lundi 4 septembre 2017

« L'affaire Ilan Halimi, meurtre et préjugé de l'antisémitisme ordinaire » de Lewis Cohen (4/5)


La chaîne Toute l'Histoire diffusera les 5 septembre à 14 h 28, 6 septembre à 8 h 58 et 7 septembre 2017 à 13 h 10 « L'affaire Ilan Halimi, meurtre et préjugé de l'antisémitisme ordinaire  » (Jews and Money: Investigation of a Myth), documentaire  intéressant de Lewis Cohen  (2007). Une enquête sur le cliché antisémite du « Juif riche » qui a incité en 2006 le gang des Barbares dirigé par Youssouf Fofana à kidnapper, torturer et assassiner Ilan Halimi, jeune Juif français. 


1ère partie : Le procès du gang des Barbares devant la Cour d'assises des mineurs de Paris (1/5)
2e partie : Leniency for Barbarians (2/5)

Dirigé par Youssouf Fofana, le gang des Barbares a kidnappé en janvier 2006, puis torturé pendant 24 jours, et tué en banlieue parisienne Ilan Halimi, Français Juif de 23 ans vendeur de téléphones portables. Pourquoi ? Car ce gang était persuadé que les Juifs étaient riches et paieraient une rançon de 500 000 euros.

Ce qui prouve la persistance d’un cliché antisémite pluricentenaire, pourtant ignoré des enquêteurs de la police judiciaire.

Enquête
Diffusé lors de festivals de films juifs  à San Francisco  et Las Vegas et dans des centres communautaires américains, ce documentaire retrace les événements qui ont suivi l’assassinat d’Ilan Halimi.

De la France aux Etats-Unis et via Israël où est enterré Ilan Halimi, d’œuvres médiévales à la propagande nazie, Lewis Cohen recueille les témoignages de la mère et de l’amie d’Ilan Halimi, enquête auprès d’avocats et de journalistes – Craig Smith, Elsa Vigoureux, Frédéric Ploquin - et interviewe un rabbin sur l’affaire Ilan Halimi. Les avocats des prévenus minimisent l'antisémitisme de leurs clients en privilégiant l'explication générationnelle - jeunesse - et socio-économique. Curieusement, certains journalistes, dont Elsa Vigoureux du Nouvel observateur -abondent dans ce sens. Mais Frédéric Ploquin soulignent l'antisémitisme de "jeunes de cités".

Et Lewis Cohen interviewe des historiens, tels Jacques Le Goff, Sara Lipton, Robert Chazan, Derek Penslar – et romanciers - Joshua Halberstam -, sur l’essor du capitalisme mondial et des banquier Juifs (Rotshchild), ainsi qu’Abe Foxman, président de l’ADL (Anti-Defamation League), sur l’histoire des Juifs – interdiction imposée aux Juifs de détenir la terre, activité autorisée de prêt d’argent et de commerce, etc. - et la représentation artistique, notamment au Moyen-âge (Shylock du Marchand de Venise de Shakespeare), du mythe ou stéréotype antisémite associant les Juifs à l’argent, donc à la puissance. Un stéréotype lié à un autre cliché antisémite : celui du « complot Juif pour dominer le monde ».

Les historiens médiévistes expliquent clairement l'instrumentalisation des Juifs par la royauté : les monarques restreignent les métiers autorisés aux Juifs, empruntent auprès d'eux pour financer notamment leurs guerres, puis, les expulsent pour les déposséder de tous leurs biens sans avoir à rembourser. Si dans un premier temps, les débiteurs de ces prêteurs Juifs sont soulagés, ils doivent vite déchanter car sans concurrence, les usuriers chrétiens leur octroient des prêts à des taux d'intérêts très supérieurs.

La réflexion du réalisateur montréalais Lewis Cohen, auteur du Cirque du Soleil Fire Within, l’amène dans l’Allemagne médiévale avec rabbi Meir ben Baruch, connu par l’abréviation « MaHaRaM » (Moreinu Horav Reb Meir) de Rothenburg, talmudiste et paytan (chantre), qui refusa au XIIIe siècle, d’être libéré de sa captivité contre une rançon.

Lewis Cohen  étudie comment ce stéréotype du « Juif riche » « a pu perdurer et tout du moins se « réactiver » pour qu'un tel crime puisse se produire de nos jours ».

Ce documentaire n’analyse pourtant pas l’antisémitisme islamique imprégnant une partie du gang des Barbares.

Ce cliché antijuif a resurgi au XXIe siècle lors du scandale Madoff en se conjuguant à d’autres clichés antisémites. Le 19 décembre 2008, l’ADL a déploré : « La plupart des commentaires antisémites [dans les blogs, sites Internet] tendaient à se concentrer sur les prétendues cupidité et vols Juifs, et des théories conspirationnistes liant les pertes financières à Israël … Adolf a commenté sur le site Internet du Palm Beach Post - « Just another jew money changer thief. It's been happening for 3,000 years. Trust a jew and this is what will happen. History has proven it over and over and over. Jews have only one god – money » (Encore un autre Juif changeur voleur. Cela arrive depuis 3 000 ans. Faites confiance à un Juif et voilà ce qui arrivera. L’histoire l’a prouvé encore, encore et encore. Les Juifs ont un seul Dieu – l’argent) – et sur celui du Sun-Sentinel en Floride : « They are taught to hoard money from age 13  » (On apprend aux Juifs à amasser de l’argent dès qu’ils ont 13 ans »).

Ce stéréotype antijuif a aussi été diffusé par le mouvement  Occupy Wall Street (OWS) avec les slogans où parfois le vocable « Juif » est remplacé par « Sioniste » : pancarte « Google : ↓ 1)Wall St. Jews 2) Jewish Billionnaires, 3) Jews Ɛ Fed Rsrv Bank  », ou déclaration d’un membre « I think the Zionist Jews who are running these big banks and our Federal Reserve … need to be run out of this country” (“Je pense que les Juifs sionistes qui dirigent ces grandes banques et notre Réserve fédérale… il faut les faire sortir vite de ce pays”).        
 
Addendum
Le 2 mai 2015, la plaque apposée à Bagneux (Hauts-de-Seine), lieu de séquestration et de tortures d'Ilan Halimi, en hommage à la jeune victime a été retrouvée brisée. Maire communiste de cette ville de la banlieue de Paris, Marie-Hélène Amiable a fait immédiatement retiré cette plaque apposée en 2011 au bas d'un jeune chêne du parc Richelieu, au centre de la cité : Ilan signifie arbre en hébreu. La plaque « sera changée dès que possible lundi » 4 mai 2015, a précisé la maire. Les partis républicains ont exprimé leur indignation. Une plainte a été déposée au commissariat de police de Bagneux et une enquête ouverte pour « dégradation volontaire ». L'acte de vandalisme est envisagé. Le 5 mai 2015, une nouvelle plaque à la mémoire d'Ilan Halimi a été dévoilée, en présence d'une centaine de personnes, dont Marie-Hélène Amiable, Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur, Joël Megui, président du Consistoire Israélite de Paris Ile-de-France, Jean-Paul Huchon, président du Conseil régional d'Ile-de-France.

Au petit matin du 8 septembre 2017, dans son domicile familial à Livry-Gargan (Seine-Saint-Denis), Roger Pinto, octogénaire président de l'association juive française SIONA, son épouse Mireille et leur fils ont été séquestrés et agressés par trois individus "d'origine africaine". Alors que Mme Pinto déclarait qu'il n'y avait pas d'argent chez elle, l'un des agresseurs a rétorqué que "Vous êtes juifs, et nous savons que les juifs ont beaucoup d’argent. Vous allez nous donner ce que vous avez, sinon on va vous tuer". Après avoir ligoté et battu les victimes, les agresseurs ont mis sens dessus dessous les placards et armoires. Ils sont partis avec des bijoux et cartes bancaires, et en menaçant la famille Pinto. Peu auparavant, la maison voisine, dont les propriétaires sont des Français juifs, avait été la cible d'une tentative d'effraction.

Documentaire, 2007, 1 h 30
Diffusions sur :
- Toute l’histoire les 16 avril à 20 h 45, 21 avril à 23 h 55 et 27 avril 2014 à 19 h 15,  19 mai 2015 et 22, 24, 25 et 24 janvier 2016,  5 septembre à 14 h 28, 6 septembre à 8 h 58 et 7 septembre 2017 à 13 h 10 ;
- Public Sénat les 27/07/2014 à 09 h 55,  04/08/2014 et 30/08/2014 à 22 h

A lire sur ce blog :
Cet article a été publié les 16 avril 2014, 31 juillet 2014 et 6 mai 2015, 22 janvier 2016, 4 septembre 2017.

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