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vendredi 4 septembre 2020

« Trois jours en septembre. La décision solitaire d’Angela Merkel » par Torsten Körner


« Trois jours en septembre. La décision solitaire d’Angela Merkel » (Drei Tage im September. Angela Merkels einsame Entscheidung) est un documentaire réalisé par Torsten Körner. « Au début du mois de septembre 2015, la chancelière allemande Angela Merkel décide de laisser entrer en Allemagne des milliers de réfugiés syriens bloqués en Hongrie. Retour sur trois jours qui ont changé l’histoire ». En fait des migrants venant d'Afrique du nord, d'Afrique sub-saharienne et du Moyen-Orient. Fin août 2020, la chancelière allemande a déclaré ne pas regretter sa décision.


"L’appel à la mobilisation d’Angela Merkel (« Wir schaffen das », « Nous allons y arriver »), le 31 août 2015, puis l’ouverture des frontières, dans la nuit du 4 au 5 septembre, pour accueillir des milliers de réfugiés bloqués à la frontière hongroise, resteront deux dates historiques pour les Allemands. « C’est un défi qui sera plus important que celui de la Réunification », avait prévenu le président de la République, Joachim Gauck".

« Dans la nuit du 4 au 5 septembre 2015, Angela Merkel traverse l’une des épreuves les plus difficiles depuis qu’elle est au pouvoir ».
"Dans le monde plus de 60 millions de personnes sont en fuite". Certains pays européens, telle la Hongrie, souhaitent le respect du droit européen en matière d'immigration, dont le règlement de Dublin, et refusent les immigrations illégales.

Sur l'autoroute hongroise, un nombre impressionnant de migrants marchent vers l'Autriche. Les axes principaux de circulation étaient bloqués. Des bus sont affrétés en Hongrie pour conduire ces immigrés illégaux vers la frontière. L'Allemagne et l'Autriche décident de les laisser entrer. Une décision prise à la hâte après des semaines et mois d'immigration massive dont des scènes sont mises en scène. 

"Wilkomen"
« En choisissant de suspendre la procédure Dublin, qui régit le droit d'asile en Europe, et d’ouvrir les frontières allemandes aux réfugiés bloqués en Hongrie, la chancelière a créé la surprise ».

Les Munichois accueillent les immigrés illégaux en leur donnant des jouets, des fleurs, etc.


"Tout d'un coup, tout le monde se disait syrien, alors qu'auparavant les Afghans étaient les plus nombreux", se souvient une personne interviewée.

« Magnifique geste d’humanité pour les uns, faute grave aux conséquences dramatiques pour les autres, cette décision soulève chez les partisans comme chez les détracteurs d’Angela Merkel plusieurs questions : a-t-elle été prise unilatéralement et sous le coup de l’émotion ou en concertation avec d’autres acteurs européens ? Est-elle irrévocable ? Et quelles seront ses répercussions sur l’image de la dirigeante, sur l’Allemagne et l’Europe ? » A-t-elle été prise pour satisfaire les souhaits d'une partie du patronat allemand ? Comble-t-elle les aspirations plus ou moins conscientes d'Allemands souhaitant ainsi occulter le rôle de l'Allemagne dans la Shoah derrière cette image d'un "pays-accueillant-les-réfugiés" ?

Le 13 septembre 2015, l'Allemagne annonce rétablir le contrôle à ses frontières, notamment avec l'Autriche. Mais les flux perdurent.


"Peu à peu, les pays d’Europe centrale vont eux aussi fermer leurs frontières, transformant début 2016 la route des Balkans en goulot d’étranglement. La Grèce, soudain isolée, va de facto se voir assigner le rôle ingrat de gardien des frontières de l’Europe. Un rôle qui sera inscrit dans le marbre lors du deal conclu en mars 2016 avec la Turquie de l’incontrôlable Recep Tayyip Erdogan, auquel on offrira 6 milliards d’euros d’aides pour contenir les flux migratoires. Or, même fortement diminués, ils ne s’arrêteront jamais. Et l’UE se retrouvera dépendante de cet allié encombrant".


"Et une fois passée l’émotion de l’été 2015, Berlin n’aura de cesse de restreindre le droit d’asile qui n’a en réalité été accordé qu’à 45 % des candidats cette année-là. Le droit au regroupement familial sera lui aussi rapidement limité, et dès décembre 2016 commenceront les premiers renvois d’Afghans vers leur pays, pourtant toujours en guerre".


Se souvenant de l'occupation islamique, méfiants envers l'islam, nombre de pays ont refusé la politique des quotas en matière de répartition des "migrants" dans l'Union européenne.


« En retraçant en détail les événements survenus au cours de ces journées décisives et en donnant la parole à divers experts – historiens, journalistes, responsables politiques, membres de la police aux frontières et bénévoles –, ce documentaire analyse en profondeur la politique allemande et européenne en matière d’immigration et éclaire le téléspectateur sur les circonstances qui ont poussé Angela Merkel à prendre cette décision historique ».

Une décision révélatrice du fonctionnement de l'Union européenne (UE) sous la férule de l'Allemagne, de ses divisions - rejet de la décision allemande par le groupe de Visegrád (ou V4), groupe informel réunissant la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie -, des clivages entre une classe politico-médiatique et le peuple - une partie des Allemands quitte leur pays -, des dénis de la réalité, de l'instrumentalisation d'organisations et de dirigeants juifs - certains en Allemagne et aux Pays-Bas ont exprimé leurs craintes à l'égard de l'antisémitisme dans lequel nombre d'immigrants illégaux ont baigné depuis leur enfance  -, des médecins et associations humanitaires ont alerté sur les dangers de propagation de maladies telle la gale, des effets pervers telle l'incitation aux trafiquants d'êtres humains de poursuivre une activité lucrative, du cynisme de politiciens souhaitant atténuer leur culpabilité à l'égard des Juifs tués lors de la Shoah, du rôle des médias, intellectuels, dirigeants religieux, dans l'élaboration d'un narratif destiné à susciter l'empathie, la compassion et le soutien de l'opinion publique européenne, etc.

Une décision qui explique en partie le succès du référendum sur le Brexit en juin 2016, et a laissé le poids du premier accueil à l'Italie et à la Grèce, et dans une moindre mesure à l'Espagne.


"Une immigration illégale incontrôlable détruit toute idée de maîtrise de la politique migratoire", a déclaré Michèle Tribalat, démographe, au Figaro (15 juin 2017).



Curieusement, le documentaire ne rappelle pas la déclaration d'Angela Merkel reconnaissant en 2010 l'échec du multiculturalisme. Ni les agressions sexuelles et viols de plus de mille femmes par des individus décrits comme Arabes ou nord-africains et se coordonnant, lors du Nouvel an 2016, en Allemagne - principalement à Cologne, Hambourg, Stuttgart, Bielefeld et Düsseldorf -en Finlande, en Suède, en Suisse et en Autriche, ni de violences commises par ces "migrants"...


Antisémitisme
Le 11 novembre 2017, dans Salut les Terriens ! sur C8, Thierry Ardisson a interrogé le couturier Karl Lagerfeld sur les migrants : « Vous pensez qu’Angela Merkel a fait une grosse faute ? »

Karl Lagerfeld a répondu : « Oui, à mon avis oui. Regardez la France, qui est le pays des droits de l’homme et tout – ce qui n’a pas empêché la colonisation. Ils prennent, je ne sais pas, 10 000 ou 20 000 [migrants]. Elle [la chancelière allemande Angela Merkel] en avait déjà des millions et des millions – qui sont bien intégrés, qui travaillent et c’est très bien, parce que la démographie est un peu descendante… Elle n’avait pas besoin de se taper un million en plus pour se donner une image charmante, après l’image de marâtre qu’elle s’était donnée dans l’histoire de la crise grecque. C’est un peu ça. Tout à coup, la fille de pasteur ressort. »

Thierry Ardisson s'est enquis : « Est-ce que vous croyez qu’elle l’a fait pour faire excuser son attitude pendant la crise grecque, ou pour montrer que l’Allemagne, par rapport à ce qui s’est passé pendant la Deuxième Guerre mondiale, était finalement un pays accueillant ? »

Réponse de Karl Lagerfeld : « Oui, mais là je vais dire une horreur. On ne peut pas, même s’il y a des décennies entre [les deux événements], tuer des millions de Juifs pour faire venir des millions de leurs pires ennemis après. Vous savez, on demande aux gens de prendre de jeunes gens [pour les recruter]. Je connais quelqu’un en Allemagne qui a pris un jeune Syrien, qui parlait un peu anglais. Au bout de quatre jours, vous savez ce qu’il a dit à la dame ? "La meilleure invention de l’Allemagne, c’est l’Holocauste". Il était dans la rue la minute qui suit, je vous le dis tout de suite. »

« Ah ouais… Ouais », dit Thierry Ardisson. Silence du public.

« Une horreur », a déploré Karl Lagerfeld.

Crise migratoire
Le 16 octobre 2018 à 20 h 30, le Centre Medem - Arbeter Ring a accueilli la conférence "L'Europe et la crise migratoire" avec Michèle Tribalat, démographe, spécialiste de l'immigration, et Dominique Moïsi, spécialiste de politique internationale et du Moyen-Orient.

"C’est un défi majeur pour l'union européenne, l'Europe est la destination primordiale des flux de réfugiés ou de migrants, entassés sur des embarcations de fortune par des passeurs sans scrupule et décidés à franchir la méditerranée au péril de leur vie. Ce phénomène migratoire a été déclenché à la fois par la fuite lors des conflits sanglants, notamment de Syrie, l’espoir d’une vie meilleure que celle vécue en Afrique sub-saharienne, et par les déclarations incitatives de Mme Merkel."

"En Europe de l'Est, en Autriche et en Italie, la droite et l'extrême-droite accèdent au pouvoir en prenant en charge les inquiétudes des peuples et refusent de recevoir les migrants. En Europe occidentale les gouvernements, sous la pression de leur opinion publique, tâtonnent entre respect du droit d'asile, fermeté aux frontières et désir de sous-traiter la question hors de l’Europe.L'un des moteurs du refus d’une immigration massive et incontrôlée est la peur de la perte d'identité des nations du fait de l'arrivée de musulmans considérés comme peu enclins à l'assimilation, donc la peur d'une dérive vers des sociétés toujours plus multiculturalistes. Même si le flux actuel devait se ralentir, les prévisions concernant le continent africain où la croissance démographique s'annonce explosive laissent entrevoir un phénomène de longue durée qui ne peut que s’amplifier...Par les éclairages croisés de deux disciplines différentes, Michèle Tribalat et Dominique Moïsi s'efforceront de répondre à ces interrogations."

Angela Merkel assume en 2020
Le 28 août 2020, la chancelière allemande Angela Merkel a assumé "totalement sa position, qui conduisit à l’arrivée en Allemagne d’environ 1 million de demandeurs d’asile venus du Moyen-Orient en guerre par la route des Balkans. « Je prendrais les mêmes décisions essentielles », a déclaré la chancelière allemande lors de sa traditionnelle conférence de presse de rentrée. « Quand tant de gens se massent aux frontières (…), il faut les traiter avec humanité », a-t-elle ajouté."


"Cinq ans presque jour pour jour après avoir lancé, dans la même salle, son fameux « Wir schaffen das » (« Nous y arriverons »), formule par laquelle elle entendait marquer sa confiance dans la capacité de l’Allemagne à faire face au défi migratoire, Mme Merkel estime aujourd’hui qu’elle avait raison d’être alors optimiste. « Nous avons fait énormément de choses. (…) Quand on voit que des jeunes gens arrivés à l’époque ont aujourd’hui leur bac et entreprennent des études, c’est un signe de réussite incontestable », s’est-elle félicitée".


"En réalité, le bilan est plus ou moins positif selon les indicateurs que l’on choisit de mettre en avant. En matière d’emploi, les chiffres d’aujourd’hui sont plutôt meilleurs que ceux sur lesquels tablaient les experts il y a quelques années. Selon une récente étude du très sérieux Institut de recherche économique DIW, qui a interrogé environ 8 000 réfugiés arrivés en Allemagne entre 2013 et 2016, 43 % ont trouvé un travail ou suivent une formation. Quant au nombre de ceux exerçant une activité leur donnant droit à une couverture sociale, il est passé de 84 500 à 362 600 de septembre 2015 à décembre 2019".

« Dans l’ensemble, les réfugiés arrivés ces dernières années en Allemagne se sont mieux intégrés au marché du travail que ceux des années 1990 » venus principalement d’ex-Yougoslavie, explique Victoria Rietig, spécialiste des questions migratoires à la DGAP, un cercle de réflexion berlinois spécialisé dans l’étude des relations internationales. La crise due au coronavirus pourrait toutefois casser cette dynamique. « La montée du chômage va rendre plus difficile l’accès à l’emploi de ceux qui sont arrivés comme migrants », a reconnu Mme Merkel, vendredi, face à la presse".

Mais les effets de cette décision d'ouverture doivent s'analyser au niveau européen : nombre de "migrants" se voyant refuser le statut de "réfugiés" en Allemagne, se dirigent en France pour déposer un dossier identique.

"Aujourd’hui, Berlin multiplie les obstacles pour les Länder qui veulent continuer à accueillir des réfugiés, et a retiré en mars le pavillon national aux bateaux des ONG allemandes qui cherchent à secourir les naufragés aux larges des côtes grecques". 

En outre, la situation à Lampedusa (Italie) s'avère dramatique, ne suscitant aucune réaction des organisations de l'Union européenne ou de ses autres Etats membres. "La petite île a de nouveau accueilli 370 migrants, dans la nuit du 29 au 30 août 2020, poussant le maire à appeler à une « grève générale », rapporte notamment Le Point.

« Baissons les volets, le gouvernement national continue à maintenir un silence effrayant », a dénoncé l’édile, Toto Martello, dans un communiqué, face à ce qu’il nomme une « situation sans précédent ». L’élu a également annoncé la convocation, ce 31 août 2020, des représentants des associations professionnelles de l'île. Objectif : déclarer « une grève générale » visant à faire réagir les autorités nationales. « Si un bateau de pêche de cette taille avec des centaines de personnes arrive ici et que personne ne le remarque, cela signifie qu'il n'y a pas de contrôles en Méditerranée. Mais que font les navires militaires ? Nous ne sommes pas en guerre, pourquoi ne sont-ils pas utilisés pour des interventions de sécurité en mer et pour transférer des migrants ? », a-t-il aussi interrogé."

"Le centre d'accueil d'urgence de Lampedusa abrite actuellement 1 160 migrants, soit plus de dix fois sa capacité maximale. Il est donc « débordé au-delà de ce qui est humainement possible d'endurer », a aussi tempêté Toto Martello. Selon lui, l’armée a même du mal a empêcher les résidents du centre de s’en échapper, alors que l’Italie a mis en place des protocoles stricts pour éviter la propagation du virus."

Enfin, par la fortune offerte à Erdogan, l'Union européenne et ses Etats-membres a renoué avec une pratique moyenâgeuse par laquelle des Etats chrétiens payaient une puissance musulmane pour avoir une trêve, et se sont soumis à ses diktats - transformation de l'ex-basilique Sainte-Sophie en mosquée, etc. - par crainte qu'il ne rouvre les portes d'accès à l'Europe à des milliers de "migrants".


2017, 52 min
Sur Arte le 13 juin 2017 à 20 h 50

Visuels
Au début du mois de septembre 2015, la chancelière allemande Angela Merkel décide de laisser entrer en Allemagne des milliers de réfugiés syriens bloqués en Hongrie. Retour sur trois jours qui ont changé l’histoire.
© MDR/Marco Prosch


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Les citations sont d'Arte. Cet article a été publié le 12 juin 2017, puis les 15 octobre 2018 et 3 septembre 2019.

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