lundi 26 juin 2017

« Spoliation Nazie. Trois chefs d'œuvre miraculés », d’Olivier Lemaire


Arte rediffusera le 25 juin 2017 « Spoliation Nazie. Trois chefs d'œuvre miraculés » (Nazi Beutekunst. Die wiedergefundenen Meisterwerke), documentaire d’Olivier Lemaire. Les Nazis ont volé 100 000 à 400 000 œuvres d’art en Europe. Ce documentaire s’attache au parcours de trois œuvres volées à leurs propriétaires Juifs - L'homme à la guitare de Georges Braque (collection Alphonse Kann), Soleil d’automne d’Egon Schiele (collection Karl Grünwald) et Femme assise d’Henri Matisse (collection Paul Rosenberg) - par les Nazis et restitués à ces collectionneurs ou à leurs ayants-droit. 


Peintures, sculptures, dessins, livres… En Europe, les Nazis ont pillé les collections des galeristes, amateurs d’art, souvent Juifs, musées, etc.

"Génocide artistique"
Le nombre exact des œuvres d’art volées en Europe varie de 100 000 à 400 000. En France, on estime que 100 000 œuvres d’art ont été volées et un million de livres détruits.

L’organisme chargé de ce pillage ? L’Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg (ERR), ou Équipe d'intervention du Reichsleiter Rosenberg, dirigée dès 1933 par Alfred Rosenberg (1893-1946), architecte nazi et ministre du Reich aux Territoires occupés de l'Est. Spécialement créée à cet effet, cette agence faisait partie du bureau de politique étrangère du NSDAP (Nationalsozialistische Deutsche Arbeiterpartei, ou Parti national-socialiste des travailleurs allemands). : Hermann Göring, n° 2 du régime nazi, a aussi sélectionné parmi les œuvres d'art volées celles destinées à ses collections, ou à offrir au führer Adolf Hitler. L'Homme à la guitare de Georges Braque est destiné à enrichir sa collection. 

Le « circuit de spoliation nazi des œuvres d’art était proprement industriel. Alfred Rosenberg, conseiller artistique d'Hitler, avait pour mission de coordonner les milliers de pillages perpétrés en Europe puis de faire convoyer le butin à Berlin. Les œuvres maîtresses rejoignaient les bureaux et habitations des dirigeants de haut rang alors que le reste était stocké dans différents lieux ».

"Le "bon art" était destiné à Hitler, à des musées. "L'art dégénéré" était négocié, puis vendu sur le marché parisien... Nul ne pouvait imaginer une spoliation à si grande échelle", explique Hector Feliciano, journaliste auteur de Le musée disparu. Enquête sur le pillage d'œuvres d'art en France par les nazis (1998).

Le collectionneur Alphonse Kann se fait voler ses œuvres d'art dans sa maison de Saint-Germain-en-Laye.

Le marché de l'art est florissant à Paris. "Tout le monde a profité de la spoliation. Trois jours de ventes aux enchères, c'est des centaines de toiles vendues", résume Me Auguste Compte, avocat de la famille Kann.

A Lucerne, les Nazis ont vendu des œuvres d'art moderne.

En 1943, à Strasbourg, Soleil d'automne d'Egon Schiele, volé à Karl Grünwald , exilé aux Etats-Unis, est mis en vente.

"On est dans la collaboration artistique. Dans les années 1950-1960, il y a une non-mémoire sur cette spoliation", relève Emmanuelle Pollack.

Ce pillage est considéré comme un crime de guerre par le tribunal de Nuremberg.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, des œuvres ont retrouvé leurs propriétaires. Au Jeu de Paume (Paris), lieu central de la spoliation, Rose Valland a joué un rôle important. Elle a contribué à préserver des œuvres du patrimoine national convoitées par les nazis, a recueilli des informations sur celles pillées dans les collections de Juifs français. A la Libération, elle a été chargée de retrouver et a permis le rapatriement en France et la restitution aux ayants-droit d’une partie de ces œuvres. La plaque apposée sur une façade du Jeu de Paume en hommage à Rose Valland commence à se dégrader : certaines lettres s'estompent.

« Malgré la diligence d’organismes dévolus à leur restitution, des dizaines de milliers d’œuvres ont disparu ».

Le monde de l'art était petit à l'époque. Après guerre, le "marché est inondé de tableaux au passé trouble". Le pillage des œuvres d'art est considéré comme crime de guerre par le Tribunal de Nuremberg.

Au « fil des décennies, certaines d’entre elles ont resurgi dans l’espace public, donnant lieu à des batailles en paternité ».

Divers musées ont rechigné à rendre des œuvres d’art à leurs propriétaires ou à leurs ayants-droit. Leur refus a induit de longs procès, rarement couronnés de succès. « L’affaire Klimt » (Stealing Klimt), documentaire passionnant de Jane Chablani et Martin Smith (2006) retrace le combat difficile, long - 50 ans - et victorieux de Maria Altmann, octogénaire Juive américaine d'origine viennoise, pour récupérer des biens familiaux, dont cinq tableaux de Gustav Klimt (1862-1918) - deux portraits de sa tante Adèle Bloch-Bauer et trois paysages (1900-1907) - ayant appartenu à son oncle, Ferdinand Bloch-Bauer, spolié en 1938 par les Nazis. La femme au tableau ("Woman in Gold”), film de Simon Curtis, fondé largement sur le livre The Lady in Gold d'Anne-Marie O’Connor, évoque le combat de Maria Altmann, interprétée par Helen Mirren, et de son avocat Me Randol Schoenberg joué par Ryan Reynolds. 

Pour évoquer « ce scandaleux pillage, ce documentaire retrace l’incroyable parcours de trois œuvres majeures ayant appartenu à des collectionneurs juifs, depuis leur spoliation par les nazis jusqu'à leur restitution : L'homme à la guitare de Georges Braque (collection Alphonse Kann), Soleil d’automne d’Egon Schiele (collection Karl Grünwald) et Femme assise d’Henri Matisse (collection Paul Rosenberg) ».

Détenu secrètement par Cornelius Gurlitt, ce tableau Femme assise de Matisse a été découvert fortuitement dans son appartement munichois. En 1940, Paul Rosenberg a une collection célèbre d'impressionnistes et d’œuvres d'art moderne. Opposé aux Nazis, "il se replie sur Bordeaux. Il loue un coffre à la BNCI de Libourne. Braque loue un coffre à côté du sien", relate la journaliste Anne Sinclair, sa petite-fille. Paul Rosenberg fuit avec son épouse et leur fille. Il est spolié, et après-guerre, il récupère ses tableaux détenus par des galeristes, ses confrères qui feignent la surprise. En 2012, Femme de profil devant la cheminée de Matisse réapparaît, et est exposé au Centre Pompidou. Il est détenu par la fondation norvégienne Henie-Onstad, qui semble l'avoir acquis de bonne foi, car le tableau avait été prêté pour des expositions. Cette fondation l'a rendu à la famille Rosenberg sans y être contraint par le droit norvégien.

En 1998, les héritiers de Alphonse Kann, collectionneur spolié, demandent au Centre Pompidou la restitution du tableau volé L'homme à la guitare de Georges Braque. Jean-Jacques Aillagon, qui dirige ce Centre, refuse, en alléguant que cette oeuvre provient d'André Lefèvre. Celui-ci avait prêté après la guerre L'homme à la guitare de Georges Braque à une exposition à Fribourg. Une manière de blanchir l'opération de spoliation, estime Elisabeth Royer-Grimblat, "engagée dans la récupération des œuvres spoliées pendant la Seconde Guerre mondiale". Elle détient les photocopies de précieux documents sur la spoliation artistique. La famille spoliée porte plainte pour recel : "La première spoliation date de 1940. La seconde quand le Centre Pompidou refuse de rendre ce tableau", indique  Elisabeth Royer-Grimblat. La plainte pour recel fait l'objet d'une longue instruction. L'affaire a été classée, sans suite. Le Centre a gardé le tableau, et a indemnisé la famille Kann. Il y a eu un protocole d'accord. La valeur de ce tableau, si rare, représentatif d'un mouvement majeur de l'art au XXe siècle : 60-80 millions d'euros.

Peint en 1914, Soleil d’automne d’Egon Schiele (collection Karl Grünwald) est retrouvé dans un appartement à Mulhouse (France). Il est vendu pour 21,7 millions d'euros. Les tournesols se tournent vers nous, et non vers le Soleil, dont les rayons faibles émettent une lumière froide. C'est le symbole du déclin, du vieillissement. Une vision prémonitoire de l'apocalypse de la Première Guerre mondiale. Grünwald était un collectionneur éclairé qui a soutenu l'artiste moralement, artistiquement et financièrement.

On peut regretter qu’aucun visuel pour la presse ne concerne ces trois peintures d’art moderne, si méprisé par les Nazis qui l'appelait "art dégénéré".

Les 2, 4, 8 et 14 mars 2016, Histoire diffusa A la recherche de l'art perdu. Les Monuments Men, documentaire de Cal Saville : "Dès l'arrivée d'Hitler au pouvoir, les spoliations se sont multipliées en Allemagne. Pendant toute la guerre, les nazis se sont servis dans les collections des pays européens qu'ils soumettaient. Hitler et Goebbels ont littéralement pillé l'histoire de l'art. Aussi, dès 1943, les Monuments Men, experts d'art, se donnèrent pour mission de parcourir l'Europe à la recherche des œuvres manquantes pour les recenser et les rendre à leurs propriétaires. Des mines souterraines aux châteaux isolés qui les abritaient, ils ont tout fait pour sauver les œuvres. Les recherches continuent encore aujourd'hui, l'ensemble du trésor volé des nazis n'ayant pas été intégralement localisé".

2015, 55 min
Sur Arte le 6 septembre 2015 à 17 h 35, le 25 juin 2017 à 18 h 05

Visuels : © Archives du Ministère des affaires étrangères

Articles sur ce blog concernant :
Articles in English
Les citations non sourcées proviennent d'Arte. Cet article a été publié le 4 septembre 2015, puis le 29 février 2016.

2 commentaires:

  1. "Soleil d'automne" n'a pas été retrouvé dans un appartement à Mulhouse. Il était dans ma famille pendant plus de 40 ans lorsqu'un propriétaire -peu scrupuleux- dans l'immeuble s'en est emparé. Je possède des photos où il apparaît avec des membres de la famille

    RépondreSupprimer
  2. Ma source est http://www.lemonde.fr/televisions-radio/article/2015/09/05/tableaux-voles-mais-tableaux-retrouves_4746619_1655027.html
    Pourriez-vous m'envoyer plus d'informations à veroniquechemla5@gmail.com ? Merci d'avance.

    RépondreSupprimer