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dimanche 10 juin 2018

« États africains, portiers de l’Europe » par Jan M. Schäfer


Arte diffusera les 12 et 14 juin 2018 « États africains, portiers de l’Europe » (Türsteher Europas - Wie Afrika Flüchtlinge stoppen soll) par Jan M. Schäfer. « À coups de milliards versés par l’Union européenne, les États africains deviennent les nouveaux gardes-frontières du Vieux Continent. Cette vaste enquête menée dans douze pays explore les rouages et les conséquences humaines de cette politique européenne controversée, dont les exilés paient le prix fort ».


En décidant seule, sans consultation ni accord de ses homologues de pays situés au sud de l’Europe, d’ouvrir les frontières de l’Union européenne (UE) aux immigrants illégaux, la chancelière allemande Angela Merkel a initié un mouvement qui n’a pas fini de produire ses effets en accélérant le délitement de l’UE, a suscité l’ire ainsi que l’inquiétude d’Européens et suscité des questions sans réponse concernant sa motivation. 
   
Des effets nourris par les échecs des « printemps arabes » et la déstabilisation de la Libye, de la Syrie…

En mars 2016, l’Allemagne a négocié avec la Turquie d’Erdogan un contrôle du flux de « migrants » via la route des Balkans. Le coût ? Des milliards d’euros. Et pire : un chantage récurrent de la Turquie à l’égard de l’UE si elle hausse le ton à son égard.

Se réalise la prédiction de Johannes J. G. Jansen (1942-2015), universitaire et politicien néerlandais, un des orateurs du colloque du Gatestone Institute en 2015 : l'Union européenne (UE) s'effondre sous la vague des "migrants" - suspension durable des accords de Schengen, édification de murs entre pays, retour de contrôles aux frontières, explosion de violences, achat de la "paix" avec le dirigeant "ottoman", négociations sur l'abolition des visas pour les Turcs entrant dans l'UE et l'admission de la Turquie -, des attentats terroristes islamistes, signatures du djihad mondial, à Paris et à Bruxelles : faiblesses européennes - capacités militaires nationales rognées, absence d'armée européenne, larmes de Federica Mogherini, Haute Représentante de l'Union pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité et vice-présidente de la Commission, réconfortée par le ministre jordanien des Affaires étrangères, Nasser Judeh -, en raison de la duplicité, du cynisme et de l'incompétence de dirigeants européens, d'une diplomatie suicidaire antisémite et anti-israélienne dans le cadre d'Eurabia, par les perspectives du Brexit, sortie de la Grande-Bretagne de l'UE, etc.

Ce qui serait conforme à l'Histoire : disparition des empires. Ce qui pourrait permettre la réapparition de véritables Etats-nations souverains, d'authentiques démocraties, et leur union dans une Europe non fédérale.

« L’Espagne a été la première à franchir le pas : face à l’afflux de migrants sur les côtes des Canaries, le pays a décidé de subventionner plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest afin qu’ils se chargent d’arrêter à leurs frontières les candidats à l’exil ».

« L’Union européenne a emboîté le pas à l’Espagne, en conditionnant l’aide au développement à destination d’une vingtaine de pays africains à un renforcement de ces contrôles ».

« Policiers et militaires européens sont parallèlement envoyés sur place pour aider à briser les routes migratoires ». 

« L’UE n’hésite d'ailleurs pas à faire de dictatures comme l’Érythrée et le Soudan ses "partenaires" dans la chasse aux migrants ». La manne européenne a servi à équiper  des garde-côtes libyens au printemps 2017.

L'Union européenne (UE) n'est est pas à une contradiction près. Après avoir ouvert ses portes à tous les "migrants", immigrés illégaux, clandestins, sans papier et quelques réfugiés, elle gaspille la manne communautaire pour tenter d'endiguer les flux migratoires qu'elle a encouragés. Et Dimitris Avramopoulos, Commissaire européen aux Migrations et aux Affaires intérieures, a déclaré le 7 mars 2017 (La Tribune de Genève) : « La vague migratoire et le terrorisme ont plongé l’Europe dans une crise existentielle. Les fondements mêmes de l’UE sont remis en question. Sa raison d’être, depuis soixante ans, c’est d’assurer paix, stabilité et sécurité sur le continent. Or, alors que nous commémorerons la signature du Traité de Rome le 25 mars, les pays membres font face à l’instabilité et l’insécurité. C’est un moment historique. Nos valeurs sont en jeu. Allons-nous nous laisser submerger par la montée du populisme, du nationalisme et de la xénophobie? Allons-nous réintroduire des contrôles aux frontières internes de l’UE? Sacrifier la liberté de mouvement si chère à nos citoyens? On oublie un peu vite que l’UE est l’un des plus grands accomplissements de l’Histoire. Après deux guerres mondiales, réaliser une telle union, cela ne va pas de soi. Même aujourd’hui, on a tort de considérer cela comme un fait acquis. Phénomène sans précédent, la crise migratoire a pris de court l’UE. Ce fut un test. Quelque 1,6 million de désespérés ont traversé les Balkans pour se rendre en Allemagne et en Suède. Il s’agit principalement de requérants d’asile du Moyen-Orient et de migrants illégaux d’Afrique de l’Ouest. Mais maintenant, tout est à nouveau sous contrôle. Nous avons des hotspots efficaces en Italie et en Grèce, pour faire le tri. Nous avons un arrangement avec la Turquie (qui héberge et nourrit 3 millions de réfugiés) pour y traiter les dossiers de requérants et éviter qu’ils ne tentent la traversée vers l’Europe (ndlr: leur nombre a baissé de 98% en un an, selon l’OIM). Des contacts sont aussi en cours avec la Libye, malgré l’instabilité. Nous voulons convaincre les migrants africains de retourner chez eux et d’introduire une demande d’immigration légale. Les Vingt-Sept auront besoin à l’avenir de 6 millions d’immigrés. Nous allons ouvrir des bureaux dans tous les pays de la rive sud de la Méditerranée et en Afrique de l’Ouest. C’est le meilleur moyen de lutter contre les passeurs. Evidemment, nous n’allons pas juste ouvrir les frontières et laisser tout le monde entrer. Ce serait absurde et ne ferait qu’alimenter xénophobie, nationalisme et populisme. Cela dit, nous nous devons de protéger les personnes persécutées et de traiter tout le monde avec dignité.»

« Les véritables gagnants de ces interventions à grande échelle sont les entreprises d’armement et de sécurité européennes, dans lesquelles sont réinvesties les subventions versées ». 

« Au fil d’une vaste enquête dans douze pays, Jan M. Schäfer explore les rouages et les conséquences humaines de cette politique européenne controversée, dont les exilés paient le prix fort ».

Des pays européens, dont l’Italie, versent des sommes considérables et des armes  en échange de leur tranquillité, en demandant à un tiers – tribus, milices, Etats – de réguler la vague de « migrants ».

Résultats de l’accord officiel signé par l’Italie et la Libye le 2 février 2017 – une stratégie louée par les dirigeants de l’Union européenne (UE) dans la Déclaration de Malte - et ceux officieux avec des mouvements islamistes libyens : une baisse drastique du nombre de migrants arrivés, après leur traversée de la Méditerranée, en Europe méridionale – baisse de 30% de janvier à octobre 2017 selon le ministère italien de l’Intérieur : 111 000 contre près de 160 000 en 2016 -, et un sort peu enviable pour les aspirants à l’immigration clandestine restés ou renvoyés en Libye, et parfois réduits en esclavages, torturés, détenus par des trafiquants dans des conditions épouvantables selon le HCR (Haut commissariat aux réfugiés) : certains ont été retrouvés en état de dénutrition, sans chaussures ni habits, d’autres étaient des enfants non accompagnés - des vrais, pas des adultes se faisant passer pour des mineurs afin de bénéficier d’un traitement plus favorisé. A l’automne 2017, « plus de 20 000 migrants étaient retenus de force par des milices à Sabratha ». Un trafic humain lucratif.
         
En septembre 2017, Fayez  al-Sarraj, chef du gouvernement libyen d'union nationale, a annoncé la création d’une « cellule conjointe » avec l’Italie pour combattre les trafiquants d’êtres humains et les passeurs. Cette « cellule sera formée d'agents des renseignements, de garde-côtes et du bureau du procureur général libyens et de leurs homologues italiens. Le ministre italien de l'Intérieur a loué les efforts consentis par la Libye dans le sauvetage et le rapatriement volontaire des migrants. M. Sarraj a fait état de 500 000 migrants en Libye en plus de 20 000 autres dans 42 centres dépendant du ministère de l'Intérieur. « Nous avons besoin de plus de coopération pour surveiller les frontières sud de la Libye d'où transitent les migrants », a ajouté Marco Minniti, alors ministre italien de l’Intérieur, promettant une aide à cet effet de 35 millions d'euros dans une semaine ». Cette coopération inclut la fourniture de bateaux, de formations et d’aide aux patrouilles : « en 2017, environ 20 000 personnes ont été interceptées par les garde-côtes libyens et reconduites en Libye, dans des centres de détention. Au cours des derniers mois, les programmes d’« aide au retour volontaire » de migrants bloqués en Libye ont été étendus et 19 370 migrants sont rentrés dans leur pays d'origine en 2017. Des projets pilotes de moindre ampleur visant à réinstaller quelques centaines de réfugiés en France et en Italie ont également été mis en œuvre avec succès » selon Amnesty International.

« Le navire humanitaire Aquarius, affrété par SOS Méditerranée et Médecins sans frontières (MSF), envoyé par les gardes-côtes italiens au secours de deux canots en difficulté à plus de 30 milles nautiques des côtes, a vu des gardes-côtes libyens prendre en charge les plus de 200 migrants à bord pour les ramener en Libye… Pour l’Italie, la baisse des arrivées via la Libye ne règle pas tout : celles depuis la Tunisie ont été multipliées par trois cette année, celles depuis l’Algérie vers la Sardaigne par deux et celles depuis la Turquie vers le sud de la botte italienne ont progressé de 63%. Et depuis la fermeture de facto des frontières au nord de la péninsule l’année dernière, le pays peine à absorber seul ces nouveaux arrivants qui auparavant poursuivaient leur route : de 84 000 en 2015, les demandes d’asile sont passées à 123 000 en 2016 et déjà plus de 106 000 à la fin septembre cette année, tandis que les centres d’accueil sont toujours débordés ».

Ces accords indignent des ONG, dont Oxfam International et Amnesty International. Certaines ont même suspendu leurs opérations. Ce qui réduit leur activité, la nécessité d’appels de fonds à la générosité de donateurs. Ministre italien de l’Intérieur en juin 2018, Matteo Salvini les considère comme des « vice-passeurs ». Et de désigner les trafiquants : « Personne ne m'enlèvera la certitude que l'immigration clandestine est un business [...] et voir des gens se faire de l'argent sur des enfants qui meurent ensuite me met en colère ».

« Plus de 700 000 migrants sont arrivés dans la péninsule depuis 2013, dont 13 500 au cours des cinq derniers mois. Ces clandestins, en attente d’asile, sont - pour la plupart - massés dans des camps, financés en partie par des fonds européens. Tandis que ceux qui tentent de poursuivre vers le nord de l’Europe sont le plus souvent ramenés vers l’Italie, en vertu des accords de Dublin, qui obligent les migrants à faire une demande d’asile dans le premier pays européen qu’ils traversent », a constaté Le Parisien (4 juin 2018).

« Durant les cinq premiers mois de 2017, 60 228 clandestins ont débarqué (119 360 pour toute l’année), alors qu’ils n’ont été que 13 430 pour la même période en 2018, soit une réduction de 84%. Cette baisse des flux est le fruit de la politique du gouvernement de Matteo Renzi, consistant à confier la majorité des sauvetages en mer à la garde côtière libyenne, qui ramène les migrants en Libye et non dans les ports italiens… La durée moyenne pour l’examen d’une demande de droit d’asile est de neuf mois. Dans l’attente, les immigrés sont accueillis dans des camps ou des structures où ils sont libres de leurs mouvements. Mais il y a dans la péninsule 600 000 migrants clandestins qui n’ont pas droit au statut de réfugié et survivent de petits boulots – beaucoup dans l’agriculture – quand ils ne sont pas enrôlés par la délinquance. En 2017, les autorités ont émis plus de 36 000 ordres d’expulsion de clandestins, mais seulement 7000 d’entre eux ont été exécutés. L’expulsion dépend en effet des accords passés avec les pays d’origine et elle est coûteuse, car elle nécessite deux policiers accompagnateurs pour chaque clandestin. La facture s’élève à 3000 euros par immigré pour l’Afrique, et à 10 000 pour l’Amérique du Sud ou l’Asie. Le plan de Matteo Salvini consiste à réduire encore la présence des ONG dans le canal de Sicile, avec les risques que cela suppose si les gardes-côtes libyens ne sont pas en mesure d’intervenir à temps. La durée de l’instruction des dossiers de droit d’asile sera drastiquement réduite. En attendant la réponse de la magistrature, les clandestins devront être consignés pendant dix-huit mois dans des structures fermées pour éviter qu’ils ne s’évanouissent dans la nature. Les expulsions seront plus nombreuses. Comment? Le ministre ne l’a pas encore expliqué. Les fonds destinés à l’accueil, qui font l’objet de nombreux scandales de détournement de fonds publics, seront réduits, et l’accès aux services sociaux, comme les crèches, limités pour les ressortissants non communautaires, même s’ils sont légalement installés en Italie. La bataille de Matteo Salvini se déplace ensuite en Europe, où même la chancelière Angela Merkel a reconnu que « face à la question de l’immigration, l’Italie a été abandonnée ». Rome s’oppose à la réforme du traité de Dublin, qui prévoit l’abandon du principe des quotas de migrants répartis dans les 28 pays de l’Union – principe jamais appliqué – et lie pour dix ans le réfugié au pays par lequel il est entré en Europe. Ce plan, malgré le style peu diplomatique du ministre de l’Intérieur italien, suscite l’intérêt des capitales européennes. La réduction de la durée de l’instruction est une mesure humanitaire, notamment pour les ayants droit au statut de réfugié qui sont ainsi plus rapidement intégrés. L’incarcération des migrants durant dix-huit mois afin d’établir leur identité et leurs droits couperait les routes vers l’Europe du Nord. Enfin, l’accélération des expulsions est une nécessité. Au rythme actuel, il faudrait huitante-trois ans pour rapatrier tous les clandestins présents dans la péninsule. L’Europe pourrait participer économiquement à la politique migratoire de Rome, donnant finalement un signe de solidarité tout en se débarrassant du problème. Une sorte de sous-traitance de la question semblable à celle confiée à la Turquie pour la route des Balkans. Et Rome pourrait obtenir en échange un peu plus de souplesse sur les dérives de ses finances publiques. Realpolitik ou cynisme sur le dos des immigrés? Le débat n’est pas près d’être tranché ».

Le 7 juin 2018, pour la première fois, le Conseil de sécurité à l'ONU (Organisation des Nations unies) a sanctionné « six personnes à la tête de réseaux de trafic : quatre Libyens et deux Érythréens. Des sanctions essentiellement dissuasives, mais qui s'appliquent immédiatement. C'est un signal important que l'ONU adresse aux trafiquants d'êtres humains en Libye et à ceux qui soutiennent ou organisent ce trafic. Ces sanctions concernent le gel des comptes bancaires d'une part et l'interdiction de voyager, d'autre part. Elles touchent six personnes".

"Parmi elles, le Libyen Ahmad al-Dabbashi, un ancien porteur de port de Sabratha devenu chef d'une milice proche de l'organisation Etat islamique. Il est accusé de trafic d’êtres humains. Durant l'été 2017, l'Italie lui avait payé plusieurs millions d'euros pour qu'il arrête son trafic. Il avait pris l'argent et avait disparu depuis. Autre personne visée par ces sanctions, Abd al Rahman al-Milad, un des chefs des garde-côtes libyens. C'est un ancien milicien qui avait été formé au métier de garde-côtes par les Européens. Il opérait dans la ville de Zaouïa. Autre garde-côtes mis en cause : Musab Abu Qarin. Il s'activait entre Sabratha, Zaouïa et Garaboulli. Quant à Mohammed Kachlaf, connu sous le nom de Kasab. Il était chargé de garantir la sécurité de la raffinerie de Zaouïa. Il est aussi impliqué dans le trafic d'êtres humains. Ainsi que dans le trafic de pétrole avec la Tunisie, Malte et l'Italie. Selon les informations de RFI, ces trafiquants possèdent des comptes bancaires sous d'autres noms en Turquie et en Tunisie. La décision de l'ONU vise également deux Erythréens, Ermias Ghermay et Fitiwi Abdelrazak. Ces réseaux criminels déstabilisent le pays depuis 2011. Ils partagent de nombreux intérêts avec les réseaux djihadistes. Lors de la prise de décision ce jeudi à l’ONU, Moscou avait noté que ces documents parlaient de réseaux étendus à plusieurs pays européens et aux Etats-Unis, s'interrogeant sur la pertinence de sanctionner six individus africains sans remonter plus en avant dans ces réseaux ».
   
"Après avoir passé près de cinq ans sur la route, Ousman, Ghanéen, analphabète, est arrivé à 18 ans en Espagne. Aujourd’hui âgé de 30 ans, il veut convaincre les jeunes de son pays à rester au Ghana. Il a donc fondé une association dans son pays d'origine afin de former des élèves des écoles rurales à l’informatique. Il a confié à InfoMigrants : "Il faut que les jeunes comprennent que la solution n’est pas de traverser le désert et de prendre la mer. Le paradis n’est pas en Europe mais en Afrique. Il n’y a pas de meilleur endroit que sa maison... Je suis fier de mon parcours mais si c’était à refaire, je resterais chez moi. La meilleure chose que je puisse faire aujourd’hui c’est d’alerter les migrants de ne pas traverser le désert, ne pas prendre la mer et les aider à rester dans leur pays".


« États africains, portiers de l’Europe » par Jan M. Schäfer
Allemagne, Belgique, Pologne, 2018
Sur Arte le 12 juin 2018 à 22 h 25, 14 juin 2018 à 11 h 55

Visuels :
© Thomas Schneider

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Les citations sur le documentaire sont d'Arte.

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