la Mémoire de la Shoah a convié l’association Convoi 77 à la commémoration en souvenir des 5 300 Judéo Espagnols déportés de France. Cette cérémonie s’est déroulée le 13 Juin dernier à l’occasion de la sortie du livre Mémorial des Judéo-Espagnols déportés de France, qui retrace l’histoire, dont les douloureuses pages de la déportation, de cette petite communauté venue de l’ancien empire Ottoman pour s’installer en France. La cérémonie s’est tenue dans la très solennelle crypte du mémorial de la Shoah en présence de nombreuses personnalités notamment : S.E. Madame Aglaia Balta, Ambassadeur de Grèce en France, S.E. Fernando Carderera Ambassadeur d’Espagne en France, Madame Elinor Agam, Attachée Culturelle de l’Ambassade d’Israël en France. François Heilbronn Vice Président du mémorial ouvre la cérémonie en soulignant l’importance de l’ouvrage car il trouvait choquant que certaines personnes ignoraient la présence de juifs Sépharades à Auschwitz. Dans son important discours, Serge Klarsfeld, président des Fils et Filles des Déportés Juifs de France (FFDJF), a qualifié le Mémorial des Judéo-Espagnols déportés de France de « Monument de papier »  et a chaleureusement félicité son concepteur Alain de Toledo qui lui-même a remercié et cité le noms de l’équipe qui a travaillé avec lui tout au long de ces dernières années. Puis six jeunes ont lu les noms des 98 Judéo-Espagnols du premier convoi de déportés parti de France le 27 Mars 1942.  Comment d’ailleurs ne pas faire le parallèle avec le dernier grand convoi parti le 31 Juillet 1944 le convoi 77,  des dates différentes des personnes différentes séparées par 76 convois… mais unies par une même souffrance. Trois poèmes ont ensuite été lus en judéo-espagnol puis en français. Très émouvant aussi le chant des déportés saloniciens : « Arvoles Yoran por Liuvas », par le collectif Sefaradi dont les paroles « En tierras ajenas yo me vo murir » – « En terres étrangères je m’en vais mourir »- rappelle  celles des Judéo-Espagnols expulsés d’Espagne au 15ème siècle, c’est aussi le thème permanent de tous nos exils. La lecture d’El Male Rahamin et du Kaddish par le rabbin Daniel Farhi suivie d’une minute de silence ont marqué la fin de cette commémoration. L’association Muestros Dezaparesidos et l’association Convoi 77 coopèrent afin d’échanger des informations et des documents concernant les juifs d’origine séfarade déportés par le convoi 77." (Alain Dassas)

Le 31 octobre 2019, le Café des Psaumes accueillera Alain de Toledo qui retracera "la vie des Judéo-Espagnols dans l’Empire Ottoman, leur départ vers la France, leur installation ainsi que les persécutions, les rafles et la déportation".


"Marseille, janvier 1943 - Opération Sultan" est un documentaire réalisé par Jean-Pierre Carlon (2004, 52 minutes). "En janvier-février 1943, Marseille a connu des rafles massives et l’évacuation puis la destruction du quartier Nord du Vieux-Port. Commandée par les Allemands, cette opération baptisée "Opération Sultan" a été réalisée avec la collaboration des autorités et de la police françaises. Ce documentaire de Jean-Pierre Carlon retrace cette page tragique de l'histoire marseillaise : 25000 personnes chassées de chez elles, 6000 personnes arrêtées, 1642 déportées dont près de 800 Juifs envoyés à Sobibor pour être assassinés." Ce film a reçu le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.

En 2019, les éditions Petra ont publié "Les Judéo-Espagnols à Marseille dans la première moitié du XXe siècle. De l'espoir à la catastrophe" par Xavier Rothéa, docteur en Histoire, chercheur associé au Centre de recherches interdisciplinaires (CRISES) de l’Université Montpellier III et enseignant dans le secondaire. "Sur la base de documents d’archives administratifs, de documents familiaux et de témoignages, cet ouvrage retrace le parcours des familles judéo-espagnoles à Marseille, de leur arrivée au début du XXe siècle, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, en s’attachant en particulier au sort de ceux, nombreux, qui furent déportés vers les camps nazis. Venus en France pétris d’espoir, ils y connurent finalement l’horreur de la Shoah. Le sort des Juifs de Marseille pendant la Seconde Guerre mondiale a déjà fait l’objet de nombreuses recherches et parutions. Il était toutefois difficile de mesurer, à travers elles, l’impact des persécutions et déportations sur une communauté singulière par ses origines et sa culture, celle des Judéo-Espagnols, originaires d’un Empire ottoman en pleine mutation et qui composaient un pilier important du judaïsme marseillais. Cet ouvrage tente d’apporter un éclairage à cette question.  Dans le cadre de ses recherches, Xavier Rothéa a bénéficié du soutien de la Fondation pour la Mémoire de la ShoahXavier Rothéa mène des recherches sur l’histoire contemporaine des populations tsiganes en Europe et sur les Judéo-Espagnols de France. Il a soutenu en 2008 une thèse d’histoire contemporaine sur l’utilisation de l’image des Gitans par la dictature franquiste. Il a publié en 2015 un ouvrage sur les Judéo-Espagnols de Nîmes et participe depuis 2011 au projet de Mémorial de la déportation des Judéo-Espagnols de France au sein de l’association Muestros Dezaparesidos."

Hommage au consul espagnol Bernardo Rolland y Miota 
L’Espagne et des associations juives françaises ont rendu hommage (29 novembre-1er décembre 2008) à Bernardo Rolland y Miota (1890-1976), consul d’Espagne de 1939 à 1943, pour avoir sauvé des dizaines, voire des centaines de Juifs d’origine espagnole, organisé le « rapatriement » de 77 judéo-espagnols et protégé leurs biens.

"Consul d’un pays « ami » de l’Allemagne, mais indigné par les persécutions dont souffraient les Juifs, le Consul Bernardo Rolland y Miota fît tout ce qui était en son pouvoir pour changer le destin de ceux qui étaient promis à une mort certaine. Dès les premières mesures antisémites il envoya télégrammes sur télégrammes à sa hiérarchie, plutôt pro allemande, pour la convaincre de faire quelque chose en faveur des Juifs espagnols. Il écrivit de nombreuses lettres aux autorités d’occupation et aux autorités collaboratrices en leur disant que la loi espagnole ne faisait pas de distinction de race. Par son acharnement il réussit à faire sortir de nombreux Juifs de Compiègne et de Drancy, notamment en signant des certificats de nationalité espagnole à des personnes qui étaient protégées et qui donc « normalement » n’y avaient pas droit. Il mit à la disposition de quatre Judéo-espagnols dont Nick et Enrique Saporta y Beja, cousins de ma mère et Elias Canetti cousin du prix Nobel de littérature, un bureau au sein même du consulat pour lui signaler tous les cas de personnes en danger. Il permit à des dizaines de personnes de gagner individuellement l’Espagne. Pour qu’elles ne soient pas inquiétées par les Allemands, il les fit voyager dans les wagons plombés de la Phalange. Et surtout quand il comprit que même la nationalité espagnole ne constituerait plus une protection, il entreprit auprès du Ministère des Affaires étrangères espagnol de démarches pour que les Judéo-espagnols puissent êtres rapatriés collectivement en Espagne. A cette époque le Gouvernement espagnol n’acceptait qu’au compte-gouttes les entrées  individuelles de Juifs. Le Consul s’est battu de toutes ses forces pour obtenir l’autorisation d’organiser des  convois. Malheureusement son action n’a pas plu à son Ambassadeur et au Ministère, il fût renvoyé de son poste et retourna en Espagne. Il ne pût donc organiser le convoi qui le 10 août 1943 emmena mon père vers l’Espagne ainsi que 80 autres Judéo-espagnols, c’est ce que fit son successeur qui termina son travail", écrit Alain de Tolédo dans Los Muestros (N°71, mars 2008).

Les actions de ce diplomate espagnol visaient non seulement les Juifs ayant adopté la nationalité espagnole conformément à la décision du gouvernement de Primo de Rivera en 1924, mais aussi les « protégés » espagnols qui n’avaient pas effectué alors les démarches administratives auprès des consulats ou ne remplissaient pas les conditions fixées. Et ce, « à une époque où le décret d’expulsion des Juifs signé par les rois très catholiques Isabelle et Philippe en 1492 n’était pas abrogé » (Los Muestros, N°71, mars 2008).

Souvent clandestines, les initiatives de ce consul suscitèrent l’hostilité des autorités nazies qui exercèrent des pressions sur Madrid pour obtenir son rapatriement. Celui-ci survint en février 1943.

Comment expliquer le comportement de ce haut fonctionnaire ? Carlos Carderera, consul général d’Espagne en France, avance « la relation particulière des Espagnols à l’égard des Juifs, nourrie des souvenirs des siècles de coexistence confessionnelle et de l’expulsion des Juifs en 1492. A cela, s’ajoute la fonction particulière de consul, plus proche des gens ». Quant à Guillermo Rolland, fils du consul, il note l’influence de sa mère sur son « mari catholique pratiquant ».

Évoqué dans l’exposition itinérante de la Casa Sefarad-Israël  « Visas pour la liberté, des diplomates face à la Shoah » présentée en 2009 au Foyer du Comité de Ministres du Palais de l´Europe à Strasbourg, Bernardo Rolland y Miota est le sujet du documentaire d’Arancha Gorostola « Préserver la mémoire » diffusé en 2008.

Le dossier visant à lui faire attribuer le titre de Juste parmi les nations a été examiné par Yad Vashem. Sans que lui soit attribué ce titre en raison de critères restrictifs.


"Marseille, janvier 1943 - Opération Sultan" par Jean-Pierre Carlon
France, Les Productions du Lagon / France Télévisions, 2004, 52 minutes 

Articles sur ce blog concernant :

Cet article a été publié par L'Arche. Il a été publié sur ce blog le 22 août 2014, puis le 7 novembre 2016.

1 commentaire:

  1. Bonjour Mme Chemla,

    Dans la nuit du 10 au 11 janvier 1944, des membres de ma famille : Estreja Torres, Louis Torres et leurs huit enfants (Z'L), dont 5 avaient moins de 15 ans (tous de nationalité française), sont arrêtés et parqués à la synagogue de Bordeaux sous la tutelle de Maurice Papon.
    Le 12 janvier 1944 un convoi de 317 Juifs part de la gare Saint-Jean à Bordeaux pour Drancy. Ils sont transférés à Auschwitz par le convoi No 66 du 20 janvier 1944, où ils sont immédiatement exterminés.
    Hélas le consul Bernardo Rolland y Miota n'était plus là pour les sauver. Que son souvenir sous dans nos mémoires à jamais.

    Claude Torres

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