lundi 24 avril 2017

« Auschwitz, premiers témoignages » d’Emil Weiss


Arte a diffusé le documentaire d’Emil Weiss Auschwitz, premiers témoignages (2010), à partir des écrits datant de 1946 de quatre déportés Juifs français. Yom HaShoah, ou Jour des martyrs et des héros de la Shoah, débute ce 27 avril 2014 au soir. Un premier volet d'une trilogie historique  didactique, sobre, bouleversante sur la Shoah (Holocaust), la destruction du peuple Juif par les Nazis, dans le complexe concentrationnaire Auschwitz. Pour Yom HaShoah 2017, a lieu, sous l’égide de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, la lecture des noms de déportés juifs de France, du 23 avril 2017 à 18 h au 24 avril 2017 à 17 h 30, au Mémorial de la Shoah. Les noms des Juifs déportés de Tunisie, protectorat français sous l'Occupation, sont-ils lus lors de cette cérémonie ?

« L’extermination des Juifs ne fut pas, une flambée de violences : elle a été doctrinalement fondée, philosophiquement expliquée, méthodiquement préparée, systématiquement perpétrée par les doctrinaires les plus pédants qui aient jamais existé ; elle répond à une intention exterminatrice délibérément et longuement mûrie ; elle est l’application d’une théorie dogmatique qui existe encore et qui s’appelle l’antisémitisme. ». Vladimir Jankélévitch, « L’imprescriptible » (1971)

A la veille du 66e anniversaire de la « libération » d'Auschwitz, le 27 janvier 1945, Arte a diffusé ce documentaire sur Auschwitz, le plus grand camp de concentration et d'extermination, ou plus précisément « complexe concentrationnaire » du IIIe Reich.

Auschwitz, « complexe concentrationnaire »
Auschwitz se situe dans la ville d'Oswiecim (Auschwitz, en allemand), annexée au Reich (province de Haute-Silésie) après l'invasion de la Pologne. Cette ville comptait avant guerre une population majoritairement juive.


Etendu sur plusieurs milliers d’hectares, Auschwitz est un « complexe concentrationnaire où convergent quatre activités : concentration, extermination, industrie et science ».

Le camp principal est Auschwitz I - le Stammlager, le « camp souche » - : ce « camp de concentration est peuplé de détenus politiques, de droit commun et d’une majorité de Juifs : camp de travail regroupant de nombreux commandos travaillant à l’intérieur et à l’extérieur du camp, et camp d’expérimentations médicales menées in vivo sur des cobayes humains ».

Dans ce « complexe concentrationnaire » Auschwitz, se trouvent aussi :

• à trois kilomètres d’Auschwitz I, Auschwitz II-Birkenau, « camp de concentration et de transit, mais aussi et surtout d’extermination massive. À partir du printemps 1944, avec la déportation massive des Juifs hongrois, progressivement, jusqu’à 18 000 personnes » sont assassinées chaque jour, « alors que les quatre crématoires en fonction jour et nuit ne peuvent brûler qu’un maximum de 8 500 corps. Pour augmenter le « rendement », plusieurs fosses géantes sont creusées à l’arrière du crématoire V et du Bunker II pour servir de bûchers à ciel ouvert » ;

• à sept kilomètres d’Auschwitz I, le camp d’Auschwitz III Monowitz, « fournisseur de main-d’œuvre pour l’usine « Buna », propriété du plus grand groupe pétro chimique allemand, IG Farben. Dans ce camp dit « de travail » exténuant, la majorité des 10 000 hommes détenus sont loués par les Nazis à cette entreprise chimique qui produit des dérivés de pétrole et construit une immense usine de caoutchouc synthétique en mai 1942, jamais achevée. Monowitz fut rasé et de rares vestiges subsistent ». Emil Weiss a donc « eu recours à une maquette construite par ses soins à l’échelle de 1/100e d’après les plans d’origine, les photographies aériennes prises par les Alliés en 1944 et par les Russes sur place ». Cette maquette a été « filmée en studio avec un équipement spécifique de macrophotographie et avec un autre permettant les mouvements fluides de la caméra, puis transportée en Pologne sur les lieux même du camp aujourd’hui disparu. Le réalisateur a confié au musée d’Auschwitz cette documentation visuelle inexistante auparavant. Il a aussi rendu hommage à Primo Lévi, chimiste à Monowitz, dont les écrits sont d’une importance inestimable.

• à environ 2 km de Birkenau et 4 km d’Auschwitz I, les laboratoires de Rajsko, « haut lieu de la recherche biologique et médicale du IIIe Reich ». Médecins, scientifiques et ouvrières détenues y travaillent ». En 1944, « plus de 110 000 analyses et diagnostics sont effectués dans ses diverses sections » ;

l’usine d’armement Union Werke et d’autres usines et filiales de grandes compagnies allemandes, telles que Siemens, Daw, Krupp ».

À « cet ensemble, il faut ajouter une quarantaine de camps auxiliaires, fermes agricoles et « kommandos » divers ». A l’usine BUNA, complexe industriel d’IG Farben en construction, déportés, prisonniers de guerre anglais, Français des chantiers de jeunesse, ouvriers français et polonais, femmes, effectuent des travaux très pénibles.

Vestiges actuels et témoignages passés
Le documentariste Emil Weiss pensait « clore son cycle consacré à l'univers concentrationnaire avec le film Sonderkommando Auschwitz-Birkenau, diffusé le 23 janvier 2008 par ARTE, sur les déportés chargés de faire fonctionner les fours crématoires ».

Or, « c'est l'inverse qui s'est passé. Il m'est apparu que ce choix radical de faire entendre, au cinéma, des textes fondamentaux jusqu'ici laissés de côté, était une approche différente et féconde et qu'il fallait poursuivre cette entreprise en décrivant les autres étapes déterminantes du parcours des victimes », explique ce réalisateur.


Leurs témoignages « rendent compte des événements vécus, avec simplicité et force », sans « écran mémoriel ».

Ces extraits proviennent de deux sources - Témoignages strasbourgeois (Presses universitaires de Strasbourg) et Une Française juive est revenue de Suzanne Birnbaum - publiées en 1946, après le retour de déportation, par :
- le Dr Marc Klein (convoi n° 75, 30 mai 1944) sur Auschwitz I et Rajsko ;
- Suzanne Birnbaum (convoi n° 66, 20 janvier 1944) et le Dr Robert Levy (convoi n° 59, 2 septembre 1943) sur Auschwitz II Birkenau ;
- et le Dr Robert Waitz (convoi n° 60, 7 octobre 1943) sur Auschwitz III Monowitz.

Mêlant ces quatre témoignages, Emil Weiss suit un plan chronologique – du voyage à l’arrivée au camp et l’affectation à un groupe –, qui rend « plus tangible encore l'angoisse de chaque instant et le lent anéantissement subi par les déportés ».

Ce documentaire « confronte les vestiges d’installations qui auraient dû être détruites – une fois leur mission achevée – à des mots qui n’auraient pas dû être écrits puisqu’il ne devait pas y avoir de survivants ». Il « rend tangible l'atroce quotidien vécu à Auschwitz.

Pour montrer la disparition de tous ces êtres humains déshumanisés - cheveux tondus, tatouage de leur numéro, etc.- à Auschwitz, Emil Weiss a choisi de ne montrer aucun visage. Seules exceptions : ces photos de femmes et d’enfants au début du documentaire et, dans l’épilogue, les quatre visages des témoins. Par contraste, chaussures, brosses, prothèses de jambes suggèrent ces êtres humains assassinés.

Sans échappatoire
Les citations se succèdent dans un ordre chronologique et logique. Du départ de Drancy dans des wagons où se trouvaient aussi des vieillards et des folles sorties de leur hospice d’aliénés à l’arrivée à la Judenrampe, rampe juive au quai d’arrivée d’Auschwitz, en activité du printemps 1942 à la mi-mai 1944.

Puis, les coups des SS. Les vociférations des gardiens. La séparation hommes/femmes, l’abandon ou l’arrachage des quelques biens personnels. La découverte des baraquements entourés de barbelés et de déportés décharnés en ensembles rayés bleu et blanc.

Le Dr Robert Waitz décrit le « triage » parmi les détenus effectué par les médecins SS : à droite, les femmes, les enfants, les malades et les plus de 50 ans, destinés à être immédiatement assassinés ; à gauche, des « hommes de 20 à 45 ans et quelques jeunes femmes ». Le tatouage sur le bras. La tonte des cheveux. Les déportés sont transformés en « clochards anonymes » portant des haillons sales et « dressés » à respecter les règles des surveillants brutaux.

A Auschwitz 1, contrôlé par des miradors et encerclé de fils barbelés électrifiés, 28 blocks sont disposés en trois rangées  : le « Canada » où s’amoncelaient les vêtements des déportés non distribués aux Allemands, le block 10 où sont isolées des femmes et entreprises des « recherches expérimentales », le block 11 ou prison, le block 27, la courette fermée où sont exécutés des détenus…

Le camp d’Auschwitz II-Birkenau a été construit, sur un terrain marécageux, en 1942 par des prisonniers de guerre russes. Le nombre de ceux-ci avait diminué rapidement de 12 500 à 150. Le camp central fournit main d’œuvre pour d’autres camps et des mines de charbon. Il comprenait un groupe de bâtiment pour les femmes, le camp de la quarantaine, celui des Tchèques, celui des hommes, celui des Tziganes, une infirmerie centrale, le « Canada », le central pour la désinfection, les chambres à gaz et les fours crématoires. Les « baraques pour 500-600 hommes étaient le plus souvent des écuries pour chevaux ».

Ces textes lus décrivent la vie quotidienne, la recherche d’informations sur proches et compagnons. La terreur et l’épouvante en apprenant la mort de certains. La peur des brutalités, des vols de pain et couteau, et de la sélection. L’absence de colis. Les expérimentations (castrations). Les pendaisons lors de l’appel.

Suzanne Birnbaum évoque en termes sobres la disparition de ses règles (aménorrhée de famine) dès le 2e mois d’internement. Elle décrit sa journée douloureuse de travail sous les coups : le réveil à 3 h 30, la marche à 5 h 30 et au pas cadencé après le long appel, la marche vers le lieu du travail, le retour au camp à 19 h30, les pieds gelés, les parties du corps infectées ou qui s'en détachent.

Tout un système – « insuffisante alimentation, travail exténuant, violences des surveillants » - tue ceux qui n’ont pas été exterminés à leur arrivée au camp. A Birkenau, ceux travaillant dans les commandos survivent pendant deux à trois mois, puis deviennent squelettiques et appelés des « musulmans », passifs, anticipant leur mort prochaine. La « durée d’évolution est de six mois si le moral est bon ». Un mois, sinon.

Avec la collaboration d’Annette Wieviorka comme conseillère historique, Emil Weiss évoque la Shoah, la destruction des Juifs, aboutissement d’un mécanisme de persécutions, d’exclusions, de déshumanisation, etc. Ce qui explique le taux si faible de survie : sur les 75 721 Juifs déportés de France, 2 500 survécurent, soit 3 %.

Un statut infligé aux Juifs distinct de celui réservé aux autres déportés, politiques ou de droit commun. Sur les 63 085 déportés de France vers les camps de concentration, 37 025 d’entre eux sont revenus, soit 60 %.

Le réalisateur prévoit un troisième et dernier volet pour « cerner l’aspect fondamental de ce processus : les expérimentations médicales et l’idéologie raciale nazie qui les sous-tend ».

ADDENDUM : En juin 2013, la collection de témoignages de Yad Vashem à Jérusalem 1954-2004 vient d'être inscrite sur le Registre Mémoire du Monde de l'UNESCO. Elle a été proposée en 2013 par l'Etat d'Israël. "Six millions de juifs ont été tués pendant l’Holocauste, leurs noms transformés en chiffres. La plupart n’ont ni cimetière, ni tombe gravée. Les pages de la collection de témoignages représentent un mémorial collectif de grande échelle pour les victimes de l’Holocauste, s’efforçant ainsi de leur rendre leurs noms et leurs visages. Ceci n’a pas de précédent dans l’histoire de l’humanité tant par ses dimensions que par sa volonté de sauver de l’oubli les noms et les identités des victimes. Constituées de précieux témoignages personnels signés, ces pages se distinguent d’essais plus tardifs utilisant ce modèle pour commémorer les victimes d’autres génocides (comme celui du Rwanda ou du Cambodge)".
Le 7 octobre 2013, l'Institut Fritz Bauer  a publié  sur Internet les témoignages audios de survivants de la Shoah et de gardiens du camp d’Auschwitz. Soit plusieurs centaines d’heures de récits.

France 2 diffusa la cérémonie du Souvenir ce 21 septembre 2014 à midi.

Des archéologues ont découvert le site de chambres à gaz dans le camp d'extermination de Sobibor.

Le 30 juin 2016, Arte diffusa le premier volet de Krupp, une famille allemande, de Carlo Rola (2009).

Pour Yom HaShoah 2017, a lieu, sous l’égide de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, la lecture des noms de déportés juifs de France, du 23 avril 2017 à 18 h au 24 avril 2017 à 17 h 30, au Mémorial de la Shoah. "À l’occasion de Yom HaShoah, date retenue par l’État d’Israël pour la commémoration en mémoire des victimes de la Shoah et des héros de la Résistance juive pendant la Seconde Guerre mondiale, se déroule une lecture publique ininterrompue de 24 heures, de jour comme de nuit. Des 76 000 noms inscrits sur le Mur des Noms, seront prononcés, un à un, les noms des personnes déportées de France par les convois n° 32 au n° 70. Quelques 200 personnes, anciens déportés, parents, bénévoles, enfants… liront à tour de rôle, à partir des listes issues du Livre Mémorial de la Déportation de Serge Klarsfeld, (éd. Association des FFDJF), les noms de « ceux dont il ne reste que le nom » (Simone Veil)". Le 23 avril 2017, à 17 h le 23 avril 2017, six bougies du Souvenir ont été allumées par d’anciens déportés et des enfants, un symbole de la transmission de la mémoire des 6 millions de morts de la Shoah. S’en suivra le témoignage de Ginette Kolinka, ancienne déportée". Le 24 avril 2017 à 19 h, aura lieu un office solennel à la synagogue de Nazareth

France, 2010
77 minutes
Réalisateur : Emil Weiss
Coproduction : ARTE France, Michkan World Productions

Diffusions les :
17 janvier 2012 à 10 h 35
26 janvier 2011 à 20 h 40, 27 janvier 2011 à 14 h 45, 3 février 2011 à 3 h 10
21 janvier 2014 à 23 h 30 et 27 janvier 2014 2014 à 8 h 55

Cet article a été publié pour la première fois le 26 janvier 2011 et modifié le 25 décembre 2011.
Il a été republié le :
- 18 avril 2012 à l'approche de Yom HaShoah (journée de souvenir des victimes de la Shoah). Le thème central en est cette année la solidarité Juive ;
- le 7 avril 2013 à l'approche de Yom HaShoah (journée de souvenir des victimes de la Shoah) ce 8 avril 2013. Diverses cérémonies ont eu lieu ;
- 28 avril 2013 en cette Journée nationale du souvenir des victimes de la déportation, ce 28 avril 2013 ;
- 13 juin 2013 à l'approche de l'inauguration par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu d'une nouvelle exposition sur la Shoah au musée de l'ancien camp nazi d'Auschwitz (Pologne) ;
- 19 juin 2013 ;
- 1er septembre 2013 car France 2 a diffusé, à midi, la cérémonie du souvenir des victimes de la Shoah à la grande synagogue rue de la Victoire (Paris). Un évènement non signalé sur les sites Internet du Consistoire de Paris Ile-de-France et du Consistoire Central. A noter que la nouvelle dénomination et le nouveau logo du Consistoire Central ne mentionne plus le terme "Israélite" !
- 8 octobre 2013 ;
- 19 décembre 2013. Histoire a diffusé le numéro de la série Les Grandes évasions consacré à Auschwitz et réalisé par Jonathan Martin, ce 19 décembre 2013 ;
- 21 janvier 2014 ;
- 27 avril 2014. L'Institut français à Tel-Aviv a diffusé le 27 avril 2014, à 19 h, à la Cinémathèque  de cette ville le documentaire d’Emil Weiss Auschwitz, premiers témoignages (2010) ;
- 21 septembre 2014, 30 juin et 25 septembre 2016 - France 2 diffusa la cérémonie du Souvenir.
 -, 24 avril 2017.

2 commentaires:

  1. excellent film que tout le monde devrait voir et revoir

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  2. E. Weiss ferait mieux de monter des émissions radiophoniques, son propos trouverait peut-être quelques oreilles disponibles…

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