Citations

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« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil. » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement, et le commencement de tout est le courage. » (Vladimir Jankélévitch)
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit. » (Charles Péguy)

vendredi 14 août 2020

La guerre de 1870


Méconnue, éclipsée par la Première Guerre mondiale, la guerre franco-prussienne de 1870 a marqué une étape historique majeure en Europe - unification allemande dans le Reich - ainsi que dans le droit de la guerre et dans le droit humanitaire. Dans chaque camp, les Juifs ont participé au conflit. Arte diffusera le 18 août 2020 « 1870-1871 - La guerre franco-prussienne » (Der Bruderkrieg - Deutsche und Franzosen 1870/71), série documentaire en trois parties de Hermann Pölking-Eiken et Linn Sackarnd, puis « Les photographies de la guerre de 1870 » (1870/71 Fotografien eines vergessenen Krieges) de Grit Lederer, et le 19 août 2020 « Panoramas de guerre » (Kriegspanoramen. Die Entdeckung eines Massenmediums) de Rüdiger Mörsdorf. Il diffuse sur son site Internet le documentaire « Monet, la révélation londonienne ».

« Les chevaliers Teutoniques » de Krzysztof Talczewski
« Un âge de fer - La Guerre de Trente Ans » par Philippe Bérenger et Henrike Sandner 
« Frédéric II - La splendeur du Saint-Empire » par Markus Augé 
« Marie-Thérèse d'Autriche » par Robert Dornhelm
Les médecins Juifs militaires ou dans les Armées 
Le congrès de Vienne ou l’invention d’une nouvelle Europe 
L’art de la paix. Secrets et trésors de la diplomatie 
Le Second Empire (1852-1870) 
La guerre de 1870
« Clemenceau, le courage de la République »
True Jews and Patriots: Australian Jews and World War One (Vrais Juifs et patriotes : Les Juifs australiens et la Première Guerre mondiale)


La guerre franco-allemande ou  franco-prussienne  opposa, du 19 juillet 1870 au 28 janvier 1871, la France à des États allemands dirigés par la Prusse. Parmi eux : les vingt et un États membres de la confédération de l'Allemagne du Nord, le royaume de Bavière, celui de Wurtemberg et le grand-duché de Bade.

Pour le Premier ministre prussien Otto von Bismarck (1815-1898), ministre-président du royaume de Prusse (1862-1890), chancelier de la confédération de l'Allemagne du Nord (1867-1871), ce conflit a résulté de la défaite prussienne lors de la bataille d'Iéna (1806) contre l'Empire français de Napoléon 1er.

Il est généré par diverses questions nationales. La Prusse aspire à unir des Etats allemands sous son autorité, et au détriment de l'Autriche vaincue lors de la guerre austro-prussienne (1866), ainsi que de la France. Bismarck instrumentalise auprès de l'opinion publique un incident diplomatique résolu pacifiquement : un prince allemand présente sa candidature au trône d'Espagne, puis la retire sous l’influence de la France. Par une diplomatie maladroite, l’empereur Napoléon III isole la France en Europe, tout en songeant à un conflit avec la Prusse, puissance rivale montante, et tout en rêvant à une victoire qui accroîtrait son territoire.

Le 19 juillet 1870, l’Empire français déclare la guerre au royaume de Prusse. Les troupes françaises souffrent d’une préparation et d’une stratégie inadéquates, d’une infériorité numérique - 300 000 contre 500 000 -. Par contre, les troupes allemandes bénéficient d’une expérience victorieuse -  conflits contre le Danemark (1864) et l'Autriche (1866), une artillerie lourde qui supplante la cavalerie et une formation parfaite. 

Caractérisé par des armes à feu modernes, la guerre est marquée par des victoires allemandes décisives. L’armée française s’abrite dans des forteresses (Metz, Sedan). 

Encerclé à Sedan, l’empereur Napoléon III, chef de l’armée, ayant laissé la régence à l’impératrice Eugénie de Montijo, est contraint à la capitulation le 2 septembre 1870.

C’est la fin du régime impérial. 

Le 4 septembre 1870, la IIIe République est proclamée

La guerre est poursuivie par le gouvernement provisoire. Mais les armes et les cadres manquent aux volontaires soutenant le gouvernement. La Coalition assiège Paris où se trouve le gouvernement. 

Le 26 janvier 1871, est signé l’armistice. 

Le 10 mai à Francfort-sur-le-Main, le traité de paix atteste la victoire militaire allemande.

Le 18 janvier 1871, 25 États allemands fédérés constituent l’Empire allemand (Reich) proclamé au château de Versailles. Les conditions imposées à la France sont draconiennes : annexion par le vainqueur de l'Alsace sauf le Territoire de Belfort et d'une grande partie de la Lorraine, occupation allemande d'un tiers de son territoire jusqu'en 1873, paiement d'une indemnité de 5 milliards de francs-or. 

Le 2e Reich (Zweites Reich) - a posteriori, le Saint-Empire romain germanique a été qualifié d'« Ancien Reich » (Altes Reich), puis le « Premier Reich » (Erstes Reich) - assoit sa puissance en Europe au détriment de l’empire austro-hongrois et de la France vaincue. 

Du 18 mars au 28 mai 1871, la Commune de Paris, et celles d'autres villes, se soulèvent contre le gouvernement à majorité monarchiste qui réprime les Communards parisiens lors de la Semaine sanglante, et les autres insurrections jusqu'au 7 juin 1871.

La défaite militaire - au moins 139 000 morts - et la l'annexion de l'Alsace et d'une partie de la Lorraine par le Reich en 1871 ont suscité en France un choc émotionnel, politique, intellectuel et artistique : patriotisme ou nationalisme républicain nourri par le souvenir des « Provinces perdues », réflexion sur la formation des élites, formation d'un empire colonial perçu comme élément de puissance, évolution du droit humanitaire : conférence à Bruxelles (27 juillet-27 août 1874), à l'initiative du tsar Alexandre II, pour codifier les lois et coutumes de la guerre, négociations sur le droit de la neutralité.

A l'issue de la Première Guerre mondiale, la France récupérera l'Alsace et la partie perdue de la Lorraine.

Juifs
Parmi les Etats belligérants, les Juifs manifestent leur patriotisme.

Les Israélites français se distinguent par leur patriotisme : engagements comme volontaires - Jacques Bloch, 16 ans, rejoint l’armée des Vosges -, dévouement des femmes juives, dont la courageuse Coralie Cahen, comme infirmières ou au sein d'oeuvres sociales, actions des aumôniers militaires, etc. "Plus de cinquante israélites sont morts sur les champs de bataille dont le commandant Bernard et le capitaine Richard Troller", estime l'historien Philippe Landau (Landau, Philippe-Efraïm. « De l'Empire à la République : les Juifs de France et la guerre de 1870-1871 », Archives Juives, vol. vol. 37, no. 2, 2004, pp. 111-126.)

Et le conservateur des archives consistoriales de Paris de rappeler : "L’entourage de Léon Gambetta compte plusieurs israélites républicains : Alfred Naquet et Gaston Crémieux saluent le régime tandis que le leader républicain nomme Camille Sée au secrétariat général du ministère de l’Intérieur et Eugène Lisbonne à la préfecture de l’Hérault. Les Juifs de France se réjouissent tout particulièrement du retour d’Adolphe Crémieux, le président de l’Alliance israélite, au ministère de la Justice... Parmi les gardes nationaux qui assurent la défense de Paris, se trouvent de nombreux israélites : Édouard Lippmann, Jules Worms… Le chef de bataillon Eugène Lévy est nommé lieutenant-colonel dans le corps du génie. Raphaël Lévy, jeune élève du Séminaire israélite, a abandonné ses études pour la Garde nationale... Pourtant, avant que le siège n’arrête sa parution, les Archives israélites ne peuvent passer sous silence, en regard des actes patriotiques de la communauté, l’antisémitisme qui affleure de toutes parts. Après s’être attaqués aux protestants, jugés pro-allemands, certains journaux, notamment les titres cléricaux, prennent les Juifs pour cibles, les accusant d’être des espions à la solde de la Prusse... De plus, à partir du 5 janvier 1871, les obus ennemis assaillent la capitale. Pourtant, les 22 000 israélites parisiens veulent encore croire en la victoire. Au Théâtre-Français, Melle Favart et Coquelin déclament les poèmes patriotiques d’Eugène Manuel, l’un des fondateurs de l’Alliance israélite universelle et futur membre du cabinet de Jules Simon à l’Instruction publique, en particulier "Les pigeons de la République"... 


Et Philippe Landau d'observer : "S’il est vrai que quelques Juifs s’engagent dans le mouvement révolutionnaire, la communauté, dans son ensemble, fait le choix versaillais, partageant l’attachement d’Adolphe Thiers aux valeurs de paix, d’ordre, de défense de la liberté mais aussi de la propriété. Beaucoup de bourgeois israélites ont profité de l’armistice pour fuir la capitale... Force est de reconnaître cependant que certains jouent un rôle non négligeable au sein de la Commune. Les frères Élie et Gustave May sont chargés de l’intendance, démis cependant dès le 2 mai car suspectés de malversation par le Comité de salut public, élu pour sauver la révolte. Quelques-uns sont du reste de véritables internationalistes, comme l’opticien Lazare Lévy qui, très proche de Léo Frankel, œuvre à la promotion des coopératives ouvrières de production... Les représailles exercées contre les insurgés, et parfois de simples Parisiens malchanceux, sont terribles : les troupes de Thiers fusillent sans jugement. Ainsi le directeur du Conservatoire, Daniel Salvador, est-il assassiné sur de simples présomptions... Les autorités communautaires, acquises aux idéaux de 1789 mais hostiles à ceux de 1793, se montrent très sévères à l’égard de la Commune et des communards. Par conformisme et par souci de préserver les acquis de l’intégration, ils aspirent au retour à l’ordre et à la paix. Léon Franchetti et Théophile Cahen, morts héroïquement au combat, font l’objet d’un véritable culte car « c’est l’Israélitisme tout entier qui se trouve honoré par une telle vie et surtout par une telle mort : l’éclat en rejaillit sur nous tous… » En revanche, on préfère oublier Gaston Crémieux, Simon Mayer ou Léo Frankel ! Nulle compassion pour les déportés ou pour les victimes des Versaillais !... La séparation suscite alors un regain de patriotisme chez les israélites des provinces perdues, même émigrés sur des terres lointaines".  



Concernant l'Algérie, Philippe Landau explique : "Lorsque le Conseil du gouvernement ratifie le 24 octobre, parmi 9 décrets proposés par Adolphe Crémieux, celui qui fait des 35 000 israélites algériens des citoyens français, l’antisémitisme y prend un tour plus politique. Pour les milieux militaires, accorder la citoyenneté française à un groupe indigène met en péril l’ordre colonial. L’état de guerre masque la crise latente, mais, dès juillet 1871, les critiques se font plus violentes. Suite à la pétition de l’ancien préfet d’Oran, Charles du Bouzet, le ministre de l’Intérieur Lambrecht dépose un projet de loi abrogeant le décret Crémieux considéré comme néfaste à la défense nationale. Aux yeux de Du Bouzet et de Lambrecht, les Juifs d’Algérie « ne sont français ni par la langue, ni par les mœurs ni par les traditions, ni par les intérêts », accusations qu’Adolphe Crémieux réfute avec d’autant plus d’indignation qu’elles émanent de républicains : « Comment ! La République de 1848 a donné aux nègres la liberté avec tous ses droits, et l’on s’élève contre la naturalisation des juifs donnée par la République de 1870  ! » Et d’obtenir à nouveau gain de cause, le décret du 9 octobre 1871 se bornant à définir les catégories d’israélites qui peuvent prétendre à la qualité d’indigènes algériens.

Moïse Aboulker (1843-1880), ayant bénéficié de la citoyenneté française par le senatus consulte de 1865,  est le « premier Israélite indigène » à étudier en vue de devenir docteur en médecine après ses études en France métropolitaine. En 1871, il obtient son diplôme français de docteur en médecine. Il se distingue par son patriotisme et son dévouement lors du siège de Paris et de la Commune. Ce qui lui vaut les remerciements de Clemenceau, maire de Montmartre où ce médecin a soigné des blessés. 

Philippe Landau poursuit : "De Pernambouc au Brésil à San-Francisco, des Juifs protestent contre la cession de leur région natale à la Prusse tout en se montrant convaincus que « la République n’a cédé notre bien-aimé territoire qu’à la force brutale des Vandales modernes… » Beaucoup de Juifs alsaciens et mosellans font une déclaration d’option avant le 1er octobre 1872 pour rester Français. En l’espace d’une année, près de 4 500 israélites traversent la ligne bleue des Vosges ! Les petites communautés rurales sont les plus touchées. Ainsi, Bischwiller perd 46 % de ses membres. L’hémorragie continue les mois suivants et en 1890 le judaïsme alsacien compte à peine 35 000 âmes alors que Paris voit sa population juive passer de 20 615 individus à 24 500 entre 1866 et 1872. Deux nouveaux rabbinats sont alors créés à Vesoul et à Lille  tandis que des communautés s’accroissent dans les départements frontaliers (Belfort reçoit près de 900 personnes !) et en Normandie. Nombre d’industriels du textile délocalisent leurs entreprises, comme les familles Blin et Herzog installées désormais à Elbeuf  ; les forges Dupont-Dreyfus sont transférées en Meurthe-et-Moselle etc.  Le Consistoire central, inquiet du sort des communautés annexées, s’était empressé le 16 mars 1871 d’envoyer une note aux plénipotentiaires chargés de régler les conditions de la paix. Il espère que le judaïsme continuera à être administré suivant le système qui le régit aux termes de la loi française et que les israélites jouiront « dans leur nouvelle patrie » des mêmes droits civils et politiques que leurs concitoyens des autres cultes, au nom « de la liberté de conscience et de l’égalité humaine »... Les Juifs de France manifestent, semble-t-il, de la rancune à l’égard de leurs coreligionnaires d’Allemagne".

Philippe Landau analyse : "Isidore Cahen entrevoit déjà combien la victoire allemande va contribuer à répandre le goût pour les carrières militaires au sein du judaïsme français. Nombreux sont en effet les fils de l’Alsace à choisir la carrière des armes. Alfred Dreyfus est loin d’être une exception. Entre 1871 et 1880, Saint-Cyr et Polytechnique recrutent 178 candidats originaires des territoires annexés. Alexandre Brisac, Bernard Francfort, Gédéon Geismar, Paul Grumbach, Camille Lévi, Lucien Lévy et des dizaines d’autres rejoignent l’armée de la Revanche. Pour leur permettre d’échapper au service militaire du Reich et de poursuivre des études françaises, la bourgeoisie juive d’Alsace-lorraine s’empresse d’envoyer ses enfants en France... Après l’annexion, les Juifs de France observent d’un regard attentif leurs coreligionnaires passés sous le joug allemand... Le rabbinat joue un rôle actif dans le patriotisme... Le culte de la patrie et l’amour de la République, désormais confondus, garantissent les idéaux de l’émancipation et sont porteurs des mêmes valeurs que le judaïsme. L’israélitisme trouve enfin, à la faveur de la défaite et de la victoire républicaine, sa raison d’être politique au sein de la nation... Les premières années pourtant, il semble que la communauté doute encore des vertus de la République, non pas en tant que système mais parce qu’elle n’a pas pu conjurer la défaite et la perte des deux provinces... Bénéficiaires du décret Crémieux, les Juifs algériens sont les premiers à se rallier au régime.  C’est sous la République modérée des opportunistes, à partir de 1879, que la communauté commence à assimiler aux siennes les valeurs du régime – promotion de l’individu par le mérite et défense d’un État neutre et laïque –, ce qui justifie son ralliement. Le retour aux principes de 1789 s’inscrit dans la logique de l’israélitisme dont le patriotisme est l’une des composantes...  Désormais farouches républicains, les Juifs de France peuvent confirmer leur intégration...


Philippe Landau conclut : "Au total, la minorité israélite a payé cher le chaos de « l’année terrible ». Au plan démographique en particulier puisqu’au sortir de la crise, elle ne comprend plus qu’à peine 90 000 âmes. La perte de 40 000 Juifs des deux départements alsaciens et de la Moselle est, certes, partiellement compensée par les 35 000 israélites d’Algérie, devenus des citoyens français, mais le traité de Francfort prive la communauté de ses sources vives. Participant pleinement du patriotisme alors manifesté par les populations urbaines, celle-ci a réagi diversement aux événements politiques, tout en se rangeant très majoritairement dans le camp de l’ordre, ce qui ne saurait surprendre étant donné son embourgeoisement en cours. Reste que la défaite et les bouleversements internes ne nuisent pas à sa marche à l’intégration, tandis que se renforcent, à travers son républicanisme, les valeurs de l’israélitisme, à savoir un culte de la patrie allant de pair avec le messianisme juif.Le paradoxe est que la naissance de la République fit aussi le lit de l’antisémitisme politique et du thème du complot juif. Un courant au sein de l’Église conservatrice se distingue à cet égard".


Le même patriotisme est constaté côté allemand. 



Christine G. Krüger a écrit l'article Are We Not Brothers?” German Jews in the Franco-Prussian War, 1870–1871" (The Leo Baeck Institute Year Book, Volume 50, Issue 1, January 2005, Pages 354–355, https://doi.org/10.1093/leobaeck/50.1.354). Les "Juifs allemands espéraient de l'unification la reconnaissance de l'égalité de droits. Leur engagement dans la guerre visait aussi à répondre aux opposants à leur émancipation ; ces derniers alléguaient qu'ils songeaient à leur retour en Palestine et questionnaient leur loyauté à leur patrie. Juifs orthodoxes ou réformés ont incité à l'engagement de leurs coreligionnaires dans la guerre. Mais cet engagement était sensible : ils combattaient la France, le premier pays à avoir émancipé les Juifs et avait mis en oeuvre nombre des demandes formulées par les Juifs allemands.Aussi les Juifs français ou d'autres pays ont blâmé leurs coreligionnaires allemands car ils minaient leurs propres aspirations. Ces reproches se sont intensifiés avec le plan d'annexion de l'Alsace et de la Lorrain : les Juifs alsaciens, qui représentaient la moitié des Juifs français, ont craint la détérioration de leur statut légal et social. Nombre d'entre eux ont fui en France ou aux Etats-Unis. Ce conflit divisant les Juifs les a meurtris car ils percevaient la solidarité comme un élément vital de leur identité Juive. Les commentateurs Juifs ont senti plus que leurs compatriotes les dangers du nationalisme et de la guerre".


Le site Internet du Musée de l'histoire familiale commente l'illustration de l'office de prières pour Yom Kippour (Jour du Grand Pardon) près de Metz en 1870 : 
"An incident of the Franco-Prussian War that has become famous through copies of a picture which adorns the walls of hundreds of Jewish homes in this city is probably being re-enacted today on the battlefields of Europe. This picture portrays the Jewish soldiers of the German army holding religious services before Metz, in 1870, while the Prussians were advancing on Paris.
The picture of the Day of the Day of Atonement services in the Franco-Prussian War has been so widely circulated that it is familiar to every Jew. It shows the Jewish soldiers gathered around a huge altar, saying the prayers prescribed for the occasion. Many of them are wearing over their uniforms the talith, a shawl, used in the synagogue by all orthodox Jews. In the background are shown cannon, sending forth their missiles of destruction into the ranks of the enemy. Over the picture is the inscription, in German: "Have we not all one Father? Were we not all created by the same God?"
The Day of Atonement follows ten days after the beginning of the New Year. It is customary for Jews to fast on this day, and the majority of the soldiers in the European armies will do without food for 24 hours, despite the physical strain that they are now being forced to undergo." 
En 2016, a été vendu par Winner's Auctions un lot de Judaïca comprenant notamment "Avodat Yom HaKippurim" 1870 [Le service de Yom Kippour 1870]. Un tissu imprimé montrant des soldats juifs en France en 1870. Estimé de 800 à 1 000 dollars, il a été acheté pour 5 124 dollars. Il est ainsi décrit par la maison de vente aux enchères :
"Impression en couleur sur le tissu des soldats juifs en prière pendant la guerre franco-prussienne. Metz, France, 1870.
65 x 65 cm. Épreuve en couleur en rouge, noir et blanc sur tissu. Hébreu et allemand. 
Scène représentant la congrégation des soldats juifs de l'armée allemande récitant les prières du Yom Kippour sur le champ de bataille pendant la guerre franco-prussienne en 1870, avec des titres en hébreu et en allemand. Le titre supérieur : "Nous avons tous un Père, un Dieu nous a créés", et le sous-titre : "Le service de Yom Kippour de 1870 dans le camp près de Metz". Les soldats sont habillés en uniforme sur fond de paysage régional. Certains d'entre eux sont armés d'épées, enveloppés dans des châles de prière et tenant des livres de prières.
Pendant la guerre franco-prussienne de 1870, les forces françaises se sont défendues dans la ville de Metz avec l'aide des Juifs de Metz. Les Juifs se sont battus courageusement pour les Français, et même après l'annexion allemande, les Juifs de Metz sont restés fidèles à leur France natale. Ce tirage a été réalisé à la fin de 1870, avant la conquête de la ville par les Allemands au début de 1871, dans le but de gagner les Juifs au camp allemand. 
Taches de vieillissement. Deux petites larmes. Bon état."

« 1870-1871 - La guerre franco-prussienne »
 Arte diffusera le 18 août 2020 « 1870-1871 - La guerre franco-prussienne » (Der Bruderkrieg - Deutsche und Franzosen 1870/71), série documentaire en trois parties de Hermann Pölking-Eiken et Linn Sackarnd. « D’un camp à l’autre, la guerre de 1870 racontée au travers des observations de trois témoins de l’époque. Servi par une remarquable iconographie, une immersion éclairante dans l’un des premiers conflits de l’ère moderne. »

« Les mouvements de troupes, les traumatismes de Bazeilles et de Sedan pour les Français, le terrible siège de Paris, le sacre de Guillaume Ier dans la galerie des Glaces du château de Versailles : autant d’événements cruciaux, qui, racontés par les mots de ces trois témoins, au regard complémentaire, livrent un tableau éclairant de cette guerre fratricide, qui allait façonner pour plusieurs décennies les rapports conflictuels entre la République française renaissante et la toute jeune nation allemand ». 

« Servis par une remarquable iconographie, les observations de ces témoins aux “premières loges” et les éclairages d’historiens tissent une proximité émouvante avec ceux qui, il y a cent cinquante ans, prirent les armes des deux côtés du Rhin. »

1er volet : « Une parisienne » (Eine Pariserin).

« Après la capitulation de Sedan, le 2 septembre 1870, l’empereur Napoléon III est déchu, et la IIe République est proclamée le 4 septembre par un gouvernement de défense nationale dans lequel figure Léon Gambetta. » 

« Alors que la France décide de poursuivre la guerre, les armées prussiennes et leurs alliés marchent sur Paris ». 

« Pendant cinq mois, elles assiègent la ville, condamnant les Parisiens à la famine. » 

« Des événements tragiques que consigne dans son journal intime une jeune femme de 20 ans appartenant à la bourgeoisie intellectuelle de la capitale, Geneviève Bréton. »

« Quand elle éclate, le 19 juillet 1870, la guerre entre la France et la coalition de royaumes réunis sous la bannière du roi de Prusse Guillaume Ier est l’un des premiers conflits où les avancées techniques de l’ère industrielle jouent un rôle majeur : le train, le télégraphe, la photographie, mais aussi la presse populaire, alors en plein essor ». 

« Après avoir fait ses armes en Crimée et en Inde, le journaliste britannique William Howard Russell, 49 ans, est dépêché par le Times de Londres auprès de l’état-major prussien ». 

« De la bataille de Bazeilles, en août 1870, jusqu’à la naissance de l’Empire allemand, proclamé à Versailles après la défaite française en janvier 1871, cet observateur avisé livre un témoignage impartial sur la cruauté du conflit, non seulement pour les combattants, mais également pour les populations civiles. »

« La guerre vue du point de vue du lieutenant-colonel Paul Bronsart von Schellendorff, qui dirige l’une des sections du grand état-major général prussien. »

« Depuis la déclaration de guerre franco-prussienne, à l’été 1870, le lieutenant-colonel Paul Bronsart von Schellendorff, 38 ans, dirige l’une des sections du grand état-major général prussien. Tout au long du conflit, ses brillants plans de bataille vont contribuer aux succès foudroyants de l’armée du roi de Prusse Guillaume Ier, et c’est également lui qui conduira les négociations préliminaires à la reddition des Français à Sedan. Avec sa précision quasi scientifique, le récit qu’il fait de son quotidien dans son "journal de guerre secret" reflète l’image froide, dénuée d’empathie, que l’on pouvait se faire du haut gradé prussien – et constitue un témoignage de premier plan pour les historiens. »

« Les photographies de la guerre de 1870 »
Arte diffusera le 18 août 2020 « Les photographies de la guerre de 1870 » (1870/71 Fotografien eines vergessenen Krieges) de Grit Lederer.

« Une superbe enquête sur les traces des photos oubliées de la guerre franco-prussienne et de la Commune de Paris. Ruines de Belfort, Strasbourg ou Paris, cimetières de fortune, reconstitutions de batailles, communards fusillés : les premiers clichés qui nous montrent la mort en face. »

« Ce sont les toutes premières photographies d’un conflit européen. Pourtant, les clichés pris durant la guerre franco-prussienne puis durant les quelques mois de la Commune de Paris ont gardé peu de place dans la mémoire collective. Faire resurgir ces images : c’est l’objet des recherches de l’historien de l’art allemand Paul Mellenthin, qui se penche depuis des années sur un important corpus oublié de photographies ». 

« Pour ce documentaire, il est parti à la rencontre d’archivistes, conservateurs de musée et collectionneurs des deux côtés du Rhin qui lui ont ouvert leurs archives : on découvre des dizaines d’images bouleversantes, dont la plupart sont montrées pour la première fois au grand public. Ruines de Belfort, Strasbourg ou Paris, cimetières de fortune, reconstitutions de batailles, communards fusillés : mis au service du patriotisme, d’une volonté de témoigner ou d’émouvoir, ces clichés frappent aussi par leurs qualités esthétiques et leur sens de la mise en scène – et soulèvent des questions éthiques encore pertinentes aujourd’hui ». 

« Ce passionnant documentaire en forme d’enquête – historique, artistique et philosophique – s’intéresse également au mode de diffusion des photos, les premières images à offrir une proximité sans filtre avec la violence et la mort ». 

« Panoramas de guerre »
Arte diffusera le 19 août 2020 « Panoramas de guerre » (Kriegspanoramen. Die Entdeckung eines Massenmediums) de Rüdiger Mörsdorf. « Une redécouverte d'un art (presque) oublié depuis le XIXe siècle : les impressionnants panoramas peints sur toile, qui racontent pour la plupart des épisodes guerriers et sont considérés comme les premiers médias de masse. »

« Certaines de ces œuvres monumentales ont mesuré jusqu'à 120 mètres de long sur 20 de haut. Elles ont été exposées dans d'immenses rotondes qui ont marqué le paysage architectural des métropoles européennes du XIXe siècle. Les panoramas peints, qui racontent pour la plupart des épisodes guerriers, sont considérés comme les premiers médias de masse, leur contemplation ayant réuni alors des milliers de visiteurs. Jouant sur l'effet d'immersion à 360 degrés, ces machines à illusions parvenaient à rendre le passé visible, avec un luxe de détails plus ou moins inouï selon le talent de leurs concepteurs. Aujourd'hui reléguées dans les oubliettes de l'histoire de l'art, ces peintures géantes constituèrent pourtant un moment fort de la création, notamment après la guerre de 1870-1871, qui vit s'affronter la France et la Prusse. »

« Ce documentaire très fourni part à la recherche des plus emblématiques d'entre elles, dans le sillage d'historiens et de spécialistes du sujet. Il s'attache plus particulièrement au panorama de Rezonville, du nom de cette commune de Moselle où eut lieu une terrible bataille (27 000 morts) entre les armées française et prussienne, le 16 août 1870. Peinte en 1883 par Édouard Detaille et Alphonse de Neuville, cette toile de trois tonnes fut exposée à Paris, Vienne et Berlin, où elle connut un succès phénoménal. Elle fut néanmoins découpée, quelques années plus tard, en 115 pièces, dont quelques-unes peuvent être admirées au musée de Gravelotte. »

« Le film de Rüdiger Mörsdorf évoque d'autres panoramas légendaires : celui de la bataille de Sedan, aujourd'hui disparu, ou celui dit "Bourbaki", conservé à Lucerne, en Suisse. Épiques, ces fresques ont marqué les esprits et joué un rôle important dans la découverte de la "réalité" de la guerre par le grand public. L'artiste autrichien Yadegar Asisi les ressuscite aujourd'hui, en perfectionnant leurs "excellents moyens d'expression" grâce aux nouvelles technologies et aux photographies numériques modélisées sur ordinateur. »

« Monet, la révélation londonienne »
Arte diffuse sur son site Internet, dans le cadre d’Invitation au Voyage (Stadt Land Kunst), « Monet, la révélation londonienne » (Monet und die Entdeckung Londons)

De nombreux artistes, dont des peintres impressionnistes tel Monet, fuient la France en 1870 pour se réfugier à Londres. Ils y découvrent une lumière particulière, et le Parlement d'un régime démocratique.


« À Londres se côtoient de riches bâtisses victoriennes, des faubourgs populaires et de gigantesques parcs. Quand le peintre Monet la découvre en 1870, c’est la ville la plus peuplée et industrialisée du monde. L’impressionniste y découvre la Royal Gallery et les toiles de Turner. Une révélation qui va le pousser à peindre parmi ses plus beaux tableaux sur les bords de la Tamise. »

"Je dois reconnaître que le climat est des plus surprenants : les merveilleux effets que j'ai pu voir durant les deux mois passés à observer sans cesse la Tamise sont incroyables", a écrit Claude Monet.



Le Petit Palais a présenté l'exposition "Les Impressionnistes à Londres. Artistes français en exil 1870-1904". "La guerre franco-allemande de 1870, la chute du Second Empire, puis la Commune de Paris poussèrent de nombreux artistes installés en France à se réfugier au Royaume-Uni. Dans les mois ou les années qui suivirent la fin des événements, des réfugiés économiques vinrent rejoindre leurs rangs. L’Empire britannique est alors au sommet de sa puissance. Londres représente un refuge sûr pour les artistes quittant Paris, mais le choix de leur destination est aussi guidé par l’idée que le marché de l’art y est plus porteur. Leurs oeuvres exposées et, dans bien des cas, acquises par des collectionneurs anglais apportèrent à l’art et aux institutions britanniques un souffle de modernité. Réciproquement, l’expérience de l’exil outre-Manche exerça une influence nouvelle sur l’art français. Le parcours animé par des témoignages sonores, permet au visiteur de faire le voyage de Paris à Londres en revivant l’expérience de ces artistes en exil. Certains sont déjà célèbres (Carpeaux, Tissot, Daubigny), d’autres vont s’y révéler en enseignant leur art (Legros, Dalou), tandis que les futurs impressionnistes (Pissarro, Monet, Sisley) peinent à convaincre le public anglais malgré le soutien du marchand Durand-Ruel qui diffuse l’art français à Londres. Ces personnalités contrastées de la scène artistique française sont présentées parmi le cercle d’amis et de collectionneurs qui les ont soutenus durant leur séjour anglais. Co-organisée avec la Tate Britain de Londres, l’exposition réunit plus d’une centaine de chefs-d’oeuvre nés au bord de la Tamise, dans l’atmosphère brumeuse et industrielle du Londres Victorien. L’histoire s’achève en 1904 avec Derain qui vient peindre un Londres aux couleurs du fauvisme."
ARTE MAG, n° 34, du 15 au 21 août 2020

« Étayée par un spectaculaire reportage de guerre et des témoignages d’époque, la série documentaire « 1870-1871 – La guerre franco-prussienne » revient sur ce conflit qui transforma l’Europe. Entretien avec l’historienne Julie d’Andurain. Propos recueillis par Laure Naimski.

Quelle est la nature de la guerre franco-prussienne ? 
Julie d’Andurain : Des États allemands coalisés dirigés par la Prusse mènent des attaques dans le nord et l’est de la France, vers la Loire et autour de Paris. Les combats, d’une violence inédite, entraînent de lourdes pertes, l’armée française ayant surestimé ses capacités militaires. En outre, pour la première fois dans l’histoire des conflits, la résistance vient des civils, ce qu’évoque notamment l’émouvant Journal : 1867-1871 de Geneviève Bréton (éd. Ramsay, 1985, ndlr). 

En quoi ce récit constitue-t-il une source passionnante ?
Il s’agit du témoignage rare d’une jeune femme de bonne éducation, issue d’un milieu bourgeois et qui s’exprime très bien. Son père la laisse libre de choisir son mari, ce qui est extraordinaire pour l’époque. Lorsque la guerre éclate, sa vie bascule. Elle prend alors conscience à la fois de la légèreté des années précédentes et de la difficulté de survivre. Paris assiégé est en proie à la famine et l’unique solution consiste parfois, comme elle le relate, à se nourrir de rats ou de chiens errants. Elle évoque aussi le rôle prépondérant des femmes et leur dévouement pour parvenir à trouver des moyens de subsistance. Pour moi, son journal représente une amorce de féminisme. 

La série s’appuie aussi sur les spectaculaires photographies de William Howard Russell, l’un des premiers correspondants de guerre... 
À cette époque, on les nomme des publicistes, c’est-à-dire des journalistes qui ne sont pas tenus de nuancer leur propos et affichent leurs opinions. D’origine irlandaise, Russell a notamment couvert la guerre prusso-danoise en 1850, date à laquelle on commence à utiliser la photographie pour suivre les conflits. Avec l’essor de la presse, son usage se généralise durant la guerre de Sécession. Pour la première fois, le public découvre des images de cadavres. Par respect pour les victimes et leurs familles, les éditeurs de presse décident alors de ne plus montrer les morts de leur propre camp. Seules les images de ceux des rangs adverses sont utilisées à des fins de propagande. 

Qu’est-ce que cette guerre a changé ? 
Avec la défaite française et la constitution d’une Allemagne forte, elle conditionne une bonne partie du XXe siècle et notamment ce sentiment de revanche qui va conduire à la Première Guerre mondiale. Par ailleurs, la France ne regarde plus vers la ligne bleue des Vosges pour élargir ses frontières, mais mise sur la conquête coloniale ». 
     

Visuels 
      
« 1870-1871 - La guerre franco-prussienne » de Hermann Pölking-Eiken et Linn Sackarnd
Allemagne, ZDF, Looksfilm, 2020
Sur Arte :
1ère partie : « Une parisienne » (Eine Pariserin) : les 18 août 2020 à 20 h 50 et 28 août 2020 à 9 h 25
Visuels :
© ICRC archives (ARR)
© The Art Institute of Chicago
© Bibliothèque nationale/Universitaire de Strasbourg
2e partie : « Un correspondant de guerre britannique » (Ein britischer Kriegsberichterstatter) : ls 18 août 2020 à 21 h 45 et 28 août 2020 à 10 h 20
Visuels : © Private Sammlung/J. Marche
3e partie : « Un lieutenant-colonel prussien » (Ein preußischer Generalstabsoffizier) : les 18 août 2020 à 22 h 35 et 28 août 2020 à 11 h 15
Visuels : © LOOKSfilm
Disponible du 17/08/2020 au 16/09/2020

Visuels :
© Société d' Histoire, Sedan
© LOOKSfilm
© LOOKSfilm
© Private Sammlung/S. Haguette

« Les photographies de la guerre de 1870  » de Grit Lederer 
Allemagne, 2020, 52 minutes
Sur Arte les 18 août 2020 à 23 h 30 et 4 septembre 2020 à 2 h 55
Disponible du 18/08/2020 au 15/11/2020
Visuels : © Kinescope/Marcus Winterbauer

« Panoramas de guerre » de Rüdiger Mörsdorf
France, 2018
Sur Arte le 19 août 2020 à 00 h 25
Disponible du 18/08/2020 au 24/08/2020
Visuel : © Ere Production

France, 2018, 14 min
Disponible du 16/10/2018 au 16/10/2020

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Les citations sur les films proviennent d'Arte.

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