Citations

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vendredi 30 avril 2021

« Les procès de Rastatt - Des criminels de guerre devant la justice française » de Judith Voelker

Arte diffusera le 4 mai 2021 « Les procès de Rastatt - Des criminels de guerre devant la justice française » (Die Rastatter Prozesse. Kriegsverbrecher vor Gericht), documentaire-fiction de Judith Voelker. « Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, des criminels de guerre nazis furent jugés par les Alliés à Rastatt, en Allemagne, sur le territoire de la zone d'occupation française. Coup de projecteur sur des procès méconnus ».

« Descendants de nazis. L’héritage infernal » de Marie-Pierre Raimbault et Michael Grynszpan 

Rastatt, ou Rastadt, est une ville allemande située dans le Land de Bade-Wurtemberg, dans le sud-ouest de l'Allemagne.

Juifs et Judaïsme
L'implantation juive dans la cité remonte au Moyen-âge. Persécutions, expulsions et retour alternent au cours de l'époque moderne. Le 31 octobre 1829 est inaugurée la première synagogue. Une école et un mikvé (bain rituel) complètent les institutions juives. Inhumés au cimetière juif de Kuppenheim, les Juifs sont enterrés dès 1881 dans le cimetière juif de Rastatt. 

Depuis la deuxième moitié du XIXe siècle, les habitants juifs de Rastatt contribuent à l'essor économique et industriel de la cité. En 1877, Josef Altschul est le premier conseiller municipal Juif de la ville. Jusqu'en 1933, d'autres habitants Juifs sont élus membres du conseil municipal.

On recense 227 Juifs en 1900. Le nombre de Juifs diminue avec le départ des jeunes, surtout après la Première Guerre mondiale. 

En 1918, le Centralverein deutscher Staatsbürger jüdischen Glaubens (Union centrale des citoyens allemands de confession juive) s'implante à Rastatt, suivie en 1924 par l'Organisation sioniste.

En 1924, Rastatt compte 200 Juifs, soit 1,33%  des 15 000 habitants, et en 1933, 155 Juifs appartenant à la bourgeoise : industriels, aubergiste, médecin, avocat, négociants, commerçants...

De 1933 à 1940, les deux tiers des habitants juifs persécutés se réfugient dans d'autres villes allemandes, ou fuient aux États-Unis, en France et en Palestine mandataire.

Inaugurée en 1906, la deuxième synagogue de Rastatt a été détruite en 1938 durant la nuit de Cristal, au cours duquel des magasins Juifs sont pillés, détruits, et des Juifs interpellés, battus à la gare et déportés au camp de concentration de Dachau. 

Le 22 octobre 1940, trente habitants juifs de Rastatt sont déportés au camp de Gurs (France). Sur ce groupe maltraité, six meurent à Gurs, un au camp de Noé et un au camp de Rivesaltes,  huit parviennent à quitter ce cam. Les autres Juifs sont déportés dansles camps d'extermination à l'est. Ne demeure à Rastatt qu'une seule femme juive, Mischling, née d'un couple mixte, juif et « aryen ».

Le mémorial de Yad Vashem à Jérusalem (Israël) a identifié 51 victimes juives, nées ou ayant vécu à Rastatt, du nazisme. Douze déportés de Rastatt survivront aux camps.

Procès
« Largement éclipsés par celui de Nuremberg, les procès de Rastatt comptent pourtant parmi les plus importants menés par les Alliés pour crimes de guerre après le second conflit mondial ».

"Le tribunal général du gouvernement militaire de la zone française d'occupation en Allemagne (GMZFOA) fut institué par l’arrêté no 43 du 2 mars 1946 pour la zone française d’occupation et le secteur français de Berlin. Il siégea de 1946 à 1949, à Rastatt, dans le Bade-Wurthemberg."

« Entre 1946 et 1949, sur le territoire de la zone d'occupation française, 235 procès se sont tenus devant le Tribunal général, au château de Rastatt, dans le Land du Bade-Wurtemberg, afin de juger principalement des membres du personnel des camps nazis – 2 130 accusations furent portées ». 

"Au total, plus de 2 000 accusés ont dû répondre, devant le Tribunal général de Rastatt, de 1946 à 1954, de leur implication dans le national-socialisme. Ils ont été inculpés de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité et de crimes contre la paix. Soixante-deux des accusés ont été exécutés. Un peu moins d'un quart a été acquitté".

Parmi les personnages principaux : le procureur français Joseph Granier et la jeune avocate allemande Helga Kloninger.

Parmi ces procès, celui de  Hermann Röchling, "magnat de la sidérurgie sarroise", et Ernst Röchling devant le Tribunal du Gouvernement militaire de la zone française d'occupation en Allemagne (G.M.Z.F.O.A.) à Rastatt (1948-1949).

Hermann Röchling, membre du parti national-socialiste, le NSDAP (Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei) est le chef de l'économie de guerre allemande depuis 1942. C'est devant la chambre économique de ce tribunal qu'eut lieu les 16 février-30 juin, 15 novembre-20 décembre 1948 le procès intenté à Hermann Röchling, industriel sarrois, et aux autres dirigeants du trust industriel et commercial « Röchlingsche Eisen-und Stahlwerke », accusés de crimes contre la paix, de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité. Les forges et aciéries Röchling, à Völklingen, près de Sarrebruck, constituaient l’une des plus importantes firmes de la Sarre avec de nombreuses filiales en Allemagne et à l'étranger."

"Durant la Deuxième Guerre mondiale, le recours aux travailleurs forcés dans les usines Röchling va grandement changer par rapport au premier conflit mondial, tant sur le plan quantitatif que qualitatif. Cette pratique atteint son apogée lorsque Goebbels proclame la « guerre totale ».

"En Union soviétique, l’Ukraine devient une importante plaque tournante pour les travailleurs forcés déplacés. Une fois arrivés en Allemagne, les déportés se voient retirer leur passeport. Ils doivent ensuite porter l’insigne « OST » qui désigne les travailleurs de l’Est et sont confinés dans des camps fermés. Au cours de la Deuxième Guerre mondiale, 12 000 étrangers ont travaillé sur le site de Völklingen. Plus de 250 de ces travailleurs forcés ont trouvé la mort".

"Du 16 février au 30 juin 1948, les principaux représentants de l’usine sidérurgique Röchling de Völklingen sont jugés au château de Rastatt par le Tribunal Général : Hermann Röchling comparaît en qualité de président du comité directeur ainsi que les membres de la direction Ernst Röchling, Hans-Lothar von Gemmingen, Wilhelm Rodenhauser et Albert Meier. La défense fait appel du jugement rendu le 30 juin 1948." Il "fut reconnu, par jugement de 30 juin 1948, coupable de crime contre la paix pour avoir contribué à la conduite des guerres d'agression, et de crimes de guerre pour avoir pratiqué, en vue de l'augmentation du potentiel de guerre allemand, le pillage économique des pays occupés et la politique du travail forcé". 

L'arrêt en appel "ne retint que le chef de crimes de guerre mais avec des charges plus lourdes" pour Hermann Röchling. "Le 25 janvier 1949, le verdict définitif est prononcé : dix ans de prison, confiscation de sa fortune et privation de ses droits civiques pour Hermann Röchling. Trois ans de prison, confiscation de la moitié de sa fortune et perte de ses droits civiques pour Hans-Lothar von Gemmingen. Trois ans de prison pour Wilhelm Rodenhauser. Albert Maier est acquitté. Alors qu’il avait été acquitté en première instance, Ernst Röchling est condamné à cinq ans de prison, sa fortune est confisquée et il est privé de ses droits civiques."

"Les responsables SS de Natzweiler, arrêtés ou en fuite, sont jugés au cours des procès de Wuppertal (1946), de Rastatt (1946-1954) et de Metz (1952-1954), mis à part Josef Kramer. Alors en zone d'occupation française en Allemagne, un tribunal militaire français à Rastatt juge notamment les deux derniers commandants du camp du Struthof, Friedrich Hartjenstein et Heinrich Schwarz. Le verdict est prononcé le 1er février 1947. Les deux commandants du camp du Struthof sont condamnés à mort, mais seule la peine de Heinrich Schwarz est immédiatement appliquée. Friedrich Hartjenstein échappe une seconde fois à la condamnation à mort, lui qui était pourtant commandant du camp d'extermination d'Auschwitz II-Birkenau avant d'organiser l'évacuation du KL-Natzweiler. Il décède d'une crise cardiaque le 20 octobre 1954, dans une clinique francilienne tandis qu'il attendait l'exécution de sa peine. Dix-neuf autres responsables SS sont condamnés à mort, dont Franz Ehrmanntraut, surnommé Fernandel par les détenus du camp souche, jugé uniquement pour son rôle au camp annexe de Bisingen". 

Citons aussi les procès de Herbert Oehler et Walter Telschow en 1946. Le SS Oehler avait créé des menottes très douloureuses. Pendant des semaines, il a contraint des détenus à les porter et a pris un plaisir sadique à voir leur souffrance. Quant à Telschow, lui-même prisonnier dans un camp de concentration, il a cruellement assassiné des prisonniers. 

En décembre 1949, s'est déroulé le procès de gardiennes au camp de concentration de Ravensbrück.

« Longtemps restées inaccessibles, les archives judiciaires ont pu récemment être dépouillées et étudiées, permettant ainsi de documenter le déroulement exact de nombreuses procédures ». 

« Enrichi d’interviews d’historiens et de spécialistes, ce documentaire-fiction méticuleusement reconstitué nous plonge au cœur des procès de Rastatt et permet de replacer dans un contexte historique global tout un pan de la relation franco-allemande de l’après-guerre. »


Allemagne, 2020, 1 h 30
Sur Arte les 4 mai 2021 à 20 h 50 et 14 mai 2021 à 9.25
Disponible du 04/05/2021 au 01/08/2021
Visuels : © SWR/Moving Story Media/Hans Jakobi

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