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dimanche 29 novembre 2020

« L'invention du luxe à la française » de Stéphane Bégoin

Arte diffusera le 5 décembre 2020 « L'invention du luxe à la française
 » (Versailles - Wo Frankreich den Luxus erfand), documentaire de Stéphane Bégoin« Si la France symbolise le luxe sur le marché international, elle le doit à Louis XIV et son ministre Colbert. Un passionnant retour sur les débuts d’une aventure mouvementée qui mêle innovation scientifique et technique avec espionnage industriel pour aboutir à la création des industries du luxe en France ». Un luxe qui s'est "démocratisé" par les accessoires et qui s'était longtemps adapté aux évolutions de la société française.

« À la veille de la Révolution française, toute l'Europe accourt dans la capitale du luxe pour s’approvisionner en draps fins, porcelaines de Sèvres, miroirs de Saint-Gobain, soieries lyonnaises, dentelles d’Alençon et autres témoignages éclatants d'un savoir-faire admiré dans toutes les cours du continent ». 

« Plus de deux siècles plus tard, la France reste un symbole international du luxe, entre haute couture, cosmétiques et grands vins, mais on a oublié qu’elle le doit à l’ambition de Louis XIV et à la vision de son ministre Colbert, qui ont créé de toutes pièces un appareil industriel sophistiqué pour se lancer à la conquête des marchés ». 

« Car en 1665, le royaume est exsangue. Le budget militaire assèche des finances déjà mises à mal par une sévère crise économique ». 

« Alors qu'il devient indispensable de créer des emplois, la France importe deux fois plus qu’elle n’exporte ». 

« De la Chine à Venise en passant par les Pays-Bas, chaque contrée garde précieusement le secret de sa spécialité ». 

« Face à ces difficultés, le Roi-Soleil innove résolument, en choisissant de développer des industries d’exception ». 

« Fer de lance de la politique mercantiliste du gouvernement, le luxe se développe à travers les manufactures royales grâce à l’innovation technique et scientifique et à de nouvelles formes de savoir-faire et de travail ». Chimistes, industriels et artistes français ont conçu une palette chromatique particulière, dont le rose Pompadour s'avère peut-être la nuance la plus célèbre.

« Mais son essor repose aussi sur des méthodes moins avouables : espionnage industriel, débauchage systématique et, au besoin, rapt pur et simple ».

« Ce choix du haut de gamme, fût-ce au prix de quelques basses œuvres, va s’avérer doublement payant, en renflouant les caisses de l’État et contribuant au rayonnement du souverain et de son royaume ». 

« Entre excellence industrielle, évolution économique, légende dorée et nouvelles sociabilités, Versailles impose le luxe français en Europe pour plusieurs siècles ». 

« À la fin du XVIIIe siècle, le goût du faste, apanage de la noblesse, laissera place à un nouvel art de vivre "à la française" dont s’empare une bourgeoisie en plein essor, tandis que ses produits phares s’exportent désormais dans le monde entier ». De la reine Marie-Antoinette, la mode se diffusait via l'aristocratie, la bourgeoisie...

« De l’origine des glaces de la fameuse galerie du château de Versailles, conquises de haute lutte par Colbert en Italie, à la longue quête de la perfection en matière de fabrication textile, Stéphane Bégoin retrace, dans un récit fourmillant de détails et d’anecdotes, la palpitante genèse de l'industrie du luxe ». 

« Rythmé par des gros plans sur de précieux objets d’époque et des scènes de reconstitution éloquentes, son film entrelace les analyses et témoignages d’une multitude d’intervenants (archivistes, historiens, plasticiens...) avec de riches archives, notamment iconographiques. »

Ce luxe puisait dans un vivier d'artisans - brodeurs, plumassiers, etc. -, d'ouvriers travaillant dans les villes et les campagnes avoisinantes, et d'industriels - soyeux lyonnais (Bianchini-Férier qui recrute notamment le peintre Raoul Dufy pour concevoir des motifs, Malfroy et Million), parfumeurs de Grasse (Galimard, Molinard, Fragonard)... Cette collaboration fructueuse entre fabricants de tissus en soie à Lyon et haute couture parisienne est illustrée dans "Falbalas", film français réalisé par Jacques Becker (1945), et interprété par 
Raymond Rouleau, Micheline Presle et Jean Chevrier.

Les années 1970 semblent avoir amorcé un virage décisif, accentué dans les années 1990, dans le luxe à la française : raréfaction des clientes, changements dans les modes de vie de l'aristocratie et de la haute bourgeoisie contractant la garde-robe en éliminant les changements fréquents de vêtements diurnes (robe de cocktail), désindustrialisation et délocalisation dans des pays à moindre coûts salariaux, pression fiscale sur les artisans, constitution de groupes de luxe méprisant les fondateurs - Jean-Louis Scherrer (1935-2013), fondateur en 1962 de la maison de haute couture portant son nom, a été licencié en 1992 par le groupe japonais Seibu -, abusant des changements fréquents de directeurs artistiques, misant sur un retour sur investissement rapide et élevé, imposant des tarifs prohibitifs pour un produit en partie fabriqué hors de France...

Surtout, c'est l'abandon de la beauté comme critère, du bon goût comme dénominateur commun et de l'élégance "à la française" au profit du scandale médiatisé, de la provocation dédaigneuse.

« Les secrets du luxe »  
Arte publie « Les secrets du luxe » de Laurence Picot. « La France est en crise : le chômage galopant, un dérèglement climatique et une pandémie encore incontrôlée mettent en péril l’existence du peuple et laissent vides les caisses de l’État. Malgré des points communs surprenants, nous ne sommes pas en 2020, mais… en 1661 !  Pour redresser le pays, la stratégie inédite choisie par le roi Soleil et son ministre Colbert consiste à transformer le pays en berceau des industries du luxe. »

« La France représente le luxe dans le monde entier.  Pas une marque de l’hexagone qui ne revendique cette French Touch comme l’aboutissement d’un long parcours d’excellence dont les origines se confondent avec la nuit des temps. Des années d’enquêtes dans les secrets des archives françaises et étrangères nous apportent un point de vue bien différent : la France n’a pas toujours été championne du luxe. »

« Jusqu’au XVIIe siècle, la France s’enorgueillit de savoir-faire nationaux, avec ses tissages au fil d’or, uniquement dédiés au roi. La Chine a sa porcelaine, l’Italie ses miroirs, les Anglais leurs draps fins… Des secrets de production que la France cherche à s’approprier. »

« Ce livre nous emmène, de 1661 à 1900, à la découverte de cette quête parfois rocambolesque au travers de personnages hauts en couleur, dévoilant des secrets peu avouables et éclairant les mystères de ces secteurs florissants restés méconnus. » 

« Illustré par les images innovantes LuxInside®, mélange de scanner médical et de photo, révélant des mystères invisibles à l’œil nu, et par des archives inédites, l’ouvrage remplit les blancs que la mémoire collective avait oubliés. Il surprend et redonne du sens au luxe qui aujourd’hui pourrait plus s’apparenter au superflu qu’au nécessaire quand on n’en connaît pas les arcanes... »

« Spécialisée dans les industries du luxe, Laurence Picot a collaboré plus de quinze ans comme journaliste au Monde, ELLE et Paris Match, enseigné en master de gestion des Industries du Luxe à l’Université de Paris Est et créé le collectif art science LuxInside, première collection de photos associées au scanner médical décryptant 14 objets icônes du luxe contemporain. Laurence s’attache à mettre en lumière les qualités cachées du luxe: savoir faire et innovation scientifique. Depuis 2012, elle mène une enquête au long cours sur les origines du luxe français, remontant le temps jusqu’au XVIIe siècle afin d’en comprendre les arcanes. Elle s'est plongée dans les archives publiques et privées, en France et à l’étranger, s’appuyant sur des documents originaux souvent inédits ».

Parfums Houbigant
Créée en 1775 à Paris par Jean-François Houbigant, la maison de Parfums Houbigant est l'une des maisons de parfumerie françaises les plus anciennes et réputées. Parmi ses clients figuraient les reines Marie-Antoinette et Victoria, l'homme d'affaires, avocat et journaliste Thadée Natanson, l'écrivain russe Léon Tolstoï, le romancier anglais Oscar Wilde... A Paris, son magasin se trouvait au 19 rue de faubourg Saint-Honoré. 

Alfred Javal (1844-1912) débute à 16 ans comme apprenti tailleur. En 1865, il est recruté par la Parfumerie Violet qu'il représente dans les empires russe et allemand. En 1880, cet homme d'affaires juif français d'origine alsacienne devient propriétaire associé (50%) avec Paul Parquet (1856-1916) des parfums Houbigant pour 200 000 francs. En 1882, l'enseigne devient « Houbigant Javal-Parquet ». Alfred Javal séjourne en septembre à Fontainebleau, cité impériale où sa famille maternelle, Metzger, habite depuis la Restauration - "en 1819, son grand-père, Moïse Metzger, marchand", a co-signé pour l'acquisition "d'une maison, rue des Pins (rue des Maudinés)" pour la transformer en synagogue - et où il fait édifier trois villas pour ses deux filles et lui : la villa Saint-Honoré, la villa Les Thuyas et la villa Pierronnet. En 1916, au décès de Paul Parquet, Fernand Javal (1884-1977), fils d'Alfred Javal, prend comme associé l'ingénieur chimiste Robert Bienaimé (1876-1960) pour diriger « Javal et Bienaimé » puis « Houbigant S.A. ». Son fils Antoine Javal (1921-2008) est le dernier co-propriétaire jusqu'à la liquidation de l'affaire dans les années 1980.  Dans la famille Javal, citons deux éminentes personnalités : le Dr Louis Émile Javal (1839-1907), ophtalmologue ayant crée une méthode d'orthoptie, et lors de la guerre de 1870 chirurgien-major de l'armée de Paris, et la journaliste, femme de lettres, politicienne et féministe française, Louise Weiss (1893-1983).

Cœur de Jeannette (1899), Parfum idéal (1900), Quelques fleurs (1912)... Tels sont les noms de célèbres parfums Houbigant. "D'autres fragrances suivirent, présentées dans des flacons de René Lalique ou de Baccarat : La Rose France (1911), Parfum d'Argeville (1917), Subtilité et Mon Boudoir (1919), Au Matin (1923), Essence rare (1929), constitueront un patrimoine artistique et olfactif d'une rare qualité. En 1925, fut lancée La Belle Saison avec un flacon signé René Lalique. Idéal lancé en 1900 fut le premier parfum composite et un grand succès depuis de nombreuses années. Son créateur, Alfred Javal, eut l'idée de la conception de boîtes à partir d'un tapis d'Orient qu'il avait vu à Deauville. De grands artistes et de grands bourgeois se parfumaient chez Houbigant", a écrit Frédéric Viey (Tribu 12, n° 56, automne 2018).

En 2005, la famille Perris achète le nom Houbigant pour les "fragrances et cosmétiques" et relance la marque et la production. 

Coco Chanel
Durant l’Occupation, dans un contexte de persécutions antisémites et d'aryanisation des biens dont les propriétaires sont Juifs, Coco Chanel a tenté de récupérer les parts détenues par ses associés, les Wertheimer, dans les Parfums Chanel. 


En 1954, cette famille d'industriels juifs français rachète la maison de couture Chanel après le mauvais accueil de la collection de Chanel dans laquelle Coco Chanel décline son style novateur : un tailleur de tweed souple et gansé, arboré pour la première fois par sa créatrice en 1913, porté avec une blouse de soie fluide, des escarpins bicolores, des "bijoux fantaisie au style baroque" et un sac matelassé à la chaîne dorée, un accessoire devenu iconique. En 1933, apparaît dans les collections Chanel le camélia, que continue de fabriquer Lemarié, plumassier.


« Pourquoi les industries du luxe se sont-elles développées en France ? Au terme d'une enquête de la journaliste et plasticienne Laurence Picot, un documentaire trois étoiles retrace l'histoire mouvementée de cet emblème national. Entretien. Propos recueillis par Guillemette Hervé ».

« La France a-t-elle toujours été la championne incontestée du luxe ?
Laurence Picot : Non, même si cette idée reçue perdure depuis le début du XIXe et l'ère industrielle qui a suivi la Révolution. Or jusqu'au XVIIe siècle, le luxe – on parle à l'époque de “superfluité” – est l'apanage des pays étrangers : les miroirs proviennent de Venise, les tissus de Flandre, les porcelaines de Chine... Le tournant s'opère sous le règne de Louis XIV. À l'époque, l'économie française repose sur l'agriculture, alors malmenée par un dérèglement climatique. Le ministre Colbert élabore donc une stratégie visant à produire en quantité des objets d'exception dédiés à l'exportation, et non plus seulement à l'élite française.

Il va user à cette fin de méthodes peu scrupuleuses…
L'intention de Colbert est de copier les savoir-faire étrangers le plus rapidement possible. Pour cela, il aura recours à des opérations d'espionnage industriel et de débauchage d'artisans. Il réussira même à exfiltrer des ouvriers de la verrerie vénitienne de Murano, pourtant très protégée. Les secrets de fabrication des glaces sont alors convoités – un miroir de grande taille pouvait valoir le prix d'un château !

Comment la haute couture, autre symbole du luxe, s'est-elle développée en France ?
À mes yeux, la première styliste est Rose Bertin, qui concevait les tenues de la reine Marie-Antoinette à une époque où les femmes n'avaient pas le droit d'exercer la profession de tailleur. Très talentueuse, cette pionnière va imposer son style et esquisser les premiers pas de la mode française. Si les couturiers sont aujourd'hui reconnus, voire starifiés, c'est grâce à elle.

Vous avez entrepris de passer au scanner certains objets anciens. Cette démarche a-t-elle étoffé votre enquête ?
Le projet expérimental LuxInside a débuté en 2009 avec des pièces contemporaines. Dix ans plus tard, j'ai pu explorer de l'intérieur quatre symboles des industries du luxe françaises des XVIIe et XVIIIe siècles. Parmi eux, un médaillon de Louis XIV conçu grâce au verre coulé, une technique alors inédite qui permit à la France de dominer le marché des glaces. Autre objet surprenant : un éventail en papier, corne et soie peinte. Contre toute attente, des dessins sont apparus car les peintures, issues des progrès de la chimie, contenaient des métaux lourds. Là encore, le scanner a permis de déceler des innovations qui n'étaient pas visibles à l'œil nu ».

"Une histoire du luxe à Genève"
En 2011, 
La Baconnière a publié "Une histoire du luxe à Genève. Richesse et art de vivre aux XVIIe et XVIIIe siècles" de Corinne Walker. "Le nom de Genève suggère deux idées contradictoires. C'est d'abord la cité de Calvin, figure tutélaire qu'on crédite volontiers d'une austérité sans concession. C'est ensuite une ville de marchands, d'horlogers et de joailliers, qui a toujours cultivé les produits de luxe tandis que ses banquiers en faisaient un concentré de la richesse du monde. Austérité et richesse : Corinne Walker s'est demandé quelle est, dans l'histoire de la ville, l'origine de ces deux notions. Elle est remontée aux lois somptuaires attribuées à Calvin. Après en avoir scruté les expressions du XVIe au XVIIIe siècle, elle examine l'application qu'en faisait la " Chambre de la Réformation ", tribunal dont les délibérations permettent de reconstituer les représentations sociales en même temps que la vie quotidienne d'une société, de ses pratiques et de ses goûts. Dès le XVIIe siècle, et surtout au XVIIIe siècle, Genève s'inspire moins de " l'austère Calvin " que des modèles parisiens en matière de mode (les femmes sont ici à l'honneur), mais aussi d'architecture. Dans un souci d'ordre social, les patriciens genevois qui gouvernent la ville ne se croient pas tenus de respecter les limites qu'ils voudraient imposer aux basses classes. D'où un art de vivre dans des intérieurs confortables, rehaussés de miroirs et de tableaux de prix, qu'encourage Voltaire qui prend ses quartiers non loin de Genève. De ce monde cosmopolite qui apprécie les joies de l'existence, où l'on est sensible aux beaux-arts et où l'on pratique une musique de qualité, Corinne Walker nous propose un tableau attachant, en faisant revivre certains de ses représentants : les membres de la famille Pictet, le pasteur Ami Lullin et sa fille, la charmante Manon, ou le célèbre Horace-Bénédict de Saussure. Aussi bien le pasteur que le savant s'entendent à montrer comment il est possible de concilier une vie de haut vol avec une éthique qui recommande aux élites de cultiver les lumières, en donnant à l'art et aux nouvelles sciences la place qui leur revient dans la culture de l'honnête homme. »


« L'invention du luxe à la française » de Stéphane Bégoin
France, 2020, 90 min
Coproduction : ARTE France, Bellota Films, avec la participation d’Histoire TV et le soutien de CNC, Procirep-Angoa, MEDIA-Europe Créative 
Co-écrit avec Flore Kosinetz
D’après une idée originale de Laurence Picot
Sur Arte les 5 décembre 2020 à 20 h 50, 9 décembre 2020 à 9 h 25, 13 décembre 2020 à 15 h 45 et 24 décembre 2020 à 9 h 25
Disponible du 28/11/2020 au 02/02/2021
Visuels :

Colbert © Stephane Begoin © Bellota Films

Luxinside Montre © Luxinside-Bellota Films

Galerie des nobles © Bellota Films

Reconstitution d' un salon à la française du XVIIIème siècle © Manuel Irniger © Bellota Films

Vaucansson © Bellota Films

Boutique Rose Bertin © Bellota Films

Luxinside escarpin © LuxInside

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