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vendredi 12 mars 2021

« Le catalogue Goering » de Laurence Thiriat

Hermann Göring ou Goering (1893–1946) est un militaire, politicien nazi et criminel de guerre allemand. Spoliant les Juifs et recourant à des actes comminatoires, ce collectionneur d'art s'est enrichi considérablement. Condamné à mort par pendaison par le tribunal international siégeant à Nuremberg, il s'est suicidé avant d'être exécuté. « Le catalogue GoeringUne collection d' art et de sang » (Göring, Brueghel und die ShoahDie Blutspur der NS-Raubkunst), film documentaire exceptionnel de Laurence Thiriat, sera diffusé en avant-première par le Mémorial de la Shoah le 14 mars 2021 et par Arte les 29 mars 2021 à 0 h 00 et 16 avril 2021 à 9 h 25.

« Descendants de nazis. L’héritage infernal » de Marie-Pierre Raimbault et Michael Grynszpan 

Hermann Göring ou Goering (1893-1946) est un militaire, politicien nazi et criminel de guerre allemand. As de l'aviation de l'empire allemand durant la Première Guerre mondiale, il devient membre du Parti nazi en 1922. Blessé lors du putsch de la Brasserie en 1923, morphinomane, il assure la direction de plusieurs fonctions importantes dès 1933 : il crée la Gestapo, organisation contrôlée en 1934 par Heinrich Himmler, est désigné commandant en chef de la Luftwaffe en 1935 et ministre de l'Aviation, responsable du Plan de quatre ans, ministre de l'Intérieur de Prusse, chef de la chasse du Reich, Reichsmarschall (plus haut grade de la Wehrmacht), etc. Spoliant les Juifs et recourant à des actes comminatoires, ce collectionneur d'art s'est enrichi considérablement et a édifié des châteaux. Condamné à mort par pendaison par le tribunal international siégeant à Nuremberg, il se suicide en avalant une capsule de cyanure avant d'être exécuté. 

« Hermann Goering a fait main basse sur plus d’un millier d’œuvres d’art. Ce documentaire fouillé retrace l’histoire de la collection du numéro deux du régime hitlérien, composée notamment de pièces volées en France à des collectionneurs juifs ».  

« Pendant plus de dix ans, Hermann Goering, le numéro deux du Reich, amasse une collection de plus de 5000 œuvres, rassemblant tous les grands noms de la peinture ancienne. Elles sont répertoriées dans un catalogue conservé dans les archives du Quai d’Orsay et très récemment identifié. »

« Comment et pourquoi Goering s’est-il emparé de ces œuvres ? Pourquoi a-t-il écumé les grandes collections, la plupart appartenant à des familles juives victimes de la Shoah, afin d’assouvir sa boulimie de tableaux au service du régime nazi ? Construit à partir du catalogue et de ses annotations, ce documentaire est un périple à travers les œuvres, leurs caches, les photos et les archives. Il raconte en même temps l’histoire du nazisme prédateur : cette collection est constituée de cadeaux fait pour courtiser l’Allemagne nazie mais aussi du fruit de pillages systématiques au prix du sang ».

« Perdu au milieu des milliers de cartons des archives diplomatiques françaises, après avoir sommeillé pendant 60 ans dans les archives du Quai d'Orsay, le catalogue Goering est sorti de l'ombre lors de sa parution en 2015, dans une version encadrée par l'historien Jean-Marc Dreyfus. Ce catalogue recense de manière très détaillée les centaines d'œuvres spoliées pour la collection personnelle du deuxième homme fort du Reich nazi. La constitution du catalogue commence en 1934, fruit d'achats et de cadeaux. Puis, tout au long de la Seconde Guerre mondiale, Goering, numéro deux du régime nazi, va mettre en place une gigantesque entreprise de spoliation d’œuvres d’art à travers toute l’Europe, dépossédant sans vergogne des milliers de familles juives. »

« Tourner les pages du catalogue, c'est pénétrer dans un vaste système qui viendra parfois concurrencer la collection tout aussi spoliatrice d’Hitler pour son grand musée de Linz. A chaque ligne on découvre le nom des acteurs qui ont participé à cette vaste entreprise de pillage qui touchera particulièrement les familles juives et dans lesquelles on retrouve les plus grands noms de la peinture européenne ».

« Les descendants des victimes témoignent et nous livrent leur combat et leur désillusion. La publication récente du catalogue Goering relance chez elles l’espoir et donne aux familles l’envie de continuer, même si le temps presse et que les mémoires s’effritent ».

"Quand je trouve quelque chose, cela me reconnecte avec mes grands-parents que je n’ai jamais connus. Je touche ce qu’ils ont eux-mêmes touché, je tiens dans les mains ce qu’ils ont aimé." Pour l’Américain Simon Goodman comme pour les Français Alain Monteagle ou Lionel Salem, trois ayants droit de familles juives dont les collections d’art ont été confisquées par Vichy sous l’Occupation, retrouver des œuvres qui ont appartenu à leurs ascendants représente le combat de leur vie ». 

« L’exhumation en 2015, dans les Archives diplomatiques françaises, d’un catalogue constitué pour Hermann Goering, le numéro deux du régime hitlérien, a relancé ces dernières années la question des spoliations nazies pendant la Seconde Guerre mondiale ». 

« Rédigé sur un banal registre d’épicier, le livret faisait partie de l’importante documentation sur la récupération des œuvres d’art volées accumulée jusqu’à sa mort, en 1980, par Rose Valland, la conservatrice du Jeu de Paume, musée par lequel ont transité, dans le Paris occupé, les collections privées confisquées par Vichy à leurs propriétaires juifs ». 

« L’inventaire des œuvres détournées pour son compte par Hermann Goering, qui court de 1933 à 1943, précise leurs conditions d’acquisition ». 

« Les pièces représentatives de l’art européen sur lesquelles le criminel de guerre a fait main basse vont des primitifs hollandais et flamands aux grands noms de l’art moderne, pourtant considéré par les nazis comme "dégénéré". 

« Plus d’un millier d’œuvres au total qui furent réunies par Goering dans son pavillon de chasse de Carinhall, dans le Brandebourg. Une résidence somptuaire où l’avide dignitaire nazi recevait ses amis, et qu’il fit dynamiter devant l’avancée des troupes soviétiques en 1945, non sans avoir entassé une partie de son butin dans les wagons de quatre trains de marchandises ».

« Au travers de la frénésie de collectionneur dont fit preuve, tout au long du IIIe Reich, Hermann Goering, Laurence Thiriat (Venise, l’insolente) plonge dans les arcanes de la prédation nazie sur le marché de l’art pendant la Seconde Guerre mondiale ». 

« 
En prenant appui sur les innombrables détails du catalogue (tri, recensement, numérotation, lieu de conservation...), le film retrace cette entreprise de spoliation qui a permis la constitution d'une collection de plus de 5000 œuvres, rassemblant les plus grands noms de l'histoire de l'art : Cranach, Velázquez, Rubens, de Vinci, Canaletto, Bruegel, Fragonard... »

« Ce film part à la rencontre des familles spoliées, des experts et de personnalités du monde de l'art qui décryptent l'organisation de prédation qui a rendu possible la création d'une telle collection. 75 ans après la fin de la guerre, certaines œuvres n'ont toujours pas été restituées aux descendants ou aux ayant-droits des familles spoliées par les nazis ».

« Ce documentaire mené comme une véritable enquête policière entre passé et présent, nous conduit aux quatre coins du monde afin de rechercher les témoins, les archives et les traces d’une histoire qui continue, encore aujourd’hui, à tirailler nos consciences et dont les plaies n’en finissent pas de saigner ».

« Convoquant les éclairages d’historiens, parmi lesquels Jean-Marc Dreyfus, coauteur du film et auteur du Catalogue Goering – Les Archives diplomatiques (Flammarion, 2015), et de conservateurs de musées, ce documentaire fouillé retrace avec d’abondantes archives le parcours du dignitaire nazi, l'histoire de sa collection ainsi que les recherches entreprises pour recouvrer des œuvres par trois descendants de collectionneurs spoliés. »

En 2015, les éditions Flammarion ont publié « 
Le catalogue Goering. Les Archives diplomatiques », préfacé par Richard Boidin et Laurent Fabius. « Récemment extrait des archives du Quai d'Orsay, le Catalogue Goering est un document exceptionnel. Il s'agit de la liste complète des tableaux qui formèrent la collection rassemblée par le numéro deux du nazisme dans sa propriété de Carinhall, non loin de Berlin. Habilement conseillé par des historiens d'art, Goering profita de son pouvoir sans limites, de l'immense fortune qu'il accumula par la persécution et l'assassinat des Juifs pour assouvir sa passion de l'art et son goût pour la peinture occidentale, les grands artistes flamands du XVIIe siècle, les peintures allemandes du XVIIe siècle, mais aussi l'art classique français et italien. A la fin de la guerre, une partie des œuvres fut retrouvée par les troupes américaines et le gouvernement français tenta de récupérer celles qui avaient été pillées en France. Rose Valland, attachée de conservation au musée du jeu de Paume, oeuvra sans répit à la mission de recherches, aux côtés des Monuments Men. Le Catalogue Goering raconte, à travers l'inventaire des uvres volées, l'histoire de leur collecte puis la recherche des propriétaires après-guerre - tous n'ont pas encore été retrouvés. L'historien Jean-Marc Dreyfus renoue ici les fils de l'enquête en même temps que les équipes des Archives diplomatiques décryptent cet étonnant catalogue. »

« Conçue dans un esprit nationaliste, la collection Goering visait à exalter la pureté et la grandeur de l'art allemand. Elle finit en un odieux trophée de chasse, issu de la spoliation crapuleuse des joyaux de l'art européen. Les œuvres d'art ne doivent jamais être des proies. Elles constituent le bien commun de l'humanité. Cette vérité est intemporelle: la publication de cet ouvrage est une occasion de le rappeler », a écrit Laurent Fabius, alors ministre des Affaires étrangères.

En janvier 2015, les éditions Flammarion ont publié « L’Impossible Réparation. Déportés, biens spoliés, or nazi, comptes bloqués, criminels". Combien vaut un déporté ? Combien pour une victime des nazis ? Le 15 juillet 1960, un accord diplomatique est signé dans la plus grande discrétion par l’ambassadeur de France à Bonn. La RFA s’engage à payer la somme totale de 250 millions de deutschemarks, au bénéfice des « victimes françaises du national-socialisme ». Pourtant, il ne s’agit que d’une étape car bien d’autres dossiers restent à régler… Le Quai d’Orsay y travaillera jusqu’en 2001, soit plus de cinquante ans durant! L’historien Jean-Marc Dreyfus raconte ici pour la première fois les négociations des suites de la déportation. Pour diverses raisons – la crainte de rééditer le traité de Versailles de 1919, les tensions de la guerre froide –, les accords furent délicats et souvent source d’incompréhension. Le rapatriement des corps, l’or volé aux juifs, les biens spoliés (avec Vichy en ligne de mire), les criminels de guerre, les comptes bloqués par les banques sont autant de sujets que les diplomates français eurent à traiter avec leurs homologues allemands, dont certains étaient d’anciens nazis. L’auteur montre à quel point l’antisémitisme était courant au Quai d’Orsay, où les rapports avec les Allemands furent facilités sous l’Occupation… Une histoire totalement inédite faite de rebondissements et de drames humains, qui trouve son dénouement à l’aube du XXIe siècle… »

Visioconférence
« Dans le prolongement de son exposition sur « Le marché de l’art sous l’Occupation » qui avait rencontré un vif succès, le Mémorial de la Shoah organise le dimanche 14 mars, dès 14 h 30, une journée de conférences et projections en ligne dédiées à la spoliation d’œuvres d'art et les enquêtes de restitution. Quel bilan pouvons-nous tirer des recherches de provenance d’œuvres d’art spoliées, devenues un enjeu crucial pour les musées ? Le dialogue entre une spécialiste de ces questions et une héritière, nous livrant son enquête pour retrouver des œuvres d’artistes célèbres ayant appartenu à son grand- père, nous permettra d’aborder les difficultés que rencontrent encore aujourd’hui les familles juives dans cette quête ».

En présence de Pauline Baer de Perignon, auteure de La Collection disparue (Stock, 2020) et d’Emmanuelle Polack, historienne de l’art, musée du Louvre, auteure de Le Marché de l’art sous l’Occupation, (Tallandier, 2019). Animée par Emmanuelle Lequeux, journaliste et critique d’art. L’événement sera diffusé sur Zoom, sur inscription uniquement.

Emmanuelle Polack, « docteure en histoire de l’art, est spécialiste de l’art sous l’Occupation et des recherches de provenance des oeuvres volées lors de la Seconde Guerre mondiale. Elle a été entre 2013 et 2017 experte internationale au sein de la Task Force Schwabinger Kunstfund et chercheuse associée à l’Institut national d’histoire de l’art. Elle a été en 2017 lauréate du prix Berthe Weill pour la recherche. Elle a été commissaire de l'exposition sur le marché de l'art sous l'occupation et auteure du catalogue. "Sous l’Occupation allemande, le marché de l’art a été florissant. Les marchandises affluent, certaines issues des spoliations des familles juives. Une semaine après l’entrée des troupes allemandes dans Paris commence la saisie des œuvres d’art leur appartenant. Le gouvernement de Vichy oblige les galeristes juifs à céder leurs tableaux aux administrateurs provisoires, tandis que les autorités occupantes en confisquent une partie. Dès lors, l’hôtel des ventes de Drouot, qui a interdit « de manière absolue » son entrée aux Juifs, ne désemplit pas. Les ventes des objets d’art atteignent des prix records. Après une longue enquête en Europe et aux États-Unis, et grâce à des archives jusque-là inexploitées, Emmanuelle Polack dresse un tableau précis du marché de l’art sous l’Occupation. Sous sa plume se déploie une galerie impressionnante de protagonistes — marchands, commissaires-priseurs, antiquaires, experts, courtiers, acheteurs, conservateurs. Pour comprendre le rôle de chacun, on entre dans le lieu de leurs activités — appartements, galeries, salles de ventes aux enchères, palaces, banques. Une faune d’intermédiaires peu scrupuleux profite sans retenue de la confiscation des œuvres d’art. On découvre le destin tragique de galeristes juifs victimes de l’« aryanisation » du monde de l’art. Après la guerre, peu de sanctions seront prises. Aujourd’hui, de nombreuses oeuvres n’ont toujours pas été restituées à leurs propriétaires. Elles sont les témoins silencieux de l’Histoire. Un livre essentiel sur une page sombre de l’histoire française ».

« La diffusion de ce documentaire exceptionnel sera précédé d’une conférence en présence de Pauline Baer de Perignon. "Directrice littéraire dans l’audiovisuel pendant dix ans, lectrice et coauteur de scénarios, Pauline Baer de Perignon a animé de nombreux ateliers d’écriture. La collection disparue est son premier livre ».

« Tout a commencé avec une liste de tableaux griffonnée par un cousin que je connaissais à peine.  Sur ce bout de papier, des chefs-d’œuvre impressionnistes, Renoir, Monet, Degas, exposés aujourd’hui dans les plus grands musées du monde, qui ont tous appartenu un jour à mon arrière-grand-père, Jules Strauss. Je ne connaissais rien de sa histoire, ni de sa collection disparue. Ces quelques mots notés à la hâte allaient changer ma vie, me conduire du Louvre au musée de Dresde, des archives de la Gestapo au Ministère de la Culture. Pendant trois ans, avec pour tout bagage ma curiosité et un goût prononcé pour les énigmes, je me suis lancée sur la trace de mes ancêtres, à la recherche de Jules Strauss, et d’une histoire qui ne m’a pas été transmise. Que s’est-il passé en 1942 ? Que restait-il de sa collection lorsque l’appartement familial fut perquisitionné par les nazis ? Je ne suis pas historienne de l’art, j’ai simplement voulu mener une enquête, policière et sentimentale, sur les traces de ma famille, juive, spoliée. »

"Un témoignage personnel où l’émotion grandit page après page : le lecteur accompagne Pauline Baer de Perignon dans ses découvertes, ses batailles, ses déceptions, et une forme de réconciliation. La démarche qui fonde ce récit, de l’Occupation à aujourd’hui, soulève des questions nombreuses et complexes : que faire des œuvres qui ont traversé le chaos de l’Histoire ? Comment agir, lorsqu’on est simple citoyen, face à des législations sourdes ? Que comprendre du silence des générations qui nous ont précédé ? Enfin, et surtout, que nous transmet une œuvre d’art à travers le temps, par sa grâce et sa fragilité ? Un premier livre captivant et nécessaire".

Le film sera diffusé à 16 h 30 sur le site du Mémorial de la Shoah et suivi de la rencontre à 18 h en présence de la réalisatrice et de Jean-Marc Dreyfus, historien, coauteur du film, et auteur de Le Catalogue Goering (Flammarion, 2015). Animée par Philippe Sprang, journaliste.  Avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.

« LA SPOLIATION ARTISTIQUE EN FRANCE  »
 
« À compter de l’été 1941, sur l’ensemble du territoire français, les administrations françaises confisquent entreprises, biens immobiliers, financiers et œuvres d’art appartenant aux Juifs de France. Leurs comptes en banque sont bloqués tandis que les Juifs arrêtés voient leurs biens confisqués à l’entrée des camps d’internement français. Dépouillés de leurs biens, victimes d’une double législation, nazie et du gouvernement de Vichy, les Juifs de France se voient exclus de tous les pans de la vie politique, sociale et économique, en préambule à leur élimination physique. 

Dans le même temps, pendant la période de l’Occupation entre 1940 et 1944, le marché de l’art est florissant en France. une véritable « euphorie » touche tous les circuits traditionnels de transfert des œuvres d’art : ateliers, galeries et maisons de ventes aux enchères publiques. Tous s’approvisionnent à Paris. Ces ventes, trafics et échanges d’objets, réalisés parfois à des prix très élevés, ne sont pas sans conséquences sur la destinée des œuvres appartenant aux familles juives persécutées par la législation d’exception des ordonnances allemandes et des lois de Vichy. » 


« Dans Le catalogue Goering, Laurence Thiriat décrypte l'entreprise de spoliation des collections d'art par les nazis et donne la parole aux descendants des victimes. Parmi eux, Simon Goodman, en quête d’un trésor de famille disparu. Simon Goodman a publié en 2015, aux éditions Scribner, The Orpheus Clock: The Search for my Family’s Art Treasures Stolen by the Nazis. Propos recueillis par Laure Naimski.
 
Qui étaient vos grands-parents et dans quelles conditions leur collection a-t-elle été pillée ? 
Simon Goodman : Mon grand-père était un banquier juif hollandais d'origine allemande. Il possédait une collection réputée d'objets d'art et de toiles de peintres italiens et allemands de la Renaissance, d’artistes hollandais du Siècle d'or. En 1943, mes grands-parents espéraient un visa pour l'Italie en échange de certaines de ces œuvres. Mais ils furent déportés au camp de Theresienstadt. Mon grand-père y fut torturé et assassiné car il refusait de céder la totalité de sa collection. Ma grand-mère fut transférée à Auschwitz où elle fut également tuée. Leur collection entière fut pillée.

Qu'est-ce qui vous a donné envie de partir à sa recherche ? 
Après la mort de mon père, en 1994, mon frère et moi avons découvert qu'il avait passé une grande partie de sa vie à enquêter sur cette collection. J'ai étudié les catalogues et les documents qu'il avait réunis, ainsi que les lettres que Rose Valland, conservatrice au musée du Jeu de Paume pendant l’Occupation, en charge des œuvres spoliées après la guerre, lui avait envoyées pour l'aider. J'ai alors compris que la majorité de la collection n'avait jamais été retrouvée. Je devais à mon père de poursuivre ses recherches. En 1995, j’ai identifié un tableau d'Edgar Degas appartenant à mon grand-père dans une collection privée. J'ai alors intenté le premier procès jamais tenu aux États-Unis sur les œuvres spoliées par les nazis. Ma famille a obtenu un compromis avec le collectionneur, selon lequel on partagerait la valeur du tableau, qui ensuite a été acquis par l'Institut d'art de Chicago.

En quoi l'exhumation, en 2015, dans les Archives diplomatiques françaises d'un catalogue constitué par Hermann Goering vous a-t-elle aidé ? 
Je continue à traquer des indices dans ce document. Mais, dans l'ensemble, il contient la preuve que Hitler a dérobé à ma famille les peintures, et Goering les objets d’art en or et en argent. Il demeure néanmoins difficile de savoir combien de pièces ont été volées.

Quel bilan tirez-vous de vos recherches ?
La résistance à la restitution continue à ce jour. Même si je suis parvenu à reconstituer les deux tiers de la collection, la liste des tableaux et objets manquants ne cesse de s'accroître. L'année dernière, j'ai retrouvé un portrait signé Lucas Cranach l’Ancien, et, comme à chaque découverte, j'ai eu la sensation de me reconnecter à une famille que je n'ai pas connue. J'ai aussi le sentiment que justice est rendue. Derniers "prisonniers de guerre", ces œuvres doivent être libérées. »


"Searle was an extremely rich man who bought a painting without bothering to check where it had come from. Ignorance is no defense.

The book is highly critical of the post-war Dutch government’s attitude to Jewish families who had been driven out of the country by the Nazis. Can you tell us more about this?

Simon Goodman : The post-war attitude of the Dutch government reflected a complete disregard towards returning Jews, whose property and businesses had already been dispersed among the general population. All restoration of Jewish assets would be vigorously resisted. Morality aside, the government was simply not going to risk disrupting their fragile post-war economy for the sake of a few Jews.

The book is also critical of the post-war Dutch government’s attempts to claim ownership of the stolen pieces and demand payment for them. Can you expand on this?

From 1945 to 1948 tens of thousands of looted artworks originating from the Netherlands, and recovered by the Allies, were turned over to the Dutch authorities. However no attempt was made to track down or notify the rightful owners. Instead, the original owners or their heirs had to file official claims with the authorities, hoping their possession had been returned. The complexities of proving a particular piece had belonged to one’s family were often insurmountable, unless the Holocaust survivors could provide adequate documentation. Often the best records were those of the Nazis; but they would be sealed by the Allies, classified as State secrets, until 50 years after the War.

Even if you could prove conclusively that an artwork had belonged to your family there was another catch. Any work deemed part of a financial transaction with the German enemy was considered to have been effectively forfeited, after the war, to the new Dutch State. This was still true even when it was obvious that a particular Jewish victim could not have benefited ultimately from a forced sale. The Nazis notoriously paid rock-bottom amounts (for artworks) into frozen Jewish accounts, only to empty those accounts completely at a later date.

Despite the obvious loss to countless Dutch Jewish families, the government would rarely consider the possibility of restitution and then only with the provision that the heirs of the victim ‘compensate’ the Dutch State for the amount supposedly received from the Nazi looters.

In most cases the artworks were just absorbed into the Dutch national collection.

In the book, you talk about how the Swiss were ‘eager collaborators, not only in the looted-art trade, but later in providing safe harbor for Nazi gold and other assets’. Can you tell us more about this?

In theory Switzerland remained neutral during WWII, but in practice Switzerland was an active partner with Nazi Germany. They acted as a convenient go-between for Western companies still prepared to do business with Germany, all-the-while maintaining full co-operation in banking and trade. Switzerland acted as a fence for the looted art Germany did not want to keep and as a vital source of foreign currency. Then at the end of the war many Nazis chose to hide their ill-gotten gains in Switzerland rather than turn them over to the victorious Allies.

The Swiss authorities also assisted in the Nazi persecution of Jews by turning back most German Jews who attempted to cross the Swiss-German border — in many cases the Swiss police actively handed over Jewish refugees to the Nazi police. Even before the war, in 1938, the head of the Swiss police recommended to the Germans that they stamp a big red J on all Jews’ passports.

During the legal struggles you faced to claim back the Degas painting, you say ‘the burden of proof lies with the victims’. Who do you think should be responsible for proving the provenance of a piece — the dealer, or the person/museum paying for it?

Both - The person or institution buying an artwork should insist on supporting documents, and the dealer selling it has a duty to make sure the provenance is complete and transparent — far too often the Holocaust-era appears as a glaring gap in the provenance of many artworks.

Daniel Searle paid $850,000 for the Degas and was later forced to give back half of the painting's proceeds to your family and donate the other half. As far as I can tell, he wasn’t compensated at all for the money he spent, even though he had no idea he was buying a stolen painting. Is this true and do you think it is fair?

My grandparents were murdered and all their worldly possessions taken away — are you seriously asking me if I think Daniel Searle, of all people, was unfairly treated!

Searle was an extremely rich man who bought a painting without bothering to check where it had come from. Ignorance is no defense. If you buy stolen property, whether you realize it or not, it still remains stolen property, under U.S. law at least, no matter how many times it changes hands.

Anyway Searle actually got a tax break for the equivalent of a quarter of a million dollars.

Are there any governments, organizations or individuals who you feel have been particularly obstructive to reclaiming your family’s stolen pieces?

The Swiss government has created more obstacles than most concerning the recovery of stolen property. The issuance of “good title” to any so-called good faith buyer, in Switzerland, was a convenient laundering system for looted works during and after WWII.

Meanwhile neither Italy nor Poland or even Britain actually have restitution laws that permit the physical return of Holocaust-era looted art..."


« Le catalogue Goering », de Laurence Thiriat
France/Belgique, 2019, 1 h 30mn
Auteurs : Jean-Marc Dreyfus et Laurence Thiriat
Coproduction : ARTE GEIE, Flair Production, Kaos Film, Schuch Productions, RTBF
Ce film a reçu le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.
Sur Arte les 29 mars 2021 à 0 h 00 et 16 avril 2021 à 9 h 25
Disponible sur arte.tv du 21/03/2021 au 26/04/2021
Visuels : © Flair Production

Goering en visite à Paris pour compléter sa collection d'œuvres d'art volées aux juifs français.
© Archives du ministère des Affaires étrangères

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