Citations

« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

lundi 27 août 2018

« Starbucks sans filtre » par Luc Hermann et Gilles Bovon


Arte diffusera le 28 août 2018 à 20 h 50 « Starbucks sans filtre » (Starbucks ungefiltert), documentaire réalisé par Luc Hermann et Gilles Bovon. « Comment la chaîne américaine de cafés, désormais planétaire, a conquis les classes moyennes urbaines. Cette investigation sur trois continents dévoile la face soigneusement cachée de la marque à la sirène. »
   

« Starbucks a imprimé sa marque verte et blanche aux rues des principales villes du monde, de Seattle, son berceau d'origine, à la côte Est, l'Europe et aujourd'hui la Chine, où une nouvelle enseigne ouvre toutes les quinze heures en moyenne – toutes les deux semaines à New York, dont les quartiers les plus centraux semblent pourtant saturés par le logo à la sirène ».

« Avec ses quelque 28 000 enseignes dans plus de 75 pays et ses quelque 350 000 employés, la chaîne américaine de cafés se défend pourtant d'être une multinationale comme les autres ».

"L'expérience Starbucks"
Une enseigne qui vent des "produits de fast food comme du haut de gamme". La marque véhicule un "imaginaire très fort". Ce qui explique l'engouement des clients attendant l'ouverture de l'enseigne. "Les gens veulent montrer qu'ils font partie de l'univers Starbucks", explique un de ses dirigeants. Les "clients achètent une certaine reconnaissance sociale". Du "fast drink" avec l'impression d'un rapport avec quelqu'un". "C'est une multinationale qui s'adresse individuellement à chacun. C'est très malin... Vous vous identifiez à la marque", observe un expert.

La "firme ne fait pratiquement pas de publicité". Le client se déplaçant avec son gobelet frappé du logo de Starbucks assure sa renommée.

Chacun des salons de Starbucks est appelé le "troisième lieu", entre "chez vous et le travail". Cette notion "est née dans les années 1980 comme espace de rencontre politique rassemblant des citoyens de tous horizons". "Tout compte, pas seulement la boisson, les toilettes... C'est l'approche globale," explique Scott Bedbury, directeur du marketing. Les tables sont rondes, donc sans sensation de solitude, les fauteuils confortables. On peut rester aussi longtemps qu'on le souhaite. Le "troisième lieu" est propre : un tiers du temps des employés est consacré à nettoyer.

« Les produits y sont présentés comme issus à 99 % du commerce équitable, les salariés, comme des « partenaires ». Et dans l'Amérique de Trump, elle affiche comme valeurs cardinales la défense de l'environnement, la lutte contre les discriminations et la responsabilité sociale des entreprises ».

La "marque est devenue une icone de la société de consommation". Pourtant la marque est née en opposition au consumérisme. Les créateurs de Starbucks sont membres de la contre-culture américaine. Ils veulent initier les consommateurs au bon café en vendant du café en grains.

« Comment le petit café alternatif ouvert en 1971 par trois copains amateurs d'expresso est-il devenu, en un demi-siècle, ce géant omniprésent de la mondialisation ? Arrivé comme directeur du marketing en 1981, son PDG aujourd'hui démissionnaire, Howard Schultz, qui a racheté l'affaire en 1986, a accompli un tour de force : transformer un breuvage des plus banals en potion magique ». Il a compris la valeur de l'entreprise et voulait conquérir le monde. Or les fondateurs souhaitaient garder la taille humaine de leur boutique petite et authentique.

En 1986, Howard Schultz rachète la marque. Le "logo original est modifié : la sirène dénudée devient plus sage". Le "produit est standardisé : la saveur volontairement corsée" est identique dans tous les pays. Le café est vendu dans un gobelet grand que les clients peuvent emporter au bureau. Le "géant utilise des machines automatiques qui permettent d'augmenter les cadences". La "machine fait le travail du barista". Les employés sont des "presseurs de boutons". Starbucks a "déqualifié le travail".

Les baristas "sont appelés des "partenaires" bénéficiant d'avantages sociaux, dont une couverture Santé. Unique pour une société de cette envergure". Le temps de travail n'est pas garanti aux baristas.

Starbucks a modifié les habitudes de consommation en proposant une boisson "branchée" distincte du soda, mais très sucrée, pleine de crème. Il a aussi élargi la plage horaire de consommation du café : toute la journée.

« De Londres à Shanghai, de Tours à Moscou, l'"expérience" Starbucks, synonyme de sophistication et de modernité, draine des foules prêtes à la payer au prix fort – soit 5 euros en moyenne ».

« Luc Hermann et Gilles Bovon ont enquêté une année durant sur trois continents pour comprendre les raisons de ce succès phénoménal, et en révèlent la face cachée ».

Starbucks a créé "un label fourni clé en main par une ONG", distinct de ceux qualifiant le commerce équitable. Autre entorse : la firme impose un intermédiaire aux petits producteurs.

Autre promesse non tenue : le gobelet Starbucks n'est pas recyclable car le film de plastique colle au papier. Il finit à la décharge.

« Car le redoutable arsenal marketing de Starbucks, sa rhétorique humaniste comme son positionnement haut de gamme dissimulent une réalité plus amère, elle aussi plus banale. Des dures conditions de travail aux désillusions d'un petit producteur mexicain, des produits saturés de sucre et de gras à leur contenant non recyclable, des efforts pour contourner les lois fiscales à une politique immobilière prédatrice »,

Les sandwichs sont fabriqués par des sous-traitants locaux, mais facturés à Starbucks EMEA à Amsterdam (Pays-Bas), conformément à une optimisation fiscale et un système de royalties élaboré par la firme internationale. Après la sanction infligée par l'Union européenne, Starbucks a transféré son siège européen à Londres (Grande-Bretagne).

"L'immunité fiscale, ça suffit", crient les manifestants devant des Starbucks Coffees en France.

Starbucks soutient le mariage homosexuel, combat le racisme.

En 2018, à Philadelphie, édeux Afro-américains souhaitent utiliser les WC. La patronne appelle la police. Les deux clients sont relâchés. La firme ferme ses 8 000 cafés aux Etats-Unis et impose une formation contre la discrimination à ses employés".

Ce "troisième lieu" s'avère un mythe.

« Luc Hermann et Gilles Bovon révèlent le cynisme et l'obsession du profit derrière le masque des bons sentiments ».

« Le portrait nuancé, mais sans concession, d'une entreprise emblématique de l'économie contemporaine. »

Judaïsme, Juifs et Israël
Le 25 janvier 2009, le clerc égyptien Cleric Safwat Higazi a exhorté à la fermeture des boutiques Starbucks dans les mondes arabe et islamique en alléguant à tort que la "reine Esther, reine des juifs, est représentée dans le logo de la firme" :
"Today, I would like to talk about the Starbucks coffee shop. Starbucks is to be found in Mecca, in Al-Madina, opposite the King Abdul Aziz Gate in Mecca, opposite the Al-Majid Gate in Al-Madina, as well as in Cairo. Starbucks is to be found everywhere, with this logo. This is the Starbucks logo.
Has any of you ever wondered who this woman with a crown on her head is? Why do we boycott Starbucks? I will tell you, so you will know why you should boycott this company, and what this logo stands for. As I’ve already said, it is not enough to avoid entering this coffee shop. It is not enough to you to refrain from drinking this coffee. You must urge people never to go there, but none of you should even consider throwing a stone, breaking anything, or burning [the place] down.
[...]
The girl on the Starbucks logo is Queen Esther. Do you know who Queen Esther was and what the crown on her head means? This is the crown of the Persian Kingdom. This queen is the queen of the Jews. She is mentioned in the Torah, in the Book of Esther. The girl you see is Esther, the queen of the Jews in Persia.
[...]
King [Xerxes] gave an order that the seven most beautiful girls in the kingdom be brought to him. So they held contests and auditions, and selected the seven most beautiful virgins, one of whom was the Jewish Esther, whose uncle, Mordechai – or actually, it was her cousin’s brother – was a villain. It was Mordechai who hatched this plot. Esther was one of the seven girls brought before King Xerxes in the palace. When Esther, who was very beautiful, was shown to King Xerxes, she captured his heart, and he chose her to be his queen. He placed a crown on her head, and the crown you see here [Higazi indicates the Starbucks logo] is the crown of the kingdom of Xerxes, and this is Esther, who became Queen of Persia, instead of Queen Vashti.
[...]
Can you believe that in Mecca, Al-Madina, Cairo, Damascus, Kuwait, and all over the Islamic world, hangs the picture of beautiful Queen Esther, with a crown on her head, and we buy her products.
[...]
We want Starbucks to be shut down throughout the Arab and Islamic world. We want it to be shut down in Mecca and in Al-Madina. I implore King Abdallah bin Abd Al-‘Aziz, the Custodian of the Two Holy Mosques: It is inconceivable that in Mecca and Al-Madina, there will be a picture of Queen Esther, the queen of the Jews."
Or, le logo de Starbucks représente une sirène, sans lien avec le judaïsme et la reine Esther louée lors de la fête de Pourim.

En août 2018, STAR-K, organisme américain de certification de la cacherout, a annoncé ne plus se porter garant de produits vendus par Starbucks. En effet, les boutiques Starbucks vendent des sandwichs avec du bacon, donc à base de cochon, animal interdit à la consommation selon les lois de la cacherout. Il existe un risque de contact entre les boissons et ces aliments non cacher. Parmi les boissons non recommandées aux Etats-Unis par STAR-K : le cappuccino, le lait chaud et l'espresso machiatto. La pétition "Make Starbucks Kosher again" a été lancée sur Internet et a reçu 9 949 signatures au 27 août 2018.


« Starbucks sans filtre » par Luc Hermann et Gilles Bovon
France, 2017
Sur Arte les 28 août 2018 à 20 h 50, 26 septembre 2018 à 9 h 20
Visuels :
Photo d'un gobelet Starbucks, avec vue sur la ville de Shangai
Credit : © Premieres Lignes /Arte

Militants d’Attac lors d'une manifestation anti-Starbucks devant un établissement de la chaîne à Paris
Credit : © Premieres Lignes /Arte

Photo d'un gobelet Starbucks, avec vue sur la ville de Shangai
Credit : © Premieres Lignes /Arte

Une consommatrice Starbucks dans les rues de Shangai
Credit : © Premieres Lignes /Arte

Une consommatrice Starbucksdans les rues de Paris
Credit : © Premieres Lignes /Arte

Manifestation devant le Starbucks Coffee d’Opéra à Paris par les militants d’ATTAC
Credit : © Premieres Lignes /Arte

Articles sur ce blog concernant :
Articles in English
Les citations proviennent d'Arte.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire