Citations

« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil » (René Char).
« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

dimanche 19 août 2018

Al Musiqa. Voix et musiques du monde arabe


La Cité de la musique – Philharmonie de Paris présente l’exposition bilingue « Al Musiqa. Voix et musiques du monde arabe ». « Pour la première fois en France, la Philharmonie de Paris présente une exposition dédiée aux musiques arabes, célébrant à la fois la richesse d’un patrimoine ancien méconnu et l’intense créativité d’artistes issus des vingt-deux pays qui forment aujourd’hui le monde arabe ». Une exposition "islamiquement et Arabiquement correcte", à la terminologie peu rigoureuse, minorant le rôle des juifs et des chrétiens, comme interprètes, musiciens, directeurs de salles de cinéma, etc.

« Oum Kalthoum, la voix du Caire », par Xavier Villetard 
"El Gusto" de Safinez Bousbia
« Al Musiqa. Voix et musiques du monde arabe »

« Première exposition d’envergure en France sur les musiques du monde arabe, Al Musiqa propose un voyage depuis l’Arabie heureuse de la Reine de Saba jusqu’à l’Andalousie de Zyriab, de la période préislamique à nos jours. Mettre aujourd’hui le projecteur sur l’identité musicale de ces cultures fait sens à plus d’un titre. Les principes d’universalité sont au cœur du projet de la Philharmonie et, avant elle, de la Cité de la musique. Chaque nouvelle saison offre non seulement une traversée historique des musiques occidentales, mais ouvre l’écoute et l’esprit aux pratiques et répertoires des autres cultures, particulièrement du monde arabe. Dès 1995, les improvisations d’Anouar Brahem constituaient l’un des temps forts de l’inauguration de la Cité de la musique. Initiées en 2005, les Nuits soufies rassemblent aujourd’hui encore, dans la Grande salle Pierre Boulez de la Philharmonie, un public nombreux autour du Verbe des grands poètes mystiques musulmans. Le Musée de la Philharmonie conserve enfin un riche patrimoine témoin des pratiques musicales du monde arabe, qu’il valorise dans ses parcours pédagogiques et tout particulièrement dans l’exposition Al Musiqa. À travers ces initiatives, s’exprime la volonté d’ouvrir les portes de notre institution à tous les publics et cultures d’origine, fort de la conviction qu’une démarche exigeante peut réunir les sensibilités », expliquent Laurent Bayle, directeur général de la Philharmonie de Paris, et Marie-Pauline Martin, directrice du Musée de la musique.

Et d’ajouter : « Par ailleurs, les débats politiques, tels qu’ils sont véhiculés dans les médias, éludent trop souvent la question de l’identité culturelle et de la richesse du monde arabe. Le devoir de déplacer le curseur s’impose dès lors à nous, pour mettre en lumière son histoire prestigieuse, l’intense créativité qui l’anime, hier comme aujourd’hui, et notamment son effervescence musicale. Encore largement méconnues, et pourtant omniprésentes dans notre imaginaire collectif occidental, les musiques arabes constituent un véritable patrimoine de traditions ancestrales qui ne cesse d’être interprété, réapproprié et réinventé par des artistes d’aujourd’hui. Travaillées par de multiples tensions, elles déjouent les catégories en conciliant ce que l’Occident oppose fermement : l’inspiration mystique et profane, populaire et savante, rurale et urbaine. De plus les musiques arabes s’épanouissent sur un très large territoire, ouvert aux influences persanes, turques, asiatiques à l’Est, berbères et africaines au Sud, enfin européennes au Nord - surtout après la chute de l’Empire ottoman en 1918. De fait, si l’exposition ne propose pas une définition stricte et définitive des musiques et de la culture arabes, elle fournit davantage des repères aux visiteurs pour en apprécier la diversité et la beauté inouïe – conscience nécessaire pour mieux déjouer les préjugés dans notre approche contemporaine du monde arabe, de ses conflits et mouvements d’exil. Dans une démarche post-orientaliste, l’exposition Al Musiqa invite enfin à mieux comprendre la manière dont ces musiques nourrissent et questionnent notre propre identité. Dès le IXe siècle, au lendemain de la conquête arabe, l’émergence à Cordoue d’une musique arabo-andalouse marquait irrémédiablement la culture ibérique et, à son contact, une partie de l’Europe. Aujourd’hui encore, la prégnance des musiques arabes dans l’imaginaire artistique français rappelle que l’immigration d’après-guerre n’a pas seulement contribué à l’essor économique, mais enrichi durablement la vie culturelle française. Ainsi les grandes figures du raï, Khaled en tête, s’imposent-elles comme une vitrine rayonnante de la France à l’étranger, quand Bachar Mar Khalifé enorgueillit le drapeau tricolore en triomphant sur la scène électro. Résolument, au-delà de simples influences, nous partageons avec le monde arabe une histoire culturelle commune. L’enjeu de cette exposition, comme du colloque et des deux week-ends de concerts programmés en contrepoint, est d’en montrer tout le potentiel, mais aussi l’urgence de changer de point de vue. La richesse du monde arabe justifie bien plus qu’un regard d’explorateur ; elle impose une considération alerte, curieuse, réfléchie et enthousiaste ». Un monde devenu quasi-Jüdenrein et avec des minorités chrétiennes qui se raréfient.

Il s’avère donc d’autant plus curieux que la Cité de la musique – Philharmonie de Paris promeuve si peu cette exposition sur son compte Twitter.

Ce refus ou/et cette impossibilité à définir l’arabité concourent au flou, aux imprécisions, aux confusions, aux carences informatives d’une exposition « islamiquement et politiquement correcte » : quid des Amazighs ou Berbères ? Quid des appels à égorger les Yaoud (Juifs, en arabe) entonnés par Oum Kalsoum  pendant la guerre des Six-Jours ? Quid des artistes chrétiens ? La « Palestinienne » Dalal Abu Amneh est née à Nazareth en Galilée (Israël), et s’interroge dans sa chanson « Ya Sitti » (Oh ma grand-mère) dédiée aux « Palestiniens déplacés depuis 1948 » : « Quand retourneront-ils ? » tout en évoquant le stéréotype de la clé dans la propagande anti-israélienne...

L'exposition évoque la Perse, mais sans citer le livre "Les musiciens juifs en Iran" d'Alain Chaoulli, spécialiste "de la culture juive en monde iranien (L'Harmattan, 2006). L'auteur étudie la présence des musiciens juifs en Iran et leur contribution à la sauvegarde de la musique traditionnelle, qui est une réalité reconnue par la plupart des Iraniens. Leur présence a été telle qu'on a parlé de caste de musiciens juifs. Pourquoi les juifs ont-ils occupé une telle position dans la société iranienne ? "

L’exposition bilingue français/arabe Al Musiqa « invite à un voyage visuel et sonore et propose de traverser des paysages immersifs comme le désert d’Arabie, un jardin andalou, un cinéma égyptien, une zaouïa africaine, un café de Barbès et la place trépidante d’une grande capitale arabe ». 

Elle « propose au visiteur des repères pour mieux déconstruire les clichés, découvrir ou approfondir ses connaissances à l’aide de nombreux dispositifs ludiques et interactifs. Le visiteur peut ainsi apprendre à écrire son nom en arabe ou découvrir le timbre du oud et de la derbouka en prenant part à un grand orchestre égyptien ».

« Soulignant le caractère central que revêt la musique et le son au sein des sociétés arabes, l’exposition Al Musiqa propose des ambiances sonores immersives typiques, telle qu’une polyphonie d’appels à la prière. Rendant hommage à la beauté de la calligraphie et de la langue arabes, l’exposition est entièrement bilingue. Al Musiqa se veut également un manifeste pour la sauvegarde d’un patrimoine culturel aujourd’hui en danger, en même temps qu’un témoignage de l’exceptionnelle vitalité de la création musicale contemporaine dans le monde arabe. Les œuvres rassemblées permettent ainsi de découvrir de riches collections publiques et privées situées en orient et en occident : instruments de musique, calligraphies, miniatures, peintures et photographies. Des installations, bandes dessinées, affiches de cinéma, pochettes de disques, films culte et archives sonores rares viennent également compléter ce corpus exceptionnel ».

« Souhaitant satisfaire la curiosité de tous les publics, l’exposition s’adresse aussi bien au néophyte ayant envie de découvrir de nouvelles cultures musicales et d’avoir une approche artistique du monde arabe, qu’au mélomane averti, amoureux de Fairouz ou passionné de musique arabo-andalouse. Elle concerne tout autant les adultes que les enfants et les familles, quelques soient leur sensibilité esthétique et leur lien avec telle religion ».

« À l’image des cultures arabes auxquelles cette exposition souhaite ainsi rendre hommage, Al Musiqa prend la forme d’un lieu chaleureux, soucieux du confort et du bien-être des visiteurs, où l’hospitalité est reine. C’est dans cet esprit que la scénographie a été confiée à Matali Crasset, connue pour son habileté à conjuguer le design le plus innovant avec des dispositifs favorisant le lien social, dans une forme réelle de vivre ensemble ».

L’exposition « a été conçue comme un grand voyage musical pour tous les publics, avec une attention toute particulière pour les enfants et leur famille. Tout au long du parcours, l’exposition propose une dizaine d’activités et dispositifs à partager pour jouer, écouter, découvrir, rêver, voyager… Petits et grands sont invités à explorer la richesse de la culture arabe et la diversité de ses musiques ». Et des peuples qui la composent ?

Un « plan de l’exposition récapitule les étapes de ce parcours ludique conçu pour tous les visiteurs à partir de cinq ans. Des personnages emblématiques accueillent les visiteurs et racontent leur histoire : Abla la qayna, musicienne de l’époque préislamique, Bilal, le premier muezzin à faire l’appel à la prière, Zyriab, le père de la musique arabo-andalouse et Boussa, un maître de musique gnawa ». Exeunt juifs et chrétiens ?

« Au sein même de l’exposition, Al Kheïma, la tente en arabe, propose des activités ludiques afin de se familiariser avec la culture arabe. Sous cette tente, un immense jeu de plus de 500 cubes (Arches, dômes, murailles) permet de construire une ville arabe, un palais extraordinaire… » La déclinaison désertiquement arabe de la « ville à la campagne » ?

Un « puzzle géant représentant la carte du monde arabe invite les visiteurs à s’amuser avec les pays et leurs drapeaux. Dans le salon de musique, une sélection de livres et de comptines à écouter au casque sont mis à disposition pour se plonger dans l’imaginaire des contes traditionnels ».

« Tout au long du parcours de l’exposition, des modules ludiques en lien avec les œuvres présentées sont proposées au public : un qalam numérique pour écrire son prénom en arabe, des puzzles en forme de zelliges, un tapis magique, un ensemble d’instruments de musique à toucher, des jeux de dominos dans l’espace du Café Barbès et un véritable Scopitone des années 1970 ».

Le commissariat de l’exposition est assuré par Véronique Rieffel , critique d’art et programmatrice culturelle spécialisée dans les arts du Moyen Orient et d’Afrique. Elle a été directrice de l’Institut français d’Égypte à Alexandrie jusqu’en septembre 2015, après avoir été à la tête de l’Institut des Cultures d’Islam (ICI), établissement culturel de la ville de Paris, pendant huit ans. Elle est l’auteur de l’essai Islamania, de l’Alhambra à la burqa, histoire d’une fascination artistique, publié chez Beaux Arts éditions en 2011. « Ma première approche des cultures arabes a été sensorielle, nourrie par les sons et la gastronomie entourant le rituel de l’iftar auquel je fus invitée dans mon enfance. Ma deuxième rencontre fut plus intellectuelle, nourrie par la lecture d’écrivains et philosophes oubliés du cursus universitaire français. Ma troisième réconcilia les deux : par la découverte de rencontres artistiques opérant une fusion orientale-occidentale comme celle de Paul Klee, fasciné par les couleurs et les rythmes tunisiens, et par la fréquentation assidue de concerts où je fus prise par le tarab, cet état d’extase proche de la transe. J’ai eu à cœur à travers Al Musiqa de partager cette passion arabe », a écrit Véronique Rieffel.

Autour de l'exposition, était prévue une nuit du Oud avec "en première partie Driss El Maloumi (Maroc) et en deuxième partie Naseer Shamma et son ensemble de ouds (Irak). Aux confins d’influences indo-persanes et méditerranéennes et à travers l’expansion de l’islam au VIIe siècle, le oud devient la référence majeure de la musique classique arabo-andalouse. Le oud traverse les décennies et les modes grâce à la virtuosité d’une famille d’ambassadeurs perpétuellement renouvelée. Des adeptes de ce luth qui respectent sa tradition tout en l’embarquant parfois sur des territoires vierges. Cette grande Nuit du oud met le doigt sur cette génération synonyme de nouvel âge d’or avec d’abord le Marocain Driss El Maloumi. Ce fidèle complice de Jordi Savall au jeu raªné et jamais exubérant connaît son instrument de prédilection sur le bout des doigts pour mieux l’embarquer sur le terrain d’une modernité jamais contradictoire. Avec son ensemble de ouds, l’Irakien Naseer Shamma donne lui aussi, depuis plusieurs années, un nouvel essor musical à cet instrument historique. Artiste engagé (il fut emprisonné pour avoir critiqué Saddam Hussein) et passeur chevronné (il est le fondateur de la maison du luth arabe au Caire), il tend ses ponts entre hier et aujourd’hui pour rendre le oud plus vivant que jamais".

A noter un concert sur les musiques urbaines intitulé "47 Soul (Palestine, Jordanie)". Où est située cette "Palestine" ? Les "musiques urbaines ne sont pas l’apanage des grandes cités occidentales. À Beyrouth comme en Palestine ou au Caire résonne une nouvelle symphonie où s’entrecroisent Orient et Occident, sons d’hier et d’aujourd’hui. Des créations prenant racines dans le chaabi, le saidi, la chanson arabe d’un certain âge d’or passé ou bien encore la comédie musicale, et que des musiciens, chanteurs, DJ, rappeurs et autres rockeurs conjuguent à la modernité ambiante. Avec Love And Revenge, les Libanais Randa Mirza et Wael Koudaih ressuscitent les classiques de la musique et du cinéma arabes. Tandis que les Égyptiens Tamer Abu Ghazaleh, Maryam Saleh et Maurice Louca font de Lekhfa Project une nouvelle ode à l’underground contemporain. Enfin, les Palestiniens de 47Soul mêlent daf, mijwiz, synthés et guitare électrique pour une orgie électro revisitant la musique populaire arabe."

Encore la "Palestine" évoquée dans l'Hommage aux grandes divas avec Abeer Nehme (Liban), Dalal Abu Amneh ("Palestine"), Mai Farouk (Egypte), Orchestre du monde arabe sous la direction de Ramzi Aburedwan. "Des déesses ! Des divas ! Des idoles ! Des mythes ! De nombreuses voix de femmes ont résonné dans le monde arabe dès les années 40. De l’Égyptienne Oum Kalsoum à la Libanaise Fairouz, en passant par l’Algérienne Warda, la Syro-Égyptienne Asmahan, l’Égyptienne Leila Mourad ou bien encore la Syrienne Mayada El Hennawy, ces grandes dames de la chanson populaire ont toutes fasciné, sur scène comme sur grand écran, symbolisant aussi un peuple aspirant à un renouveau. Trois chanteuses d’aujourd’hui célèbrent ces légendes : la Libanaise Abeer Nehme, la Palestinienne Dalal Abu Amneh et l’Egyptienne Mai Farouk. Avec l’Orchestre du monde arabe dirigé par Ramzi Aburedwan, elles célèbrent l’héritage de leurs aînées mais aussi le message dont elles étaient porteuses, plus actuel que jamais."

Notons ce concert "The Astounding Eyes of Rita" avec Anouar Brahem (oud, Tunisie), Khaled Yassine (percussions, Liban) et Björn Meyer (basse électrique, Suède). "Avec ce quartet, Anouar Brahem ose le choc des cultures et tisse des liens inédits entre les brumes métaphysiques du romantisme allemand, les immensités glacées du grand Nord et la clarté aveuglante du Moyen Orient. Le titre de l’album est emprunté au poème de Mahmoud Darwich, disparu il y a 10 ans" et poète engagé dans l'OLP (Organisation de libération de la Palestine).

Autre spectacle musical : "L’Afrique arabisée - L’art des griots du désert". "L’Afrique arabisée est la célébration de deux fortes traditions musicales du continent africain : l’art des griots et la musique gnawa. À la fois savant et classique, l’art des griots mauritaniens est un carrefour entre l’univers arabo-berbère et l’univers noir de l’Afrique de l’Ouest. Griotte charismatique à la voix prenante, Coumbane Mint Ely Warakane rend hommage à la musique des griots maures, anciens nomades arabophones ayant parcouru tout l’Ouest saharien, du Sénégal au sud du Maroc. Une musique savante transmise oralement et accompagnée par l’ardin (harpe) et le tidinit (luth). Co-fondateur de l’Orchestre National de Barbès, Aziz Sahmaoui est quant à lui un ambassadeur valeureux de la musique gnawa. Il n’a cessé de valoriser la musique traditionnelle maghrébine tout en étant à l’écoute des courants les plus modernes. Et si le chaabi et la musique d’Afrique noire sont aussi des sources d’inspiration pour le musicien marocain, c’est cet art gnawa originaire de l’ancien Empire du Soudan occidental qu’il célèbre à la Philharmonie."

Le "mythe al-Andalus" - coexistence pacifique, harmonieuse et égalitaire entre juifs, chrétiens et musulmans" - est véhiculé par le concert "Musiques arabo-andalouses" avec l'Ensemble El Mawsili (France) sous la direction de Farid Bensarsa. "L’Ensemble El Mawsili a vu le jour en 1991 à Saint-Denis. Il doit son nom au musicien Ishaq El Mawsili, qui vécut au VIIIe siècle à Bagdad, et dont l’art se développa par la suite dans l’Espagne médiévale où cohabitaient avec un grand esprit de tolérance trois grandes cultures : musulmane, chrétienne et juive. C’est en Andalousie, au XIe siècle, que ce style musical connut son âge d’or. Le Maghreb en est aujourd’hui l’héritier, principalement dans les grandes cités telles qu’Alger, Constantine, Tlemcen, Tétouan, Fès ou Tunis. De l’autre côté de la Méditerranée, à Saint-Denis, El Mawsili reprend le flambeau avec un subtil alliage de toutes ces écoles, contribuant à faire connaître en France cette musique, partie d’un riche patrimoine culturel universel."

Un colloque avait pour titre "A l’écoute du monde arabe". "Les vastes territoires qui s’étendent du bassin méditerranéen au golfe Persique connaissent une crise sans précédent". Une "crise" est par définition courte, temporaire. Or, le chaos dans lequel sont empêtrés nombre de pays Arabes perdure... "La nécessité de sauvegarder le patrimoine culturel immatériel de l’humanité est aujourd’hui aussi pressante que celle de reconnaître les expressions artistiques émergentes. Car la complexité des conflits, l’urgence que posent la destruction et l’exil ne sauraient occulter la vitalité du dialogue qui résiste dans le monde arabe entre traditions séculaires et création contemporaine. En appui de l’exposition Al Musiqa, cette journée entend rendre compte de cette situation historique qui touche la musique et les arts."

Pour le jeune public, un jeu-concours et "Le voyage de Zyriab", spectacle musical. "À travers l’histoire de Zyriab, ce jeune musicien poète contraint à un long voyage, de caravanes en caravanes, d’oasis en caravansérails, de Bagdad à l’Andalousie, Bab Assalam aborde avec délicatesse un sujet d’actualité : l’errance imposée aux exilés". Donc, l'exposition est instrumentalisée en faveur des "migrants". Pourquoi n'avoir pas évoqué le quasi-million de Juifs contraints à l'exil du monde Arabe essentiellement des années 1940 aux années 1970 ? "Bab Assalam est né en 2005 en Syrie de la rencontre d’un clarinettiste français et de deux frères musiciens syriens - désormais exilés à leur tour. De leur travail commun naît un véritable projet musical qui les conduit à jouer au Moyen Orient, en Afrique et en Europe. Le quatuor revisite les chants des musiciens-poètes itinérants d’autrefois, qui ont colporté au-delà du désert et du temps une culture musicale et spirituelle rythmée par la marche des chameaux et le repos des caravanes."

Poésie du désert
« La période qui précède l’arrivée de l’islam dans la péninsule arabique est traditionnellement qualifiée de Jahiliya, c’est-à-dire « d’ignorance ».

« Pourtant avant la naissance du prophète Muhammad se développe une vie culturelle extrêmement riche et raffinée qui s’épanouit aussi bien dans les villes que dans le désert, où la poésie est reine ». Et par qui ? Des juifs, des chrétiens, des païens ?

« Dans une culture où la langue est première, la musique trouve son origine dans cette poésie dont elle magnifie le rythme et la composition à travers le chant, porté à son summum par les Qaynats, esclaves-musiciennes venues de Perse, d’Éthiopie ou de pays plus lointains encore ».

« L’art vocal était aussi l’apanage des chameliers qui traversaient les vastes étendues désertiques en déclamant des mélopées appelées huda, dont le rythme était calé, dit-on, sur celui du pas du chameau, tandis que le nasb désignait le chant des jeunes bédouins ».

« Transmis de façon essentiellement orale, une grande partie de cet art musical préislamique ne nous est parvenu qu’à travers des sources tardives et fragmentaires. Il fait également l’objet d’un intérêt accru dans l’art contemporain arabe qui cherche à se réapproprier cet héritage à la fois si prégnant et si peu connu ».

« La qasida, de la poésie bédouine à la poésie savante
La qasida, un long poème monorime qui pouvait se composer d’une centaine de vers, était déjà la forme poétique la plus prisée. Elle deviendra le modèle de la poésie arabe classique. Récitée ou chantée, seule ou accompagnée de la lyre, elle apparaît à travers un vaste répertoire allant de la complainte amoureuse à la louange du chef de tribu ou à l’oraison funèbre de l’ami mort au combat ».
« Elle constitue un véritable pont entre les populations nomades et sédentaires ».
« Formes les plus exemplaires de qasida, les mu’allaqat, littéralement les suspendues, au nombre de sept, auraient été, selon la légende, brodées en lettres d’or et suspendues sur la Kaaba de la Mecque, qui était déjà, avant l’islam, un lieu de pèlerinage important. Plus vraisemblablement, leur appellation est la métaphore d’un collier fait de perles enfilées à la perfection ».

Islam et musique
« La naissance de l’islam au VIIe siècle n’est pas synonyme de disparition des pratiques artistiques dans la péninsule. Au contraire, les villes de Médine et de la Mecque prospèrent et leur vie culturelle s’enrichit, tandis que certaines qaynats atteignent le rang de véritables stars, comme Jamîla et Azzâ al-Mayla ».

« Néanmoins, invoquant le fait que la musique détournerait le croyant de la piété, une certaine méfiance s’instaure à son égard, s’appliquant surtout à l’usage des instruments qui rappelleraient trop les cérémonies polythéistes ».

« Il n’est cependant pas possible de parler d’interdit absolu de la musique car plusieurs hadiths (paroles du Prophète) témoignent d’une relative tolérance, contredisant la volonté de certains de ses contemporains d’en bannir entièrement la pratique ».

« Par ailleurs, même si le rattachement de ces éléments au champs de la musique reste problématique, il est important de souligner la place centrale de phénomènes mélodiques dans l’islam : l’appel à la prière (al adhan) et la psalmodie du Coran (tajwid) dans la pratique religieuse ; les chants accompagnant les fêtes religieuses telles que le mawlid, célébration de la naissance du Prophète, ou bien les pèlerins durant leur trajet vers la Mecque ».

« Ainsi, on peut dire que l’islam ne bannit pas la musique mais qu’il cherche à en limiter les effets physiques et à en spiritualiser la perception ».

Al Adhan, l’appel à la prière
« Cinq fois par jour, le muezzin lance l’appel à la prière – al adhan – du haut du minaret d’une mosquée pour inviter les fidèles à la prière.
Cette pratique date du temps du Prophète qui avait désigné Bilal, esclave noir converti et affranchi, comme premier muezzin.
Codifiée par un certain nombre de règles et de formules mélodiques relativement fixes, al adhan peut devenir un art vocal particulièrement raffiné en fonction de l’intensité, du souffle et des capacités mélodiques du muezzin. Aujourd’hui, la voix du muezzin, remplacée par des enregistrements, diffusée via des haut-parleurs provenant de différents minarets, se superposent et se répondent, créant une véritable polyphonie urbaine ».

La musique de cour
« L’année 661 marque le début de la dynastie des Omeyyades, fondée par le calife Mo’awiya. Le centre de l’empire musulman se déplace alors de l’Arabie à Damas, désormais grande capitale des arts et de la culture où la langue arabe devient un vecteur d’unification pour des populations très mélangées ». Non, l’islam distingue les musulmans des dhimmis méprisés, persécutés, dépourvus de droits. « La dhimmitude est corrélée au jihad. C’est le statut de soumission des indigènes non-musulmans – juifs, chrétiens, sabéens, zoroastriens, etc. - régis dans leur pays par la loi islamique. Il est inhérent au fiqh (jurisprudence) et à la charîa (loi islamique), a expliqué l’essayiste Bat Ye’or.

« Mélomanes avertis, Mo’awiya et ses successeurs encouragent et protègent poètes et musiciens ». Déclinaison arabique des « despotes éclairés » ?

« Auparavant domaine de prédilection des esclaves musiciennes, la pratique musicale s’ouvre à d’autres acteurs, notamment des hommes libres, favorisant la montée en puissance d’une société de jouissance qui attire la méfiance des religieux ». 

« En 750, les Abbassides renversent les Omeyyades, le pouvoir se déplace à Bagdad où la vie intellectuelle et artistique connait un véritable Âge d’or. Les connaissances musicales font désormais partie de l’éducation de l’honnête homme ». L’exposition use à tort d’une expression désignant au XVIIe siècle européen l’homme nourri de la pensée grecque antique.

« Les califes, mais aussi les nobles, se font mécènes et s’entourent de musiciens. Parmi les plus célèbres, deux d’entre eux, Ibrâhîm et Ishâq al-Mawsili, père et fils, furent au cœur de plusieurs querelles des Anciens et des Modernes, témoignant des efforts de certains pour se libérer du carcan des règles rythmiques et mélodiques des générations précédentes et laisser plus de place à la création, à l’ornementation dans l’interprétation, tout en s’ouvrant aux influences perses très présentes à Bagdad ».

La musique arabo-andalouse
« Éloigné de la cour de Bagdad, le musicien Zyriab se réfugie en Andalousie où les Omeyyades se sont établis après leur défaite et ont créé l’empire Al Andalous ».
« Arbitre des élégances, il fonde une rayonnante école de musique à Cordoue qui étend son influence dans tout le territoire. On attribue à ce personnage semi-légendaire la création de la nouba (suite chantée et instrumentale) ».
« On doit également au philosophe et musicien Ibn Bajja de Saragosse (mort en 1139) le développement du caractère plus spécifiquement andalou de cette musique importée d’Orient, par l’ajout du zajal, poésie dialectale influencée par les formes romanes et wisigothes ».
« Après la Reconquista en 1492, les Arabes et les Juifs fuyant l’Espagne transposent ce riche patrimoine musical en Afrique du Nord. On en retrouve de nos jours l’héritage dans tout le Maghreb sous des appellations et des formes distinctes, en fonction à la fois de l’origine géographique andalouse et de l’influence des traditions musicales locales ». Il conviendrait de différencier les juifs et les musulmans ou/et Arabes. Les juifs étaient des autochtones, alors que les musulmans ou/et Arabes ont conquis la péninsule ibérique et l’ont occupée pendant des siècles.

Les musiques mystiques
« Avant l’invasion arabe, des influences musicales se font déjà sentir en Afrique en raison de la proximité de certains pays de la côte Est (Éthiopie, Soudan, Somalie) avec la péninsule arabique ».

« Suite à l’expansion de l’islam en Afrique, au nord mais également au sud du Sahara, de nombreux échanges culturels se développent ». C'est une expansion par la conquête militaire.

« Dans ce contexte, si les langues vernaculaires africaines continuent à être parlées dans la vie quotidienne, la langue arabe est véhiculée par l’apprentissage du Coran et par la prière, tous deux prenant une coloration et des accents locaux ». 

« Courant mystique de l’islam, le soufisme se développe sous formes de confréries en Afrique du Nord à partir du XVe siècle et en Afrique subsaharienne à partir du XVIIe siècle. La pratique des disciples est notamment composée de chants dévotionnels, dont le répertoire musical importé d’Orient s’enrichit des modes arabo-andalou et de formes locales ».

« Au sein du continent, de nombreuses communautés noires réduites en esclavage sont déplacées en Afrique du Nord où elles se sont depuis sédentarisées, important leurs croyances et leurs pratiques culturelles. Parmi elles, les musiques issues de l’esclavage, bien connues au Maroc sous le nom de Gnawa, se retrouvent aussi en Algérie dans le Diwan et en Tunisie dans le Stambali ».
.
Le sama, l’écoute spirituelle
« Dans le soufisme, le chant est considéré comme l’un des moyens privilégiés permettant d’accéder à Dieu. La musique que nous entendons ici-bas ne serait que le pâle écho de la musique céleste. Dans cette perspective, la manière d’écouter, l’audition, le samâ, comptent autant que les sons en eux-mêmes. »
« On raconte ainsi qu’un jour le sage Jalal al-Dîn Rumi, traversant le souk, fut soudain pris d’extase, transporté par le rythme des marteaux des artisans. »
« Réservé aux initiés, le sama est la récitation chantée des recueils de poésies mystiques des maîtres soufis. Il se pratique en séance collective dans la zaouïa, lieu de rassemblement dédié à la vie spirituelle, et il est accompagné de la pratique du zikr, ces invocations des noms de Dieu en islam. »

L’Egypte, « mère du monde »
« Longtemps reléguée à la périphérie de l’empire musulman sous domination ottomane, l’Égypte devient, au XIXe siècle, le nouveau centre du monde arabe ». 

« C’est sous le règne d’Ismaïl Pacha (1863-1879) qu’une transformation profonde du pays aboutit à la Nahda, la renaissance politique et culturelle arabe. Dirigeant porté par de grandes ambitions et mélomane averti, Ismaïl Pacha inaugure l’Opéra du Caire en 1869 en même temps que le canal de Suez. D’illustres chanteurs, musiciens et comédiens européens se produisent alors au Caire et à Alexandrie. Mais la musique égyptienne s’épanouit aussi, avec le grand chanteur ‘Abduh al-Hamûlî et le grand compositeur Mohammed ‘Uthmân. L’Égypte devient ainsi une capitale des arts au premier rang desquels figure la musique, instrument majeur de son rayonnement ». 

« Au tournant du XIXe et du XXe siècle, les musiciens et musicologues égyptiens cherchent à concilier la musique savante orientale ottomane, et la création d’une identité culturelle arabe contemporaine, qui puise à la fois dans les sources théoriques arabes de l’Âge d’or abbasside et dans les formes et les instruments européens. Il s’agit alors d’allier la notion d’authenticité à celle de modernité. Ce sera tout l’enjeu du congrès de musique arabe tenu au Caire en 1932 ».

Hollywood sur Nil
« Dans la lignée du théâtre musical qui avait rencontré un grand succès au début du XXe siècle, le cinéma égyptien fait l’objet d’un gigantesque engouement dès son apparition au Caire et à Alexandrie dans les années trente, avant de gagner l’adhésion de l’ensemble du monde arabe. »
« L’omniprésence de la musique se révèle dès la sortie en 1934 du film Al Warda al Bayda (La rose blanche) avec une composition musicale de Mohammed Abd El Wahab. »
« Le cinéma devient un passage incontournable pour les stars de la chanson.égyptienne : Abd El Halim Hafez, appelé aussi « Le rossignol du Nil ». Farid El Atrache et le mythique duo qu’il forme avec la danseuse Samia Gamal, Leila Mourad et bien sûr l’incontournable Oum Kalthoum. »
« Le cinéma égyptien restera le plus important du monde non-occidental, devant Bombay, jusqu’à la fin des années soixante-dix. ». Propriétaires de salles de cinéma, distributeurs, les Juifs du monde Arabe ont contribué à diffuser ces films.
.
Les musiques de l’exil
« Initiée dès le XIXe siècle, l’immigration maghrébine en France s’intensifie au lendemain de la Première, puis de la Seconde Guerre mondiale, encouragée par les mouvements d’indépendance et les besoins en main d’oeuvre pour la reconstruction du pays. »

« À Paris, les musiciens arabes, kabyles, musulmans et juifs immigrés trouvent un public et des maisons de disque qui diffusent leurs chansons inspirées des traditions populaires, du répertoire judéo-arabe ou encore de celui des grands maîtres égyptiens. C’est aussi la naissance des cabarets orientaux au quartier latin, dont le fameux « Tam-Tam » (Tunisie-Algérie-Maroc). Les cafés représentent un lieu de sociabilité où l’on écoute, à l’aide du Scopitone, une musique qui rappelle le pays quitté. »

« Progressivement, les musiques venues du Maghreb, d’abord cantonnées à un public communautaire, s’étendent pour toucher une plus large audience, contribuant ainsi à la vitalité musicale et culturelle de la France d’après-guerre. »
.
Deuxième génération et raï made in France
« En 1981, deux ans avant la marche pour l’égalité et contre le racisme rebaptisée « Marche des beurs », la création des radios libres favorise sensiblement la diffusion des musiques maghrébines en France (Radio Soleil, Radio Beur, Radio Gazelle puis Radio Orient), à côté des programmes en langue arabe de l’ORTF et des radios du monde arabe captées sur les grandes ondes. » Les radios de la fréquence juive ont diffusé la musique judéo-arabe, dont celle de Raoul Journo.
En arabe, raï signifie « opinion ». À travers cette musique populaire née dans la région d’Oran au début du XXe siècle, les artistes comme Sheikha Rimitti expriment les conditions difficiles de la vie quotidienne et la volonté de se libérer des tabous sociaux dominants en Algérie. »
« En France dans les années 1980 et 1990, le raï se renouvelle à travers l’émergence d’une génération de chanteurs portés par les chebs (« jeunes »), également influencés par le rock, le reggae ou la pop… »

Arabia Remix
« Le XXIe siècle marque dans le monde arabe l’émergence de nouveaux styles, hérités du patrimoine musical arabe et enrichis d’emprunts occidentaux. »

« Ces différents mouvements revendiquent leur filiation avec de grandes figures d’artistes engagés au Moyen Orient et au Maghreb, comme Cheikh Imam (Égypte), Marcel Khalifé (Liban) ou encore Nass el Ghiwane (Maroc) dont ils recherchent la liberté de parole. »

« Des chaines youtube ainsi que des émissions de téléréalité comme Arab Idol réunissent des millions d’internautes et de spectateurs venant des pays arabes du Golfe au Maghreb mais aussi des diasporas. On assiste ainsi à une forme de panarabisme contemporain qui réussit cette union culturelle là où le politique a échoué au siècle précédent. »

« Bien qu’ayant eu des effets politiques très contrasté, les mouvements révolutionnaires initiés en 2011 ont néanmoins suscité une intense créativité artistique notamment musicale nourrie de l’usage de nouveaux médias, d’internet et des réseaux sociaux. À travers le monde, les musiques arabes s’épanouissent aussi bien dans les festivals communautaires que dans les salles de concerts alternatives et les boîtes de nuit branchées où l’on danse au rythme de la néo-dabké d’Omar Souleiman, de la pop-rock de Machrou’Leila, des mélopées langoureuses de Yasmine Hamdane ou de l’électro-chaabi de Islam Chipsy ».
.
Electro chaabi
« Si la révolution qui a fait tomber le régime de Moubarak en 2011 semble déjà loin, il en reste une jeunesse égyptienne qui exprime sa colère et ses aspirations déçues dans le mahragan (littéralement «.festival.»), sorte de version électronique du chaabi né dans les quartiers pauvres du Caire ». « Enregistrées dans des home studios improvisés et di.usées sur internet faute de circuit commercial, ces chansons envahissent l’espace urbain à grand renfort d’auto-tune et de sons très rythmés. »
« Elles ont désormais également conquis les soirées de la bourgeoisie branchée des quartiers huppés. »


Quelques grandes voix de la chanson arabe

« Abdel Halim Hafez 1929-1977
Fils d’un muezzin, l’enfant prodige passe très vite des récitations coraniques dans la mosquée aux cabarets. Devenu très jeune le chanteur (et compositeur) le plus aimé du Caire, il restera au sommet de la gloire jusqu’à sa mort. Toujours à la pointe de l’innovation et de l’audace, il est le premier à tourner dans un film chantant et introduit dans ses compositions des emprunts à la musique occidentale ou latino américaine. On compte autant de chef d’oeuvres dans ses chansonnettes que dans ses grandes compositions de musique noble.

Dahmane El Harrachi 1926-1980
Abderrahmane Amrani - mieux connu sous son nom de scène Dahmane El Harrachi - est un musicien, chanteur, parolier et compositeur algérien de musique chaâbi… Ayant fait la plupart de sa carrière en France, il composa plus de 500 chansons. La plus célèbre Ya Rayah (Ô partant), sur l’émigration, le départ, a connu un grand succès à sa sortie en France en 1973, Rachid Taha en a fait une reprise qui a fait le tour du monde et a été traduite en plusieurs langues.

Fairouz née en 1935
Avant de devenir Fairouz (qui signifie «.turquoise.» en arabe), Nouhad Haddad menait une existence sérieuse et modeste. Sa rencontre avec Assi Rahbani va bouleverser sa vie : il va composer pour elle, l’épouser et transformer la chrysalide en papillon. La plus grande Diva de la nouvelle ère est née, reprenant par sa droiture et sa popularité le flambeau d’Oum Kalthoum. Sa gloire se cristallise dans le drame de la guerre du Liban. Âgée aujourd’hui de 83 ans, elle vit toujours à Beyrouth et a sorti son dernier album en 2017 : Bebalee.

Farid El Atrache 1910-1974
Né à Beyrouth dans une famille d’émirs druzes, frère d’Asmahan, il fut l’une des plus grandes stars du monde arabe pendant trois décennies. Chanteur, acteur, joueur de oud, compositeur, producteur…

Il forme avec Samia Gamal le couple le plus mythique du cinéma égyptien. Noctambule et joueur, il meurt ruiné à Beyrouth en 1974 et est enterré au Caire aux côtés d’Asmahan.

Oum Kalthoum 1898-1975
« L’Astre de l’Orient »… née au début du XXe siècle, elle est la fille de l’imam d’un petit village du delta du Nil.

Elle psalmodie le Coran et la vie du prophète habillée en garçon dans la première partie de sa carrière particulièrement longue et exceptionnellement glorieuse. Elle chantera des chansons de plus d’une heure, à la charge sexuelle menant à l’extase un public qui l’idolâtre. Quatre millions de personnes suivent son cercueil dont s’empare la foule en détresse lors de ses funérailles…

Warda el Djazaïria 1939-2012
Née en juillet 1940 à Puteaux d’un père algérien et d’une mère libanaise, la jeune Warda débute sa carrière dans le cabaret de son père, le Tam Tam au cœur du Quartier Latin. Elle baigne depuis son enfance dans les milieux nationalistes et artistiques de l’immigration algérienne en métropole. Elle rencontre très tôt le succès et entre chez Pathé-Marconi. Les plus grands compositeurs du moment lui offrent des titres : Bladi ya bladi (Pays oh mon pays) du tunisien Mohamed Jamoussi, ou son succès, Ya Oummi, (Oh maman). À quatorze ans et en pleine guerre d’Algérie, elle chante Ya habibi ya Moudjahid (Ô ami, Ô combattant) avant d’être expulsée avec sa famille en 1958 à Beyrouth dans le pays de sa mère, en raison des activités militantes de son père. Représentant l’une des rares chanteuses à être connue dans l’ensemble du monde arabe, du Maghreb au Moyen Orient, elle mourut au Caire où elle s’était installée  ».

Lexique de musiques arabes

« Arabo-andalou (style)
La musique andalouse qui s’est développée au Moyen Âge est héritière de la musique irakienne via le personnage de Zyriab qui s’exila à Cordoue. Après la Reconquista en 1492, la musique devint véritablement « arabo-andalouse » en trouvant dans les pays d’Afrique du Nord une terre d’accueil.

Chaâbi
Genre musical satirique et contestataire apparu en Algérie dans les années 1940. Le terme signifie littéralement « populaire ».

Derbouka
Tambour en forme de gobelet à une membrane qui accompagne presque tous les styles de musiques arabes.. Le musicien frappe au centre de la peau pour obtenir le son grave « doum » et sur le bord pour le son aigu « tak ». Il utilise la paume de sa main et ses doigts pour produire différents sons.

Gnawas
Les Gnawas (mot dérivé du N’Goni africain) sont des descendants d’anciens esclaves issus de tribus originaires d’Afrique subsaharienne (Sénégal, Soudan, Ghana...) Les confréries actuelles pratiquent encore de nos jours des rituels où le chant accompagné d’un jeu instrumental au. gumbri, tambour et karkabou, jouent un rôle essentiel. Les cérémonies Gnawies consistent en un rite de possession ayant un objectif thérapeutique : guérir, agir contre les influences négatives ou en faveur d’esprits favorables. On les retrouve en Algérie sous le nom de Diwan et en Tunisie sous le nom de Stambali.

Maqam¡
Le maqam est une notion centrale pour désigner les musiques arabes. Il s’agit d’une organisation des échelles mélodiques. À la différence du système des « gammes » (majeure, mineure...) telles qu’on les conçoit et les utilise en Occident, le maqâm est plus qu’un système d’intervalles.; il organise les intervalles entre chaque note ainsi que les cheminements à l’intérieur de cette « échelle ».

Nay
Longue flûte oblique de roseau à six trous postérieurs disposés par trois, et un trou antérieur. Elle fut introduite dans le monde arabe par les derviches tourneurs de Turquie.

Nouba
Suite musicale chantée et accompagnée d’instruments en Afrique du Nord (et pendant le Moyen-Âge en Andalousie)

Oud
Très répandu dans le monde arabe, où il est souvent considéré comme le roi des instruments, le oud possède une caisse de résonnance en forme de poire et un manche court. Ses cordes, en nylon, sont groupées par deux. On les pince avec les doigts ou à l’aide d’une languette appelée plectre.

Qanoun
Instrument par excellence de la musique savante, il est en forme de trapèze et possède 78 cordes. Le musicien pince les cordes, groupées par trois, à l’aide d’un plectre fixé sur son index. Le son du qanun est assez différent de celui du oud, grâce à ses cordes en métal.

Soufisme
Le soufisme est la dimension spirituelle de l’islam. Centré sur l’expérience intérieure, il explore le dogme et le rite musulmans pour en extraire la quintessence. Il est traditionnellement régi par la relation de maître à disciple au sein d’une confrérie.

Tarab
Terme difficilement traduisible dans une autre langue, le tarab est probablement ce qui caractérise le mieux la musique arabe : cette intense émotion qui s’empare de l’auditeur à l’écoute d’un chant particulièrement mélodieux et qui le bouleverse dans son âme et dans son corps, l’amenant à une sorte de transe qu’il peut ressentir seul ou collectivement lors d’un concert  ».


Du 6 avril au 19 août 2018
A la Cité de la Musique - Philharmonie de Paris
221, avenue Jean-Jaurès. 75019 PARIS
Tél. : 01 44 84 44 84
Du mardi au jeudi de 12 h à18 h. Vendredi de 12 h à 20 h. Samedi et dimanche de 10 h à 20 h
   
Articles sur ce blog concernant :
Articles in English
Les citations proviennent du dossier de presse.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire