Citations

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« Il faut commencer par le commencement et le commencement de tout est le courage » (Vladimir Jankélévitch).
« Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort. Il est de porter la plume dans la plaie. » (Albert Londres)
« Le plus difficile n'est pas de dire ce que l'on voit, mais d'accepter de voir ce que l'on voit » (Charles Péguy).

lundi 12 février 2018

L’Arabie saoudite


Arte diffusa, dans le cadre de la série documentaire « Mystérieuse Arabie  » (Unbekanntes Arabien), « Arabie saoudite : l’ouest » (Saudi-Arabien - Der Westen) de Sabine Howe, et « Arabie saoudite : l’est » (Saudi-Arabien - Der Osten) de Steven Galling. De belles images… De nouveaux documentaires sur le royaume des Saoud en moins de six mois.

L’Arabie saoudite est l’un des rares Etats à inclure, depuis sa fondation en 1932, dans son nom celui de la famille régnante, les Saoud.

Un Etat gardien de lieux saints de l'islam - La Mecque, destination du pèlerinage, et Médine -, farouche promoteur dans le monde du wahhabisme, branche du sunnisme, soutien du terrorisme, rival de l'Iran des mollahs dans la domination régionale au Moyen-Orient, leader dans la guerre au Yémen.

Un pays ébranlé par la crise pétrolière, fragilisé par les bouleversements du monde Arabe - activisme des Frères musulmans, émergence de groupes terroristes islamistes qu'il a financés, etc. -, craignant le programme nucléaire iranien, négligé par le précédent président américain Barack Hussein Obama, et tancé par le président actuel Donald Trump de lutter contre le terrorisme.

"Al-Garida al-Rasmiya – le journal officiel égyptien – a publié le 17 août dernier l’accord entre l’Egypte et l’Arabie saoudite sur la délimitation de leurs frontières maritimes, signé le 8 avril 2016 lors de la visite du roi Salman au Caire. Une formalité qui concrétise la ratification dudit accord. Les îles de Tiran et Sanafir n’y sont pas mentionnées, mais la carte de l’amirauté britannique jointe, et les coordonnées spécifiées dans l’accord, ne laissent planer aucun doute : celles-ci se trouvent désormais incluses dans les eaux territoriales saoudiennes", a écrit Zvi Mazel dans The Jerusalem Post (3 septembre 2017)

Et d'expliquer : "Ainsi, ces deux îles minuscules et inhabitées, qui contrôlent pourtant l’entrée du détroit de Tiran, c’est-à-dire l’accès au golfe d’Aqaba/Eilat, se trouvent désormais aux mains d’un pays n’ayant pas de relations diplomatiques avec Israël. Or, elles sont incluses dans la zone C à l’est de la péninsule du Sinaï qui, selon l’annexe militaire du traité de paix de 1979 entre Israël et l’Egypte, devaient être démilitarisées ; seule la police égyptienne civile était autorisée à y pénétrer. Des patrouilles navales de la MFO (Force multinationale et observateurs au Sinaï), établie pour superviser le respect du traité, visitent régulièrement les îles et transmettent leur rapport à l’Egypte et à Israël. Ainsi deux minuscules territoires insulaires au potentiel stratégique immense sont passées d’un pays qui est en paix avec Israël, à un pays qui est toujours techniquement en guerre avec lui. Le golfe d’Aqaba est le seul débouché d’Israël vers l’Asie et l’Afrique, deux continents d’une importance vitale pour sa sécurité et son économie : on l’a vu, le blocus de 1967 imposé par Nasser a entraîné la guerre de Six Jours. Rien n’indique aujourd’hui qu’une confrontation militaire pourrait éclater entre Israël et l’Arabie saoudite, deux pays fortement engagés dans la lutte contre l’Iran ; selon des rumeurs concordantes, il y aurait même une importante coopération sécuritaire entre les deux. Officiellement pourtant, la position de Riyad reste hostile à l’Etat juif. Le royaume a bien résisté aux attaques terroristes d’al-Qaïda et au Printemps arabe, mais il reste profondément inféodé à l’establishment wahabite et son islam rigoureux, reposant sur le salafisme le plus extrême.

Et de conclure : "Il est vraisemblable que les Etats-Unis – qui se sont portés garants du traité de paix entre l’Egypte et Israël, et qui sont membres fondateurs et principaux financiers de la FMO – aient participé aux négociations, dont ils se sont peut-être également portés garants. Il n’en reste pas moins qu’Israël n’avait guère le choix. S’opposer au transfert, c’était ouvrir une crise grave avec l’Egypte aux conséquences imprévisibles, compte tenu de la situation hautement instable du Moyen-Orient. Il reste à espérer que l’Egypte tiendra parole, et s’assurera que l’Arabie saoudite tienne ses engagements".

Raif Badawi, lauréat du prix Sakharov 2015, "a été accusé d'apostasie et d'insulte à l'islam. Détenu en prison depuis juin 2012, il a été condamné par la justice saoudienne à 10 ans de prison, 1 000 coups de fouet et 232 000 euros d'amende pour « insulte envers l'islam » et pour avoir créé en 2008 et animé un site, Free Saudi Liberals (« Libérez les libéraux saoudiens »), prônant la tolérance religieuse et proposant aux internautes un forum pour débattre des idées et des réformes susceptibles de faire évoluer les mentalités et la société saoudiennes vers davantage de liberté citoyenne. Le 9 janvier 2015, le jeune blogueur saoudien a reçu cinquante coups de fouet devant la foule réunie sur la place de la mosquée de Djufali à Jeddah, suscitant un tollé international. Ensaf Haidar est à Paris. Clarence Rodriguez l'a interviewée. Ensaf Haidar, l'épouse de Raif Badawi, lutte pour la libération de son époux. Depuis octobre 2013, Ensaf Haidar et ses trois enfants (âgés de 14, 13 et 11 ans) se sont exilés dans la ville de Sherbrooke au Québec".

Crise 
« L’Arabie saoudite - Une puissance pétrolière en crise » (Saudi-Arabien - Ölmacht in der Krise) est un documentaire de Michael Richter, et « Les femmes en Arabie saoudite - Une révolution silencieuse » (Die heimliche Revolution - Frauen in Saudi-Arabien) est réalisé par Carmen Butta.

« État clé du Golfe, l’Arabie saoudite subit aujourd’hui de plein fouet les conséquences de la chute du cours du pétrole. Enquête sur un royaume au bord de l’implosion ».

Environ 10% des habitants de l'Arabie saoudite sont chiites et contestent le pouvoir sunnite, se disent discriminés économiquement et politiquement. Une contestation sévèrement réprimée. Des "prédicateurs chiites attisent les tensions".

« L’Arabie saoudite n’est pas à une contradiction près. Partenaire de l’Occident, ce royaume quasi théocratique exporte un islam fondamentaliste tout en se posant en ennemi de l’État islamique ». Le royaume n'est pas exempt d'attentats terroristes.

L'Arabie saoudite a envoyé des imams pour exporter son islam - rejet et diabolisation de l'autre, etc. - notamment en Belgique. Dans l'indifférence ou avec la complicité d'autorités politiques nationales ou locales. "Le salafisme est narcissique : "Je suis le meilleur", déclare un musulman belge. Des terroristes originaires de Bruxelles ont participé aux attentats à Paris et dans la capitale de la Belgique.

«  Si cette monarchie a longtemps été considérée comme un îlot de stabilité dans une région en crise, l’Iran, son principal concurrent au Moyen-Orient et son ennemi dans la guerre par procuration que se livrent les deux pays au Yémen, ne cesse de gagner du terrain ».  L'Iran et l'Arabie saoudite sont rivales pour détenir la suprématie dans le monde arabe. L'Arabie saoudite veut faire pression sur le Qatar pour que celui-ci réduise son alliance avec l'Iran.

« Parallèlement, les cours du pétrole s’effondrent, et pour la première fois, l’Arabie saoudite s'est vue contrainte de lancer un emprunt auprès d’investisseurs internationaux ».

« Après l’accession de Salmane Ben Abdelaziz Al-Saoud au trône en 2015, la famille royale parviendra-t-elle à se maintenir au pouvoir ou ce pays dans la tourmente imploser-t-il – avec des conséquences imprévisibles pour la région, mais aussi pour l’Europe ? »

Selon un intervenant, le terrorisme serait causé par une "fracture". Ce qui exonère toute réflexion sur le lien entre islam et terrorisme.

Les femmes « disparaissent sous l’« abaya » et le voile prescrits par la loi islamique. Elles n’ont pas le droit de conduire ni même de se déplacer sans « tuteur ». Dans le royaume ultraconservateur d’Arabie saoudite, corseté par la charia et les traditions, les femmes peuvent difficilement s’extraire du carcan qui leur est imposé ».

« Pourtant, une révolution silencieuse semble être en marche : une nouvelle génération de femmes se fraie avec assurance un chemin dans la vie professionnelle ». Certaines femmes récusent toute opposition frontale avec le régime.

« En 2015, pour la première fois dans l’histoire du pays, les femmes ont ainsi pu se présenter à des élections. Élue il y a quelques mois au conseil municipal de Djedda, Rasha Hefzi refuse de céder le moindre pouce de terrain à ses collègues masculins et conservateurs ». En 2018, les femmes seront autorisées à conduire des automobiles.

« Om Saif, une jeune femme qui a repris la boulangerie familiale dans la vieille ville de Djedda, exprime elle aussi ce désir d’émancipation. Vêtue d’un niqab noir, elle donne des instructions à ses employés avant de prendre elle-même place derrière le comptoir – un grave péché pour de nombreux Saoudiens. Om ne cède pourtant pas à la peur et espère, par son exemple, encourager d’autres femmes à s’engager sur la même voie ».

« En effet, d'autres Saoudiennes revendiquent leur droit à exister sur la place publique. Politiciennes, avocates, journalistes, sportives ou entrepreneuses, toutes soulignent que la société a besoin des femmes pour avancer ».

« Portrait de Saoudiennes courageuses qui se battent pour faire évoluer la situation des femmes dans leur pays. Un film à leur image, nuancé, malin et plein d'énergie ».

« Mystérieuse Arabie »
Le rôle du wahhabisme dans la réislamisation des immigrés musulmans en Europe ? L’incitation du royaume de la dynastie saoudienne au terrorisme, au djihad  ? La peur de la famille des Saoud à l’égard du programme nucléaire iranien, de la domination régionale du régime des ayatollahs shiites ? Cette série documentaire « Mystérieuse Arabie  » ne vous en dira rien.

Arabie saoudite : l’ouest
« Gigantesque royaume bâti dans le désert, l’Arabie saoudite passe pour l’un des États les plus riches et conservateurs de la planète. Mais au-delà des lieux communs, comment vivent ses habitants ? Une découverte en cinq volets de la péninsule arabique ».

 Djeddah "est la ville la plus animée du royaume, un lieu d'échanges commerciaux depuis des siècles. La modernité est arrivée à Djeddah. La vieille ville est maintenant habitée par les immigrés". Le port de Djeddah est le plus important du pays. Le marché permet de négocier les prix.

Situé au bord de la mer Rouge, Djeddah est « la deuxième ville du pays par sa population. « La jeune danseuse Joumana rêve de pouvoir se produire un jour en public tandis que l’urbaniste Sami souhaite redonner son lustre au centre historique, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco ». De nombreux pèlerins s'arrêtaient à Djeddah avant de rejoindre La Mecque. Âgée de 18 ans, Joumana prend des cours de danse dans une école privée. Elle "est ravie que l'interdiction de conduire ait été levée pour les femmes". Elle "se prépare à l'examen de professeur de danse classique. Un pas de plus vers l'indépendance". Joumana exprime son optimisme concernant les droits des femmes.

Sami "supervise les travaux de restauration effectués dans une mosquée qui a subi des transformations au fil des siècles". Il estime "que l'édifice a au moins 600 ans".

« Avec son salon de toilettage ambulant" pour animaux de compagnie, Houda "incarne quant à elle l’inventivité des Saoudiennes pour s’émanciper ». Houda a quatre employés masculins. "Nous, femmes saoudiennes, devons nous couvrir les cheveux". Célibataire, Houda "travaille pour son compte, grâce à des soutiens masculins", dont son père.

Environ "70% des Saoudiens ont moins de trente ans".

L'appel à la prière est très respecté. Toute vie professionnelle s'arrête. Le wahhabisme confère beaucoup de droits aux hommes sur les femmes, jusqu'à leur mère.

Les Saoudiens raffolent des dattes. Le palmier dattier peut atteindre trente mètres. La récolte annuelle s'élève à plus d'un million de tonnes de dattes. Avec l'Egypte et l'Iran, l'Arabie saoudite est l'un des trois principaux pays producteurs de dattes. Lors du Ramadan, le jeûne est rompu par des dattes dont les bienfaits pour la santé humaine sont reconnus.

« Cet épisode s’intéresse aussi aux « hommes-fleurs » de la province montagneuse d’Asir, qui, parés de leurs couronnes végétales et de leurs costumes colorés, tentent de défendre les traditions de leurs ancêtres ». "Vielle de plus de mille ans, cette tribu, proche du Yémen, cultive son indépendance culturelle et le montre par les fleurs". Fleurs odorantes et herbes aromatiques sont nouées en couronnes. Une tradition venant des "ancêtres bergers qui chantaient des chansons d'amour la nuit, et à l'aube en menant paître les troupeaux". Ce sont des "chevriers nomades confiants en l'avenir", et en la fidélité de générations futures à ces traditions.

L'art "procure la sérénité" à Fatimah, peintre qui encourage les femmes à renouer avec une pratique picturale traditionnelle délaissée avec le boom pétrolier.

Arabie saoudite : l’est
« Composé à 95 % de déserts, le territoire de l'Arabie saoudite recèle de nombreuses surprises pour les visiteurs. Dans sa partie orientale se trouve la ville côtière de Dammam, dont les gigantesques champs pétrolifères ont fait la fortune du pays. Un peu plus loin à l'intérieur des terres se trouve la capitale, Riyad, et son marché aux puces... »

Un habitant sur cinq vit à Riyad. Nasser "dirige un restaurant fréquenté par le "Tout-Riyad" et constitué d'espaces individualisés. Il choisit un mouton dans le marché aux bestiaux de la ville". La ville est souvent embouteillée.

« Le marché aux puces de Riyad attire tous les jours hommes d'affaires, travailleurs journaliers et milliardaires qui s'adonnent à l'un de leurs passe-temps favoris : le marchandage ». 

« En plein désert, par 50°C à l'ombre, de vastes installations frigorifiques et une station d'épuration permettent à Pierre Hakim de produire un caviar d'excellence dont se régalent les riches Saoudiens ». Une qualité induite par la sélection des esturgeons.

Dammam est la grande ville de la côte est. Depuis quelques années, la police religieuse est moins présente. "L'islam wahhabite interdit les représentations figuratives. La calligraphie reste prisée des jeunes Arabes".

« De son côté, la peintre Fatimah démontre que la société doit désormais compter avec les femmes ». Son célibat à 28 ans lui est reproché par son entourage. Son exposition aurait été inimaginable il y a encore plusieurs années de cela. La galeriste ne se "couvre pas le visage car le Coran ne l'exige pas", mais dissimule parfois ses cheveux et aime porter des abayas colorées.


« Mystérieuse Arabie »
Allemagne, 2017, 45 min
« Arabie saoudite : l’ouest » de Sabine Howe : le 12 février 2018 à 19 h
« Arabie saoudite : l’est » de Steven Galling : le 13 février 2018 à 19 h
Visuels :
Le Kingdom Center est l'emblème de la capitale Riyad.
© Stefan Paul
Jumana Khalid, 18 ans, rêve d'être un jour la première ballerine saoudienne à danser en public.
Houda Talbani gère un service mobile de soins des animaux de compagnie à Jidda.
Les dattes sont un atout culturel en Arabie Saoudite et sont traditionnellement servies à chaque réunion sociale.
© Stefan Paul
Les fleuristes d'Asir cultivent une vieille tradition : les couronnes tissées à la main sont portées en coiffure.
© Connie Goos
Les tombes rupestres de Madain Saleh sont des sites du patrimoine culturel mondial de l'UNESCO.
© Steven Galling
Le marché aux puces de Riyad est ouvert tous les jours. Dans l'après-midi, les pièces les plus étranges et précieuses sont mises aux enchères.
© Stefan Paul
Fatimah Alkthani vit maintenant de son art. Elle lutte toujours contre l'hostilité des Saoudiens conservateurs.
© Connie Goos    

Allemagne, 2017, 52 Min.
Sur Arte les 5 septembre 2017 à 22 h 35 et 15 septembre 2017 à 9 h 25, 27 mars 2018 à 20 h 50
Allemagne, 2016, 44 Min.
Sur Arte le 5 septembre 2017 à 23 h 30
Visuels :
Un panneau "Vision 2030" : date de la sortie de crise ?
Le projet économique du roi Abdallah - l'Arabie Saoudite ouvre la voie à un avenir sans pétrole
La mosquée flottante à Jeddah
Pique-nique en famille sur la plage de Jeddah
Vue sur les toits de Jeddah

Scène de rue
L'avocate Sofana Dahlan et sa secrétaire Kiran Arshad
© Stefanie Platen

La famille de Fatimah Mosalli
© Gabriele Riedle

Une boulangère en Arabie Saoudite
© Stefanie Platen

Somayya Jabarti est rédactrice en chef
© Gabriele Riedle

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Shoah (Holocaust)
Les citations sur les documentaires sont d'Arte. Cet article a été publié le 5 septembre 2017.

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