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lundi 14 janvier 2019

« Les archives secrètes du ghetto de Varsovie » par Roberta Grossman


Le 19 avril 1943, veille de Pessah (Pâque juive), des organisations juives déclenchent un soulèvement dans le ghetto de Varsovie (Pologne) sous domination du IIIe Reich. Pendant près d’un mois, jusqu’au 16 mai 1943, des juifs courageux défient les Nazis qui écraseront cette insurrection. « Les archives secrètes du ghetto de Varsovie » (Das Geheimarchiv im Warschauer Ghetto) est un documentaire excellent réalisé par Roberta Grossman. « Comment, piégés dans le ghetto, des résistants ont constitué et transmis un inestimable corpus de témoignages clandestins. Un film porté par leurs bouleversants récits ». Il sera diffusé le 15 janvier 2019 par Arte. Le 27 Janvier 2019 au siège de l’Unesco sera présenté « Qui écrira notre histoire ? » de Roberta Grossman et Nancy Spielberg.
  
« Les archives secrètes du ghetto de Varsovie » par Roberta Grossman
Marian Apfelbaum, survivant du ghetto de Varsovie et professeur de nutrition
1939. A Varsovie vivent 1 300 000 habitants, dont 380 000 Juifs, soit près d’un tiers de la population.

Après la victoire de l’Allemagne du IIIe Reich sur la Pologne, les juifs polonais y sont persécutés par l’occupant nazi.

En 1940, les Nazis créent un ghetto à Varsovie. 
Ils y regroupent de force quelque 450 000 hommes, femmes et enfants juifs, dont de nombreux réfugiés chassés par les persécutions en cours dans d’autres régions de Pologne. Ils vont l’enserrer par un mur de plus de trois mètres de haut, hérissé de fils de fer barbelés et étroitement surveillé. Ce ghetto surpeuplé est administré par un « conseil juif » (Judenrat) dirigé par l'ingénieur Adam Czerniakow. Environ 500 000 Juifs sont passés par ce ghetto de quatre kilomètres carrés. Des centaines de milliers de juifs de tous âges, enfants et adultes, y survivent entassés, dans la promiscuité, la misère et le manque d’hygiène, victimes de maladies (typhus), affamés. Certains tentent de se procurer des vivres par la contrebande ou le marché noir, avec le risque d'être arrêtés et fusillés. Beaucoup y meurent de faim et d’épidémies. Les soupes populaires ne peuvent nourrir suffisamment les dizaines de milliers de Juifs affaiblis, amaigris, affamés, sous-nourris.


Les Juifs du ghetto luttent pour maintenir une vie culturelle dans le ghetto. Ils se divisent parfois sur des questions telle : doivent-ils manger du pain pendant Pessah, la Pâque juive, et ne pas mourir de faim, ou manger des matzot ?

La "rue du ghetto est devenue un gigantesque bazar". Les juifs vendent leurs effets personnels - manteaux, robes, etc. - aux acheteurs... polonais.

Si à l'origine, être pris hors du ghetto entraînait la condamnation à des mois d'emprisonnement, c'est bientôt la peine de mort qui est infligée. Ceci "visait à instiller une peur maximale".

L’historien Emmanuel Ringelblum décide de relater l’histoire des juifs dans ce ghetto. Il encourage ses coreligionnaires – écrivains, journalistes, etc. - à tenir leur journal afin de réunir des témoignages en étant guidés par deux principes : l’exhaustivité et l’objectivité. En novembre 1940, au lendemain de la création du ghetto de Varsovie par l'occupant nazi, ce jeune socialiste sioniste constitue autour de lui un groupe clandestin d'intellectuels, baptisé Oneg Shabbat, (Oyneg Shabbes, "Joie du shabbat" ou « plaisir du shabbat » en yiddish)Ce qui constituera les Archives Ringelblum sur la politique nazie contre les juifs et la survie dans ce ghetto écrites par le groupe. Ainsi, l'Histoire n'est pas écrite par les vainqueurs (temporaires) nazis qui voulaient éliminer le peuple Juif et les traces de leur génocide. Ce sont des victimes juives, visées par la Shoah, qui ont écrit la chronique de la vie quotidienne dans le ghetto de Varsovie.

Des récits des persécutions - tortures, etc. - infligées aux Juifs en Pologne parviennent au ghetto. Des cartes postales arrivent aussi au ghetto, puis les témoignages de Chelmno sur le gazage des Juifs dans un camp de la mort affluent. "Si la Grande-Bretagne tient parole, alors peut-être serons-nous sauvés", pensent certains intellectuels juifs.

« Face à la violence et à la propagande antisémite nazies, ses membres se donnent pour mission de consigner ce qu'ils vivent et les événements qu'on leur rapporte. Impliqués dans des activités d'entraide, à l’instar de la journaliste Rachel Auerbach, qui s'occupe d'une soupe populaire, ils deviennent ainsi les "grands témoins" de l'horreur qui enserre peu à peu les Juifs de Pologne ». 

Le but  est aussi d'alerter le monde sur la détermination des Allemands à tuer tous les Juifs. Quatre rapports du mouvement sont envoyés à Londres via la résistance polonaise.


Moins de deux mois après, débutent les premières déportations en grand nombre vers Treblinka. Pour sauver leur peau et éviter la déportation, les policiers juifs interpellent leurs coreligionnaires. Comprenant le destin mortel des juifs déportés, Adam Czerniakow se suicide en cassant la capsule de cyanure qu’il avait depuis le début de la guerre. Les "témoignages écrits alors sont emplis de colère devant la violence des policiers juifs. Après la guerre, on ne trouve plus ce genre de documents".

« Dès 1942, le récit d'un rescapé de Chelmno fait comprendre au groupe que le IIIe Reich a entrepris d'exterminer l'ensemble de leur peuple ». 


De soixante membres, le groupe passe à cinquante, puis quarante... La décision est prise de cacher, d'enfouir les archives.

« Alors que les habitants du ghetto sont raflés par dizaines de milliers, les membres d'Oneg Shabbat enterrent leur trésor de milliers de feuillets, dessins et documents… » Vers la fin, Emmanuel Ringelblum passe du yiddish à l'hébreu.

Après les déportations massives, le ghetto est transformé en camp de travail. Rachel Auerbach retourne travailler à la soupe populaire. C'est quasiment la seule rescapée.

En février,  Emmanuel Ringelblum reste neuf mois dans une cachette, hors du ghetto, dans le côté aryen de Varsovie. Le "bunker" se trouve "sous la serre d'un Polonais très courageux", qui aide les Juifs au péril de sa vie.

Le 19 avril 1943, veille de Pessah, ou Pâque juive, qui rappelle la libération des Hébreux de l'esclavage en Egypte, sous Pharaon, Emmanuel Ringelblum retourne au ghetto pour y retrouver des membres encore vivants d'Oneg Shabbat.

Des organisations juives déclenchent le soulèvement dans le ghetto. « Pour votre liberté et pour la nôtre ».  

Créée lors de la déportation massive en juillet 1942, l'Organisation juive de combat est la principale organisation de résistance juive. Ses membres sont communistes, bundistes ou sionistes. 

Après être apparue le 18 janvier 1943, cette organisation participe au soulèvement déclenché en réaction à une dernière grande rafle préparée par les nazis. Visant à liquider le ghetto des quarante à cinquante mille Juifs restant en les déportant dans divers camps, et en général à Treblinka, cette rafle affronte l'opposition de cette armée juive à la stupéfaction des nazis. L'Organisation juive de combat réunit de 600 à 700 insurgés, et l'AMJ, proche du Bétar, en rassemble une centaine.

Pendant près d’un mois, jusqu’au 16 mai 1943, des juifs courageux défient les Nazis qui écraseront cette insurrection en y mettant le feu. 


Trois millions de Juifs polonais ont été assassinés lors de la Shoah. Un Juif polonais sur cent est un rescapé de la Shoah.

« En 1946, puis 1950, dans le champ de ruines qu'est devenu le ghetto, incendié et rasé après l'insurrection de ses derniers habitants au printemps 1943, seules deux des trois cachettes seront retrouvées, grâce aux trois uniques survivants du réseau, dont Rachel Auerbach ». On pense que le troisième dépôt se trouve sous l'ambassade de Chine.

« S'appuyant sur de sobres reconstitutions, tournées en langues yiddish, polonaise et allemande, et des images d'archives (majoritairement filmées par la propagande nazie) montrant la surpopulation, la famine et le désespoir croissants à l'intérieur du ghetto, le film s'inspire du livre de l'historien Samuel D. Kassow « Qui écrira notre histoire ? » (Grasset, 2011) ».

« Ce dernier intervient dans le film, avec d'autres historiens, mais ce sont d'abord les vibrants écrits des membres d'Oneg Shabbat, notamment les extraits des journaux d'Emanuel Ringelblum et de Rachel Auerbach, qui portent la narration ». 

En 1960, Rachel Auerbach a évoqué ces archives lors du procès d'Eichmann.

« Leur courage, leur lucidité et leur humanité obstinée adoucissent le choc de la terrible réalité dont ils témoignent au jour le jour ».

"Film inachevé

"En 1954, sont découvertes dans un bunker en RDA (République démocratique allemande) plusieurs bobines des images tournées par les Nazis dans le ghetto. Des images annotées « Ghetto », d’une durée de plus de 60 minutes, sans piste son, sans générique. Et qui sont déposées au Mémorial de Yad Vashem à Jérusalem (Israël). Pendant plusieurs décennies, les historiens ont considéré que ces images montraient la vie dans ce ghetto.


En mai 1942, pendant trente jours, une équipe de cameramen et de journalistes filme dans ce ghetto des scènes de rues, de marché, dans un restaurant achalandé, au théâtre Nowy Azazel où les comédiens sont obligés de caricaturer leur jeu, dans des appartements cossus. Des scènes aussi de la vie juive : circoncision, prières dans le mikvé (bain rituel juif), étude en yechiva, un enterrement dans un cimetière.

Les buts ? Contribuer à la propagande nazie montrant les conditions agréables de vie quotidienne des Juifs dans le ghetto de Varsovie, l’écart socio-économique entre Juifs riches, bien alimentés et se divertissant dans des soirées dansantes, et leurs coreligionnaires pauvres, l'indifférence des Juifs aisés à l’égard des mendiants et des cadavres jonchant les rues. Signifier que les Juifs doivent être éliminés. Montrer les preuves de leur destruction : fosses communes de juifs nus, squelettiques…

« Quand les nazis filmaient le ghetto » (A Film Unfinished), documentaire de Yael Hersonski (2009). relate l'enquête passionnante sur l’histoire de Das Ghetto, film inachevé de propagande nazie en mettant en scène des juifs dans le ghetto de Varsovie (Pologne) en 1942, lors de la Shoah (Holocaust).

« Qui écrira notre histoire »

"À l'occasion de la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste, l'UNESCO projettera le long métrage documentaire « Qui écrira notre histoire ? » (Who Will Write Our History?) de Roberta Grossman et Nancy Spielberg. L'événement aura lieu au Siège de l'UNESCO et sera l’objet d’une retransmission simultanée mondiale."

"Le 27 janvier commémore l'anniversaire de la libération du camp allemand nazi de concentration et d'extermination d'Auschwitz-Birkenau par les troupes soviétiques en 1945. En 2005, l'Assemblée générale des Nations Unies a officiellement proclamé cette date Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste."



"À l’occasion de cette journée, l'UNESCO organisera une projection mondiale du long métrage documentaire « Qui écrira notre histoire ? » (Who Will Write Our History?), adapté du livre éponyme de l'historien Samuel D. Kassow. Le film est le premier long métrage documentaire sur le groupe clandestin Oyneg Shabes, formé en novembre 1940 dans le ghetto de Varsovie sous la direction de l'historien Emanuel Ringelblum. Entre 1940 et 1943, le groupe a recueilli une collection d’archives inestimable témoignant de la vie dans le ghetto et documentant la destruction des Juifs de Pologne". 

En "octobre 1939, Emmanuel Ringelblum, historien de formation, avait entrepris de rassembler systématiquement les documents touchant le sort des Juifs de Pologne et consitua autour de lui un groupe de bénévoles pour qui l'injonction à sa souvenir (Zokhar) était une forme élémentaire de résistance et qui se donna pour nom de code "Oyneg Shabes" : "Joie du sabbat", en yiddish. Si Ringelblum et sa famille périrent en mars 1944, comme la majorité des quelque soixante membres de ce réseau — historiens, sociologues, économistes, éducateurs, écrivains, poètes, en sorte qu'aucun domaine de la vie ne soit ignoré —, le groupe réussit à travailler d'arrache-pied jusqu'au printemps 1943, pour écrire la chronique de la disparition de la communauté yiddish. Sentant l'imminence d'une fin proche, les archivistes réussirent à cacher des milliers de documents dans des bidons de lait ou des boîtes en fer-blanc avant de les enterrer. Servi par un talent de conteur qui n'est pas sans rappeler celui des Disparus, cet ouvrage est sans conteste un des livres les plus importants sur la Shoah à côté de ceux de Hilberg et de Friedländer. Car au-delà de l'histoire magistrale d'une famille, d'un historien et d'un groupe, au-delà d'un tableau de la culture yiddish et de son inscription dans la culture polonaise et russe de l'époque, c'est véritablement l'histoire de l'Holocauste vécue par ses victimes contemporaines qu'offre ce livre." 

Les « Archives de Ringelblum » ont été inscrites au Registre de la Mémoire du Monde de l'UNESCO en 1999."

"L’événement aura lieu en présence de la Directrice générale de l'UNESCO Audrey Azoulay, du Président du Mémorial de la Shoah Éric de Rothschild, de la réalisatrice Roberta Grossman et de la productrice Nancy Spielberg. La projection sera précédée d’une cérémonie à la mémoire des victimes de la Shoah, puis suivie d’une table ronde avec l'équipe de film, animée par Stephen Smith, titulaire de la Chaire UNESCO pour l'éducation au génocide."

"Le film sera projeté dans plus de 200 lieux et musées du monde entier le 27 janvier 2019. Les allocutions d'ouverture et le débat post-projection seront diffusés en direct de l'UNESCO sur Facebook LIVE."

"L'événement est organisé en coopération avec le Fondation Katahdin, le Mémorial de la Shoah, ARTE, NDR et Abramorama, avec le soutien de la SNCF et de la Délégation permanente du Canada auprès de l'UNESCO. Le Congrès juif mondial est un partenaire de communication par le biais de la campagne #WeRemember sur les médias sociaux."


"Le Congrès juif mondial, le Musée mémorial de l'Holocauste des États-Unis, le Museum of Tolerance, l'USC Shoah Foundation, le Musée d'État Auschwitz-Birkenau, l'Institut historique juif, One Szabat Program, l'Association de l'Institut historique juif de Pologne, YIVO Institute for Jewish Research et le American Jewish Joint Distribution Committee sont parmis les partenaires pour la projection mondiale du film le 27 janvier 2019."


« Les archives secrètes du ghetto de Varsovie » par Roberta Grossman
Etats-Unis, 2018
Sur Arte les 15 janvier 2019 à 20 h 50, 25 janvier 25019 à 9 h 30
A l’Unesco le 27 Janvier 2019 de 18 h 30 à 21 h 15
Visuel :
© Anna Wloch

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Les citations sur le film sont d'Arte.

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