lundi 15 mai 2017

« Alger, la Mecque des révolutionnaires (1962-1974) » par Ben Salama


Arte diffusera le 16 mai 2017 « Alger, la Mecque des révolutionnaires (1962-1974) » (Algier - Mekka der Revolutionäre (1962-1974)), documentaire par Ben Salama. De Che Guevara aux Black Panthers, via l'OLP (Organisation de libération de la Palestine) d'Arafat, l'Algérie a accueilli et soutenu, avec une rare persistance, des dirigeants et organisations souvent extrémistes. La diplomatie aberrante et choquante d'un régime autoritaire ayant échoué à assurer un développement économique et social satisfaisant pour sa population.

« La croix gammée et le turban, la tentation nazie du grand mufti » de Heinrich Billstein
« Les musulmans vont en pèlerinage à la Mecque, les chrétiens au Vatican et les mouvements de libération nationale à Alger », a résumé Amilcar Cabral (1924-1973), fondateur du Parti africain pour l'indépendance de la Guinée et du Cap-Vert, PAIGC (Partido Africano da Independência da Guiné e Cabo Verde).

« De 1962, année de son indépendance, et jusqu'en 1974, l’Algérie aide activement les mouvements anticoloniaux et les révolutionnaires du monde entier, « Alger la rouge » offrait asile et assistance aux opposants et exilés de nombreux pays ». 

« Avec son sens de la formule, Amilcar Cabral, le fondateur du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) qualifiera le pays de « Mecque des révolutionnaires ». 

« Dirigée par le tandem Ahmed Ben Bella (à la présidence) et Houari Boumediene (au stratégique ministère de la Défense), l’Algérie jouit alors du prestige d’une indépendance acquise par les armes ».

Un pays dont les dirigeants, notamment Ben Bella, sont reçus à la Maison Blanche sous la présidence de John F. Kennedy. Celui-ci tente en vain de dissuader Ben Bella de se rendre à Cuba, dans un avion cubain. A La Havane, l'accueil est chaleureux. Ben Bella apparaît en héros ayant défié le blocus américain.

« Suivant l'inspiration de Fidel Castro et du Che, qui réserveront à Cuba un accueil triomphal à Ahmed Ben Bella, le pays s’impose comme le leader des aspirations des peuples du Tiers-monde » luttant contre la colonisation, des problèmes raciaux.

Le régime autoritaire « apporte un soutien total aux opposants qui viennent à lui, aussi bien moral que diplomatique et financier ».

Il reçoit le Raïs égyptien Nasser avec enthousiasme. "Ben Bella et Nasser prônent un socialisme compatible avec l'islam"

"Au début des années 1960, l'Afrique est en pleine ébullition". Des chefs de mouvements de libérations, des "damnés de la terre" viennent voir le "modèle algérien" à Alger la Blanche devenue Alger la Rouge dépourvue de sa population européenne, juive et chrétienne.

Jacques Vergès joue un rôle important en Algérie.

A l'automne 1963, un conflit surgit entre l'Algérie et le Maroc à propos d'un territoire litigieux. L'Armée marocaine s'avère plus puissante. L'Egypte envoie des hélicoptères à l'Algérie. Sous l'égide de l'Organisation de l'unité africaine (OUA), l'Algérie et le Maroc signe un accord.

Le Che et Ben Bella veulent agir au Congo Kinshasa.

L'Algérie confère au Fatah une ambassade. Une reconnaissance transférée ensuite à l'OLP. Les fedayin sont entraînés en Algérie. Le documentaire ment : en 1967, Israël n'a pas annexé les territoires conquis lors de la guerre des Six-jours : la Judée, la Samarie, la bande de Gaza. En 1974, l'Algérie accueille Arafat à l'Assemblée générale de l'ONU (Organisation des Nations unies).

Chassée d'Afrique du sud, Miriam Makeba chante en Algérie.

Du Che aux Black Panthers
« Grâce à un habile montage d'archives, ce film revisite la décennie prodigieuse, et méconnue, au cours de laquelle la plupart des opposants à la colonisation et au racisme, du Che aux Black Panthers – en passant par les indépendantistes bretons !" et les révolutionnaires brésiliens –, "feront escale dans une capitale algérienne effervescente, rebaptisée « Alger la rouge ». Et ce, alors que le monde est divisé, pendant la Guerre froide ou la Détente, en deux blocs - l'Occident dirigé par les Etats-Unis et pays communistes sous la férule de l'Union soviétique -, tandis qu'émergeaient le Tiers-monde et des pays non alignés cherchant une hypothétique troisième voie politique, économique.

« Même après le coup d'État de Boumediene en 1965, le pays poursuivra sur cette lancée ». Une diplomatie algérienne prisant les mouvements recourant à la violence et un nouvel ordre mondial. Un foyer de déstabilisation qui conduit à s'opposer aux Etats-Unis. En 1974, les deux pays renoueront sous la présidence de Richard Nixon : l'Algérie vendra son pétrole et son gaz aux Etats-Unis.

« Si cette politique finira par évoluer au mitan des années 1970, elle restera un sujet de fierté pour le peuple algérien ». 

Dès 1963, l'ANC (Congrès national africain) bénéficie d'un bureau à Alger. « Après sa libération, en 1990, près de trente ans après s'être entraîné avec les fellagas, Nelson Mandela leur rendra un vibrant hommage et déclarera : « L'Algérie est mon pays. » Avant son emprisonnement, Mandela avait déclaré : « Peut-être que vous ne savez rien… Je suis parti en Algérie où je me suis entraîné. L'Algérie est mon deuxième pays ». Un militant luttant contre l'apartheid en Afrique du Sud, et non indigné par l'exode des juifs et des chrétiens.

Un « pan méconnu de la politique internationale algérienne, revisité en archives ».

De manière paradoxale, Alger a accueilli ces mouvements révolutionnaires, tout en refusant de reconnaître les droits fondamentaux aux Amazighs ou Berbères en Algérie.

L'Algérie, qui a encouragé ces mouvements recourant à la violence, au terrorisme, a été victime d'une guerre civile tragique.


Electron Libre et Version Originale Productions, 2014, 56 min
Sur Arte le 16 mai 2017 à 22 h 25

Visuels
L'ancien premier président de la République d'Algérie (1963-1965) Ahmed Ben Bella
Pendant la présidence de République d'Algérie, Ahmed Ben Bella a pour objectif de construire un socialisme typiquement algérien (liens avec Cuba et la France à la fois). Ici avec Ernesto Che Guevara
L'ancien premier président de la République d'Algérie (1963-1965) Ahmed Ben Bella
© Electron Libre

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