dimanche 26 juin 2016

« Sainte-Sophie dévoilée », documentaire de Olivier Julien et Gary Glassman


Arte rediffusera les 26 juin et 10 juillet 2016, dans la série Monuments éternels, « Sainte-Sophie dévoilée  », documentaire de Olivier Julien et Gary Glassman (2014). Les tentatives de préserver des effets d'un séisme cette magnifique basilique au style architectural byzantin ayant influé sur les styles catholique et arabe, transformée en mosquée, puis désacralisée pour devenir un musée.
Souhaitée par l'empereur Constantin en 330, après sa conversion au christianisme, Sainte-Sophie a été édifiée à Constantinople (devenue Istanbul) sur une colline dominant la mer de Marmara.  

Incendiée en 404, elle est reconstruite en 415 par l'empereur Théodose II selon un plan basilical classique conçu par l'architecte Roufinos. Consacrée le 8 octobre 415, la basilique brûle de nouveau le 13 janvier 532. 

Le 23 février 532, l'empereur Justinien décide de la reconstruire, agrandie. Il fait appel au physicien Isidore de Milet et au mathématicien Anthémius de Tralles. Leur inspiration ? Le Panthéon de Rome et l'art chrétien primitif d'Occident.

Les matériaux ? Prestigieux : récupération des colonnes hellénistiques du temple d'Artémis à Éphèse, choix du porphyre d'Égypte, du marbre vert de Thessalie, des pierres noires de la région du Bosphore, de pierres précieuses jaunes de Syrie. Les décors intérieurs, notamment les mosaïques, sont achevés sous le règne de l'empereur Justin II (565-578). Sol, plafonds... Les mosaïques tapissent l'ensemble des surfaces. Messages de ces mosaïques à l'or omniprésent et représentant la lumière, métaphore de Dieu, représenté par l'empereur Justinien. Un "formidable décor pour la mise en scène de son pouvoir". Un éblouissement pour les habitants de Constantinople. Comme une "entrée au Paradis". Une église "transcendentaale".

Pendant cinq ans, plus de dix mille ouvriers participent à l'édification de cet immense monument chrétien.

Ébranlée par des séismes qui la fissurent (553, 557) ou détruisent son dôme central (558), Sainte-Sophie est restaurée sur ordre de l'empereur qui confie les travaux à Isidore le Jeune, fils d'Isidore de Milet. Sont alors utilisés des matériaux plus légers. Le dôme atteint 55,6 m² de hauteur totale.

Sous la direction du patriarche de Constantinople Eutychius, Sainte-Sophie est reconsacrée le 23 décembre 562. Le poète byzantin Paul le Silentiaire crée un poème épique, l'Ecphrasis.

Construite dans sa structure contemporaine en 537, Sainte-Sophie ou Hagía Sophía (« sainte Sagesse », « Sagesse Divine ») « a été pendant un millénaire la plus grande basilique chrétienne du monde » et le « centre religieux de l’Empire byzantin ». 

Siège du patriarche orthodoxe de Constantinople, Sainte-Sophie accueillait des cérémonies impériales byzantines, tel le couronnement des empereurs.

Lors du sac de Constantinople, en 1204, pendant la Quatrième croisade, l'église est pillée par les Croisés avides de s'emparer des matières précieuses. 

Lors de l'occupation latine de Constantinople (1204–1261), la basilique devient le siège du patriarche latin de Constantinople. Là, Baudouin VI de Hainaut est couronné empereur le 16 mai 1204. Le doge de Venise Enrico Dandolo, un des chefs de la croisade, y est enterré.

En 1261, les Byzantins conquièrent Constantinople.

En 1453, après la victoire des Ottomans, la basilique est transformée, mais garde son nom, Ayasofya. 

Transformée en mosquée lors de la conquête islamique de Byzance, elle représente pendant cinq siècles l’islam victorieux de la chrétienté. Sa « beauté inspirera l'architecture ottomane », telle celle de la Mosquée bleue. 

Sous le règne de Mehmed II, Sainte-Sophie est délabrée. Ce sultan Mehmed II la fait nettoyer et la mue en une mosquée en recouvrant la mosaïque de Marie dans l'abside de Sainte-Sophie, non pas de lait de chaux mais d'un voile, puis de chaux comme les autres églises. Successeur de Mehmed II, le sultan Bajazed II fait construire un nouveau minaret pour remplacer celui de son père.

En 1934, succédant au défunt empire ottoman, la République turque de Mustafa Kemal Atatürk « la désacralise et la transforme en musée ». 
Des « travaux de recherche et de restauration permettent alors de redécouvrir sous les décorations ottomanes une partie des trésors qu'elle abritait : les œuvres byzantines exceptionnelles mises au jour ont suscité un élan qui a permis de redonner à l'Empire byzantin sa juste place dans l'histoire ».

Sa « restauration par Fossati mettra à jour des œuvres byzantines exceptionnelles. Mais l’avenir de la gigantesque coupole de Sainte-Sophie et des merveilles qu'elle recèle est incertain : un grand séisme est annoncé dans les vingt prochaines années, et les travaux de restauration sont ralentis par des tensions politico-religieuses ».

Une « équipe internationale d'architectes, de sismologues et d'ingénieurs cherche à percer les secrets de l'exceptionnelle résistance du bâtiment aux séismes. En analysant ce qui fait la force de l'édifice, ils espèrent découvrir ses faiblesses cachées afin de pouvoir le préserver. En suivant leurs travaux in situ, ce documentaire nous plonge dans l’histoire des civilisations, de l'art et des religions, et se double d'une enquête scientifique contemporaine ».

Monument attirant une foule de visiteurs et générant donc une manne financière considérable, Sainte-Sophie redeviendra-t-elle une mosquée ? Le vice-premier ministre turc Bülent Arinç en avait exprimé le désir en novembre 2013. En 2014, l’historien français Sébastien de Courtois confiait à La Croix  que deux « anciennes églises, à Iznik et Trabzon » l’étaient devenues : « Sainte-Sophie d’Istanbul pourrait subir le même sort que le Musée Sainte-Sophie de Trabzon, [haut lieu byzantin de l’antique Trébizonde, sur la mer Noire. Depuis plus de deux ans], pendant la prière, on tire des rideaux devant les fresques qui représentent des visages humains ». Et ce quotidien catholique de poursuivre : « le Musée Sainte-Sophie d’Iznik (l’ancienne Nicée en Anatolie, siège du concile de 325), après quelques travaux de restauration, est désormais totalement mosquée ».

« La seule chose qui puisse protéger Sainte-Sophie d’Istanbul, c’est que ce musée se trouve justement à Istanbul et qu’il est ardemment défendu par le Patriarcat œcuménique et par la diaspora grecque qui se sentent héritiers du patrimoine byzantin de Constantinople », estimait aussi Sébastien de Courtois.

Autre cas cité par La Croix : « monastère du Stoudion, le plus vieil édifice chrétien d’Istanbul. Fondé en 454, puis abandonné par les moines après 1453, il avait été converti en mosquée à l’époque ottomane. Partiellement détruit par des séismes aux XVIIIe et XIXe siècles, il était devenu musée en 1946. Mais en 2012, une décision du conseil des ministres, sous prétexte de restauration, l’a subrepticement retransformé en mosquée ».

Mais Sainte-Sophie pourrait-elle retrouver son statut chrétien ? Inimaginable dans la Turquie dirigée par les islamistes.


« Sainte-Sophie dévoilée  », documentaire de Olivier Julien et Gary Glassman 
2014, 88 min
Sur Arte les 2 mai à 20 h 50, 3 mai à 15 h 20, 12 mai à 15 h 50 et 20 mai 2015 à 15 h 50

Visuels : © ZED/Providence Pictures
La basilique Sainte-Sophie
Irvin Cemil Schick, historien de l'art à l'université Sehir d'Istanbul
La basilique Sainte-Sophie 
L'élément le plus frappant de la basilique Sainte-Sophie est son dôme central monumental.
Dôme de la basilique Sainte-Sophie 

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Les citations proviennent d'Arte. L'article a été publié le 1er mai 2015.

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