dimanche 3 septembre 2017

Héritage inespéré. Une découverte archéologique en Alsace


Le musée d'art et d'histoire du Judaïsme (mahJ) présente l'exposition Héritage inespéré - Une découverte archéologique en Alsace. "À l’automne 2012, l’extraordinaire découverte d’une genizah dans les combles de la synagogue de Dambach-la-Ville, dans le Bas-Rhin, a permis la mise au jour de milliers de documents et d’objets du XIVe au XIXe siècle, sauvés de la benne par des chercheurs et des bénévoles. Cette genizah recelait des vestiges d’une richesse exceptionnelle, tant par la variété que par l’ancienneté". Article republié en cette Journée européenne de la Culture et du Patrimoine Juifs en France 2017 dont le thème est Diasporas.

A Strasbourg, la Galerie Heitz/ Palais Rohan a présenté l’exposition Héritage inespéré - Objets cachés au cœur des synagogues. "La présentation de la genizah (« dépôt rituel d’écrits portant le nom de Dieu et d’objets de culte juif ashkénaze ») » de Dambach-la-Ville est associée à un « focus sur la vie quotidienne d’une petite communauté juive rurale et son évolution des débuts de l’ère moderne à la fin du XIXe siècle ».  Cette exposition revêt des dimensions religieuse, ethnologique et archéologique.

Elle est accueillie en 2017 par le musée d'art et d'histoire du Judaïsme (mahJ) à Paris. "À l’automne 2012, l’extraordinaire découverte d’une genizah dans les combles de la synagogue de Dambach-la-Ville, dans le Bas-Rhin, a permis la mise au jour de milliers de documents et d’objets du XIVe au XIXe siècle, sauvés de la benne par des chercheurs et des bénévoles. Cette genizah recelait des vestiges d’une richesse exceptionnelle, tant par la variété que par l’ancienneté : parchemins du XVe siècle, imprimés du XVIe siècle, mappot (langes de circoncision brodés) du début du XVIIe siècle, mezouzot (versets protecteurs), tefillin (phylactères) des XVIIIe et XIXe siècle, et de très nombreux autres objets..." L'exposition "retrace l’origine des objets et leur donne la parole ; elle fait découvrir, en dépit de la modestie des pièces présentées, la richesse de ce type de fonds pour la connaissance de la vie quotidienne des communautés rurales, sous ses dimensions les plus variées, et leur évolution, sur plusieurs siècles, des débuts de l’ère moderne à la première moitié du XXe siècle".

Genizot
Une genizah est « un dépôt rituel d’écrits portant le nom de Dieu – et par extension – d’objets de culte juif usagés qui ne doivent pas être jetés et sont donc déposés dans une cache à l’intérieur de la synagogue, dans l’attente d’un éventuel enterrement au cimetière.

A Qumrân, au sud-est de Jérusalem, près de la mer Morte, des dizaines de milliers de fragments provenant de quelques 900 manuscrits différents ont été extraits de 11 grottes de 1947 à 1956. De ce nombre élevé de documents, certains chercheurs en ont induit que ces manuscrits constituaient une bibliothèque. Pour le père Roland de Vaux, c’était la bibliothèque d’une communauté religieuse vivant le site. Pour Sukenik, épigraphiste (expert en étude des inscriptions) génial, il s’agirait d’une genizah (lieu recevant des livres sacrés). Les avis demeurent partagés sur l’origine de ces manuscrits, presque tous en hébreu ou en araméen, rarement en grec.

La plus célèbre genizah est celle de la synagogue Ben Ezra du Caire (Egypte). Elle recelait près de 200 000 manuscrits juifs datant de 870 à 1880. Leur étude systématique a été menée à la fin du XIXe siècle par le professeur Solomon Schechter. Ces documents sont rédigés en hébreu, arabe et araméen sur des supports divers : vélin, papier, tissu ou papyrus. Les thèmes : traductions de la Bible, copies de la Torah, grammaires hébraïques, commentaires de la Bible, etc. 

Le 3 janvier 2013, la Bibliothèque nationale israélienne a rendu publics des manuscrits  anciens découverts dans une grotte à Samagan, au nord de l’Afghanistan. Une mine inestimable d’informations sur la vie, la culture des Juifs au début du XIe siècle. Ces documents sont « écrits en judéo-perse, dialecte dominant à l’époque et transcrit en caractères arabes et hébreux ». Ils attestent de la présence juive sur « un lieu central de la route commerciale reliant la Chine à l’Occident, une des routes de la soie. Ils contiennent par ailleurs, un commentaire du Livre d’Isaïe par un exégète du Xe siècle encore jamais mis au jour ».

A l’automne 2012, une genizah est découverte sous le plancher des combles de la synagogue de Dambach-la-Ville (Bas-Rhin) qui « recèle des objets d’une richesse informative exceptionnelle, tant par la variété que par l’ancienneté de certains objets (parchemins du XVe siècle, imprimés du XVIe siècle, mappot du début du XVIIe siècle…) »

"Que trouve-t-on dans une genizah ? En tout premier lieu des mezouzot, des tefillin ou des fragments de parchemins inachevés par le scribe, investis d’une sainteté particulière. On rencontre ensuite une majorité de livres et de documents en hébreu ou yiddish et quelques textiles et objets provenant tant de la synagogue que de la maison. La plupart de ces derniers sont d’une grande modestie, fabriqués à partir de matériaux de récupération, et maintes fois réparés. « Sanctifiés » par leur usage, ils ont été jugés dignes d’un dépôt dans la genizah. La présence d’objets personnels, de livres et de documents totalement profanes, en français ou en allemand, est en revanche plus surprenante. Si certains semblent avoir été versés accidentellement, notamment lorsqu’ils servaient de marque-page, ces derniers sont loin d’être les plus inintéressants, apportant une foule d’informations concrètes sur la vie de leurs propriétaires".

Geniza ashkénaze

Dans le cadre de Passions Partagées, au cœur des collections, l’exposition « Héritage inespéré : objets cachés au cœur des synagogues » a présenté la « genizah de Dambach-la-Ville - une des plus riches découvertes jusqu’ici en Europe - avec un focus sur la vie quotidienne d’une petite communauté juive rurale, sous ses dimensions les plus variées, et son évolution des débuts de l’ère moderne à la fin du XIXe siècle ». Un regard inédit sur le passé des communautés juives rurales alsaciennes, qui étaient parmi les plus importantes en France avant l’Émancipation, et qui ont aujourd’hui disparu en raison de l’exode rural et de la Shoah.Outre la genizah de Dambach, l’exposition présente quelques exemples provenant de genizot découvertes fortuitement à Mackenheim, à Bergheim et à Horbourg, elles aussi sauvées in extremis".
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Si l’existence de genizot s’est perpétuée jusqu’à nos jours dans la plupart des communautés juives, ce type de dépôt était jugé peu d’intérêt en France, contrairement à la situation dans d’autres pays de l’aire « ashkénaze » (communautés de rite « allemand » s’étendant de l’Alsace-Lorraine à la Bohème en passant par la Rhénanie, la Bavière ou la Suisse…), depuis longtemps conscients de la valeur historique, sinon artistique, de ces humbles vestiges de communautés anéanties par la Shoah ». L’opération de sauvetage de la genizah découverte à l’automne 2012 sous le plancher du comble de la synagogue de Dambach-la-Ville (Bas-Rhin), à l’occasion de travaux, constitue ainsi une première.

L’exposition « présente aussi quelques exemples provenant de trois genizot découvertes dans des synagogues alsaciennes – Mackenheim, Bergheim et Horbourg – elles aussi retrouvées fortuitement, à l’occasion de travaux, et sauvées in extremis de la destruction par des chercheurs ou des amateurs passionnés ». Initialement sauvées par des chercheurs allemands, les genizot découvertes dans des synagogues de Mackenheim et Bergheim ont été rapatriées depuis en Alsace.

L’objectif de cette exposition est de faire découvrir au public, au-delà de la modestie des objets présentés, la richesse de ce type de fonds pour la connaissance d’une petite communauté juive rurale.



Décrivant un monde disparu, cette exposition revêt plusieurs intérêts : elle « explique le concept de la genizah, raconte l’origine des objets et leur donne la parole. Découvrir les caractéristiques des genizot, permet aussi d’interroger le rapport de chacun aux objets, ce qui fait que certains ont de la valeur à nos yeux, ce que l’on jette, conserve ou transmet… »

Elle établit aussi des parallèles « avec des objets contemporains ou des pratiques actuelles dans les communautés juives de l’Est de la France ». 

L’exposition s’articule autour de trois sections réunissant « 150 objets ou ensembles (lots, objets de comparaison) ». La « première partie est centrée sur le concept de genizah. A quoi ressemble ce type de dépôt ? Où en trouve-t-on ? Quels types d’objets sont concernés et pourquoi ? Elle aborde aussi de manière simple et ludique la question de l’étude des genizot en montrant quelques exemples des méthodes utilisées pour identifier les fragments (recherche d’indices, comparaisons avec des objets similaires…) » Puis, le visiteur aborde « l’origine des objets : objets de culte provenant de la synagogue, objets domestiques rapportés de la maison, et observe « le contenu de la « bibliothèque » d’une communauté rurale, ce que lisent ces juifs alsaciens, leurs pratiques d’étude, ce qu’ils apprennent au Héder puis à l’école juive. La dernière partie donne la parole aux objets. Que nous apprennent-ils sur les personnes qui les ont possédés, leur vie quotidienne, leur usage des langues sacrées et profanes, leurs pratiques réelles de dévotion et d’étude, leurs liens avec les autres communautés juives, leur progressive émancipation, leur activités économiques, leurs rapports avec leurs voisins chrétiens ? »


Le commissariat est assuré par Claire Decomps, conservatrice en chef du patrimoine au Service régional de l’Inventaire de Lorraine, et Elisabeth Shimells, conservatrice du Musée Alsacien de la Ville de Strasbourg.

Cette exposition est conçue par le Musée Alsacien de Strasbourg et le service de l’Inventaire de la Région Grand Est/Lorraine », avec le concours scientifique de la Société pour l’Histoire des Israélites d’Alsace et de Lorraine, le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, de Philippe Dolfi et de Doris Engel, et celui exceptionnel de l’Eurométropole de Strasbourg. Philippe Dolfi a soutenu la restauration d’objets textiles, effectuée par Judith Gauvin, et Doris Engel la réalisation des documentaires audiovisuels réalisés pour l’exposition, par Mariette Feltin pour les Films du Chemin, avec la collaboration d’Adrien Bernard.

Mis en place par la Région Grand Est et ses partenaires, le programme de recherche « Diversités culturelles-diversités cultuelles » propose un ensemble d’actions déclinées au plan national, régional ou local, par des expositions ou encore des partenariats scientifiques ou associatifs. L’histoire des différentes confessions religieuses : christianisme, judaïsme, islam, à l’échelle du territoire régional, est ainsi explorée et valorisée. La Région Grand Est encourage le développement des outils de savoir et de cohésion sociale à l’instar de l’Inventaire général du patrimoine culturel.

Un patrimoine exceptionnel
Lors de travaux dans la synagogue désaffectée de Dambach-la-Ville, un « premier dépôt (environ 2 à 3 mètres cubes) a été découvert fortuitement et sorti à l’automne 2012 par les services techniques de la commune, sous un plancher ». Lors de « la pose d’échafaudages sur toute la hauteur de l’édifice (janvier 2013), un second dépôt (environ 8 mètres cubes) est apparu dans le comble supérieur. Les objets, très empoussiérés, étaient disposés dans un désordre inextricable, toute époque confondue (du XIVe siècle à 1894). Il semble donc probable que l’ensemble ait été déposé en une seule fois, sans doute à partir d’un lieu de stockage précédent, à l’occasion de travaux dans la synagogue.

Ce « fonds, qui présente la caractéristique remarquable d’avoir survécu au XXe siècle sans pillage, constitue un témoignage important de la vie d’une communauté rurale juive ; en effet, les us et coutumes populaires sont souvent bien moins documentés que l’histoire événementielle ou la culture des élites ».

« Outre son intérêt au titre d’ensemble, la genizah de Dambach-la-Ville renferme des trésors particuliers, comme l’exceptionnel fonds de mappot". Une "mappah (pluriel mappot) est une bande de tissu, enroulée autour du rouleau de Torah pour le protéger. Dans l’est de la France, en Allemagne, en Suisse et parfois en Bohême, elle est réalisée à partir d’un lange de circoncision, coupé en quatre morceaux cousus bout à bout. Peinte ou brodée, elle reproduit le nom de l’enfant, sa date de naissance et la bénédiction récitée à l’issue de la cérémonie « qu’il grandisse pour la Torah (l’étude), la houppah (le mariage) et les bonnes actions ». À l’âge de trois ans, l’enfant l’offre à la synagogue et l’enroule autour du rouleau de Torah, marquant ainsi son entrée dans la communauté. Typiquement ashkénaze, cette coutume d’origine rhénane est attestée depuis le XVIe siècle, la plus ancienne mappah conservée à ce jour remontant à 1590. N’ayant fait l’objet d’aucun tri, ces mappot peuvent être très nombreuses. Les genizot alsaciennes ont livré plus de 400 mappot (dont 249 à Dambach). De qualité variable selon l’origine de l’enfant, elles permettent de retracer l’évolution de cet art populaire sur plus de trois siècles, de 1614 à la fin du XIXe siècle".

"Parmi les 249 mappot ou fragments de mappot, 25 datent du XVIIe siècle et près d’une centaine du XVIIIe siècle. La plus ancienne, remontant à 1614 et étonnamment bien conservée, est l’une des plus anciennes d’Europe à ce jour. Les plus anciennes mappot sont brodées de motifs divers à l’intérieur des lettres hébraïques, tirant profit de la forme de certaines (poisson dans la base arrondie du tet ou du shin, hampes de lamed en forme de col d’oiseau, de serpent ou de botte…), avec une fantaisie héritée des manuscrits médiévaux. N’ayant subi aucun tri, les mappot extraites des genizot reflètent tout l’éventail de la production en un lieu donné, avec des pièces de qualité inégale selon l’origine sociale de l’enfant. A défaut d’être exhaustif, le corpus de Dambach permet de mesurer des évolutions formelles sur une durée de trois siècles et d’établir des comparaisons avec d’autres ensembles ».

"Plus de 90 % du contenu des genizot est constituée de livres de prières. La reconstitution de la « bibliothèque » des juifs d’un village alsacien témoigne de leur horizon intellectuel et culturel. Que lisaient-ils ? Quelles étaient leurs pratiques d’étude ? Qu’apprenaient-ils, au heder, l’école élémentaire juive, puis à l’école juive de leur village ? En dehors des livres de prières, très majoritaires, on remarque surtout des ouvrages de vulgarisation, liés à la culture populaire. À côté des Pentateuque et des bibles en hébreu, figurent ainsi un nombre élevé de traductions en yiddish, plus ou moins commentées, destinées à un public féminin ou peu instruit. Les livres savants sont proportionnellement peu nombreux (sauf à Bergheim qui comporte une yeshivah ou école talmudique jusque dans les années 1840) mais témoignent néanmoins d’une certaine pratique de l’étude. Ces genizot révèlent notamment l’importance, de la fin du XVIIe siècle au milieu du XIXe, de la diffusion de Kabbale d’Isaac Louria Ashkénazi (1534-1572), née à Safed en Galilée. Beaucoup de ces livres conservent des marques personnelles (noms, annotations diverses, graffitis ou même comptes…) témoignant d'un lien fort avec leurs propriétaires".

De « nombreux documents et ouvrages, le plus ancien datant du XIVe siècle, constituent la majorité numérique de ces 900 objets. On ne peut qu’être frappé par le nombre de livres traduisant, au moins pour les périodes les plus récentes, la possession par chaque individu de ses propres exemplaires. Beaucoup conservent des marques personnelles (noms, annotations diverses, graffitis ou même comptes…) révélant un lien fort avec leurs propriétaires. Les livres de prières pour le temps ordinaire, les fêtes et toutes les circonstances de la vie constituent plus de 90 % du volume, notamment des Selihot (prières pénitentielles) et des calendriers. A côté des Pentateuque et des bibles en hébreu, figurent un nombre élevé de traductions en yiddish, plus ou moins commentées, destinées à un public féminin ou populaire. Ils témoignent également de la diversité des centres d’impression : au XVIe siècle Prague, Cracovie et Bâle, à partir de 1670 Francfort-sur-le-Main, au XVIIIe siècle les centres franconiens (Sulzbach, Fürth...) ou encore Amsterdam, au XIXe Rödelheim mais aussi Metz et divers centres alsaciens ».

La "genizah de Bergheim renferme un nombre étonnant de documents pédagogiques. L’école juive locale est tenue de 1834 aux années 1870 par un des meilleurs instituteurs de son temps, Simon Hallel (1802-1881). Comme d’autres maîtres de sa génération, il n’a pas fréquenté l’École normale mais poursuivi de longues études talmudiques. Il est l’auteur de deux ouvrages utilisés dans toutes les
écoles juives de France et de nombreux articles sur divers sujets. Parmi ses initiatives pédagogiques, la plus remarquable est sans doute la fondation d’une bibliothèque scolaire gérée par les élèves, afin d’améliorer la pratique du français. Hallel est en avance de plus de vingt ans sur son temps car les bibliothèques scolaires ne se généralisent qu’à partir de 1862, à la suite de l’arrêté du ministre Rouland qui les rend obligatoires dans toutes les écoles publiques. Si on peut s’étonner que cet ensemble ait été versé dans la genizah, il apporte un témoignage irremplaçable sur la vie d’une petite école juive au milieu du XIXe siècle et la progressive assimilation culturelle d’une communauté rurale".

La genizah de Dambach « a été sauvée de la destruction et de la dispersion par la collaboration de plusieurs acteurs, publics et associatifs ; le Musée Alsacien en est aujourd’hui propriétaire, lui garantissant la protection du statut des collections des musées de France. Une étude scientifique, l’inventaire et la numérisation du fonds est en cours, en association avec des spécialistes nationaux et internationaux des judaica ».

Une exposition multidimensionnelle
Les genizot « recelant essentiellement des objets relégués car hors d’usage, un important chantier de restauration a été lancé. Limitée au strict nécessaire, sans tenter de les remettre en état, l’opération vise à leur rendre une lisibilité optimale et une esthétique qui se révèle à mi-chemin entre le fragment archéologique et l’objet d’art. La genizah étant constituée à plus de 80 % de livres en hébreu et en yiddish, peu accessibles au public », l’exposition a sciemment sélectionné des objets en surreprésentant les ouvrages illustrés ou les textes en français, quoique très minoritaires », et en valorisant « les objets en 3D et surtout les textiles, notamment l’extraordinaire collection de mappot ».

« Pour contextualiser ou enrichir les objets, des documents audiovisuels inédits donnent la parole aux acteurs de la découverte, ainsi qu’à des témoins ou experts éclairant les thèmes abordés dans l’exposition (histoire des Juifs en Alsace, enterrement des rouleaux de Torah, travail du scribe et importance de l’étude, confection des mappot, animation mettant en scène les illustrations présentes dans les ouvrages..). Une large sélection des mappot est en outre accessible via une table tactile numérique permettant d’explorer librement le corpus et de zoomer pour apprécier les détails des objets ».

Les commissaires invitent les visiteurs, adultes et enfants, « à une appréhension plaisante et participative du thème. Parmi les sujets proposés : trouver un objet à partir d’un fragment, comprendre les critères qui président à la décision d’accepter le dépôt d’un objet dans la genizah, composer sa mappah ».

Catalogue
Le catalogue de l’exposition reproduit les objets exposés et offre « une synthèse, inédite en français, sur l’étude contemporaine des genizot. Dans la poursuite du projet d’exposition, une base de données en ligne est amenée à regrouper l’ensemble des objets issus des genizot de l’Est de la France, pour les rendre accessibles aux chercheurs et sensibiliser à leur étude et leur préservation ».

Ce catalogue "offre, pour la première fois en France, une étude approfondie de la découverte, en 2012, d’une genizah sous le plancher des combles de la synagogue de Dambach-la-Ville. Il présente aussi d’autres genizot régionales plus modestes tout en replaçant le propos dans un contexte européen. Le lecteur y découvrira, au-delà de la charge émotionnelle de ces humbles vestiges, la vie quotidienne d’une petite communauté juive rurale sous ses aspects les plus variés et son évolution des débuts de l’ère moderne à la fin du XIXe siècle. La genizah de Dambach-la-Ville est une découverte archéologique majeure", a écrit Paul Salmona, Directeur du musée d’art et d’histoire du Judaïsme.

Et d'ajouter : "L’événement scientifique et patrimonial n’a pas été appréhendé à sa juste mesure, mais le sauvetage, en 2012, de la genizah – un dépôt d’objets et de textes religieux, destinés à être enterrés en bonne et due forme – de la synagogue de Dambach-la-Ville doit être considéré, à tous égards, comme une découverte archéologique majeure. En effet, la mise au jour, dans les combles du bâtiment, de plus de neuf cents objets et documents liés au judaïsme, dont les dates s’échelonnent sur six siècles, est sans précédent en France. C’est la première fois dans notre pays qu’une genizah est identifiée in situ, permettant la préservation raisonnée d’une part importante des objets déjà dégagés mais menacés de destruction ; c’est aussi la première fois que l’on applique des méthodes de documentation archéologique au dégagement du mobilier encore recelé dans le bâtiment. Les objets « exhumés » concernent un large spectre chronologique, éclairant la vie des communautés juives alsaciennes du XIVe au XIXe siècle ; ils illustrent notamment de la circulation des hommes et des idées dans le monde juif européen, largement au-delà de l’aire rhénane. En outre, la typologie des documents est beaucoup plus large que ne le laisseraient supposer les prescriptions religieuses s’appliquant à une genizah ; ce corpus inattendu met en évidence la réalité des usages et non la norme, comme il advient fréquemment avec les vestiges archéologiques. Enfin, pour l’exposition « Héritage inespéré. Objets cachés au cœur des synagogues », le corpus de Dambach a été mis en relation avec ceux d’autres genizot alsaciennes, permettant des comparaisons portant sur plus de deux mille items, avec des méthodes de traitement quantitatif analogues à celles utilisées en archéologie".

Et de poursuivre : "Le caractère fortuit de la découverte de Dambach et les conditions précaires de l’intervention des « sauveteurs » de la Société d’histoire des israélites d’Alsace et de Lorraine (Shial), sous la conduite de Claire Decomps, conservatrice à l’Inventaire de Lorraine, montrent à quel point la France est encore mal informée de l’existence de ce patrimoine. Car la transformation, tout à fait officielle, de ce bel édifice synagogal du XIXe siècle en centre culturel aurait dû susciter, de la part des services de l’archéologie, une prescription de diagnostic archéologique et une surveillance des travaux de nature à repérer la genizah dans les combles ; d’autant que sa présence est normale eu égard aux prescriptions religieuses du judaïsme. Comme Claire Decomps le rappelle dans cet ouvrage, les sauvetages partiels, dans des conditions plus précaires encore, du contenu des genizot de Mackenheim (1981), de Bergheim (années 1990) et de Horbourg (2015), démontrent à l’envi que la configuration de Dambach n’est pas un cas unique. Mais il a fallu la vigilance et le formidable engagement des bénévoles de la Shial, ainsi que l’investissement personnel du seul conservateur de l’Inventaire spécialiste de l’histoire du judaïsme en France pour que le trésor de Dambach ne parte pas à la benne".

Et de mettre en perspectives : "Cette situation n’est pas spécifique à Dambach. En effet, malgré le développement, depuis les années 1990, de l’archéologie préventive en France (la recherche précédant les travaux d’aménagement du territoire), rares sont encore les sites fouillés, diagnostiqués ou simplement repérés concernant le judaïsme : quatre synagogues attestées ou présumées (Lagny, Montpellier, Provins, Trets), trois cimetières (Châlons-en-Champagne, Châteauroux, Ennezat), une crypte à vocation funéraire (Lyon), deux bains rituels (Cavaillon, Oloron-Sainte-Marie), deux stèles funéraires hors contexte (Bourges et Chartres), une stèle à la vocation discutée (Paris), un dépotoir (Metz), une école talmudique (Orléans), sans omettre les graffiti de Drancy et les dessins muraux du camp des Milles. Il s’agit d’une modeste moisson si l’on se souvient que les archives textuelles et la toponymie nous renseignent sur des communautés juives au Moyen Âge dans plus de cinq cents villes et villages de France. Parmi des milliers de fouilles conduites depuis deux décennies – toutes périodes et tous domaines confondus – on devrait voir apparaître des vestiges, urbains notamment, témoignant de la présence juive médiévale. Mais trop rares encore sont les archéologues informés de l’existence d’un patrimoine archéologique légué par les communautés qui vécurent dans notre pays jusqu’aux expulsions qui s’échelonnèrent entre 1182 et 1501. Trop rares aussi ceux qui s’intéressent au patrimoine des communautés qui purent subsister ou se reconstituer au marges du royaume (Comtat Venaissin, Lorraine, côte Aquitaine, Alsace) jusqu’à l’Émancipation, puis dans toute la France à partir de 1791".

Et "cette petite vingtaine de sites permet néanmoins de faire progresser la connaissance sur deux mille ans de présence que l’historiographie, comme l’archéologie, a tendance à omettre. Car, hormis quelques spécialistes d’histoire juive, les historiens oublient eux aussi trop souvent que des communautés juives vivaient sur le territoire de la France actuelle dès l’Antiquité. Sans les expulsions médiévales, on connaîtrait des synagogues dans nombre de villes et de villages ; les bâtiments existent probablement encore dans les centres anciens, que l’on ne sait pas situer faute d’étude systématique. On peut espérer que les recherches futures, associant archéologues et historiens, permettront de les retrouver : au-delà de l’histoire des communautés juives, c’est de l’histoire de France qu’il s’agit. Mais il est plus que probable que leurs genizot auront disparu. On n’en mesure que mieux l’importance de celle de Dambach".

Autour de l'exposition
Le 21 février 2017, de 19 h 30 à 21 h, dans le cadre du cycle De l’histoire juive à l’histoire des juifs, le MAHJ (Musée d'art et d'histoire du Judaïsme) présenta la conférence Comment concevoir une histoire juive universelle ? par Sylvie Anne Goldberg, EHESS, et Joël Sebban, université Paris 1, Harvard University. "Cette séance inaugure le cycle en présentant deux points fondamentaux récurrents dans les séances ultérieures. Les pères fondateurs de l’historiographie juive au XIXe siècle ont profondément marqué les développements des études juives par un projet politique.  En parallèle,  l’émergence de la notion de civilisation « judéo-chrétienne » redéfinissait les religions juives et chrétiennes au regard de l’État-Nation".

Directrice d’études à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS)- Paris Sciences et Lettres (PSL), directrice des études juives du Centre de recherches historiques (CRH-EHESS), spécialiste de l’histoire des juifs,  Sylvie Anne Goldberg s’attache notamment à ses aspects conceptuels en utilisant les apports de l’anthropologie historique et s’intéresse particulièrement à l’historiographie. Elle a enseigné dans de nombreuses universités à l’étranger. Dernier ouvrage paru :
Clepsydra. On the plurality of Time in Judaism (traduction par  Benjamin Ivry), Stanford University Press, 2016. Normalien, agrégé, Joël Sebban est actuellement Visiting Scholar à l'Université Harvard et va soutenir prochainement sa thèse à l'université Paris I Panthéon-Sorbonne intitulée : « Aux sources de la tradition judéo-chrétienne. L'État-Nation, la Synagogue et les Églises chrétiennes en France, de Napoléon à Vichy, 1806-1940. » Il est l'auteur notamment de « De la distinction entre antijudaïsme et antisémitisme », dans Danielle Cohen-Levinas et Antoine Guggenheim (directions), L’antijudaïsme à l’épreuve de la théologie et de la philosophie, Paris, Éditions du Seuil, Collection « Le Genre Humain », 2016, p.295-310, « Genèse de la ‘morale judéo-chrétienne’ : étude sur l’origine d’une expression dans le monde intellectuel français », Revue de l’histoire des religions, 2014/1, p.85-133, « Joseph Salvador, penseur libéral et apologiste du judaïsme », Revue des études juives, juin-décembre 2012, v.172/4, p.325-349.

Le 27 septembre 2017, de 19 h 30 à 21 h, à l'Auditorium, aura lieu la conférence Les Genizot alsaciennes, par Claire Decomps, conservatrice en chef du patrimoine au service de l’Inventaire général du patrimoine culturel de La Région Grand Est, et commissaire de l'exposition "Héritage inespéré. Une découverte archéologique en Alsace". "À travers la musique, la littérature, le théâtre ou le cinéma, le programme de l'Auditorium offre un prolongement des domaines abordés dans le musée et les expositions. Une genizah est un dépôt rituel d’écrits portant le nom de Dieu, et, par extension, d’objets de culte usagés, qui ne peuvent être jetés. Ils sont donc déposés dans une cache à l’intérieur de la synagogue. Découverte fin 2012, sous le plancher du comble, celle de Dambachla-Ville est une des plus riches mises au jour dans l’aire ashkénaze, tant par sa variété que par sa fourchette chronologique (du XIVe siècle à 1894), apportant un éclairage nouveau sur la vie d’une petite communauté rurale alsacienne".

Le 17 janvier 2018, de 18 h 30 à 20 h, aura lieu la visite guidée de l'exposition Héritage inespéré. Une découverte archéologique en Alsace, par Claire Decomps, conservatrice en chef du patrimoine au service de l’Inventaire général du patrimoine culturel de la Région Grand Est, commissaire de l'exposition.



Extraits du catalogue

La découverte de la genizah de Dambach-la-Ville. L’étude des genizot alsaciennes : questions méthodologiques
Claire Decomps

« La synagogue de Dambach-la-Ville a été élevée entre 1865 et 1867 sur les plans d’Antoine Ringeisen (1811-1889), architecte de l’arrondissement de Sélestat, auteur de sept autres synagogues alentour et, dans la même commune, de la reconstruction de l’école, des halles et de l’église catholique. Cet imposant édifice remplace une ancienne Schule située à proximité de l’Untertor (détruit), décrite dans une enquête de 1843 comme construite « depuis deux siècles » et « en état de délabrement », apparemment une simple salle à l’étage d’une maison d’habitation, le rez-de-chaussée étant occupé par le logement du ministre-officiant. La synagogue, saccagée par les nazis en 1940, a été transformée en salle de gymnastique en 1948. Rachetée par la commune en 2007, elle vient de faire l’objet d’une rénovation complète en vue de sa transformation en salle de spectacle, le foyer culturel Georges Meyer, inauguré le 22 septembre 2013 ».
La découverte de la genizah de Dambach
« C’est à l’occasion de ces récents travaux qu’un premier dépôt (2 à 3 m3) a été retrouvé à l’automne 2012 lors de la dépose d’une partie du plancher du comble supérieur pour l’installation d’un système de chauffage. Alertés de l’intérêt de la découverte par Yvette Beck-Hartweg, historienne de la ville, les services municipaux ont recueilli les fragments et les ont stockés dans des sacs-poubelle. Lorsque nous sommes prévenus par la Société d’histoire des israélites d’Alsace-Lorraine (SHIAL), le contenu des sacs nous révèle immédiatement qu’il s’agit d’une genizah. Nous doutant que le dépôt risque d’être plus important, nous demandons au maire et à son adjoint Sébastien Rossi de nous prévenir dès que le comble sera à nouveau accessible. À la fin de janvier 2013, après être montés au sommet de l’échafaudage qui occupe désormais tout le volume de l’édifice, nous distinguons effectivement quelques fragments de tissus et de parchemins, pendant dans le vide au travers des trous du plafond, indiquant un second dépôt sous le plancher du comble supérieur, d’une surface de près de 80 m², dans la continuité exacte de la partie précédemment déposée. Son extraction doit être conduite dans les plus brefs délais pour ne pas freiner la poursuite du chantier. Après discussion avec la DRAC, une méthode plus scientifique inspirée de l’archéologie est décidée afin de mieux appréhender le processus de formation de la genizah. Le chantier se met en place en quelques jours, sous ma direction, avec une équipe de bénévoles de la SHIAL, Jean-Camille Bloch, Marc Friedmann, Françoise Kuflik-Weill et Jean-Pierre Lambert. Pour accéder à ce second dépôt formant une couche de 10 à 20 cm d’épaisseur, mêlée de gravas, il faut déposer une à une les lattes du plancher et constituer des passerelles de fortune sur les solives, le terrain étant pour le moins instable. Il nous faudra quatre jours pour achever ce travail harassant, à moitié couchés sous la charpente, dans une atmosphère rendue irrespirable par la quantité de poussière soulevée ».

L’apport des genizot à la connaissance des communautés juives alsaciennes
Claire Decomps
« Une source irremplaçable pour les historiens Les genizot livrent un matériel fragmentaire, parfois obscur mais toujours passionnant, bribes d’histoire que le chercheur doit patiemment reconstituer et interpréter. Complétant les lacunes des archives, elles permettent d’appréhender sur une très longue durée le mode de vie quotidien de petites communautés rurales alsaciennes, dont le temps semble rythmé par la succession des prières journalières et des fêtes. Si certains fragments semblent y être parvenus un peu par hasard, la plupart ont été déposés délibérément, témoignant de ce qui avait une valeur aux yeux de ces juifs. Très modestes, ils n’en sont pas moins d’un immense intérêt, du fait de la disparition d’une grande partie du patrimoine juif avec la Shoah.
Sur le plan linguistique, on soulignera le passage incessant d’une langue à une autre, de l’hébreu, la langue sacrée, au yiddish de la vie quotidienne mais aussi aux langues parlées par les chrétiens, l’usage de caractères hébraïques ne signifiant pas forcément celui d’une langue juive. L’importance accordée à la langue française au XIXe siècle révèle un patriotisme exacerbé chez ces juifs nouvellement émancipés, encore souvent victimes jusqu’en 1848 de discrimination voire de violence (une émeute avec pillages à Bergheim en 1832). Une prière en hébreu pour le Reichsland Elsass-Lothringen et le Kaiser Guillaume II témoigne toutefois de manière concrète des conséquences de l’Annexion allemande, de même que plus tard une Feld-Bibel distribuée en 1917 aux soldats juifs combattant dans l’armée allemande (genizah d’Horbourg).
Jusqu’au début du XIXe siècle, le contenu de ces genizot se rapproche énormément de celles d’outre-Rhin, mais des différences apparaissent ensuite du fait de l’intégration rapide des juifs français à partir de leur émancipation. Alors qu’auparavant les communautés semblent tournées vers l’Allemagne du Sud et de l’Ouest, on assiste au XIXe siècle à un mouvement inverse vers la France, et l’apparition, en Alsace même, de toute une production destinée à la clientèle juive locale.
Divers documents d’archives nous renseignent sur l’organisation de la vie communautaire et sur les préoccupations des juifs alsaciens du XIXe siècle, notamment les tensions pour ne pas dire les conflits entre les courants réformateurs et orthodoxes, les communautés rurales alsaciennes restant particulièrement attachées au respect des traditions.
Les documents de la genizah montrent la grande spécialisation des juifs de la campagne alsacienne dans les rares métiers autorisés sous l’Ancien Régime (prêt d’argent ; commerce de chevaux ou de bestiaux ; colportage), y compris au XIXe siècle où les activités commerciales restent prédominantes, et très souvent cantonnées à la vente de bétail ou d’articles de mercerie. Après la Révolution, la lutte contre l’usure supposée des juifs est à l’origine de mesures d’exception, les « décrets infâmes » de 1808, dont on retrouve la trace dans une demande de patente. Si le prêt d’argent perdure, il concerne de petites sommes. La simplicité des objets de la genizah confirme la pauvreté des communautés villageoises.
Les juifs d’Alsace ne vivent nullement en vase clos. Quelques documents témoignent de leurs relations apaisées ou conflictuelles avec leurs voisins chrétiens, dans une région où l’antijudaïsme reste plus prégnant qu’ailleurs au XIXe siècle. Sur le plan culturel, ils sont imprégnés par la culture française et alsacienne de leur temps ».

Une exceptionnelle collection de mappot
Claire Decomps
« Un corpus exceptionnel par sa taille et son ancienneté Si des tissus divers sont utilisés dans le monde juif pour protéger le rouleau de Torah, la confection de ces bandelettes à partir d’un lange de la circoncision est une coutume (minhag) propre aux communautés rhénanes, dont l’origine est attribuée à Jacob Moellin dit le Maharil (Mayence, 1360 - Worms, 1427), un des principaux fondateurs du rite ashkénaze. En l’absence de lange, il aurait utilisé un manteau de Torah pour revêtir l’enfant après l’intervention, consacrant le lien symbolique entre les deux objets. Cette bandelette est solennellement offerte à la synagogue par l’enfant, à l’âge de 3 ans, au moment où, sorti des brumes de la petite enfance, il s’apprête à commencer l’apprentissage des lettres hébraïques.
Cet objet rituel est attesté pour la première fois en 1530, sous l’appellation allemande de Wimpel, mot évoquant autant l’idée d’enroulement que celle d’étendard, par Anthonius Margaritha (vers 1492-1542), fils de rabbin converti au christianisme, puis décrit au milieu du XVIIe siècle par une source juive, le livre de coutumes de Juspa Shammes (1604-1678), bedeau de la synagogue de Worms.
La plus ancienne mappah connue (1570), retrouvée dans le grenier de la synagogue de Worms en 1905, au milieu de 600 autres, a malheureusement été détruite par les nazis en 1938. Les plus anciens exemplaires conservés à ce jour seraient donc, dans l’état actuel de nos connaissances, quatre mappot de 1590, 1592, 1602 et 1609 découvertes en 1984 dans la genizah de Westheim en Franconie (coll. part.) et un exemplaire de 1506 appartenant au trésor de la synagogue portugaise d’Amsterdam. Les mappot du XVIIe siècle sont rarissimes dans les musées. La collection du musée d’art et d’histoire du Judaïsme (MAHJ) à Paris n’en compte que six, le Musée alsacien n’en avait qu’une seule, de 1681, sur un total de 137, avant le don de la genizah de Dambach. De par leur taille et leur ancienneté – surtout pour celle Dambach – les genizot alsaciennes constituent donc un corpus tout à fait exceptionnel, y compris comparées aux autres genizot retrouvées […] ».

Juifs d'Alsace
Des origines jusqu'à la Révolution
"L’histoire du judaïsme en Alsace remonte au XIIe siècle, époque où une communauté importante est créée à Strasbourg. Dès le XIIIe siècle, les communautés juives alsaciennes, alors toutes urbaines, voient leur situation se détériorer. Diabolisés par l’Église, les juifs sont progressivement mis au ban de la société. Interdits de posséder des terres, ils sont relégués pour plusieurs siècles dans le prêt d’argent interdit aux chrétiens, le commerce des bestiaux et le colportage. La fin du Moyen-âge est particulièrement difficile pour les juifs, accusés d’empoisonner les puits durant la Peste noire (massacres de 1349) et expulsés de quasiment toutes les villes d’Europe occidentale. Les rares juifs subsistant en Alsace se réfugient dans les campagnes, où ils bénéficient d’une protection éphémère contre de lourdes taxes.
Au XVIe siècle, il ne demeure plus qu’environ 120 à 150 familles juives en Alsace.
Après la Guerre de Trente Ans (1618-1648), l’Alsace se repeuple grâce à l’immigration.
Peu à peu, des juifs reviennent s’installer dans les campagnes, la communauté juive d’Alsace atteignant 22 000 personnes en 1784, réparties dans 187 localités (soit 3 % de la population totale). À la veille de la Révolution, la moitié des juifs de France vivent ainsi en Alsace.
Après l'Émancipation
Si la Révolution leur accorde les mêmes droits qu’aux autres citoyens en 1791, les juifs d’Alsace restent ponctuellement victimes de violence jusqu’en 1848. Le judaïsme rural alsacien connaît son apogée vers 1840. Dans les villages, les synagogues se dressent non loin des églises. Par la suite beaucoup de juifs gagnent les villes, ou même l’Amérique, phénomène accentué par l’annexion allemande de l’Alsace-Moselle en 1871.
Théophile Bader, co-fondateur des Galeries Lafayette, est né à Dambach-la-Ville (Bas-Rhin), 24 avril 1864 et est décédé à Paris le 16 mars 1942.
Il est né dans "une famille de petits commerçants juifs, où l'on trouve des propriétaires de vignes et des marchands de bestiaux. Son père s'appelle Cerf Bader et sa mère Adèle Hirstel, commerçants dans la Untere Linkgasse. Profondément attachés à la France après 1870, ils inscrivent leur fils à l'âge de 10 ans comme interne au Lycée de Belfort". "Du haut de son empire commercial et financier, Théophile Bader, fondateur et patron des Galeries Lafayette à Paris, n’a jamais oublié son bourg natal, Dambach-la-Ville, qu’il n’a cessé d’aider ponctuellement. Une tradition familiale perpétuée encore aujourd’hui par sa petite-fille qui soutient la programmation du foyer culturel Georges-Meyer" en 2017".
Plus de 6 millions de juifs européens sont exterminés par les nazis durant la Second guerre mondiale.
L’Alsace et la Moselle, annexées au IIIe Reich, sont nazifiées. Durant l’été 1940, synagogues et cimetières juifs sont systématiquement pillés ou détruits. Très éprouvées, certaines communautés, comme celles de Dambach, ne se reconstituent pas après la guerre.
Dans ce contexte, le travail des historiens, les dons et les trouvailles archéologiques, à l’instar des genizot, représentent souvent le seul moyen de conserver la trace de communautés et d’une culture juive rurale alsacienne disparues".

Lexique (extrait du dossier de presse)

Genizah (Genizot au pluriel)
Une genizah est un dépôt rituel d’écrits portant le nom de Dieu – et par extension – d’objets de culte usagés qui ne doivent pas être jetés et sont donc déposés dans une cache à l’intérieur de la synagogue, dans l’attente d’un éventuel enterrement au cimetière.

Mappah (Mappot au pluriel)
Chez les juifs originaires des pays rhénans, la coutume veut que les parents du nouveau-né coupent un morceau des langes qui emmaillotaient l'enfant pendant la circoncision. On y brode ensuite le nom du nourrisson ainsi que cette formule de prospérité pour l'avenir : que le Saint béni soit-Il le fasse grandir dans la Thora, le mariage et les bonnes œuvres.
Cette étoffe appelée wimpel ou mappah est apportée à la synagogue lorsque l'enfant est âgé de trois ans, et c'est alors qu'on utilise sa mappah pour resserrer le rouleau de la Torah.

Ashkénaze 
litt. « Allemand », par extension juif d’Europe occidentale et orientale par opposition aux séfarades 

Selihot
Livre de prières pénitentielles

Torah 
litt. « Enseignement », désigne les cinq livres du Pentateuque et par extension l’ensemble de la loi juive


Du 29 juin 2017 au 28 janvier 2018
Au musée d'art et d'histoire du Judaïsme 
Hôtel de Saint-Aignan
71, rue du Temple. 75003 Paris
Tél.:  01 53 01 86 60
Du mardi au vendredi de 11 h à 18 h. Samedi et dimanche de 10 h à 18 h

Du 15 octobre 2016 au 24 février 2017
A la Galerie Heitz / Palais Rohan
2, place du château, Strasbourg
Tél. : 03 68 98 51 60
Tous les jours - sauf le mardi - de 10 h à 18 h

Visuels :
Affiche
Genizah de Dambach-la-Ville, ensemble de mezouzot, XVIII-XIXe siècles, Strasbourg Musée alsacien. Photo : M. Bertola

Genizah de Dambach-la-Ville, Mappah, Dambach-la-Ville, 1815, lin peint ; 13 × 300 cm, complète Insc (hébreu) : « Menahem dit Meneleh, fils de l’honorable Joseph de Dambach (dit Yazel), né SBE le dimanche 18 Tishri (signe de la Balance) de l’année 576 LPQ [22 octobre 1815], qu’il grandisse pour la Torah, la Houppah et les bonnes actions, A[men] S[elah]» / CT ; VTQM / CAV. Identification : Gumber Schwartz ou Bender Dreyfus né le 4 octobre 1815. Strasbourg, Musée Alsacien. Photo : M. Bertola



Genizah de Dambach-la-Ville, Prière pour la nouvelle lune, XIXe siècle, Strasbourg Musée alsacien.

Genizah de Dambach-la-Ville, Amulette Kabbalistique, vers 1800 Strasbourg,
Musée Alsacien. Photo : M. Bertola

Genizah de Mackenheim, Sac à teffilin, Alsace, début du XXe siècle.

Genizah de Dambach-la-Ville, Talith qatan, Alsace, début du XIXe siècle. Strasbourg, Musée Alsacien. Photo : M. Bertola

Genizah de Mackenheim, Manteau de Torah, Alsace, limite XVIIIe-XIXe siècles. Photo : M. Bertola

Genizah de Dambach-la-Ville, Ensemble de mezouzot, XVIII-XIXe siècles, Strasbourg, Musée Alsacien. Photo : M. Bertola

Genizah de Dambach-la-Ville, Fragments de livres retrouvés dans un petit sac, XVIIIe siècle, Strasbourg, Musée Alsacien. Photo : M. Bertola

Genizah de Dambach-la-Ville, Ensemble de fragments retrouvés noués ensemble, XVIII-XIXe siècles, Strasbourg, Musée Alsacien. Photo : M. Bertola

Genizah de Dambach-la-Ville, Mappah, Mackenheim (?), 1740, lin brodé ; 16 × 262 cm, il manque juste la première syllabe du prénom de l’enfant. Insc (hébreu) : « […]Jok, fils de Moshe (QVLEH), né SBE le vendredi 6 Heshvan (signe du Scorpion) 501 (LPQ) [28 octobre1740], que Dieu le fasse grandir pour la Torah, la Houppah (et les bonnes actions, A[men]S[elah]) ». Strasbourg, Musée Alsacien. Photo : M. Bertola

Genizah de Dambach-la-Ville, Livre de prières pénitentielles selon le rite alsacien, 1691, Strasbourg, Musée Alsacien. Photo : M. Bertola

Genizah de Mackenheim, Sac à teffilin, France, milieu du XXe siècle.
Photo : M. Bertola

Genizah de Dambach-la-Ville, Pelote de « déchets » d’un scribe, XVIII-XIXe siècles, Strasbourg, Musée Alsacien. Photo : M. Bertola

Genizah Tableau de Soukkah. © DR

Genizah de Dambach-la-Ville, fragments de livres retrouvés dans un petit sac XVIIIe et XIXe siècles
© Strasbourg Musée alsacien. Photo M. Bertola

Genizah de Dambach-la-Ville, Essai de plume, manuscrit en hébreu, deuxième moitié du XVIIIe siècle, Strasbourg Musée alsacien. Photo : M. Bertola

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Les citations proviennent du dossier de presse. Cet article a été publié le 21 février 2017.

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