dimanche 1 décembre 2013

« Le rabbin de Salonique » de Michèle Kahn


Erudit polyglotte germanophone né en 1894 à Rzeszów (alors austro-hongroise et polonaise en 1918), Zvi (Hirsch Simcha) Koretz, « rabbin adjoint de la synagogue de Charlottenburg, la plus chic de Berlin », devient en 1933, peu après l’arrivée au pouvoir d’Hitler, grand rabbin de Salonique (Grèce), ville ottomane jusqu’en novembre 1912, puis devenue grecque. Son action lors de l'occupation nazie en fait un personnage controversé.
Cette « Jérusalem des Balkans » a été en partie détruite par l’incendie de 1917 - le 18 août 1917 un incendie a ravagé Thessalonique (autre appellation de Salonique), a laissé sans domicile 70 000 personnes, dont 53 000 Juifs - suivi d’un exil de nombreux Juifs en particulier vers la Palestine mandataire et les Etats-Unis. Elle n’a pas enrayé son déclin. Diverse, sa communauté juive de plus de 50 000 membres, parlant le judéo-espagnol (judesmo), demeure divisée.

Zvi Koretz renforce ses relations avec les autorités politiques grecques, et gagne l’estime, mais non l’amour de ses coreligionnaires saloniciens. Son contrat de grand rabbin est renouvelé en 1938.

En avril 1941, l’Allemagne nazie occupe la Grèce. Sous l’autorité d’Adolf Eichmann, Hauptsturmführer Alois Brunner et Dieter Wisliceny organisent dès février 1943 la déportation des Juifs saloniciens. Ils s’appuient sur un Judenrat dirigé par Zvi Koretz, chef spirituel et président de la communauté, devenu un maillon dans l’engrenage qui a mené en quelques mois au départ de la quasi-totalité des Juifs saloniciens, par wagons, vers Auschwitz. "

Le 2 août 1943, Zvi Koretz est déporté avec son épouse Gita et leurs deux enfants, Léo et Lili, vers Bergen-Belsen, puis en avril 1945 à Theresienstadt. Le 3 juin 1945, il meurt à Tröbitz et est enterré dans le cimetière Juif de cette ville allemande.

Le 2 juillet 1946, s’ouvre en Grèce le procès des « collaborateurs qui avaient trahi leurs frères de Salonique », dont Zvi Koretz, Jacques Albala et Vital Hasson.

Ce roman historique de Michèle Kahn comprend deux éléments fictifs gênants : la rencontre à Vienne en 1941 d’Aloïs Brunner et Zvi Koretz, et le dialogue entre celui-ci et l’auteur.

Il décrit le même processus observable dans d’autres villes occupées par les Nazis : ghettoïsation dans des conditions déplorables, rackets systématiques et spoliations généralisées des Juifs, Judenrat avec une spécificité salonicienne – le président en est le grand rabbin, chef spirituel -, établissement de listes de Juifs, port de l’étoile jaune, travaux forcés pour les jeunes Juifs, départs des convois vers un ailleurs inconnu, aveuglement d’élites Juives, rares Justes, etc.

Avec empathie, Michèle Kahn portraiture Zvi Koretz, intelligent, mais vaniteux et naïf.

Un grand rabbin que certains considèrent comme « irrémédiablement terni » par sa stratégie d’obéissance aux ordres des Nazis et son long aveuglement, et silence, quant à leur dessein.

ADDENDUM :
Le 26 décembre 2012, 668 pierres tombales en marbre de Juifs de Salonique, détruites par les Nazis, ont été découvertes à Thessalonique (Grèce). 
Heinz Kounio, alors jeune Juif déporté dans le premier train de déportés juifs quittant le 15 mars 1943 Salonique, dans le nord de la Grèce, pour le camp d'Auschwitz-Birkenau, est l'un des derniers survivants Juifs grecs de la Shoah. Agé de 85 ans, M. Kounio a témoigné en mars 2013 devant des dirigeants communautaires de divers pays, à Thessalonique (autre appellation de Salonique), "inquiets de l'émergence de partis néonazis en Grèce et dans le reste d'une Europe affaiblie et divisée par la crise économique et financière à Thessalonique (Grèce)". Des 46 091 Juifs déportés de Salonique vers les camps nazis d'extermination, 1 950 ont survécu en 1945.
Le 1er décembre 2013, à 15 h le Mémorial de la Shoah étudie la destruction des Juifs de Salonique. La ville de Salonique, dénommée actuellement Thessalonique, "abritait la plus importante communauté juive de Grèce jusqu’en mars 1943. En quelques mois, la quasi-totalité (85 %) des Juifs de cette ville est assassinée dans les camps nazis".

Michèle Kahn, Le rabbin de Salonique. Editions du Rocher. 560 pages. 19,90 €. ISBN : 978-2-268-07032-2

Articles sur ce blog concernant :

Cet article a été publié dans le n° 633 de février 2011 de L'Arche et sur ce blog le 26 février 2011, puis le :
- 26 décembre 2012 alors que 668 pierres tombales en marbre de Juifs de Salonique, détruites par les Nazis, ont été découvertes à Thessalonique (Grèce), les 18 mars et 19 août 2013, et le 1er décembre 2013 ;
- 1er décembre 2013. Le 20 décembre 2013, Yiannis Boutaris, maire de Thessalonique, a annoncé la future construction d'un musée de la Shoah  dans cette deuxième ville de Grèce. Il a déclaré : « Ainsi, Thessalonique va remplir son devoir d'Histoire ». Ce monument sera dédié à la mémoire des plus de 46 000 Juifs qui en ont été déportés vers le camp nazi d'Auschwitz (Pologne) pendant la Deuxième Guerre mondiale. D'une superficie d'un hectare, ce musée sera édifié d'ici à 2020 à l'emplacement de l'ancienne gare d'où les trains sont partis pour ce camp nazi dès 15 mars 1943 : d'environ 50 000 personnes à l'époque, la population Juive de cette "ville multiculturelle, sorte de pont entre l'Orient et les Balkans, est tombée à un millier environ aujourd'hui"..

2 commentaires:

  1. Vous écrivez que le 2 juillet 46 s'ouvre le procès des collaborateurs juifs dont koretz, en êtes vous sure ? Autant que je sache koretz n'a pas été jugé ne serait ce que parce que le droit grec à l'époque ne le permettait pas.

    Vous soulignez à juste titre deux éléments fictifs génant et vous avez raison, mais la gène est plus proche de la colère en ce qui me concerne car le procédé pose question.
    - Peut on développer n'importe quelle thèse sous prétexte qu'il s'agisse d'un roman ?
    - Peut on aller à l'encontre des témoignages des survivants (à l'exception de ceux de la famille koretz) juste pour écrire une histoire ?
    - Qui a le droit de réhabiliter quelqu'un sans apporter la moindre justification ?
    - Quelle est la mémoire qui peut être transmise dans ces conditions et comment prétendre au respect de la mémoire ?

    Alors, que les historiens prennent la parole !

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  2. bravo et merci à "anonyme" pour son commentaire qui tente de rétablir la vérité historique face à la désinformation propagée par M Kahn totalement ignorante d'un problème pour lequel elle ose porter un jugement
    une fille de saloniciens qui étaient en Grèce pendant la guerre mais ont réussi échapper aux griffes des nazis

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